Ma Photo

Qui suis-je ?

Syndication


Botte de foin


Qui êtes-vous ?



  • Track referers to your site with referer.org free referrer feed.


Qu'en faire et comment ?


  • Ce que vous voudrez à condition :


    • de citer vos sources
    • de ne pas vous enrichir
    • de ne rediffuser l'info que sous une licence identique à celle-ci







    Le crédo d'Affordance ;-)
    I am a hard bloggin' scientist. Read the Manifesto.



    Le coin des bonnes causes :


    Support The Commons
    Become A Commoner


    Le PageRank d'Affordance :
    PageRank for this page
    Son "autorité" (sic) selon Technorati :
    "L'autorité" selon Technorati

Powered by TypePad

Bataille encyclopédique

L'actualité encyclopédique est relativement chargée ...

  • Afin de rivaliser avec Wikipedia, la Britannica lance une opération de communication visant à offrir un an d'accès gratuit à la totalité de l'encyclopédie : il suffit pour cela de s'inscrire ici. Pour obtenir votre abonnement cadeau, il vous faudra cependant justifier d'une activité de "web publisher", c'est à dire disposer d'un site/blog tenu régulièrement. L'idée est donc de profiter de la blogosphère (et assimilée) comme chambre d'écho, afin de ramener du traffic vers la Britannica. Je m'y suis moi-même inscrit et je teste depuis une semaine les ressources de cette grande dame. Et j'avoue rester un peu sur ma faim. Il est vrai que je n'entre pas tout à fait dans le profil de l'usager lambda d'encyclopédies, mais sur des requêtes assez spécialisées, les contenus de la Britannica apparaissent assez maigres au regard de ceux de Wikipedia. In fine, il n'est pas sur que l'opération de communication porte ses fruits étant donné qu'il est par exemple impossible d'offrir aux autres (ceux qui n'ont pas gagné un an d'abonnement gratuit) un lien vers les contenus de ladite Britannica. Bref, le contre-buzz est déjà en marche est il semble évident que la Britannica n'a pas compris la logique de sérendipité qui sous-tend l'économie de l'attention. (voir aussi l'article d'Ecrans)
  • beaucoup plus pertinente (à mon avis) est l'initiative de Larousse qui vient de lancer son encyclopédie contributive. L'article d'Ecrans sur le sujet est limpide et j'en reprends donc les grandes lignes pour ce qui concerne le "modèle" de cette riposte à la Wikipédia : "accès libre à son dictionnaire encyclopédique validé (150 000 articles et 10 000  objets multimédias). Pour consulter l’encyclopédie, il faut s’inscrire et il est possible de fournir ensuite des textes ou des images, tout en restant propriétaire de son œuvre. (...) Chaque volontaire est invité à créer son espace personnel, qui dispose d’une messagerie. Contrairement à Wikipedia, les anonymes sont bannis et les contributions sont sanctuarisées une fois écrites. Pas question d’aller mettre son grain de sel sur un article d’internaute déjà publié." L'interface est en sus beaucoup plus agréable de celle de la Britannica et les futurs contributeurs sont bien guidés, avec par exemple la possibilité d'indiquer un niveau de lecture de leur article (expert, grand public ou junior). Côté contenus en revanche, c'est la même déception (subjective) que pour la Britannica. Une déception certainement biaisée par mon habitude de consultation de Wikipédia, mais les possibilités de navigation me semblent bien en-deça d'une logique d'écriture de contenus multimédia.

Moralités :

  • Dans l'absolu, il est heureux que les marchands d'encyclopédie tentent de devancer les initiatives des marchands/moteurs de recherche. On avait en la matière plutôt été habitué à constater une habitude de suiveurs. Or ces initiatives interviennent alors que, parmi d'autres, le projet Knol de Google en est encore à l'état d'annonce. Quant à savoir si l'amorçage collaboratif prendra ...
  • Dans l'absolu toujours, et alors même que les encyclopédies "classiques" se mettent au numérique - elles y étaient déjà timidement entrées - et surtout au numérique collaboratif, on observe que le leadership du collaboratif numérique (Wikipédia donc) va tenter l'expérience du papier (essentiellement pour renflouer sa trésorerie) une expérience dont on mesurera les enjeux en lisant le billet de Jean-Michel Salaun.

Service de presse : Wikipédia

J'ai reçu il y a déjà longtemps l'ouvrage "Wikipedia : média de la connaissance démocratique" paru chez FYP éditions. Il s'agit d'un ouvrage à plusieurs mains (12 au total) avec Marc Foglia comme contributeur principal. Voici mes notes de lecture ...

  • L'introduction dit bien l'enjeu et la difficulté de cerner le phénomène Wikipédia : "sans doute faudrait-il inventer un mot pour désigner celui qui n'est ni lecteur, ni auteur, ni éditeur, ni usager, et tout cela à la fois. L'inadéquation de notre langage est le signe que quelque chose de nouveau est apparu."
  • Un grand nombre d'angles d'analyse sont abordés dans l'ouvrage, dont celui du fondement "politique" de Wikipédia : "Le libéralisme collectif est une forme de rationalisme avant d'être un collectivisme."
  • L'occasion également de rappeler quelques évidences avec un joli sens de la formule : "En inaugurant un système de production low cost avec lequel aucune encyclopédie existante ne peut rivaliser, elle a bouleversé les circuits traditionnels de l'édition encyclopédique."
  • Plus loin également et sur un autre coeur de polémique : "L'évaluation scientifique se métamorphose en consultation collective."
  • Jolie formule également à propos de la fondation Wikimedia, celle d'un "ordre mendiant de la connaissance."

Côté polémique, l'idée qui m'a le plus fait "cogiter" est celle avancée par l'auteur principal d'un "flat knowledge" (p.124) pour désigner un "savoir qui ne fait aucune priorité entre ses éléments". L'argument est ici correctement présenté et débattu mais on y retrouve la vieille antienne des anti-wikipédia se désolant de retrouver en un même corpus des articles sur la critique de la raison pure et sur Jean-Claude Van Damme. De mon côté je crois tout au contraire que rien n'est plus en relief que Wikipédia. Je crois même qu'aucune réalisation intellectuelle humaine depuis l'aube des temps ne peut s'enorgueillir d'un tel niveau de relief, de profondeur. Cette profondeur n'a rien de philosophique, elle est tout au contraire symptomatiquement pragmatique. C'est une profondeur de projet. Une profondeur d'écriture. La profondeur du formidable palimpseste à l'échelle planétaire que recouvre le projet Wikipédien. "Un palimpseste technologique à la démesure de la Babel mythologique." si vous m'autorisez l'auto-citation :-) Bref rien de plat en la matière. La platitude est en revanche à chercher - et c'est d'ailleurs dans cette direction que nous amène l'ouvrage, mais pas assez explicitement à mon sens - la platitude est en revanche à chercher, disais-je, du côté des usages. De la focale sans profondeur de champ que nous mettons en place en utilisant le moteur de recherche du site Wikipédia. Mais une fois dans LE contenu, le relief s'impose à nous dans toutes les dimensions du texte et dans toutes les possibilités d'exploration de l'hypertexte.
Au final donc, deux regrets :

  • l'ouvrage est complété par les résultats d'un sondage Opinion Way sur la perception de Wikipedia, sondage qui ne nous apprend rien (mais alors vraiment rien) et dont les résultats ont du tomber alors que l'ouvrage était déjà dans les rotatives vu la manière dont il est mis en page.
  • l'absence d'une bibliographie explicite (les références sont noyées à la fin de l'ouvrage au milieu des notes) avec à plusieurs reprises des affirmations qui gagneraient à être plus directement "sourcées".

