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02 oct 2018

Commentaires

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Hervé Le Crosnier

Desproges + Estelle Halliday... naaan, on va finir par croire que tu vieillis plus vite que moi ;-))))
Bonne émission.
Hervé

Che

Bonjour,

J'aurais une question qui va peut-être paraître naïve, stupide, et peut-être un peu méchante.
Si j'ai bien suivi vos trois points, comment alors peut-on expliquer qu'on retrouve ces mêmes dynamiques de discours de haine et diffusion de "fausses nouvelles" sur des plateformes sociales de type board comme Tumblr (coucou les néo-nazis de tumblr et les raids des fascistes de 4chan sur la plateforme il y a quelques années) et Reddit, qui sont :
- dépourvues de toute éditorialisation purement algorithmique
- quasiment entièrement modérée par la communauté (tellement qu'il y a un "mouvement social" sur Tumblr pour réclamer plus de modération de la part du staff notamment sur les contenus nazis et les porn bots, où on a bien vu la capacité limitée de la communauté à réguler ce genre de contenus qui ne peut pas faire face numérique à des attaques de bots automatiques)
- avec très peu de collecte de données personnelles car les seules informations exactes que ces plateformes peuvent avoir c'est l'email et la localisation géographique, sinon le fonctionnement même de ces plateformes qui reposent sur l'user generated content ne nécessite pas de collecte massive de données personnelles. Sauf éventuellement Tumblr, qui a introduit depuis très peu de temps la publicité depuis le rachat par Yahoo et de toute évidence aspire les données d'autres applis que j'utilise sur mon téléphone, mais le ciblage est très bancal (voir le grand fail des publicités ciblées sur Tumblr qui sont tellement à côté de la plaque que ce sont devenues des mèmes en soi absolument hilarants) et ces petits malins d'utilisateur.rice.s ont déjà trouvés plein de combines pour masquer les pubs de leur fil
?

(en prévision de la remarque, "oui mais on s'en fout de tumblr", je ferais remarquer que c'est autant d'utilisateur.rice.s que twitter, autour de 330-350M.)
(Et aussi, sur le rapport de Laetita Avia, je n'ai pu lire que des analyses un peu laconiques de journaliste parce que, même si j'aimerais beaucoup beaucoup, j'ai aussi une activité quotidienne qui ne permets pas d'éplucher en détail tous les rapports et publications qui sortent. Cependant je n'ai pas grand-chose à dire sur ce rapport, qui est fait par le gouvernement pour le gouvernement, cela me paraît cependant extrêmement problématique d'en tirer des généralités théoriques vu la méthodologie de l'enquête (qui porte uniquement sur Facebook, twitter, Youtube et JV.com, voir p.58-59). Cela me paraît extrêmement biaisé car 1. C'est réduire la multitude hétérogène des plateformes en ligne à 3 ou 4 grosses plateformes ; 2. On s'intéresse uniquement à des objets qui auto-alimentent l'analyse, c'est par exemple venir à penser qu'une "plateforme" se caractérise principalement par la collecte et la vente massive de données personnelles parce que 95% des études sur les plateformes portent sur Facebook (ce qui pose aussi un sérieux problème de méthodologie à mon avis), puis ensuite critiquer le fait que les plateformes collectent et revendent nos données personnelles ! Or un champs d'étude comme les fan studies par exemple regorge d'exemples et d'études sur des plateformes auto-gérées, qui fonctionnent sans publicité et dont le modèle économique, quand il y en a un, ne repose pas sur la collecte de données personnelles. La question mérite d'être explorée)

