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Rencontres RPIST 2009.

Me voici de retour de Nancy où j'étais invité par l'Inist pour causer de la question de l'identité numérique des chercheurs.
Et voici donc le diaporama slideshare avec Ô merveille les notes correspondant à chaque diapo (regarder l'onglet "Notes" sous la présentation depuis le site Slideshare)
Mes fans et mes plus grand détracteurs pourront observer que l'ADBJP ("association pour la défense du bandeau jaune dans les pauvrepoints") a encore frappé.

J'intervenais juste après Hervé Le Crosnier, ce qui n'est jamais chose facile, surtout quand ce dernier a passé la soirée à vous répéter que "il fallait faire le show", le tout en patientant 1h30 dans un ersatz de pizzeria en buvant du gris de toul et en lapidant mentalement le serveur qui, quand il n'apportait pas une assiette de pâtes en lieu et place d'une pizza Roma après une demi-heure de commande, se souvenait soudain (après une autre demi-heure d'attente) que j'avais aussi pris une salade en entrée. Bon. Globalement on a l'air de pas s'en être trop mal sortis ... mais vous pourrez très bientôt juger sur pièce étant donné que la vidéo des interventions sera prochainement disponible sur le site des RPIST.
A part ça, bonne nouvelle, pour le prix d'une chambre dans un hôtel IBIS, vous avez droit à une connexion internet gratuite. La dernière fois ça m'avait coûté 15 euros pour une heure de connexion (pourrie). Vive les hôtels Ibis donc.
Vous pouvez aussi consulter le hashtag RPIST sur Twitter pour voir tout ce qu'en ont retenu les participants qui ne dormaient pas (et qui avaient réussi à pirater le Wifi local).
Voila. Voila.
A part ça toujours, mais dans un prochain billet, je reviendrai vous parler du "off" de ces rencontres. Je vous raconterai comment j'ai voyagé dans le train à côté d'un consultant qui intervenait pendant les rencontres, et qui expliquait doctement à son associée (sa secrétaire ?) que le pauvrepoint qu'elle lui avait préparée n'allait pas du tout, et qu'il n'allait pas parler de revues.org parce que ce n'était pas dans la cible stratégique (ou un truc comme ça ...) et que "ah bon tu leur as déjà envoyé le powerpoint ? Ah bon c'est embêtant ça." Délicieux voyage vous dis-je. Je viendrai également vous reparler de la manière dont l'Inist vend 15 euros des articles (les miens notamment) déposés dans une archive ouverte (archivesic par exemple) et pour certains sous licence creative commons "attribution - non-commercial", le tout dans une interface qui ne néglige pas les publicités sponsorisées du moteur Google, donnant à celle-ci (l'interface), l'air de ces entrées d'agglomérations défigurées par de gigantesques panneaux publicitaires (si vous n'avez pas la patience d'attendre mon billet, vous pouvez déjà vous mettre celui relayant l'étrange politique tarifaire de l'Inist sous la dent).
Et puis dans la série ça n'intéresse personne, sachez que pendant qu'Hervé Le Crosnier était assailli par ses fans, le valeureux Dominique Cardon et moi-même nous sommes faits refouler (temporairement) du buffet sous prétexte qu'il fallait d'abord le prendre en photo (le buffet).
Sachez aussi que le même Hervé Le Crosnier à réussi à me convaincre (il est fort) d'arrêter de faire figurer le "temps de rédaction de ce billet" à la fin des billets d'Affordance. Pas de taylorisation de la recherche. Merci hervé :-)
Enfin une pensée spéciale pour ce verbatim recueilli au moment de mon départ : "Je suis contente de vous avoir rencontré en vrai. Parce que je vous imaginais petit et gros." Pour quelqu'un venu parler du nécessaire contrôle de leur identité numérique par les chercheurs, cela valait la peine d'être souligné ;-)

Truismes

Et si c'était tout simplement cela qui expliquait le phénoménal succès du micro-blogging en général et de Twitter en particulier ? Cela : le fait est qu'on n'a pas encore trouvé mieux que le texte pour dire des choses. Et pas encore trouvé mieux que la brièveté pour les dire vite et pour aller à l'essentiel.

Wikiopole n'est pas que du pipole.

(le titre de ce billet ne veut rien dire, c'était juste pour la sonorité :-)

Avec l'aide du RTGI (qui est aujourd'hui ce qui se fait de mieux dans le domaine de la visualisation dynamique de larges corpus de données), et à l'occasion de la sortie de son classement mensuel, Wikio et ses très actifs WikioLabs, lancent Wikiopole, une interface de visualisation de la blogosphère et de ses liens. J'aime particulièrement la possibilité d'isoler par un code couleur les liens entrants, sortants et/ou réciproques.
Galaxyaffordance

Nota-Bene : le TouchgraphBrowser permet également de visualiser de semblable manière les liens qui "font réseau" autour d'un site ou blog donné, mais celui-ci ne bénéficie pas du corpus structuré (catégories Wikio) sur lequel tourne le Wikiopole, laquelle structuration permet une vision plus "fine" de certaines relations.

Blogosphère du livre : exposé des motifs

Une belle représentation graphique de la "blogosphère du livre", réalisée à l'occasion du salon du livre.
Blogosphere
On y mesure l'incontournable centralité de François Bon, qui sait toutes les richesses à extraire des différentes périphéries du livre. Plus qu'un centre il est une sphère, "dont le centre est partout et la circonférence nulle part" ;-)

Cette carte m'a également donné l'occasion de découvrir l'excellent site du Motif, qui se définit comme suit :

  • "Le MOTif, observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France, est un organisme associé de la Région Ile-de-France mis en place pour renforcer le lien entre les professions du livre et proposer des politiques publiques pertinentes, adaptées aux évolutions en cours. (...) les professionnels ont souhaité disposer d’un espace de débat et d’un outil d’étude de l’économie et des mutations du secteur."

A voir notamment sur leur site : des études, des ressources-métier ... Un seul regret, pas (encore) de fil RSS mais une liste de diffusion.

Même si un blog jamais ne sauvera l'université (et même si un coup de dés jamais n'abolira ...), cela vaut le coup d'essayer

Tout commence le 9 décembre 2008.
Voilà déjà quelques semaines que je suis, avec d'autres, mobilisé dans le cadre de mon IUT (La Roche sur Yon). L'idée naît donc de lancer un blog pour collecter localement les informations et permettre aux collègues peu informés ou peu mobilisés de s'y retrouver et, à tout le moins, de se tenir au courant. Ce sera fait avec "Sauvonslesiutetaudela". "Sauvons les IUT ... et au-delà" ... titre programmatique. Les IUT sont une composante "à part" de l'université française. Ils n'en sont pas moins l'une de ses parties. Alors oui, "sauver les IUT" mais au-delà également, au-delà, sauver l'université française. "Sauvonslesiutetaudela" est le site de la mobilisation à l'IUT de La Roche sur Yon. Il ne le restera pas longtemps.

Cropped-cropped-iut
Quelques jours plus tard.
Des personnels  d'IUT (enseignants-chercheurs principalement) de toute la France, essaient de structurer une coordination nationale des personnels d'IUT (CNP-IUT). Une liste de discussion est rapidement mise en place. Et le besoin d'un site web pour centraliser l'information se fait rapidement sentir. Besoin d'autant plus urgent que c'est à l'époque l'ADIUT (assemblée des directeurs d'IUT) qui dispose des seuls outils nationaux de coordination et d'information sur le web : un Wiki d'information sur la situation des IUT "au jour le jour" et une pétition nationale. Les personnels souhaitent donc pouvoir disposer de leur propre outil de diffusion de l'information. Le site "Sauvonslesiutetaudela" n'ayant publié que quelques billets relatifs au mouvement sur La Roche sur Yon, et ce même site n'étant pas encore identifié comme nécessairement rattaché à La Roche sur Yon, ce même site disposant par ailleurs d'un titre générique cohérent avec la ligne revendicative choisie par la coordination nationale des personnels d'IUT, je propose qu'il devienne "le" site web de la CNP-IUT. Décision actée dans la foulée.
Blog de grève : back-office
Le blog est créé sous Wordpress, formule "hosted" (wordpress.com). L'idée est de gérer l'urgence, de rendre compte en temps réel des infos remontées par les IUT ou glanées dans la presse, de donner une visibilité nationale au mouvement et de permettre à chaque IUT de trouver sa place dans ce mouvement national. Des entrées sous forme de catégories (une catégorie pour chaque IUT), plus quelques catégories plus génériques permettant de relayer des informations semblablement génériques, et des "pages" pour des informations de suivi ou des événements marquants à caractère ou à vocation nationale. Les codes d'administration sont mis à disposition sur la liste de discussion de la CNP-IUT. Trois personnes me les demanderont et en disposent à ce jour. Je suis concrètement le seul à avoir alimenté le blog.
Tout ça pour quoi ?
In fine, et au-delà du travail de centralisation et de visibilité, ce blog permettra au mouvement des IUT de trouver un second souffle au moment ou l'ADIUT (les directeurs d'IUT) rentrera dans le rang et s'alignera sur le calendrier ministériel. A ce moment là d'une lutte initiée et pilotée (pour diverses raisons) par les directeurs d'IUT dès la fin du mois de Novembre 2008 il paraît clair que sans l'outil "Sauvonslesiutetaudela", sans la détermination locale des collègues, et sans l'existence d'une CNP-IUT (essentiellement structurée grâce aux échanges d'une liste de discussion), la quasi-totalité des IUT aurait été dans l'impossibilité de maintenir un niveau suffisant de vigilance et de mobilisation. Il est également parfaitement clair (du moins sommes-nous quelques-uns, directeurs d'IUT compris, à le penser), il est clair disais-je, que les directeurs d'IUT auraient eu davantage de mal à négocier le passage d'une simple "charte de bonne conduite" à une "circulaire inscrite au code de l'éducation" (même si cette dernière circulaire reste notoirement insuffisante, mais ce n'est pas là le sujet de ce billet).

Univenlutte

D'un blog l'autre. De "sauvonslesiutetaudela" à "universitesenlutte".
Fin Janvier début Février, le mouvement des universités démarre "officiellement" (la grogne universitaire se faisait en fait sentir de manière diffuse depuis la rentrée). Là encore c'est la même chronologie. Une liste de discussion est créée (par Jérôme Valluy), en même temps que se structure une coordination nationale des universités. "Nourri" de l'expérience du blog "sauvonslesiutetaudela", je propose de créer un site Web pour la coordination nationale des universités (CNU). Décision là encore actée dans la foulée.
Blog de grève : back-office.
Mêmes problèmes, mêmes solutions. Le temps de trouver un gabarit (template) acceptable et de customiser le blog avec une image d'en-tête suffisamment évocatrice, il s'agit là encore de gérer l'urgence, de centraliser et de mettre en visibilité l'information. Avec un problème supplémentaire : le nombre de messages diffusés sur la liste de diffusion de la CNU devient rapidement ingérable pour tout le monde. Le blog "universitesenlutte" permettra (notamment) à celles et ceux qui ne souhaitent pas être submergés de messages de garder le lien avec le mouvement national. En plus de l'habituel fil RSS, une liste de diffusion est mise en place pour permettre aux "non-geeks" de rester informés sans avoir à passer par un agrégateur. Là encore je propose de mettre à disposition les codes d'accès au blog pour qui le souhaite. Sur plus de 300 abonnés à la liste de discussion de la CNU, 4 demandes me parviendront (dont 2 de personnes gérant d'autres blogs de mobilisation). Concrètement, j'alimenterai seul le site jusqu'à ce jour. Pour le reste, la création des catégories suit toujours la même logique : des macro-entrées pour lister les actions, tribunes et opinions ou les prises de position des différents acteurs, et une catégorie épine dorsale disposant d'une sous-rubrique par université. A l'usage, l'expérience du blog "Sauvonslesiutetaudela" m'incitera à créer d'emblée, en plus de la seule liste des universités, des catégories permettant de disposer d'entrées sur les acteurs, les types d'actions et les types de documents diffusés (communiqués de presse, tribunes, ...). Au final, le blog "universitesenlutte" compte 132 catégories (sous-catégories en fait) déployées autour de 7 catégories principales. Bénie soit la possibilité offerte par Wordpress de créer des catégories "emboîtées" et d'indexer un billet dans autant de catégories que nécessaire.
L'université de la contestation sur le Net ou le Net de la contestation à l'université.
En parallèle du blog "universitesenlutte", en parallèle de la liste de discussion qui est la véritable "épine dorsale" du mouvement, c'est à dire le lieu où se tiennent les débats et où se décident les grandes orientations et actions, on va progressivement voir fleurir une liste impressionnante de blogs de mobilisation. La colonne de gauche d'universitesenlutte en syndique quelques-uns mais ils sont des dizaines à voir le jour au fur et à mesure du mouvement. Je n'ai pas pris le temps de les comptabiliser de manière suivie, mais, à la louche (et donc sans aucune prétention scientifique), j'estime que l'on doit à ce jour compter au moins 200 blogs dédiés au mouvement. En guise d'exemple on pourra se reporter à cette liste (loin d'être exhaustive ...) des IUFM déclarés "en lutte" :

La même liste (toujours non-exhaustive) pourrait être établie pour chaque université, chaque composante parfois, chaque collectif de personnel ou d'étudiant. Chacun se met à créer "son" blog et à essaimer les informations. Là encore, le besoin d'un site pivot et central devient crucial, en même temps que la gestion dudit site devient un travail à temps plein ... En parallèle, la floraison de ces innombrables blogs permet de recentrer l'alimentation du site "universitesenlutte" : il doit permettre de visualiser les actions, décisions et communiqués les plus "saillants", il doit également éviter d'être trop "parisien" pour permettre de faire vivre la mobilisation en province, et il doit enfin relayer les informations des quelques universités, composantes ou collectifs ne disposant pas de leur propre blog d'information. Fort heureusement, ce dernier point s'allègera considérablement au cours du dernier mois.
De la grève, du temps libre et de l'air du temps
Alors qu'une certaine presse se fait fort de désinformer à temps plein (enseignants payés quand ils sont en grève, grévistes non-déclarés, etc ...), les soutiers du net et des AG bossent sans économiser leur peine. L'alimentation du blog "universitesenlutte" (cumulée à celle du blog "sauvonslesiutetaudela") me prend plusieurs heures par jour. Il faut lire la tonne de messages qui circulent sur la liste, faire le choix de relayer ceux qui semblent les plus importants et/ou les plus caractéristiques et/ou ceux qui ont le moins de chance de l'être (relayés) par ailleurs. Il faut également effectuer une petite veille média quotidienne pour nourrir le blog d'éléments de revue de presse (ce dernier point étant heureusement assez rapidement expédié étant donné l'indigence du traitement par la presse de ce mouvement à de très rare mais heureuses et notables exceptions : l'humanité et libération - principalement via le blog de Sylvestre Huet). Il faut ensuite mettre en ligne et en forme les informations retenues. Plusieurs heures par jour donc. Plusieurs heures par nuit serait plus juste, les journées étant occupées à tenir, organiser, participer à différentes AG, a structurer des mouvements et des coordinations locales ou régionales (sur le thème "de la maternelle à l'université", mais également à faire des "cours hors les murs", à assurer un minimum de suivi pédagogique avec les étudiants, à traiter les tâches administratives non-négociables, et naturellement à sans cesse débattre avec (ou contre) des collègues, des étudiants, des passants, des parents ...

Livre Guiness des records. Du 4 Février au 4 Avril, soit pendant 2 mois, le blog "universitesenlutte" compte 847 billets publiés (925 le 17 Avril). Pour la même période, "sauvonslesiutetaudela" compte 275 billets publiés (422 le 17 Avril). Soit plus de 19 billets publiés par jour, pendant 2 mois (pour mémoire et pour avoir une échelle de comparaison, Affordance.info après 3 ans d'existence et un rythme de publication assez soutenu, compte 1500 billets publiés, dit autrement, j'ai publié sur universitesenlutte et sauvonslesiutetaudela en 3 mois autant de billets que sur Affordance ... en 3 ans !). Le fait d'être gréviste déclaré pendant plus d'un mois et demi (activités d'enseignement ET de recherche ET tâches ou fonctions administratives) fut la condition sine qua non permettant de libérer le temps nécessaire à ces différentes activités de soutier. Si vous voulez des chiffres, comptez a minima 3 à 4 heures par jour pour alimenter les blogs universitesenlutte et sauvonslesiutetaudela. Et les jours fastes (précédant ou suivant des manifestations ou actions nationales ou prises de positions ministérielles), vous pouvez aller jusqu'à 5 ou 6 heures par jour nuit. Voilà aujourd'hui plus de deux mois que j'ai mis "en veille totale" mes activités d'enseignement, de recherche, et de blog professionnel.
Tout ça pour quoi ?
Le blog universitesenlutte aura constitué (du moins je me plais à le croire), dans l'action (qui est loin d'être terminée), un contre-pouvoir efficace. Relai de l'information, site pivot du mouvement (avec d'autres, notamment SLR, SLU et celui de Sylvestre Huet), il permit notamment de passer outre la couverture médiatique inexistante ou très orientée de ce qui restera quoiqu'il advienne comme la crise la plus sévère qu'ait connue l'université française depuis un certain Mai 1968.

Tout ça dans quelles règles ?

Bloguer vite. Certes, et si possible bloguer bien. Dans le mouvement de contestation des universités, être webmaster autoproclamé nécessite l'observance de quelques règles strictes.

Bloguer en forme et sur la forme. Les textes, communiqués, informations republiées sur le site, principalement à partir des informations circulant sur le liste de discussion de la coordination, sont souvent (forme de l'email et urgence des situations obligent) émaillés de fautes d'orthographe. Il faut donc les relire (dans l'urgence également) en espérant que l'essentiel puisse être corrigé. De manière plus formelle, j'ai fait le choix d'éviter autant que possible de publier des documents sous forme de fichiers attachés, préférant reproduire dans le corps du billet les informations contenues dans lesdits fichiers. La cause en est simple : l'expérience (la mienne en tout cas) prouve que l'on n'ouvre pas systématiquement les fichiers attachés alors que l'on va lire (ou au moins survoler) le contenu d'un billet publié en "plein texte". En outre, la lisibilité et l'indexation par les moteurs de recherche n'en est que meilleure. Ce choix implique un facteur temps non-négligeable pour passer outre les mises en forme Word ou Pdf et retranscrire cela sous une forme lisible pour le blog.