Mais un ouvrage qui se lit vite et bien, et dont - ce qui n'est pas le moins important - la lecture est agréable nonobstant les inévitables cassures qu'entraîne son écriture à plusieurs mains. Le tout avec une argumentation parfois un peu rapide mais toujours stimulante et qui ne tombe jamais dans le travers de la polémique inutile.
Merci donc au service de presse de FYP éditions :-)

La fracture amicale.

"La nouvelle fracture numérique opposera les gens disposant d'un réseau d'amis et ceux sans amis. L'ancienne fracture numérique entre les riches (ceux disposant d'une connexion internet) et les pauvres continuera d'exister." La citation (repérée par TechCrunch) est de Robert Scoble. Si cette "formule" m'intéresse c'est parce qu'elle traduit assez bien la manière dont, in fine, les logiciels sociaux (qui, rappelons-le, sont bien plus que les simples "réseaux sociaux") ont durablement transformé la nature de notre rapport au web.
<Parenthèse> Dire que les logiciels sociaux ont transformé la nature de notre rapport au web, n'est pas du tout la même chose (et est à mon avis beaucoup plus juste) que d'affirmer - comme on le lit un peu trop souvent - que les réseaux sociaux ont changé la nature du web </Parenthèse>
Il me semble qu'aujourd'hui, dans l'essentiel de nos pratiques, la socialisation dans sa dimension expérientielle première, est devenue au moins aussi importante que les trois activités qui firent la spécificité du primo-web, c'est à dire la navigation-lecture (browsing), la navigation-recherche (searching) et naturellement l'écriture (au sens large de "production de contenus"). Ce qu'ont permis les logiciels sociaux c'est le transfert de logiques de socialisation grégaires depuis des espaces clos et dédiés (les forums ou groupes Usenet) vers des espaces réellement réticulés, c'est à dire largement distribués au travers du moindre espace d'écriture ou de navigation.
Cette réflexion en appelle une autre. Il n'est pas aujourd'hui sur le web d'espace de production de contenus numériques qui n'échappe à l'angle d'une analyse "conversationnelle", "socialisante". On n'écrit plus, on ne publie ou ne produit plus aujourd'hui de contenu simplement pour être présent, pour occuper un espace, ou pour être bien "positionné" mais tout au contraire pour confronter ou pour souscrire. On écrit, on publie, on produit pour engager un débat. Pour "se" confronter aux autres. Pour maintenir et établit un contact. De toutes les fonctions du langage théorisées par Jakobson, c'est la fonction phatique qui est au coeur de l'ensemble des socialisations numériques, y compris (et surtout ?) de l'écriture-socialisante qui couvre  (par exemple) l'immense majorité des productions de la blogosphère.
Comme nouveaux totems de cette dominance du phatique, citons les trackbacks ou rétroliens (qui en inversant la polarité des liens pour la première fois dans l'histoire de l'hypertexte, contribuèrent largement à disséminer ladite fonction phatique et à en faire l'un des tout premiers horizons d'attente de l'écriture numérique courante). Citons également l'incontournable et parfaitement totémique "poke" de Facebook
Pour autant, et dès que cette confrontation se trouve inscrite dans un processus collaboratif assez large impliquant un nombre significatif de personnes, on retombe très largement dans les anciens et classiques shémas auctoriaux et éditoriaux. Des shémas "étagés" dans lesquels les fonctions de représentativité et de leadership sont réaffirmées comme essentielles. La présumée "sagesse des foules" n'est que l'exercice d'une démocratie numérique rigoureusement équivalente au système politique dans lequel nous évoluons. La seule différence (de taille) vient de son amorçage : les "leaders", les "gourous", les "éditeurs", les "auteurs" ne sont pas élus dans une logique de représentativité en assumant une charge "par délégation", mais ils sont les promoteurs ... à l'origine de leur propre promotion. Une promotion dans le meilleur des cas au service d'un projet ou d'une parole, et dans le pire des cas au seul et unique service d'un égotisme forcené. Les autres, tous les autres y souscrivent au sens littéral du terme. Ils écrivent, publient, discutent, débattent "en dessous", dans les limbes palimpsestiques de ces nouveaux espaces de socialisation numérique. La fonction phatique ne prime plus. Le "poke" redevient "private joke".
Le web, quelle que soit sa dénomination ("world wide web, world live web, world life web"), sa numérotation (1.0, 2.0 ...) demeure un espace rhizomatique mais devient de plus en plus organique ; son organisation confine à l'organique. Les liens unissant des contenus y côtoient désormais les relations unissant des personnes. Cette corporéité nouvellement incarnée n'est pas simplement métaphorique. Elle traduit un changement de nature radical. L'erreur serait de croire que ce changement de nature est également un changement d'objet. Le web est et demeure une artefacture technique. L'erreur serait de ne chercher qu'à questionner cette artefacture. Le web n'est qu'un vecteur. Le changement concerne tout au contraire notre rapport individuel et intime à la socialisation. Notre rapport à l'autre.
Il y a quinze ans de cela, des scientifiques, des universitaires, se posaient la question de savoir quels documents/contenus pouvaient être numérisés. La réponse est aujourd'hui connue : il n'est aucun contenu qui ne résiste à la numérisation, rien qui ne puisse être numérisé ou numérique. Rien qui ne puisse être re-présenté "sous forme" et "au format" numérique. Pro forma. Ce qui est vrai des documents/contenus le sera-t-il également pour les individus et les relations interpersonnelles ?
Ce n'aura pas été le moindre mérite de Facebook et consorts que de permettre que ces questions soient posées. Les réponses seront là aussi évidentes. Dans 15 ans. Ou peut être moins. D'ici là nous aurons grand besoin de sociologues pour nous aider à bâtir la science du web.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h30)

Faut-il stabiliser Wikipédia ?

L'édito de Bertrand le Gendre sur le site du Monde en date du 15 Mars, laissait entrevoir le pire : "Faut-il brûler Wikipédia ?" Le genre de titre incendiaire à vous mettre en émoi toute la communauté des Wikipompiers. Heureusement, il ne fallait y voir qu'une accroche vendeuse : le fond de l'article propose enfin le bon éclairage du phénomène (tout au moins en ce qui concerne le traitement par la presse quotidienne du phénomène wikipédia) : regarder WIkipédia comme une "nouvelle écologie de la connaissance" et non pas comme un épouvantail (épouvantable ?) éditorial planétaire. Et donc en écho à ce bel édito, Florence Devouard répond sur son blog à quelques questions qui sont au coeur de la capacité qu'aura Wikipédia à faire vivre et prospérer ladite écologie, sans se surexposer aux pathétiques effets de serre assouliniens. Cette question c'est celle de la "protection en édition" et de la stabilisation de certains articles. Le billet de Florence Devouard permet de replacer cette question dans "l'histoire" de l'encyclopédie et ouvre de nouvelles pistes dont les résonnances théoriques sont nombreuses et fécondes pour ceux qui s'intéressent aux documents numériques en général et aux processus éditoriaux les régentant en particulier :

  • La mise en place de différents "flags" (=drapeaux) qui sont les "bandeaux d'alertes" (non neutre, manque de source, ébauche etc...), et le système des "articles de qualité" (processus d'identification de BONS articles sur Wikipédia, par la communauté; articles identifiées en haut à droite des articles par une petite étoile dorée) si elle se systématise, pose la question croisée de l'émergence et de la validation par une communauté de pairs.
  • la question de la version qui doit être visible par défaut (celle flagguée et qualitativement "certifiée" ? la plus récente ?) renvoie aux interrogations sur le versioning, qui est le coeur de la dimension palimpsestique avérée de l'ensemble des documents et des documentations numériques.
  • La question enfin du droit et de la responsabilité éditoriale du flaggueur : dans le contexte mouvant et dans la temporalité particulière du numérique, dans un projet dont l'inachèvement programmé  est consubstantiel à son existence même, le processus de sélection et de validation peut-il être empreint de la même notion de responsabilité que dans un processus éditorial plus classique ?

