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Moteur de recherche de signaux

Les moteurs de recherche sont les premiers auxiliaires de notre accès au net. Ceux-ci comptent déjà nombre de profondes mutations, tant en terme de technologie qu'en terme de modèle économique et de poids sur des pans entiers de l'activité du "monde réel". Ils ont successivement joué le rôle : 

  • de moteurs d'accès à des contenus,
  • d'indicateurs de popularité des mêmes contenus (algorithme PageRank),
  • de moteurs de recommandation et de suggestion (fonction "refine search", auto-complétion, etc ...)
  • d'outils d'indexation en temps réel (World Live Web)
  • pour dernièrement intégrer progressivement un part de plus en plus importante de sémantique dans l'affichage (microformats) et dans la recherche des contenus (web sémantisé),
  • tout en restant focalisés sur le carré magique des usages du web (Shopping. Health. Travel. Local), en valorisant et monétisant au maximum les requêtes transactionnelles.

Les mêmes moteurs subissent aujourd'hui une double mutation : celle de l'indexation des profils (la jonction entre moteurs de recherche et réseau sociaux se fera sans aucun doute très prochainement, posant le double problème d'un pan-catalogue des individualités humaines et de la pertinence des profils), et celle de l'indexation du micro-net et de ses micro-contenus (Twitter notamment). Là encore, et indépendamment de la sauce économique à laquelle elle s'accomodera (rachat, intégration), l'intégration de ces micro-contenus ne laisse aucun doute. Elle a d'ailleurs déjà commencée :

L'intégration se fera donc. La question est de savoir comment et pourquoi.
Sur le comment, globalement deux stratégies sont possibles : soit en "isolant" les tweets dans une partie dédiée du moteur de recherche (ce que fit Google avec les blogs en leur réservant un moteur dédié : blogsearch.google.com), soit en les intégrant et en les mixant à l'ensemble des autres résultats. La tendance étant massivement à la recherche universelle et à la fusion de l'ensemble des résultats de recherche, on peut légitimement supposer que c'est la première voie qui sera retenue.
Oui mais à vouloir tout mixer (contenus web, micro-messages, vidéos, news, images ...) on risque la confusion et cela nécessite un art avéré de l'interfaçage (la fameuse "User Experience"). Il est donc également probable que la seconde stratégie soit finalement retenue (= isoler ces contenus dans un onglet et/ou un espace dédié). Bref, on n'en sait rien et on attendra de voir.
Sur le comment toujours, mais dans son versant technique, là encore on notera deux possibilités : soit intégrer progressivement les tweets de quelques comptes (personnes, entreprises ou institutions) "labellisés" comme influents (l'approche qu'à visiblement choisi Microsoft). Soit (ce que fera certainement Google), appliquer la mécanique bien rôdée du PageRank aux Tweets de la même manière qu'aux autres contenus mais avec des niveaux de pondération légèrement différents : les backlinks (liens entrants) pouvant être "remplacés" par les RT, la popularité d'un compte Twitter étant aisément repérable au seul nombre de ses "followers" ou à la mention de son nom (précédé de l'arobase) dans l'ensemble des Tweets.
Des moteurs de recherche aux moteurs de signaux.
Ce qui est aujourd'hui en train de changer dans les notre expérience quotidienne des moteurs de recherche c'est la nature même de la relation qui nous lie à eux. Ils ne sont plus les seuls intermédiaires du début, entre "nous" et "des" contenus. Ils sont devenus des auxiliaires, des adjuvants, des assistants personnels à l'omniscience de plus en plus pregnante (via la personnalisation et la dérive des continents documentaires). Demain, quand l'intégration du micro-net sera passée dans les usages courants (comme l'est l'intégration des news, des vidéos ou des images), demain nous les utiliserons non plus comme moteurs de recherche mais comme moteurs de signaux. Nous n'y chercherons plus des contenus (c'était hier), nous n'y attendrons plus simplement une recommandation et une logique de prescription (c'est aujourd'hui), mais nous voudrons y trouver une qualification de ces contenus. Une qualification qui se voudra la symbiose entre des métriques sociales et comptables.
Un petit Tweet pour un grand bouleversement ?
C'est aux moteurs capables de nous livrer la meilleure qualification que nous souscrirons. Pour y parvenir, la prochaine mue des moteurs de recherche en fera des moteurs de signaux (un Tweet, une modification d'un profil, d'un statut ...). Et particulièrement de signaux "faibles". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si en évoquant les projets de Google en la matière (lancement d'un service de Microblogging search), Marissa Mayer parle de "Clues" (indices) et rapproche cela du Google Trends (tendances). Indices, tendances, signaux. Le meilleur moteur sera celui capable de repérer ces signaux faibles. Ce qui  - si mon analyse est avérée ... - serait à l'échelle de l'histoire des moteurs, un gigantesque bouleversement. L'ensemble des moteurs fonctionnent en effet aujourd'hui sur leur capacité à entériner des signaux forts. Toute leur algorithmie est ainsi pensée : afficher dans les premiers résultats les sites/articles/contenus les plus visibles, les plus cités, les plus commentés, les plus débattus, les plus liés. Depuis l'invention de la bibliométrie dont les fondements ont été implémentés dans l'algorithme du Pagerank, toute l'histoire des moteurs de recherche (et du succès de Google) se tient dans leur capacité à isoler le plus pregnant, le plus visible, le plus "émergé". Une visibilité que nous ne pouvons bien sûr pas "oculairement" percevoir, mais qui est (relativement) simple, limpide, perceptible et "révélable" pour les crawlers du web, comme les phéromones sont naturellement perceptibles aux fourmis. Demain, il leur faudra très probablement être capables de faire l'inverse avec les mêmes critères d'excellence : c'est à dire continuer de jouer leur rôle de localisation de sources (plus personne ne retient aujourd'hui l'adresse d'un site, on tape son nom dans Google et Google, "bookmark" universel, nous livre aussitôt l'adresse du site) ET être également capables de remonter des signaux faibles, c'est à dire des occurences documentaires à faible pertinence absolue mais à forte pertinence relative.

La réalité est pourtant plus compliquée que cela. S'il est vrai que les moteurs de recherche, dans l'héritage de la bibliométrie, ont pour but d'isoler les figures et les contenus les plus "marquants", la bibliométrie (et les moteurs de recherche) a également pour fonction de révéler les réseaux de citation et de collaboration, à savoir ces auteurs, ces contenus nettement moins cités ou liés mais qui, parce qu'ils sont à un moment ou à un autre "associés" aux plus cités, acquièrent une pertinence nouvelle. Il en ira de même pour la collecte de ces signaux faibles. La révélation et l'analyse de leur pertinence aura partie liée avec les contenus et les autorités déjà constitué(e)s, déjà repéré(e)s. En cela, les réseaux sociaux et les sites de micro-blogging constituent de précieux outils de repérage.

Alors quoi ? Alors il est très probable que la prochaine bataille de la pertinence, intégrant le micro-net et ses propriétés spécifiques (fragmentation accrue de ses contenus + "autorités" de plus en plus diluées), se jouera juste en dessous de l'habituelle ligne de flottaison des navigateurs, ligne en dessous de laquelle l'essentiel des internautes ne descend presque jamais consulter les résultats, mais ligne en dessous de laquelle se niche et se nichera toujours davantage la réelle pertinence des résultats, c'est à dire l'adéquation existant entre les signaux faibles détectés et leur corrélation aux contenus et aux autorités les plus saillantes assignées à la requête. Une pertinence qui instrumentalise une apparente sérendipité comme premier auxiliaire de la recherche

Twitter : le hiératique contre le hiérarchique.

Le monde comme il Twitte.
J'utilise Twitter depuis quelques mois. Je n'ai encore pas publié de billet au sujet de ce "nouveau" moyen de communication "temps réel", mais la blogosphère regorge d'analyses sur le phénomène emblématique de la statusphère. Comme pour la dernière "killer-app" rapidement érigée en phénomène de société (il s'agissait de Facebook), on spécule aujourd'hui autour de Twitter, tantôt annoncé comme "révolutionnant l'information", tantôt devant être racheté par Facebook ou Google, tantôt nouveau héraut de la figure du pro-am. Par ailleurs, aujourd'hui tout le monde est "sur" Twitter : des ministères, des administrations des politiques, des universités, des profs (les "tweeatchers"), des étudiants, des journaux, des journalistes ... (sur la dimension académique de Twitter, voir la diapo 39 de mon intervention aux RPIST).
Twitt à Saint-Tropez.
Le monde se twiterrise et Le Monde rend compte de la twitterisation du monde. Pas une catastrophe, pas un séisme, pas un crash d'avion, pas un scandale, pas une élection politique, qui ne soit d'abord révélés et relayés "sur" Twitter. Dernier séisme en date, la mort de M.Jackson qui faillit à elle seule faire s'effondrer les serveurs de la planète (ceux de Google en tête, ce dernier croyant être victime d'une attaque devant la multiplication des requêtes et des twitts sur MJ).
WTF. Wikipédia, Twitter, Facebook : What the fuck ?
De Wikipédia (pilier d'une révolution cognitive, d'un nouveau rapport au savoir) à Facebook (pilier d'une révolution de l'intime, d'un nouveau rapport à notre "identité" en ce qu'elle à d'intime, de public et de privé), de Wikipédia à Facebook il manquait un élément. Celui d'une primo-conversation, une conversation essentielle, planétaire, synchrone, instantannée. Au mieux comme une gigantesque iségoria, au pire comme un aliénant café du commerce. La première victoire de Twitter, c'est d'être devenu (comme Wikipédia et Facebook), un révélateur. Un "corpus", un sujet d'étude scientifique. WTF sont autant de moyens pour les chercheurs (en sciences sociales notamment) de sonder le monde, de disposer d'un formidable terrain d'expérimentation pour qualifier les changements en cours de l'ère numérique. L'une des dernières études scientifiques sur Twitter est celle menée par deux étudiants de Harvard, étude à partir de laquelle Jean-Michel Salaun a bien souligne les effets d'écho entre les usages de Twitter et ceux de Wikipédia, notamment le fait que "la répartition des contributions sur Twitter est plus concentrée que sur Wikipédia, même si Wikipédia n'est pas un outil de communications. Ceci implique que Twitter ressemble plus à un outil de publication unidirectionnel qu'à un réseau de communication pair à pair."
De la hiérarchie à l'hétérarchie.
L'information est brute. Les industries de l'information ont pour métier d'y mettre de l'ordre, par le biais de l'angle choisi pour les "sujets" et par les "choix" éditoriaux. Bref l'industrie de l'information tout entière (de la presse magazine aux moteurs de recherche) est d'abord une industrie de la hiérarchisation.
Avec Twitter, ce qui domine de prime abord c'est l'aspect profondément hétérarchique, à plat, de l'information qui y circule. On parle d'hétérarchie à partir du moment où, dans une organisation, il n'y a pas de "niveau supérieur". C'est Warrren Mc Culloch, l’un des premiers cybernéticiens, qui avait créé ce terme pour décrire certains programmes informatiques. Twitter est donc, de prime abord, une hétérarchie : pas d'éditorialisation, pas de "niveau supérieur" de l'information. Donc, Twitter est littéralement illisible. Parce que sa nature est précisément de ne pas vouloir "mettre en ordre". De ne pas vouloir hiérarchiser. Et pourtant Twitter est lu. Lu par la planète entière et notamment par les médias de l'industrie de la hiérarchisation qui y puisent informations, faits, témoignages, alertes, signaux.
Quel est l'ordre de Twitter ?
Si Twitter est lu (et utilisé) par chacun d'entre nous c'est parce qu'il est néanmoins capable de briser son hétérarchie pour lui donner de la profondeur, et pour se servir de cette profondeur comme d'une hiérarchie. La plupart des medias sociaux utilisent une technique d'éditorialisation déjà largement théorisée en informatique et en sciences sociales : il s'agit de celle du filtrage collaboratif. Les moyens et les instanciations de cette technique sont innombrabbles mais son mécanisme est immuable : on agence l'information, on construit collectivement les hiérarchies éditoriales en fonction du nombre de votes (ou de liens, ou de signalements, ou de mots-clés, ou de folksonomies, ou de Hashtags) vers cette information à l'intérieur d'une communauté d'usage, et ce de manière dynamique (ré-agencement perpétuel) ou statique (à un moment donné). Le filtrage collaboratif, très utilisé notamment dans des systèmes d'information "clôts" (en entreprise par exemple) a changé de nature dès qu'il s'est retrouvé sur le web, et ouvert à des communautés pouvant compter plusieurs millions de membres. Mais revenons à Twitter. L'éditorialisation de Twitter, son filtrage collaboratif, sa profondeur hiérarchique, c'est la capacité que nous avons de construire notre communauté de Followers (littéralement suiveurs) et de décider nous-mêmes des personnes ou des thèmes que nous voulons suivre. C'est là le seul moyen de garder le contrôle et de n'être pas totalement submergé par le flot flux. Mais on le voit, il ne s'agit pas réellement de hiérarchisation (qui s'appuie sur une verticalité) mais plutôt de périphérie, d'horizontalité du cercle de suivants/suiveurs dont et avec lesquels nous décidons de tenir conversation.
De l'hétérarchie au hiéroglyphes.
Twitter débarque donc. Comme tout média, il le fait avec ses codes. Les adeptes de l'IRC des débuts se souviennent des différents modes, des différentes commandes. Les codes de Twitter sont épurés. Mais il n'en restent pas moins déroutants pour le novice : ce sont les fameux Hashtags, mots-clés précédés d'un signe dièse "#" qui pourront être agrégés pour structurer (et non hiérarchiser) une actualité (exemple, le Hashtag pour parler de la mort de M. Jackson était " #MJ "), ou bien encore des RT, ces renvois de Twitts, dans lesquels l'acronyme initial "RT" signale que l'on est en train de reprendre une information (un Twitt) déjà publiée (lequel RT est en général suivi du nom - précédé d'une arobase - du compte Twitter d'où l'on reprend l'info). Ajoutons-y la limitation des messages à 140 caractères et la retraduction systématique des adresses web en des versions abrégées (et donc illisibles), et nous obtenons le genre de truc suivant :

  • "affordanceinfo @sarko @carla RT "MJ est mort" http://bit.ly/Y45brt #WE à eurodisney #MJ #bambi #premierevictimedefredericmitterand"

Soit, vous en conviendrez, pour un individu lambda non adepte ou non-initié auxdits codes, un léger côté hiéroglyphique pour une info ainsi normalement traduisible en langage courant :

  • Olivier E affordanceinfo signale à ses amis Nicolas et Carla @sarko @carla, que Michael Jackson est mort "MJ est mort", info qui circule actuellement partout RT et qui est vérifiable à l'adresse http://www.europe1.fr/Michael-Jackson-des-millions-de-fans-pour-un-dernier-hommage/ http://bit.ly/Y45brt, et info qu'il associe spontanément # au souvenir que ses amis gardent de leur dernier week-end à Eurodisney #WE à eurodisney, tout en s'interrogeant pour savoir s'il existe un rapport de causalité directe entre la mort du chanteur et l'arrivée de Frédéric Mitterand au Ministère de la Culture #premierevictimedefredericmitterand". 

Des hiéroglyphes au hiératique. Twitter ou les stratégies d'évitements de la lecture industrielle.
Ainsi Twitter, dans son affichage, dispose bien d'une dimension hiéroglyphique (pour le profane - qui s'en trouve désorienté -  comme pour l'initié - qui les manipule sans difficultés). Mais ce qui est le plus intéressant dans Twitter, ce sont les stratégies qu'il met en place pour gérer l'infobésité accrue par le temps réel sur lequel il s'efforce de se caler, et ce sans jamais faire appel à de classiques techniques de hiérarchisation (cf supra) mais en préférant faire appel à des stratégies visuelles, cognitives et scripturales d'évitement, de substitution.
Premier exemple : l'utilisation du RT, ou le fait de Re-Twitter une information (un autre Twitt). Il ne s'agit pa là de créer volontairement de la redondance (même si cela y revient in fine) mais bien plutôt de qualifier l'importance d'une information et contribuant à son effet de masse. Traduisez : si je retwitte cette info, c'est qu'elle m'apparaît importante/intéressante. Le fait de la re-twitter vise donc d'abord à lui donner du poids, pour lui permettre d'émerger de l'ensemble. Et l'on retrouve ici cette verticalité, cette hiérarchie qui semblait faire défaut à Twitter.
Deuxième exemple : les Hashtags. Ceux-ci sont le strict équivalent des Folksonomies, c'est à dire un processus de classification collaborative par des mots-clés librement choisis, mots-clés qui, comme pour les folksonomies peuvent aller de l'explicite - #iran-elections - à l'allusif - #MJ (pour Michael Jackson) -, voir au simplement farfelu - #slipsurlatête - ou à l'égocentré - #danielprendlepouvoir.
Troisième exemple : la représentation (cartographique ou imagée), la mise en scène visuelle. C'est là le plus révélateur. Les accrocs à Twitter ne peuvent très longtemps sa satisfaire d'une nombre de followers limité, eux-mêmes ne peuvent se résoudre à brider le nombre de comptes qu'ils souhaitent suivre en temps réel. Ils n'ont alors pas d'autre possibilité que d'être submergés devant l'aspect invasif et ingérable de ce déferlement. Ils passent dont par des applications tierces (Twitter en regorge ... voir notamment le point III "Outils et services" de ce billet) qui permettenr de visualiser les "points chauds" de Twitter, que ces points chauds soient thématiques ("je cherche de quoi on parle beaucoup en ce moment"), conversationnels ("je cherche les gens qui parlent le plus et/ou le mieux de ce qui m'intéresse), ou chronologiques ("je cherche de quoi on a perlé dans les dernières minutes, la dernière heure, ou la dernière semaine). Un seul exemple (au nom programmatique) dans cette dernière catégorie : le site Twitter for busy people.
Moralité : par sa limitation en nombre de caractères, par les codes scripturaux et les interfaces de vidsualisation qu'il utilise, Twitter travaille sur la dimension hiératique de la conversation comme vecteur d'information.
La définition que le Littré donne su terme hiératique est la suivante (il s'agit de la troisième acception du terme) : "Écriture hiératique, signes hiératiques, écriture cursive, qui est une abréviation de l'écriture hiéroglyphique et dont les signes sont dérivés, signe à signe, des caractères hiéroglyphiques." Définition ainsi complétée par Wikipédia : "L'écriture hiératique est en fait le deuxième niveau de simplification des hiéroglyphes, le premier étant les hiéroglyphes linéaires, qui sont des versions simplifiées des hiéroglyphes, mais qui gardent leur valeur représentative. Les caractères hiératiques, eux, ne représentent plus des objets, mais uniquement des signes arbitraires à la manière des lettres d'un alphabet."
Twitter ou l'écriture hiératique vue comme substitutive à l'absence de possibilité de lecture hiérarchisée. D'autre part, et pour reprendre une analyse déjà exposée ici, Twitter me semble, avec sa logique de "Followers",  également emblématique d'un troisième âge de la navigation hypertextuelle, celui de la souscription.

Il y a plusieurs raisons au succès actuel de Twitter.

En plus de celles précédemment décrites, voici celles qui me semblent aujourd'hui essentielles :

  • Sa simplicité.
  • Sa portabilité. = il est aisément déportable dans différents environnements (sous forme de widgets pour des site web ou de clients pour des navigateurs ou des téléphones portables, ou bien de manière plus immersive, comme ce client qui sert du support aux conversations du jeux vidéo World Of Warcraft)
  • Son effectivité. = sa capacité de résonnance (lectures industrielles) et sa capacité à créer du lien (avec l'industrie de l'écriture = les "grands" médias).
  • Son affectivité. = Twitter utilisé pour de petites conversations entre amis. Il s'agit bien ici de lien social.
  • Son unidimensionnalité. = Twitter ne contient que du texte, pas d'image, pas de son, pas de vidéo.

Rencontres RPIST 2009.

Me voici de retour de Nancy où j'étais invité par l'Inist pour causer de la question de l'identité numérique des chercheurs.
Et voici donc le diaporama slideshare avec Ô merveille les notes correspondant à chaque diapo (regarder l'onglet "Notes" sous la présentation depuis le site Slideshare)
Mes fans et mes plus grand détracteurs pourront observer que l'ADBJP ("association pour la défense du bandeau jaune dans les pauvrepoints") a encore frappé.

J'intervenais juste après Hervé Le Crosnier, ce qui n'est jamais chose facile, surtout quand ce dernier a passé la soirée à vous répéter que "il fallait faire le show", le tout en patientant 1h30 dans un ersatz de pizzeria en buvant du gris de toul et en lapidant mentalement le serveur qui, quand il n'apportait pas une assiette de pâtes en lieu et place d'une pizza Roma après une demi-heure de commande, se souvenait soudain (après une autre demi-heure d'attente) que j'avais aussi pris une salade en entrée. Bon. Globalement on a l'air de pas s'en être trop mal sortis ... mais vous pourrez très bientôt juger sur pièce étant donné que la vidéo des interventions sera prochainement disponible sur le site des RPIST.
A part ça, bonne nouvelle, pour le prix d'une chambre dans un hôtel IBIS, vous avez droit à une connexion internet gratuite. La dernière fois ça m'avait coûté 15 euros pour une heure de connexion (pourrie). Vive les hôtels Ibis donc.
Vous pouvez aussi consulter le hashtag RPIST sur Twitter pour voir tout ce qu'en ont retenu les participants qui ne dormaient pas (et qui avaient réussi à pirater le Wifi local).
Voila. Voila.
A part ça toujours, mais dans un prochain billet, je reviendrai vous parler du "off" de ces rencontres. Je vous raconterai comment j'ai voyagé dans le train à côté d'un consultant qui intervenait pendant les rencontres, et qui expliquait doctement à son associée (sa secrétaire ?) que le pauvrepoint qu'elle lui avait préparée n'allait pas du tout, et qu'il n'allait pas parler de revues.org parce que ce n'était pas dans la cible stratégique (ou un truc comme ça ...) et que "ah bon tu leur as déjà envoyé le powerpoint ? Ah bon c'est embêtant ça." Délicieux voyage vous dis-je. Je viendrai également vous reparler de la manière dont l'Inist vend 15 euros des articles (les miens notamment) déposés dans une archive ouverte (archivesic par exemple) et pour certains sous licence creative commons "attribution - non-commercial", le tout dans une interface qui ne néglige pas les publicités sponsorisées du moteur Google, donnant à celle-ci (l'interface), l'air de ces entrées d'agglomérations défigurées par de gigantesques panneaux publicitaires (si vous n'avez pas la patience d'attendre mon billet, vous pouvez déjà vous mettre celui relayant l'étrange politique tarifaire de l'Inist sous la dent).
Et puis dans la série ça n'intéresse personne, sachez que pendant qu'Hervé Le Crosnier était assailli par ses fans, le valeureux Dominique Cardon et moi-même nous sommes faits refouler (temporairement) du buffet sous prétexte qu'il fallait d'abord le prendre en photo (le buffet).
Sachez aussi que le même Hervé Le Crosnier à réussi à me convaincre (il est fort) d'arrêter de faire figurer le "temps de rédaction de ce billet" à la fin des billets d'Affordance. Pas de taylorisation de la recherche. Merci hervé :-)
Enfin une pensée spéciale pour ce verbatim recueilli au moment de mon départ : "Je suis contente de vous avoir rencontré en vrai. Parce que je vous imaginais petit et gros." Pour quelqu'un venu parler du nécessaire contrôle de leur identité numérique par les chercheurs, cela valait la peine d'être souligné ;-)

Agenda : rencontre RPIST 2009

Je serai demain et Mardi à Nancy aux Rencontres des professionnels de l'information scientifique et technique.
Voici le titre de mon intervention :
"Science identifiée et scientifiques identifiables : questions et enjeux autour de la maîtrise de l’identité numérique pour les chercheurs et leurs institutions."
Et le résumé :
Qu’appelle-t-on « identité numérique » ? Quelle est sa déclinaison académique ? Que peuvent apporter les réseaux sociaux au débat scientifique et à la diffusion/construction des connaissances ? Quel niveau d’initiative, de contrôle, de présence et de service en attendre ou en exiger ?
La maîtrise et gestion de l’identité numérique sont aujourd'hui des problématiques saillantes du web contributif. Au travers des moteurs de recherche et des réseaux sociaux notamment, de nouveaux vecteurs de socialisation et de transmission des informations et des connaissances se mettent en place.
Dans ce contexte, et dans des lieux virtuels de communication fonctionnant de plus en plus en temps réel, les espaces de la parole et de la communication scientifique - qu’elle émane des individus ou des institutions - doivent trouver de nouvelles dynamiques.
Comment conforter la place de la parole scientifique dans l’iségoria moderne du web ? Comment l’institution et les individus doivent-ils prendre en charge les nouvelles visibilités documentaires offertes par le réseau ? Quels sont les espaces restant à investir ? Quels en sont les outils ? Que proposent-ils ?
Notre exposé s'efforcera d'apporter quelques éléments de réponse à ces questions, en interrogeant les problématiques inhérentes à ces nouveaux modes de socialisation, à ces nouvelles "sociabilités numériques".

