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La fracture amicale.

"La nouvelle fracture numérique opposera les gens disposant d'un réseau d'amis et ceux sans amis. L'ancienne fracture numérique entre les riches (ceux disposant d'une connexion internet) et les pauvres continuera d'exister." La citation (repérée par TechCrunch) est de Robert Scoble. Si cette "formule" m'intéresse c'est parce qu'elle traduit assez bien la manière dont, in fine, les logiciels sociaux (qui, rappelons-le, sont bien plus que les simples "réseaux sociaux") ont durablement transformé la nature de notre rapport au web.
<Parenthèse> Dire que les logiciels sociaux ont transformé la nature de notre rapport au web, n'est pas du tout la même chose (et est à mon avis beaucoup plus juste) que d'affirmer - comme on le lit un peu trop souvent - que les réseaux sociaux ont changé la nature du web </Parenthèse>
Il me semble qu'aujourd'hui, dans l'essentiel de nos pratiques, la socialisation dans sa dimension expérientielle première, est devenue au moins aussi importante que les trois activités qui firent la spécificité du primo-web, c'est à dire la navigation-lecture (browsing), la navigation-recherche (searching) et naturellement l'écriture (au sens large de "production de contenus"). Ce qu'ont permis les logiciels sociaux c'est le transfert de logiques de socialisation grégaires depuis des espaces clos et dédiés (les forums ou groupes Usenet) vers des espaces réellement réticulés, c'est à dire largement distribués au travers du moindre espace d'écriture ou de navigation.
Cette réflexion en appelle une autre. Il n'est pas aujourd'hui sur le web d'espace de production de contenus numériques qui n'échappe à l'angle d'une analyse "conversationnelle", "socialisante". On n'écrit plus, on ne publie ou ne produit plus aujourd'hui de contenu simplement pour être présent, pour occuper un espace, ou pour être bien "positionné" mais tout au contraire pour confronter ou pour souscrire. On écrit, on publie, on produit pour engager un débat. Pour "se" confronter aux autres. Pour maintenir et établit un contact. De toutes les fonctions du langage théorisées par Jakobson, c'est la fonction phatique qui est au coeur de l'ensemble des socialisations numériques, y compris (et surtout ?) de l'écriture-socialisante qui couvre  (par exemple) l'immense majorité des productions de la blogosphère.
Comme nouveaux totems de cette dominance du phatique, citons les trackbacks ou rétroliens (qui en inversant la polarité des liens pour la première fois dans l'histoire de l'hypertexte, contribuèrent largement à disséminer ladite fonction phatique et à en faire l'un des tout premiers horizons d'attente de l'écriture numérique courante). Citons également l'incontournable et parfaitement totémique "poke" de Facebook
Pour autant, et dès que cette confrontation se trouve inscrite dans un processus collaboratif assez large impliquant un nombre significatif de personnes, on retombe très largement dans les anciens et classiques shémas auctoriaux et éditoriaux. Des shémas "étagés" dans lesquels les fonctions de représentativité et de leadership sont réaffirmées comme essentielles. La présumée "sagesse des foules" n'est que l'exercice d'une démocratie numérique rigoureusement équivalente au système politique dans lequel nous évoluons. La seule différence (de taille) vient de son amorçage : les "leaders", les "gourous", les "éditeurs", les "auteurs" ne sont pas élus dans une logique de représentativité en assumant une charge "par délégation", mais ils sont les promoteurs ... à l'origine de leur propre promotion. Une promotion dans le meilleur des cas au service d'un projet ou d'une parole, et dans le pire des cas au seul et unique service d'un égotisme forcené. Les autres, tous les autres y souscrivent au sens littéral du terme. Ils écrivent, publient, discutent, débattent "en dessous", dans les limbes palimpsestiques de ces nouveaux espaces de socialisation numérique. La fonction phatique ne prime plus. Le "poke" redevient "private joke".
Le web, quelle que soit sa dénomination ("world wide web, world live web, world life web"), sa numérotation (1.0, 2.0 ...) demeure un espace rhizomatique mais devient de plus en plus organique ; son organisation confine à l'organique. Les liens unissant des contenus y côtoient désormais les relations unissant des personnes. Cette corporéité nouvellement incarnée n'est pas simplement métaphorique. Elle traduit un changement de nature radical. L'erreur serait de croire que ce changement de nature est également un changement d'objet. Le web est et demeure une artefacture technique. L'erreur serait de ne chercher qu'à questionner cette artefacture. Le web n'est qu'un vecteur. Le changement concerne tout au contraire notre rapport individuel et intime à la socialisation. Notre rapport à l'autre.
Il y a quinze ans de cela, des scientifiques, des universitaires, se posaient la question de savoir quels documents/contenus pouvaient être numérisés. La réponse est aujourd'hui connue : il n'est aucun contenu qui ne résiste à la numérisation, rien qui ne puisse être numérisé ou numérique. Rien qui ne puisse être re-présenté "sous forme" et "au format" numérique. Pro forma. Ce qui est vrai des documents/contenus le sera-t-il également pour les individus et les relations interpersonnelles ?
Ce n'aura pas été le moindre mérite de Facebook et consorts que de permettre que ces questions soient posées. Les réponses seront là aussi évidentes. Dans 15 ans. Ou peut être moins. D'ici là nous aurons grand besoin de sociologues pour nous aider à bâtir la science du web.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h30)

Quiz 2.0

Le site SavoirsCdi.net propose un petit quiz sympa autour du web 2.0. Les réponses sont à chaque fois explicitées par un court paragraphe, et le site propose également une bibliographie.

La morale économique du web 2.0 selon Jenkins.

Henry Jenkins est professeur au MIT. Sur son blog il nous livre 4 billets essentiels pour comprendre l'économie et la morale du web 2.0

  • "The moral economy of web 2.0" (Part 1) : Jenkins se livre à un rappel et à une analyse des fondamentaux : Economie du don, User-generated-content, "Vous faîtes tout le contenu, nous gardons tous les revenus". Ce que Jenkins entend par "économie morale" est ensuite décrit dans son billet :
    • ""Moral economy" refers to the social expectations, emotional investments, and cultural transactions which create a shared understanding between all participants within an economic exchange. The moral economy which governed old media companies has broken down and there are conflicting expectations about what new relationships should look like. The risks for companies are high, since alienated consumers have other options for accessing media content. The risks for consumers are equally high, since legal sanctions can stifle the emerging participatory culture".
  • "The moral economy of web 2.0" (part 2) : Jenkins revient sur la culture de la participation :
    • "How audiences are imagined is crucial to the organization of media industries (Ang 1991; Hartley 1987), which rely on such mental models to shape their interface with their public. Convergence culture brings with it a re-conceptualization of the audience - how it is comprised, how it is courted, what it wants, and how to generate value from it. Increasingly, audiences are valued not simply based on what they consume but also on what they produce. The audience is no longer the end point along an industrial chain, and as Bruns (2007a n.p.) argues, they no longer need to "resort to auxiliary media forms."
  • "The moral economy of web 2.0 (part 3)" : le troisième billet illustre bien le décalage qu'il peut y avoir entre les intérêts et les exigences de l'audience et ceux de l'industrie-en-quête-d'audience (autour de l'exemple notamment des fan-fictions)
  • "The moral economt of web 2.0" (part 4) : ce dernier billet, revient sur les derniers événements en date, c'est à dire, selon Jenkins, une forme de retour de la prohibition et de criminalisation des pratiques de consomma(c)tion de ces audiences qui entendent tirer parti (et parfois "revenu") de leur apports dans le contexte d'une économie de la participation, un parti et un "revenu" que les industries culturelles rechignent à donner. Jenkins distingue l'approche "prohibitionniste" et l'approche "collaborationniste" :
    • "If the collaborationist approach welcomes fans as potential allies, the prohibitionist approach sees fans as a threat to their control over the circulation of, and production of meaning around, their content. Consumers are read as "pirates" whose acts of repurposing and recirculation constitute theft. The prohibitionist approach seeks to restrict participation, pushing it from public view. The prohibitionist response needs to be understood in the context of a renegotiation of the moral economy which shapes relations between media producers and consumers." Ce concept d'économie morale (déjà ancien, et que Jenkins attribue à P. Thompson (1971) qui étudia le phénomène des émeutes liées à une situation de pénurie alimentaire), ce concept de morale économique ou d'économie morale donc, "n'implique pas simplement des obligations économiques et sociales entre producteurs et consommateurs, mais également des obligations sociales envers les autres consommateurs."