Beaucoup de questions, peu de réponses pour l'instant, mais bien des perspectives passionnantes qui se confirment. En ce qui me concerne (et pour autant qu'on me demande mon avis), je pense que Wikipédia ne peut pas faire - et elle ne le fait d'ailleurs pas - l'économie d'une systématisation de cette "stabilisation", de ce fléchage des versions "les plus établies". Par ailleurs je pense que sa dynamique propre doit laisser au premier plan ce "work in progress", laissant se déployer un encyclopédisme d'usage. A chacun de faire son chemin. Plus les sous-bassements invisibles de la "Wikipédia stabilisée" seront nombreux et systématisés, plus ils auront capacité à se présenter "en référence" tout en s'effaçant devant la dynamique du projet, plus le lecteur avancera dans la sécurité, tout en préservant cette inclinaison particulière de la sédimentation encyclopédiste à la mode de Wikipédia.

Dans Politis

A lire dans le dernier numéro de Politis (n°989, 14 Février), le résultat d'une entrevue avec Christine Tréguier à propos de Wikipédia. L'article s'intitule "Les savoirs en ligne de mire". J'y reviens sur quelques-uns de mes "dadas" : encyclopédisme d'usage, babélisation des expertises, dérive des continents documentaires ... J'apprends à la lecture de l'article que Larousse devrait ouvrir en Mars son encyclopédie en ligne à des contributeurs extérieurs, des "gens de qualité qui veulent se faire connaître" avec cependant une "distinction claire entre les contenus Larousse et les autres".
Politis
Promis, après Ecrans, Libération et Politis, je vais essayer de me faire interviewer par des journaux de droite ;-)

"Apprendre de Wikipedia" par Henry Jenkins.

Henry Jenkins est un des illustres professeurs du MIT (oui je sais, pléonasme ...). Son dernier podcast traite de la manière dont Wikipedia peut éclairer l'usage que nous faisons des nouveaux médias. Plus précisément : "What Wikipedia can teach us about new media literacies". Cela dure une heure et quart et Jenkins développe entre autres quelques arguments que j'avais plus brièvement et moins talentueusement avancés dans ma récente entrevue à ce sujet.
Extraits (en vrac et très approximativement) :

  • Wikipédia (WP) n'est ni bonne ni mauvaise (mais elle pourrait le devenir si nous décidions de ne pas en parler à nos étudiants).
  • WP permet d'ouvrir et d'observer le procédé de constitution et de distribution des connaissances.
  • Interroge les concepts de crédibilité, d'autorité, de "large contribution", de "technologie d'appropriation", de "culture du don" et de "culture du jeu"
  • Il faut développer (c'est ce qu'ils font au MIT) des outils autour de WP permettant aux jeunes de mieux s'approprier non pas l'encyclopédie, mais les connaissances qui y circulent (notamment en y distinguant ce qui relève de la propagande et ce qui relève de l'information ou de la connaissance).

Au final un exposé qui va bien au delà de Wikipédia et resitue notamment les nouvelles compétences médiatiques ("media literacies") dans le cadre d'une culture de la participation (l'un des thèmes de recherche de Jenkins) et la fracture entre les "digital natives" et les "digital immigrants".

Wikipedia demain.

Ca bouge en ce moment pas mal autour de Wikipedia, qui vient de fêter (le 15 Janvier) ses 7 ans d'existence (bon anniversaire donc). Hasards du calendrier, j'ai récemment été contacté par deux journalistes. La première interview est à lire (version longue) sur Ecrans et (version courte) sur Libération. La seconde devrait paraître dans l'un des prochains numéros de Politis. A chacune des journalistes j'ai indiqué que, selon moi, l'avenir de Wikipédia passait nécessairement par une phase de stabilisation. S'il est aujourd'hui clair que le projet encyclopédique a changé de nature (il fait cohabiter des expertises et des contenus hétérogènes), qu'il a changé de temporalité (il se fait en temps réel), qu'il a changé d'ossature (il n'est plus bâti sur une organisation des connaissances a priori), et changé d'autorités (phénomène de babélisation des expertises), il faut que Wikipedia continue et accélère le mouvement qu'elle a déjà amorcé en "marquant", en "signant", en stabilisant une partie du formidable corpus qui la constitue, et il faut qu'elle reste dans le même temps une oeuvre et une forme ouverte "à tous", "à tout" et "pour tous". Une opinion récemment confirmée par l'interview sur Swissinfo de Florence Devouard (présidente de la fondation Wikipedia) et dans laquelle elle pointe 3 prochaines évolutions de Wikipédia, dont la première va dans le sens que je viens d'indiquer :

  • "(...) Quelque chose dont on parle depuis deux ans et demi: les versions stables. L'idée est de pouvoir identifier des versions comme étant validées, de proposer aux utilisateurs la possibilité de voir la version courante et la dernière version reconnue comme étant à peu près correcte. Deuxième innovation (...) la possibilité de se faire un petit fichier pdf ou une version papier d'un ensemble d'articles. (...) C'est le Wiki to print. Troisième innovation (...) la possibilité d'intégrer dans Wikipédia des vidéos et de les éditer de façon collaborative, comme un texte wiki. C'est-à-dire que les gens auront accès à une vidéo et pourront la changer de façon collaborative."

Une autre des grandes forces de Wikipédia, au-delà même des processus de collaboration centrifuges qui animent la communauté des Wikipédiens, ce sont les logiques d'appropriation centripètes qu'autorise l'architecture "ouverte" de l'encyclopédie : les différents outils cognitifs qui fleurissent ces derniers temps autour du projet illustrent bien ces logiques. Le dernier en date s'appelle "pédiaphon" : c'est une interface de synthèse vocale qui tourne sur les articles de Wikipédia. Vous entrez un terme de recherche, vous patientez une minute, et vous écoutez (synthèse vocale) une voix (pas encore très mélodieuse mais très audible et compréhensible) vous lire l'article correspondant. Les usages sont aussi innombrables que les voix du Podcast sont impénétrables (mais on pensera en premier lieu aux publics handicapés).
Enfin, il faut en permanence rappeler et se souvenir que l'indépendance de Wikipédia n'est pas acquise. Elle repose sur un modèle de promotion et d'accompagnement de la culture libre ("free culture"), à ne surtout pas confondre avec celui d'une culture gratuite.
(Via Didier Durand et Brouehaha)

Dans Libé

Reprise dans le "Libération" papier d'aujourd'hui - Mercredi - d'une version courte de l'interview accordée l'autre jour à Astrid Girardeau pour le site Ecrans (version longue).

Libe

L'idée exacte derrière le titre était "Penser Wikipédia comme un projet encyclopédique". Mais l'article rétablit l'idée exacte, donc tout va bien :-)

Interview Wikipédia

Astrid Girardeau du magazine "Ecrans" (qui soit dit en passant fait un très bon boulot de mise en lumière d'un grand nombre de phénomènes touchant à la galaxie Internet) m'a interviewé l'autre jour à propos de Wikipédia.
Le résultat est à lire sur Ecrans : "Wikipédia est un projet encyclopédique et un bien commun de l'humanité".

Fini les vacances, c'est la rentrée ...