En cadeau-bonus et en amuse-bouche, voici la bibliographie de l'intervention :

Le diaporama sera comme d'habitude mis en ligne sur Slideshare, dès qu'il sera terminé, c'est à dire dans la nuit précédant l'intervention ;-)
===============================
By the way ... et même si ce n'est pas le sujet de mon intervention de mardi, j'aimerais bien que quelqu'un m'explique l'étrange politique tarifaire de l'Inist (qui est l'un des principaux diffuseurs de l'IST dans notre bel hexagone) ... politique aussi étrange que le choix du moteur Google CSE et l'affichage systématique de liens sponsorisés sur un site public de diffusion de l'IST ... J'aimerais bien aussi que toutes celles et ceux qui ont payé 15 euros pour avoir accès aux articles de votre serviteur en profitent pour demander leur remboursement sine die.
Inist

Lesdits articles (et quelques autres) étant disponibles gratuitement sur ArchiveSic. Bref, le sujet retenu pour ces rencontres est effectivement bien choisi : "Nouveaux modes de publication scientifique. Relations avec les éditeurs". Messieurs les éditeurs ... tirez les premiers.
J'essaierai de poser la question aux principaux concernés entre deux petits-fours :-)

Du "cloud computing" au "home computing" : comment le web devînt fractal.

Cloud computing.
On connaissait déjà depuis quelques temps l'âge d'or, les promesses (et les dangers) du "cloud computing", de l'informatique dans les nuages. Le réseau internet repose depuis son invention sur une architecture "client-serveur". Le cloud computing permet à chacun de nous d'être les innombrables "clients" (au double sens du terme) d'une gigantomachie dans laquelle Google, Amazon et quelques autres s'affrontent à grands coups de datacenters et autres "fermes de serveurs". C'est là le climax d'une polarisation extrême de l'architecture client-serveur.
Home computing.

Imaginons maintenant que la polarisation s'inverse et qu'au lieu de disposer de quelques giga-serveurs centralisant l'offre de contenus et de données de la planète internet toute entière, nous retrouvions une architecture dans laquelle chacun d'entre nous demeurerait client mais disposerait à part égale de la possibilité de devenir un serveur. Une sorte de forme réinventée et légèrement décalée de l'architecture peer-to-peer (ou le passage par un point nodal externe aux clients connectés reste obligatoire). Imaginons donc que chacun de nos ordinateurs personnels, via son navigateur, puisse devenir son propre serveur et ainsi proposer à des tiers d'accéder librement à son contenu (téléchargement d'images, de films, de musique) voir même auto-héberger des pages web. C'est la prouesse (?) que vient de réaliser le navigateur Opera avec le lancement d'une nouvelle version de son navigateur baptisée "Opera Unite".

Le WebOS enfin réalisé ?

Il y a belle lurette que la guerre des navigateurs fait rage. Il n'est donc pas impossible que cette sortie soit d'abord un coup marketing pour permettre à Opera de sortir de la zone de confidentialité dans laquelle Internet Explorer, Chrome et Firefox le relèguent. Mais. Mais je viens de tester et d'installer Opera Unite avec un camarade de jeux qui a bien voulu en faire de même. Et le fait est que c'est totalement bluffant.
L'avènement de l'informatique dans les nuages a fait du webOS un enjeu central pour les grands acteurs de l'internet. Comme je l'écrivais dans ce billet :

  • "Après la migration en ligne des applications (bureautique ...), des services (logiciels, Saas) et des comportements (dérive des continents documentaires), le Web est devenu l'OS (operating system) de demain. Manquait encore à cet OS une interface, une fenêtre. Cette fenêtre, c'est le navigateur."

Fractale_1 Le web fractal. Le webOS était donc réalisé, incarné, sur la scène et sous les auspices des quelques géants du cloud computing, de l'informatique distribuée, "dans les nuages", mais tout aussi massivement distribuée que commercialement vérouillée.
Si la poursuite des essais d'Opera Unite demeure concluante, si celui-ci tient toutes ses promesses, c'est à un nouvel avatar du web qu'il va falloir nous habituer. Un web parfaitement et rigoureusement fractal. Chaque navigateur de chaque ordinateur connecté au réseau devenant son propre client, son propre serveur, son propre client-serveur, son propre internet. C'est là tout l'enjeu du Home Computing.

Quelques réflexions à chaud : vers une nouvelle partition des flux numériques.

  • Tout comme le cloud computing adressait - au sens strict - d'énormes problèmes de confidentialité, ses principaux acteurs disposant de tous les moyens et de toutes les ressources pour constituer une base de donnée des intentions à l'échelle planétaire.
  • Si Opera Unite s'installe dans les pratiques, les marchés des industries culturelles et les projets ubuesques "Hadopi-like" risquent fort de n'avoir pas 6 mois mais bien 10 ans de retard. R.I.P. Hadopi. R.I.P. Christine Albanel. R.I.P. Pascal Nègre. Ce pourrait être un électrochoc comparable à celui que représenta l'avènement de peer-to-peer il y a de cela quelques - courtes - années.
  • Dans une telle configuration, impossible - sauf pour Opera ... - de contrôler quelque flux que ce soit, sauf à imposer des fichiers mouchards à tous les ordinateurs individuels de la planète, ou sauf à transformer tous les FAI (fournisseurs d'accès à Internet) en zélés délateurs doublés de Vidocqs des réseaux.
  • Cette nouvelles architecture fractale du Home Computing va également poser, non plus aux autorités politiques, commerciales ou judiciaires, mais bien aux utilisateurs eux-mêmes, d'énormes problèmes de confidentialité et de sécurisation de leurs données personnelles. En poussant à peine un peu les scénarios imaginables, on pourrait même se retrouver dans une situation diamétralement inverse à celle que nous connaissons actuellement, situation dans laquelle les particuliers confieront (pour des raisons de sécurité) leurs données importantes aux des acteurs majeurs du cloud computing, pour laisser le home computing transformer leurs ordinateurs personnels en simples terminaux d'échanges. Une virtualisation totale de l'échage et du stockage numérique, mais avec une nouvelle "partition" (au sens informatique du terme) des espaces et des termes mêmes de l'échange. 

Quelques liens pour une découverte plus approfondie de l'outil et des enjeux :

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures, tests du navigateur non-inclus :-)


L'amateur, le web et l'économie de la contribution.

  • "En les soumettant au marché, on détruit le désir, qui est réduit à un calcul. Cela produit une société démotivée, qui a perdu toute confiance en elle, où il n'y a plus de relations sociales, et où triomphe le contraire du désir, à savoir la pulsion : la guerre de tous contre tous, une société policière, comme tend à le devenir la société sarkozyenne. Une société très dangereuse."

Bernard Stiegler. Entretien à lire dans Télérama. On y lit aussi la préférence de Stiegler pour la dénomination de web "contributif" plutôt que "participatif". A propos de l'économie de la contribution et la figure de l'amateur si souvent galvaudée dans le cadre des analyses du web 2.0 contributif, Stiegler déclare :

  • "Il y a cinquante ans, la politique culturelle de Malraux était destinée à former des amateurs d'art, et non des consommateurs de culture. Les technologies culturelles et l'économie de la contribution revalorisent cette figure de l'amateur - c'est-à-dire du public capable de discerner et d'apprécier."

Bien que moins liée aux thématiques de ce blog, vous m'autoriserez tout de même à attirer votre attention sur la conclusion de l'entretien, conclusion dans laquelle Stiegler défend l'idée d'un revenu minimum d'existence :

  • "Je soutiens une vieille idée défendue par le plus libéral des libéraux, Milton Friedman : le revenu minimum d'existence. Idée qui a été relancée par André Gorz et que promeuvent en ce moment Olivier Aubert, Maurizio Lazzarato et Yann Moulier-Boutang. Ils prennent l'exemple de l'abeille, qui produit du miel, mais dont la valeur tient bien plus à sa fonction de pollinisation, qui permet la reproduction des végétaux, la nourriture des animaux et notre propre survie... Aujourd'hui, de plus en plus de contributeurs créent une valeur qui ne s'évalue pas sur le marché mais permet aux autres activités économiques de se développer. Cette « pollinisation » doit être rémunérée et mutualisée."

Bonne lecture sur Télérama :-)

Moteur sous ordonnance.

Octobre 2007. Avant-hier, les moteurs vous offraient de rassembler en un même espace de type "portail" l'ensemble de vos données médicales.
Mars 2008. Hier ils inventaient la médecine 2.0 et en profitaient pour mettre la main sur la gestion de votre dossier médical.
13 Mai 2009. Aujourd'hui, quand vous tapez ibuprofène (ou aspirine), les moteurs médecins vous demandent le motif de votre requête. Ils se renseignent en menant, à l'échelle mondiale, une enquête statistique sur les requêtes ayant trait à la santé

Ibuprofen
Demain ... Quand vous taperez migraine, ils vous délivreront directement une ordonnance ... Vous n'aurez à vous occuper de rien. Votre assurance médicale en sera immédiatement alertée, votre compte bancaire tout aussitôt débité, le dossier laissé dans le dernier hôpital que vous avez fréquenté sera aussitôt mis à jour, et avant même de vous délivrer et de vous permettre d'imprimer votre ordonnance, ils auront au préalable vérifié dans votre dossier médical qu'il n'y a pas de contre-indications à ce traitement.

Même si un blog jamais ne sauvera l'université (et même si un coup de dés jamais n'abolira ...), cela vaut le coup d'essayer

Tout commence le 9 décembre 2008.
Voilà déjà quelques semaines que je suis, avec d'autres, mobilisé dans le cadre de mon IUT (La Roche sur Yon). L'idée naît donc de lancer un blog pour collecter localement les informations et permettre aux collègues peu informés ou peu mobilisés de s'y retrouver et, à tout le moins, de se tenir au courant. Ce sera fait avec "Sauvonslesiutetaudela". "Sauvons les IUT ... et au-delà" ... titre programmatique. Les IUT sont une composante "à part" de l'université française. Ils n'en sont pas moins l'une de ses parties. Alors oui, "sauver les IUT" mais au-delà également, au-delà, sauver l'université française. "Sauvonslesiutetaudela" est le site de la mobilisation à l'IUT de La Roche sur Yon. Il ne le restera pas longtemps.

Cropped-cropped-iut
Quelques jours plus tard.
Des personnels  d'IUT (enseignants-chercheurs principalement) de toute la France, essaient de structurer une coordination nationale des personnels d'IUT (CNP-IUT). Une liste de discussion est rapidement mise en place. Et le besoin d'un site web pour centraliser l'information se fait rapidement sentir. Besoin d'autant plus urgent que c'est à l'époque l'ADIUT (assemblée des directeurs d'IUT) qui dispose des seuls outils nationaux de coordination et d'information sur le web : un Wiki d'information sur la situation des IUT "au jour le jour" et une pétition nationale. Les personnels souhaitent donc pouvoir disposer de leur propre outil de diffusion de l'information. Le site "Sauvonslesiutetaudela" n'ayant publié que quelques billets relatifs au mouvement sur La Roche sur Yon, et ce même site n'étant pas encore identifié comme nécessairement rattaché à La Roche sur Yon, ce même site disposant par ailleurs d'un titre générique cohérent avec la ligne revendicative choisie par la coordination nationale des personnels d'IUT, je propose qu'il devienne "le" site web de la CNP-IUT. Décision actée dans la foulée.
Blog de grève : back-office
Le blog est créé sous Wordpress, formule "hosted" (wordpress.com). L'idée est de gérer l'urgence, de rendre compte en temps réel des infos remontées par les IUT ou glanées dans la presse, de donner une visibilité nationale au mouvement et de permettre à chaque IUT de trouver sa place dans ce mouvement national. Des entrées sous forme de catégories (une catégorie pour chaque IUT), plus quelques catégories plus génériques permettant de relayer des informations semblablement génériques, et des "pages" pour des informations de suivi ou des événements marquants à caractère ou à vocation nationale. Les codes d'administration sont mis à disposition sur la liste de discussion de la CNP-IUT. Trois personnes me les demanderont et en disposent à ce jour. Je suis concrètement le seul à avoir alimenté le blog.
Tout ça pour quoi ?
In fine, et au-delà du travail de centralisation et de visibilité, ce blog permettra au mouvement des IUT de trouver un second souffle au moment ou l'ADIUT (les directeurs d'IUT) rentrera dans le rang et s'alignera sur le calendrier ministériel. A ce moment là d'une lutte initiée et pilotée (pour diverses raisons) par les directeurs d'IUT dès la fin du mois de Novembre 2008 il paraît clair que sans l'outil "Sauvonslesiutetaudela", sans la détermination locale des collègues, et sans l'existence d'une CNP-IUT (essentiellement structurée grâce aux échanges d'une liste de discussion), la quasi-totalité des IUT aurait été dans l'impossibilité de maintenir un niveau suffisant de vigilance et de mobilisation. Il est également parfaitement clair (du moins sommes-nous quelques-uns, directeurs d'IUT compris, à le penser), il est clair disais-je, que les directeurs d'IUT auraient eu davantage de mal à négocier le passage d'une simple "charte de bonne conduite" à une "circulaire inscrite au code de l'éducation" (même si cette dernière circulaire reste notoirement insuffisante, mais ce n'est pas là le sujet de ce billet).

Univenlutte

D'un blog l'autre. De "sauvonslesiutetaudela" à "universitesenlutte".
Fin Janvier début Février, le mouvement des universités démarre "officiellement" (la grogne universitaire se faisait en fait sentir de manière diffuse depuis la rentrée). Là encore c'est la même chronologie. Une liste de discussion est créée (par Jérôme Valluy), en même temps que se structure une coordination nationale des universités. "Nourri" de l'expérience du blog "sauvonslesiutetaudela", je propose de créer un site Web pour la coordination nationale des universités (CNU). Décision là encore actée dans la foulée.
Blog de grève : back-office.
Mêmes problèmes, mêmes solutions. Le temps de trouver un gabarit (template) acceptable et de customiser le blog avec une image d'en-tête suffisamment évocatrice, il s'agit là encore de gérer l'urgence, de centraliser et de mettre en visibilité l'information. Avec un problème supplémentaire : le nombre de messages diffusés sur la liste de diffusion de la CNU devient rapidement ingérable pour tout le monde. Le blog "universitesenlutte" permettra (notamment) à celles et ceux qui ne souhaitent pas être submergés de messages de garder le lien avec le mouvement national. En plus de l'habituel fil RSS, une liste de diffusion est mise en place pour permettre aux "non-geeks" de rester informés sans avoir à passer par un agrégateur. Là encore je propose de mettre à disposition les codes d'accès au blog pour qui le souhaite. Sur plus de 300 abonnés à la liste de discussion de la CNU, 4 demandes me parviendront (dont 2 de personnes gérant d'autres blogs de mobilisation). Concrètement, j'alimenterai seul le site jusqu'à ce jour. Pour le reste, la création des catégories suit toujours la même logique : des macro-entrées pour lister les actions, tribunes et opinions ou les prises de position des différents acteurs, et une catégorie épine dorsale disposant d'une sous-rubrique par université. A l'usage, l'expérience du blog "Sauvonslesiutetaudela" m'incitera à créer d'emblée, en plus de la seule liste des universités, des catégories permettant de disposer d'entrées sur les acteurs, les types d'actions et les types de documents diffusés (communiqués de presse, tribunes, ...). Au final, le blog "universitesenlutte" compte 132 catégories (sous-catégories en fait) déployées autour de 7 catégories principales. Bénie soit la possibilité offerte par Wordpress de créer des catégories "emboîtées" et d'indexer un billet dans autant de catégories que nécessaire.
L'université de la contestation sur le Net ou le Net de la contestation à l'université.
En parallèle du blog "universitesenlutte", en parallèle de la liste de discussion qui est la véritable "épine dorsale" du mouvement, c'est à dire le lieu où se tiennent les débats et où se décident les grandes orientations et actions, on va progressivement voir fleurir une liste impressionnante de blogs de mobilisation. La colonne de gauche d'universitesenlutte en syndique quelques-uns mais ils sont des dizaines à voir le jour au fur et à mesure du mouvement. Je n'ai pas pris le temps de les comptabiliser de manière suivie, mais, à la louche (et donc sans aucune prétention scientifique), j'estime que l'on doit à ce jour compter au moins 200 blogs dédiés au mouvement. En guise d'exemple on pourra se reporter à cette liste (loin d'être exhaustive ...) des IUFM déclarés "en lutte" :

La même liste (toujours non-exhaustive) pourrait être établie pour chaque université, chaque composante parfois, chaque collectif de personnel ou d'étudiant. Chacun se met à créer "son" blog et à essaimer les informations. Là encore, le besoin d'un site pivot et central devient crucial, en même temps que la gestion dudit site devient un travail à temps plein ... En parallèle, la floraison de ces innombrables blogs permet de recentrer l'alimentation du site "universitesenlutte" : il doit permettre de visualiser les actions, décisions et communiqués les plus "saillants", il doit également éviter d'être trop "parisien" pour permettre de faire vivre la mobilisation en province, et il doit enfin relayer les informations des quelques universités, composantes ou collectifs ne disposant pas de leur propre blog d'information. Fort heureusement, ce dernier point s'allègera considérablement au cours du dernier mois.
De la grève, du temps libre et de l'air du temps
Alors qu'une certaine presse se fait fort de désinformer à temps plein (enseignants payés quand ils sont en grève, grévistes non-déclarés, etc ...), les soutiers du net et des AG bossent sans économiser leur peine. L'alimentation du blog "universitesenlutte" (cumulée à celle du blog "sauvonslesiutetaudela") me prend plusieurs heures par jour. Il faut lire la tonne de messages qui circulent sur la liste, faire le choix de relayer ceux qui semblent les plus importants et/ou les plus caractéristiques et/ou ceux qui ont le moins de chance de l'être (relayés) par ailleurs. Il faut également effectuer une petite veille média quotidienne pour nourrir le blog d'éléments de revue de presse (ce dernier point étant heureusement assez rapidement expédié étant donné l'indigence du traitement par la presse de ce mouvement à de très rare mais heureuses et notables exceptions : l'humanité et libération - principalement via le blog de Sylvestre Huet). Il faut ensuite mettre en ligne et en forme les informations retenues. Plusieurs heures par jour donc. Plusieurs heures par nuit serait plus juste, les journées étant occupées à tenir, organiser, participer à différentes AG, a structurer des mouvements et des coordinations locales ou régionales (sur le thème "de la maternelle à l'université", mais également à faire des "cours hors les murs", à assurer un minimum de suivi pédagogique avec les étudiants, à traiter les tâches administratives non-négociables, et naturellement à sans cesse débattre avec (ou contre) des collègues, des étudiants, des passants, des parents ...

Livre Guiness des records. Du 4 Février au 4 Avril, soit pendant 2 mois, le blog "universitesenlutte" compte 847 billets publiés (925 le 17 Avril). Pour la même période, "sauvonslesiutetaudela" compte 275 billets publiés (422 le 17 Avril). Soit plus de 19 billets publiés par jour, pendant 2 mois (pour mémoire et pour avoir une échelle de comparaison, Affordance.info après 3 ans d'existence et un rythme de publication assez soutenu, compte 1500 billets publiés, dit autrement, j'ai publié sur universitesenlutte et sauvonslesiutetaudela en 3 mois autant de billets que sur Affordance ... en 3 ans !). Le fait d'être gréviste déclaré pendant plus d'un mois et demi (activités d'enseignement ET de recherche ET tâches ou fonctions administratives) fut la condition sine qua non permettant de libérer le temps nécessaire à ces différentes activités de soutier. Si vous voulez des chiffres, comptez a minima 3 à 4 heures par jour pour alimenter les blogs universitesenlutte et sauvonslesiutetaudela. Et les jours fastes (précédant ou suivant des manifestations ou actions nationales ou prises de positions ministérielles), vous pouvez aller jusqu'à 5 ou 6 heures par jour nuit. Voilà aujourd'hui plus de deux mois que j'ai mis "en veille totale" mes activités d'enseignement, de recherche, et de blog professionnel.
Tout ça pour quoi ?
Le blog universitesenlutte aura constitué (du moins je me plais à le croire), dans l'action (qui est loin d'être terminée), un contre-pouvoir efficace. Relai de l'information, site pivot du mouvement (avec d'autres, notamment SLR, SLU et celui de Sylvestre Huet), il permit notamment de passer outre la couverture médiatique inexistante ou très orientée de ce qui restera quoiqu'il advienne comme la crise la plus sévère qu'ait connue l'université française depuis un certain Mai 1968.

Tout ça dans quelles règles ?

Bloguer vite. Certes, et si possible bloguer bien. Dans le mouvement de contestation des universités, être webmaster autoproclamé nécessite l'observance de quelques règles strictes.