La solitude du blogueur de fond ... et sur le fond. Editorialisation zéro. Tel fut le pacte éditorial initialement conclu (et de loin le plus dur à respecter ... étant donné ma tendance lourde à éditorialiser ;-). La CNU ayant initialement décidé de ne pas se doter de bureau ni de porte-paroles, il n'était naturellement pas possible "qu'universitésenlutte" soit le blog d'un seul, ou qu'une voix s'y détache des autres. Règle fut donc adoptée de reprendre tel quels (hors quelques parfois substantielles modifications formelles ou typographiques) les messages circulant sur la liste de discussion.

Jamais de noms de collègues sans leur aval ou en dehors de documents officiels et signés ou signalés comme tels. Jamais naturellement d'adresses mails visibles (pour éviter le spam) ou de numéros de téléphone.

Bloguer Et modérer. Près de 400 commentaires enregistrés sur le blog universitesenlutte. A lire les commentaires sous le moindre article de presse ou billet de blog un tant soit peu favorable (ou au moins objectif) sur le mouvement, c'est au mieux l'incompréhension totale et au pire l'écoeurement pur et simple. Mention spéciale de la médaille du courage et de la modération à Sylvestre Huet, dont chacun des billets est devenu le déversoir de tombereaux de haine et de poujadisme à l'encontre des enseignants-chercheurs (fainéants et/ou gauchistes), des étudiants (branleurs), des intellectuels (branleurs, gauchistes ET nuisibles) et de l'université et des fonctionnaires en général. Pour différentes raisons, je m'intéresse d'assez près à la manière dont les forums et commentaires permettent de contre-balancer les postures discursives à l'oeuvre dans les blogs, ramenant le plus souvent ces dernières (postures discursives élevées/élitistes) à un pragmatisme de bon aloi. Mais là j'avoue être encore médusé par de telles flambées de haine. J'y voie deux explications tout aussi plausibles l'une que l'autre. La première est que le mouvement à l'oeuvre dans les universités a, dans un premier temps, et du fait conjugué de la complexité de certains dossiers et de l'indigence de la couverture presse qui en était faite, suscité incompréhension ou méprise devant ce qui, dans l'idéologie ambiante, pouvait effectivement en apparence et en première lecture passer pour un combat rétrograde et corporatiste. L'autre explication (tout aussi plausible je le répète) est l'instrumentalisation pensée et méthodique de ces lieux de paroles (les commentaires de blogs et/ou d'articles de presse) pour une activité de lobbying et de désinformation en provenance du parti politique au pouvoir. Ce n'est pas assez clair ? Oui je pense que l'UMP (ou les jeunesses UMP ou tout autre organisation apparentée, voire plus à droite) a donné des consignes (ou payé des gens) pour investir méthodiquement ces (rares) espaces de défense et illustration des raisons réelles de la colère des universités, afin d'y entretenir la ligne poujadiste sur laquelle se tient le président de la république et afin que le ralliement avec l'opinion n'ait pas lieu. Pour mémoire, on se souviendra de l'importance stratégique qu'avait eu ce ralliement de l'opinion lors du dernier grand combat pour l'université et la recherche en 2002.

Concernant le blog "universitesenlutte" j'ai donc soigneusement modéré les commentaires et exclu sans état d'âme tout ce qui de près ou de loin s'apparentait à du poujadisme (le troll étant la figure numérique moderne du poujadisme). Ce qui ne veut pas dire que les 400 commentaires sont tous favorables au mouvement (loin s'en faut ...), mais au moins ne relèvent-ils pas du seul argumentaire de la haine ou de la seule logique de désinformation.

Dans les coulisses du Net : la blogosphère sur tous les fronts ... La contestation universitaire disposa et se dota tout au long de ces quelques mois de toute une panoplie d'outils internet. Les grands gagnants, les plus plébiscités sont à l'évidence les blogs (notamment créés sous Blogger). Blogs au long cours à résonance institutionnelle, mais également blogs événementiels comme instantanés (tel celui mis en ligne pour rendre compte au fur et à mesure de l'occupation de la présidence de l'université d'Orléans). Temporalités longues ou courtes, éphémères ou durables, mais toujours cette fantastique puissance de structuration que confèrent ces plateformes et l'extraordinaire lisibilité (formelle et structurelle) qui en découle.

En seconde position vient l'outil pétitionnaire (notamment grâce à la plateforme libre phpMypetition) qui fit preuve d'une remarquable efficacité sur la visibilité nationale de certains mots d'ordre.

Vinrent ensuite :

Réticulaire épistolarité
Et par dessus tout, ce mouvement fut celui d'une épistolaire réticularité. La vraie épine dorsale de ce mouvement fut constitué des échanges mail qui eurent lieu sur différentes listes de discussion, dont celle de la coordination nationale (avec une moyenne de 300 messages par jour) auxquelles s'ajoutent toutes les listes syndicales, disciplinaires, d'établissement, de laboratoire ...
Mon sentiment - là encore rien de scientifique, juste une impression issue d'une observation participante immersive de plusieurs semaines ... - mon sentiment disais-je, est qu'à chaque outil (blogs et listes de discussion) correspond un certain niveau de mobilisation. Les collègues s'exprimant sur la liste de la coordination nationale des universités (mais aussi sur celle de la coordination nationale des personnels d'IUT) furent les éléments moteurs du mouvement. Ceux qui bâtirent les actions, les mots d'ordre, les événements (symboliques ou non). Une autre catégorie de collègues, ceux qui "se contentèrent" se suivre les informations publiées sur les différents blogs "nationaux" ou "largement représentatifs" s'inscrivit dans une mobilisation plus "périphérique", sans que ce dernier terme ait quoi que ce soit de péjoratif. Ou si l'on préfère, les généraux d'un côté, l'infanterie de l'autre. Et ce dans une indissociable et nécessaire complémentarité (une manifestation de généraux n'aurait pas grande force, pas plus que ne pourrait exister de manifestation spontanée suffisamment représentative et coordonnée). En ce sens là, généraux et infanterie, listes de discussion et blogs, marquèrent et marquent encore une vraie réussite dans cette mobilisation.

SLR, SLU et UEL. Sauvons la recherche et Sauvons l'université sont deux associations depuis déjà longtemps représentatives et profondément enracinées dans la culture universitaire, en tant que forces de propositions tout d'abord mais également en tant que bastions de résistance à une certaine politique de l'enseignement supérieur et de la recherche. La création du site Universitesenlutte pourrait apparaître redondante au regard de l'activité des deux autres sites. Elle ne le fut pas (à mon avis). D'abord parce qu'Universitesenlutte n'a pas vocation à durer. Le blog cessera d'être alimenté dès que ce mouvement sera terminé (c'est à dire dans quelques années ;-). Elle ne le fut pas non plus car le contexte de ce qui est (nonobstant l'opinion de certains médias), le plus grand, le plus unitaire, le plus suivi et le plus long des mouvements universitaires depuis l'après-guerre (loin devant mai 68) justifiait à lui seul la mise à disposition d'un espace dédié. Le terreau politique qui avait vu naître SLR et SLU, même s'il comptait nombre des éléments que l'on retrouve aujourd'hui dans la contestation universitaire, était différent de la massification de la contestation ces deux derniers mois chez les enseignants-chercheurs (je ne parle pas ici de mobilisation étudiante).

Tout ça pour qui ?
Pour les sociologues de demain. Ils y observeront l'émergence d'une contestation jusqu'à son aboutissement (hypothèse haute) ou à son point de non-retour (hypothèse basse). L'éternel cycle de la contestation, négociation, radicalisation et retour. Ils y verront comment les argumentaires se structurent. Ils disposeront d'un outil disposant de règles de structuration intéressantes à faire jouer dans le cadre d'une analyse fine de l'ensemble de ce mouvement. Des blogs conçus sans sommeil, des blogs de veille éveillée, de l'observation participante comme on dit aussi, mais au final tant de possibilités d'exploiter structurellement le "work in progress" d'un tel mouvement.
Pour les pouvoirs et les contre-pouvoirs
Dans un mouvement de contestation, pouvoir disposer d'un tel observatoire est naturellement une manne pour le camp d'en face. Le pouvoir ne se prive pas de disséquer ce qui s'y dit. Il aurait d'ailleurs bien tort de ne pas le faire :-)
Pour moi. En créant et en alimentant ces deux blogs, mon nom restera probablement (avec d'autres naturellement) attaché à la mise en visibilité de ce mouvement particulier. J'ai donc mis tous les atouts de mon côté pour me faire une réputation numérique détestable auprès du ministère (mais là, j'avoue que j'avais déjà bien défriché le terrain), ainsi qu'auprès d'un certain nombre de présidents d'universités et plus globalement de collègues peu ou prou hostiles au mouvement actuel. Le résultat à court et moyen terme en ce qui concerne ma petite personne est que, par exemple, pour d'éventuels voeux de mutation, ma carte de France des destinations possibles risque de se limiter aux quelques universités dans le CA desquelles la mouvance anarcho-autonome est massivement représentée, c'est à dire ... assez peu (exception faite de la Sorbonne, tant que Saint Georges en assurera la présidence). Mais je n'en conçois aucune amertume, étant parfaitement à l'aise dans mon petit (mais costaud) IUT de province et n'aspirant à aucune promotion, prime ou reconnaissance autres que celle de la cohérence de mes paroles et de mes actes (et un peu aussi quand même de mon activité scientifique ;-)
Pour les autres. Christophe, Jérôme, Linda, André, Olivier (pas moi un autre), Pascal et tant d'autres. Dans le concert de la contestation, il fut à l'évidence quelques patients et talentueux chefs d'orchestre. Ceux qui surent initier les actions, ceux qui surent coordonner les mouvements, ceux dont l'argumentaire et la lucidité critique permirent sinon de gagner sur tous les fronts mais à tout le moins de sauver temporairement l'essentiel. Eux et les autres dessinent le contour d'un collectif avec lequel il fait bon vivre, débattre, s'engueuler, construire. Avec lequel on s'imagine parfois monter une nouvelle abbaye de Thélème. Une université dont l'autonomie serait véritable et sans rien de commun avec le prêchi-prêcha autonomiste dont le ministère nous rebat les oreilles depuis déjà deux ans, sans rien de commun avec cette autonomie simplement vocable mais supposée non révocable, un vocable galvaudé, cache-misère et prétexte à toutes les fuites et dérobades.

Et maintenant, un peu de benchmarking de la contestation. Nota bene : les conclusions suivantes n'ont aucune valeur scientifique. Elles sont un simple relevé de conclusions établi sur la base de choix personnels (et donc parfaitement subjectifs). Après plus de 850 billets publiés en 2 mois, j'ai voulu regarder quelles catégories et quels types d'actions étaient les plus représentés et donc possiblement les plus représentatifs.

Soit le benchmarking de comptoir suivant : ce mouvement s'est cristallisé autour de la question du décret des enseignants-chercheurs et de la masterisation. Les syndicats, les sociétés savantes et la CNU (coordination nationale) ont occupé la première ligne de la négociation et de la contestation. La visibilité du mouvement a principalement tenue grâce à des actions symboliques et aux actions dites "université hors les murs". Le mouvement a principalement été relayé par la presse (papier et web). Concernant la presse, il faut distinguer :

  • les journaux qui ont fait l'effort de couvrir factuellement et régulièrement le conflit (L'Humanité est ici seule en course), dégageant au passage une certaine sympathie pour ce mouvement.
  • et ceux qui n'ont pas fait cet effort, ou l'ont fait dans une logique de presse d'opinion parfois éhontément alignée sur la communication gouvernementale ... (bien qu'appartenant à cette dernière catégorie, Le Figaro s'est un peu démarqué par une couverture (trop épisodiquement) factuelle.
  • et il faut enfin mentionner la presse des éditorialistes, la presse "prête à penser", l'indigence intellectuelle biberonnée à l'anathème et au poujadisme dont Christophe Barbier et Sophie Gherardi furent et demeurent les indéboulonnables figures de proue.

Plusieurs dizaines de milliers d'enseignants-chercheurs "en lutte", et moi et moi et moi. Moi dans tout ça, je me serai simplement efforcé de jouer mon rôle. J'ai fait grève, j'ai poussé des coups de gueule épidermiques, d'autant plus épidermiques que j'avais auparavant effectué un certain nombre d'efforts d'analyse et de vulgarisation, à mon niveau, à mon échelle, auprès de mes collègues et des lecteurs d'Affordance j'ai alerté, j'ai relayé, j'ai témoigné, comme des milliers d'autres collègues j'ai blêmi d'indignation en entendant un certain discours, j'ai tenté de dialoguer et d'argumenter, j'ai vulgarisé encore y compris sur des acronymes abscons et des critères à l'unisson, sans me jeter trop de fleurs, je crois même avoir été parmi les premiers (en Mars 2008 le cadre de la modulation de service était posé, le 7 septembre 2008 le rapport Schwartz était connu, 9 novembre 2008 on savait à quelle sauce on allait être mangés) à m'être alarmé des changements qu'induirait le nouveau décret pour les enseignants-chercheurs. En remontant encore plus loin, le 14 Novembre 2007 je m'essayais à un petit exercice de style sur le ton de l'humour (noir) et la prospective, exercice à la relecture duquel je me dis aujourd'hui que la fiction sera peut-être demain ... très en deçà de la réalité ! Bref j'ai fait ce que je considère être aussi mon métier.    

Ce que je retiendrai personnellement de tout cela ? (ou comment et en quoi le fait d'être un temps le webmestre soutier d'une contestation universitaire sans précédent m'a-t-il nourri ?)

D'abord le poids des mots. Incommensurable. Ces mots de la bêtise, cette indigence de la pensée, ce discours de la haine et des préjugés, cette empathie travaillée avec une idéologie du café du commerce, bref, ce discours de Nicolas Sarkozy dont on mesure d'autant mieux la sidérale vacuité quand on le compare à un autre discours sur l'université et la recherche, pourtant tenu par quelqu'un qui ne saurait être assimilé à un dangereux gauchiste. Autres temps, autres moeurs. 

Ensuite la force des symboles. Comme un moteur qui une fois lancé fait toute la preuve de son inaliénable inertie. La ronde des obstinés et les lectures publiques de la princesse de Clèves en furent les plus éclatantes illustrations. La symbolique de l'action comme point d'orgue à la rationnalité des débats.

Enfin l'importance du temps de la réflexion. Et celle tout aussi considérable du temps de réaction. Dans la négociation sur le décret enseignant-chercheur, comme dans celle sur la masterisation, comme dans celle sur le texte contractuel devant régir les rapports entre IUT et universités, comme dans celle du contrat doctoral, comme dans les suppressions de postes et le démantèlement des organismes de recherche ... sur tous ces points au coeur du mouvement de contestation, c'est une immense partie d'échec qui s'est jouée, sur le mode "blitz". A chaque pion avancé par le ministère, à chaque nouveau "communiqué"  d'un ministre, à chaque nouvelle version du décret, après chaque article de presse relayant le mouvement, la machine de guerre universitaire s'est mise en marche. En marche forcée. Analysant, décortiquant, article de loi à l'appui chaque fois que nécessaire, remettant en contexte, répondant aux communiqués par d'autres communiqués. Ce temps de réaction peut, me semble-t-il à lui seul expliquer la durée inhabituelle de la crise. C'est grâce à ces infatigables ténors de l'analyse et du décortiquage que le monde universitaire a pu y voir plus clair dans le jeu d'ombres et de faux-semblants initié par les ministères. Grâce à eux que nous ne sommes pas aujourd'hui "échec et mat".

Compléments : sur le sujet de l'utilisation des outils du Net "au service" d'un mouvement social et sur la complémentarité/opposition entre médias internet et médias "mainstream" voir également :

Sur l'affaire du boycott du Monde par les enseignants-chercheurs et la charte de bonne conduite lancée par Jérôme valluy :


Un regret. Un seul. Vous dire aussi que malgré l'épuisement et les tensions, je n'ai à ce jour qu'un seul regret à formuler. Un regret à l'adresse de "mon" champ scientifique (plus exactement à l'endroit de celles et ceux qui le représentent et "l'incarnent"), également nommé 71ème section, ou "sciences de l'information et de la communication". Un champ dont les instances (CNU), dont les sociétés savantes (SFSIC) et dont les acteurs ont (une nouvelle fois ?) fait preuve d'un assourdissant silence. Elle ne fut certes pas la seule à avoir sorti les silencieux au bout du calibre, mais le fait est qu'elle était probablement (et en un sens légitimement au regard de son histoire scientifique) plus que d'autres attendue sur ce terrain. Bref, pendant que les universités étaient au coeur de la tourmente, pendant que le contrat doctoral unique était au coeur des plateformes de revendications, la SFSIC tenait congrès et ouvrait ses "journées doctorales" en se positionnant de la sorte : "Alain Kiyindou, président de la SFSIC puis Isabelle Pailliart, directrice du GRESEC ont ensuite souhaité la bienvenue aux participants. Le contexte actuel de réforme de l’université a été rappelé et l’organisation de ces journées durant cette difficile période de conflit saluée." C'est sobre. D'une aride sobriété (en même temps c'est vrai que je n'y étais pas aux journées doctorales, et que peut-être derrière la sobriété du compte-rendu furent tenus de vifs et passionnés débats ... mais j'ai comme un doute). C'est bête mais quand on regarde l'héritage de ce champ scientifique, on se dit que nombre de ses initiateurs doivent être en train de faire la toupie dans leur tombe. Alors définitivement oui, l'invisibilité doctrinaire des sciences de l'information et de la communication dans un conflit qui méritait à tout le moins que l'on mobilise ladite doctrine pour produire un certain nombre d'analyses et mettre en perspective un certain nombre de faits, cette invisibilité là restera comme un regret. Heureusement des sociologues, des historiens, des linguistes, des philosophes ont amené dans l'horizon du débat de précieux acquis disciplinaires. Mais des SIC, rien ou si peu. On avait déjà de toute façon perdu la trace de la 71ème section dans les méandres de l'AERES, la SFSIC et la CNU viennent à mon avis de louper une belle occasion de la faire sortir de son état gazeux. (et moi je viens de me faire plein de nouveaux amis :-) Il reste heureusement en ce champ comme en d'autres quelques heureuses marges d'indiscipline.

Allez, maintenant faut que je vous laisse, j'ai un blog de lutte à nourrir :-)

(Temps de rédaction de ce billet : offert. - comptez à la louche 5 heures)

Micro, méso et macro-net : les médiasphères et le moteur.