Côté moteurs/wikipédia/knol :

  • On a donc pas mal parlé avant et pendant les vacances du projet de Google concernant son "encyclopédie" Knol : dans Ecrans, Florence Devouard s'inquiète à raison en rappelant que 50 % du traffic vient directement de Google. Google Blogoscoped y revient également en soulignant l'argument selon lequel Google ne pouvait plus accepter de voir partir tout ce traffic "non-monétisé" vers un site (wikipedia) indiquant qu'il refuserait toujours la publicité.
  • Voir aussi la rapide analyse comparative de ReadWriteWeb entre Knol, Wikia, Wikipedia et Mahalo autour des trois mamelles de l'argent, de l'attention (comme vecteur de monétisation) et de l'altruisme (comme contribution à la somme des connaissances disponibles).

Côté réseaux sociaux, moteurs de recherche et scientométrie :

  • Medline nous avait déjà habitués à son goût des interfaces innovantes. En voici une nouvelle baptisée GoPubMed qui permet, sur la base d'une recherche de faire émerger des "réseaux sociaux" à partir des noms d'auteurs d'articles et de leurs adresses de courier électronique (Via Cismef). En fait, plutôt qu'un réseau social (ce qui est l'argumentaire marketing du lancement de ce nouveau service), c'est bien de scientométrie qu'il s'agit, c'est à dire de la capacité, via un moteur sémantique, de repérer des collaboratoires, des "collèges invisibles", et de cerner en un instant sur un thème donné, l'état des publications en la matière et les chercheurs les plus en vue. Exemple : en entrant le terme "stuttering" (bégaiement) et en cliquant (à gauche dans la rubrique "What") sur "Hot topics", vous visualisez :
    • un "top 20" des auteurs ayant le plus publié sur le sujet
    • un "top 20" des publications classées par pays
    • un "top 20" des journaux dans lesquels on trouve le plus de publications en rapport avec le bégaiement
    • une courbe temporelle vous permettant de visualiser la progression (ou le recul) du nombre de publications par an sur ce sujet
    • une visualisation sous forme de graphe des réseaux de collaboration entre auteurs (répondant à la question "qui publie avec qui ?")
  • c'est à tomber par terre. Et on se prend à rêver d'un tel outil dans le cadre d'un moteur généraliste majeur à vocation scientifique (maiiiis non, pas forcément celui-là, il y a aussi celui-là). Pour mieux comprendre la puissance d'un tel outil : allez le tester, et lisez le communiqué de presse (.pdf).

Côté moteurs tout court :

  • le 7 janvier 2007, il y a donc de cela exactement un an, Jimmy Wales annonçait le lancement de Wikia, le moteur de recherche dont les résultats seraient validés par des humains. Et bien exactement un an plus tard, on nous annonce le lancement de Wikia (en version béta) pour demain, le 7 Janvier 2008 donc. A ce sujet, voir la revue de presse de Christophe Asselin. Le site de la "communauté" wikia est ici, et comme on peut le lire dans le wiki du projet, Wikia compte s'appuyer sur tout l'éventail des technologies de recherche à valeur ajoutée, à savoir la sémantique (= catégorisation), le "réseau social", l'indice de "réputation", et une infrastructure "distribuée". Lancement demain donc, et affaire à suivre de près pour ce nouveau "moteur de recherche open-source collaboratif".

Côté Bibliothèque "2.0" (ou pas ...)

  • Une conférence qui s'est tenue début Novembre à Berkeley sur le sujet des bibliothèques "2.0" avec les supports de présentation accessibles en ligne (supports présentés parfois sous forme classique - un bon vieux powerpoint - parfois sous forme "2.0" - un wiki). Pas de grande nouveauté mais cela vaut le coup de visionner la conférence inaugurale de Meridith Frakas qui embrasse bien la situation (.ppt)
  • l'un des derniers rapports du Pew Internet nous apprend (via 01.net) qu'outre-atlantique, la première raison de fréquentation des bibliothèques est ... le fait d'y trouver une connexion Internet. De quoi largement réalimenter de vieux démons débats, tant sur le taux d'équipement desdites bibliothèques dans notre bel hexagone, que sur la place des technologies d'accès dans ces enceintes et le taux de formation et d'encadrement qui est dévolu à leurs personnels.

Côté Folksonomies & Indexation sociale

Côté néologismes :

  • Saluons l'arrivée de la Zemblanité, exact opposé de la sérendipité et qui désigne "la faculté de faire de façon systématique des découvertes malheureuses, malchanceuses, attendues et n'apportant rien de nouveau." La génèse du concept et sa présentation détaillée sont disponibles sur Urfist-Infos.
  • Saluons (Via Francis Pisani) l'arrivée  de la "mobiquité" : mobilité + ubiquité. Un néologisme qui traduit bien la place de plus en plus importante qu'occupe dans notre société et dans nos comportements informationnels, l'informatique nomade et/ou ambiante.
  • Reste à savoir si ces deux néologismes entreront au panthéon linguistique aux côtés de la blingocratie.

Côté copyright, Fair-Use et autres creative commons

  • Un rapport intitulé : "Recut, Reframe, Recycle: Quoting Copyrighted Material in User-Generated Video" (.pdf). La question posée est de savoir si dans le cadre des sites de médias participatifs donnant lieu à divers remixages (exemple : YouTube), les détournements, parodies, et autres mashups de diverses oeuvres de fiction relèvent - ou non - du cadre du Fair Use (= usage équitable) et échappent donc à la législation du copyright. La réponse du rapport est claire : Oui. Il y a dans ces "oeuvres" de nouveaux éléments (détournement, transformation, remixage) qui les inscrivent dans le cadre de la constitution d'une culture populaire. "Video remix culture does not violate copyright." Les auteurs du rapport rappellent également qu'il est important de sensibiliser aussi bien les "auteurs" que les "remixeurs-amateurs" à la notion de propriété intellectuelle et d'usage équitable, pour que les premiers soient conscients de la richesse que ces remixages peuvent (parfois) apporter à leurs oeuvres, et pour que les seconds travaillent et s'amusent dans le respect de l'oeuvre des premiers. A noter : le site de présentation de l'étude est très bien fait, puisqu'en sus du téléchargement de l'étude proprement dite, il propose également une courte vidéo en rappelant les principales problématiques et conclusions, et propose également de télécharger un fichier excel du corpus de vidéos utilisées. Il propose enfin, pour chaque type de remixage (détournement, critique, débat, illustration, etc ...) les 5 vidéos les plus parlantes. Certaines d'entre elles sont réellement ... parlantes.
  • Et puis vraissemblablement à ne pas rater (je ne l'ai encore pas visionné en entier, mais il est plein d'interviews avec Yochai Benkler et ne peut donc pas être mauvais :-) un documentaire sobrement intitulé "Steal this Film" qui décrypte les enjeux liés à la notion de propriété intellectuelle et plus largement de "diffusion" dans le contexte actuel. Pour les plus pressés, plein d'extraits sur Google Vidéo, pour les autres téléchargement dans plein de formats possibles directement sur le site du documentaire. Il y en a même qui se sont déjà attelés au sous-titrage en français.

Côté traces documentaires identitaires (ou identité numérique si vous préférez) :

  • nos comportements informationnels laissent de plus en plus de place à l'égotisme forcené. Au service de cet égotisme on compte d'ailleurs de plus en plus d'outils tendant à l'illustrer (les divers outils de classement façon "top 50 de quelque chose"), à le renforcer (économie de la réputation), à en faire naître le besoin (via des interfaces navigo-ludiques dont vous êtes le centre et la circonférence), ou à en faire l'alpha et l'oméga d'un modèle économico-sociétal (facebook). C'est l'éternelle histoire de la poule et de l'oeuf.
  • Got dans ses petites cases, nous gratifie d'un éclairant billet sur FOAF (Friend Of A Friend) dont on aimerait effectivement penser que le modèle réellement ouvert qu'il incarne soit l'avenir des protocoles tournant derrière la plupart des réseaux sociaux. Mais je ne peux hélas pas m'empêcher de penser qu'il y a encore bien du chemin à parcourir ... l'heure étant plutôt pour les grosses cylindrées à la centralisation des profils propriétaires ... ce qui doit nous inciter encore davantage a faire plus de place aux initiatives alternatives et technologiquement éprouvées (dont FOAF).