Bloguer en forme et sur la forme. Les textes, communiqués, informations republiées sur le site, principalement à partir des informations circulant sur le liste de discussion de la coordination, sont souvent (forme de l'email et urgence des situations obligent) émaillés de fautes d'orthographe. Il faut donc les relire (dans l'urgence également) en espérant que l'essentiel puisse être corrigé. De manière plus formelle, j'ai fait le choix d'éviter autant que possible de publier des documents sous forme de fichiers attachés, préférant reproduire dans le corps du billet les informations contenues dans lesdits fichiers. La cause en est simple : l'expérience (la mienne en tout cas) prouve que l'on n'ouvre pas systématiquement les fichiers attachés alors que l'on va lire (ou au moins survoler) le contenu d'un billet publié en "plein texte". En outre, la lisibilité et l'indexation par les moteurs de recherche n'en est que meilleure. Ce choix implique un facteur temps non-négligeable pour passer outre les mises en forme Word ou Pdf et retranscrire cela sous une forme lisible pour le blog.

La solitude du blogueur de fond ... et sur le fond. Editorialisation zéro. Tel fut le pacte éditorial initialement conclu (et de loin le plus dur à respecter ... étant donné ma tendance lourde à éditorialiser ;-). La CNU ayant initialement décidé de ne pas se doter de bureau ni de porte-paroles, il n'était naturellement pas possible "qu'universitésenlutte" soit le blog d'un seul, ou qu'une voix s'y détache des autres. Règle fut donc adoptée de reprendre tel quels (hors quelques parfois substantielles modifications formelles ou typographiques) les messages circulant sur la liste de discussion.

Jamais de noms de collègues sans leur aval ou en dehors de documents officiels et signés ou signalés comme tels. Jamais naturellement d'adresses mails visibles (pour éviter le spam) ou de numéros de téléphone.

Bloguer Et modérer. Près de 400 commentaires enregistrés sur le blog universitesenlutte. A lire les commentaires sous le moindre article de presse ou billet de blog un tant soit peu favorable (ou au moins objectif) sur le mouvement, c'est au mieux l'incompréhension totale et au pire l'écoeurement pur et simple. Mention spéciale de la médaille du courage et de la modération à Sylvestre Huet, dont chacun des billets est devenu le déversoir de tombereaux de haine et de poujadisme à l'encontre des enseignants-chercheurs (fainéants et/ou gauchistes), des étudiants (branleurs), des intellectuels (branleurs, gauchistes ET nuisibles) et de l'université et des fonctionnaires en général. Pour différentes raisons, je m'intéresse d'assez près à la manière dont les forums et commentaires permettent de contre-balancer les postures discursives à l'oeuvre dans les blogs, ramenant le plus souvent ces dernières (postures discursives élevées/élitistes) à un pragmatisme de bon aloi. Mais là j'avoue être encore médusé par de telles flambées de haine. J'y voie deux explications tout aussi plausibles l'une que l'autre. La première est que le mouvement à l'oeuvre dans les universités a, dans un premier temps, et du fait conjugué de la complexité de certains dossiers et de l'indigence de la couverture presse qui en était faite, suscité incompréhension ou méprise devant ce qui, dans l'idéologie ambiante, pouvait effectivement en apparence et en première lecture passer pour un combat rétrograde et corporatiste. L'autre explication (tout aussi plausible je le répète) est l'instrumentalisation pensée et méthodique de ces lieux de paroles (les commentaires de blogs et/ou d'articles de presse) pour une activité de lobbying et de désinformation en provenance du parti politique au pouvoir. Ce n'est pas assez clair ? Oui je pense que l'UMP (ou les jeunesses UMP ou tout autre organisation apparentée, voire plus à droite) a donné des consignes (ou payé des gens) pour investir méthodiquement ces (rares) espaces de défense et illustration des raisons réelles de la colère des universités, afin d'y entretenir la ligne poujadiste sur laquelle se tient le président de la république et afin que le ralliement avec l'opinion n'ait pas lieu. Pour mémoire, on se souviendra de l'importance stratégique qu'avait eu ce ralliement de l'opinion lors du dernier grand combat pour l'université et la recherche en 2002.

Concernant le blog "universitesenlutte" j'ai donc soigneusement modéré les commentaires et exclu sans état d'âme tout ce qui de près ou de loin s'apparentait à du poujadisme (le troll étant la figure numérique moderne du poujadisme). Ce qui ne veut pas dire que les 400 commentaires sont tous favorables au mouvement (loin s'en faut ...), mais au moins ne relèvent-ils pas du seul argumentaire de la haine ou de la seule logique de désinformation.

Dans les coulisses du Net : la blogosphère sur tous les fronts ... La contestation universitaire disposa et se dota tout au long de ces quelques mois de toute une panoplie d'outils internet. Les grands gagnants, les plus plébiscités sont à l'évidence les blogs (notamment créés sous Blogger). Blogs au long cours à résonance institutionnelle, mais également blogs événementiels comme instantanés (tel celui mis en ligne pour rendre compte au fur et à mesure de l'occupation de la présidence de l'université d'Orléans). Temporalités longues ou courtes, éphémères ou durables, mais toujours cette fantastique puissance de structuration que confèrent ces plateformes et l'extraordinaire lisibilité (formelle et structurelle) qui en découle.

En seconde position vient l'outil pétitionnaire (notamment grâce à la plateforme libre phpMypetition) qui fit preuve d'une remarquable efficacité sur la visibilité nationale de certains mots d'ordre.

Vinrent ensuite :

Réticulaire épistolarité
Et par dessus tout, ce mouvement fut celui d'une épistolaire réticularité. La vraie épine dorsale de ce mouvement fut constitué des échanges mail qui eurent lieu sur différentes listes de discussion, dont celle de la coordination nationale (avec une moyenne de 300 messages par jour) auxquelles s'ajoutent toutes les listes syndicales, disciplinaires, d'établissement, de laboratoire ...
Mon sentiment - là encore rien de scientifique, juste une impression issue d'une observation participante immersive de plusieurs semaines ... - mon sentiment disais-je, est qu'à chaque outil (blogs et listes de discussion) correspond un certain niveau de mobilisation. Les collègues s'exprimant sur la liste de la coordination nationale des universités (mais aussi sur celle de la coordination nationale des personnels d'IUT) furent les éléments moteurs du mouvement. Ceux qui bâtirent les actions, les mots d'ordre, les événements (symboliques ou non). Une autre catégorie de collègues, ceux qui "se contentèrent" se suivre les informations publiées sur les différents blogs "nationaux" ou "largement représentatifs" s'inscrivit dans une mobilisation plus "périphérique", sans que ce dernier terme ait quoi que ce soit de péjoratif. Ou si l'on préfère, les généraux d'un côté, l'infanterie de l'autre. Et ce dans une indissociable et nécessaire complémentarité (une manifestation de généraux n'aurait pas grande force, pas plus que ne pourrait exister de manifestation spontanée suffisamment représentative et coordonnée). En ce sens là, généraux et infanterie, listes de discussion et blogs, marquèrent et marquent encore une vraie réussite dans cette mobilisation.

SLR, SLU et UEL. Sauvons la recherche et Sauvons l'université sont deux associations depuis déjà longtemps représentatives et profondément enracinées dans la culture universitaire, en tant que forces de propositions tout d'abord mais également en tant que bastions de résistance à une certaine politique de l'enseignement supérieur et de la recherche. La création du site Universitesenlutte pourrait apparaître redondante au regard de l'activité des deux autres sites. Elle ne le fut pas (à mon avis). D'abord parce qu'Universitesenlutte n'a pas vocation à durer. Le blog cessera d'être alimenté dès que ce mouvement sera terminé (c'est à dire dans quelques années ;-). Elle ne le fut pas non plus car le contexte de ce qui est (nonobstant l'opinion de certains médias), le plus grand, le plus unitaire, le plus suivi et le plus long des mouvements universitaires depuis l'après-guerre (loin devant mai 68) justifiait à lui seul la mise à disposition d'un espace dédié. Le terreau politique qui avait vu naître SLR et SLU, même s'il comptait nombre des éléments que l'on retrouve aujourd'hui dans la contestation universitaire, était différent de la massification de la contestation ces deux derniers mois chez les enseignants-chercheurs (je ne parle pas ici de mobilisation étudiante).

Tout ça pour qui ?
Pour les sociologues de demain. Ils y observeront l'émergence d'une contestation jusqu'à son aboutissement (hypothèse haute) ou à son point de non-retour (hypothèse basse). L'éternel cycle de la contestation, négociation, radicalisation et retour. Ils y verront comment les argumentaires se structurent. Ils disposeront d'un outil disposant de règles de structuration intéressantes à faire jouer dans le cadre d'une analyse fine de l'ensemble de ce mouvement. Des blogs conçus sans sommeil, des blogs de veille éveillée, de l'observation participante comme on dit aussi, mais au final tant de possibilités d'exploiter structurellement le "work in progress" d'un tel mouvement.
Pour les pouvoirs et les contre-pouvoirs
Dans un mouvement de contestation, pouvoir disposer d'un tel observatoire est naturellement une manne pour le camp d'en face. Le pouvoir ne se prive pas de disséquer ce qui s'y dit. Il aurait d'ailleurs bien tort de ne pas le faire :-)
Pour moi. En créant et en alimentant ces deux blogs, mon nom restera probablement (avec d'autres naturellement) attaché à la mise en visibilité de ce mouvement particulier. J'ai donc mis tous les atouts de mon côté pour me faire une réputation numérique détestable auprès du ministère (mais là, j'avoue que j'avais déjà bien défriché le terrain), ainsi qu'auprès d'un certain nombre de présidents d'universités et plus globalement de collègues peu ou prou hostiles au mouvement actuel. Le résultat à court et moyen terme en ce qui concerne ma petite personne est que, par exemple, pour d'éventuels voeux de mutation, ma carte de France des destinations possibles risque de se limiter aux quelques universités dans le CA desquelles la mouvance anarcho-autonome est massivement représentée, c'est à dire ... assez peu (exception faite de la Sorbonne, tant que Saint Georges en assurera la présidence). Mais je n'en conçois aucune amertume, étant parfaitement à l'aise dans mon petit (mais costaud) IUT de province et n'aspirant à aucune promotion, prime ou reconnaissance autres que celle de la cohérence de mes paroles et de mes actes (et un peu aussi quand même de mon activité scientifique ;-)
Pour les autres. Christophe, Jérôme, Linda, André, Olivier (pas moi un autre), Pascal et tant d'autres. Dans le concert de la contestation, il fut à l'évidence quelques patients et talentueux chefs d'orchestre. Ceux qui surent initier les actions, ceux qui surent coordonner les mouvements, ceux dont l'argumentaire et la lucidité critique permirent sinon de gagner sur tous les fronts mais à tout le moins de sauver temporairement l'essentiel. Eux et les autres dessinent le contour d'un collectif avec lequel il fait bon vivre, débattre, s'engueuler, construire. Avec lequel on s'imagine parfois monter une nouvelle abbaye de Thélème. Une université dont l'autonomie serait véritable et sans rien de commun avec le prêchi-prêcha autonomiste dont le ministère nous rebat les oreilles depuis déjà deux ans, sans rien de commun avec cette autonomie simplement vocable mais supposée non révocable, un vocable galvaudé, cache-misère et prétexte à toutes les fuites et dérobades.

Et maintenant, un peu de benchmarking de la contestation. Nota bene : les conclusions suivantes n'ont aucune valeur scientifique. Elles sont un simple relevé de conclusions établi sur la base de choix personnels (et donc parfaitement subjectifs). Après plus de 850 billets publiés en 2 mois, j'ai voulu regarder quelles catégories et quels types d'actions étaient les plus représentés et donc possiblement les plus représentatifs.

Soit le benchmarking de comptoir suivant : ce mouvement s'est cristallisé autour de la question du décret des enseignants-chercheurs et de la masterisation. Les syndicats, les sociétés savantes et la CNU (coordination nationale) ont occupé la première ligne de la négociation et de la contestation. La visibilité du mouvement a principalement tenue grâce à des actions symboliques et aux actions dites "université hors les murs". Le mouvement a principalement été relayé par la presse (papier et web). Concernant la presse, il faut distinguer :

  • les journaux qui ont fait l'effort de couvrir factuellement et régulièrement le conflit (L'Humanité est ici seule en course), dégageant au passage une certaine sympathie pour ce mouvement.
  • et ceux qui n'ont pas fait cet effort, ou l'ont fait dans une logique de presse d'opinion parfois éhontément alignée sur la communication gouvernementale ... (bien qu'appartenant à cette dernière catégorie, Le Figaro s'est un peu démarqué par une couverture (trop épisodiquement) factuelle.
  • et il faut enfin mentionner la presse des éditorialistes, la presse "prête à penser", l'indigence intellectuelle biberonnée à l'anathème et au poujadisme dont Christophe Barbier et Sophie Gherardi furent et demeurent les indéboulonnables figures de proue.

Plusieurs dizaines de milliers d'enseignants-chercheurs "en lutte", et moi et moi et moi. Moi dans tout ça, je me serai simplement efforcé de jouer mon rôle. J'ai fait grève, j'ai poussé des coups de gueule épidermiques, d'autant plus épidermiques que j'avais auparavant effectué un certain nombre d'efforts d'analyse et de vulgarisation, à mon niveau, à mon échelle, auprès de mes collègues et des lecteurs d'Affordance j'ai alerté, j'ai relayé, j'ai témoigné, comme des milliers d'autres collègues j'ai blêmi d'indignation en entendant un certain discours, j'ai tenté de dialoguer et d'argumenter, j'ai vulgarisé encore y compris sur des acronymes abscons et des critères à l'unisson, sans me jeter trop de fleurs, je crois même avoir été parmi les premiers (en Mars 2008 le cadre de la modulation de service était posé, le 7 septembre 2008 le rapport Schwartz était connu, 9 novembre 2008 on savait à quelle sauce on allait être mangés) à m'être alarmé des changements qu'induirait le nouveau décret pour les enseignants-chercheurs. En remontant encore plus loin, le 14 Novembre 2007 je m'essayais à un petit exercice de style sur le ton de l'humour (noir) et la prospective, exercice à la relecture duquel je me dis aujourd'hui que la fiction sera peut-être demain ... très en deçà de la réalité ! Bref j'ai fait ce que je considère être aussi mon métier.    

Ce que je retiendrai personnellement de tout cela ? (ou comment et en quoi le fait d'être un temps le webmestre soutier d'une contestation universitaire sans précédent m'a-t-il nourri ?)

D'abord le poids des mots. Incommensurable. Ces mots de la bêtise, cette indigence de la pensée, ce discours de la haine et des préjugés, cette empathie travaillée avec une idéologie du café du commerce, bref, ce discours de Nicolas Sarkozy dont on mesure d'autant mieux la sidérale vacuité quand on le compare à un autre discours sur l'université et la recherche, pourtant tenu par quelqu'un qui ne saurait être assimilé à un dangereux gauchiste. Autres temps, autres moeurs. 

Ensuite la force des symboles. Comme un moteur qui une fois lancé fait toute la preuve de son inaliénable inertie. La ronde des obstinés et les lectures publiques de la princesse de Clèves en furent les plus éclatantes illustrations. La symbolique de l'action comme point d'orgue à la rationnalité des débats.

Enfin l'importance du temps de la réflexion. Et celle tout aussi considérable du temps de réaction. Dans la négociation sur le décret enseignant-chercheur, comme dans celle sur la masterisation, comme dans celle sur le texte contractuel devant régir les rapports entre IUT et universités, comme dans celle du contrat doctoral, comme dans les suppressions de postes et le démantèlement des organismes de recherche ... sur tous ces points au coeur du mouvement de contestation, c'est une immense partie d'échec qui s'est jouée, sur le mode "blitz". A chaque pion avancé par le ministère, à chaque nouveau "communiqué"  d'un ministre, à chaque nouvelle version du décret, après chaque article de presse relayant le mouvement, la machine de guerre universitaire s'est mise en marche. En marche forcée. Analysant, décortiquant, article de loi à l'appui chaque fois que nécessaire, remettant en contexte, répondant aux communiqués par d'autres communiqués. Ce temps de réaction peut, me semble-t-il à lui seul expliquer la durée inhabituelle de la crise. C'est grâce à ces infatigables ténors de l'analyse et du décortiquage que le monde universitaire a pu y voir plus clair dans le jeu d'ombres et de faux-semblants initié par les ministères. Grâce à eux que nous ne sommes pas aujourd'hui "échec et mat".

Compléments : sur le sujet de l'utilisation des outils du Net "au service" d'un mouvement social et sur la complémentarité/opposition entre médias internet et médias "mainstream" voir également :

Sur l'affaire du boycott du Monde par les enseignants-chercheurs et la charte de bonne conduite lancée par Jérôme valluy :


Un regret. Un seul. Vous dire aussi que malgré l'épuisement et les tensions, je n'ai à ce jour qu'un seul regret à formuler. Un regret à l'adresse de "mon" champ scientifique (plus exactement à l'endroit de celles et ceux qui le représentent et "l'incarnent"), également nommé 71ème section, ou "sciences de l'information et de la communication". Un champ dont les instances (CNU), dont les sociétés savantes (SFSIC) et dont les acteurs ont (une nouvelle fois ?) fait preuve d'un assourdissant silence. Elle ne fut certes pas la seule à avoir sorti les silencieux au bout du calibre, mais le fait est qu'elle était probablement (et en un sens légitimement au regard de son histoire scientifique) plus que d'autres attendue sur ce terrain. Bref, pendant que les universités étaient au coeur de la tourmente, pendant que le contrat doctoral unique était au coeur des plateformes de revendications, la SFSIC tenait congrès et ouvrait ses "journées doctorales" en se positionnant de la sorte : "Alain Kiyindou, président de la SFSIC puis Isabelle Pailliart, directrice du GRESEC ont ensuite souhaité la bienvenue aux participants. Le contexte actuel de réforme de l’université a été rappelé et l’organisation de ces journées durant cette difficile période de conflit saluée." C'est sobre. D'une aride sobriété (en même temps c'est vrai que je n'y étais pas aux journées doctorales, et que peut-être derrière la sobriété du compte-rendu furent tenus de vifs et passionnés débats ... mais j'ai comme un doute). C'est bête mais quand on regarde l'héritage de ce champ scientifique, on se dit que nombre de ses initiateurs doivent être en train de faire la toupie dans leur tombe. Alors définitivement oui, l'invisibilité doctrinaire des sciences de l'information et de la communication dans un conflit qui méritait à tout le moins que l'on mobilise ladite doctrine pour produire un certain nombre d'analyses et mettre en perspective un certain nombre de faits, cette invisibilité là restera comme un regret. Heureusement des sociologues, des historiens, des linguistes, des philosophes ont amené dans l'horizon du débat de précieux acquis disciplinaires. Mais des SIC, rien ou si peu. On avait déjà de toute façon perdu la trace de la 71ème section dans les méandres de l'AERES, la SFSIC et la CNU viennent à mon avis de louper une belle occasion de la faire sortir de son état gazeux. (et moi je viens de me faire plein de nouveaux amis :-) Il reste heureusement en ce champ comme en d'autres quelques heureuses marges d'indiscipline.

Allez, maintenant faut que je vous laisse, j'ai un blog de lutte à nourrir :-)

(Temps de rédaction de ce billet : offert. - comptez à la louche 5 heures)

Obama dans les nuages (de mots)

Obama donc. Inutile je pense d'ajouter quoi que ce soit, ma modeste contribution à l'Obamania consistera juste vous signaler ces quelques liens :

  • les nuages de mots des discours d'investiture : une splendide application mise en ligne par le NYTimes. 
  • Capitol Words : autre splendide application qui visualise par jour, par mois ou par année, et sous forme de "nuage", les mots-clés les plus utilisés par les congressistes américains avec en sus des possibilité de navigation croisée par mot-clé bien sûr mais aussi par état ou par personnalité. Un petit bijou. N'y manque plus que la possibilité de  retomber directement sur les discours eux-mêmes.

<Update de 10 minutes plus tard>
Lire également le billet de Vagabondages qui signale, entre autre, que "le site entier de la maison blanche est maintenant sous licence Creative Commons".
</Update>

Considerations participatives

A l'occasion de mon invitation de vendredi sur France Culture, j'en ai profité pour réviser un peu autour de la thématique de l'émission, dans laquelle il sera très probablement beaucoup question de web participatif et collaboratif. Voici donc, sur le sujet, un mini-florilège de billets déjà publiés sur Affordance :

  • A la question : "qui participe et comment ?"

http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/04/echelle_partici.html
et sur le cas "particulier" mais emblématique de la participation dans Wikipédia :
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2009/01/contributions-wikipediennes.html

  • A la question : "que fait-on de cette participation ?"

De belles choses :
- sagesse des foules par exemple : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2008/03/la-sagesse-des.html
- mais aussi indexation collaborative (folksonomies), navigation dans de gigantesques "silos" de documents et de connaissances ...
De moins belles choses (le côté obscur de la participation) :

- traçabilité des nos comportements et de nos "intentions", de nos réseaux sociaux, de nos cercles de connaissances : société de "sous-veillance" et profilage très ciblé de tout un chacun ...

  • A la question : "Du côté des usages, quel est le résultat "observable" ce cette culture de la participation ?" :

ma réponse : une dérive des continents documentaires : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/04/panoptique_goog.html (voir notamment l'illustration en fin de billet).

  • A la question "quel est l'enjeu de la participation et/ou des contenus générés par les utilisateurs pour les grandes sociétés marchandes du net ?"

Ma réponse : basculer d'une économie de l'attention (on prête toujours davantage attention à ce que l'on a créé ou à ce qui a été créé par des proches ou par des individus "comme" moi) à une modélisation de l'intention. Francis Pisani parle par exemple d'une "base de donnée des intentions" pour décrire le gigantisme des informations collectées et détenues par Google (ou par d'autres sites comme Facebook). Voir également la notion de "web implicite" (http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/06/le-web-implicit.html)

  • A la question "comment caractériser la culture de la participation ?"

Un passage de ce billet : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/11/ce-que-lon-cont.html
"la culture de la participation n'est pas l'apanage exclusif des réseaux sociaux. (...) la vraie bonne question à poser actuellement n'est plus uniquement celle de la fracture numérique, mais "de déplacer l'axe de la conversation sur la fracture numérique des questions technologiques liées à l'accès vers celles qui se réfèrent aux opportunités de participer et de développer les compétences culturelles ainsi que les savoir-faire sociaux nécessaires pour s'impliquer pleinement." Cette approche est celle défendue par Henry Jenkins dans son dernier rapport intitulé Confronting the Challenges of Participatory Culture: Media Education for the 21st Century (.pdf). A lire absolument. Le rapport contient notamment une très bonne définition de la "culture de la participation" : "une culture dans laquelle les critères d'expression artistique et d'engagement civique sont relativement bas ce qui encourage à créer et à participer […]. C'est également une culture dans laquelle ceux qui s'en réclament considèrent que leurs contributions comptent et sentent un certain degré de connexions sociales entre eux (au moins dans la mesure où ils attachent de l'importance à ce que les autres pensent de ce qu'ils ont créé)." Définition qui a à mon avis pour principal intérêt de ne pas faire de ladite culture de la participation l'apanage des Geeks et autres technophiles 2.0, mais de la renvoyer vers des modèles sociaux (beaucoup) plus anciens et plus prometteurs."