Le contenu de ces 4 billets est largement repris de l'ouvrage incontournable de Jenkins (Convergence Culture: Where Old and New Media Collide.), dans lequel il démontre que le facteur de "convergence" est davantage un paramètre culturel que technologique et que les compétences acquises au travers d'activités de type "loisir" (autour de l'usage des "nouveaux" médias) sont de plus en plus aisément et systématiquement transférables/transférées dans des contextes professionnels. Enfin, le dernier billet contient une intéressante bibliographie sur la question, de Pierre Lévy à Yochaï Benkler en passant par Clay Shirky.

(Temps de rédaction de ce billet : 45 min)

Les évolutions de l’information : le web collaboratif et la gestion de l’identité numérique.

Article "de commande" pour la prochaine parution de la brochure "Repère" de l'ENSSIB (qui dispose également d'un site web)

  • Le web 2.0 : partage et collaboration

Le web 2.0 désigne, pour les outils d’accès, de production et de recherche d’information, la part de plus en plus grande qui est laissée à l’utilisateur. Les blogs (plateformes éditoriales « clé en main » ), les wikis  (sites collaboratifs dont chacun peut modifier le contenu), les fils RSS (permettant de suivre les dernières nouveautés publiées sur un site), mais également ces gigantesques réservoirs de contenus que sont FLickR (pour les photos), DailyMotion ou YouTube (pour les vidéos) sont autant de sites et de technologies emblématiques de ce web 2.0. Auparavant, les contenus étaient le fait d’une communauté relativement réduite (enseignants, universitaires, entreprises, institutions …), et ils étaient mis à disposition sans ouvrir beaucoup de possibilité d’interaction et de partage. Le point commun des sites et des technologies « 2.0 » est de permettre aux internautes de partager, de participer, de « remixer », de noter, de diffuser et d’accéder à des contenus qu’ils produisent majoritairement. Le passage au web 2.0 se caractérise donc par une frontière de plus en plus floue et perméable entre les producteurs et les utilisateurs de contenus. Ce dernier point est aussi le plus controversé : l’abolition des filtres éditoriaux habituels, la prédominance de contenus « amateurs » font du monde numérique un terrain d’observation privilégié de la démocratie directe dans ce qu’elle a de meilleur (partage, réciprocité, interaction, collaboration) mais également de pire (dictature de la masse, notoriété l’emportant sur l’expertise, logiques quantitatives plutôt que qualitatives).

  • La gestion de l’identité numérique.

Contexte : En lien avec l’avènement du web 2.0, l’usager est aujourd’hui au cœur, non seulement des contenus circulant sur le Net, mais également des préoccupations des grands acteurs propriétaires de ces sites, qui, pour rentabiliser leur modèle économique et continuer d’offrir un accès le plus souvent gratuit à ces services, ont besoin de connaître le plus finement possible leurs utilisateurs, afin de leur proposer des publicités contextuelles parfaitement ciblées. L’une des grandes nouveautés du web actuel est qu’un très petit nombre de sociétés collectent (via les services qu’elles offrent) et ont la possibilité de recouper un très grand nombre d’informations sur chacun d’entre nous : ces informations relèvent aussi bien de notre sphère publique (notre métier par exemple), de notre sphère privée (nos relations, nos amis), que de notre sphère intime (nos préférences politiques, sexuelles ou religieuses).
Ne pas confondre identité et identifiants :
La question de l’identité numérique doit être distinguée de celle des identifiants que nous utilisons pour accéder à différents services. Sur ce dernier point, différents projets existent pour tenter de proposer un standard d’identification unique qui via un seul login et mot de passe, permettrait de s’enregistrer sur toute une gamme d’applications et de pouvoir les utiliser (OpenID …)
Qu’est-ce que l’identité numérique ? Une collection de traces.
L’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audio ou vidéo, messages sur des forums, identifiants de connexion …) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau. Cet ensemble de traces, une fois qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche, peut parfois produire des résultats gênants (et ce malgré le recours assez fréquent à des pseudonymes d’identification). Ainsi, la pratique consistant à taper le nom de quelqu’un dans un moteur de recherche pour voir quels sont les premiers résultats qui ressortent est devenue de plus en plus courante, notamment dans le cadre d’un recrutement. La question est d’autant plus importante que l’on parle aujourd’hui de « natifs numériques » (digital natives), c’est à dire d’une génération qui utilise différents services web dès sa prime enfance.
Que faire après coup ?
Si vous souhaitez voir disparaître certains contenus vous concernant, vous avez la possibilité de vous adresser d’abord aux gestionnaires des sites qui disposent desdits contenus. Cela peut concerner la suppression d’une vidéo ou de photos, mais également de messages sur différents forums de discussion. La deuxième étape est de s’adresser directement aux moteurs de recherche : ceux-ci conservent en effet souvent dans leur « cache » une version des contenus précédemment supprimés. Il faut alors leur demander la suppression de ces contenus.
Comment rester maître de son identité numérique ?
L’idéal pour maîtriser son image numérique consiste à en devenir l’acteur principal. Ainsi, si vous tenez un blog sous votre nom, si vous achetez « votre » nom de domaine pour votre site web, si vous y déposez votre CV, ce sont ces éléments d’information qui devraient apparaître en premier dans les moteurs de recherche. Mais on ne peut pas demander à des adolescents alimentant leur skyblog ou leur MySpace aujourd’hui de penser à l’image que cela renverra d’eux dans 10 ou 15 ans. Les règles du bon sens demandent donc de conserver les identifiants utilisés lors de la création d’un contenu ou d’un service, pour pouvoir, le moment venu, supprimer ce contenu ou ce service. Eviter également de déposer des messages ou des contenus qui pourraient s’avérer nuisibles à notre image quelque soit le service utilisé et son niveau de « confidentialité » affiché. Enfin, avoir présent à l’esprit cette idée qu’une réputation numérique se construit de la même manière qu’une réputation « non-numérique » - c’est à dire patiemment et sur la durée - est encore le meilleur moyen d’agir en conséquence.

Olivier Ertzscheid. Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication.
Université de Nantes.
25 Mars 2008.

La sagesse des foules

La sagesse des foules est l'un des "paradigmes" du web 2.0. L'idée est que le collectif "flou", c'est à dire ayant simplement en commun un intérêt (partager des informations par exemple) ou une pratique (tagguer des photos par exemple), permet d'optimiser un certain nombre de processus, au rang desquels l'indexation, le classement et la recherche d'informations. In fine, certains y voient (ou tentent d'y voir) la possibilité d'une réelle valeur prédictive (la valeur prescriptive étant depuis longtemps avérée dans le marketing de masse)
Quelques principes selon son principal "théoricien", James Surowiecki, journaliste économique et auteur du bestseller éponyme (Wisdom of Crowd), d'où il ressort que ladite sagesse des foules est d'abord un éloge de la diversité. Une sorte d'iségoria prédictive et incarnée.