Côté ressources pédagogiques :

Côté voeux, bonnes résolutions et oracles divers :

  • il y a ceux qui ne croient plus aux blogs sous leur forme actuelle (Jean-Michel Salaun et Jean Véronis) ... mais qui continuent heureusement de blogguer :-) De mon coté je reste sur le créneau de l'enthousiasme (peut-être un peu candide), même si - à l'instar des deux précédemment cités - je constate ici et là une raréfaction des pépites blogguesques, nombre de trouvailles ayant visiblement du mal à tenir sur la longueur, ce qu'on aurait du mal à leur reprocher tant il est vrai qu'en dehors d'un projet affirmé de publication (journal, auto-fiction, carnet de recherche, formation à distance), l'exercice du blog est une gymnastique chronophage, et que "le temps de blogguer" n'est pas nécessairement la chose la mieux partagée du monde. Il n'en demeure pas moins qu'en repensant à ce qu'était la pêche informationnelle d'avant et d'après le temps du blog, ce "format éditorial" a tout de même été l'occasion d'entendre de bien belles voix, et de découvrir de fort pertinentes analyses. L'avenir dira ce la forme blog deviendra, mais les potentialités, l'univers de discours offert par une petite quantité de ces "nanopublications" reste pour l'instant et de mon point de vue, essentiel.
  • il y a ceux qui comme Fred Cavazza, se livrent à leur petit exercice de prospective du nouvel an, et ceux qui comme Francis Pisani, font une revue de presse des principaux exercices du genre.

Et mes prédictions à moi ?

  • A l'instar de ce que décrit Christian Fauré à propos du service Twine, je crois que l'ensemble des acteurs majeurs de la recherche d'information (Google, Yahoo! Microsoft) et quelques-uns de leurs challengers (Exalead, Facebook) vont prendre de plus en plus nettement le grand virage de l'hybridation. Une hybridation entre :
    • des espaces et des services collaboratifs,
    • des technologies sémantiques ou sémantisées de représentation et d'agrégation des connaissances,
    • et des algorithmies de recherche "pures" (ou recherche universelle).
  • Je crois que la diversité des contenus va (enfin) atteindre un équilibre longtemps espéré entre le "texte seul" et la vidéo et l'image.
  • Je crois enfin que l'une des grandes questions en terme de recherche (notamment pour les sciences de l'information et de la communication) sera la mise au jour des nouvelles autorités cognitives qui s'articulent aujourd'hui de manière encore un peu floue derrière la monétisation (ou la non-monétsation) des services à base de connaissance (Knol, Wikipedia).
  • De mon côté je retiens comme éléments et tendances majeures de l'année écoulée : les deux nouvelles étapes de la dérives des continents documentaires que sont :
    • d'une part, la synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line),
    • et d'autre part, la sphère croissante d'indexabilité (notion de "graphe social" pour faire simple) de l'humain au travers de ses innombrables traces documentaires éparses sur le(s) réseau(x).
  • Ce qui me semble frappant au-delà de tout c'est l'avénement imminent et probable d'une nouvelle génération d'algorithmes ayant capacité à représenter sur un même plan des documents toujours plus fragmentaires, des traces identitaires toujours plus documentées, et à transformer toutes ces traces d'attention en vecteurs d'intentions, pour le plus grand bonheur des grandes industries culturelles et des quelques acteurs qui dominent actuellement le marché (et ce au-delà du discours geignard et misérabiliste que s'obstinent à tenir les mêmes industries culturelles). En un mot comme en cent : la redocumentarisation du monde. Il est certain qu'il va falloir être très très très attentif aux Network sciences, car elles seront le creuset plus que probable de cette nouvelle génération d'algorithmes et de modes de représentation, et qu'à mon sens, elles seules ont aujourd'hui la capacité à réunir en un même cadre d'analyse les fronts de recherche les plus innovants, les techniques d'indexation et de représentation du vivant au sens large.
  • Voilà pour le côté vivifiant et optimiste de la chose. Côté pessimiste (mon éternel côté cassandre :-); je crains que nous ne soyons confrontés à une échéance majeure, celle de la médecine personnalisée et/ou médecine "2.0" et/ou médecine désintermédiée. La montée en puissance et la position désormais établie de ces nouveaux prescripteurs planétaires que sont les moteurs de recherche d'une part, la mise à la portée du grand public des technologies de génomique (notamment à des fins d'auto-diagnostic) d'autre part, les rapprochements entre les premiers (moteurs de recherche) et les secondes (sociétés de génomique), et enfin l'engouement de plus en plus explicite chez tous les grands acteurs de l'industrie médicale (et notamment pharmaceutique) pour des modèles de diffusion et d'accès reposant sur du gratuit financé par la publicité va nécessiter, pour le moins, de grands chantiers didactiques si l'on veut éviter d'aller à coup sûr ... droit dans le mur. Va falloir se trouver dare dare un José Bové de la santé comme bien commun de l'humanité. Sinon ...

Bonne année à vous tous :-)

Googlepedia s'appellera "Knol", ou comment monétiser l'autorité

Le dernier billet du blog officiel de Google annonce le lancement prochain, sur invitation seulement, d'une béta version de "knol". Qu'est-ce que "knol" ? Pour mémoire, rappelons que Google, après avoir gagné la guerre de l'information en s'étant de facto positionné comme un guichet unique (dans les usages courants tout au moins) sur l'ensemble des services "informationnels" aujourd'hui disponibles, Google depuis 2004 s'est lancé dans une bataille autrement plus délicate mais également plus essentielle : la bataille de la connaissance. Sa première offensive concerna la connaissance "labellisée", "inscrite", faisant autorité et disposant d'auteurs "in nomine" : ce fut le projet GoogleBooks. Un projet qui donna chair et corps à la notion de "société de la connaissance" qui n'existait jusqu'à lors que dans les arrières cours de la commission européenne ainsi que dans les travaux de quelques scientifiques (Pierre Lévy notamment mais pas exclusivement).
La deuxième offensive est aujourd'hui lancée : "knol" (contraction de "Knowledge") se veut un service encyclopédique "à la manière de wikipédia" qui ne dit pas son nom.
Le mieux est encore de traduire la description dudit service telle qu'elle est livrée sur le blog de Google. Extraits choisis donc (et traduits) :