  • A la question "quelle granularité de la participation et des objets sur lesquels elle porte ?" 

Il faut distinguer différents niveaux de granularité dans la participation (en plus des différents modes participatifs - ouverts, semi-ouverts, déclaratifs, procéduraux ... - ) : par exemple distinguer une forme de participation scientifique pour caractériser le mouvement de l'Open Access (chercheurs qui déposent leurs articles en texte intégral et en accès gratuit) et une forme de micro-participation pour désigner les gens qui déposent de courtes vidéos sur YouTube. Autre niveau de granularité, au-delà des individus et de leurs documents ou fragments de documents, la participation touche désormais des institutions ET des collections patrimoniales et/ou institutionnelles. Des contenus qui se trouvent ainsi "dé-portés" sur le web au nom d'un démarche participative, parfois pour le meilleur (cf FlickR commons ou les institutions gardent la maîtrise des contenus), parfois pour le pire (cf Google BookSearch)
Sur cette question de la granularité du web actuel (et de la participation/collaboration qui y opère) : voir mon billet "micro, méso, macro-net : les médiasphères et le moteur" : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2009/01/micro-m%25C3%25A9so-macro-les-m%25C3%25A9diasph%25C3%25A8res-et-le-moteur.html

  • A la question "participation choisie ou participation subie ?" :

Faire attention à ce que la participation "choisie" ne se transforme pas en participation "subie". Par exemple se poser la question de savoir pourquoi les gens déposent leurs vidéos de famille sur YouTube ou leurs photos de vacances sur Flickr ? Est-ce réellement pour "participer" ? Non. C'est directement lié à la pregnance de la facilité d'utilisation de ces outils dans le cadre de nos habitus socio-numériques, c'est parce que c'est plus facile, parce que c'est plus "pratique". Oui mais au-delà de cette facilité, combien d'internautes se posent la question de savoir quels usages pourront être faits de ces traces documentaires par d'autres qu'eux-mêmes ? Peu. Très peu.

Contributions wikipediennes

(nota-bene : suite à la nouvelle mouture de Typepad, les titres des billets d'Affordance seront désormais sans accents, désolé pour les puristes ...)

Il est un vieux débat autour du web 2.0 en général et de Wikipédia en particulier, c'est celui de l'échelle réelle de collaboration et de contribution qui structurent ces deux univers. En d'autres termes, qui contribue "réellement" et qui en profite "simplement".

Un article du Silicon Alley Reminder revient sur une étude déjà commentée ici en Octobre 2006 à propos du nombre de contributeurs réellement actifs dans Wikipédia. L'étude signalée en 2006 indiquait que "50% des modifications sont faites par seulement 0,7% des utilisateurs … soit 524 personnes" et que "les 2% les plus actifs (1400 personnes) ont fait 73.4% de tous les modifications." Pour aboutir à ce résultat, Jimmy Wales avait à l'époque comptabilisé le nombre de modifications ("edit") réalisées sur les articles. La conclusion était que quelques "insiders" (ou "heavy editors") étaient responsables de l'essentiel du contenu de l'encyclopédie.
L'article du Silicon Alley Reminder propose de ne pas compter les "modifications" (edit) d'articles mais plutôt leur nombre de signes (lettres). Et le résultat (à nuancer étant donné que ladite étude est - de l'aveu même de son auteur - simplement empirique) est radicalement différent de celui de Wales : on s'aperçoit que les plus "gros" contributeurs en "nombre de signes" sont plutôt des "outsiders" (utilisateurs non-réguliers), les "heavy editors" se contentant de faire de nombreux "edit" mais essentiellement pour des questions de mise en forme et de calibrage ou de rectification.
OK mais et alors ???
Alors la question qui est ici posée est celle de la nature même du projet d'encyclopédie collaborative. Dans l'hypothèse 1 (celle de Wales), Wikipédia serait en fait une encyclopédie "comme les autres", avec un très petit nombre d'encyclopédistes labellisés et actifs. La seule différence - mais de taille - avec un projet encyclopédique classique étant que lesdits encyclopédistes n'ont pas été choisis ou recrutés es qualites. Soit disons 80 % d'un fonctionnement encyclopédique traditionnel et 20 % d'un fonctionnement "en rupture" avec les modèles éditoriaux traditionnels.
Dans l'hypothèse 2 (celle du Silicon Alley Insider), c'est la situation exactement inverse qui est décrite. Le coeur du projet Wikipédien est serait bien celui d'une collaboration ouverte reposant sur la contribution d'usagers "extérieurs" et non-nécessairement réguliers ou accrocs pour fournir les connaissances et les informations, collaboration ouverte "complétée" par un travail d'édition plus traditionnel (correction, mise en forme, etc ...) effectué cette fois par quelques "heavy editors". Soit 80% de collaboration et 20% de fonctionnement éditorial "classique".

Soit pour résumer :

  • hypothèse 1 : les encyclopédistes sont des gens "à/de l'intérieur"
  • hypothèse 2 : les encyclopédistes sont des gens "à/de l'extérieur"

La fonction crée l'organe.
Au delà des chiffres et des pourcentages, ce débat est important voire essentiel car il reflète et illustre notre rapport au savoir dans un environnement numérique. L'hypothèse 1 serait la preuve qu'au-delà de la forme (innovante) du Wiki, le projet encyclopédique n'a pas réellement changé de nature dans son mode de fonctionnement. L'hypothèse 2, de mon point de vue beaucoup plus séduisante et beaucoup plus réaliste (même si elle demande à être confirmée), indique a contrario qu'en sus du changement de nature de l'objectif encyclopédique, il y a bien également un changement de nature du mode de contribution et d'accumulation des savoirs. Wikipédia procède donc bien d'une nouvelle forme et d'une nouvelle ambition pour le projet encyclopédique du XX1ème siècle, nouvelle forme et nouvelle ambition qui ont su, pour partie, asseoir la rupture qu'elles proposent sur des schémas de fonctionnement éditoriaux ayant déjà fait la preuve de leur efficacité. Et ce n'est pas l'un des moindres intérêts de ce projet que de constater que cette stratégie n'a pas été bâtie et pensée en amont du projet lui-même, mais qu'elle s'est organiquement déployée au fur et à mesure de son avancement. Work in progress. Et si l'on observe Wikipédia comme un organisme numérique en croissance, on vérifie une fois de plus la formule de Lamarck selon laquelle "La fonction crée l'organe."

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Et pour compléter cette petite réflexion (et accessoirement expurger mon agrégateur), une petite revue de liens autour de l'encyclopédie collaborative.

  • et tout d'abord une excellente idée : "Un chercheur, qui soumet un article à la revue RNA Biology, devra également écrire un résumé de ses travaux dans Wikipédia." Source et suite de l'info sur Prosper et ReadWriteWeb.
  • ensuite un article de Pascal Duplessis : "Wikipedia : un objet-problème en information documentation." Rapide extrait pour vous donner envie : "Qui, sans en avoir été longuement averti, peut-il appréhender l’extraordinaire complexité dont fait preuve le deus ex machina à l’œuvre derrière la scène de tout article encyclopédique collaboratif ? Comment imaginer ne serait-ce que le perpétuel mouvement de création et de re-création de l’édifice puisqu’il se fige à l’instant même où on le regarde ? Pour en faire prendre conscience aux élèves, il faudrait un logiciel de type morphing où l’on verrait en l’espace de quelques secondes merveilleuses l’article se développer et se réduire sous l’effet erratique des contributions, varier ses formes du simple au caricatural, laisser et abandonner ses traces, et vivre et mourir en quelques palpitations de son être documentaire."
  • voir également mes voeux de bonne année 2009

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Vendredi ou l'entorse creative

Préambule : des licences creative commons en général et de celle d'Affordance en particulier.

Certains d'entre vous le savent, d'autres pas. L'intégralité des contenus de ce blog est disponible sous licence Creative Commons. Ce qui vous donne le droit de les réutiliser comme vous voulez, à condition que ce soit en citant la source, et à condition que cela reste en dehors de tout cadre commercial. Voilà les faits. Il m'arrive parfois (très rarement) de déposer certains de ses billets sur d'autres plateformes (Agoravox principalement). Cela me permet de me confronter à un autre type de lectorat que les habitués d'Affordance. Mes rares expériences en ce domaine (seulement 7 ou 8 billets publiés sur Agoravox sur les 1408 que compte ce blog), m'ont plutôt dissuadés de continuer l'expérience (vu la teneur polémique et souvent assez peu constructive des commentaires, même si, depuis mon dernier essai, la politique de modération a été entièrement revue), ou alors de publier dans ces plateformes des billets entièrement re-rédigés et re-formatés pour l'occasion (ce que je n'ai pas le temps de faire). Il m'arrive également d'être parfois sollicité par la presse "nationale". A ce moment là et pour de bonnes (diffusion beaucoup plus large de mes cogitations) ou de mauvaises raisons ("vanitas vanitatum ..."), j'effectue une entorse relative à la licence précédemment évoquée, puisque que les journaux qui publient ou republient mes billets le font dans un cadre commercial "relatif" (ainsi les articles d'Ecrans, le mag de Libé, sont librement consultables, mais les archives du Monde sont payantes). Bref, pas de quoi fouetter un labrador, de toute façon, tout reste disponible gratuitement pour les lecteurs d'Affordance (c'est l'essentiel de mon point de vue) et je ne touche pas un sou pour cette éphémère "renommée". (Nota Bene en passant : cette logique va même plus loin puisque je m'efforce également de l'appliquer à mes publications scientifiques, déposant systématiquement une version de mes articles acceptés dans des revues payantes, sur des sites d'archives ouvertes, ce qui m'a déjà valu et me vaudra probablement encore quelques - petits - conflits).

Vendredi, ou les limbes du pacifique "le lundi au soleil" des blogueurs.
Avec le lancement d'un nouvel hebdo intitulé Vendredi, me voilà dans une configuration inédite que je vous soumets (parce que vous êtes souvent de bon conseil et qu'on se dit tout :-). Le modèle économique et éditorial de cet hebdo est un peu particulier. Pour faire court il s'agit de reprendre une sélection d'articles parus sur le web, notamment dans la "blogosphère" (mais pas exclusivement). De faire un hebdo "papier" reposant uniquement sur des contenus "Internet amateurs" (c'est à dire, si j'ai bien compris, des amateurs plutôt "éclairés" - chercheurs, avocats, simples citoyens - ou dotés d'indéniables qualités rédactionnelles, mais ne disposant en tout cas pas de carte de presse). Parce que j'aime bien l'idée, parce que je crois que dans le contexte actuel (états généraux de la presse et rapport Giazzi) elle mérite en tous les cas d'être testée, parce que j'ai été sollicité par Jean-Marc Manach et que j'aime bien ce qu'il fait en général, parce qu'à l'initiative de ce projet on trouve Jacques Rosselin et que ce dernier fut en sont temps à l'initiative de Courier International, parce que Philippe Cohen (Marianne2.fr) est également de l'aventure, parce que parce que parce que ... j'ai accepté qu'ils reprennent un billet pour le prochain numéro de Vendredi (24 Octobre), et si l'occasion se représente, j'accepterai encore. Et au moment où j'ai accepté, je l'ai fait dans mon état d'esprit habituel (c'est à dire sans demander de dédommagement financier).
Mais j'ai ensuite reçu ce mail :

  • " (...) l'idée est de proposer aux auteurs que nous apprécions et dont nous sommes susceptibles de reprendre les textes de temps à autres, de signer une convention nous autorisant la republication de leurs articles ou billets; ce qui nous permet aussi d'établir, chaque mois, le montant à vous reverser, à raison de xx euros par republication (hors les citations dans les brèves, bien évidemment)"

Qui suis-je, où vais-je, et combien suis-je payé ?

Et c'est là que je suis coincé. En admettant (cas d'école) que même si la blogosphère est très large, le magazine Vendredi soit amené à reprendre les articles de certains blogueurs plus fréquemment que d'autres, et en admettant que je sois parmi ces quelques élus (cas d'école, je le répète), je suis donc en situation de tirer quelques revenus de mon blog (pas de quoi fouetter un poney je vous l'accorde, mais de quoi augmenter un tout petit peu mon pouvoir d'achat) et je fais une entorse à la "philosophie" ou en tout cas à "l'esprit" de la licence creative choisie en acceptant donc, par convention, d'être rétribué (peu et tout à fait aléatoirement) pour certains articles. Bref je deviens pigiste-joker pour un organe de presse. Une solution serait naturellement de refuser non pas d'être "repris", mais d'être payé pour cela. Or, pour bien comprendre mon état d'esprit actuel, sachez que je n'ai pas d'états d'âme à percevoir quelques dizaines d'euros de temps à autre (encore une fois rien ne dit que cela se reproduira à une fréquence suffisamment régulière pour être pécuniairement significative) vu le temps que je passe à alimenter Affordance (et comme en plus c'est la crise hein ...), le tout en "supplément" de mes activités de recherche et d'enseignement (pour lesquelles, afin que tous les éléments soient sur la table, je touche 1800 euros nets par mois).

Et donc ?? Donc disons, pour faire simple, qu'en acceptant cela, pour le moment, et pour ce journal particulier, je change (me semble-t-il) légèrement sinon la nature de cette publication (mon blog), du moins le "contrat éditorial et lectoral" qui le caractérisait jusqu'à lors. En clair : vous êtes toujours sur un blog de chercheur, ce blog est toujours sans autre filtre éditorial que celui de la subjectivité assumée par son auteur, mais ledit chercheur vient d'accepter d'être (occasionnellement) rétribué par un organe de presse, organe certes innovant mais organe tout de même. Vous me direz il y a encore une grande marge avant que je me mette à publier des publis-rédactionnels vantant les mérites de la Seat Laguna de Mitsubishi, mais ... "mais tout de même","en cherchant bien", "s'il l'a déjà fait une fois", et patati et patata ...

Alors à votre avis :

  • je me fais des noeuds tout seul ? Si c'est le cas, TAPEZ 1 (prends l'oseille et tais-toi)
  • ce sont de vraies questions ? Si c'est le cas TAPEZ 2 (t'étais "juste" chercheur, tu deviens juste "un peu" - plus ? -  journaliste/vulgarisateur scientifique).

Ceux qui ont tapé 1 peuvent arrêter ici la lecture de ce billet.

Vers un lissage des espaces de publication.
Pour les autres (ceux qui ont tapé 2), au-delà de tout cela, reste entière la question de savoir si cette "carotte" potentielle impactera à terme le mode de publication et le rédactionnel d'Affordance (non à 99,9%) ou d'autres blogs/sites (je n'en sais rien mais suspecte que "oui, probablement, pour certains en tout cas"). Question subsidiaire encore, si le modèle Vendredi prend (ce que je lui souhaite), va-t-on vers un lissage des espaces de publication existants et des autorités afférentes : citoyens / journalistes / auteurs ? Et si oui, ce lissage est-il une bonne chose ? Pour préciser ma pensée, et en mettant cette fois de côté le cas particulier d'Affordance et des blogs tenus par des scientifiques en général, il est un grand nombre de rédacteurs dans la blogosphère auxquels il ne manque que la carte de presse pour s'installer journalistes : <Polémique> le travail souvent minutieux d'écriture qu'ils effectuent, la vérification et le croisement souvent tout aussi minutieux de leurs sources, la qualité du rédactionnel et du style, la fréquence et/ou la régularité de publication, l'expertise métier dont ils peuvent se prévaloir ... tout cela leur permettrait (à mon sens) de ne pas prétendre "abusivement" à l'obtention d'une carte de presse (pas plus abusivement en tout cas que Jean-Pierre Pernaud). </Polémique> Dans le même temps, et c'est aussi un peu cela qui fait l'intérêt des médias "de niche" vis à vis des médias "mainstream" (à mon sens toujours), dans le même temps disais-je, le fait de ne pas disposer de carte de presse est également une liberté formelle importante, du genre de celle qui constitue une ligne de démarcation intellectuelle servant de repère aux lecteurs des uns (bloggueurs) et des autres (journalistes). Nul ne nous oblige en effet à être en permanence "en situation de journaliste" ou à tout le temps "jouer" au journaliste : on a le droit à l'erreur (les journalistes aussi me direz-vous), le droit à la mauvaise foi, à la mauvaise humeur, le droit de décréter un jour avoir une ligne éditoriale à tenir et le droit tout aussi imprescriptible de s'y soustraire le lendemain.
A partir de là, il y a deux manière de traiter le problème : soit façon "café du commerce" sur la vieille antienne "tous citoyens, tous journalistes", soit avec talent et sous différents angles problématiques (Ecosphère, Novövision, etc ...). Dans cette optique, l'initiative lancée par Vendredi devrait rapidement permettre d'y voir un peu plus clair dans les stratégies éditoriales à l'oeuvre sur le net et dans la blogosphère. Comme serait tenté de le dire le chercheur qui sommeille en moi, voilà qui interroge sérieusement le paradigme éditorial en amont (filtrage et sélection) comme en aval (réécriture et distribution), en synchronie (phénomène du temps-réel) et en diachronie (fixation de la durée lié au support papier), dans son unicité (le choix éditorial d'un seul ou de quelques-uns) et dans sa pluralité relative (la blogosphère et le web sont en fait ramenées à 600 sources suivies par Vendredi).

Tactique de la citation et stratégie de la présence. Ou réciproquement.
Je voie encore une problématique intéressante dans ce lancement : l'écriture "pour le web" est pour l'instant majoritairement une écriture pensée dans une stratégie de présence. Il faut "occuper l'espace" (virtuel) du Net. Une écriture de la présence : il faut être présent dans les résultats des moteurs. Une écriture du placement : il importe d'être bien placé, bien référencé. Or ce que nous enseigne l'héritage de l'écriture scientifique, c'est la manière dont s'est progressivement constituée une écriture de la citation. Il ne s'agit cette fois plus "seulement" d'occuper la place, mais bien d'être (bien) cité par d'autres, parce que c'est là le meilleur moyen ... d'occuper la place. Dans l'écriture scientifique, la présence est une tactique et la citation une stratégie. Dans l'écriture blogosphérique mainstream, la citation est une tactique (les hyperliens), et la présence une stratégie**. Un phénomène que confirme d'ailleurs la dernière étude de Jean (Véronis) qui fait état d'un très faible taux d'utilisation des liens hypertextes dans les billets de blogs (à peine un lien tous les 12 billets**** ...). De fait, le travail de réécriture (ou plus exactement d'adaptation au média papier) que vont se coltiner les journalistes de Vendredi sera peut-être dont moins ardu que prévu. 

Au final, ce que permettra peut-être de synthétiser rapidement l'initiative Vendredi, c'est la symbiose de ces écritures, de ces deux logiques éditoriales : écrire pour être présent, et écrire pour être cité (d'autant que l'on n'écrit naturellement plus de la même manière quand on sait que l'on sera, peut-être, cité dans un autre contexte que celui du rédactionnel initial). Une fois cette symbiose réalisée (si elle se réalise), peut-être verra-t-on émerger un nouveau pacte éditorial, ou ... ou peut-être ne fera-t-on que retomber dans un schéma aussi ancien que connu : celui des spécialistes qui expertisent, celui des journalistes qui reformulent et interprètent, et celui des lecteurs qui lisent.

Et moi, CQFD, j'ai gagné ma poignée euros si ce billet est cité dans un prochain numéro de vendredi ;-)

** sur la différence entre tactique et stratégie, voir par exemple ici.

**** </Digression> un lien tous les 12 billets ... j'avoue en être tombé de ma chaise à la lecture de ces résultats :-( J'ignore à quoi cela est dû, mais de mon côté je ne conçois pas de rédaction de billets sans déployer de liens externes (je suis très souvent frustré par la lecture de blogs - par ailleurs excellents - mais qui ne renvoient qu'à eux-mêmes). A l'époque un outil comme PubSub (qui fut, sauf erreur de ma part, le grand précurseur des outils de classement blogosphériques façon Wikio), un outil comme PubSub fournissait de très intéressantes statistiques détaillées sur les blogs répertoriés dans sa top-list, notamment concernant les liens entrants et sortants (la preuve en image). D'ailleurs, si Jean me lit (bonjour Jean), dans la série des bonnes idées à mettre en oeuvre pour les WikioLabs quand les journées feront 48 heures, je verrai bien une reprise de ces fonctionnalités à l'intérieur de Wikio. </Digression>

Sur le sujet (du lancement de Vendredi et de l'intérêt ou du non-intérêt de son modèle éditorial), voir aussi : InternetActu pour le clin d'oeil amical et les infos discutées en commentaire du billet, Marianne2 pour un reportage la veille de la sortie, Ouinon pour l'opinion de quelqu'un qui n'y croit pas et qui dit pourquoi, le fil Twitter de Joel (Ronez) qui n'y croit pas non plus, Ecrans pour le pitch, Novövision pour plein d'autres bonnes questions.

P.S. : concernant la "poignée d'euros" évoquée dans ce billet, inutile de me poser la question en commentaire (je vous connais ;-). J'ai demandé à l'équipe de Vendredi si je pouvais communiquer ce chiffre, ils m'ont répondu qu'ils ne le souhaitaient pas, principalement "pour éviter un buzz autour de cet aspect-là de la cuisine interne de Vendredi." J'avoue ne pas bien comprendre ce mystère (d'autant que la somme est minime), mais je me plie aux volontés de mon ex-futur-probable-employeur-occasionnel :-)))

(Temps de rédaction de ce billet : 4h30 heures ... mais pas d'affilée)

Mon Web Appeal est de 67%

C'est pas moi qui le dis. C'est une enquête sociologique dont je suis le héros. La preuve en image.
Webappeal

Vous aussi vous voulez jouer ?
Blague à part, c'est une vraie enquête sociologique, menée par Dominique Cardon, avec l'aide d'Orange Lab, de Faber Novel et de la Fing (+ de détails ici). Donc c'est pour la bonne cause, et en plus c'est une belle réalisation multimedia.

Repere

La brochure REPERE (Ressources Electroniques pour les Etudiants, l'Enseignement et la Recherche) est parue. Elle est consultable en ligne sur le service Issuu et également téléchargeable en .pdf.
Au programme plein de "textes courts" dressant un panorama à la fois accessible et pointu des pratiques actuelles dans le domaine de l'information scientifique et technique. Bref, une lecture et un élément de bibliographie incontournable (pour mes étudiants notamment ...). J'y ai de mon côté rédigé un texte sur le web collaboratif et la gestion de l'identité numérique (pp. 14 à 17).
Coup de chapeau sincère à Elisabeth Noël pour la nouvelle maquette de cet outil, avec un gros effort de toilettage, de nouveaux contributeurs, et de nouvelles rubriques collant au plus près de l'actualité du web et de ses pratiques.