  • Collectivement les gens en savent plus que ce que les gens en haut croient.
  • Un groupe avec un QI moyen plus faible sera meilleur pour résoudre un problème qu’un groupe de gens avec un profil homogènes et un QI moyen plus élevé, grâce à leur diversité (origine, expérience, âge, formation…).
  • Avec un groupe homogène, plus les membres parlent, plus il devient stupide.
  • Il faut encourager les désaccords et les opinions dissonantes.
  • Les leaders doivent diminuer lors propre influence dans un processus de résolution de problèmes et éviter de s’entourer de gens qui pensent comme eux,
  • La diversité est la clé d’une foule intelligente, la diversité à deux niveaux tout particulièrement :
    • Perspective (la façon de percevoir un problème)
    • Heuristique (la façon de régler un problème)
  • Les groupes sont plus intelligents quand les gens agissent individuellement.

L’algorithme de Google serait l'exemple parfait de ce phénomène de sagesse des foules, en permettant de synthétiser en une fraction de seconde l’opinion des internautes et en mettant de l’ordre dans le chaos. Soit la quintessence instantanée et sans cesse renouvellée de l'iségoria : mécanique, algorithmique, "motorisée". Ces derniers propos ayant d'ailleurs été confirmés dès 2004 par Adam Bosworth, à l'époque vice-président ingénierie chez Google.
(Source : les points en italique sont la reprise de la prise de notes de Guillaume Brunet, lors de la conférence de James Surowiecki à la dernière journée Infopresse)

Docteur Google : quelle médecine pour demain ?

Prologue ...
Les moteurs, tous les moteurs, caressent depuis longtemps déjà le rêve d'être médecins. Après la bataille de l'information (gagnée "contre" la presse), après la bataille de la connaissance (sur laquelle ils disposent pour l'instant d'un très net avantage quantitatif "contre" les bibliothèques), la bataille du génome. Après s'être rendus maîtres de la base de donnée des intentions, c'est désormais, bien plus que du graphe social, du génome de l'humanité qu'ils sont en quête. Et leurs moyens ne sont pas ceux d'un Quichotte.

Ce qu'il y a derrière la médecine 2.0
Retour sur quelques problématiques essentielles de la "médecine 2.0" ou "quand les moteurs seront médecins" ...
Il faut d'abord noter que ce ne sont pas les applications (informatiques) qui manquent d'applications (médicales). ReadWriteWeb liste son top 20. On y découvre trois catégories de sites :

  • côté patients :
    • des sortes de forums pharmaco-hospitaliers à la sauce 2.0 (Patientlikeme) dans lesquels il est possible de trouver "ceux qui souffrent de la même maladie que moi" ou "ceux qui prennent le même traitement que moi".
    • des sites de stockage en ligne de l'ensemble de ses informations et données médicales (voir  par exemple le descriptif du site "Mivitals" sur Techcrunch)
  • côté praticiens : ils ne sont pas en reste avec Sermo qui permet à plus de 50 000 médecins et cliniciens d'échanger autour de cas pratiques et cliniques.
  • côté patient qui cherche un médecin : le site Vitals est proprement hallucinant (pour nos esprits étriqués de la vieille europe, mais tout à fait révélateur d'une certaine forme de pragmatisme orwellien anglo-saxon : le principe est que les patients peuvent soit y noter des médecins qu'ils sont allé consulter (ou non ...), soit s'en servir pour trouver des médecins (et voir s'ils sont ou non bien notés). Mais la fiche signalétique du médecin lambda ne s'arrête pas là : il est en effet possible pour tout médecin référencé dans la base de donnée de Vitals, d'avoir accès à ses affiliations (hopitaux ou cliniques dans lesquels il travaille ou a travaillé), à son cursus universitaire (quelle faculté a-t-il fréquenté et dans quelle "option"), à des informations "disciplinaires" (si le médecin à déjà dû faire face à des sanctions ou des procès, ou si de "mauvaises pratiques" ont été relevées par des patients), ses publications scientifiques, les langues qu'il parle, et les assurances médicales qu'il accepte ... C'est proprement hallucinant tant le décalage est immense avec les quelques tentatives françaises de jouer la compétition entre hôpitaux et entre praticiens sous couvert de transparence et d'information du patient.

La "santé 2.0" dispose même déjà de sa conférence au titre programmatique : "Connecting consumers and Providers". Vous aurez noté que "consumer" n'est pas davantage une traduction de "patient" ou de "malade" que "provider" ne l'est de "médecin" ... L'avantage c'est qu'au moins on sait où l'on met les pieds (nickelés) ...
Cette même médecine 2.0 hérite de nombre des avantages et des problèmes du sceau "2.0" parmi lesquels celui de la crédibilité, de l'autorité. Ces dernières problématiques pouvant s'avérer littéralement "vitales" dans le cas, par exemple, des blogs médicaux qui fleurissent aujourd'hui sur le net. Sur ce sujet (=ce que le "2.0" apporte à la médecine), je vous recommande ce diaporama exhaustif et incontournable (repéré grâce à Techcrunch)

Médecine 2.0 : une question de sphères de données.
Avant d'en revenir à nos chers moteurs, il faut bien comprendre que la clé de la médecine 2.0, ce sont les données. Exactement de la même manière que les données sont la clé du web 2.0. Et ces données sont de plusieurs ordres, appartenant à différentes sphères (sur l'origine desdites sphères, cf ma petite théorie de la dérive des continents documentaires) :

  • Sphère intime : Données "médicales". C'est le fameux "dossier médical". Vos traitements, vos prescriptions, l'historique de vos pathologies. La sphère est ici celle de l'intime.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Elles peuvent être publiques comme dans le cas des 4 services évoqués plus haut, avec la règle de l'opt-in (ce sont les principaux intéressés qui doivent alimenter leurs "fiches"). De "l'extime" (= de l'intime tourné vers l'extérieur) si l'on préfère.
  • Sphère publique collective : Données cliniques : elles rassemblent les articles et les données issus de bases de données en médecine et dans les domaines connexes. Ces données factuelles, ces protocoles d'expérimentations, ces articles scientifiques doivent être impérativement publics (dans une logique d'opt-out), et idéalement gratuits, pour que tous les praticiens qui en ont besoin - notamment dans les pays émergents ou en voie de développement - puissent y avoir accès dès que cela est nécessaire (sur ce sujet, vous pouvez d'ailleurs vous précipiter signer la pétition de soutien à la Cochrane Library, explications sur l'intérêt de la chose dans Urfist-Info).
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Votre génome. Son séquençage. Et toutes les applications (médicales ou non) qui y sont liées.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population, collectées par des sociétés ou des organismes n'ayant pas de vocation médicale affichée ou prépondérante.

C'est sur les bases du projet collectif ou politique (ou marchand ... ou les trois ...) qui soutiendra et "pensera" l'articulation de ces différentes sphères que se construira la médecine du siècle prochain.
Comme l'ont montré les points de rappels précédents, qu'il s'agisse des données, de la prescription, de la mise en relation, du stockage, sur tous ces points essentiels de la périphérie médicale, les moteurs de recherche sont évidemment les mieux placés pour proposer rapidement aux individus (et aux États ...) une offre médiale 2.0 "clé en main".

Ceux qui sont derrière la médecine 2.0
Après bien des effets d'annonce de la firme de Mountain View (pour un récapitulatif de sa stratégie, voir ce billet), c'est finalement Microsoft qui lui grilla la politesse avec le lancement de son service Healthvault, dont je vous disais plein de bien dans ce billet. Mais là où le site Healthvault ressemble encore aujourd'hui à une (jolie) usine à gaz toute pleine des logos de ses sponsors, et là où Healthvault reste encore avant tout un moteur de recherche d'informations et de données médicales, Google vient de reprendre l'avantage en déployant le premier partenariat terrain dans lequel un moteur de recherche (en tant qu'entité commerciale) se fait le principal et unique intermédiaire dans la chaîne de la prescription et du soin. Soit, vu sous un autre angle, une désintermédiation programmée et actée de l'acte médical.