(billet inspiré par quelques rapides tests sur Whostalkin, découvert chez Steve Rubel)

En ce temps-là ...
En ce temps là
, la vie était plus belle simple : on avait les annuaires, les moteurs et les méta-moteurs.
En ce temps-là l'unité de publication était la page (web).
En ce temps-là, ceux qui publiaient sur le net ne publiaient (généralement) QUE sur le net, pas dans les grands médias. Et ceux qui écrivaient dans les grands médias ne publiaient pas sur le net.
En ce temps là, ce qui était écrit, restait écrit, restait fixé.
Et puis ...
Et puis les annuaires disparurent. Ne restèrent que (quelques) méta-moteurs et surtout les moteurs et surtout LE moteur.
Et puis les unités de publication se réduisirent, se fragmentèrent. L'unité ne fut plus seulement la page mais également le billet (de blog), voire le fil (de discussion sur un forum ou de commentaires sur un blog) ou le micro-fil (twitter limite l'unité de publication à 140 caractères). Une unité de publication parfois simplement confinée à une unité de présence en ligne, laquelle unité de présence est elle-même composée des traces éparses (profilaires ?) de notre social stream tel qu'il se constitue par exemple au travers de nos différents profils sur différents réseaux sociaux,
Et puis les instances d'énonciation éditoriales se floutèrent. Publier ici n'empêcherait plus de publier là. Les journalistes écrivent "dans" le web, les blogueurs écrivent "dans" les journaux, passent à la télé. Certains journaux ne sont faits que de reprises d'écrits de blogs (vendredi.info), certains blogs (maître Eolas) jouissent d'une crédibilité supérieure à certains journaux.
Et puis ce qui était écrit par l'un devînt modifiable par l'autre, par tous les autres (Wikipédia). L'auteur, l'autre. Figure gemellaire de l'hypertextualité. Agencements collectifs d'énonciation. La trace céda la place à sa propre traque.
Voilà ce qui changea. Ce qui ne change pas en revanche, pour vous, pour moi, c'est le besoin de s'y retrouver (au sens propre mais également et de plus en plus souvent au sens figuré également ...), d'y trouver parfois simplement "quelque chose", plus rarement "ce que l'on cherche".

Editorialement parlant, on dispose donc désormais de trois "médiasphères" :

  • le micro-net de type twitter mais également composé de nos traces profilaires,
  • le meso-net de type "blogs" individuels et non-institutionnels, ainsi que de la longue cohorte des pages personnelles
  • et le macro-net de type journaux ou chaînes de télé implantés sur le web (libération, le figaro, l'Obs ...)

Machiniquement parlant, pour rendre compte de ce nouveaux paysage éditorial du net, on ne dispose pourtant plus que des seuls moteurs qui, de plus en plus souvent, mal étreignent à force de trop embrasser.
Idéalement, il faudrait pouvoir disposer d'un moteur pour chacune de nos trois médiasphères. Car il va sans dire que la spécificité éditoriale de chacune d'entre elles conditionne à la fois la nature des recherches qui y sont effectuées mais également la nature, la granularité documentaire des résultats qui y figurent. Et l'on se prend à rêver d'un retour des moteurs à curseurs avec un même moteur permettant de régler le "grain" de la recherche depuis les macro-médias du macro-net jusqu'aux micro-médias du micro-net. 

Aujourd'hui, on dispose de :

  • Nano-moteur : pour chercher dans le micro-net. Exemple : WhosTalkin?
  • Meso-moteur : pour chercher dans le meso-net. Exemples : Blogsearch, Technorati, Wikio.
  • Macro-moteur : pour chercher dans le macro-net. Exemple : Google et Google News.

Cette granularité est inédite à cette échelle, et il y a fort à parier que 2009 lui donnera ses lettres de noblesse, l'enracinant comme une composante à part entière du Giant Global Graph. Alors que l'étage supérieur, le macro-net, apparaît aujourd'hui stabilisé, ayant atteint un rythme de croissance optimal, le micro-net et le meso-net continuent d'exploser, sur le même type d'échelle logarithmique que le web à ses débuts. Après la croissance des blogs, c'est aujourd'hui la croissance des réseaux sociaux et des sites de micro-blogging. La valeur de ces deux espaces, du dernier particulièrement, réside dans leur nature conversationnelle. Une conversation certes souvent tenue par des idiots et pleine de bruit et de fureur, mais également une conversation qui aiguille, qui stimule, qui signale, et qui est en tout état de cause le complément aujourd'hui indispensable de la plénitude du net comme médiasphère. Bref une conversation qui mérite d'être indexée et suivie pour pouvoir être ensuite accédée de manière asynchrone, dans la verticalité qu'impose le couperet d'une recherche et non plus simplement dans la linéarité d'un échange.

Signalons pour finir que cette granularité se superpose à une autre granularité préexistante et depuis déjà longtemps consubstantielle au net : la granularité des médias (vidéos, images, audio, texte) qui le composent. C'est à la croisée de ces chemins, à la croisée de cette granularité bipolaire que devront se positionner les acteurs de la recherche d'information pour répondre aux besoins de l'usager du web de 2009 et d'au-delà.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h00)

Le petit lien du Week-End

La journée type du blogueur. A part l'accès depuis un cellulaire, tout le reste est parfaitement exact (me concernant).
30915521

(Via MissTics)

L'état de la blogosphère : Septembre 2008.

(Billet oublié dans la file d'attente de publication de ce blog ... oups ...)

Technorati relance son meilleur outil de communication, à savoir le "state of the blogosphere" initié par son fondateur Dave Sifry. Le "state of ..." nouvelle formule dispose d'une parution étalée sur toute la semaine, j'ai donc attendu le dernier chapitre pour vous en faire un petit résumé :-). Au programme de l'édition de Septembre 2008 on apprend :

Que les blogs dont désormais partie des "mainstream media" en terme d'audience. A titre d'illustration, il est rappelé que " 95% of the top 100 US newspapers have reporter blogs". (ce qui n'empêche pas les blogs d'être totalement absents de notre très hexagonal et Colbertien Rapport Giazzi mais c'est une autre histoire ...). Que Technorati indexe 133 millions de blogs (cf image ci-dessous) et nous indique avoir fait un grand ménage dans les Spam-blogs et autres Fakes-blogs.

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La fin de cette introduction se conclut par une liste de citations émanant de diverses personnalités (mais comme je ne suis pas davantage rancunier que procédurier, je ne leur collerai pas un procès pour s'être inspirés des petites goodies - .pdf - accompagnant la publication d'un excellent bouquin qui vous permettra de tout savoir sur les blogs).

Sur cette première partie, voir les commentaires de FredCavazza.

Que le profil des bloggueurs reste relativement hétérogène même si le portrait robot est celui d'un homme entre 17 et 34 ans, depuis longtemps sur Internet et avec un niveau d'étude plutôt élevé. Phénomène révélateur de l'aspect "mainstream" et de l'âge de maturité des blogs, 37% des bloggeurs sont à l'ouvrage depuis au moins deux ans, 14% depuis au moins 4 ans. La moyenne de l'ancienneté des blogs indexés par Technorati est d'environ trois ans.

Chartp1tenure

La plupart des blogs sont pluri-thématiques même si les technologies se taillent la part du lion.
Chartp2topics
Et puis une très mauvaise nouvelle pour les Wikio Labs : la principale mesure de succès d'un blog est ... la satisfaction personnelle qu'en retire son auteur !! Ca va être délicat de développer un algo. là-dessus ;-)
Chartp2success

Créer, trouver et exploiter les blogs.

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ATTENTION !! Publi-rédactionnel éhontément auto-centré, vous êtes avertis
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C'était un peu avant l'été. paraissait alors l'ouvrage de votre serviteur "Créer, trouver et exploiter les blogs".
L'ouvrage, été oblige, a rencontré assez peu d'échos, même si pas mal de sites et de blogs ont relayé sa sortie. Mon éditeur m'indique pourtant que les ventes sont tout à fait satisfaisantes et que je ne l'ai donc pas mis sur la paille. Mais je ne résiste pas au plaisir de faire écho aux signalements assez louangeurs de quelques magazines incontournables de l'infodoc :

  • Archimag n°218, Octobre 2008 : "En une soixantaine de pages, l'enseignant-blogueur livre les clés permettant de comprendre et d'exploiter de façon optimale ce nouveau paradigme du web. Par le biais de l'analyse des raisons d'un tel succès - la barre des 100 millions de blogs est d'ores et déjà franchie -, de modes d'emploi, d'un panorama didactique quasi-exhaustif des outils de recherche et d'exploitation des blogs, ainsi que de plusieurs typologies transversales, Olivier Ertzscheid nous offre un compromis idéal entre simplicité pratique et profondeur de réflexion."
  • Le BBF 2008, T. 53, n°5, p.119 : "La synthèse qu'il propose ici est dense et aussi claire que possible. Contre toute attente s'agissant d'un outil réputé accessible à tous, la technicité des blogs a parfois de quoi décourager : la propension des blogueurs à remplacer le langage courant et la démarche intuitive par autre chose d'assez indéfinissable, est une barrière réelle pour le profane, fût-il par ailleurs très versé dans les techniques de la communication et les langages documentaires. C'est un grand mérite de I'auteur de clarifier tout cela. Quant à la typologie des blogs et de la blogosphère, qu'il tente au chapitre 3, elle nous semble en revanche plus discutable, en dépit de sa virtuosité conceptuelle : les catégories qu'elle définit peinent à mettre un peu d'ordre dans ce qui progresse manifestement dans le plus grand désordre. Mais c'est une remarque au passage, et qui ne retire aucun mérite à cet ouvrage pratique et réflexif à la fois."
  • Netsources n°76, Septembre-Octobre 2008 : après une pleine page détaillant le contenu de l'ouvrage "Au final, I'ouvrage d'Olivier Ertzcheid, très agréable à lire, répond bien à sa mission : il permettra à I'utilisateur néophyte de ne plus se sentir "lost in the blogosphere"... et offrira dans le même temps à I'internaute expert la possibilité de glâner ça et là quelques adresses utiles..."

Pour à votre tour vous répandre en louanges, vous n'avez que l'embarras du choix : un éditeur, un libraire du Sud, un supermarché ...

Parole authentique versus parole instrumentalisée : le pouvoir communicationnel des blogs

Nolwenn Le Hénaff, "Parole authentique versus parole instrumentalisée : le pouvoir communicationnel des blogs", thèse en SIC sous la direction d'Yves Chevallier. Septembre 2008. En ligne : http://halshs.archives-ouvertes.fr/SHS/tel-00329927/en/.
C'est donc le titre de ce qui est - à ma connaissance - la première thèse française sur la "blogosphère". Je n'ai pas lu le document, je me garderai donc d'en faire une quelconque critique, mais on m'a signalé que j'y figurais en bonne place parmi les différents objets d'étude ;-)
Quelques-uns des commentateurs de ce blog y sont également cités (pour vous retrouver, faîtes une recherche sur mon nom dans le pdf).
Ne vous privez en tout cas pas de signaler ici vos commentaires et remarques ou autres fiches de lecture sur ce document.

Blogosphère scientifique

Quelques ressources et quelques commentaires en vrac ...

  • Intute publie une série de 4 billets consacrés à la blogosphère scientifique (1, 2, 3, 4). Une petite mine qui pointe vers plein de ressources dont j'extrais ci-dessous quelques pépites.
  • Dans le billet sur l'état de la blogosphère scientifique au Royaume-Uni, il rappelle l'existence de l'excellent CrookedTimber, à ma connaissance le seul blog qui rassemble des chercheurs de différents pays et de différentes spécialités autour de thématiques en sciences humaines et sociales. Côté blogosphère institutionnelle, Intute signale l'existence de l'initiative du JISC qui met à disposition des blogs (sous wordpress) et des Wikis (sous mediawiki), ainsi que l'impressionnante communauté de l'université de Warwick, cf ci-dessous
  • Je m'attarde donc sur le portail blog de l'université de Warwick, à mon avis un modèle du genre. Quantitativement tout d'abord : 5616 blogs hébergés. Qualitativement ensuite : il est possible d'accéder à la liste des blogs par département, laquelle liste permet elle-même d'accéder aux blogs d'étudiants, d'enseignants, et de chercheurs. On peut aussi naturellement accéder aux blogs via un annuaire et via un système de tags. Un must vous dis-je. A côté de ce truc, seule l'initiative de Paris 5 (ex Renée D. Blogs) me semble tenir la route (même si je trouve l'interface un peu plus confuse).
  • J. Bradford DeLong est professeur d'économie à Berkeley. Il publie dans le Chronicle of Higher Ed un article intitulé : "Can blogging derail your career ?" Malgré son titre, l'article est en fait un plaidoyer pour les blogs et se termine ainsi : "A great university has faculty members who do a great many things — teaching undergraduates, teaching graduate students, the many things that are "research," public education, public service, and the turbocharging of the public sphere of information and debate that is a principal reason that governments finance and donors give to universities. Web logs may well be becoming an important part of that last university mission." A l'heure de l'autonomie financière des universités, il serait peut-être temps de sauter sur l'occasion en augmentant le salaire des universitaires bloggueurs ;-)
  • Le Times Higher Education publie de son côté un article dans lequel tout un tas de bloggueurs expriment en une ligne ou deux ce que le blog a apporté à leur activité scientifique.
  • Côté ressources francophones, on trouvera sur le site du TGE-Adonis ("Très Grand Equipement Adonis" ... avec un nom comme ça allez défendre l'humilité de la recherche ...) un bref et descriptif retour sur trois initiatives de portails de blogs scientifiques déjà chroniqués ici : ScienceBlogs, ResearchBlogging et Scientificblogging.
  • Et puis heureusement il y a ce texte lumineux d'André Gunthert, dont je vous livre un extrait de la conclusion, our le cas où il vous aurait échappé : "Une science aimable. (...) la pratique du blog contribue à modifier la sociologie des sciences, les équilibres établis et les hiérarchies patinées par les ans. L'avenir nous dira si c'est en profondeur. A titre personnel, je sais ce que cet outil m'a apporté de féconde liberté. Elle (cette pratique) ne m'a rien coûté, qu'un peu de temps, qui est du temps sauvé de l'oubli. La science qu'on m'a donné à connaître lorsque je faisais mes humanités était arrogante, dominatrice et sûre d'elle. Celle que j'ai aimé plus tard (...) n'avait rien à voir avec cette morgue d'un autre âge. C'est celle-là que montre le blog: plus proche de la réalité de mon travail, de mes doutes et de mes erreurs, de mes bonheurs de chercheur devant la trouvaille ou le plaisir de comprendre. A ceux-là, le blog a ajouté la joie du partage, qui comble mon appétit de pédagogue. Pas de regrets? Oh si! Un seul: celui de ne pas avoir disposé de cet outil depuis vingt ans."

(Initialement via Pintini // Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Technologies de l'artefact et traçabilité "positive" : l'écriture dans le ciel est-elle soluble dans l'informatique en nuage ?

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Où il est question de "technologies de l'artefact", "d'éthique hacker", de "perte du sens", "d'intelligence des données", de "traçabilité positive" et de quelques autres babioles ...
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Ecrans nous offre un beau panorama d'outils relevant du champ des technologies de l'artefact. Fake is a Fake vous permet de détourner (presque) n'importe quel site officiel. L'outil est à la fois robuste et astucieux : il utilise la plateforme Wordpress avec des thèmes (gabarits) reprenant la charte graphique des grands quotidiens (Le Figaro, New-York Times ...) de sites institutionnels (Maison Blanche, Elysée ...) ou événementiels (Pékin 2008 ...).
Dans une autre catégorie, permettant celle-là d'atténuer les technologies de l'artefact par le développement d'une heuristique "technologisée" de la preuve, Logo-Wiki (qui s'inspire de Wiki Scanner) permet de suivre les "Big brother Editors" de Wikipedia, en remplaçant le logo de l'encyclopédie, par celui de la compagnie ou de l'institution à l'origine d'une modification d'article. Pour une démo, voir ici.
Et donc ??
Tout cela fait écho a ce qui s'est raconté lors des dernières rencontres d'Ars Industrialis et notamment à l'intervention d'Alain Mille : il est (heureusement) encore possible d'inventer une ingénierie "positive" de nos traçabilités numériques. Echo également à l'intervention de Peter Norvig indiquant que l'avenir était à une formule du web contenant de moins en moins de "code" et de plus en plus de "données" (le fameux "less code, more data"). Or seul le code, seule l'écriture peut donner "un" sens à l'alignement et à l'empilement des données. Leur seul recoupement ne leur confère que "du" sens, différemment interprétable, différemment "compilable", différemment instrumentalisable, et en tout cas seulement lisible de ceux qui peuvent et pourront disposer d'une agrégation, d'une représentation suffisamment vaste desdites données. Donc accepter de se priver du "code", de le laisser tomber en désuétude, reviendrait - pour nos sociétés numériques - à s'interdire l'écriture et tout ce qu'elle autorise : le détournement parfois, l'explicitation souvent. Et à l'heure où le web se dirige effectivement vers une "intelligence des données", il faut redonner ses lettres de noblesse à l'écriture, au code. A ce titre, le rôle des Hackers est tout à fait salutaire. Ils disposent pour l'instant d'une maîtrise suffisante du code pour interpréter les données d'une manière "différante". Ce faisant, ils offrent une alternative à la fois possible et crédible - parce qu'incarnée - à l'agglomérat mainstream de données dans lequel nous engluent chaque jour davantage les multinationales du net, dans lequel nos pratiques, coupées de l'écriture, nous engluent tout autant. Et c'est probablement dans cette articulation complexe que le Web 2.0 prend sa vraie mesure : en nous offrant des outils nous permettant de ne nous soucier que des contenus, il nous conforte dans l'illusion d'entretenir une écriture alors que nous n'entrons que des données. Web2dizzaster (également repéré par Ecrans) illustre parfaitement ce paradoxe : quand les contenus s'effaceront, quand les données s'effondreront sous leur propre poids, seule subsistera l'écriture, le code. Mais cette écriture en sera réduite à sa plus simple expression : elle ne sera plus qu'ornementale. Et il y aura longtemps qu'en acceptant d'en perdre la maîtrise, nous en aurons perdu la profondeur, nous en aurons perdu le sens.

Et donc pour résumer le tout en une deux trois phrases ? Il faut que le Skywriting (et pas seulement académique ou universitaire) trouve sa place dans l'univers du Cloud Computing. Que "l'écriture dans le ciel" rivalise de présence avec "l'informatique en nuage." Attendons nous sinon, à de très fortes précipitations dans la manière dont nous y prêterons (notre) attention, dans la manière dont cela modèlera toute une économie de l'attention.