Ensuite, 3 remarques qui portent sur des points précis de votre texte (peut-être trop) mais sur lesquels je tiens à attirer l'attention parce qu'ils sont bien trop récurrents dans les discours universitaires ou militants sur le numérique et ça me donne envie de me taper la tête contre le mur :
1. Désolé mais l'explication "les haters sont des gens à l'attention perturbée" (je caricature mais vous m'aurez compris.e) me rappelle ce discours autour des violeurs qui expliquent que ce sont des gens "mal élevés", des "connards", des "sous-hommes"...Non. Ce sont des gens qui ont un agenda politique précis et plus ou moins conscient (il suffit de voir la source des discours de haine et de la plupart des fake news : surprise, des réseaux de droite et d'extrême-droite et les Etats fascistes type Russie), qui visent à entretenir par la violence physique ou verbale la domination d'un groupe sur l'autre, et de ce fait ils s'inscrivent parfaitement dans une logique plus ancienne de notre système. De plus, ce genre de rhétorique altérise ces gens vues comme "déviants" ou "mal éduqués" par nos consciences qui ne veulent pas voir les choses les choses en face : les haters, tout comme les violeurs, ça peut être nos potes, nos collègues, et même aussi nous-mêmes. Prendre les haters pour des personnes simplement perturbées, c'est se laver les mains sur la question de notre responsabilité politique, du fait qu'ils s'inscrivent parfaitement dans des logiques de pouvoir et de domination qui visent à repousser hors des espaces publics (ici les réseaux sociaux) les groupes qui ont été jusqu'ici maintenus avec soin hors des espaces publics traditionnels (classes populaires, femmes, racisé.e.s, LGBT). La haine, peu importe le média, est une question de pouvoir, d'intimidation, c'est la fin de la chaîne de comportements dont nous sommes aussi responsables (culture du viol, racisme et misogynie du quotidien, hétéronormativité, déligitimisation permanente et banalisée des luttes des groupes marginalisés). Virer cette responsabilité sur les plateformes et les infrastructures techniques, c'est à mon avis dépolitiser et désocialiser la question alors qu'on voit dans l'histoire que ce qu'on met derrière "fake news" et "haine en ligne" ne sont pas des phénomènes nouveaux et inventés par Facebook pour se faire du fric (et même encore aujourd'hui hein, moi j'entends plein de discours de haine dans les médias traditionnels, sans compter les mensonges éhontés proférés depuis des années par Fox, CNN et consort avec un but POLITIQUE précis. A longueur de temps, et contrairement aux plateformes où je peux réguler les contenus que je vois parce que je commence quand même à maîtriser l'usage que j'en fais, je n'ai aucune capacité d'action ou de feedback sur la radio ou la télé où on voit défiler des idées haineuses !)
2. Même chose pour les banlieues. Oui effectivement, c'est un peu de la sociologie à l'emporte-pièce. Alors bien sûr qu'il y a le problème de l'aménagement urbain, mais bon, peut-être aussi que le racisme institutionnel, le néo-colonialisme, la pauvreté entretenue par le capitalisme, la ségrégation sociale et scolaire, l'appauvrissement des communes et des territoires, les phénomènes d'exploitation des classes populaires et beaucoup d'autres choses à piocher dans l'histoire populaire peuvent aussi expliquer un sacré paquet de choses. Nous ne sommes pas des exemples rhétoriques accessoires à sortir quand ça arrange les gens.
3. "Nous avons tous et toutes une appétence particulière et parfois particulièrement trouble pour les discours provocateurs et pour les discours de haine autant que pour celles et ceux qui les portent." ????? Il faudrait clarifier parce que je doute que, par exemple, une femme racisée qui expérimente déjà la haine au quotidien ait une telle "appétence".

Che

(ceci est la suite de mon commentaire parce que trop long pour le bloc de texte)

Après ces joyeusetés, je préciserai aussi que je n'ai pas eu le temps d'écouter l'émission en entier, donc je m'excuse d'avance s'il y a eu des éléments déjà évoqués ci-dessus dans l'émission. Et il y a peut-être aussi des choses qui vont vous paraître à côté de la plaque dans ce que je dis, ce qui est normale parce que 1) j'ai encore du mal avec l'exercice de l'argumentation théorique, d'où peut-être quelques confusions 2) parce nous ne sommes probablement dans des champs différents. Toujours est-il qu'il me semble important d'avoir une autre perspective sur la question, et face à certains discours je me pose plein de questions auxquelles je n'ai pas souvent de réponse parce que la critique me semble enfermée dans un espèce de tout-technique sans penser la dialectique entre espace en ligne et espace hors-ligne. Parce que ceux qui font les réseaux sociaux, ce sont avant tout des individus qui y portent tout ce qui fait un individu (pratiques, représentations, praxis, habitus...) forgés d'abord dans la société qui est la nôtre. Bref, des questions, des pistes de recherche.

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