Sociologie de l'amateurisme.

On parle beaucoup, dans le contexte du web 2.0, de la figure de l'amateur, notamment à propos des "User Generated Content" (contenus générés par les utilisateurs). Mais la frontière de l'amateurisme est souvent floue. L'article de Valérie Stienon, "Des "univers de consolidation". Note sur la sociologie des écrivains amateurs", offre une approche sociologique très complète des pratiques amateurs dans le champ littéraire. Les observations formulées proposent quelques clés de lecture importantes pour une sociologie de l'amateur à l'échelle du web, même si après lecture (rapide) de son article, l'amateurisme du web n'offre que peu d'écho à l'amateurisme littéraire qu'elle décrit.

  • Valérie Stiénon, « Des « univers de consolation ». Note sur la sociologie des écrivains amateurs », COnTEXTES, Notes de lecture, mis en ligne le 12 septembre 2008. URL : http://contextes.revues.org/document2933.html. Consulté le 22 septembre 2008.

C'est la rentrée ...

Allez, hop hop hop, au boulot. Fini de lézarder. D'autant qu'il s'est passé plein de choses en deux mois ...

Côté encyclopédies :

  • la série rafraîchissante d'Ecrans sur "Inside Wikipedia". Episode 1 : Wikilove. Episode 2 : Wikipompiers. L'intégralité de la série à lire ici.
  • A ne pas manquer, le regard d'Hervé (Le Crosnier) sur l'édition papier de la Wikipedia par Bertelsman et la rémunération de ses ... 90 000 auteurs ...
  • Et puis bien sûr, lancement par Google de son projet encyclopédique baptisé Knol. Gardez patience, le prochain billet y sera entièrement consacré ;-)

Côté Moteurs (enfin ... surtout côté Google ...) :

  • A ne pas manquer : un article de Chris Anderson dans Wired sur l'âge du Petabyte et son héraut (Google). Article court, brillant et relativement impossible à résumer puisqu'il montre en une seule page quels sont les liens entre les théories scientifiques, la fin des théories scientifiques, le moteur de recherche Google, la puissance calculatoire, les avancées de la génomique, l'informatique distribuée, la nouvelle "science des données" et quelques autres trucs encore. Allez, filez le lire et vous comprendrez certainement un peu mieux la manière dont chacun d'entre nous est relié à la machine. 
  • un débat chez Google France sur l'économie numérique avec une conclusion d'Eric Besson. A écouter notamment vers la 67ème minute le point de vue des intervenants (entreprise) sur un aspect du débat autour de la net neutrality (taxation des recettes publicitaires sur internet). J'ai simplement retenu que pour Eric Besson, le fait d'envisager de "prioriser par exemple des données relatives à la télésanté" n'est pas nécessairement une atteinte au principe de neutralité du net. Pour les autres aspects - cruciaux - de la Net Neutrality, voir par exemple ce billet de Martin Lessard : "étrangler le Net".
  • Alors que Google croyait en avoir définitivement fini avec le Google Bombing, voilà-t-y-pas que le Google Bombing ressurgit dans l'outil Google Trends.
  • Pour ceux qui s'en inquiéteraient, Google se porte - toujours - financièrement très bien : chiffres complets ici et résumé sur Zorgloob. Côté "part de trafic", ça va aussi.
  • Un très bon dossier documentaire réalisé par 3 étudiants du cycle supérieur de l'INTD : "Les rapports de Google avec la justice" (.pdf). La première partie du dossier est une recension des procès et actions en justice contre Google, la seconde se focalise davantage sur l'exploitation des données personnelles. Très utile pour avoir une vision "fine" d'un justiciable pas comme les autres.
  • Dans la série "publicisons, publicisons, il en restera toujours quelques chose", LiveSearch (Microsoft) s'installe dans la motorisation de Facebook. (Rappelons pour mémoire que Google motorise - et constitue la régie publicitaire de - MySpace). Voir aussi pourquoi Jérôme Charron s'en félicite.
  • Pour les Googlophiles anglophobes, découverte de Goopilation, un blog qui traduit en français les billets de l'ensemble des blogs officiels de Google.
  • Et puis, et puis ... en septembre 2005, Google faisait disparaître de sa page d'accueil la mention du nombre de pages indexées, laissant les compteurs de notre imaginaire collectif baguenauder librement. Dans un billet en date du 25 Juillet, sur son blog officiel, Google annonce que son crawler a franchi une étape ("a milestone") : 1000 milliards d'adresses uniques détectées, ce qui, comme le rappelle Jean Véronis n'est pas la même chose que le nombre de pages indexées, mais qui est "déjà très impressionnant". Au-delà de son effet subliminal dans l'inconscient collectif (= "c'est Google qui a la plus grosse" ... base d'index), cette annonce révèle ce qui est l'un des tournants marquants dans l'histoire des moteurs de recherche : la principale difficulté, le principal objectif, n'est plus la capacité à atteindre un grand nombre de données (et à les réactualiser en temps réel), mais bel et bien la capacité à faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, entre ce qui doit être indexé et ce qui ne doit pas l'être. Soit un retour à la raison d'être et aux fondements de leur algorithmie.
  • En parlant d'algorithmie justement, du côté de Yahoo! on semble s'intéresser de près à la mode des moteurs à la carte. Mais si souvenez-vous, ces moteurs "construits par l'internaute" et faisant de chacun de nous un autarcithécaire en puissance. Yahoo! a donc lancé le service BOSS (Build Your Own Search Service). Pour ne pas répéter ce que d'autres ont très bien décrit, allez lire le billet de Jérôme Charron sur le sujet. La stratégie de Yahoo! paraît claire : étant donné que le monde compte nombre d'excellents développeurs plein de bonnes idées, et étant donné qu'actuellement aucun d'entre eux ne peut bénéficier d'un équivalent de la base d'index de l'un des grands moteurs majeurs, il s'agit donc de leur offrir un accès à cette base, de les laisser bidouiller en postulant qu'il y aura probablement dans le lot une bonne ou une très bonne idée dont on pourra alors librement s'inspirer. Et dans le cas contraire, pendant qu'ils font joujou chez Yahoo!, ils ne vont pas monter de projet concurrent ;-).
  • La dérive des continents documentaires (voir ici) se poursuit, avec cette dernière étape clé de la synchronisation de nos moments connectés / non-connectés : après GoogleDocs et GoogleReader, c'est GMail et GoogleCalendar qui devraient être accessibles via GoogleGears. Rappelons, pour tenter de clarifier la "stratégie" de Google en la matière, que la synchronisation de ces applications est l'un de piliers incontournables du "webtop" ou du "WebOS", webtop dont on reparlera plus bas dans ce billet de rentrée.
  • L'une des dernières études du PewInternet nous apprend que si en 2002 seulement un tiers des internautes utilisaient un moteur de recherche pendant leur journée connectée, ils sont maintenant la moitié à le faire (49%). Les autres "habitudes" sont (de la plus à la moins fréquente) : l'e-mail, la recherche en ligne, la consultation d'actualités ("checking news"), et la consultation de la météo.

Côté Moteurs, outils ET bibliothèques :

  • Je vous l'avais annoncé avant les vacances, la bibliothèque municipale de Toulouse est désormais sur FlickR. Pour les détails et les motivations de cette (remarquable) opération, voir le message posté sur biblio-fr. Une Flickerisation des bibliothèques qui fait flores (6 à ce jour) comme en témoigne cette nouvelle initiative lue chez André Gunthert : "la George Eastman House est le premier grand musée de photographie à mettre en ligne en libre accès dans la section des Commons de Flickr plusieurs extraits de ses collections." Sans oublier, comme le rappelle Patrick Peccatte en commentaire du billet d'André, "les institutions présentes sur Flickr qui présentent des fonds intéressants mais pas sous le régime des Commons, comme la Biblioteca de Arte-Fundação Calouste Gulbenkian." Je croie qu'il y a là l'amorce d'un mouvement de fond (et de fonds ;-), dont l'impact à moyen terme pourrait être assez semblable à celui des projets de numérisation (Google Books).
  • et puis bien sûr, l'annonce de la numérisation de la BM de Lyon par ... Google. Là encore, un peu de patience, c'est le sujet d'un prochain billet.

Côté bibliothèques ...

  • Le discours de Barak Obama : sources, références et larges extraits à lire chez Jean-Michel Salaun.
  • Côté bibliothèques ET revues : Valérie Pécresse (ministre enseignement supérieur) et son copain Bruno Racine (BnF) avaient bien caché leur jeu. Le ministère de l'enseignement supérieur vient d'annoncer le déblocage de 10 millions d'euros pur la création d'une archive pour les revues de recherche françaises. L’objectif de cette archive est de conserver sur le long terme les revues scientifiques qui ont un faible usage. Cette archive sera sous la responsabilité de la BnF qui assurera également l’accès aux articles, sur support papier ou électronique, par son service de fourniture de documents. Ah ben non désolé. Fausse alerte. C'est pas en France. C'est au Royaume-Uni. A mettre en balance avec l'approche et l'existant hexagonal.
  • Et puis les diaporamas du dernier congrès de l'ABF (blog du congrès) sont regroupés en ligne sur le site de l'ABF.

Côté livre/document/lecture numérique :

  • André Gunthert nous livre une belle analyse d'un beau concept : la lecture exportable (ou les affres d'un copyright en bout de course). De mon côté je prolongerai bien l'analyse d'André en indiquant que ce qu'il décrit à juste titre comme une lecture exportable est en fait la réalisation concrète la plus proche de l'idée originale de transclusion (chez Ted Nelson - père fondateur de l'hypertexte - la transclusion désigne des contenus non plus "inclus" mais situés simultanément à divers endroits, sans altérer pour autant leur localisation originale ... pour plus d'infos voir sous le lien précédent).
  • L'iPhone devient liseuse : Virginie Clayssen rappelle à quel point la nouvelle pourrait être d'importance pour le décollage et la structuration d'un marché du livre électronique.
  • A lire : les enjeux du livre au format de poche, une étude de 8 pages de la DEPS, qui ne se termine pas par hasard sur "la perspective numérique", au moment où l'on parle de plus en plus d'une date limite de consommation des livres sous forme papier.
  • Et pendant que l'on réfléchit de plus en plus activement ici ou là sur l'avenir de la chaîne du livre à l'heure du numérique, le rouleau compresseur continue d'avancer : Amazon met la main sur AbeBooks (via Hervé Bienvault)

Côté biblio-scientométrie

  • la face cachée de la bibliométrie existe, et plus simplement au sens figuré. Pour organiser - selon des critères bibliométriques (taux de citation / date de parution de l'article / ... )  - les résultats issus d'une interrogation de la base Medine, imaginez que la liste desdits résultats soit ... une liste de visages dont le froncement des sourcils ou le sourire (ou l'absence de sourire) seont autant d'indicateurs vous permettant d'anayser lesdits résutlats et de mieux vous y orienter. Pas clair ? OK, une image :
    Facebib
  • le site reprend en fait la théorie des visages de Chernoff (voir ici ou pour une définition de ladite théorie) en l'adaptant aux usages scientométriques et en la faisant "tourner" sur une base d'articles scientifiques (PubMed). Gadget diront certains. Sûrement. Sûrement. Aussi sûrement que cela ouvre autant de pistes du côté d'une "humanisation" littérale des résultats de recherche. La source : ici. Pour jouer avec : .

Côté Science 2.0

Côté Web 2.0 ...

  • une petite bibliographie autour du web 2.0 mêlant articles scientifiques, thèses, ouvrages et études diverses, le tout accessible gratuitement.
  • Une jolie mise en image des différents services sociaux autour du web 2.0.
  • Je vous ai souvent parlé (en conclusion de ce billet par exemple) de l'inexorable avançée d'un mouvement d'externalisation de nos mémoires (intimes ET documentaires), lequel, conjugué à une informatique ambiante (everyware) et à une redocumentarisation du monde (internet des objets) et de l'homme (l'homme est un document comme les autres), donne littéralement corps à un hypercortex planétaire. Le résultat à court terme - 2040 -, et en termes beaucoup plus clairs (:-) est expliqué dans un édito du 16 Juillet de Wired, édito chroniqué, résumé et traduit sur InternetActu : "La machine unique pour les relier tous".
  • Prenez la plus grosse base de donnée iconographique gratuite de la planète (FlickR). Prenez ensuite l'une des toutes premières agences commerciales de diffusion de photo (Getty Images). Imaginez un accord entre les deux permettant à la seconde (Getty) de piocher à volonté dans la première (FlickR) pour en revendre le contenu en reversant 20 à 40% de la somme récoltée au photographe amateur. Et vous aurez un système gagnant-gagnant et un exemple très parlant de la manière dont les pro-am deviennent un incontournable levier de l'économie de la longue traîne.

Côté Web 2.0 et après ...

  • Après le Web 2.0, il y a naturellement le cloud computing. Hervé Le Crosnier signe un papier lumineux sur le sujet dans le Monde Diplo. Didier Durand signale un intéressant white paper d'évangélisation (technique) en provenance de chez Amazon : Cloud Architectures (.pdf)
  • Après le web 2.0, il y a aussi le webOS, soit la migration du Desktop (bureau comme interface du disque dur) vers le webtop (navigateur comme interface de nos disques durs "en ligne"). Nova Spivack rédige sur le sujet un article de référence qui récapitule les enjeux et les ambitions de cette nouvelle migratio numérique des contenus et des comportements associés : "The future of the Desktop".
  • Après le web 2.0, il y a l'explosion des contenus gourmands (en bande passante) : voir les chiffres de la dernière étude Cisco, rapportés par Eric Baillargeon. Et de manière corrélée, il y a un phénomène de "dés-appropriation" de plus en plus systématique des contenus demandés par les internautes : voir le billet de Techcrunch rapportant le régne annoncé du "tout streaming". Là encore une nouvelle étape de la dérive des continents documentaires, dans laquelle après avoir confié nos contenus à des sites externes (tout en gardant une possibilité d'archivage en-ligne), nous prenons de plus en plus l'habitude de consommer des contenus comme de simples services, sans appropriation réelle ni possibilité de conservation ou de stockage. Bref, nous faisons avec Internet ce que nous faisions hier avec la télé, avant que l'on invente les magnétoscopes. Sauf que sur Internet, c'est pas très facile de réinventer le magnétoscope, comme en témoigne les mésaventures du service (excelletissime) Wizzgo. Espérons avec Jean-Michel que "S'il y a beaucoup de mythes dans le Web 2.0, il y a aussi beaucoup de préjugés chez les médias traditionnels, à commencer par croire que l'on peut retarder l'expression d'une demande explosive."

Côté énervements récurrents :

  • la fausse bonne idée de l'université entreprise, à lire sur le site de SLR ... pendant ce temps, Valérie Pécresse distribue les médailles en chocolat comme autant de labels vides de sens (et de financements ...)
  • les vraies-fausses promesses de maître Darcos. (= Episode 1 : on va supprimer plein de postes, mais en échange on va revaloriser la grille des salaires. Episode 2 : on va supprimer plein de postes. Euh ... oui oui, on va aussi revaloriser la grille des salaires. Mais pas tout de suite hein ? Episode 3 : relire l'épisode 2)
  • "L'autonomie" (financière) souhaitée des université est vraiment - mais alors vraiment - une notion à géométrie variable.
  • et dans la série "faisons fonctionner de nouveaux trucs avec tous les défauts des anciens machins", je vous recommande la lecture de "l'ANR pour les nuls" sur le site de Sauvons la Recherche.
  • Tout cela nous rappelle que la loi LRU a 1 an. A lire sur EducPros, un rapide bilan des opérations. A remarquer : seulement 9 universités (sur 85) ont décidé de mettre en place les fameux comités de sélection en lieu et place des anciennes commissions de spécialistes. Ce manque d'engouement n'est pas nécessairement la preuve d'un désaveu du système proposé (par les comités de sélection). Simplement le résultat d'un calendrier de mise en place à la hussarde et le symptôme d'un très grand flou dans le "comment concrètement" faire tourner ces nouveaux comités de sélection. Le résultats c'est que la plupart des université, déjà très occupées à mettre leur CA aux nouvelles normes, n'ont pour le moment pas eu vraiment le temps de s'occuper de la mise en place de ces comités. C'est à la fin de cette année universitaire que l'on pourra réellement juger sur pièces, même si de mon côté, mon opinion est faite ... Et par souci d'impartialité, le bilan de la loi LRU, côté communiqué officiel :-)
  • Sans archive(s) pas de mémoire, sans mémoire pas d'Histoire. Le petit monde de l'archivistique est depuis peu en butte à de sévères bouleversements qui engagent tout un pan de notre mémoire collective. Voir ici et là.
  • Edvige et Cristina. La France en (très) bonne place pour les prochain BigBrother Awards. Voir (parmi d'autres) : Politis, Le Monde, le point de vue de Jean-Marc Manach, l'article d'EDRI avec les liens vers les parutions du JO et d'autres couvertures presse. Ils en parlent aussi : l'ADBS. Au moins, cette affaire aura donné lieu, sur France Inter, à un téléphone sonne d'anthologie :-(
  • Et toujours à l'affiche, "les cages de la république".

Côté People et Blogosphere :

  • ce dont tout le monde a parlé cet été c'est la guerre entre blogueurs et journalistes. Rappel des faits.
  • Le départ de Versac tout comme la sortie de route classement de FredCavazza sont d'ailleurs peut-être assez symptômatique d'un changement d'époque. Car outre-atlantique aussi, Francis Pisani nous apprend que Jason Calacanis himself annonce son retrait blogosphérique. Je suis de mon côté depuis longtemps convaincu que les blogs auront permis l'émergence de nouvelles formes de parole (et de prise de parole), côté scientifique notamment, et qu'ils se dirigent lentement mais surement vers une hybridation de plus en plus marquée (voir les exemples très éclairants choisis par Narvic).
  • Et puis le choc de l'été sur les blogs sciences de Wikio : André Gunthert dégringole à la troisième place et Jean Véronis fait une entrée fracassante directement à la seconde (place). De mémoire d'homme, seule Samantha Fox avait, à l'époque du Top 50, réussi une telle entrée. M'est avis qu'avec de tels challengeurs qui ne respectent même pas la pause estivale, ma première place va rapidement être remise en question. Assez bizarremement, ni Closer, ni Gala ni Voici n'ont fait leur "une" de cet événement pourtant incountournable.

Côté identité numérique :

  • A l'heure où la gestion de la réputation numérique est chaque jour plus centrale pour le simple quidam, elle revêt, pour le futur potentiel président des Etats-Unis une importance plus que vitale. On lira donc avec intérêt sur le blog VerbalKint, la stratégie mise en place par l'équipe de campagne de Barak Obama pour contrer les rumeurs en temps réel. Intéressant de noter également l'évolution qui, depuis la dernière élection présidentielle américaine, avait marqué l'avènement des blogs comme outils de lobbying, et qui se décline aujourd'hui sur le mode de la gestion de la réputation. Comme dans la "vraie vie" des "vrais gens" pour qui les blogs, après être devenu un outil d'expression central, sont aujourd'hui l'un des principaux axes de leur visibilité numérique et de ce qui s'y rattache.

Côté "ça peut toujours servir" :

Côté Agenda :

Côté lectures :

Côté visionnage :


Ce qui me frappe dans tout ça ...

Comme dans la nouvelle de Borges, "Funes ou la mémoire", le mouvement d'externalisation de nos mémoires, documentaires et intimes, nous mène droit vers une société à l'hypermnésie latente, activable. Avec Google dans le rôle de Funes, et de son côté, pas la moindre aspiration à s'enfermer dans une pièce vide pour ne plus rien "enregistrer".

Bonne rentrée à tou(te)s :-)

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 mois ;-)

Les cahiers au feu ... et les fils RSS au milieu

Comme promis, un petit billet "revue de liens" pour expurger mon agrégateur avant de partir en vacances.

Côté Moteurs (et un peu au-delà) :

  • Difficile de passer à côté du "big deal" passé entre Yahoo! et Google suite à la tentative avortée de rachat de Yahoo! par Microsoft. Pour une synthèse, voir notamment ce qu'en disent Adscriptor, Techcrunch, Média & Tech, Francis Pisani, Techcrunch France, ReadWriteWeb et (plus synthétique) Le Monde. Quelques analystes avaient, dès le départ de l'affaire, souligné que l'offensive de Microsoft avait de forte chances d'échouer au profit de Google. Ce dernier tire effectivement une nouvelle fois son épingle du jeu en renforçant une position déjà outrageusement hégémonique sur le marché de la publicité en ligne. De son côté, Yahoo! sauve (provisoirement ?) les meubles en renflouant ses caisses, mais le "coup" porté par cette affaire est en train de bousculer grandement (et durabement ?) la structure (et l'autorité) de son exécutif ...
  • Microsoft (pour se remettre du fiasco Yahoo ?) vient donc officiellement de s'offrir Powerset, moteur plus sémantisé que réellement sémantique (comme je tente de l'expliquer dans les 75 000 signes rédigés pour le séminaire INRIA IST'2008). L'argumentaire mis en avant dans le billet du blog de Microsoft est celui du renforcement du moteur Live.com (qui est clairement à la ramasse par rapport à Google et Yahoo) grâce à la mise en avant de la compréhension du contexte et de l'implicite. Bref, Microsoft entre officiellement dans la course au web sémantique. 
  • On pouvait déjà faire plein de choses avec Google et ses services (ou ceux qu'il a rachetés). On peut désormais en faire encore plus. Celui-ci a en effet annoncé qu'il allait se lancer dans le marché (juteux et stratégique) de la mesure d'audience et du "média-planning". Un créneau jusqu'ici propriété quasi-exclusive de Nielsen Online et ComScore (qui en tremblent déjà ...) ou Médiamétrie dans l'héxagone. Inutile je pense d'en rajouter une couche sur le fait qu'en gagnant (ce n'est pas encore fait et comme le souligne Emmanuel Parody c'est le marché de masse qui est d'abord visé ...) le marché de la mesure d'audience, Google devient un peu plus l'alpha et l'oméga d'une certaine représentation du web. Cette nouvelle corde à son arc est cependant parfaitement "logique" pour au moins deux raisons : primo l'infrastructure dudit Google, son nombre colossal de serveurs, et l'ampleur des données qu'il recueille et dont il peut librement disposer, deuxio, l'atout stratégique et l'effet de levier que représente un outil planétaire de mesure d'audience pour (mieux) vendre (encore plus) de la publicité aux annonceurs. Le service porte le doux nom de Google Ad Planner.
  • Google (ben oui, encore ...) se lance dans une opération de communication de maintien de la neutralité du Net. A l'heure où l'on constate partout (y compris en France - loi Hadopi - et au Canada mais aussi aux Etats-Unis avec la très récente annonce d'une purge du réseau Usenet) la transformation des FAI en auxiliaires de police, Google à donc annoncé (sans fournir de date ni de nom de service, ni de détails ...) : "le développement d’outils qui permettront aux internautes de vérifier par eux-même si leur fournisseur d’accès à Internet (FAI) intervient d’une manière ou d’une autre sur leur connexion." (via Ecrans) L'alpha et l'oméga disais-je ... A propos, plus largement, de la loi Hadopi (parenthèse ci-dessus), il existe heureusement encore quelques dangereux anarchistes pour tenir un discours vivifiant et cohérent sur la question du copyright et du logiciel libre.
  • Le web invisible connaît un deuxième recul très significatif. Après l'annonce (par Google) d'une indexation possible des données contenues derrière certains formulaires de recherche, c'est désormais Adobe qui annonce que le format Flash sera indexable par les moteurs. Comprenez : Adobe va mettre à disposition de Google et Yahoo! (pourquoi pas de Microsoft ? Parce que Microsoft développe sa propre technologie concurrente à Flash : Silverlight) un player spécifique qui permettra de naviguer "dans" les sites en flash et d'en indexer certains éléments au passage. Pour le reste, voir le billet de Techcrunch d'où je tiens l'info, les Questions/Réponses de Google WebmasterCentral et la FAQ d'Adobe. La question de l'indexation (et du référencement) des sites en Flash est un vieux serpent de mer pour les référenceurs. Avec ce nouveau système, c'est un pan entier du web qui va à son tour émerger dans les pages de résultats des moteurs. Les avis des analystes sont par ailleurs assez partagés sur l'intérêt et la nouveauté relative de cette indexation.