// Temps de rédaction de ce billet : 45 minutes //

La recherche de blogs : pistes pour demain.

Compte-rendu de lecture de l'article : Hearst M., Hurst M., Dumais S., "What shoulg blog search look like ?" (.pdf)

Si cet article a attiré mon attention, c'est pour plusieurs raisons, et tout d'abord le "profil" de ses trois auteurs. L'article est en effet rédigé par Marti Hearst, professeur à Berkeley et spécialiste de la navigation et des interfaces "à facette", Susan Dumais (Microsoft), inventeur de l'indexation sémantique latente et spécialiste des interactions homme-machine, et Matthew Hurst (Microsoft), blogueur et inventeur du remarquable outil BlogPulse.

L'article part d'un constat : les outils actuels de recherche de blogs n'exploitent pas les fonctionnalités structurelles spécifiques de ces plateformes. Ce constat peut - de mon point de vue - être discuté dans la mesure ou les usagers (sauf certains geeks et professionnels de l'info) ne feraient probablement pas trop usage de fonctionnalités de recherche avancées.
Deuxième constat plus intéressant et qui nous en apprend beaucoup sur la manière dont les gens "cherchent" de l'information : l'article mentionne une étude portant sur 500 requêtes prises au hasard et qui les décompose comme suit : 52% contiennent des noms "d'entités nommées" (des personnes, des produits, des entreprises). Sur les 48% restant, 25% expriment des requêtes de "haut-niveau" (les exemples donnés sont "stock trading" "gay rights"). Les derniers 23% sont des requêtes navigationnelles et des requêtes "adultes", auxquelles s'ajoutent un petit lot d'inclassables. L'étude citée comprend une autre info intéressante : ses auteurs ont établi que concernant les requêtes sur des entités nommées, le "besoin" des requêtants était en général de voir ce qui se disait (sur le web, dans la presse) de l'entité en question, au moment de la requête. Bref, du requêtage dans une logique de "recherche d'actualité". Par ailleurs, 20% des requêtes les plus populaires étaient corrélées à une actualité récente. Bref encore, les usagers vont sur le Net pour les même raisons qu'ils se rendent dans des maisons de la presse : l'actualité, l'actualité, l'actualité.

L'article revient ensuite sur les caractéristiques propres de l'information publiée sur les blogs : l'unité n'est plus la page HTML mais le billet, le ton est souvent plus personnel, les opinions dominent l'information, etc. Les auteurs proposent alors de se focaliser autour de 3 scénarios :

  • "Find out what are people thinking or feeling about X over time.
  • Find good blogs/authors to read.
  • Find useful information that was published in blogs sometime in the past."

Je serai tenté de résumer ces trois scénarios par 3 mots-clés :

  • Hubs (vue la plus large possible de points de vue sur un sujet, approche synchronique),
  • Authorities (repérage de blogs "de confiance")
  • et Trends (vue diachronique d'un sujet).

Tout le monde aura reconnu derrière les deux premiers scénarios la patte de Kleinberg, rien de très nouveau donc, mais une bonne grille d'analyse.Voici les pistes proposées par les auteurs pour chacun des trois scénarios :

  • Scénario 1 : l'objectif est d'aider les "market researchers" à utiliser "the results of sentiment mining (...) to help get a timely understanding of reactions to products and policy proposals alike." La solution proposée est la suivante : "It should organize and aggregate the results better, and by having a focus on author information, including who has commented on the post, and who
    has blogged about the post.
    "
  • Scénario 2 : l'idée est ici clairement d'instrumentaliser le processus de sérendipité qui joue à plein pour l'identification de blogs de référence (par l'exploration des blogrolls notamment). Les annuaires de blogs ne semblant pas (plus ...) être capable de proposer des pistes fiables et étant délaissés par les utilisateurs. Les pistes proposées sont au nombre de trois. Primo : une caractérisation de la qualité des blogs sur la base d'une analyse quantitative et d'une identification des contenus "originaux" et des contenus "repris". Deuxio : "Subtopics within topics. A reader may want to find blogs that provide high-quality commentary on one topic specically within a general subject area, for example, commentary on a particular television show or on a particular model of motorcycle. Often these are interspersed with high-quality commentary on other related topics, such as other TV shows or other vehicles. A blog selection interface should allow for the automatic creation of a feed reader on only the subtopics of interest across several high-quality blogs simultaneously, with little or no additional work needed on the part of the user." Ce qui est ici décrit ressemble furieusement à ce que Wikio met en place depuis déjà pas mal de temps dans sa page "catégories" avec autant de fils RSS que de sous-catégories. Tertio : la caractérisation fine des auteurs et des lecteurs du blog, caractérisation construite autour des questions suivantes (je souligne celles qui me paraissent les plus prometteuses mais aussi les plus délicates à "mesurer") : "Who are the people who do the interacting on the blog, including in comments ? Whom does the blog link to, and which others are linked to it ? What forms of media link to it ? How many people write for this blog? What are
    their reputations
    ? How many people post comments for the authors of the blog? What is the quality of the comments ? Does this blog link to others with similar or different viewpoints ?
    " A noter que sur ce dernier point, une approche façon "controverse" telle qu'elle est mise en place (manuellement) par SmallBrother.info me semble très intéressante.

Avant d'aborder le dernier scénario, les auteurs proposent la mise en place d'une interface "à facettes" pour résoudre les problèmes à multiples dimensions posés par la recherche de blogs. On aurait notamment une facette "sociale" pour en savoir plus sur les auteurs et les commentateurs de blogs, et une autre facette davantage orientée "typologie des blogs" (tiens, tiens ...), une typologie qui là encore est le centre névralgique de l'approche (et du succès) de Wikio, via son célèbre classement. L'article relève la difficulté de faire entrer un blog dans une catégorie et une seule en fonction de son contenu (beaucoup de blogs traitant de beaucoup plus d'une seule thématique), difficulté augmentée par d'autres catégorisations possibles (en fonction de l'audience, du rattachement institutionnel, etc ...) et il propose 4 pistes pour affiner et produire des typologies pertientes et adaptées :

  • "standard text classification" : avec des trucs du genre "sérieux", "ironique", "artistique" ... De fait, les outils de l'ingénierie linguistique permettent aujourd'hui de "parser" des contenus pour en extraire des "tendances stylistiques". Il serait intéressant de les faire tourner sur un corpus large de blogs (par exemple ceux du classement wikio) pour voir le résultat et affiner les appartenances actuelles de tel ou tel blog.
  • "filtrage collaboratif" : un grand classique. Permettre aux gens de soumettre leurs blogs préférés en les rattachant à des blogs existants et déjà "catégorisés" ou "typologisés".
  • "sélection implicite" : plus osé (mais bien dans la ligne d'un web implicite de plus en plus présent ...). Il s'agirait en fait de "pister" les comportements de navigation pour ensuite implémenter un système de recommandation plus ou moins personnalisé.
  • "requêtes descriptives" : l'idée serait ici d'analyser les requêtes pour proposer, par exemple, des blogs "humoristiques" à quelqu'un qui tape "faites-moi rire avec mon divorce", ou des blogs plus sérieux et à dominante juridique à quelqu'un qui tape "comment choisir un avocat pour mon divorce".

Au final, même si l'article ne dit rien du "comment faire" (du fait des enjeux commerciaux et des brevets probablement déjà en cours de dépôt sur ces questions), il fourmille de pistes intéressantes.
M'est avis que Pierre Chappaz ainsi que le nouveau conseiller scientifique de Wikio et l'équipe prometteuse des Wikio Labs devraient y trouver quelques idées à creuser. Disons que ce sera là ma première contribution au dîner parisien de demain ;-)

// Temps de rédaction de ce billet : 2h30 //

C'est la rentrée ...

Allez, hop hop hop, au boulot. Fini de lézarder. D'autant qu'il s'est passé plein de choses en deux mois ...

Côté encyclopédies :

  • la série rafraîchissante d'Ecrans sur "Inside Wikipedia". Episode 1 : Wikilove. Episode 2 : Wikipompiers. L'intégralité de la série à lire ici.
  • A ne pas manquer, le regard d'Hervé (Le Crosnier) sur l'édition papier de la Wikipedia par Bertelsman et la rémunération de ses ... 90 000 auteurs ...
  • Et puis bien sûr, lancement par Google de son projet encyclopédique baptisé Knol. Gardez patience, le prochain billet y sera entièrement consacré ;-)

Côté Moteurs (enfin ... surtout côté Google ...) :

  • A ne pas manquer : un article de Chris Anderson dans Wired sur l'âge du Petabyte et son héraut (Google). Article court, brillant et relativement impossible à résumer puisqu'il montre en une seule page quels sont les liens entre les théories scientifiques, la fin des théories scientifiques, le moteur de recherche Google, la puissance calculatoire, les avancées de la génomique, l'informatique distribuée, la nouvelle "science des données" et quelques autres trucs encore. Allez, filez le lire et vous comprendrez certainement un peu mieux la manière dont chacun d'entre nous est relié à la machine. 
  • un débat chez Google France sur l'économie numérique avec une conclusion d'Eric Besson. A écouter notamment vers la 67ème minute le point de vue des intervenants (entreprise) sur un aspect du débat autour de la net neutrality (taxation des recettes publicitaires sur internet). J'ai simplement retenu que pour Eric Besson, le fait d'envisager de "prioriser par exemple des données relatives à la télésanté" n'est pas nécessairement une atteinte au principe de neutralité du net. Pour les autres aspects - cruciaux - de la Net Neutrality, voir par exemple ce billet de Martin Lessard : "étrangler le Net".
  • Alors que Google croyait en avoir définitivement fini avec le Google Bombing, voilà-t-y-pas que le Google Bombing ressurgit dans l'outil Google Trends.
  • Pour ceux qui s'en inquiéteraient, Google se porte - toujours - financièrement très bien : chiffres complets ici et résumé sur Zorgloob. Côté "part de trafic", ça va aussi.
  • Un très bon dossier documentaire réalisé par 3 étudiants du cycle supérieur de l'INTD : "Les rapports de Google avec la justice" (.pdf). La première partie du dossier est une recension des procès et actions en justice contre Google, la seconde se focalise davantage sur l'exploitation des données personnelles. Très utile pour avoir une vision "fine" d'un justiciable pas comme les autres.
  • Dans la série "publicisons, publicisons, il en restera toujours quelques chose", LiveSearch (Microsoft) s'installe dans la motorisation de Facebook. (Rappelons pour mémoire que Google motorise - et constitue la régie publicitaire de - MySpace). Voir aussi pourquoi Jérôme Charron s'en félicite.
  • Pour les Googlophiles anglophobes, découverte de Goopilation, un blog qui traduit en français les billets de l'ensemble des blogs officiels de Google.
  • Et puis, et puis ... en septembre 2005, Google faisait disparaître de sa page d'accueil la mention du nombre de pages indexées, laissant les compteurs de notre imaginaire collectif baguenauder librement. Dans un billet en date du 25 Juillet, sur son blog officiel, Google annonce que son crawler a franchi une étape ("a milestone") : 1000 milliards d'adresses uniques détectées, ce qui, comme le rappelle Jean Véronis n'est pas la même chose que le nombre de pages indexées, mais qui est "déjà très impressionnant". Au-delà de son effet subliminal dans l'inconscient collectif (= "c'est Google qui a la plus grosse" ... base d'index), cette annonce révèle ce qui est l'un des tournants marquants dans l'histoire des moteurs de recherche : la principale difficulté, le principal objectif, n'est plus la capacité à atteindre un grand nombre de données (et à les réactualiser en temps réel), mais bel et bien la capacité à faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, entre ce qui doit être indexé et ce qui ne doit pas l'être. Soit un retour à la raison d'être et aux fondements de leur algorithmie.
  • En parlant d'algorithmie justement, du côté de Yahoo! on semble s'intéresser de près à la mode des moteurs à la carte. Mais si souvenez-vous, ces moteurs "construits par l'internaute" et faisant de chacun de nous un autarcithécaire en puissance. Yahoo! a donc lancé le service BOSS (Build Your Own Search Service). Pour ne pas répéter ce que d'autres ont très bien décrit, allez lire le billet de Jérôme Charron sur le sujet. La stratégie de Yahoo! paraît claire : étant donné que le monde compte nombre d'excellents développeurs plein de bonnes idées, et étant donné qu'actuellement aucun d'entre eux ne peut bénéficier d'un équivalent de la base d'index de l'un des grands moteurs majeurs, il s'agit donc de leur offrir un accès à cette base, de les laisser bidouiller en postulant qu'il y aura probablement dans le lot une bonne ou une très bonne idée dont on pourra alors librement s'inspirer. Et dans le cas contraire, pendant qu'ils font joujou chez Yahoo!, ils ne vont pas monter de projet concurrent ;-).
  • La dérive des continents documentaires (voir ici) se poursuit, avec cette dernière étape clé de la synchronisation de nos moments connectés / non-connectés : après GoogleDocs et GoogleReader, c'est GMail et GoogleCalendar qui devraient être accessibles via GoogleGears. Rappelons, pour tenter de clarifier la "stratégie" de Google en la matière, que la synchronisation de ces applications est l'un de piliers incontournables du "webtop" ou du "WebOS", webtop dont on reparlera plus bas dans ce billet de rentrée.
  • L'une des dernières études du PewInternet nous apprend que si en 2002 seulement un tiers des internautes utilisaient un moteur de recherche pendant leur journée connectée, ils sont maintenant la moitié à le faire (49%). Les autres "habitudes" sont (de la plus à la moins fréquente) : l'e-mail, la recherche en ligne, la consultation d'actualités ("checking news"), et la consultation de la météo.

Côté Moteurs, outils ET bibliothèques :

  • Je vous l'avais annoncé avant les vacances, la bibliothèque municipale de Toulouse est désormais sur FlickR. Pour les détails et les motivations de cette (remarquable) opération, voir le message posté sur biblio-fr. Une Flickerisation des bibliothèques qui fait flores (6 à ce jour) comme en témoigne cette nouvelle initiative lue chez André Gunthert : "la George Eastman House est le premier grand musée de photographie à mettre en ligne en libre accès dans la section des Commons de Flickr plusieurs extraits de ses collections." Sans oublier, comme le rappelle Patrick Peccatte en commentaire du billet d'André, "les institutions présentes sur Flickr qui présentent des fonds intéressants mais pas sous le régime des Commons, comme la Biblioteca de Arte-Fundação Calouste Gulbenkian." Je croie qu'il y a là l'amorce d'un mouvement de fond (et de fonds ;-), dont l'impact à moyen terme pourrait être assez semblable à celui des projets de numérisation (Google Books).
  • et puis bien sûr, l'annonce de la numérisation de la BM de Lyon par ... Google. Là encore, un peu de patience, c'est le sujet d'un prochain billet.

Côté bibliothèques ...

  • Le discours de Barak Obama : sources, références et larges extraits à lire chez Jean-Michel Salaun.
  • Côté bibliothèques ET revues : Valérie Pécresse (ministre enseignement supérieur) et son copain Bruno Racine (BnF) avaient bien caché leur jeu. Le ministère de l'enseignement supérieur vient d'annoncer le déblocage de 10 millions d'euros pur la création d'une archive pour les revues de recherche françaises. L’objectif de cette archive est de conserver sur le long terme les revues scientifiques qui ont un faible usage. Cette archive sera sous la responsabilité de la BnF qui assurera également l’accès aux articles, sur support papier ou électronique, par son service de fourniture de documents. Ah ben non désolé. Fausse alerte. C'est pas en France. C'est au Royaume-Uni. A mettre en balance avec l'approche et l'existant hexagonal.
  • Et puis les diaporamas du dernier congrès de l'ABF (blog du congrès) sont regroupés en ligne sur le site de l'ABF.

Côté livre/document/lecture numérique :

  • André Gunthert nous livre une belle analyse d'un beau concept : la lecture exportable (ou les affres d'un copyright en bout de course). De mon côté je prolongerai bien l'analyse d'André en indiquant que ce qu'il décrit à juste titre comme une lecture exportable est en fait la réalisation concrète la plus proche de l'idée originale de transclusion (chez Ted Nelson - père fondateur de l'hypertexte - la transclusion désigne des contenus non plus "inclus" mais situés simultanément à divers endroits, sans altérer pour autant leur localisation originale ... pour plus d'infos voir sous le lien précédent).
  • L'iPhone devient liseuse : Virginie Clayssen rappelle à quel point la nouvelle pourrait être d'importance pour le décollage et la structuration d'un marché du livre électronique.
  • A lire : les enjeux du livre au format de poche, une étude de 8 pages de la DEPS, qui ne se termine pas par hasard sur "la perspective numérique", au moment où l'on parle de plus en plus d'une date limite de consommation des livres sous forme papier.
  • Et pendant que l'on réfléchit de plus en plus activement ici ou là sur l'avenir de la chaîne du livre à l'heure du numérique, le rouleau compresseur continue d'avancer : Amazon met la main sur AbeBooks (via Hervé Bienvault)

Côté biblio-scientométrie

  • la face cachée de la bibliométrie existe, et plus simplement au sens figuré. Pour organiser - selon des critères bibliométriques (taux de citation / date de parution de l'article / ... )  - les résultats issus d'une interrogation de la base Medine, imaginez que la liste desdits résultats soit ... une liste de visages dont le froncement des sourcils ou le sourire (ou l'absence de sourire) seont autant d'indicateurs vous permettant d'anayser lesdits résutlats et de mieux vous y orienter. Pas clair ? OK, une image :
    Facebib
  • le site reprend en fait la théorie des visages de Chernoff (voir ici ou pour une définition de ladite théorie) en l'adaptant aux usages scientométriques et en la faisant "tourner" sur une base d'articles scientifiques (PubMed). Gadget diront certains. Sûrement. Sûrement. Aussi sûrement que cela ouvre autant de pistes du côté d'une "humanisation" littérale des résultats de recherche. La source : ici. Pour jouer avec : .

Côté Science 2.0

Côté Web 2.0 ...