La première pierre ...
Ce dont je parle c'est le partenariat avec la Cleveland Clinic. Un partenariat qui fera date, comme le fit celui des premières bibliothèques contractantes du programme Google Book Search (pour mémoire : Harvard, University of Michigan, New York Public Library, Oxford et Stanford). Les patients de cet organisme (la Cleveland Clinic) bénéficient déjà d'un accès à un dossier médical informatisé. Comme l'indique le billet du blog officiel de Google, ce partenariat vise donc à "tester notre modèle de partage de données." En clair (je reprends ci-dessous et traduis les points signalés dans le billet annonçant le partenariat) :

  • "les patients de la clinique pourront importer leurs données médicales dans un leur compte Google." C'est donc bien d'un changement de sphère qu'il s'agit : on passe de la gestion de données médicales "dans et par" un organisme habilité (une clinique), à la gestion des mêmes données "dans et par" une firme privée commerciale sans compétence médicale.

De son côté, l'annonce relayée sur le site de la clinique indique qu'entre 1500 et 10000 patients seront concernés et parle, à propos du susmentionné changement de sphère, d'un "live clinical delivery setting".  La même clinique annonçant que "le but ultime de cette expérimentation" est "de permettre aux patients d'interagir avec de multiples praticiens, services de santé et pharmacies." Un objectif que l'on retrouve mot pour mot dans le billet du blog officiel de Google qui indique travailler avec "beaucoup de compagnies d'assurance, de groupes médicaux, de pharmacies et d'hôpitaux." Ce "modèle de partage de données" dont parle Google est donc bien, pour moitié au moins, à destination de compagnies dont l'intéressement aux problématiques de santé n'a rien à voir avec le cadre du soin (compagnies d'assurance et pharmacies dans une moindre mesure).  Dit autrement, si l'intérêt pour le patient reste à démontrer et si l'intérêt pour l'avancée de la médecine restera nul, l'intérêt financier pour les groupes d'assurance et les grands groupes pharmaceutiques n'est lui, plus à démontrer ...

La deuxième pierre ...
Sept jours après l'annonce de ce partenariat, soit le 28 février, un nouveau billet du blog officiel Google pratique l'art consommé du teasing en délivrant parcimonieusement quelques copies d'écran du toujours annoncé et jamais encore entrevu service Google Health (d'où le qualificatif de Vaporware qui lui est octroyé par Techcrunch). Ladite copie d'écran permet d'avoir la confirmation que Google Health balaiera bien toute l'étendue des services de la médecine 2.0 telle que décrite plus haut : il sera possible d'y importer ses données médicales personnelles, d'y trouver un docteur,  d'y consulter ses ordonnances, ses traitements, et d'ajouter des informations à son profil Google Health tout en naviguant sur le net. Le lancement du service est prévu "dans les prochains mois", probablement à l'issu de l'expérimentation avec la Cleveland Clinic.
Naturellement, les compagnies d'assurance et autres enseignes pharmaceutiques n'auront pas accès à votre profil Google Health. Mais. Mais il est évident que comme pour d'autres services, Google proposera des liens sponsorisés pour les profils Google Health, et il est plus que probable que les mêmes compagnies d'assurance et groupes pharmaceutiques disposeront également de leur "espace" Google Health, un espace vers lequel vous pourriez être orientés en suivant le lien "discover more health tools for managing your health", lien disponible en place centrale sur la page de votre profil Google Health.
La deuxième pierre c'est donc celle de la publicité, coeur inamovible de l'appétence et de la compétence googléenne.

La cathédrale du génome planétaire.

Si le lancement du site Google Health s'inscrit dans une stratégie marketing court-termiste (?), un rapide coup d'oeil en arrière sur les sphères concernées par la médecine 2.0 nous permet d'y voir plus clair dans la stratégie à long terme de la firme de Mountain View. Reprenons donc (rapidement) :

  • Sphère intime : Données "médicales". Tout est prêt. Les dossiers médicaux existent. Ils sont numérisés et accessibles en ligne dans l'enceinte médicale (hôpital ou clinique) et demain via un compte standard sur un moteur de recherche.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Là encore tout est prêt. Le seul changement concernera la centralisation de l'ensemble de ces informations sur des moteurs comme Google ou Microsoft (une centralisation qui passera d'ailleurs probablement par le rachat de quelques compagnies pionnières et/ou bien établies et/ou disposant d'une base de donnée suffisamment conséquente)
  • Sphère publique collective : Données cliniques. Idem que pour le point précédent. Même s'il faudra collectivement être particulièrement vigilant pour maintenir, sur ces données, un droit d'accès libre et gratuit partout et pour tous.
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Là encore, les avancées vont bon train, la société 23andMe s'y distingue, et Google est partenaire/actionnaire de ladite société. Le séquençage complet génotypage (cf ce commentaire) de votre génome coûte aujourd'hui 999 $.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population. La voilà, la stratégie à long terme. Et voici pourquoi ...

Bloomberg nous apprend que le plus grand projet de séquençage du génome (100 000 personnes "visées" avec un objectif de 1000 personnes la première année pour un coût de 50 millions de $) vient d'être lancé par des scientifiques d'Harvard. L'objectif est d'avancer dans la connaissance et le traitement des maladies. Et que dans ce projet, Esther Dyson (de la société 23andMe) est embauchée, et que ... Google et Orbimed (une firme d'investissement dans le domaine de la santé) en seront les financeurs.
Pour la recherche, pour le traitement de ces maladies, et pour l'instant, c'est un cercle vertueux. Google est l'une des seules sociétés à avoir l'infrastructure informatique (la capacité de calcul) et les ressources financières pour porter ce genre de projet. Pour nos sociétés, c'est autre chose ; que sur ce genre de projet, toute la zone de décision, d'initiative, de pilotage et de contrôle (front et back-office) "échappe" ainsi à la sphère publique, à la sphère politique (au sens étymologique du terme) est le signe avant-coureur de bien des possibles et irréversibles dérives. D'autant que de l'aveu même des dirigeants de ces sociétés qui fleurissent aujourd'hui sur le créneau de la génétique personnelle, si le premier objectif est de gagner de l'argent en vous vendant le code de votre génome (sphère personnelle privée), le second objectif, le "vrai", est "to collect a large database of genetic information and then come back to you over time with invitations to provide specific health data and participate in research." Sphère collective privée.

Les moteurs de séquençage sont à la manoeuvre. Efforçons-nous collectivement de rester à la barre.

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 3 heures et 12 minutes // Nombre de sites/billets consultés pour sa rédaction : une grosse vingtaine).