Côté Réseaux sociaux :

  • Marc Andreessen (fondateur de Netscape et actuel gourou de Ning) rejoint l'exécutif de Facebook. Bonne pioche dans tous les cas et rapprochements probables ou nouvelle concentration à venir de ce côté là.
  • Une bibliographie sur la question des réseaux sociaux par l'une des meilleurs spécialistes de la question, Danah Boyd.
  • Un entretien avec Pierre Bellanger (PDG Skyrock) à propos du "premier réseau social d'Europe" (Skyblogs) dans lequel tombe une (de mes) idées reçues : "La totalité (des blogs) est active. Tout blog qui n'a pas été modifié ou consulté dans les derniers 90 jours est automatiquement supprimé. Près de 10 000 blogs sont ainsi fermés chaque jour, tandis qu'il s'en crée plus de 30 000. La plate-forme est un réseau vivant. Pas de cimetière de blogs ou de profils chez nous !"

Côté web 2.0 :

Côté bibliothèques :

Côté Wikis et Wikipédia :

Côté "livre et numérique" et livres numériques :

Côté Web sémantique :

Côté bibliométrie et indicateurs scientifiques :

  • un rapport sur l'usage statistique des citations (.pdf) et son résumé en français sur le site de Sauvons la recherche. Le rapport plaide clairement en faveur d'une théorie de la relativité générale des indicateurs statistiques scientifiques là où la plupart des "décideurs" y voient l'alpha et l'oméga de toute politique d'évaluation digne de ce nom. Pour les autres, il est toujours possible de faire joujou avec ce genre d'outils.

Côté lectures :

  • le dernier Livre Blanc de Christophe Asselin/Digimind sur la "Réputation Internet". Avec notamment quelques buzz digitaux disséqués et l'indication de "stratégies" pour les anticiper, les démonter, les relancer, les contrôler. Du simple veilleur au consultant en communication de crise, ce Livre Blanc devrait amplement satisfaire son lectorat.
  • LA bible du documentaliste et du bibliothécaire : le Traité de Documentation de Paul Otlet, sous-titré "Le livre sur le livre". C'était en 1934. Et on n'a guère fait mieux depuis.
  • Pour se faire plaisir (et se faire un peu peur dans la veine du 1984 d'Orwell), la dernière nouvelle de Cory Doctorrow : Little Brother. Librement téléchargeable.

Côté ressources pédagogiques :

  • Un vrai cours en ligne de Laurent Jenny sur l'Histoire de la lecture (avec bibliographie, exercices et tout et tout)
  • Prenez des textes scientifiques "fondateurs" et faîtes-les analyser par des scientifiques d'aujourd'hui pour mieux comprendre leur impact et leur inaltérable actualité : c'est la très bonne idée du projet Bibnum, pour l'instant encore à l'état de maquette, mais dont on souhaite qu'elle prenne très rapidement son essor (et qu'elle s'ouvre au-delà des 4 domaines qu'elle entend pour l'instant couvrir - math, physique, chimie, biologie -  les SHS constituant un formidable terrain de jeu pour ce genre de mise en perspective).

Et pour finir, un petit lien du Week-End :-)

La fracture amicale.

"La nouvelle fracture numérique opposera les gens disposant d'un réseau d'amis et ceux sans amis. L'ancienne fracture numérique entre les riches (ceux disposant d'une connexion internet) et les pauvres continuera d'exister." La citation (repérée par TechCrunch) est de Robert Scoble. Si cette "formule" m'intéresse c'est parce qu'elle traduit assez bien la manière dont, in fine, les logiciels sociaux (qui, rappelons-le, sont bien plus que les simples "réseaux sociaux") ont durablement transformé la nature de notre rapport au web.
<Parenthèse> Dire que les logiciels sociaux ont transformé la nature de notre rapport au web, n'est pas du tout la même chose (et est à mon avis beaucoup plus juste) que d'affirmer - comme on le lit un peu trop souvent - que les réseaux sociaux ont changé la nature du web </Parenthèse>
Il me semble qu'aujourd'hui, dans l'essentiel de nos pratiques, la socialisation dans sa dimension expérientielle première, est devenue au moins aussi importante que les trois activités qui firent la spécificité du primo-web, c'est à dire la navigation-lecture (browsing), la navigation-recherche (searching) et naturellement l'écriture (au sens large de "production de contenus"). Ce qu'ont permis les logiciels sociaux c'est le transfert de logiques de socialisation grégaires depuis des espaces clos et dédiés (les forums ou groupes Usenet) vers des espaces réellement réticulés, c'est à dire largement distribués au travers du moindre espace d'écriture ou de navigation.
Cette réflexion en appelle une autre. Il n'est pas aujourd'hui sur le web d'espace de production de contenus numériques qui n'échappe à l'angle d'une analyse "conversationnelle", "socialisante". On n'écrit plus, on ne publie ou ne produit plus aujourd'hui de contenu simplement pour être présent, pour occuper un espace, ou pour être bien "positionné" mais tout au contraire pour confronter ou pour souscrire. On écrit, on publie, on produit pour engager un débat. Pour "se" confronter aux autres. Pour maintenir et établit un contact. De toutes les fonctions du langage théorisées par Jakobson, c'est la fonction phatique qui est au coeur de l'ensemble des socialisations numériques, y compris (et surtout ?) de l'écriture-socialisante qui couvre  (par exemple) l'immense majorité des productions de la blogosphère.
Comme nouveaux totems de cette dominance du phatique, citons les trackbacks ou rétroliens (qui en inversant la polarité des liens pour la première fois dans l'histoire de l'hypertexte, contribuèrent largement à disséminer ladite fonction phatique et à en faire l'un des tout premiers horizons d'attente de l'écriture numérique courante). Citons également l'incontournable et parfaitement totémique "poke" de Facebook
Pour autant, et dès que cette confrontation se trouve inscrite dans un processus collaboratif assez large impliquant un nombre significatif de personnes, on retombe très largement dans les anciens et classiques shémas auctoriaux et éditoriaux. Des shémas "étagés" dans lesquels les fonctions de représentativité et de leadership sont réaffirmées comme essentielles. La présumée "sagesse des foules" n'est que l'exercice d'une démocratie numérique rigoureusement équivalente au système politique dans lequel nous évoluons. La seule différence (de taille) vient de son amorçage : les "leaders", les "gourous", les "éditeurs", les "auteurs" ne sont pas élus dans une logique de représentativité en assumant une charge "par délégation", mais ils sont les promoteurs ... à l'origine de leur propre promotion. Une promotion dans le meilleur des cas au service d'un projet ou d'une parole, et dans le pire des cas au seul et unique service d'un égotisme forcené. Les autres, tous les autres y souscrivent au sens littéral du terme. Ils écrivent, publient, discutent, débattent "en dessous", dans les limbes palimpsestiques de ces nouveaux espaces de socialisation numérique. La fonction phatique ne prime plus. Le "poke" redevient "private joke".
Le web, quelle que soit sa dénomination ("world wide web, world live web, world life web"), sa numérotation (1.0, 2.0 ...) demeure un espace rhizomatique mais devient de plus en plus organique ; son organisation confine à l'organique. Les liens unissant des contenus y côtoient désormais les relations unissant des personnes. Cette corporéité nouvellement incarnée n'est pas simplement métaphorique. Elle traduit un changement de nature radical. L'erreur serait de croire que ce changement de nature est également un changement d'objet. Le web est et demeure une artefacture technique. L'erreur serait de ne chercher qu'à questionner cette artefacture. Le web n'est qu'un vecteur. Le changement concerne tout au contraire notre rapport individuel et intime à la socialisation. Notre rapport à l'autre.
Il y a quinze ans de cela, des scientifiques, des universitaires, se posaient la question de savoir quels documents/contenus pouvaient être numérisés. La réponse est aujourd'hui connue : il n'est aucun contenu qui ne résiste à la numérisation, rien qui ne puisse être numérisé ou numérique. Rien qui ne puisse être re-présenté "sous forme" et "au format" numérique. Pro forma. Ce qui est vrai des documents/contenus le sera-t-il également pour les individus et les relations interpersonnelles ?
Ce n'aura pas été le moindre mérite de Facebook et consorts que de permettre que ces questions soient posées. Les réponses seront là aussi évidentes. Dans 15 ans. Ou peut être moins. D'ici là nous aurons grand besoin de sociologues pour nous aider à bâtir la science du web.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h30)

Quiz 2.0

Le site SavoirsCdi.net propose un petit quiz sympa autour du web 2.0. Les réponses sont à chaque fois explicitées par un court paragraphe, et le site propose également une bibliographie.

La morale économique du web 2.0 selon Jenkins.

Henry Jenkins est professeur au MIT. Sur son blog il nous livre 4 billets essentiels pour comprendre l'économie et la morale du web 2.0

  • "The moral economy of web 2.0" (Part 1) : Jenkins se livre à un rappel et à une analyse des fondamentaux : Economie du don, User-generated-content, "Vous faîtes tout le contenu, nous gardons tous les revenus". Ce que Jenkins entend par "économie morale" est ensuite décrit dans son billet :
    • ""Moral economy" refers to the social expectations, emotional investments, and cultural transactions which create a shared understanding between all participants within an economic exchange. The moral economy which governed old media companies has broken down and there are conflicting expectations about what new relationships should look like. The risks for companies are high, since alienated consumers have other options for accessing media content. The risks for consumers are equally high, since legal sanctions can stifle the emerging participatory culture".
  • "The moral economy of web 2.0" (part 2) : Jenkins revient sur la culture de la participation :
    • "How audiences are imagined is crucial to the organization of media industries (Ang 1991; Hartley 1987), which rely on such mental models to shape their interface with their public. Convergence culture brings with it a re-conceptualization of the audience - how it is comprised, how it is courted, what it wants, and how to generate value from it. Increasingly, audiences are valued not simply based on what they consume but also on what they produce. The audience is no longer the end point along an industrial chain, and as Bruns (2007a n.p.) argues, they no longer need to "resort to auxiliary media forms."
  • "The moral economy of web 2.0 (part 3)" : le troisième billet illustre bien le décalage qu'il peut y avoir entre les intérêts et les exigences de l'audience et ceux de l'industrie-en-quête-d'audience (autour de l'exemple notamment des fan-fictions)
  • "The moral economt of web 2.0" (part 4) : ce dernier billet, revient sur les derniers événements en date, c'est à dire, selon Jenkins, une forme de retour de la prohibition et de criminalisation des pratiques de consomma(c)tion de ces audiences qui entendent tirer parti (et parfois "revenu") de leur apports dans le contexte d'une économie de la participation, un parti et un "revenu" que les industries culturelles rechignent à donner. Jenkins distingue l'approche "prohibitionniste" et l'approche "collaborationniste" :
    • "If the collaborationist approach welcomes fans as potential allies, the prohibitionist approach sees fans as a threat to their control over the circulation of, and production of meaning around, their content. Consumers are read as "pirates" whose acts of repurposing and recirculation constitute theft. The prohibitionist approach seeks to restrict participation, pushing it from public view. The prohibitionist response needs to be understood in the context of a renegotiation of the moral economy which shapes relations between media producers and consumers." Ce concept d'économie morale (déjà ancien, et que Jenkins attribue à P. Thompson (1971) qui étudia le phénomène des émeutes liées à une situation de pénurie alimentaire), ce concept de morale économique ou d'économie morale donc, "n'implique pas simplement des obligations économiques et sociales entre producteurs et consommateurs, mais également des obligations sociales envers les autres consommateurs."

Le contenu de ces 4 billets est largement repris de l'ouvrage incontournable de Jenkins (Convergence Culture: Where Old and New Media Collide.), dans lequel il démontre que le facteur de "convergence" est davantage un paramètre culturel que technologique et que les compétences acquises au travers d'activités de type "loisir" (autour de l'usage des "nouveaux" médias) sont de plus en plus aisément et systématiquement transférables/transférées dans des contextes professionnels. Enfin, le dernier billet contient une intéressante bibliographie sur la question, de Pierre Lévy à Yochaï Benkler en passant par Clay Shirky.

(Temps de rédaction de ce billet : 45 min)

Les évolutions de l’information : le web collaboratif et la gestion de l’identité numérique.

Article "de commande" pour la prochaine parution de la brochure "Repère" de l'ENSSIB (qui dispose également d'un site web)

  • Le web 2.0 : partage et collaboration

Le web 2.0 désigne, pour les outils d’accès, de production et de recherche d’information, la part de plus en plus grande qui est laissée à l’utilisateur. Les blogs (plateformes éditoriales « clé en main » ), les wikis  (sites collaboratifs dont chacun peut modifier le contenu), les fils RSS (permettant de suivre les dernières nouveautés publiées sur un site), mais également ces gigantesques réservoirs de contenus que sont FLickR (pour les photos), DailyMotion ou YouTube (pour les vidéos) sont autant de sites et de technologies emblématiques de ce web 2.0. Auparavant, les contenus étaient le fait d’une communauté relativement réduite (enseignants, universitaires, entreprises, institutions …), et ils étaient mis à disposition sans ouvrir beaucoup de possibilité d’interaction et de partage. Le point commun des sites et des technologies « 2.0 » est de permettre aux internautes de partager, de participer, de « remixer », de noter, de diffuser et d’accéder à des contenus qu’ils produisent majoritairement. Le passage au web 2.0 se caractérise donc par une frontière de plus en plus floue et perméable entre les producteurs et les utilisateurs de contenus. Ce dernier point est aussi le plus controversé : l’abolition des filtres éditoriaux habituels, la prédominance de contenus « amateurs » font du monde numérique un terrain d’observation privilégié de la démocratie directe dans ce qu’elle a de meilleur (partage, réciprocité, interaction, collaboration) mais également de pire (dictature de la masse, notoriété l’emportant sur l’expertise, logiques quantitatives plutôt que qualitatives).

  • La gestion de l’identité numérique.

Contexte : En lien avec l’avènement du web 2.0, l’usager est aujourd’hui au cœur, non seulement des contenus circulant sur le Net, mais également des préoccupations des grands acteurs propriétaires de ces sites, qui, pour rentabiliser leur modèle économique et continuer d’offrir un accès le plus souvent gratuit à ces services, ont besoin de connaître le plus finement possible leurs utilisateurs, afin de leur proposer des publicités contextuelles parfaitement ciblées. L’une des grandes nouveautés du web actuel est qu’un très petit nombre de sociétés collectent (via les services qu’elles offrent) et ont la possibilité de recouper un très grand nombre d’informations sur chacun d’entre nous : ces informations relèvent aussi bien de notre sphère publique (notre métier par exemple), de notre sphère privée (nos relations, nos amis), que de notre sphère intime (nos préférences politiques, sexuelles ou religieuses).
Ne pas confondre identité et identifiants :
La question de l’identité numérique doit être distinguée de celle des identifiants que nous utilisons pour accéder à différents services. Sur ce dernier point, différents projets existent pour tenter de proposer un standard d’identification unique qui via un seul login et mot de passe, permettrait de s’enregistrer sur toute une gamme d’applications et de pouvoir les utiliser (OpenID …)
Qu’est-ce que l’identité numérique ? Une collection de traces.
L’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audio ou vidéo, messages sur des forums, identifiants de connexion …) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau. Cet ensemble de traces, une fois qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche, peut parfois produire des résultats gênants (et ce malgré le recours assez fréquent à des pseudonymes d’identification). Ainsi, la pratique consistant à taper le nom de quelqu’un dans un moteur de recherche pour voir quels sont les premiers résultats qui ressortent est devenue de plus en plus courante, notamment dans le cadre d’un recrutement. La question est d’autant plus importante que l’on parle aujourd’hui de « natifs numériques » (digital natives), c’est à dire d’une génération qui utilise différents services web dès sa prime enfance.
Que faire après coup ?
Si vous souhaitez voir disparaître certains contenus vous concernant, vous avez la possibilité de vous adresser d’abord aux gestionnaires des sites qui disposent desdits contenus. Cela peut concerner la suppression d’une vidéo ou de photos, mais également de messages sur différents forums de discussion. La deuxième étape est de s’adresser directement aux moteurs de recherche : ceux-ci conservent en effet souvent dans leur « cache » une version des contenus précédemment supprimés. Il faut alors leur demander la suppression de ces contenus.
Comment rester maître de son identité numérique ?
L’idéal pour maîtriser son image numérique consiste à en devenir l’acteur principal. Ainsi, si vous tenez un blog sous votre nom, si vous achetez « votre » nom de domaine pour votre site web, si vous y déposez votre CV, ce sont ces éléments d’information qui devraient apparaître en premier dans les moteurs de recherche. Mais on ne peut pas demander à des adolescents alimentant leur skyblog ou leur MySpace aujourd’hui de penser à l’image que cela renverra d’eux dans 10 ou 15 ans. Les règles du bon sens demandent donc de conserver les identifiants utilisés lors de la création d’un contenu ou d’un service, pour pouvoir, le moment venu, supprimer ce contenu ou ce service. Eviter également de déposer des messages ou des contenus qui pourraient s’avérer nuisibles à notre image quelque soit le service utilisé et son niveau de « confidentialité » affiché. Enfin, avoir présent à l’esprit cette idée qu’une réputation numérique se construit de la même manière qu’une réputation « non-numérique » - c’est à dire patiemment et sur la durée - est encore le meilleur moyen d’agir en conséquence.

Olivier Ertzscheid. Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication.
Université de Nantes.
25 Mars 2008.

La sagesse des foules

La sagesse des foules est l'un des "paradigmes" du web 2.0. L'idée est que le collectif "flou", c'est à dire ayant simplement en commun un intérêt (partager des informations par exemple) ou une pratique (tagguer des photos par exemple), permet d'optimiser un certain nombre de processus, au rang desquels l'indexation, le classement et la recherche d'informations. In fine, certains y voient (ou tentent d'y voir) la possibilité d'une réelle valeur prédictive (la valeur prescriptive étant depuis longtemps avérée dans le marketing de masse)
Quelques principes selon son principal "théoricien", James Surowiecki, journaliste économique et auteur du bestseller éponyme (Wisdom of Crowd), d'où il ressort que ladite sagesse des foules est d'abord un éloge de la diversité. Une sorte d'iségoria prédictive et incarnée.

  • Collectivement les gens en savent plus que ce que les gens en haut croient.
  • Un groupe avec un QI moyen plus faible sera meilleur pour résoudre un problème qu’un groupe de gens avec un profil homogènes et un QI moyen plus élevé, grâce à leur diversité (origine, expérience, âge, formation…).
  • Avec un groupe homogène, plus les membres parlent, plus il devient stupide.
  • Il faut encourager les désaccords et les opinions dissonantes.
  • Les leaders doivent diminuer lors propre influence dans un processus de résolution de problèmes et éviter de s’entourer de gens qui pensent comme eux,
  • La diversité est la clé d’une foule intelligente, la diversité à deux niveaux tout particulièrement :
    • Perspective (la façon de percevoir un problème)
    • Heuristique (la façon de régler un problème)
  • Les groupes sont plus intelligents quand les gens agissent individuellement.

L’algorithme de Google serait l'exemple parfait de ce phénomène de sagesse des foules, en permettant de synthétiser en une fraction de seconde l’opinion des internautes et en mettant de l’ordre dans le chaos. Soit la quintessence instantanée et sans cesse renouvellée de l'iségoria : mécanique, algorithmique, "motorisée". Ces derniers propos ayant d'ailleurs été confirmés dès 2004 par Adam Bosworth, à l'époque vice-président ingénierie chez Google.
(Source : les points en italique sont la reprise de la prise de notes de Guillaume Brunet, lors de la conférence de James Surowiecki à la dernière journée Infopresse)

Docteur Google : quelle médecine pour demain ?

Prologue ...
Les moteurs, tous les moteurs, caressent depuis longtemps déjà le rêve d'être médecins. Après la bataille de l'information (gagnée "contre" la presse), après la bataille de la connaissance (sur laquelle ils disposent pour l'instant d'un très net avantage quantitatif "contre" les bibliothèques), la bataille du génome. Après s'être rendus maîtres de la base de donnée des intentions, c'est désormais, bien plus que du graphe social, du génome de l'humanité qu'ils sont en quête. Et leurs moyens ne sont pas ceux d'un Quichotte.

Ce qu'il y a derrière la médecine 2.0
Retour sur quelques problématiques essentielles de la "médecine 2.0" ou "quand les moteurs seront médecins" ...
Il faut d'abord noter que ce ne sont pas les applications (informatiques) qui manquent d'applications (médicales). ReadWriteWeb liste son top 20. On y découvre trois catégories de sites :

  • côté patients :
    • des sortes de forums pharmaco-hospitaliers à la sauce 2.0 (Patientlikeme) dans lesquels il est possible de trouver "ceux qui souffrent de la même maladie que moi" ou "ceux qui prennent le même traitement que moi".
    • des sites de stockage en ligne de l'ensemble de ses informations et données médicales (voir  par exemple le descriptif du site "Mivitals" sur Techcrunch)
  • côté praticiens : ils ne sont pas en reste avec Sermo qui permet à plus de 50 000 médecins et cliniciens d'échanger autour de cas pratiques et cliniques.
  • côté patient qui cherche un médecin : le site Vitals est proprement hallucinant (pour nos esprits étriqués de la vieille europe, mais tout à fait révélateur d'une certaine forme de pragmatisme orwellien anglo-saxon : le principe est que les patients peuvent soit y noter des médecins qu'ils sont allé consulter (ou non ...), soit s'en servir pour trouver des médecins (et voir s'ils sont ou non bien notés). Mais la fiche signalétique du médecin lambda ne s'arrête pas là : il est en effet possible pour tout médecin référencé dans la base de donnée de Vitals, d'avoir accès à ses affiliations (hopitaux ou cliniques dans lesquels il travaille ou a travaillé), à son cursus universitaire (quelle faculté a-t-il fréquenté et dans quelle "option"), à des informations "disciplinaires" (si le médecin à déjà dû faire face à des sanctions ou des procès, ou si de "mauvaises pratiques" ont été relevées par des patients), ses publications scientifiques, les langues qu'il parle, et les assurances médicales qu'il accepte ... C'est proprement hallucinant tant le décalage est immense avec les quelques tentatives françaises de jouer la compétition entre hôpitaux et entre praticiens sous couvert de transparence et d'information du patient.