  • une petite bibliographie autour du web 2.0 mêlant articles scientifiques, thèses, ouvrages et études diverses, le tout accessible gratuitement.
  • Une jolie mise en image des différents services sociaux autour du web 2.0.
  • Je vous ai souvent parlé (en conclusion de ce billet par exemple) de l'inexorable avançée d'un mouvement d'externalisation de nos mémoires (intimes ET documentaires), lequel, conjugué à une informatique ambiante (everyware) et à une redocumentarisation du monde (internet des objets) et de l'homme (l'homme est un document comme les autres), donne littéralement corps à un hypercortex planétaire. Le résultat à court terme - 2040 -, et en termes beaucoup plus clairs (:-) est expliqué dans un édito du 16 Juillet de Wired, édito chroniqué, résumé et traduit sur InternetActu : "La machine unique pour les relier tous".
  • Prenez la plus grosse base de donnée iconographique gratuite de la planète (FlickR). Prenez ensuite l'une des toutes premières agences commerciales de diffusion de photo (Getty Images). Imaginez un accord entre les deux permettant à la seconde (Getty) de piocher à volonté dans la première (FlickR) pour en revendre le contenu en reversant 20 à 40% de la somme récoltée au photographe amateur. Et vous aurez un système gagnant-gagnant et un exemple très parlant de la manière dont les pro-am deviennent un incontournable levier de l'économie de la longue traîne.

Côté Web 2.0 et après ...

  • Après le Web 2.0, il y a naturellement le cloud computing. Hervé Le Crosnier signe un papier lumineux sur le sujet dans le Monde Diplo. Didier Durand signale un intéressant white paper d'évangélisation (technique) en provenance de chez Amazon : Cloud Architectures (.pdf)
  • Après le web 2.0, il y a aussi le webOS, soit la migration du Desktop (bureau comme interface du disque dur) vers le webtop (navigateur comme interface de nos disques durs "en ligne"). Nova Spivack rédige sur le sujet un article de référence qui récapitule les enjeux et les ambitions de cette nouvelle migratio numérique des contenus et des comportements associés : "The future of the Desktop".
  • Après le web 2.0, il y a l'explosion des contenus gourmands (en bande passante) : voir les chiffres de la dernière étude Cisco, rapportés par Eric Baillargeon. Et de manière corrélée, il y a un phénomène de "dés-appropriation" de plus en plus systématique des contenus demandés par les internautes : voir le billet de Techcrunch rapportant le régne annoncé du "tout streaming". Là encore une nouvelle étape de la dérive des continents documentaires, dans laquelle après avoir confié nos contenus à des sites externes (tout en gardant une possibilité d'archivage en-ligne), nous prenons de plus en plus l'habitude de consommer des contenus comme de simples services, sans appropriation réelle ni possibilité de conservation ou de stockage. Bref, nous faisons avec Internet ce que nous faisions hier avec la télé, avant que l'on invente les magnétoscopes. Sauf que sur Internet, c'est pas très facile de réinventer le magnétoscope, comme en témoigne les mésaventures du service (excelletissime) Wizzgo. Espérons avec Jean-Michel que "S'il y a beaucoup de mythes dans le Web 2.0, il y a aussi beaucoup de préjugés chez les médias traditionnels, à commencer par croire que l'on peut retarder l'expression d'une demande explosive."

Côté énervements récurrents :

  • la fausse bonne idée de l'université entreprise, à lire sur le site de SLR ... pendant ce temps, Valérie Pécresse distribue les médailles en chocolat comme autant de labels vides de sens (et de financements ...)
  • les vraies-fausses promesses de maître Darcos. (= Episode 1 : on va supprimer plein de postes, mais en échange on va revaloriser la grille des salaires. Episode 2 : on va supprimer plein de postes. Euh ... oui oui, on va aussi revaloriser la grille des salaires. Mais pas tout de suite hein ? Episode 3 : relire l'épisode 2)
  • "L'autonomie" (financière) souhaitée des université est vraiment - mais alors vraiment - une notion à géométrie variable.
  • et dans la série "faisons fonctionner de nouveaux trucs avec tous les défauts des anciens machins", je vous recommande la lecture de "l'ANR pour les nuls" sur le site de Sauvons la Recherche.
  • Tout cela nous rappelle que la loi LRU a 1 an. A lire sur EducPros, un rapide bilan des opérations. A remarquer : seulement 9 universités (sur 85) ont décidé de mettre en place les fameux comités de sélection en lieu et place des anciennes commissions de spécialistes. Ce manque d'engouement n'est pas nécessairement la preuve d'un désaveu du système proposé (par les comités de sélection). Simplement le résultat d'un calendrier de mise en place à la hussarde et le symptôme d'un très grand flou dans le "comment concrètement" faire tourner ces nouveaux comités de sélection. Le résultats c'est que la plupart des université, déjà très occupées à mettre leur CA aux nouvelles normes, n'ont pour le moment pas eu vraiment le temps de s'occuper de la mise en place de ces comités. C'est à la fin de cette année universitaire que l'on pourra réellement juger sur pièces, même si de mon côté, mon opinion est faite ... Et par souci d'impartialité, le bilan de la loi LRU, côté communiqué officiel :-)
  • Sans archive(s) pas de mémoire, sans mémoire pas d'Histoire. Le petit monde de l'archivistique est depuis peu en butte à de sévères bouleversements qui engagent tout un pan de notre mémoire collective. Voir ici et là.
  • Edvige et Cristina. La France en (très) bonne place pour les prochain BigBrother Awards. Voir (parmi d'autres) : Politis, Le Monde, le point de vue de Jean-Marc Manach, l'article d'EDRI avec les liens vers les parutions du JO et d'autres couvertures presse. Ils en parlent aussi : l'ADBS. Au moins, cette affaire aura donné lieu, sur France Inter, à un téléphone sonne d'anthologie :-(
  • Et toujours à l'affiche, "les cages de la république".

Côté People et Blogosphere :

  • ce dont tout le monde a parlé cet été c'est la guerre entre blogueurs et journalistes. Rappel des faits.
  • Le départ de Versac tout comme la sortie de route classement de FredCavazza sont d'ailleurs peut-être assez symptômatique d'un changement d'époque. Car outre-atlantique aussi, Francis Pisani nous apprend que Jason Calacanis himself annonce son retrait blogosphérique. Je suis de mon côté depuis longtemps convaincu que les blogs auront permis l'émergence de nouvelles formes de parole (et de prise de parole), côté scientifique notamment, et qu'ils se dirigent lentement mais surement vers une hybridation de plus en plus marquée (voir les exemples très éclairants choisis par Narvic).
  • Et puis le choc de l'été sur les blogs sciences de Wikio : André Gunthert dégringole à la troisième place et Jean Véronis fait une entrée fracassante directement à la seconde (place). De mémoire d'homme, seule Samantha Fox avait, à l'époque du Top 50, réussi une telle entrée. M'est avis qu'avec de tels challengeurs qui ne respectent même pas la pause estivale, ma première place va rapidement être remise en question. Assez bizarremement, ni Closer, ni Gala ni Voici n'ont fait leur "une" de cet événement pourtant incountournable.

Côté identité numérique :

  • A l'heure où la gestion de la réputation numérique est chaque jour plus centrale pour le simple quidam, elle revêt, pour le futur potentiel président des Etats-Unis une importance plus que vitale. On lira donc avec intérêt sur le blog VerbalKint, la stratégie mise en place par l'équipe de campagne de Barak Obama pour contrer les rumeurs en temps réel. Intéressant de noter également l'évolution qui, depuis la dernière élection présidentielle américaine, avait marqué l'avènement des blogs comme outils de lobbying, et qui se décline aujourd'hui sur le mode de la gestion de la réputation. Comme dans la "vraie vie" des "vrais gens" pour qui les blogs, après être devenu un outil d'expression central, sont aujourd'hui l'un des principaux axes de leur visibilité numérique et de ce qui s'y rattache.

Côté "ça peut toujours servir" :

Côté Agenda :

Côté lectures :

Côté visionnage :


Ce qui me frappe dans tout ça ...

Comme dans la nouvelle de Borges, "Funes ou la mémoire", le mouvement d'externalisation de nos mémoires, documentaires et intimes, nous mène droit vers une société à l'hypermnésie latente, activable. Avec Google dans le rôle de Funes, et de son côté, pas la moindre aspiration à s'enfermer dans une pièce vide pour ne plus rien "enregistrer".

Bonne rentrée à tou(te)s :-)

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 mois ;-)

Les cahiers au feu ... et les fils RSS au milieu

Comme promis, un petit billet "revue de liens" pour expurger mon agrégateur avant de partir en vacances.

Côté Moteurs (et un peu au-delà) :

  • Difficile de passer à côté du "big deal" passé entre Yahoo! et Google suite à la tentative avortée de rachat de Yahoo! par Microsoft. Pour une synthèse, voir notamment ce qu'en disent Adscriptor, Techcrunch, Média & Tech, Francis Pisani, Techcrunch France, ReadWriteWeb et (plus synthétique) Le Monde. Quelques analystes avaient, dès le départ de l'affaire, souligné que l'offensive de Microsoft avait de forte chances d'échouer au profit de Google. Ce dernier tire effectivement une nouvelle fois son épingle du jeu en renforçant une position déjà outrageusement hégémonique sur le marché de la publicité en ligne. De son côté, Yahoo! sauve (provisoirement ?) les meubles en renflouant ses caisses, mais le "coup" porté par cette affaire est en train de bousculer grandement (et durabement ?) la structure (et l'autorité) de son exécutif ...
  • Microsoft (pour se remettre du fiasco Yahoo ?) vient donc officiellement de s'offrir Powerset, moteur plus sémantisé que réellement sémantique (comme je tente de l'expliquer dans les 75 000 signes rédigés pour le séminaire INRIA IST'2008). L'argumentaire mis en avant dans le billet du blog de Microsoft est celui du renforcement du moteur Live.com (qui est clairement à la ramasse par rapport à Google et Yahoo) grâce à la mise en avant de la compréhension du contexte et de l'implicite. Bref, Microsoft entre officiellement dans la course au web sémantique. 
  • On pouvait déjà faire plein de choses avec Google et ses services (ou ceux qu'il a rachetés). On peut désormais en faire encore plus. Celui-ci a en effet annoncé qu'il allait se lancer dans le marché (juteux et stratégique) de la mesure d'audience et du "média-planning". Un créneau jusqu'ici propriété quasi-exclusive de Nielsen Online et ComScore (qui en tremblent déjà ...) ou Médiamétrie dans l'héxagone. Inutile je pense d'en rajouter une couche sur le fait qu'en gagnant (ce n'est pas encore fait et comme le souligne Emmanuel Parody c'est le marché de masse qui est d'abord visé ...) le marché de la mesure d'audience, Google devient un peu plus l'alpha et l'oméga d'une certaine représentation du web. Cette nouvelle corde à son arc est cependant parfaitement "logique" pour au moins deux raisons : primo l'infrastructure dudit Google, son nombre colossal de serveurs, et l'ampleur des données qu'il recueille et dont il peut librement disposer, deuxio, l'atout stratégique et l'effet de levier que représente un outil planétaire de mesure d'audience pour (mieux) vendre (encore plus) de la publicité aux annonceurs. Le service porte le doux nom de Google Ad Planner.
  • Google (ben oui, encore ...) se lance dans une opération de communication de maintien de la neutralité du Net. A l'heure où l'on constate partout (y compris en France - loi Hadopi - et au Canada mais aussi aux Etats-Unis avec la très récente annonce d'une purge du réseau Usenet) la transformation des FAI en auxiliaires de police, Google à donc annoncé (sans fournir de date ni de nom de service, ni de détails ...) : "le développement d’outils qui permettront aux internautes de vérifier par eux-même si leur fournisseur d’accès à Internet (FAI) intervient d’une manière ou d’une autre sur leur connexion." (via Ecrans) L'alpha et l'oméga disais-je ... A propos, plus largement, de la loi Hadopi (parenthèse ci-dessus), il existe heureusement encore quelques dangereux anarchistes pour tenir un discours vivifiant et cohérent sur la question du copyright et du logiciel libre.
  • Le web invisible connaît un deuxième recul très significatif. Après l'annonce (par Google) d'une indexation possible des données contenues derrière certains formulaires de recherche, c'est désormais Adobe qui annonce que le format Flash sera indexable par les moteurs. Comprenez : Adobe va mettre à disposition de Google et Yahoo! (pourquoi pas de Microsoft ? Parce que Microsoft développe sa propre technologie concurrente à Flash : Silverlight) un player spécifique qui permettra de naviguer "dans" les sites en flash et d'en indexer certains éléments au passage. Pour le reste, voir le billet de Techcrunch d'où je tiens l'info, les Questions/Réponses de Google WebmasterCentral et la FAQ d'Adobe. La question de l'indexation (et du référencement) des sites en Flash est un vieux serpent de mer pour les référenceurs. Avec ce nouveau système, c'est un pan entier du web qui va à son tour émerger dans les pages de résultats des moteurs. Les avis des analystes sont par ailleurs assez partagés sur l'intérêt et la nouveauté relative de cette indexation.

Côté Réseaux sociaux :

  • Marc Andreessen (fondateur de Netscape et actuel gourou de Ning) rejoint l'exécutif de Facebook. Bonne pioche dans tous les cas et rapprochements probables ou nouvelle concentration à venir de ce côté là.
  • Une bibliographie sur la question des réseaux sociaux par l'une des meilleurs spécialistes de la question, Danah Boyd.
  • Un entretien avec Pierre Bellanger (PDG Skyrock) à propos du "premier réseau social d'Europe" (Skyblogs) dans lequel tombe une (de mes) idées reçues : "La totalité (des blogs) est active. Tout blog qui n'a pas été modifié ou consulté dans les derniers 90 jours est automatiquement supprimé. Près de 10 000 blogs sont ainsi fermés chaque jour, tandis qu'il s'en crée plus de 30 000. La plate-forme est un réseau vivant. Pas de cimetière de blogs ou de profils chez nous !"

Côté web 2.0 :

Côté bibliothèques :

Côté Wikis et Wikipédia :

Côté "livre et numérique" et livres numériques :

Côté Web sémantique :

Côté bibliométrie et indicateurs scientifiques :

  • un rapport sur l'usage statistique des citations (.pdf) et son résumé en français sur le site de Sauvons la recherche. Le rapport plaide clairement en faveur d'une théorie de la relativité générale des indicateurs statistiques scientifiques là où la plupart des "décideurs" y voient l'alpha et l'oméga de toute politique d'évaluation digne de ce nom. Pour les autres, il est toujours possible de faire joujou avec ce genre d'outils.

Côté lectures :

  • le dernier Livre Blanc de Christophe Asselin/Digimind sur la "Réputation Internet". Avec notamment quelques buzz digitaux disséqués et l'indication de "stratégies" pour les anticiper, les démonter, les relancer, les contrôler. Du simple veilleur au consultant en communication de crise, ce Livre Blanc devrait amplement satisfaire son lectorat.
  • LA bible du documentaliste et du bibliothécaire : le Traité de Documentation de Paul Otlet, sous-titré "Le livre sur le livre". C'était en 1934. Et on n'a guère fait mieux depuis.
  • Pour se faire plaisir (et se faire un peu peur dans la veine du 1984 d'Orwell), la dernière nouvelle de Cory Doctorrow : Little Brother. Librement téléchargeable.

Côté ressources pédagogiques :

  • Un vrai cours en ligne de Laurent Jenny sur l'Histoire de la lecture (avec bibliographie, exercices et tout et tout)
  • Prenez des textes scientifiques "fondateurs" et faîtes-les analyser par des scientifiques d'aujourd'hui pour mieux comprendre leur impact et leur inaltérable actualité : c'est la très bonne idée du projet Bibnum, pour l'instant encore à l'état de maquette, mais dont on souhaite qu'elle prenne très rapidement son essor (et qu'elle s'ouvre au-delà des 4 domaines qu'elle entend pour l'instant couvrir - math, physique, chimie, biologie -  les SHS constituant un formidable terrain de jeu pour ce genre de mise en perspective).

Et pour finir, un petit lien du Week-End :-)

Wikio (sh)Outing

La classement des blogs Wikio vient de sortir pour le mois de Juillet 2008. Pourquoi en parler ici ? Pour deux raisons. Primo, FredCavazza a officiellement demandé d'en sortir. Voici ses raisons et la réponse et l'accord de Pierre Chappaz. En tant que leader incontestable et charismatique de la blogosphère scientifique francophone depuis le lancement dudit classement (;-) j'avoue qu'à l'instar de FredCavazza, ce classement est devenu l'une des principales sources de visites sur Affordance. Et que ces visites génèrent également pas mal de sollicitations en tout genre (demande de formation, conseils, petits trucs divers), le plus souvent sympathiques, souvent hors de mon domaine de compétence et du temps qui lui est dévolu, plus rarement fâcheuses. D'où ma décision irrévocable de ne pas me priver de cette surexposition médiatique :-) Par ailleurs, et comme je l'écrivais récemment dans un excellent livre toujours disponible à la vente ( et par exemple), "Ce classement thématique peut permettre de délimiter un premier périmètre de recherche lors d’une phase de recherche de sources d’informations."
Plus sérieusement, comme j'avais un peu de temps entre 1h30 et 2 h du matin, j'ai eu la curiosité de regarder un peu plus en détail ce classement pour essayer d'établir une vue d'ensemble de la densité des liens blogosphériques en fonction des domaines d'appartenance. D'où il ressort les faits suivants. Sur les 300 premières places du classement et les 15 catégories proposées par Wikio, j'ai considéré (ceci n'a, je le rappelle, aucune valeur scientifique) qu'il y avait en gros 3 macro-rubriques :

  • la rubrique "Loisirs" contenant elle-même les 8 catégories : Jeux-Vidéo, BD, Cinéma, Sport, Gastronomie, Musique, Littérature (même si François et Hubert y rentrent un peu au chausse-pied), et bien sûr Loisirs.
  • La rubrique "Sciences et société" (pour reprendre une arbitraire dénomination scientifique en vigueur) contenant elle-même les 6 catégories : sciences, droit, marketing, politique, High-tech, environnement.
  • La rubbrique "Divers", contenant 1 seule catégorie : Divers.

Voici maintenant une vue de le représentativité de l'ensemble :
Diapositive1_2  

Voici une vue différente en faisant sortir la catégorie "High-Tech" (largement sur-représentée et globalement beaucoup plus sociétale/marketing que scientifique) de la rubrique "Sciences et société"
Diapositive3

Et une troisième vue qui liste l'ensemble des catégories (sauf Sport, Cinéma et Jeux Vidéo qui ne disposent d'aucun blog dans les 300 premières places)
Diapositive2

Résultat ? On n'apprend pas grand chose mais on a quelques confirmations pour la distribution pagerankisée de la blogosphère francophone :

  • ce sont essentiellement des blogs High-Tech qui occupent le devant de la scène. Publiez un billet sur le dernier I-Phone et vous avez la garantie de récolter un maximum de backlinks. (figure 3)
  • plus étonnant et plus enthousiasmant, la répartition parfaitement égale entre les blogs "sciences et société" et les blogs "loisirs" (figure 2)
  • globalement (fig 1 et 3) les blogs "loisirs" sont, contrairement à une idée assez répandue, loin d'être finalement majoritaires.