Des ressources (pédagogiques) et des hommes (pédagogues)

... en vrac :

  • Des vidéos ...
  • En français dans le Wesh : la vidéo culte sur le web 2.0 de M. Wesh, with french subtitles.
  • Commoncrafts : LE spécialiste des tutoriels-en-carton-avec-des-doigts-qui-montrent, qui après ceux sur les wikis et les flux RSS récidivent heureusement avec les blogs, les réseaux sociaux  et le social bookmarking. (Via Francis Pisani)
  • Une vidéo de six minutes réalisée par un expert sur le sujet pour une introduction au web sémantique à l'usage des non-geeks. Louable effort. (Via Nova Spivack)
  • Et puis (beaucoup) plus long et (un peu) plus compliquée que les vidéos précédentes : celle de la leçon inaugurale de Gérard Berry au collège de France, premier informaticien dans le domaine du génie logiciel à se livrer à ce genre d'exercice. Passionnante.
  • Dans la série, "des bases de données à la télé", BioMedCentral a ouvert depuis Septembre 2007 sa "chaîne" sur YouTube. Au programme : des interviews, des cours, une une belle vidéo de 3 minutes vantant les mérites de l'accès ouvert aux résultats de la science. Dans le même genre, le Babouin (de chez qui je tiens l'info) signale le site Scivee, qui veut "explorer de nouvelles manières de disséminer la science", et s'y emploie en permettant aux scientifiques de diffuser des vidéos. Scivee est d'autant plus intéressant qu'il se divise en deux parties distinctes : d'un côté des vidéos scientifiques à caractère pédagogique ou informatif, et de l'autre des PubCast (publication cast) qui associent à chaque vidéo, l'article scientifique qu'elle vient illustrer. Cette dernière catégorie est redoutablement efficace puisqu'elle permet - au choix - de faire figurer en face dudit article une interview du chercheur parlant de sa recherche et du contenu de son article, ou bien encore le film de l'expérimentation décrite dans l'article.
  • Des revues ...
  • La Criée est un blog, plus précisément "une tentative de distribution gratuite de périodiques gratuits mais non sans valeur. Elle est destinée à rendre utilisables rapidement les signets que je réunis pour alimenter AURELIE, le catalogue des périodiques électroniques du SCD de l’Université Toulouse 2." Possibilité de naviguer dans les catégories qui reprennent les 10 principales entrées de la Dewey. (Via MSEDoc)
  • Des droits ...
  • Une présentation de 6 minutes, réalisée par des bibliothécaires, pour expliquer aux chercheurs et scientifiques quels sont leurs droits (d'auteur) et comment in fine le conjuguer avec leurs devoirs (de chercheurs). (Via Pintini)

Technologies de la relation.

Je viens de visionner la conférence (?) de Joel de Rosnay qui parle des 4 âges du web comme suit :

  • "Internet 1.0 = Internet descendant.
  • Internet 2.0 = les contenus générés par l’utilisateur.
  • Internet 3.0 = Internet intuitif, sémantique
  • Internet 4.0 = web symbiotique, pervasif"
Cela me rappelle mes propres réflexions sur les trois âges documentaires du web, réflexions détaillées dans ce billet. Le "quatrième âge" non traité dans mon billet étant celui de la redocumentarisation du monde, laquelle correspond parfaitement au web pervasif et symbiotique décrit par De Rosnay.
L'autre expression employée et qui m'a paru très stimulante est celle des "technologies de la relation", juste une expression de plus pour un homme qui dispose d'un très pédagogique sens de la formule et de la métaphore (pourvu qu'il n'ouvre pas son blog, il serait capable de me chiper ma place de ouinneur), mais une expression qui décrit bien la réalité de nombre de services du web 2.0 préparant l'avènement du web 3.0.
J'aurai un seul (léger) désaccord avec Joël de Rosnay (ainsi qu'avec nombre des analystes et prospectivistes du web) : je suis absolument convaincu que le web 4.0 précèdera le web 3.0, c'est à dire que l'internet des objets, un internet "pervasif", ubiquitaire, immersif, précèdera l'avènement du web sémantique.

(Via Savoirs en réseau)

Fini les vacances, c'est la rentrée ...

Côté moteurs/wikipédia/knol :

  • On a donc pas mal parlé avant et pendant les vacances du projet de Google concernant son "encyclopédie" Knol : dans Ecrans, Florence Devouard s'inquiète à raison en rappelant que 50 % du traffic vient directement de Google. Google Blogoscoped y revient également en soulignant l'argument selon lequel Google ne pouvait plus accepter de voir partir tout ce traffic "non-monétisé" vers un site (wikipedia) indiquant qu'il refuserait toujours la publicité.
  • Voir aussi la rapide analyse comparative de ReadWriteWeb entre Knol, Wikia, Wikipedia et Mahalo autour des trois mamelles de l'argent, de l'attention (comme vecteur de monétisation) et de l'altruisme (comme contribution à la somme des connaissances disponibles).

Côté réseaux sociaux, moteurs de recherche et scientométrie :

  • Medline nous avait déjà habitués à son goût des interfaces innovantes. En voici une nouvelle baptisée GoPubMed qui permet, sur la base d'une recherche de faire émerger des "réseaux sociaux" à partir des noms d'auteurs d'articles et de leurs adresses de courier électronique (Via Cismef). En fait, plutôt qu'un réseau social (ce qui est l'argumentaire marketing du lancement de ce nouveau service), c'est bien de scientométrie qu'il s'agit, c'est à dire de la capacité, via un moteur sémantique, de repérer des collaboratoires, des "collèges invisibles", et de cerner en un instant sur un thème donné, l'état des publications en la matière et les chercheurs les plus en vue. Exemple : en entrant le terme "stuttering" (bégaiement) et en cliquant (à gauche dans la rubrique "What") sur "Hot topics", vous visualisez :
    • un "top 20" des auteurs ayant le plus publié sur le sujet
    • un "top 20" des publications classées par pays
    • un "top 20" des journaux dans lesquels on trouve le plus de publications en rapport avec le bégaiement
    • une courbe temporelle vous permettant de visualiser la progression (ou le recul) du nombre de publications par an sur ce sujet
    • une visualisation sous forme de graphe des réseaux de collaboration entre auteurs (répondant à la question "qui publie avec qui ?")
  • c'est à tomber par terre. Et on se prend à rêver d'un tel outil dans le cadre d'un moteur généraliste majeur à vocation scientifique (maiiiis non, pas forcément celui-là, il y a aussi celui-là). Pour mieux comprendre la puissance d'un tel outil : allez le tester, et lisez le communiqué de presse (.pdf).

Côté moteurs tout court :

  • le 7 janvier 2007, il y a donc de cela exactement un an, Jimmy Wales annonçait le lancement de Wikia, le moteur de recherche dont les résultats seraient validés par des humains. Et bien exactement un an plus tard, on nous annonce le lancement de Wikia (en version béta) pour demain, le 7 Janvier 2008 donc. A ce sujet, voir la revue de presse de Christophe Asselin. Le site de la "communauté" wikia est ici, et comme on peut le lire dans le wiki du projet, Wikia compte s'appuyer sur tout l'éventail des technologies de recherche à valeur ajoutée, à savoir la sémantique (= catégorisation), le "réseau social", l'indice de "réputation", et une infrastructure "distribuée". Lancement demain donc, et affaire à suivre de près pour ce nouveau "moteur de recherche open-source collaboratif".

Côté Bibliothèque "2.0" (ou pas ...)

  • Une conférence qui s'est tenue début Novembre à Berkeley sur le sujet des bibliothèques "2.0" avec les supports de présentation accessibles en ligne (supports présentés parfois sous forme classique - un bon vieux powerpoint - parfois sous forme "2.0" - un wiki). Pas de grande nouveauté mais cela vaut le coup de visionner la conférence inaugurale de Meridith Frakas qui embrasse bien la situation (.ppt)
  • l'un des derniers rapports du Pew Internet nous apprend (via 01.net) qu'outre-atlantique, la première raison de fréquentation des bibliothèques est ... le fait d'y trouver une connexion Internet. De quoi largement réalimenter de vieux démons débats, tant sur le taux d'équipement desdites bibliothèques dans notre bel hexagone, que sur la place des technologies d'accès dans ces enceintes et le taux de formation et d'encadrement qui est dévolu à leurs personnels.