  • Un projet en quête d'auteurs / d'autorité
  • "Notre but est d'encourager les personnes qui connaissent bien un sujet à écrire un article de référence ("authoritative article") sur ce sujet."
  • "L'idée clé du projet est de mettre les auteurs sur le devant de la scène. (...) Nous pensons que savoir qui a écrit un article aidera de manière significative les usagers à faire un meilleur usage du web."
  • "Un "knol" sur un sujet particulier a vocation à être la première chose que doit lire quelqu'un qui cherche quelque chose à ce sujet sur le web."
  • La toute puissante infrastructure frappe encore
  • "un "knol" est juste une page web (...) Google fournira les outils faciles à utiliser de création et d'édition et hébergera gratuitement les contenus." <= ce dernier point est important pour ne pas dire crucial quand on connaît les difficultés d'hébergement auxquelles est confrontée Wikipédia.
  • Politique éditoriale : pas de politique éditoriale
  • "tous les sujets seront couverts : concepts scientifiques, information médicale, histoire, géographie, produits ("information products"), loisirs ..."
  • "Les gens pourront proposer des commentaires, des questions, des contenus additionnels. Tout le monde pourra voter pour un "knol" ou donner ses impressions. Les knols inclueront des références bibliographiques et des liens vers des informations complémentaires" => c'est ici une différence de taille avec Wikipedia puisque le contenu des articles de sera apparemment pas éditable.
  • Autorité = monnaie
  • "A bon vouloir de l'auteur, un "knol" pourra inclure de la publicité. (...) Google lui reversera alors une part substantielle de ces revenus publicitaires." L'indication de cette part "substantielle", ainsi formulée, peut laisser penser qu'elle sera supérieure à celle traditionnellement reversée via les offres publicitaires standards de Google. Ce qui là non plus n'est pas sans risque, une société commerciale se trouvant de facto en situation de rétribuer des auteurs (scientifiques ou non) sur la base de la notoriété qui sera accordée à leur(s) article(s), ce qui entraînera mécaniquement une course à l'écriture d'articles susceptibles d'être les plus lus, les plus vus, et donc les mieux rétribués. Je vais endosser une nouvelle fois ma panoplie de Cassandre, mais imaginez ce que peut donner un tel système non-régulé dans le cadre, par exemple, des publications en pharmacie ou en médecine, quand on connaît déjà les dérives de certaines publications dans ce domaine, largement sponsorisées par des grands groupes industriels et pharmaceutiques ... (l'exemple choisi par Google pour illustrer son projeet Knol n'est d'ailleurs pas innocent : il s'agit d'un article de médecine traitant de l'insomnie, rédigé par un auteur "faisant" autorité - une prof. de l'université de médecine de Stanford). Si le modèle marchand de la bibliothèque (GoogleBooks) est porteur de grands dangers (prime à l'accès, pas de roulement des fonds, aucune représentativité de l'état des connaissances à l'instant "t", etc.), le modèle marchand de l'encyclopédie - et plus globalement du cycle de validation de l'autorité - l'est tout autant, et peut-être davantage.

Conclusions ?

  • Primo, l'analogisme avec Wikipedia, ou plus précisément avec les projets dérivés en quête d'autorité (Véropédia, Citizendium) est trop frappante pour ne pas être soulignée. Avec son projet knol, Google réalise stricto sensu le projet initial de wikipedia (baptisé Nupedia) : une encyclopédie "populaire" par la couverture des sujets autorisés (= non-exclusivement scientifiques), et reposant sur des experts. C'est bien connu, les bonnes idées n'appartiennent à personne. Mais tous les obstacles ayant fait avorter le projet initial de Larry Sanger (difficulté à mobiliser des experts, difficultés de stockage et d'hébergement ...) sont d'emblée solutionnés par l'effet de la marque Google, et par ses infrastructures hors du commun.
  • Deuxio : Citizendium va avoir du mal à se faire une place au soleil dans l'ombre d'un tel géant ...
  • Tertio : ce lancement de "knol" par Google renvoie à une vision assez fine des attentes de ses utilisateurs.  On avait déjà remarqué la place très particulière et prépondérante - près de 30% des premiers résultats - qu'occupaient les liens Wikipédia dans les résultats des principaux moteurs (voir notamment ici, ici et récemment ), ce qui était en soi la meilleure confirmation possible de l'intérêt du "projet encyclopédique". En développant son propre service, Google régle en une seule fois deux problèmes : celui de l'accusation qui pouvait lui être faîte de survaloriser les liens en provenance de Wikipedia, et - surtout - celui de voir ses utilisateurs sortir de la sphère Google pour s'en retourner sur l'encyclopédie wikipédia, à peine y étaient-ils entrés (dans la sphère Google) : le public est ainsi encore plus captif qu'auparavant, et Google à tout loisir de monétiser, d'analyser et de profiler nos navigations numériques.
  • Quatrièmement : Google va même plus loin en inversant ce risque potentiel (celui de voir ses utilisateurs captifs "migrer" vers un autre service) : "Google ne demandera aucune exclusivité pour ses contenus et les rendra accessibles à tous les autres moteurs de recherche", qui seront donc gentiment invités pour accroître leur propre "pertinence" à renvoyer ... vers un service Google ...
  • Cinquièmement : c'est l'avènement d'une nouvelle forme d'encyclopédisme. Un encyclopédisme non plus savant mais "d'usage" : "L’accès aux documents n’est plus subordonné aux modes de classement et d’organisation. Ce sont les modes de classement et d’organisation qui sont inférés de l’accès au document et de l’analyse de son contenu. On parlera d’un encyclopédisme d’usage à partir du moment où ces parcours de recherche, d’accès et de consultation sont récupérés et réinjectés dans l’organisation de la bibliothèque virtuelle (Internet en est évidemment le premier exemple) pour organiser, à l’aune de ces parcours, les nouvelles données devant être
    classifiées.
    " (p.307 de ma thèse) Le danger ne vient donc pas de ce nouvel avatar du projet encyclopédique, mais de la logique marchande qui le conditionne.
  • sixièmement : le défi que s'apprête à relever Google est d'importance et nous concerne tous, bien au-delà du simple enjeu technologique qui le sous-tend : il s'agit de savoir quelle est la meilleure manière possible de croiser autorité ET notoriété, autrement dit de savoir quelle place accorder à l'autorité au sein d'un principe de classement et d'une représentation du monde reposant essentiellement sur un indice de notoriété. Cet enjeu tient en une phrase dans le billet de Google, mais il prime à mon sens sur tous les autres : "Notre boulot au département "Search Quality" sera de classer (to rank) les knols de manière appropriée quand ils apparaîtront dans les résultats de recherche". En ce domaine, la transition d'un PageRank à un modèle de type TrustRank ne sera pas aisée. Sauf à croire que le test de Turing est résolu, et qu'un "simple" agencement machinique est aujourd'hui en capacité de tracer les frontières de l'autorité dans l'accès de chacun à la connaissance.   

Il ne reste plus qu'à attendre pour voir si l'effet Google jouera à plein, et si "knol" sera le nouveau pilier d'une révélation cognitive en comptant déjà 3. En attendant, il est clair que la stratégie de Google est bien cadrée : "standing on the shoulders of giants" comme l'affirme l'incipit du service Google Books. Asseoir l'autorité de Google (et de ses services) sur la question de la mise en avant "des autorités".

Voir aussi ce qu'en disent : Didier Durand, Read/WriteWeb, Jean-Michel Salaun, Google Blogoscoped (qui insiste également sur les risques de l'impact de ce service sur la neutralité de la recherche)

<Update PUB>Télérama a bien aimé mon billet</Update>
 

La Babel numérique ?

A la lecture de la presse nationale et internationale, à la lecture de la blogosphère, je suis en plus de plus frappé par le nombre d'articles concernant Wikipedia ainsi que par l'éternel retour des arguments développés par les enthousiastes, les sceptiques, et les autres. Dernier en date, l'article d'@si qui revient sur l'épisode du jugement en référé de la fondation Wikimedia (chroniqué ici). Mais revenons-donc à l'article d'@si, qui est un petit chef d'oeuvre rhétorique puisque démarrant sur un crédo "pro-wikipédien" déclinant à l'envie le thème : "certes Wikipédia est le royaume de l'impunité, mais pas davantage que les autres médias", il se termine (mal) sur une lacunaire sentence que je vous livre ici :

  • "plutôt que de s’indigner du laxisme du juge, il faut cesser de célébrer internet comme l’agora universelle, l’espace hyper-démocratique et hautement participatif où chacun serait enfin journaliste, poète, savant, encyclopédiste. Car le culte de l’amateur finira par tuer la culture."