Voilà pour ce très rapide petit exercice non-scientifique de photographie juilletiste de la blogosphère francophone. Rappelons-le, ledit petit exercice pourrait être totalement différent si l'on prenait en compte non pas le nombre de backlinks et leur pondération, mais au contraire la mesure d'audience et le trafic des mêmes blogs (ce qui ferait par exemple - à mon avis - très largement remonter les blogs de "loisirs", et en particulier la catégorie "cuisine"). Bref, il y aurait tout plein de jolies études à faire sur les base des données du classement Wikio. Des amateurs ?

Une typologie de la blogosphère

Extraite de mon dernier ouvrage sur le sujet :-)
Diapositive1_3

Juste histoire de contrer la vieillerie de la semaine ;-)
A part ça toutes les explications de cette typologie (exemples à l'appui) sont naturellement détaillés dans cet excellent ouvrage :-)

Wiki d'agrégation.

Non non non. Il ne s'agit pas là d'une nouvelle dénomination technique, mais bien d'un site Wiki mis en place dans le cadre du concours de l'agrégation de lettres. L'initiative en revient au centre de recherches Hubert de Phalèse, "spécialisé" dans les liens entre littérature et informatique, avec comme objectif de "lancer un chantier collaboratif autour des programmes des agrégations de Lettres". Une initiative qui, outre son indéniable intérêt, est assez pionnière et symptomatique des bouleversements en cours en ce qu'elle concerne un domaine réservé (agrégation de lettres) d'habitude assez rétif à la chose numérique.
Bravo donc :-)

Dans le même genre, voir aussi cette révélation dans le compte-rendu Bookcamp d'Hubert : "Alexandre Gefen de Fabula évoque une autre expérimentation en cours. Celle de la nouvelle édition de Molière dans la Pléiade dont le texte sera disponible en ligne (sans annotation), mais avec tout le matériel documentaire ayant servit à faire les annotations, sous la forme d’un Wiki."

Blogs scientifiques

C'était le 11 Juin sur France Inter, dans le 7-9, une petite dizaine de minutes conscrées aux blogs scientifiques. L'émission reste écoutable par ici. Enro et Pierre Mounier y jouaient les guest-star avec talent.
L'occasion de signaler de nouveau quelques ressources utiles en la matière :

Et pour les aspirants blogueurs scientifiques :

Enfin, comme le rappelle Maxine Clarke dans son blog scientifique hébergé par la revue Nature :

  • "Les blogs (scientifiques) ont créé un espace pour que la plupart des gens puissent parler de science de manière informelle. Ils sont aussi un espace inespéré à disposition des scientifiques pour fournir des éléments contextuels sur leurs propres recherches et sur celles de leurs pairs dans le même champ scientifique."

S'il est aujourd'hui possible de modéliser assez précisément les contours de la blogosphère scientifique, c'est probablement dans cet espace ténu, dans cet "in-between", entre la revue par les pairs et l'échange entre pairs, curieux et amateurs éclairés que se tient la vraie valeur de la blogosphère scientifique. Dans un perpétuel aller-retour entre valorisation et vulgarisation.
Et pour clore ce rapide billet, deux voeux :

  • Voeu n°1 : qu'un grand media généraliste consacre un jour une émission de plus de 10 minutes au sujet (qui à dit "voeu pieu" ?)
  • Voeu n°2 : que je puisse un jour m'inspirer du titre de l'un des derniers billets de FredCavazza pour publier un billet intitulé : Enseigner, chercher, bloguer sont mes métiers ;-)

Rennes 1 blogue. L'université de provence aussi. Et la vôtre ??

Trop peu d'universités proposent encore systématiquement à leurs personnels de tenir un blog hébergé, à l'adresse de l'université. Bref, un blog "institutionnel". C'est donc l'occasion de souligner l'effort et l'initiative de l'université de Rennes 1, qui vient de mettre à disposition de ses personnels la possibilité de blogguer, via la plateforme DotClear. L'initiative est visible à cette adresse : http://blogperso.univ-rennes1.fr/
Il y manque encore un moteur de recherche en page d'accueil pour fouiller dans l'ensemble des blogs disponibles, mais dans l'attente, Google permet d'avoir une vue satisfaisante du nombre de blogs créés et de leur contenu. On découvre ainsi qu'un fichier OPML (remis à jour toutes les nuits) contenant l'ensemble des blogs créés est disponible. De mon exploration rapide de l'ensemble de ces blogs, je retiens qu'ils semblent majoritairement utilisés pour la mise à disposition de ressources auprès des étudiants.
Sur le même sujet (blogs et enseignement supérieur) on notera que la présence des blogs en tant qu'outils de vulgarisation scientifique s'impose lentement mais sûrement.
Espérons que des initiatives telles que celle de Rennes1 ou du pionnier René D. Blogs feront rapidement école, en visant au-delà du simple (mais utile, pratique et nécessaire) "blog de cours" notamment pour toutes les raisons déjà évoquées ici.
Par ailleurs, si vous doutez encore de l'intérêt des blogs, d'intéressantes lectures sont à votre disposition ;-)
<Update de 5 minutes plus tard> J'ai fait un rêve. Le rêve que toutes les universités offrent à leurs enseignants la possibilité de blogguer. Le rêve qu'un moteur de recherche fédéré permette de fouiller parmi l'ensemble de cette blogosphère francophone scientifique, par rubrique, par thématique, par section scientifique. Le rêve que les universités se saisissent de cette chance.

<Update du soir> Signalé par Marlène en commentaire, l'université de Provence blogue aussi. Sa plateforme (open source). Sa belle page d'accueil (articles les plus lus, blogs les plus actifs, billets lesp lus commentés ...). Sa liste de ses blogs. (si vous connaissez d'autres universités qui blogguent, signalez-les en commentaire ...) </Update>

Changement de médiasphère

Régis Debray à propos des blogs en particulier et de la démocratie d'opinion en général.

  • "nous avons changé de médiasphère" ==> "apparition d'une opinion réticulaire qui ne répond plus à un système hiérarchique, pyramidal = révolution médiologique"
  • "mise à l'horizontale des autorités, mise à niveau des célébrités, mise à niveau des crédibilités" Cf Autorité VS notoriété
  • "Julliard insiste sur le nouveau "sourire" de la démocratie quand j'y voie plutôt une nouvelle grimace"
  • "chaque medium court-circuite la classe des médiateurs issus du medium précédent" d'où l'agitation perpétuelle autour des blogs et du journalisme sur le mode du "ceci tuera-t-il cela ?".

Jacques Julliard à propos des blogs :

  • "l'ére des publics. Qu'est-ce qu'un public ? C'est la foule à distance"
  • "la blogosphère c'est pas l'ère des foules, c'est l'ère des publics." Pour Régis Debray c'est plutôt "l'ère des individus".

Le reste (2 heures de débat) à écouter ici ou à lire en partie dans Le Monde de ce Week-End.

978-2-84365-102-1

Voili voilou. C'est le numéro ISBN de ce petit chef d'oeuvre de la littérature contemporaine qui sera bientôt disponible pour la très modique somme de 15 euros :-) Encore quelques jours de patience ...

Lostblogo_2

Ca s'en va et ça revient ...

Il s'en va : Nicolas Morin. Le bougre m'avait déjà extorqué une oraison funèbre. Voilà qu'il récidive. Tout en passant partiellement la main. Espérons le faux-départ et attendons le vrai-retour.
Il revient : Jérôme Charron. L'incontournable Motrech (blog consacré aux moteurs de recherche) reprend du service en charmante compagnie.
Moralité : un fil RSS s'éteint, un autre s'éveille.

Science on blogue !

C'est dans l'air du temps. Je vous en parlais encore il y a peu, les blogs font lentement mais sûrement leur entrée dans le "champ" scientifique et universitaire. Dernier signe caractéristique, la publication d'un ouvrage intitulé "Science on blogue", et consacré donc, aux blogs scientifiques. L'ouvrage est publié par Multimondes, et l'introduction est lisible en ligne, ainsi que la table des matières.
(Et si Multimonde ou les auteurs - Pascal Lapointe et Josée Nadia Drouin - me lisent, je veux bien un exemplaire en service de presse :-)
J'en profite pour signaler sur le même thème un compte-rendu intéressant d'une table-ronde intitulée : blogguer les sciences.
Et tant que j'y suis, un peu de teasing pour mon (petit) ouvrage à paraître (bientôt) aux éditions de l'ADBS, "Lost in the blogosphère", et dans lequel un chapitre est également consacré à une typologie des blogs scientifiques. Vous y trouverez notamment l'explication et l'analyse du petit croquis ci-dessous.
Blogscientifiques

Les universitaires devraient blogguer

C'est le titre du dernier billet d'Henry Jenkins. Il fait écho à un article du même Jenkins dans le Chronicle of Higher Education, cette fois intitulé "Public Intellectuals in the new-media landscape." Le billet de Jenkins est un plaidoyer invitant les universitaires à se saisir pleinement de l'opportunité que représentent les blogs en tant qu'espace de parole publique "académique". Voilà déjà longtemps que Jenkins défend le modèle d'une université permettant "le déploiement rapide d’expertises dispersées et la reconfiguration des champs" (pour plus de détails, voir ce billet). Il revient cette fois sur les initiatives prises dans "son" département (Comparative Media Studies) du MIT :

Bref, une vision communiste ouverte et transparente de l'université. Il revient ensuite en détail sur les intérêts que présente cette approche et le fait de tenir des blogs :

  • pour les actuels étudiants en thèse, c'est un excellent exercice d'écriture, l'occasion d'avoir du feedback au-delà du simple avis de leur directeur de thèse ou de leurs collègues de labo, l'occasion également de bâtir leur réputation "especially in cutting-edge fields that lack established authorities." Il revient également sur l'intérêt que j'avais moi-même (avec d'autres) souligné à plusieurs reprises, c'est à dire, au-delà de l'intérêt des publications académiques (articles scientifiques), l'occasion de "trouver le moyen de traduire ses idées dans un discours citoyen qui puisse être entendu et compris au-delà des barrières disciplinaires et auprès d'une audience plus diverse."
  • pour les futurs étudiants, Jenkins indique qu'un nombre croissant des actuels étudiants du MIT sont d'anciens lecteurs des différents blogs existants. Du coup, ils entrent en thèse avec une meilleure compréhension des problématiques traitées, et une vision beaucoup plus "fine" de la recherche, de ses résultats et de ses protocoles. Autant de temps gagné pour l'intégration dans un programme de recherche et l'avancée dudit programme.
  • pour les anciens étudiants, ce suivi des blogs est le meilleur moyen de mettre en place de manière pragmatique et efficiente la notion d'apprentissage tout au long de la vie. C'est également l'occasion d'un feedback intéressant en provenance des blogs d'anciens qui occupent désormais différents postes dans l'industrie
  • pour les enseignants, Jenkins rappelle l'extraordinaire opportunité que les blogs représentent pour construire et développer un collège qui n'est plus totalement invisible, mais bel et bien impliqué, mobilisé, actif, sur différents sujets de recherche, via des logiques de travail coopératif (il prend l'exemple d'un travail à plusieurs mains réunissant une trentaine d'universitaires via un document partagé dans GoogleDocs), ou via une simple interaction rendue possible par les commentaires des billets de blogs. Là encore, cela permet de bâtir une réputation qui peut être utilisée à des fins de plan de carrière ou plus prosaïquement attester d'une reconnaissance qui fait toujours plaisir.
  • pour les médias : tenir un blog est une manière d'être proactif et non plus simplement réactif, c'est à dire attendant d'être interviewé par un journaliste pour avoir l'occasion de parler de ses thématiques de recherche d'une manière "grand public".
  • pour le grand public : "Notre société est entrée dans une phase de profond et durable bouleversement du paysage médiatique, un bouleversement qui impacte tous les aspects de nos vies. (...) En tant qu'honnêtes fournisseurs d'information ("honest brokers of information"), les universitaires sont idéalement placés pour pouvoir relier et relayer ces conversations spécialisées (to bridge these more specialized conversations)."

Je sais pas vous mais moi je trouve qu'il a tout bon cet Henry Jenkins du MIT :-)

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

... expliqué aux enfants.

On trouve de plus en plus sur le web des ressources pédagogiques au format "le trucmuche expliqué aux enfants." (moi-même d'ailleurs ...) Et c'est tant mieux, car cela procède souvent d'un excellent travail de vulgarisation de concepts et de procédures habituellement rétifs à la même vulgarisation. Donc :

  • les licences creative commons expliquées aux élèves
  • les flux RSS expliqués aux enfants (vidéo lancée à l'occasion de la sortie d'un ouvrage chez Milan Presse : "Mais non je blogue") ... intéressant à double titre puisque dès les premières secondes de la vidéo, on propose à nos chères têtes blondes d'apprendre "à fidéliser leurs visiteurs" ... Je vois déjà quelques têtes chevronnées du marketing web trembler à l'idée qu'un gamin de 12 ans lui donne des leçons de fidélisation. Blague à part donc, c'est également un nouveau témoin qui s'allume dans le socle culturel commun des digital natives. Amis de la fracture numérique générationnelle ...

Cartomanie

Moi qui aime bien les représentations cartographiques, je suis servi en ce moment.

  • Hubert Wassner nous livre une nouvelle version de sa cartographie sémantique des blogs. Deux clés de lecture pour cette carte : la couleur des noeuds (blogs) : du rouge (très populaire) au noir (pas populaire) ; et la couleur des liens les reliant (bleu clair : forte corrélation, bleu foncé : faible corrélation). Affordance.info y occupe une bonne place et y apparaît comme plutôt populaire. On n'y apprend pas grand chose de plus mais on a la confirmation qu'une ligne maginot sémantique relie les lecteurs d'Affordance à ceux de Technologies du langage (coucou Jean) et à ceux d'Outils Froids (coucou Christophe). A lire sur cette nouvelle version, le billet de Jean Véronis, gourou interplanétaire de la distance intertextuelle, et le commentaire d'Hubert Wassner explicitant un peu l'intérêt d'une telle représentation.

Cartoblogs

L'autre carte du moment, c'est celle Christophe Jorge : la "blogosphère de l'intelligence économique" qui dans sa version 3, compte ... rien moins que 4471 sites !

Blogie

Ces deux cartes me rappellent au pourquoi de mon amour des cartes (déjà évoqué) :

  • "Il n’y a rien que l’homme soit capable de vraiment dominer : tout est tout de suite trop grand ou trop petit pour lui, trop mélangé ou composé de couches successives qui dissimulent au regard ce qu’il voudrait observer. Si ! Pourtant, une chose et une seule se domine du regard : c’est une feuille de papier étalée sur une table ou punaisée sur un mur. L’histoire des sciences et des techniques est pour une large part celle des ruses permettant d’amener le monde sur cette surface de papier. Alors, oui, l’esprit le domine et le voit. Rien ne peut se cacher, s’obscurcir, se dissimuler." Bruno Latour, Culture technique, 14, 1985 (cit par Christian Jacob dans L’Empire des cartes, Albin Michel, 1992).

Les deux cartes qui précèdent n'entrent que difficilement dans l'espace d'une feuille de papier. Et les "ruses" de la navigation permise par le numérique y tiennent un rôle d'orientation et de repérage mais ne permettent pas pour autant a priori de "dominer" son sujet. Le résultat c'est que ces deux cartes réclament une attention, un apprentissage et une expertise a priori ou a posteriori pour qui voudrait en tirer la substantifique moëlle. Ce qui n'est pas le cas de la dernière carte ci-dessous. 
En effet cette splendide "Map of Findability" (qui tient, elle, dans l'espace d'une feuille de papier) dit bien mieux que tout article scientifique sur la question, les relations entre taxonomie, ontologies et folksonomies (Via Patrick Peccatte). On appréciera particulièrement le soin délivré aux toponymes : "Principauté indépendante de Thesaurus", "Royaume Taxonomique", "République Folksonomique", etc. Depuis le temps que je répète  à mes étudiants que la question des langages documentaires est avant tout une question politique ... et quand on sait que la politique est d'abord une question de frontières ... on voit mieux comment l'indexation est aussi une question géo-politique ;-)

Map_of_findability2_2

(Temps de rédaction de ce billet : 1h45min)

Bibliosphère dans la (net)vibe.

Repéré par JMS et effectivement incontournable. Attention tout de même, c'est vraiment un truc d'obsédé.

Escadron 2.0 pour les bibliothèques

Prenez toute la fine fleur des pionniers du web 2.0 pour le monde des bibliothèques en France. Prenez ensuite la fine fleur des écoles de formation des mêmes bibliothécaires. Remuez le tout et vous obtiendrez :

  • une journée de stage sur "Les bibliothèques ont-elles besoin du web 2.0 ? Des outils au service des usagers" à l'ENSSIB
  • une bonne grosse centaine de diapositives éclairantes
  • et surtout, surtout, d'excellentes raisons pour passer votre bibliothèque en mode 2.0 ... vite.

(Via Thomas Chaimbault qui liste dans son billet tous les diaporamas)

<Update de quelques jours plus tard>
Un article de référence sur la mise en place d'une culture de la participation et du collaboratoire dans les bibliothèques  :
    Lankes, R. D., Silverstein, J. L., Nicholson, S., & Marshall, T. (2007).     "Participatory Networks: The Library as Conversation" Information     Research, 12(4) paper colis05. [Available at http://InformationR.net/ir/12-4/colis05.html]
</Update>

Blogs et revue par les pairs.

En voilà une idée qu'elle est bonne. Prenez d'abord des blogs tenus par des scientifiques : doctorants et chercheurs (y'en a plein). Considérez ensuite que la plupart de ces blogs, parlent, notamment mais non exclusivement, d'articles scientifiques, publiés dans des revues (peer-reviewed et tout et tout). Considérez enfin qu'il serait utile aux autres scientifiques du même champ (notamment) de pouvoir prendre connaissances de ces lectures (reviews) d'articles validés par des pairs (peer-reviwed). Et voici le service Researchblogging.org qui fonctionne comme suit :

  • "Les bloggers (scientifiques) s'inscrivent sur notre service et récupèrent une simple ligne de code à coller dans leurs billets.
  • Cette ligne de code permet de mettre à jour notre service mais aussi de créer une citation de l'article concerné respectant les normes scientifiques (de citation)
  • Notre logiciel scanne les blogs enregistrés à la recherche de la ligne de code. Quand il la trouve il indexe le billet et l'affiche sur notre site, dans la catégorie qui lui correspond."