Côté Folksonomies & Indexation sociale

Côté néologismes :

  • Saluons l'arrivée de la Zemblanité, exact opposé de la sérendipité et qui désigne "la faculté de faire de façon systématique des découvertes malheureuses, malchanceuses, attendues et n'apportant rien de nouveau." La génèse du concept et sa présentation détaillée sont disponibles sur Urfist-Infos.
  • Saluons (Via Francis Pisani) l'arrivée  de la "mobiquité" : mobilité + ubiquité. Un néologisme qui traduit bien la place de plus en plus importante qu'occupe dans notre société et dans nos comportements informationnels, l'informatique nomade et/ou ambiante.
  • Reste à savoir si ces deux néologismes entreront au panthéon linguistique aux côtés de la blingocratie.

Côté copyright, Fair-Use et autres creative commons

  • Un rapport intitulé : "Recut, Reframe, Recycle: Quoting Copyrighted Material in User-Generated Video" (.pdf). La question posée est de savoir si dans le cadre des sites de médias participatifs donnant lieu à divers remixages (exemple : YouTube), les détournements, parodies, et autres mashups de diverses oeuvres de fiction relèvent - ou non - du cadre du Fair Use (= usage équitable) et échappent donc à la législation du copyright. La réponse du rapport est claire : Oui. Il y a dans ces "oeuvres" de nouveaux éléments (détournement, transformation, remixage) qui les inscrivent dans le cadre de la constitution d'une culture populaire. "Video remix culture does not violate copyright." Les auteurs du rapport rappellent également qu'il est important de sensibiliser aussi bien les "auteurs" que les "remixeurs-amateurs" à la notion de propriété intellectuelle et d'usage équitable, pour que les premiers soient conscients de la richesse que ces remixages peuvent (parfois) apporter à leurs oeuvres, et pour que les seconds travaillent et s'amusent dans le respect de l'oeuvre des premiers. A noter : le site de présentation de l'étude est très bien fait, puisqu'en sus du téléchargement de l'étude proprement dite, il propose également une courte vidéo en rappelant les principales problématiques et conclusions, et propose également de télécharger un fichier excel du corpus de vidéos utilisées. Il propose enfin, pour chaque type de remixage (détournement, critique, débat, illustration, etc ...) les 5 vidéos les plus parlantes. Certaines d'entre elles sont réellement ... parlantes.
  • Et puis vraissemblablement à ne pas rater (je ne l'ai encore pas visionné en entier, mais il est plein d'interviews avec Yochai Benkler et ne peut donc pas être mauvais :-) un documentaire sobrement intitulé "Steal this Film" qui décrypte les enjeux liés à la notion de propriété intellectuelle et plus largement de "diffusion" dans le contexte actuel. Pour les plus pressés, plein d'extraits sur Google Vidéo, pour les autres téléchargement dans plein de formats possibles directement sur le site du documentaire. Il y en a même qui se sont déjà attelés au sous-titrage en français.

Côté traces documentaires identitaires (ou identité numérique si vous préférez) :

  • nos comportements informationnels laissent de plus en plus de place à l'égotisme forcené. Au service de cet égotisme on compte d'ailleurs de plus en plus d'outils tendant à l'illustrer (les divers outils de classement façon "top 50 de quelque chose"), à le renforcer (économie de la réputation), à en faire naître le besoin (via des interfaces navigo-ludiques dont vous êtes le centre et la circonférence), ou à en faire l'alpha et l'oméga d'un modèle économico-sociétal (facebook). C'est l'éternelle histoire de la poule et de l'oeuf.
  • Got dans ses petites cases, nous gratifie d'un éclairant billet sur FOAF (Friend Of A Friend) dont on aimerait effectivement penser que le modèle réellement ouvert qu'il incarne soit l'avenir des protocoles tournant derrière la plupart des réseaux sociaux. Mais je ne peux hélas pas m'empêcher de penser qu'il y a encore bien du chemin à parcourir ... l'heure étant plutôt pour les grosses cylindrées à la centralisation des profils propriétaires ... ce qui doit nous inciter encore davantage a faire plus de place aux initiatives alternatives et technologiquement éprouvées (dont FOAF).

Côté ressources pédagogiques :

Côté voeux, bonnes résolutions et oracles divers :

  • il y a ceux qui ne croient plus aux blogs sous leur forme actuelle (Jean-Michel Salaun et Jean Véronis) ... mais qui continuent heureusement de blogguer :-) De mon coté je reste sur le créneau de l'enthousiasme (peut-être un peu candide), même si - à l'instar des deux précédemment cités - je constate ici et là une raréfaction des pépites blogguesques, nombre de trouvailles ayant visiblement du mal à tenir sur la longueur, ce qu'on aurait du mal à leur reprocher tant il est vrai qu'en dehors d'un projet affirmé de publication (journal, auto-fiction, carnet de recherche, formation à distance), l'exercice du blog est une gymnastique chronophage, et que "le temps de blogguer" n'est pas nécessairement la chose la mieux partagée du monde. Il n'en demeure pas moins qu'en repensant à ce qu'était la pêche informationnelle d'avant et d'après le temps du blog, ce "format éditorial" a tout de même été l'occasion d'entendre de bien belles voix, et de découvrir de fort pertinentes analyses. L'avenir dira ce la forme blog deviendra, mais les potentialités, l'univers de discours offert par une petite quantité de ces "nanopublications" reste pour l'instant et de mon point de vue, essentiel.
  • il y a ceux qui comme Fred Cavazza, se livrent à leur petit exercice de prospective du nouvel an, et ceux qui comme Francis Pisani, font une revue de presse des principaux exercices du genre.

Et mes prédictions à moi ?

  • A l'instar de ce que décrit Christian Fauré à propos du service Twine, je crois que l'ensemble des acteurs majeurs de la recherche d'information (Google, Yahoo! Microsoft) et quelques-uns de leurs challengers (Exalead, Facebook) vont prendre de plus en plus nettement le grand virage de l'hybridation. Une hybridation entre :
    • des espaces et des services collaboratifs,
    • des technologies sémantiques ou sémantisées de représentation et d'agrégation des connaissances,
    • et des algorithmies de recherche "pures" (ou recherche universelle).
  • Je crois que la diversité des contenus va (enfin) atteindre un équilibre longtemps espéré entre le "texte seul" et la vidéo et l'image.
  • Je crois enfin que l'une des grandes questions en terme de recherche (notamment pour les sciences de l'information et de la communication) sera la mise au jour des nouvelles autorités cognitives qui s'articulent aujourd'hui de manière encore un peu floue derrière la monétisation (ou la non-monétsation) des services à base de connaissance (Knol, Wikipedia).
  • De mon côté je retiens comme éléments et tendances majeures de l'année écoulée : les deux nouvelles étapes de la dérives des continents documentaires que sont :
    • d'une part, la synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line),
    • et d'autre part, la sphère croissante d'indexabilité (notion de "graphe social" pour faire simple) de l'humain au travers de ses innombrables traces documentaires éparses sur le(s) réseau(x).
  • Ce qui me semble frappant au-delà de tout c'est l'avénement imminent et probable d'une nouvelle génération d'algorithmes ayant capacité à représenter sur un même plan des documents toujours plus fragmentaires, des traces identitaires toujours plus documentées, et à transformer toutes ces traces d'attention en vecteurs d'intentions, pour le plus grand bonheur des grandes industries culturelles et des quelques acteurs qui dominent actuellement le marché (et ce au-delà du discours geignard et misérabiliste que s'obstinent à tenir les mêmes industries culturelles). En un mot comme en cent : la redocumentarisation du monde. Il est certain qu'il va falloir être très très très attentif aux Network sciences, car elles seront le creuset plus que probable de cette nouvelle génération d'algorithmes et de modes de représentation, et qu'à mon sens, elles seules ont aujourd'hui la capacité à réunir en un même cadre d'analyse les fronts de recherche les plus innovants, les techniques d'indexation et de représentation du vivant au sens large.
  • Voilà pour le côté vivifiant et optimiste de la chose. Côté pessimiste (mon éternel côté cassandre :-); je crains que nous ne soyons confrontés à une échéance majeure, celle de la médecine personnalisée et/ou médecine "2.0" et/ou médecine désintermédiée. La montée en puissance et la position désormais établie de ces nouveaux prescripteurs planétaires que sont les moteurs de recherche d'une part, la mise à la portée du grand public des technologies de génomique (notamment à des fins d'auto-diagnostic) d'autre part, les rapprochements entre les premiers (moteurs de recherche) et les secondes (sociétés de génomique), et enfin l'engouement de plus en plus explicite chez tous les grands acteurs de l'industrie médicale (et notamment pharmaceutique) pour des modèles de diffusion et d'accès reposant sur du gratuit financé par la publicité va nécessiter, pour le moins, de grands chantiers didactiques si l'on veut éviter d'aller à coup sûr ... droit dans le mur. Va falloir se trouver dare dare un José Bové de la santé comme bien commun de l'humanité. Sinon ...