Ou comment commencer un article sur un sujet et le finir sur un autre en expliquant que tout est lié et réciproquement (auquel cas Wikipedia peut également à bon droit être tenue pour responsable de la faim dans le monde, de la guerre en Irak et de la piètre qualité des repas qu'ingurgite mon fils à la cantine). Bon. Chacun pense ce qu'il veut. Mais je voudrais reprendre quelques-uns des arguments de bon sens (avec les fautes de frappe et d'orthographe d'origine) qui n'ont pas tardé à déferler en commentaire (ce qui vous évitera la lecture des trolls, et notamment de la trolleuse wikipédienne en chef) et vous livrer mes propres réflexions :

  • "En l'occurence, un point essentiel a comparer me semble etre le préjudice, notament en nombre de personnes ayant lu l'information litigieuse, et les moyens de la corriger. Pour un journal, une fois le coup parti, c'est irratrapable" La dimension évoquée est ici la temporalité particulière de Wikipédia. Une encyclopédie dont la mécanique d'in-scription est celle de l'instant.
  • Autre illustration de cette temporalité nouvelle des guerres d'éditions wikipédiennes dans cet autre commentaire : "Concernant Wikipedia, en tant que contributeur habituel de ce site, je puis vous certifier qu'il n'est en aucun cas adepte «du refus de toute hiérarchie et du fantasme d’une égalité de tous face au savoir». Sauf, pour le second point, si il s'agit de l'accès de tous les lecteurs. Bien sûr, tout internaute est virtuellement en état de modifier tout article de l'encyclopédie, mais en réalité non, preuve en est que, suite à votre papier, l'article «Élisabeth Lévy» a été un court moment « protégé» pour éviter (si ça devait avoir lieu) les vandalismes. Voir ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%... " Wikipédia ou le principe de précaution documentaire.
  • Autre illustration de cette temporalité : ""Supposons que j’ajoute à la notice de Daniel Schneidermann sur Wikipédia qu’il se nourrit d’enfants au petit déjeuner" Je viens de faire l'essai ;-). J'ai ajouté la phrase: "Il est connu pour manger des enfants au petit déjeuner" au bio de Daniel Schneidermann sur Wikipédia. Je rafraîchis la page au bout de quelques minutes, et m'aperçois que ma modification n'existe plus, et que j'ai un message. Je clique sur le lien, et voici le contenu du message qui m'est adressé."Bonjour, XX.XX.7.234, (c'est mon adresse IP) Vous avez découvert combien il est facile de modifier et compléter l’encyclopédie Wikipédia. Votre modification a été annulée soit parce qu’elle est non encyclopédique soit parce qu’elle contrevient à nos règles. Merci de faire à l'avenir des contributions constructives et d’éviter de détériorer le contenu. Sachez que tout un chacun est capable de surveiller vos contributions. Les administrateurs ont par ailleurs la capacité de vous empêcher d'écrire dans Wikipédia. Le bac à sable est à votre disposition pour tester la syntaxe de Wikipédia." Le mécanisme d'alerte en temps réel qui se met ici en place témoigne d'une logique du "Little Brothers" en lieu et place d'un Big Brother unique. Ce qui pourrait à terme effectivement apparaître comme inquiétant, si et seulement si le projet documentaire qu'est wikipedia se doublait explicitement d'une dimension politique, ce qui n'est (à mon avis) pas (encore ?) le cas, mais ce qu'un grand nombre de ses opposant déclarés lui reprochent à mots couverts, d'où le faux-débat (à mon avis toujours) à propos d'un "culte de l'amateur", et autres "l'amateur-tuera-l'expert-oui-mais-non-pasqu'on-a-besoin-des-experts-oui-mais-ad-lib".
  • "Ce qui peut poser soucis c'est que l'on ne sais pas si une page donnée a été écrite par une personne compétente ou non. Wikipédia fait le pari que les erreurs sont corrigés par la minorité compétente. On peut ne pas être d'accord mais parler de "religion numérique" et de "dangereuse utopie"? N'est ce pas excessif?" Si, c'est excessif. La question est ici celle des logiques participatives de Wikipédia, et du ratio entre les personnes s'impliquant "tout court" et celles s'impliquant "es qualite". Et nombre des articles scientifiques chroniqués ici même (cf la rubrique wikipedia) attestent que ce ratio n'est ni plus fort ni plus faible que dans d'autres projets de nature collective/collaborative. Dit autrement : il y a quelques vandales, il y a une majorité d'utilisateurs jouant le jeu en toute bonne foi (ce qui ne les met pas nécessairement à l'abri d'une erreur), et il y a une double minorité active : celle des utilisateurs acharnés, qui bâtissent leur propre expertise éditoriale dans un espace dont peut paradoxalement sembler absent tout projet éditorial, et celle des utilisateurs "experts", agissant "es qualité".
  • "Pour ce qui est de la crédibilité de wikipedia (...) un wikisceptique américain du nom de Alex Havalais a fait une expérience intéressante: introduire volontairement des erreurs en des endroits clés. "A son grand étonnement, toutes les fautes ont été rectifiées en quelques heures". Explication: Il est beaucoup plus rapide de corriger les actes de vandalisme que de les commettre. "Cela dissuade les vandales" ,note le journal de Rotterdam." Wikipedia est un entreprise cybernétique. Au sens propre (cf la définition de la cybernétique) C'est à dire qu'elle est gouvernée (= dotée d'un gouvernail, terme sur lequel fut etymologiquement formé le terme cybernétique). Et sa nature cybernétique, c'est son projet éditorial.

D'où au final le titre (interrogatif) de ce billet, et le paradoxe wikipédien ou le pari d'une Babel numérique dont l'inachèvement même atteste de la dynamique de construction de l'ensemble.
Notre monde s'est construit sur les cendres de la Babel mythique (d'un point de vue symbolique hein ? c'est pas parce que j'habite en vendée depuis quelques temps que je me suis mis à fréquenter les églises autrement que dans un but culturel), notre monde s'est construit sur les cendres de Babel disais-je, le nouvel ordre documentaire qui est en train de se construire devra, c'est acquis, une fière chandelle à La wikipédia.

Wikipedia et caetera.

Wikipedia-tribe
Non. Non, n'insistez pas. Je ne reviendrai pas sur les derniers articles et éditoriaux du journal Le Monde (édition du 3 Novembre) à propos de l'encyclopédie Wikipedia. Je me contenterai de vous renvoyer vers le billet de Jean-Michel Salaün qui rappelle justement l'urgence de "réfléchir à un nouvel ordre documentaire", et j'attirerai également votre attention sur le commentaire éclairant de Jean-Daniel Zeller (qui m'avait lors d'un colloque raconté l'histoire de Wikipedia et du griot) :

  • "L'autorité (politique, sociale ou éditoriale, et il peut y en avoir d'autres) ne peut se légitimer qu'à visage découvert.
  • Dans un monde de traçabilité universel, l'anonymat doit probablement devenir un droit. Voir le papier "homo internetus-homo anonymus" du président de l'ISSOC-France, Me Olivier Iteanu, dans la dernière édition de "Société de l'information" no 41/oct. 2007 (www.societesdelinformatio...
  • Dans un projet éditorial tel que Wikipédia un "pseudonymat" me semble acceptable, en tout cas dans une phase de construction."

Pas mieux :-)
Toujours en réaction au même éditorial du Monde, on consultera utilement le blog d'Anthere, qui renvoie vers divers billets certes pro-wikipédiens mais bien argumentés, ainsi que vers le texte (.pdf) de l'ordonnance de référé, texte sur lequel il serait par ailleurs intéressant de pouvoir bénéficier des lumières d'un juriste de profession. Appel donc aux bonnes volontés <Update du lendemain> Et voilà :-) </Update>

Wikipedia-dvertising
Après avoir longtemps brillé par une communication quasi-absente (l'étonnante croissance du site et le bouche à oreille du réseau lui suffisant amplement), la Wikipedia, probablement en réaction aux attaques de plus en plus violentes et surtout de plus en plus médiatisées, change de méthode et se lance dans une grande campagne de promotion, notamment afin de collecter des dons privés pour continuer de subsister et de préserver son indépendance.
On peut ainsi prendre connaissance du spot publicitaire mettant en scène son fondateur (Jimmy "Jimbo" Wales). A voir aussi (via Patrick Lozeau), la bande-annonce du documentaire en préparation sur Wikipédia et baptisé "Truth in numbers : the wikipedia story".