C'est en quelque sorte un méta-méta-blog. Un méta-blog étant un blog se contentant de reprendre de manière thématique les billets publiés sur d'autres blogs traitant de la même thématique (exemple). En choisissant uniquement les billets traitant d'articles scientifiques (voir "leur" définition du peer-reviewed)  sur des blogs de scientifiques (méta-métablog donc), le service atteint une réelle valeur ajoutée en permettant de "filtrer" tous les autres billets. En quelque sorte la quintessence. Pour l'instant (au 31 Janvier 2008), researchblogging ne s'appuie "que" sur 150 blogs scientifiques, dont la plupart sont eux-mêmes issus de sites portails rassemblant des blogs ... scientifiques (dont le plus "gros", Scienceblogs en rassemble déjà près de 70).
Voilà en tout cas assurément le genre de service de veille communautaire qui devrait pouvoir être systématisé pour pouvoir être intéressant ... J'imagine ce que pourrait donner un tel service à valeur ajoutée s'il était appliqué par un mastodonte comme GoogleBlogSearch (ce qui soit dit en passant ne doit pas être très compliqué puisque TOUS les blogs scientifiques faisant état d'articles publiés citent précautionneusement les références bibliographiques de l'article dont ils parlent, et que comme ces mêmes références bibliographiques sont très normées, elles devraient être facilement repérables par l'un de nos grands indexeurs en mettant en place une petite moulinette de détection ou en proposant un tag ou autre microformat idoine ... donc si quelqu'un veut déposer un "brevet sur la détection de revues d'articles évalués dans les blogs scientifiques" ... ben il n'a qu'à relire les lignes précédentes et m'appeler).
(Via Digital Koans)

Des ressources (pédagogiques) et des hommes (pédagogues)

... en vrac :

  • Des vidéos ...
  • En français dans le Wesh : la vidéo culte sur le web 2.0 de M. Wesh, with french subtitles.
  • Commoncrafts : LE spécialiste des tutoriels-en-carton-avec-des-doigts-qui-montrent, qui après ceux sur les wikis et les flux RSS récidivent heureusement avec les blogs, les réseaux sociaux  et le social bookmarking. (Via Francis Pisani)
  • Une vidéo de six minutes réalisée par un expert sur le sujet pour une introduction au web sémantique à l'usage des non-geeks. Louable effort. (Via Nova Spivack)
  • Et puis (beaucoup) plus long et (un peu) plus compliquée que les vidéos précédentes : celle de la leçon inaugurale de Gérard Berry au collège de France, premier informaticien dans le domaine du génie logiciel à se livrer à ce genre d'exercice. Passionnante.
  • Dans la série, "des bases de données à la télé", BioMedCentral a ouvert depuis Septembre 2007 sa "chaîne" sur YouTube. Au programme : des interviews, des cours, une une belle vidéo de 3 minutes vantant les mérites de l'accès ouvert aux résultats de la science. Dans le même genre, le Babouin (de chez qui je tiens l'info) signale le site Scivee, qui veut "explorer de nouvelles manières de disséminer la science", et s'y emploie en permettant aux scientifiques de diffuser des vidéos. Scivee est d'autant plus intéressant qu'il se divise en deux parties distinctes : d'un côté des vidéos scientifiques à caractère pédagogique ou informatif, et de l'autre des PubCast (publication cast) qui associent à chaque vidéo, l'article scientifique qu'elle vient illustrer. Cette dernière catégorie est redoutablement efficace puisqu'elle permet - au choix - de faire figurer en face dudit article une interview du chercheur parlant de sa recherche et du contenu de son article, ou bien encore le film de l'expérimentation décrite dans l'article.
  • Des revues ...
  • La Criée est un blog, plus précisément "une tentative de distribution gratuite de périodiques gratuits mais non sans valeur. Elle est destinée à rendre utilisables rapidement les signets que je réunis pour alimenter AURELIE, le catalogue des périodiques électroniques du SCD de l’Université Toulouse 2." Possibilité de naviguer dans les catégories qui reprennent les 10 principales entrées de la Dewey. (Via MSEDoc)
  • Des droits ...
  • Une présentation de 6 minutes, réalisée par des bibliothécaires, pour expliquer aux chercheurs et scientifiques quels sont leurs droits (d'auteur) et comment in fine le conjuguer avec leurs devoirs (de chercheurs). (Via Pintini)

Blogs et RSS : (pas) demain la veille

En septembre 2005 je publiais un article indiquant toutes les potentialités des blogs et du RSS pour la veille.
Plus de 3 ans plus tard, la dernière étude de Digimind ("Baromètre des pratiques de veille stratégique des grandes entreprises françaises") montre à quel point l'adoption de ces pratiques est encore confidentielle :

  • "plus de 50% des cellules de veille ne surveillent pas ou peu les forums, blogs et autres réseaux sociaux."

Reste à savoir pourquoi ... L'étude de Digimind évoque comme premier frein "la méconnaissance des sources".

RSS : Révolution Surestimée ou Sous-exploitée ?

La syndication de contenu est une technologie - à mon avis - clé. Un billet de début décembre de Christophe Asselin nous révèle qu'elle est en revanche encore largement sous-utilisée, notamment et un peu paradoxalement par les "professionnels" de l'information. Un constat que je ne peux de mon côté que confirmer. Ce rapide tutoriel vidéo de 3 minutes mis en ligne par bibliobsession permettra peut-être de faire un peu avancer les choses.
De mon côté je continue de croire que si une énorme chantier de formation reste à ouvrir sur cette question (parmi d'autres), l'intégration de la syndication de contenus dans les fonctionalités standard des navigateurs et autres logiciels de courier électronique finira par rendre transparente la maîtrise des flux informationnels de type RSS. Enfin, du côté des outils "dédiés" (agrégateurs RSS), saluons le passage en version gratuite de NetNewsWire, le meilleur lecteur RSS pour Mac.

Blogosphère ou Lazysphere ?

Après les coups de gueule blogosphériques dépités de Jean Véronis (pour qui les blogs "C’est un peu à l’écriture ce que le fast food est à la restauration. Vite écrit, vite lu, vite commenté... et vite oublié") et de Jean-Michel Salaun ("Quelques blogs se sont installés et sont incontournables. Beaucoup picorent, d'autres redondent."), c'est autour de Steve Rubel de pousser le sien en nous proposant le joli néologisme de "Lazysphere". On connaîssait déjà la blogosphère, la pornosphère (ensemble des blogs pornographiques), la splogosphère (ensemble des fake ou spam-blogs) ... voici donc maintenant la "lazysphère"

  • (traduction assez approximative de moi-même) "La Lazysphère (= blogosphère paresseuse) rassemble un groupe de bloggers (...) qui plutôt que d'avancer de nouvelles idées ou d'écrire des choses originales, rebondissent simplement sur les dernières actualités en ajoutant "moi aussi" à la fin de leur billet. Leur objectif est essentiellement d'apparaître sur Techmeme ou sur digg - peut-être également sur Google dans une perspective d'archivage de la longue traîne. Ces sites - ainsi que Twitter - ont contribuer à multiplier la redondance des écrits ("a lot of lackadaisical writing"). Le crash attentionnel est un autre facteur qui entre en jeu. Les gens n'ont plus autant/suffisamment de temps pour penser." Concluant ainsi : "It's almost like we stopped the real work of reading, thinking and writing in favor of going all herd, all the time."

Et Steve Rubel de nous inciter à quitter au plus tôt la "Lazysphere" pour retrouver notre verve d'antan.
Moi aussi :-)))

<Update de 5 minutes plus tard> Au-delà du côté anecdotique, sympathique et plaisant de la "Lazysphère", la question posée par cette dernière est peut être plus "fondamentale". Si l'on admet que les NTIC, Internet, leurs réseaux et leurs outils (dont les blogs) particient d'un phénomène diachronique exponentiel d'externalisation de nos mémoires, cette Lazysphère ne serait alors que la part correspondante à nos différentes mémoires de travail ou mémoires de tâche (une sorte d'équivalent de la RAM de nos ordinateurs), c'est à dire ce lot coutumier d'informations que nous mobilisons et dont nous gardons trace de manière relativement systématique, afin d'en incarner certaines seulement dans de futures activités ou tâches davantages "construites". Dans cette perspective, la "Lazysphere" a encore de beaux jours devant elle.</Update>

Wikis de bibliothèques

Le wiki "The blogging libraries wiki" propose une liste de wikis de bibliothèques (anglo-saxonnes) classée par type : Academic Libraries, Public Libraries, School Libraries, Special Libraries, Internal Blogs, Library Associations, Library Directors.
Pour la liste des bibliothécaires (anglo-saxons) qui blogguent, c'est sur LisWiki que cela se passe.

Blogging académique

J'ai été récemment interviewé par Catherine Pétillon pour le supplément Campus du Monde, à propos de la manière dont les blogs en particulier et les NTIC en général modifiaient les rapports profs-élèves.
Le résultat est le suivant :

  • "Olivier Ertzscheid (...) n'hésite pas à faire un sondage en ligne pour évaluer les connaissances de ses étudiants, ou à faire circuler des documents, notamment au travers des différents blogs qu'il a créés. "Cela modifie les relations avec les étudiants et oblige à être disponible sur la dutrée et de manière régulière. La technique d'enseignement devient une hybridation entre les formes classiques et la formation à distance. Cela implique de formatter les contenus différemment, de façon moins académique. Par exemple, ajouter via YouTube une vidéo intéressante ou amusante en lien avec le cours." Bé oui. Un exemple ici.

A lire également, dles réflexions de Lisa Efimova concernant l'activité de blogging dans un cadre professionnel, que je pourrais faire miennes :

  • "les centres d'intérêt personnels ont une place légitime au travail" : ou comme l'écrivait Montaigne "je suis moi-même la matière de mon livre". D'où les quelques incartades pamphlétaires, politiques et parfois hors-sujet (académiques) d'Affordance.
  • "la transparence doit être maintenue" : "We have to learn to let go the fear of making mistakes in public and learn how to make mistakes gracefully." L'erreur est humaine, et elle est le plus souvent une source d'apprentissage. Les quelques bourdes commises sur ce blog furent pour l'essentiel rapidement signalées en commentaire et promptement corrigées.
  • "La vraie valeur (des blogs professionnels) est celle de leur écosystème" : "the real value is not at the post level - ecosystems between blog posts are more interesting and more important.  (...) in all cases posts and links are only a tip of the iceberg. Counting and measuring those visible traces is tempting, but knowledge, reputation, relations are likely to escape rankings."
  • "On ne contrôle pas l'émergence de nouvelles connexions (= l'aggrandissement du collège invisible) mais on peut créer les conditions idéales de cette émergence. Et se préparer à découvrir ses propres limites en termes de connexions."
  • "La routine est importante" : "l'activité de blogging ne survit que si elle est intégrée dans la vie de tous les jours." Affordance est fait aujourd'hui effectivement partie intégrante de mon métier.
  • "l'autorité devient fluide" : "Les hiérarchies formelles existent toujours, mais les blogs professionnels offrent des chemins alternatifs. Les réseaux évoluent constamment et la partage de l'attention - une fois que celle-ci est captée - est de plus en plus médiée par les moteurs de recherche."

Pourquoi tu blogues ?

Le grand sourire du week-end.

(Trouvé chez Eolas et signalé en commentaire par Claude.)

JEP vol. 10

Le nouveau numéro du Journal of Electronic Publishing est sorti. Pas le temps de vous en faire l'habituel digest, mais quelques articles semblent s'imposer d'eux-mêmes :

Citer un blog

Et voilà que l'on reparle de l'arrivée des blogs en tant que "référence", et de l'intérêt donc de normaliser la manière de les citer. Cette fois c'est la National Library of Medecine qui s'y colle et qui indique même comment citer les commentaires d'un billet.

(Via Boing-Boing)

Dans l'oeil du trackback.

Parution de l'Oeil de l'ADBS. Une publication dans laquelle j'ai, sur invitation, commis une petite bafouille pour exprimer une nouvelle fois mon intérêt pour les rétroliens (trackbacks) et déplorer que le web dans son ensemble soit actuellement (la faute essentiellement - mais pas exclusivement - au Spam) en train de passer à côté de cette fonctionnalité "révolutionnaire" au sens propre, tout au moins du point de vue de l'histoire de l'hypertexte.
Ma bafouille. Dans l'Oeil de Juillet-Août 2007

Rentrée des classes

Côté bibliothèques :

  • un tutoriel qui en 15 minutes par jour fera de vous un bibliothécaire 2.0.
  • les supports du congrès ABF Nantes 2007 sont (presque) tous en ligne.
  • un entretien avec Jean-Yves Mollier, à lire dans Télérama, et où il est entre autre question de l'avenir du livre et des bibliothèques. On n'y apprendra pas grand chose rien, mais la justesse de ton et la pondération sont également parfois appréciables :-)

Côté bibliothèques et moteurs :

  • les bibliothèques de l'université de Keio (Japon) rejoignent le programme Google Book Search, qui entre ainsi sur le continent asiatique. 120,000 ouvrages du domaine public sont concernés. Le nombre de bibliothèque partenaires s'établit donc désormais à 26. (Via InsideGoogleBookSearch & le communiqué de presse - .pdf - de Keio). Une étrange affordance au passage en guise de réminiscence, je connaissais le nom de l'université de Keio parce que Ted Nelson, inventeur et précurseur de l'hypertexte et d'une utopie mondiale de la connaissance baptisée Xanadu, Ted Nelson donc y était allé soutenir l'équivalent de ce que l'on nomme ici une "Habilitation à Diriger les Recherches". La signature de cet accord avec Google, dans l'ombre du passage de Ted Nelson à Keio donne à Google Books un étrange aspect d'aboutissement de Xanadu.
  • la bibliothèque de l'université Cornell se joint également au projet Google Book Search. 500 000 des 8 millions de volumes imprimés détenus par ladite bibliothèque sont concernés. Soit donc au total 27 bibliothèques partenaires.
  • Sur le même sujet, ne manquez pas l'article de Paul Duguid dans le dernier First Monday, et le commentaire avisé qu'en fait Jean-Michel Salaun.

Côté OpenAccess :

  • les dépôts OAI francophones en SHS suivent, et c'est tant mieux, une progression lente mais régulière et soutenue : voir le décompte détaillé de Marin Dacos.
  • Plus globalement d'ailleurs, le mouvement de l'open access dans sa globalité suit une courbe dramatiquement (?) ascendante.
  • Ceci expliquant sûrement cela ... la toute puissante AAP (association des éditeurs américains) lance l'initiative PRISM ("Partenariat pour l'intégrité (sic ...) de la recherche en science et médecine"). L'idée est d'alerter le public sur les présumés "risques" de la publication en Open Access. L'attaque est aussi frontale que caricaturale, en pointant les soi-disant "risques d'une censure d'état" liés à une "disparition de l'évaluation par les pairs", ce que personne, même les plus extrêmistes partisans de l'Open Access, n'a j-a-m-a-i-s ne serait-ce que suggéré. On en rirait presque, mais le pouvoir de lobbying de l'AAP est tel que l'on en est plutôt navré et inquiet. Il s'agit en fait de la mise en pratique du plan de guerre contre le libre accès, déclaré en Janvier 2007, pour lequel l'AAP avait eu recours à une agence de relations publiques aux méthodes qui pourraient n'être que tristement célèbres si elles n'étaient pas également largement discutables (désinformation, propagation de fausses rumeurs, etc, etc.). Tout cela est proprement consternant tant les arguments évoqués sont spécieux. Mais tout cela risque surtout de faire de considérables dégâts. Donc, plus que jamais, continuons le combat ... et le prosélytisme ... <Update de 5 minutes plus tard> Via Marlène - qui en parle aussi - je découvre ce billet certes partisan - de l'autre camp - mais qui résume très bien la situation et reprend nombre de réactions blogosphériques à ce sujet </Update>

Côté moteurs :

  • Google ...
  • Google fait preuve d'un appétit dont la constance confine à la boulimie. Voir la liste dressée par Christophe Asselin des acquisitions des derniers semestres. Derrière cet appétit qui peut sembler désordonné, se dessine progressivement une stratégie bien identifiée de positionnement sur le Web OS pour tout type de public et toute taille d'entreprise. De son côté, Henri Labarre nous offre une cartographie synoptique au format .pdf de ladite boulimie.
  • Et puis comme cela ne fait jamais de mal de rappeler quelques fondamentaux, une belle animation flash sur la manière dont fonctionne Google.
  • Google encore qui donne dans le tonitruand, en annoncant l'ouverture des commentaires sur Google News, pour ceux "ayant un lien" avec l'affaire commentée (sic). Nombre de journaux le font déjà, sans qu'il soit besoin de "prouver" avoir un lien quelconque avec l'affaire, mais quand Google touche au modèle média de la presse en ligne, tout le monde s'affole. Techcrunch rappelle les faits dans un billet synthétique. L'immense majorité des observateurs est plus que sceptique, à l'image de Danny Sullivan qui résume l'affaire en un mot : "Weird". Emmanuel Parody dans son analyse à laquelle je souscris entièrement, évoque une "arrogance d'un nouveau genre". Jusqu'au LATimes qui, deux jours après l'annonce, dans une tribue non-signée, compare Google à ... Osama Ben Laden :-(
  • Et les autres ...
  • Technorati s'effondre lentement mais sûrement ...
  • La tendance - ou l'idée que je crois de plus en plus vraie - qui veut que la fabrication de moteurs (indexation, rafraîchissement, parsing et autres technologies) et la fabrication d'interfaces soient deux métiers différents, cette tendance semble se confirmer avec le rapprochement de Groxis (excellentissime interface de Grokker, depuis le temps que je le dis ...) et d'Intellisearch. Pour plus de détails, voir l'article de l'Atelier.

Côté veille :

Côté web :

  • Si le web est implicite, il est aussi granulaire ou plus exactement fractal. Et les Widgets en sont la plus petite unité atomique. Techcrunch nous gratifie d'un billet synthétique sur les origines, les plateformes et les standards de ces petits widgets.
  • L'équipe d'Information Architects nous gratifie de son côté d'une belle carte (.gif) dans le genre "plan de métro", listant un grand nombre d'acteurs et de services du web actuel. Synoptique et fort utile pour repérer quelques "tendances".