Bonne année à vous tous :-)

Formation de bibliothécaires au web 2.0 à la BPI

J'étais hier à la BPI pour présenter le "web 2.0" à un aréopage des bibliothécaires de ladite BPI dans le cadre des Mardis de la BPI (après-midi de formation et d'information réservée à ces mêmes personnels).

Mon intervention est consultable en ligne sur Slideshare (et vous pouvez récupérer le fichier .ppt)

Après moi intervenait l'un des responsables informatiques de la BPI avec un constat attristant : rien n'est prévu dans le cadre du web 2.0, la BPI ne dispose pour l'instant que d'un seul fil RSS qu'il met lui-même à jour manuellement directement dans le fichier XML (si, si ...). Un nouveau site devrait voir le jour en 2008, qui devrait comprendre quelques vrais fils RSS automatiques pour les principales rubriques. Minimum syndical donc et avec un grand retard sur nombre d'autres bibliothèques, mais il est vrai que pour des structures de cette taille, le moindre ajout d'une ligne de code dans une application s'avère rapidement et administrativement kafkaïenne. C'est à peine s'il ne faut pas demander un audit et rédiger trois appels d'offre pour aller prendre un café :-( Bref, ce que je trouve surtout dommage, c'est que ce genre de structure soit contrainte de passer par tout un tas de prestataires externes, qui leur vendent des sites web et des portails documentaires bridés et non-évolutifs parce que non-ouverts. D'autant que je suis prêt à prendre les paris que toutes les compétences informatiques existent en interne pour déployer de tels outils. Avoir toute liberté de les utiliser serait un gain de temps (et d'argent ...) plus que précieux. Et si tel n'était pas le cas, ce serait encore plus navrant qu'une institution comme la BPI ne dispose pas en interne de toutes les compétences nécessaires au déploiement d'un site internet adapté, de "son" site Internet 2.0. Il serait grand temps que chaque bibliothèque se trouve dotée d'une vraie cellule TICE ou Multimedia, avec des vrais bibliothécaires informaticiens, c'est à dire des gens formés en informatique et sensibilisés aux politiques culturelles et bibliothéconomiques, ou des gens formés à ces dernières, et dotés de réelles compétences en informatique. Et que l'on arrête le bricolage, les usines a gaz et la soviétisation de la gestion de projet. Mon sentiment de frustration fut d'autant plus fort qu'il paraissait être partagé par le responsable informatique en question ainsi que par une bonne partie de la cinquantaine de bibliothécaires présents.
Mon autre étonnement vînt de quelques réactions assez emblématiques, après ma présentation, du type :
"mais c'est quoi un wiki, c-o-n-c-r-è-t-e-m-e-n-t ?", "bon d'accord mais à quoi ça sert à part le côté gadget ?", "et comment fait-on pour s'assurer que tout le monde ne va pas écrire n'importe quoi dedans ?". Attention : on a parfaitement le droit de ne pas savoir ce que c'est qu'un wiki tout en étant bibliothécaire à la BPI. Mais ... pour enseigner aussi bien des techniques web 2.0 (wikis, blogs, RSS) ET des compétences documentaires et bibliothéconomiques (langages de classification, catalogage) à des étudiants d'IUT se destinant à des carrières dans les bibliothèques, il me semble qu'il y a tout de même un très gros effort à faire du côté des politiques de formation. Superposer une fracture technologique a une fracture générationnelle n'est jamais bon. Pour être dans le vent, un "grenelle de la formation en bibliothèque" serait le bienvenu pour sortir de l'impasse actuelle dans laquelle s'engage tout un pan de la filière "dite" culturelle, impasse en bout de laquelle, soit dit en passant, le gouvernement actuel est déjà prêt à tirer les barbelés après y avoir fait entrer tout le monde, pour être bien sûr que plus personne n'en sorte. La bibliothèque d'aujourd'hui (le retard pris est déjà suffisamment criant), en plus de tout le reste, me semble avoir un besoin urgent d'autre chose, d'autres services, d'autres expérimentations, d'autres propositions, d'autres modalités de lecture "publique". Ne pas lui donner les moyens de le faire revient à se tirer une balle dans le pied et à entrer en claudiquant dans une économie ou une société de la connaissance. Aux Etats-Unis, au Canada, les métiers des bibliothèques sont reconnus comme des secteurs stratégiques, s-t-r-a-t-é-g-i-q-u-e-s, et il serait là encore grand temps que notre ministre de la culture et celle de l'enseignement supérieur et de la recherche fasse autre chose que de s'efforcer de transformer des stéréotypes persistants en caricatures durables !!!

Dernière frustration enfin, mais bien plus positive, celle de n'avoir pas eu le temps d'échanger davantage autour de questions qui furent posées et qui me paraissent essentielles : par exemple sur les questions de validation, ou bien encore sur les différences entre "le temps de la bibliothèque" et le temps des outils web 2.0.
Merci donc au service formation de la BPI pour son accueil, aux participants pour leurs stimulantes et révélatrices questions, et bon courage pour le virage du web 2.0 :-)

Ce que l'on continue d'apprendre des réseaux sociaux

Facebook, OpenSocial et les autres occupent (c'est peu dire) le devant de la scène blogosphérique. L'occasion de faire un nouveau petit tout d'horizon de problématiques et de réflexions. On sait aujourd'hui :