Wikipedia-logue

  • Je n'ai trouvé qu'un seul compte-rendu succinct, amusant et amusé, du récent colloque francophone sur Wikipedia, chez B&C. A noter cependant, les Forums permettant de débattre des points abordés lors du colloque sont encore actifs (mais peu fournis).
  • Le récent colloque Wikisym, organisé sous l'égide de la prestigieuse ACM, nous offre les textes des interventions avec la possibilité pour chacun d'entre eux de poursuivre la discussion via un blog/forum. Ce colloque était dédié non pas à Wikipedia, mais aux wikis en général et aux formidables opportunités qu'ils offrent en matière de travail collaboratif et d'apprentissage. Mais on y trouvera cependant quelques contributions essentielles au débat sur la qualité et l'expertise dans wikipedia :
    • J. F. Ortega & J. G. Gonzalez-Barahona. Quantitative Analysis of the Wikipedia community of users. (.pdf)
    • J. M. Reagle. Do As I Do: Authorial Leadership in Wikipedia. (.pdf) En s'intéressant à la manière dont s'exprime un leadership dans une communauté "ouverte", cet article propose quelques pistes pour une théorie d'un leadership auctorial ("theory of authorial leadership") ... spéciale dédicace à la grande prêtresse internationale de l'autoritativité, qui nous fera un compte-rendu sur son blog, quand elle l'aura ouvert :-)
    • D. M. Wilkinson & B. A. Huberman. Cooperation and Quality in Wikipedia. (.pdf) Attention, cet article est une véritable bombe, et si vous ne devez en lire qu'un, que ce soit celui-là. C'est la suite (et la fin) d'un preliminary paper déjà publié dans la Revue First Monday (signalé ici-même). Je vous en traduis donc le résumé (avec en gras mes propres remarques) : "Nous avons examiné les 50 millions de modifications ("edits") effectuées sur 1,5 million d'articles de la version anglaise de Wikipedia (faut dire qu'ils ont le matériel pour le faire aux HPLabs dans lequel bossent les deux auteurs) et nous avons trouvé que les articles de haute qualité se distinguent par un nombre significativement plus élevé de modifications, d'éditeurs, et d'intensité dans le comportement coopératif, et ce comparés à d'autres articles ayant une visibilité et une ancienneté identiques (l'article nous apprend que la popularité a aussi été mesurée). Ces résultats sont importants parce qu'en d'autres domaines, il a été démontré que plus la taille de la coopération augmente (= le nombre de contributeurs et le  nombre de modifications), et plus une coopération fructueuse est difficile à atteindre et à maintenir. (...)" Le résultat, c'est donc qu'il y a bien un écosystème original du phénomène participatif dans la Wikipedia. Et ça, n'en déplaise à ses détracteurs, c'est une très bonne nouvelle. Allez, comme vous êtes sages, je vous traduis aussi un morceau de la conclusion de l'article :  "Bien que nous n'ayons pas exploré les raisons pour lesquelles Wikipedia réussit là où d'autres entreprises collaboratives ont échoué, on citera parmi les raisons possibles de ce succès : l'efficacité de l'interface wiki, l'accent mis par la communauté wikipédienne sur la coordination et l'organisation, et le détail des processus et règles en vigueur utilisées pour faciliter la coopération." Et là, l'estocade : "Nous avons également montré que bien que Wikipedia soit un système complexe dans lequel des millions d'individualités imprévisibles collaborent au processus éditorial ("éditorial" au sens de "edit" - modification - et pas au sens de "processus éditorial", justement ...), et ce d'une manière non-programmée et non-programmable, la croissance de l'ensemble des articles suit un modèle très simple. Ce modèle implique qu'un petit nombre d'articles,  correspondant à des sujets à forte pertinence ("relevance") ou a forte visibilité, accumulent un nombre disproportionné de modifications, là où la grande majorité des articles doit se contenter d'une activité bien moindre. Les sujets d'une importance particulière ou d'une grande popularité sont ainsi naturellement amenés à bénéficier et à hériter de cette haute-qualité, validant à leur tour la Wikipedia comme un effort collaboratif couronné de succès."
  • Et puis l'Atelier signale un article intitulé : "Creating, Destroying, and Restoring Value in Wikipedia" (.pdf)
  • Et puis (Via Pintini) y'a aussi Véropedia : "un projet collaboratif initié par certains Wikipédiens avec l'objectif de sélectionner le meillieur du contenu de Wikipédia, d'en combler les lacunes éventuelles, de le vérifier et de le sauvegarder pour le futur. Les articles de Veropedia sont stables et ne peuvent être modifiés. Ils assurent une grande qualité, et sont adaptés pour les étudiants, les professeurs et pour tous ceux qui cherchent une information fiable et libre."

(Sources : sous les liens)

VidéoLectures

VideosLectures est un site ayant vocation à héberger des vidéos "scientifiques" (conférences et cours magistraux essentiellement). Si le domaine de l'informatique y est surreprésenté, on y trouvera, à côté, quelques vidéos intéressantes :

En plus des vidéos, la plupart sont associées et synchronisées avec les slides ayant servi lors de la présentation (quel bonheur de pouvoir aller directement écouter "le" slide qui a retenu notre attention). La navigation dans le site est efficace (vidéos les plus vues, navigation par catégories et sous-catégories thématiques, par genre - tutoriel, interview -, par auteur, etc ...)
A vous d'y dénicher votre bonheur :-)
(Via : Savoirs en Réseau)

Outillage wikipédien (encore)

Après ...

Voici venu ... le traceur d'autorité, baptisé Wikidashboard. L'idée est simple, il s'agit comme le rappelle l'article de l'Atelier, "de permettre aux utilisateurs d'établir le lien entre les diverses publications contenues sur le site et leurs auteurs." Pour chaque article de l'encyclopédie (dans sa version anglophone), vous pouvez ainsi obtenir :

  • la liste des contributeurs,
  • le pourcentage de leurs modifications par rapport à l'ensemble,
  • une frise chronologique permettant de repérer à quelles périodes l'article a été le plus ou le moins "édité",
  • et quelques autres choses encore ...

Une option "préférences" permet de paramétrer le wikidashboard et de récupérer, par exemple, les modifications de la dernière année uniquement ou bien en remontant jusqu'au 1er Janvier 2004.
L'ensemble des informations qui alimentent le wikidashboard sont, depuis le début du projet wikipédia, visibles au travers des pages "discussion" et "historique", mais il est délicat d'en extraire une vue synoptique propre à l'analyse ou à l'exercice d'un regard critique. C'est bien là tout l'intérêt de wikidashboard.
Un guide d'utilisation du wikidashboard est disponible ici. Et pour le tester c'est par là.
Inexorablement, en se dotant progressivement d'un appareillage cognitif complet, Wikipedia semble faire avec intelligence son examen de conscience. Bien consciente des critiques qui lui sont adressées et qui portent essentiellement sur la fiabilité des informations délivrées, cet appareillage permet donc de tenir compte de ces critiques, tout en préservant la nature propre du projet wikipédien. Car la pire chose qu'il puisse arriver à Wikipedia (de mon point de vue) est de ressembler à une encyclopédie classique. Elle y perdrait sa nature : celle d'un palimpseste technologique à la démesure de la Babel myth