Côté réseaux sociaux :

  • Nous nous étions quitté en listant ce que nous savions aujourd'hui des réseaux sociaux, et bien il y a de fortes chances pour que ces réseaux sociaux occupent une très grosse part de l'actualité webienne dans les mois à venir. Avec tout d'abord le coup de poker de Facebook, dont Google a une énorme envie et qu'il pourrait bien tenter de se payer, après que le PDG dudit Facebook a refusé l'offre de Yahoo (1 milliard de $ ...). Si le marché se concluait, Google enterrerait de facto toute possibilité d'émergence en la matière, puisqu'il est déjà par ailleurs installé (motorisation et régie publicitaire attenante) comme moteur officiel de LA plateforme concurrente MySpace. Du côté des trois grands le tableau est donc pour l'instant le suivant :
    • MSN dispose de MySpace. Leader indétrônable pour ce qui est du nombre de teenagers impliqués.
    • Yahoo! (ayant échoué à racheter Facebook) travaillerait sur un projet baptisé Mosh
    • et Google (probablement en train d'essayer de racheter Facebook) aurait de son côté une nouvelle arme fatale baptisée SocialStream (voir le billet de Techcrunch pour plus de détails, et voir aussi le site de présentation du projet SocialStream, présenté comme "réseau social unifié" et dans lequel une large place est faite à la notion de Sérendipité ...). Notons ici encore que sur ce terrain (réseau social "unifié") comme sur d'autres (recherche "universelle") ma petite théorie de la dérive des continents documentaires résiste bien à l'analyse ;-)
    • Si vous êtes un peu perdus, FredCavazza résume tout ça très bien. De mon côté, même si dit comme ça cela peut ressembler à du teasing éhonté, je pense que si FaceBook avait l'intelligence de regarder du côté d'Amazon (et réciproquement), la carte des acteurs plénipotentiaires du web actuel serait entièrement reconfigurée. J'y reviens dans un prochain billet ... enfin si je n'oublie pas et si j'ai le temps :-(
    • Et pour compléter mon dernier billet sur la question, on lira avec intérêt les deux billets que Jean-Michel consacre à cette même question : ici et .
    • Toujours sur le livre des visages (dévisage ?), à lire également la réflexion de François Bon.
    • Pour le côté business, voici une grille très détaillée vous permettant de calculer le retour sur investissement (ROI) d'un réseau social
    • A lire également, les résultats d'une étude menée sur 850 personnes de 54 pays, étude sans prétention scientifique mais qui confirme tout de même quelques orientations, dont la domination de LinkedIn dans la catégorie "réseau social professionnel".
    • On pourra également consulter la liste des réseaux sociaux disponible sur Wikipedia, en complément de celle de Dannah Boyd, ainsi que le rapport d'Avril 2007 de Forrester (.pdf), déjà signalé sur ce blog (pour les plus pressés, voir le récent résumé de Gerry Mc Kiernann)
    • Et puis ... et puis ... et puis il est des programmes de recherche auxquels on aimerait avoir participé ou dont on voudrait avoir eu l'idée, comme celui visant à établir le réseau social ... des superhéros Marvel. Le résultat est à lire sur ArXiv. Avec une grosse déception tout de même, l'étude se base sur l'apparition desdits superhéros au fil des volumes de publication et ne s'intéresse pas aux communautés elles-mêmes (Vengeurs, X-Men, etc.). Impossible donc d'avoir la preuve scientifique que le Fauve ait entretenu une relation avec Miss Hulk :-(

Côté Wikipédia :

  • La polémique (stérile) de l'été.
  • A l'occasion de sa pause estivale, Homo Numericus nous offre trois billets d'analyse sur "l'histoire politique" de Wikipedia, rédigés par Sylvain Firer-Blaess, étudiant de l’IEP Lyon : ici (1), ici (2), encore ici (3), et (4).
  • Un étudiant a mis au point un détecteur de TRDs (Tentatives de Redocumentarisation Déviantes) : pour le tester vous-même, direction le Wikiscanner (tous les journaux en ont parlé - Le Monde, Libé, etc. - mais vous pouvez bénéficier d'un rattrapage de qualité avec l'article de Christophe Deschamps, et d'une ouverture problématique fondamentale chez Jean-Michel Salaun, concernant l'urgence de réinventer le droit à l'oubli)
  • Dans le dernier numéro de First Monday, un autre étudiant s'est penché sur la qualité des citations scientifiques dans l'encyclopédie collaborative, avec deux résultats intéressants : les citations sont pour l'essentiel conformes aux normes académiques, et elles ont tendance à renvoyer majoritairement vers des revues à forte notoriété (Science et Nature en tête), ce qui ne peut effectivement que "contribuer à renforcer la crédibilité" de l'encyclopédie.
  • Et pour prolonger le débat, les 19 et 20 octobre 2007, l’association Wikimédia France organise le premier colloque francophone sur Wikipédia, à la Cité des sciences et de l’industrie sur le thème suivant : "Développer - Valider - Ouvrir". A ce jour, le programme ne fait état que de l'intitulé de 3 "séminaires" sans davantage de contenu ni d'intervenants (un sur les "réseaux d'experts" - tiens, tiens ... - un autre sur les rapports de l'encyclopédie avec le monde de l'enseignement, et un troisième sur l'épineuse question de la validation). A suivre donc ...

Côté identité/identifiants/traçabilité numérique :

  • Après les 3 lois de la robotique, les 7 lois de l'identité numérique. (Via InternetActu)
  • Un billet intéressant sur la gestion des avatars.
  • Naturellement en la matière, la clé résidera dans l'attitude, l'orientation et la marge qu'autoriseront les moteurs sur ces questions. Les habitués d'affordance retrouveront aisément sur ce blog quelques billets concernant la politique de Google en la matière, et durant cet été, Ask a annoncé son service AskEraser permettant aux utilisateurs de ne voir aucune donnée conservée durant leurs recherches. A l'inverse, le moteur Spock entend ficher les individus sur la base des informations collectées par les moteurs. Après un rapide test, il s'avère - heureusement - assez inintéressant (sauf si vous voulez connaître l'âge et le nom des épouses de différents présidents de la république de tel ou tel pays). Un million de personnes seraient ainsi "indexées" dans ce "people specific search engine". En revanche, nul doute que demain, l'un des moteurs majeurs proposera à son tour ce type de recherche.

Côté Outils :

Côté lectures / visionnages :

  • Un numéro du Journal of Computer-Mediated Communication avec notamment une section spéciale de 5 articles concernant les blogs, et quelques autres papiers intéressants autour des réseaux sociaux.
  • Le billet du gourou Nielsen qui a fait couler beaucoup d'encre blogosphérique au début de l'été : "Ecrivez des articles, pas des billets."En (très) gros, Nielsen plaide pour une expertise affirmée, au-delà de la surabondance instantannée d'information qui surgit dans la blogosphère à propos de tout ou de n'importe quoi. L'idée est que - selon Nielsen - si vous voulez affirmer votre expertise et éventuellement la monnayer au prix fort, vous devez écrire des billets longs, privilégier l' "in-depth content". Sébastien Billard résume très bien le tout.
  • « L’impact d’Internet sur l’économie de la presse : quel chemin vers la profitabilité ? » (.pdf) La thèse toute fraîche de Danielle Attias.
  • Et puis pour la bonne bouche, un petit film d'anticipation sur l'avenir du livre, lequel livre, peut-être selon un phénomène de contamination du support, devient de plus en plus "rich"-media.

Côté université :

  • Un très bon numéro spécial (.pdf) du magazine Horizons de l'AIU (Association Internationale des Universités), publié par l'Unesco, et consacré à la thématique du classement, des indicateurs et autres palmarès en vigueur (ou non) dans nos universités. Je vous recommande tout particulièrement la lecture de l'introduction de Jamil Salmi et Alenoush Saroyan, intitulée : "Les classements des universités comme instruments politiques : usages constructifs pour l'enseignement supérieur".
  • Sur le site lautrecampagne.org, une série de 5 entretiens avec des gens concernés et impliqués sur le projet de réforme des universités du gouvernement. Tous les sujets qui fâchent y sont abordés : recrutement, financement, échec en premier cycle, autonomie, etc.

Bonne rentrée à tous et toutes :-)

(Via : l'harassant dépouillement de mon agrégateur ...)

Mario Asselin et les blogs à vocation pédagogique

Le podcast est déjà ancien (Webcom Montréal 2006)  mais il est l'occasion d'entendre Mario Asselin à propos de l'intérêt de "faire blogguer les jeunes" dans un contexte éducatif.
Sur ce sujet, le blog de Mario est naturellement incontournable.

Planet Cataloging

Le blog Planet Cataloging agrège automatiquement des billets en provenance de plusieurs blogs, ayant comme point commun de réfléchir à la pratique du catalogage et à son avenir.

(Via ISKO-UK)

Ressources RSS

Sur cette page, une liste très complète d'outils autour du RSS : agrégateurs, vérificateurs, combineurs et autres tripatouilleurs (jetez aussi un oeil aux commentaires) (Via VTech)
Et sur le site FeedRinse, pour les allergiques à Yahoo!Pipes ou ceux ne possédant qu'un agrégateur basique, vous aurez la possibilité de filtrer vos fils RSS sur divers critères (mots-clés, tags, auteur, etc) (Via 2803)

RSS (vit'fait)

2 liens rapides sur l'actualité du RSS  :

  • un comparatif (bien fait, illustré et détaillé) de 20 lecteurs partageant tous le point commun d'être open source. (via Brainsfeed)
  • (via La Feuille) Amazon lance les fils RSS personnalisables (rien de révolutionnaire mais une confirmation de l'inscription dans les usages "standards" de ces pratiques). On notera notamment la présence d'un paramètre "Treshold" qui permet de récupérer des items récemment "taggués" :
    • "his parameter indicates a threshold for how many times an item must have been tagged in order to appear in the "recent" feed. If the threshold is set to 5, items will not appear in the recency feed until they've been tagged 5 times, and will be bumped up every time they're tagged after that. The default value is 2." La première application qui me vient en tête est celle de l'usage d'un tel opérateur pour des pratiques de veille commerciale.

Affluence, influence et Affordance : le retour

Le site Wikio vient de mettre en ligne un "nouveau" classement des blogs, classement un peu moins tapageur que celui d'Edelman et reposant sur le principe "pagerankisé" suivant :

  • "La position d'un blog dans le classement Wikio dépend du nombre et de la valeur des liens que d'autres blogs pointent vers lui. La valeur de chaque lien dépend du classement du blog qui le poste. Ainsi, dans notre algorithme, la valeur d'un lien posté sur un blog du haut du classement est plus importante que celle d'un lien posté sur un blog moins bien classé. Wikio prend en compte les liens sur une période correspondant aux 4 derniers mois."

Outre ce classement général, deux sous-classements thématiques sont également proposés : celui des blogs "politiques" et celui des blogs "High-Tech".
Il est d'usage que l'on en parle lorsque l'on en a été informé et que l'on y figure en bonne position. Les deux conditions s'appliquant à Affordance.info, j'en parle, mais je n'oublie pas les judicieux conseil du professeur Ertzscheid ;-)

Panoptique Google : vers une algorithmie impliquante.

Une petite série de 3 billets très instructifs sur différents aspects de Google :

Plus qu'une tentative, un remarquable boulot au sortir duquel on se sentirait presque avocat. Avec une conclusion à méditer : "Quant aux bibliothèques, on ne les entend pas. En dehors de la BnF, bien entendu. Mais elles devraient avoir conscience qu’une victoire de La Martinière et du SNE n’est pas nécessairement dans leur intérêt: plus les droits de Google seront limités, plus leurs propres droits le seront. Et si demain tous les livres français sous droits sont enlevés de Google et de tous les projets équivalents, je ne vois pas en quoi cela servira les intérêts collectifs de la nation, ce qui est pourtant, a priori l’objectif de nos lois (d’auteur ou pas)."

Avec d'abord cette liste de critères très "génériques" : 

    • "popularity of the blog document, an implied popularity of the blog document, the existence of the blog document in blogrolls, the existence of the blog document in a high quality blogroll, tagging of the blog document, references to the blog document by other sources, and a pagerank of the blog document. It will be appreciated that other indicators may also be used."

On y apprend également l'importance du "feed readership" (= lectorat RSS), lequel est moins sujet à controverse que les traditionnels liens entrants (backlinks) et semble donc un indicateur plus "objectif". Et là vous me dites : "Et comment Google sait-il combien j'ai de lecteurs abonnés à mon fil RSS ?" Et bien tout simplement via Google Reader. "Et ceux qui n'utilisent pas Google Reader ?" Et ben ils ne comptent pas :-(
Le brevet souligne également l'importance des Blogrolls, et plus exactement de ce que j'appellerai la "blogrollsroyce" : plus vous êtes dans la blogroll d'un blog à forte notoriété, et plus la vôtre (de notoriété) augmente.
Et puis ... et puis ... sont prises en compte : "[0044] les références vers le blog par d'autres sources peuvent également être des indications positives sur la qualité dudit blog. Par exemple, le contenu des emails ou la transcription de conversations (chat) peuvent contenir l'URl du blog. Les emails ou les clavardages (chat) qui incluent des liens vers le blog sont des indicateurs positifs de la qualité dudit blog".
Et voilà. Un big brother assumé, revendiqué, fonctionnant en vase clos. Bien sûr on sait que Google lit le contenu de nos mails (même si chaque fois que j'en fais la démonstration à mes étudiants, j'ai quelques évanouissements dans la salle). Bien sûr on sait qu'il se sert de l'analyse de ce contenu pour nous bombarder de publicités contextuelles. Mais j'avoue que je suis un peu étonné de voir qu'il se sert également de ce contenu ... comme un critère d'optimisation de son algorithme ... Cela marque la dernière étape de la dérive des continents documentaires :

Derivcontinent

Il est désormais clair que le web s'est effondré sous son propre poids. Ou plus exactement, que la représentation sociale et algorithmique que Google nous donne à voir du web dans une artefacture métonymique réfléchie, est désormais "complète". Elle (cette réprésentation) fonctionne comme un écosystème autarcique avec en point de mire une totale transparence :

  • des contenus
  • de chacune des interactions avec ces contenus
  • de chaque échange public, privé ou intime entre l'ensemble des "habitants/utilisateurs" de cet écosystème

Une redéfinition de l'algorithmie. Un algorithmie "impliquante".

Et pour conclure cette série de billets, celui de Danny Sullivan : "What is Google PageRank ? A guide for searchers and webmasters."
Bonne(s) lecture(s) et n'oubliez pas : "Don't be evil" ;-)

Serial Bloggers

"Elle me dit aujourd'hui qu'après bien des débats, les catalogueurs avaient décidé que les blogs institutionnels et d'entreprises ("corporate blogs"), mis à jour régulièrement, étaient en fait des publications en série et devaient donc avoir un numéro ISSN. (...)"
Naturellement rien n'est encore fait, mais le débat est en cours, et pas n'importe où, sur le (tout nouveau) blog officiel de la bibliothèque du Congrès. Et je trouve intéressant (et symptômatique) que la fine fleur du catalogage pose ainsi la question de la pérennité de certains blogs (et donc celle de leur archivage).

Du blog comme atelier.

A lire sur Médiévizmes (le blog de Zid, Maître de conférences et historien), sa réflexion sur sa pratique de blogueur scientifique, et une conception du blog comme "l'atelier de l'historien", conception assez proche de celle revendiquée en ces terres, entre paillasse et machine à café.
Quelques extraits :

  • "Le plus important pour un scientifique est de ne pas tomber dans un autisme de communauté: le travail de veille, d'écoute, de recherche d'information en dehors des cadres habituels est vital. Comment donc rendre cette veille effective? Aucun chercheur qui se respecte n'a le temps d'aller parcourir cent ou deux cents blogs intéressants et constituant plusieurs communautés tous les jours. Les technologies de syndication de contenu permettent fort heureusement de remédier à ce souci."
  • "Et le blog nous permet de communiquer comme jamais. Cela donne une cacophonie avec des non spécialistes, l'intrusion de gens qui ne sont pas les bienvenus, des « amateurs » pas du sérail ? Parfois, souvent même. Mais les premières Annales, Marc Bloch et Lucien Fevre les ont voulues expressément comme telles, pour désenclaver l'histoire. Il n'y a qu'à lire la correspondance de Bloch et de Febvre pour les voir appelant à la plume un banquier, ou un juriste, ou un sociologue, ou un économiste, chacun avec sa contribution, chacun apportant son levier pour faire sauter les verrous."
  • "Quant à la validation, ce n'est pas le nom de l'auteur qui la donne; ce n'est pas un comité de lecture a priori, c'est une validation a posteriori: encensé ou démoli par les commentaires, un blog est jugé avec une très grande sévérité, aussi drastiquement que par un comité de lecture scientifique. Au fond, on en revient aux principes premiers de la critique historique, qui s'appliquent au document après sa publication."

Culture informationnelle et université

J'étais vendredi à Rennes, répondant à l'amicale invitation du laboratoire Cersic, pour un séminaire sur "Culture informationnelle et institution." (programme complet et résumé des interventions)
Voici le "pitch" de mon intervention  :
TITRE :
De la recherche d'information aux pratiques scientifiques : vers de nouveaux collaboratoires.
RESUME :
L'émergence du phénomène du web 2.0, des nouveaux outils d'accès à l'information qu'il propose, des nouveaux types de contenus qu'il met en ligne, et des nouveaux protocoles de filtrage et de validation qu'il abolit ou transcende, interroge les pratiques actuelles de formation à l'IST. Parmi d'autres, le phénomène des blogs d'experts gagne le domaine de l'enseignement en général et de l'université en particulier. Des institutions, des composantes, des formations, des services, des communautés scientifiques, mais aussi des enseignants-chercheurs ouvrent de nouveaux espaces de paroles, mettant en œuvre de nouvelles dynamique de collaboration. Ces nouveaux collaboratoires, sous l'angle des rapports entre science et société, permettent d'articuler différemment un grand nombre de pratiques scientifiques en terme de diffusion, de collecte, de recherche, de publication et d'enseignement. Le domaine de la culture informationnelle et de la maîtrise de l'information en particulier, et celui des sciences de l'information et de la communication en général est à la fois un terrain et un révélateur particulièrement pertinent pour analyser les problématiques sous-jacentes de ces nouveaux collaboratoires, au rang desquelles la construction d'une culture du préprint, la mise à disposition d'indicateurs adaptés, la facilitation du déploiement rapide d'expertises dispersées et la reconfiguration des champs.

Et voici le pauvrepoint qui me servit de support : Téléchargement CersicOlivier.ppt

Merci à Alexandre pour l'invitation et l'organisation de cette journée, et merci aux collègues du Cersic pour leur accueil.