  • ce qu'en pense Matthew Hurst (inventeur de Blogpulse et chercheur chez Microsoft) : "Les réseaux 'sociaux' ne le sont que dans leur structure. Les individus qui les peuplent tentent le plus souvent de les utiliser à des fins personnelles (trouver un travail, vendre quelque chose) et les systèmes qui les hébergent (aux réseaux sociaux) les exploitent (les individus) autant qu'ils le peuvent."
  • que "c’est la guerre pour le grand réseau de publicité sociale" (Marc Andreessen, fondateur de Ning, via Francis Pisani), mais ça, on s'en doutait déjà un peu :-)
  • que conformément à ce que je subbodorai ici ou , l'OpenSocial de Google est d'abord et avant tout un monde fermé, mais que son gros avantage est d'avoir l'air ouvert (explications techniques chez un employé de Microsoft, mais tout le monde à le droit d'être objectif ;-)
  • quelle fut en fait la réponse du berger (Facebook) à la bergère (OpenSocial) : et ne comptez pas sur moi pour m'échiner à résumer ce qui l'est déjà fort bien chez Jean-Marie Le Ray . Le résultat, c'est que Facebook franchit un pas de pus dans le sens de la fermeture et de la spécialisation, dans celui du marquage, du ciblage et du suivi publicitaire "de niche". Avec certes de très grosses niches au programme (Coca-Cola est l'une d'elles), mais des niches tout de même. Pour approfondir cette cotre-attaque à la riposte OpenSociale de Google, voir aussi :
    • l'Atelier,
    • Technaute (qui nous apprend que dans la lettre de Mark Zuckerberg envoyée aux annonceurs, celui-ci indique : "Nous allons aider vos marques à faire partie des conversations quotidiennes qui se produisent tous les jours entre les membres", ce qui est la définition Monthypythonnienne du SPAM :-)
    • ReadWriteWeb qui va dans le même sens que moi, en prenant l'exemple emblématique de l'Apple Students group qui compte pas moins de 420 000 membres. De quoi faire de la pub communautaire pour le moins.
    • TechCrunch
  • que la lutte des classes se confirme (cf le point 4 de ce billet). Après Danah Boyd, c'est Eszter Hargittai qui s'y colle. Hargittai, E. (2007). Whose space? Differences among users and non-users of social network sites. Journal of Computer-Mediated Communication, 13(1), article 14. http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/hargittai.html Sa conclusion est qu'il y a bien une inégalité sociale dans l'usage des réseaux sociaux. Dit autrement : on n'utilise pas les mêmes réseaux et on ne les utilise pas de la même manière selon son milieu social, son âge, son sexe, etc. Et il en va pour les réseaux sociaux comme pour la vie en général : certains naissent moins égaux que d'autres.
  • (via Francis Pisani) que la culture de la participation n'est pas l'apanage exclusif des réseaux sociaux. Pendant que Valérie Pêcheresse s'entête à faire de la mission Internet un simple ministère des tuyaux et des télécoms, la vraie bonne question à poser actuellement n'est plus uniquement celle de la fracture numérique, mais "de déplacer l’axe de la conversation sur la fracture numérique des questions technologiques liées à l’accès vers celles qui se réfèrent aux opportunités de participer et de développer les compétences culturelles ainsi que les savoir-faire sociaux nécessaires pour s’impliquer pleinement." Cette approche est celle défendue par Henry Jenkins dans son dernier rapport intitulé Confronting the Challenges of Participatory Culture: Media Education for the 21st Century (.pdf). A lire absolument. Le rapport contient notamment une très bonne définition de la "culture de la participation" : "une culture dans laquelle les critères d’expression artistique et d’engagement civique sont relativement bas ce qui encourage à créer et à participer […]. C’est également une culture dans laquelle ceux qui s’en réclament considèrent que leurs contributions comptent et sentent un certain degré de connexions sociales entre eux (au moins dans la mesure où ils attachent de l’importance à ce que les autres pensent de ce qu’ils ont créé)." Définition qui a à mon avis pour principal intérêt de ne pas faire de ladite culture de la participation l'apanage des Geeks et autres technophiles 2.0, mais de la renvoyer vers des modèles sociaux (beaucoup) plus anciens et plus prometteurs.
  • que Yahoo! jusqu'ici étrangement absent se lance dans l'aventure avec un modèle ... comment dire ... étrange. Il s'agit de lancer (comme facebook) un réseau social à destination des étudiants et des anciens élèves, de l'orienter clairement vers le monde professionnel (comme LinkedIn). Et que comme l'un des nerfs de la guerre est celui du nombre des utilisateurs, "Kickstart (= c'est le nom du réseau social en question) veut d’abord faire signer les anciens élèves, et offrira $25 000 de récompense au collège ou à l’université qui fera signer le plus d’anciens élèves avant le 31 décembre."
  • que la course aux Friendlists (listes d'amis) vient d'effectuer sa mue et son passage à l'échelle (grâce à OpenSocial). Le gros problème des réseaux sociaux naissant ou existants, c'est primo le nombre de leurs utilisateurs (il faut en avoir plein) et deuxio le processus d'amorçage (il faut que tous ces gens puissent au plus vite retrouver leurs amis et les ajouter dans "leur  réseau"). C'était là l'une des forces de Facebook qui ne s'était en la matière pas embarassé de principes en vous proposant, lors de votre inscription, de lui confier le mot de passe de votre boîte aux lettres électronique pour y aller puiser vos contacts et voir s'ils étaient aussi dans Facebook. Or comme le souligne justement Jill/txt,  avec OpenSocial, "tout nouveau site entrant saura déjà qui sont vos amis".
  • qu'il est aussi possible de rire un peu avec les réseaux sociaux : après Hatebook, voici le blog de l'initiative "ClosedPrivate". Comme l'indique la page "A Propos" du blog : "L'initiative ClosedPrivate" est l'effort d'un large consortium de visionnaires et de technophiles pour résoudre un problème clé d'interopérabilité entre les différents réseaux sociaux. Nous ne pouvons pas vous en dire plus tant que vous n'êtes pas membre de notre initiative. Nous ne pourrons d'ailleurs pas vous en dire davantage quand vous serez devenu membre étant donné les caractéristiques de notre initiative (fermée et privée). Vous n'avez qu'à vous faire votre propre idée."

Et puis après ce que l'on sait et ce que l'on continue d'apprendre, il y a ce que je pense :

  • je pense que Francis Pisani se trompe quand il écrit que : "La supériorité de la pub sur les réseaux sociaux (un peu trop vite baptisée “publicité sociale”) par opposition à celle que l’on trouve sur les moteurs de recherche tient d’abord au fait qu’elle repose sur ce que nous sommes - dans nos multiples contextes sociaux - plus que sur ce à quoi nous pensons. Nous fournissons les données clés nous-mêmes et les maintenons à jour au gré de nos goûts, de nos relations ou de nos passions." Je pense en effet qu'intrinsèquement les deux sont de même nature. Et que si la pub "sociale" (appelons-là ainsi faute de mieux) peut effectivement bénéficier d'une mise à jour des usagers eux-mêmes, elle est en revanche handicapée par la défiance de certains usagers à laisser transparaître toute leur sphère privée. Les moteurs en revanche et leur modèle publicitaire (appelons-là pub "motorisée") détournent complètement cet effet de défiance, puisque nous les utilisons dans un état d'esprit cognitif beaucoup moins pregnant que celui dans lequel nous utilisons les réseaux sociaux. Dit autrement : quand on est "dans" un réseau social et que l'on l'utilise, on sait même diffusément, même confusément, que l'on est, quelque part, observé. Quand on utilise un moteur de recherche on a l'impression (fausse ...) de travailler "en extériorité", d'être sur un réseau ouvert. Donc je pense que le modèle publicitaire de Google en particulier et des moteurs en général est et restera largement dominant à l'avenir, et plus rentable (parce que paradoxalement plus "segmentable") que celui des réseaux sociaux. Dit autrement encore : les moteurs (et les réseaux sociaux ouverts c'est à dire ayant rejoint l'initiative OpenSOcial de Google) peuvent s'appuyer sur une économie (celle de l'attention) et sur une base de donnée (celle des intentions) dans un contexte ouvert, à large spectre. Les réseaux sociaux "fermés" (dont Facebook) ne peuvent compter sur cette économie et sur cette base de donnée qu'à une échelle infiniment moins grande, moins ouverte, et surtout moins fractale. Dit autrement encore, seuls les moteurs me semblent aujourd'hui disposer du pouvoir alchimique leur permettant de transformer l'attention en intention. Les réseaux sociaux fermés devant se contenter (ce qui n'est déjà pas si mal) de capter des intentions pour les transformer en autant de supports d'attention. En revanche je pense que la prochaine étape, le prochain modèle pouvant substantiellement augmenter une manne publicitaire qui frise déjà l'indécence, sera celui de la géolocalisation, et que cette étape passe par la conquête des terminaux mobiles.