La "santé 2.0" dispose même déjà de sa conférence au titre programmatique : "Connecting consumers and Providers". Vous aurez noté que "consumer" n'est pas davantage une traduction de "patient" ou de "malade" que "provider" ne l'est de "médecin" ... L'avantage c'est qu'au moins on sait où l'on met les pieds (nickelés) ...
Cette même médecine 2.0 hérite de nombre des avantages et des problèmes du sceau "2.0" parmi lesquels celui de la crédibilité, de l'autorité. Ces dernières problématiques pouvant s'avérer littéralement "vitales" dans le cas, par exemple, des blogs médicaux qui fleurissent aujourd'hui sur le net. Sur ce sujet (=ce que le "2.0" apporte à la médecine), je vous recommande ce diaporama exhaustif et incontournable (repéré grâce à Techcrunch)

Médecine 2.0 : une question de sphères de données.
Avant d'en revenir à nos chers moteurs, il faut bien comprendre que la clé de la médecine 2.0, ce sont les données. Exactement de la même manière que les données sont la clé du web 2.0. Et ces données sont de plusieurs ordres, appartenant à différentes sphères (sur l'origine desdites sphères, cf ma petite théorie de la dérive des continents documentaires) :

  • Sphère intime : Données "médicales". C'est le fameux "dossier médical". Vos traitements, vos prescriptions, l'historique de vos pathologies. La sphère est ici celle de l'intime.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Elles peuvent être publiques comme dans le cas des 4 services évoqués plus haut, avec la règle de l'opt-in (ce sont les principaux intéressés qui doivent alimenter leurs "fiches"). De "l'extime" (= de l'intime tourné vers l'extérieur) si l'on préfère.
  • Sphère publique collective : Données cliniques : elles rassemblent les articles et les données issus de bases de données en médecine et dans les domaines connexes. Ces données factuelles, ces protocoles d'expérimentations, ces articles scientifiques doivent être impérativement publics (dans une logique d'opt-out), et idéalement gratuits, pour que tous les praticiens qui en ont besoin - notamment dans les pays émergents ou en voie de développement - puissent y avoir accès dès que cela est nécessaire (sur ce sujet, vous pouvez d'ailleurs vous précipiter signer la pétition de soutien à la Cochrane Library, explications sur l'intérêt de la chose dans Urfist-Info).
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Votre génome. Son séquençage. Et toutes les applications (médicales ou non) qui y sont liées.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population, collectées par des sociétés ou des organismes n'ayant pas de vocation médicale affichée ou prépondérante.

C'est sur les bases du projet collectif ou politique (ou marchand ... ou les trois ...) qui soutiendra et "pensera" l'articulation de ces différentes sphères que se construira la médecine du siècle prochain.
Comme l'ont montré les points de rappels précédents, qu'il s'agisse des données, de la prescription, de la mise en relation, du stockage, sur tous ces points essentiels de la périphérie médicale, les moteurs de recherche sont évidemment les mieux placés pour proposer rapidement aux individus (et aux États ...) une offre médiale 2.0 "clé en main".

Ceux qui sont derrière la médecine 2.0
Après bien des effets d'annonce de la firme de Mountain View (pour un récapitulatif de sa stratégie, voir ce billet), c'est finalement Microsoft qui lui grilla la politesse avec le lancement de son service Healthvault, dont je vous disais plein de bien dans ce billet. Mais là où le site Healthvault ressemble encore aujourd'hui à une (jolie) usine à gaz toute pleine des logos de ses sponsors, et là où Healthvault reste encore avant tout un moteur de recherche d'informations et de données médicales, Google vient de reprendre l'avantage en déployant le premier partenariat terrain dans lequel un moteur de recherche (en tant qu'entité commerciale) se fait le principal et unique intermédiaire dans la chaîne de la prescription et du soin. Soit, vu sous un autre angle, une désintermédiation programmée et actée de l'acte médical.

La première pierre ...
Ce dont je parle c'est le partenariat avec la Cleveland Clinic. Un partenariat qui fera date, comme le fit celui des premières bibliothèques contractantes du programme Google Book Search (pour mémoire : Harvard, University of Michigan, New York Public Library, Oxford et Stanford). Les patients de cet organisme (la Cleveland Clinic) bénéficient déjà d'un accès à un dossier médical informatisé. Comme l'indique le billet du blog officiel de Google, ce partenariat vise donc à "tester notre modèle de partage de données." En clair (je reprends ci-dessous et traduis les points signalés dans le billet annonçant le partenariat) :

  • "les patients de la clinique pourront importer leurs données médicales dans un leur compte Google." C'est donc bien d'un changement de sphère qu'il s'agit : on passe de la gestion de données médicales "dans et par" un organisme habilité (une clinique), à la gestion des mêmes données "dans et par" une firme privée commerciale sans compétence médicale.

De son côté, l'annonce relayée sur le site de la clinique indique qu'entre 1500 et 10000 patients seront concernés et parle, à propos du susmentionné changement de sphère, d'un "live clinical delivery setting".  La même clinique annonçant que "le but ultime de cette expérimentation" est "de permettre aux patients d'interagir avec de multiples praticiens, services de santé et pharmacies." Un objectif que l'on retrouve mot pour mot dans le billet du blog officiel de Google qui indique travailler avec "beaucoup de compagnies d'assurance, de groupes médicaux, de pharmacies et d'hôpitaux." Ce "modèle de partage de données" dont parle Google est donc bien, pour moitié au moins, à destination de compagnies dont l'intéressement aux problématiques de santé n'a rien à voir avec le cadre du soin (compagnies d'assurance et pharmacies dans une moindre mesure).  Dit autrement, si l'intérêt pour le patient reste à démontrer et si l'intérêt pour l'avancée de la médecine restera nul, l'intérêt financier pour les groupes d'assurance et les grands groupes pharmaceutiques n'est lui, plus à démontrer ...

La deuxième pierre ...
Sept jours après l'annonce de ce partenariat, soit le 28 février, un nouveau billet du blog officiel Google pratique l'art consommé du teasing en délivrant parcimonieusement quelques copies d'écran du toujours annoncé et jamais encore entrevu service Google Health (d'où le qualificatif de Vaporware qui lui est octroyé par Techcrunch). Ladite copie d'écran permet d'avoir la confirmation que Google Health balaiera bien toute l'étendue des services de la médecine 2.0 telle que décrite plus haut : il sera possible d'y importer ses données médicales personnelles, d'y trouver un docteur,  d'y consulter ses ordonnances, ses traitements, et d'ajouter des informations à son profil Google Health tout en naviguant sur le net. Le lancement du service est prévu "dans les prochains mois", probablement à l'issu de l'expérimentation avec la Cleveland Clinic.
Naturellement, les compagnies d'assurance et autres enseignes pharmaceutiques n'auront pas accès à votre profil Google Health. Mais. Mais il est évident que comme pour d'autres services, Google proposera des liens sponsorisés pour les profils Google Health, et il est plus que probable que les mêmes compagnies d'assurance et groupes pharmaceutiques disposeront également de leur "espace" Google Health, un espace vers lequel vous pourriez être orientés en suivant le lien "discover more health tools for managing your health", lien disponible en place centrale sur la page de votre profil Google Health.
La deuxième pierre c'est donc celle de la publicité, coeur inamovible de l'appétence et de la compétence googléenne.

La cathédrale du génome planétaire.

Si le lancement du site Google Health s'inscrit dans une stratégie marketing court-termiste (?), un rapide coup d'oeil en arrière sur les sphères concernées par la médecine 2.0 nous permet d'y voir plus clair dans la stratégie à long terme de la firme de Mountain View. Reprenons donc (rapidement) :

  • Sphère intime : Données "médicales". Tout est prêt. Les dossiers médicaux existent. Ils sont numérisés et accessibles en ligne dans l'enceinte médicale (hôpital ou clinique) et demain via un compte standard sur un moteur de recherche.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Là encore tout est prêt. Le seul changement concernera la centralisation de l'ensemble de ces informations sur des moteurs comme Google ou Microsoft (une centralisation qui passera d'ailleurs probablement par le rachat de quelques compagnies pionnières et/ou bien établies et/ou disposant d'une base de donnée suffisamment conséquente)
  • Sphère publique collective : Données cliniques. Idem que pour le point précédent. Même s'il faudra collectivement être particulièrement vigilant pour maintenir, sur ces données, un droit d'accès libre et gratuit partout et pour tous.
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Là encore, les avancées vont bon train, la société 23andMe s'y distingue, et Google est partenaire/actionnaire de ladite société. Le séquençage complet génotypage (cf ce commentaire) de votre génome coûte aujourd'hui 999 $.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population. La voilà, la stratégie à long terme. Et voici pourquoi ...

Bloomberg nous apprend que le plus grand projet de séquençage du génome (100 000 personnes "visées" avec un objectif de 1000 personnes la première année pour un coût de 50 millions de $) vient d'être lancé par des scientifiques d'Harvard. L'objectif est d'avancer dans la connaissance et le traitement des maladies. Et que dans ce projet, Esther Dyson (de la société 23andMe) est embauchée, et que ... Google et Orbimed (une firme d'investissement dans le domaine de la santé) en seront les financeurs.
Pour la recherche, pour le traitement de ces maladies, et pour l'instant, c'est un cercle vertueux. Google est l'une des seules sociétés à avoir l'infrastructure informatique (la capacité de calcul) et les ressources financières pour porter ce genre de projet. Pour nos sociétés, c'est autre chose ; que sur ce genre de projet, toute la zone de décision, d'initiative, de pilotage et de contrôle (front et back-office) "échappe" ainsi à la sphère publique, à la sphère politique (au sens étymologique du terme) est le signe avant-coureur de bien des possibles et irréversibles dérives. D'autant que de l'aveu même des dirigeants de ces sociétés qui fleurissent aujourd'hui sur le créneau de la génétique personnelle, si le premier objectif est de gagner de l'argent en vous vendant le code de votre génome (sphère personnelle privée), le second objectif, le "vrai", est "to collect a large database of genetic information and then come back to you over time with invitations to provide specific health data and participate in research." Sphère collective privée.

Les moteurs de séquençage sont à la manoeuvre. Efforçons-nous collectivement de rester à la barre.

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 3 heures et 12 minutes // Nombre de sites/billets consultés pour sa rédaction : une grosse vingtaine).

Des ressources (pédagogiques) et des hommes (pédagogues)

... en vrac :

  • Des vidéos ...
  • En français dans le Wesh : la vidéo culte sur le web 2.0 de M. Wesh, with french subtitles.
  • Commoncrafts : LE spécialiste des tutoriels-en-carton-avec-des-doigts-qui-montrent, qui après ceux sur les wikis et les flux RSS récidivent heureusement avec les blogs, les réseaux sociaux  et le social bookmarking. (Via Francis Pisani)
  • Une vidéo de six minutes réalisée par un expert sur le sujet pour une introduction au web sémantique à l'usage des non-geeks. Louable effort. (Via Nova Spivack)
  • Et puis (beaucoup) plus long et (un peu) plus compliquée que les vidéos précédentes : celle de la leçon inaugurale de Gérard Berry au collège de France, premier informaticien dans le domaine du génie logiciel à se livrer à ce genre d'exercice. Passionnante.
  • Dans la série, "des bases de données à la télé", BioMedCentral a ouvert depuis Septembre 2007 sa "chaîne" sur YouTube. Au programme : des interviews, des cours, une une belle vidéo de 3 minutes vantant les mérites de l'accès ouvert aux résultats de la science. Dans le même genre, le Babouin (de chez qui je tiens l'info) signale le site Scivee, qui veut "explorer de nouvelles manières de disséminer la science", et s'y emploie en permettant aux scientifiques de diffuser des vidéos. Scivee est d'autant plus intéressant qu'il se divise en deux parties distinctes : d'un côté des vidéos scientifiques à caractère pédagogique ou informatif, et de l'autre des PubCast (publication cast) qui associent à chaque vidéo, l'article scientifique qu'elle vient illustrer. Cette dernière catégorie est redoutablement efficace puisqu'elle permet - au choix - de faire figurer en face dudit article une interview du chercheur parlant de sa recherche et du contenu de son article, ou bien encore le film de l'expérimentation décrite dans l'article.
  • Des revues ...
  • La Criée est un blog, plus précisément "une tentative de distribution gratuite de périodiques gratuits mais non sans valeur. Elle est destinée à rendre utilisables rapidement les signets que je réunis pour alimenter AURELIE, le catalogue des périodiques électroniques du SCD de l’Université Toulouse 2." Possibilité de naviguer dans les catégories qui reprennent les 10 principales entrées de la Dewey. (Via MSEDoc)
  • Des droits ...
  • Une présentation de 6 minutes, réalisée par des bibliothécaires, pour expliquer aux chercheurs et scientifiques quels sont leurs droits (d'auteur) et comment in fine le conjuguer avec leurs devoirs (de chercheurs). (Via Pintini)

Technologies de la relation.

Je viens de visionner la conférence (?) de Joel de Rosnay qui parle des 4 âges du web comme suit :

  • "Internet 1.0 = Internet descendant.
  • Internet 2.0 = les contenus générés par l’utilisateur.
  • Internet 3.0 = Internet intuitif, sémantique
  • Internet 4.0 = web symbiotique, pervasif"
Cela me rappelle mes propres réflexions sur les trois âges documentaires du web, réflexions détaillées dans ce billet. Le "quatrième âge" non traité dans mon billet étant celui de la redocumentarisation du monde, laquelle correspond parfaitement au web pervasif et symbiotique décrit par De Rosnay.
L'autre expression employée et qui m'a paru très stimulante est celle des "technologies de la relation", juste une expression de plus pour un homme qui dispose d'un très pédagogique sens de la formule et de la métaphore (pourvu qu'il n'ouvre pas son blog, il serait capable de me chiper ma place de ouinneur), mais une expression qui décrit bien la réalité de nombre de services du web 2.0 préparant l'avènement du web 3.0.
J'aurai un seul (léger) désaccord avec Joël de Rosnay (ainsi qu'avec nombre des analystes et prospectivistes du web) : je suis absolument convaincu que le web 4.0 précèdera le web 3.0, c'est à dire que l'internet des objets, un internet "pervasif", ubiquitaire, immersif, précèdera l'avènement du web sémantique.

(Via Savoirs en réseau)

Fini les vacances, c'est la rentrée ...

Côté moteurs/wikipédia/knol :

  • On a donc pas mal parlé avant et pendant les vacances du projet de Google concernant son "encyclopédie" Knol : dans Ecrans, Florence Devouard s'inquiète à raison en rappelant que 50 % du traffic vient directement de Google. Google Blogoscoped y revient également en soulignant l'argument selon lequel Google ne pouvait plus accepter de voir partir tout ce traffic "non-monétisé" vers un site (wikipedia) indiquant qu'il refuserait toujours la publicité.
  • Voir aussi la rapide analyse comparative de ReadWriteWeb entre Knol, Wikia, Wikipedia et Mahalo autour des trois mamelles de l'argent, de l'attention (comme vecteur de monétisation) et de l'altruisme (comme contribution à la somme des connaissances disponibles).

Côté réseaux sociaux, moteurs de recherche et scientométrie :

  • Medline nous avait déjà habitués à son goût des interfaces innovantes. En voici une nouvelle baptisée GoPubMed qui permet, sur la base d'une recherche de faire émerger des "réseaux sociaux" à partir des noms d'auteurs d'articles et de leurs adresses de courier électronique (Via Cismef). En fait, plutôt qu'un réseau social (ce qui est l'argumentaire marketing du lancement de ce nouveau service), c'est bien de scientométrie qu'il s'agit, c'est à dire de la capacité, via un moteur sémantique, de repérer des collaboratoires, des "collèges invisibles", et de cerner en un instant sur un thème donné, l'état des publications en la matière et les chercheurs les plus en vue. Exemple : en entrant le terme "stuttering" (bégaiement) et en cliquant (à gauche dans la rubrique "What") sur "Hot topics", vous visualisez :
    • un "top 20" des auteurs ayant le plus publié sur le sujet
    • un "top 20" des publications classées par pays
    • un "top 20" des journaux dans lesquels on trouve le plus de publications en rapport avec le bégaiement
    • une courbe temporelle vous permettant de visualiser la progression (ou le recul) du nombre de publications par an sur ce sujet
    • une visualisation sous forme de graphe des réseaux de collaboration entre auteurs (répondant à la question "qui publie avec qui ?")
  • c'est à tomber par terre. Et on se prend à rêver d'un tel outil dans le cadre d'un moteur généraliste majeur à vocation scientifique (maiiiis non, pas forcément celui-là, il y a aussi celui-là). Pour mieux comprendre la puissance d'un tel outil : allez le tester, et lisez le communiqué de presse (.pdf).

Côté moteurs tout court :

  • le 7 janvier 2007, il y a donc de cela exactement un an, Jimmy Wales annonçait le lancement de Wikia, le moteur de recherche dont les résultats seraient validés par des humains. Et bien exactement un an plus tard, on nous annonce le lancement de Wikia (en version béta) pour demain, le 7 Janvier 2008 donc. A ce sujet, voir la revue de presse de Christophe Asselin. Le site de la "communauté" wikia est ici, et comme on peut le lire dans le wiki du projet, Wikia compte s'appuyer sur tout l'éventail des technologies de recherche à valeur ajoutée, à savoir la sémantique (= catégorisation), le "réseau social", l'indice de "réputation", et une infrastructure "distribuée". Lancement demain donc, et affaire à suivre de près pour ce nouveau "moteur de recherche open-source collaboratif".

Côté Bibliothèque "2.0" (ou pas ...)

  • Une conférence qui s'est tenue début Novembre à Berkeley sur le sujet des bibliothèques "2.0" avec les supports de présentation accessibles en ligne (supports présentés parfois sous forme classique - un bon vieux powerpoint - parfois sous forme "2.0" - un wiki). Pas de grande nouveauté mais cela vaut le coup de visionner la conférence inaugurale de Meridith Frakas qui embrasse bien la situation (.ppt)
  • l'un des derniers rapports du Pew Internet nous apprend (via 01.net) qu'outre-atlantique, la première raison de fréquentation des bibliothèques est ... le fait d'y trouver une connexion Internet. De quoi largement réalimenter de vieux démons débats, tant sur le taux d'équipement desdites bibliothèques dans notre bel hexagone, que sur la place des technologies d'accès dans ces enceintes et le taux de formation et d'encadrement qui est dévolu à leurs personnels.

Côté Folksonomies & Indexation sociale

Côté néologismes :

  • Saluons l'arrivée de la Zemblanité, exact opposé de la sérendipité et qui désigne "la faculté de faire de façon systématique des découvertes malheureuses, malchanceuses, attendues et n'apportant rien de nouveau." La génèse du concept et sa présentation détaillée sont disponibles sur Urfist-Infos.
  • Saluons (Via Francis Pisani) l'arrivée  de la "mobiquité" : mobilité + ubiquité. Un néologisme qui traduit bien la place de plus en plus importante qu'occupe dans notre société et dans nos comportements informationnels, l'informatique nomade et/ou ambiante.
  • Reste à savoir si ces deux néologismes entreront au panthéon linguistique aux côtés de la blingocratie.

Côté copyright, Fair-Use et autres creative commons

  • Un rapport intitulé : "Recut, Reframe, Recycle: Quoting Copyrighted Material in User-Generated Video" (.pdf). La question posée est de savoir si dans le cadre des sites de médias participatifs donnant lieu à divers remixages (exemple : YouTube), les détournements, parodies, et autres mashups de diverses oeuvres de fiction relèvent - ou non - du cadre du Fair Use (= usage équitable) et échappent donc à la législation du copyright. La réponse du rapport est claire : Oui. Il y a dans ces "oeuvres" de nouveaux éléments (détournement, transformation, remixage) qui les inscrivent dans le cadre de la constitution d'une culture populaire. "Video remix culture does not violate copyright." Les auteurs du rapport rappellent également qu'il est important de sensibiliser aussi bien les "auteurs" que les "remixeurs-amateurs" à la notion de propriété intellectuelle et d'usage équitable, pour que les premiers soient conscients de la richesse que ces remixages peuvent (parfois) apporter à leurs oeuvres, et pour que les seconds travaillent et s'amusent dans le respect de l'oeuvre des premiers. A noter : le site de présentation de l'étude est très bien fait, puisqu'en sus du téléchargement de l'étude proprement dite, il propose également une courte vidéo en rappelant les principales problématiques et conclusions, et propose également de télécharger un fichier excel du corpus de vidéos utilisées. Il propose enfin, pour chaque type de remixage (détournement, critique, débat, illustration, etc ...) les 5 vidéos les plus parlantes. Certaines d'entre elles sont réellement ... parlantes.
  • Et puis vraissemblablement à ne pas rater (je ne l'ai encore pas visionné en entier, mais il est plein d'interviews avec Yochai Benkler et ne peut donc pas être mauvais :-) un documentaire sobrement intitulé "Steal this Film" qui décrypte les enjeux liés à la notion de propriété intellectuelle et plus largement de "diffusion" dans le contexte actuel. Pour les plus pressés, plein d'extraits sur Google Vidéo, pour les autres téléchargement dans plein de formats possibles directement sur le site du documentaire. Il y en a même qui se sont déjà attelés au sous-titrage en français.

Côté traces documentaires identitaires (ou identité numérique si vous préférez) :

  • nos comportements informationnels laissent de plus en plus de place à l'égotisme forcené. Au service de cet égotisme on compte d'ailleurs de plus en plus d'outils tendant à l'illustrer (les divers outils de classement façon "top 50 de quelque chose"), à le renforcer (économie de la réputation), à en faire naître le besoin (via des interfaces navigo-ludiques dont vous êtes le centre et la circonférence), ou à en faire l'alpha et l'oméga d'un modèle économico-sociétal (facebook). C'est l'éternelle histoire de la poule et de l'oeuf.
  • Got dans ses petites cases, nous gratifie d'un éclairant billet sur FOAF (Friend Of A Friend) dont on aimerait effectivement penser que le modèle réellement ouvert qu'il incarne soit l'avenir des protocoles tournant derrière la plupart des réseaux sociaux. Mais je ne peux hélas pas m'empêcher de penser qu'il y a encore bien du chemin à parcourir ... l'heure étant plutôt pour les grosses cylindrées à la centralisation des profils propriétaires ... ce qui doit nous inciter encore davantage a faire plus de place aux initiatives alternatives et technologiquement éprouvées (dont FOAF).

Côté ressources pédagogiques :

Côté voeux, bonnes résolutions et oracles divers :

  • il y a ceux qui ne croient plus aux blogs sous leur forme actuelle (Jean-Michel Salaun et Jean Véronis) ... mais qui continuent heureusement de blogguer :-) De mon coté je reste sur le créneau de l'enthousiasme (peut-être un peu candide), même si - à l'instar des deux précédemment cités - je constate ici et là une raréfaction des pépites blogguesques, nombre de trouvailles ayant visiblement du mal à tenir sur la longueur, ce qu'on aurait du mal à leur reprocher tant il est vrai qu'en dehors d'un projet affirmé de publication (journal, auto-fiction, carnet de recherche, formation à distance), l'exercice du blog est une gymnastique chronophage, et que "le temps de blogguer" n'est pas nécessairement la chose la mieux partagée du monde. Il n'en demeure pas moins qu'en repensant à ce qu'était la pêche informationnelle d'avant et d'après le temps du blog, ce "format éditorial" a tout de même été l'occasion d'entendre de bien belles voix, et de découvrir de fort pertinentes analyses. L'avenir dira ce la forme blog deviendra, mais les potentialités, l'univers de discours offert par une petite quantité de ces "nanopublications" reste pour l'instant et de mon point de vue, essentiel.
  • il y a ceux qui comme Fred Cavazza, se livrent à leur petit exercice de prospective du nouvel an, et ceux qui comme Francis Pisani, font une revue de presse des principaux exercices du genre.

Et mes prédictions à moi ?

  • A l'instar de ce que décrit Christian Fauré à propos du service Twine, je crois que l'ensemble des acteurs majeurs de la recherche d'information (Google, Yahoo! Microsoft) et quelques-uns de leurs challengers (Exalead, Facebook) vont prendre de plus en plus nettement le grand virage de l'hybridation. Une hybridation entre :
    • des espaces et des services collaboratifs,
    • des technologies sémantiques ou sémantisées de représentation et d'agrégation des connaissances,
    • et des algorithmies de recherche "pures" (ou recherche universelle).
  • Je crois que la diversité des contenus va (enfin) atteindre un équilibre longtemps espéré entre le "texte seul" et la vidéo et l'image.
  • Je crois enfin que l'une des grandes questions en terme de recherche (notamment pour les sciences de l'information et de la communication) sera la mise au jour des nouvelles autorités cognitives qui s'articulent aujourd'hui de manière encore un peu floue derrière la monétisation (ou la non-monétsation) des services à base de connaissance (Knol, Wikipedia).
  • De mon côté je retiens comme éléments et tendances majeures de l'année écoulée : les deux nouvelles étapes de la dérives des continents documentaires que sont :
    • d'une part, la synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line),
    • et d'autre part, la sphère croissante d'indexabilité (notion de "graphe social" pour faire simple) de l'humain au travers de ses innombrables traces documentaires éparses sur le(s) réseau(x).
  • Ce qui me semble frappant au-delà de tout c'est l'avénement imminent et probable d'une nouvelle génération d'algorithmes ayant capacité à représenter sur un même plan des documents toujours plus fragmentaires, des traces identitaires toujours plus documentées, et à transformer toutes ces traces d'attention en vecteurs d'intentions, pour le plus grand bonheur des grandes industries culturelles et des quelques acteurs qui dominent actuellement le marché (et ce au-delà du discours geignard et misérabiliste que s'obstinent à tenir les mêmes industries culturelles). En un mot comme en cent : la redocumentarisation du monde. Il est certain qu'il va falloir être très très très attentif aux Network sciences, car elles seront le creuset plus que probable de cette nouvelle génération d'algorithmes et de modes de représentation, et qu'à mon sens, elles seules ont aujourd'hui la capacité à réunir en un même cadre d'analyse les fronts de recherche les plus innovants, les techniques d'indexation et de représentation du vivant au sens large.
  • Voilà pour le côté vivifiant et optimiste de la chose. Côté pessimiste (mon éternel côté cassandre :-); je crains que nous ne soyons confrontés à une échéance majeure, celle de la médecine personnalisée et/ou médecine "2.0" et/ou médecine désintermédiée. La montée en puissance et la position désormais établie de ces nouveaux prescripteurs planétaires que sont les moteurs de recherche d'une part, la mise à la portée du grand public des technologies de génomique (notamment à des fins d'auto-diagnostic) d'autre part, les rapprochements entre les premiers (moteurs de recherche) et les secondes (sociétés de génomique), et enfin l'engouement de plus en plus explicite chez tous les grands acteurs de l'industrie médicale (et notamment pharmaceutique) pour des modèles de diffusion et d'accès reposant sur du gratuit financé par la publicité va nécessiter, pour le moins, de grands chantiers didactiques si l'on veut éviter d'aller à coup sûr ... droit dans le mur. Va falloir se trouver dare dare un José Bové de la santé comme bien commun de l'humanité. Sinon ...

Bonne année à vous tous :-)

Formation de bibliothécaires au web 2.0 à la BPI

J'étais hier à la BPI pour présenter le "web 2.0" à un aréopage des bibliothécaires de ladite BPI dans le cadre des Mardis de la BPI (après-midi de formation et d'information réservée à ces mêmes personnels).

Mon intervention est consultable en ligne sur Slideshare (et vous pouvez récupérer le fichier .ppt)

Après moi intervenait l'un des responsables informatiques de la BPI avec un constat attristant : rien n'est prévu dans le cadre du web 2.0, la BPI ne dispose pour l'instant que d'un seul fil RSS qu'il met lui-même à jour manuellement directement dans le fichier XML (si, si ...). Un nouveau site devrait voir le jour en 2008, qui devrait comprendre quelques vrais fils RSS automatiques pour les principales rubriques. Minimum syndical donc et avec un grand retard sur nombre d'autres bibliothèques, mais il est vrai que pour des structures de cette taille, le moindre ajout d'une ligne de code dans une application s'avère rapidement et administrativement kafkaïenne. C'est à peine s'il ne faut pas demander un audit et rédiger trois appels d'offre pour aller prendre un café :-( Bref, ce que je trouve surtout dommage, c'est que ce genre de structure soit contrainte de passer par tout un tas de prestataires externes, qui leur vendent des sites web et des portails documentaires bridés et non-évolutifs parce que non-ouverts. D'autant que je suis prêt à prendre les paris que toutes les compétences informatiques existent en interne pour déployer de tels outils. Avoir toute liberté de les utiliser serait un gain de temps (et d'argent ...) plus que précieux. Et si tel n'était pas le cas, ce serait encore plus navrant qu'une institution comme la BPI ne dispose pas en interne de toutes les compétences nécessaires au déploiement d'un site internet adapté, de "son" site Internet 2.0. Il serait grand temps que chaque bibliothèque se trouve dotée d'une vraie cellule TICE ou Multimedia, avec des vrais bibliothécaires informaticiens, c'est à dire des gens formés en informatique et sensibilisés aux politiques culturelles et bibliothéconomiques, ou des gens formés à ces dernières, et dotés de réelles compétences en informatique. Et que l'on arrête le bricolage, les usines a gaz et la soviétisation de la gestion de projet. Mon sentiment de frustration fut d'autant plus fort qu'il paraissait être partagé par le responsable informatique en question ainsi que par une bonne partie de la cinquantaine de bibliothécaires présents.
Mon autre étonnement vînt de quelques réactions assez emblématiques, après ma présentation, du type :
"mais c'est quoi un wiki, c-o-n-c-r-è-t-e-m-e-n-t ?", "bon d'accord mais à quoi ça sert à part le côté gadget ?", "et comment fait-on pour s'assurer que tout le monde ne va pas écrire n'importe quoi dedans ?". Attention : on a parfaitement le droit de ne pas savoir ce que c'est qu'un wiki tout en étant bibliothécaire à la BPI. Mais ... pour enseigner aussi bien des techniques web 2.0 (wikis, blogs, RSS) ET des compétences documentaires et bibliothéconomiques (langages de classification, catalogage) à des étudiants d'IUT se destinant à des carrières dans les bibliothèques, il me semble qu'il y a tout de même un très gros effort à faire du côté des politiques de formation. Superposer une fracture technologique a une fracture générationnelle n'est jamais bon. Pour être dans le vent, un "grenelle de la formation en bibliothèque" serait le bienvenu pour sortir de l'impasse actuelle dans laquelle s'engage tout un pan de la filière "dite" culturelle, impasse en bout de laquelle, soit dit en passant, le gouvernement actuel est déjà prêt à tirer les barbelés après y avoir fait entrer tout le monde, pour être bien sûr que plus personne n'en sorte. La bibliothèque d'aujourd'hui (le retard pris est déjà suffisamment criant), en plus de tout le reste, me semble avoir un besoin urgent d'autre chose, d'autres services, d'autres expérimentations, d'autres propositions, d'autres modalités de lecture "publique". Ne pas lui donner les moyens de le faire revient à se tirer une balle dans le pied et à entrer en claudiquant dans une économie ou une société de la connaissance. Aux Etats-Unis, au Canada, les métiers des bibliothèques sont reconnus comme des secteurs stratégiques, s-t-r-a-t-é-g-i-q-u-e-s, et il serait là encore grand temps que notre ministre de la culture et celle de l'enseignement supérieur et de la recherche fasse autre chose que de s'efforcer de transformer des stéréotypes persistants en caricatures durables !!!

Dernière frustration enfin, mais bien plus positive, celle de n'avoir pas eu le temps d'échanger davantage autour de questions qui furent posées et qui me paraissent essentielles : par exemple sur les questions de validation, ou bien encore sur les différences entre "le temps de la bibliothèque" et le temps des outils web 2.0.
Merci donc au service formation de la BPI pour son accueil, aux participants pour leurs stimulantes et révélatrices questions, et bon courage pour le virage du web 2.0 :-)

Ce que l'on continue d'apprendre des réseaux sociaux

Facebook, OpenSocial et les autres occupent (c'est peu dire) le devant de la scène blogosphérique. L'occasion de faire un nouveau petit tout d'horizon de problématiques et de réflexions. On sait aujourd'hui :

  • ce qu'en pense Matthew Hurst (inventeur de Blogpulse et chercheur chez Microsoft) : "Les réseaux 'sociaux' ne le sont que dans leur structure. Les individus qui les peuplent tentent le plus souvent de les utiliser à des fins personnelles (trouver un travail, vendre quelque chose) et les systèmes qui les hébergent (aux réseaux sociaux) les exploitent (les individus) autant qu'ils le peuvent."
  • que "c’est la guerre pour le grand réseau de publicité sociale" (Marc Andreessen, fondateur de Ning, via Francis Pisani), mais ça, on s'en doutait déjà un peu :-)
  • que conformément à ce que je subbodorai ici ou , l'OpenSocial de Google est d'abord et avant tout un monde fermé, mais que son gros avantage est d'avoir l'air ouvert (explications techniques chez un employé de Microsoft, mais tout le monde à le droit d'être objectif ;-)
  • quelle fut en fait la réponse du berger (Facebook) à la bergère (OpenSocial) : et ne comptez pas sur moi pour m'échiner à résumer ce qui l'est déjà fort bien chez Jean-Marie Le Ray . Le résultat, c'est que Facebook franchit un pas de pus dans le sens de la fermeture et de la spécialisation, dans celui du marquage, du ciblage et du suivi publicitaire "de niche". Avec certes de très grosses niches au programme (Coca-Cola est l'une d'elles), mais des niches tout de même. Pour approfondir cette cotre-attaque à la riposte OpenSociale de Google, voir aussi :
    • l'Atelier,
    • Technaute (qui nous apprend que dans la lettre de Mark Zuckerberg envoyée aux annonceurs, celui-ci indique : "Nous allons aider vos marques à faire partie des conversations quotidiennes qui se produisent tous les jours entre les membres", ce qui est la définition Monthypythonnienne du SPAM :-)
    • ReadWriteWeb qui va dans le même sens que moi, en prenant l'exemple emblématique de l'Apple Students group qui compte pas moins de 420 000 membres. De quoi faire de la pub communautaire pour le moins.
    • TechCrunch
  • que la lutte des classes se confirme (cf le point 4 de ce billet). Après Danah Boyd, c'est Eszter Hargittai qui s'y colle. Hargittai, E. (2007). Whose space? Differences among users and non-users of social network sites. Journal of Computer-Mediated Communication, 13(1), article 14. http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/hargittai.html Sa conclusion est qu'il y a bien une inégalité sociale dans l'usage des réseaux sociaux. Dit autrement : on n'utilise pas les mêmes réseaux et on ne les utilise pas de la même manière selon son milieu social, son âge, son sexe, etc. Et il en va pour les réseaux sociaux comme pour la vie en général : certains naissent moins égaux que d'autres.
  • (via Francis Pisani) que la culture de la participation n'est pas l'apanage exclusif des réseaux sociaux. Pendant que Valérie Pêcheresse s'entête à faire de la mission Internet un simple ministère des tuyaux et des télécoms, la vraie bonne question à poser actuellement n'est plus uniquement celle de la fracture numérique, mais "de déplacer l’axe de la conversation sur la fracture numérique des questions technologiques liées à l’accès vers celles qui se réfèrent aux opportunités de participer et de développer les compétences culturelles ainsi que les savoir-faire sociaux nécessaires pour s’impliquer pleinement." Cette approche est celle défendue par Henry Jenkins dans son dernier rapport intitulé Confronting the Challenges of Participatory Culture: Media Education for the 21st Century (.pdf). A lire absolument. Le rapport contient notamment une très bonne définition de la "culture de la participation" : "une culture dans laquelle les critères d’expression artistique et d’engagement civique sont relativement bas ce qui encourage à créer et à participer […]. C’est également une culture dans laquelle ceux qui s’en réclament considèrent que leurs contributions comptent et sentent un certain degré de connexions sociales entre eux (au moins dans la mesure où ils attachent de l’importance à ce que les autres pensent de ce qu’ils ont créé)." Définition qui a à mon avis pour principal intérêt de ne pas faire de ladite culture de la participation l'apanage des Geeks et autres technophiles 2.0, mais de la renvoyer vers des modèles sociaux (beaucoup) plus anciens et plus prometteurs.
  • que Yahoo! jusqu'ici étrangement absent se lance dans l'aventure avec un modèle ... comment dire ... étrange. Il s'agit de lancer (comme facebook) un réseau social à destination des étudiants et des anciens élèves, de l'orienter clairement vers le monde professionnel (comme LinkedIn). Et que comme l'un des nerfs de la guerre est celui du nombre des utilisateurs, "Kickstart (= c'est le nom du réseau social en question) veut d’abord faire signer les anciens élèves, et offrira $25 000 de récompense au collège ou à l’université qui fera signer le plus d’anciens élèves avant le 31 décembre."
  • que la course aux Friendlists (listes d'amis) vient d'effectuer sa mue et son passage à l'échelle (grâce à OpenSocial). Le gros problème des réseaux sociaux naissant ou existants, c'est primo le nombre de leurs utilisateurs (il faut en avoir plein) et deuxio le processus d'amorçage (il faut que tous ces gens puissent au plus vite retrouver leurs amis et les ajouter dans "leur  réseau"). C'était là l'une des forces de Facebook qui ne s'était en la matière pas embarassé de principes en vous proposant, lors de votre inscription, de lui confier le mot de passe de votre boîte aux lettres électronique pour y aller puiser vos contacts et voir s'ils étaient aussi dans Facebook. Or comme le souligne justement Jill/txt,  avec OpenSocial, "tout nouveau site entrant saura déjà qui sont vos amis".
  • qu'il est aussi possible de rire un peu avec les réseaux sociaux : après Hatebook, voici le blog de l'initiative "ClosedPrivate". Comme l'indique la page "A Propos" du blog : "L'initiative ClosedPrivate" est l'effort d'un large consortium de visionnaires et de technophiles pour résoudre un problème clé d'interopérabilité entre les différents réseaux sociaux. Nous ne pouvons pas vous en dire plus tant que vous n'êtes pas membre de notre initiative. Nous ne pourrons d'ailleurs pas vous en dire davantage quand vous serez devenu membre étant donné les caractéristiques de notre initiative (fermée et privée). Vous n'avez qu'à vous faire votre propre idée."

Et puis après ce que l'on sait et ce que l'on continue d'apprendre, il y a ce que je pense :

  • je pense que Francis Pisani se trompe quand il écrit que : "La supériorité de la pub sur les réseaux sociaux (un peu trop vite baptisée “publicité sociale”) par opposition à celle que l’on trouve sur les moteurs de recherche tient d’abord au fait qu’elle repose sur ce que nous sommes - dans nos multiples contextes sociaux - plus que sur ce à quoi nous pensons. Nous fournissons les données clés nous-mêmes et les maintenons à jour au gré de nos goûts, de nos relations ou de nos passions." Je pense en effet qu'intrinsèquement les deux sont de même nature. Et que si la pub "sociale" (appelons-là ainsi faute de mieux) peut effectivement bénéficier d'une mise à jour des usagers eux-mêmes, elle est en revanche handicapée par la défiance de certains usagers à laisser transparaître toute leur sphère privée. Les moteurs en revanche et leur modèle publicitaire (appelons-là pub "motorisée") détournent complètement cet effet de défiance, puisque nous les utilisons dans un état d'esprit cognitif beaucoup moins pregnant que celui dans lequel nous utilisons les réseaux sociaux. Dit autrement : quand on est "dans" un réseau social et que l'on l'utilise, on sait même diffusément, même confusément, que l'on est, quelque part, observé. Quand on utilise un moteur de recherche on a l'impression (fausse ...) de travailler "en extériorité", d'être sur un réseau ouvert. Donc je pense que le modèle publicitaire de Google en particulier et des moteurs en général est et restera largement dominant à l'avenir, et plus rentable (parce que paradoxalement plus "segmentable") que celui des réseaux sociaux. Dit autrement encore : les moteurs (et les réseaux sociaux ouverts c'est à dire ayant rejoint l'initiative OpenSOcial de Google) peuvent s'appuyer sur une économie (celle de l'attention) et sur une base de donnée (celle des intentions) dans un contexte ouvert, à large spectre. Les réseaux sociaux "fermés" (dont Facebook) ne peuvent compter sur cette économie et sur cette base de donnée qu'à une échelle infiniment moins grande, moins ouverte, et surtout moins fractale. Dit autrement encore, seuls les moteurs me semblent aujourd'hui disposer du pouvoir alchimique leur permettant de transformer l'attention en intention. Les réseaux sociaux fermés devant se contenter (ce qui n'est déjà pas si mal) de capter des intentions pour les transformer en autant de supports d'attention. En revanche je pense que la prochaine étape, le prochain modèle pouvant substantiellement augmenter une manne publicitaire qui frise déjà l'indécence, sera celui de la géolocalisation, et que cette étape passe par la conquête des terminaux mobiles.

Sociabilité académique et universitaire.

A visionner sur Slideshare, un diaporama qui a comme titre : "The promise of Authority in Social Scholarship". Le mouvement des réseaux sociaux est en train d'impacter lentement mais surement le monde académique (rappelons que Facebook était, au départ, un réseau social destiné aux seul étudiants de l'université d'Harvard). Les raisons sont multiples :

  • d'abord la préparation des esprits qu'a favorisé l'essor d'applications dites "2.0" depuis maintenant déjà quelques temps,
  • ensuite la culture initialement anglo-saxonne de mettre en place systématiquement des annuaires d'anciens étudiants,
  • enfin la richesse des outils et/ou applications collaboratives proposées par ces plateformes sociales (wikis, agendas partagés, conduite de réunion à distance, etc ...).

A tout cela il faut ajouter la relative "légèreté" et la simplicité de la prise en main de ces plate-formes au regard d'autres outils plus institutionnels et plus "lourds" (Moodle par exemple). Donc il y a de plus en plus d'étudiants et de plus en plus d'enseignants-chercheurs sur Facebook. Et la question qui s'était déjà posée au moment de l'émergence des blogs et leur appropriation par les enseignants-chercheurs comme autant d'outils de publication hybrides, va nécessairement se reposer dans le cadre d'une sociabilité académique. Et c'est précisément la question de l'autorité dans le cadre de cette sociabilité académique qu'interroge le diaporama en question. Sur la 4ème diapositive on peut lire cette définition de la sociabilité académique : elle désigne "l'utilisation de réseaux sociaux à des fins de publication ou d'interaction avec d'autres membres de la communauté universitaire." L'auteur du diaporama insiste également sur la notion de "soft peer-review" qui comporte deux dimensions :

  • implicite : avec les actions de type :  "tagging, bookmarking, downloading, viewing"
  • explicite : avec les actions de type : "annotating, commenting, voting, ranking"

La sociabilité académique (= universitaire) est donc composé d'un enchevêtrement de 3 choses : "des textes, des conversations et des métadonnées." Ce qui n'est pas une nouveauté. Dans le fonctionnement académique classique, on publie des textes, lesquels sont discutés (conversations) lors de colloques ou de conférences, pour être enfin publiés et indexés via des métadonnées. Ce qui, pour moi, change radicalement la donne c'est :

  • la polarisation de ces activités : des usagers - non-experts ou n'agissant en tout cas pas "es qualité" ou faisant tomber d'antiques barrières disciplinaires - participent aux textes (voir Commentpress ou les initiatives de type Roger T. Pédauque),  aux conversations, ainsi qu'aux métadonnées (folksonomies et indexation sociale)
  • l'échelle participative et collaborative : le nombre des interventions sur les textes, le nombre de participants aux conversations, et le nombre de métadonnées explose llittéralement.
  • la temporalité des interactions : le régime est celui du temps réel (ou quasiment). Ce qui n'empêche pas la mise en oeuvre de phases de stabilisation.

Il devient donc urgent de réfléchir à de nouvelles métriques autoritatives, qui constitueront l'une des composantes nécessaires du nouvel ordre documentaire en train de se mettre en place à l'échelle du réseau. A ce titre, je croie que ces nouvelles métriques pourraient, en partie, s'inspirer de la dynamique des différents appareillages cognitifs en train de se mettre en place autour de l'encyclopédie Wikipedia.

Internet de demain

Le journal du net a demandé a plein de personnalités de répondre à la question : "Où va Internet ?"

  • Selon Mats Carduner (Google France) : portable, portable, portable. "Déporter les applications Google vers les téléphones mobiles". "Le prochain milliard d'internaute accédera à Internet par son téléphone"sera d'abord équipé de mobiles." Disant cela il pense notamment aux marchés émergents.
  • Eric Boustouller (Microsoft France) : "Passage d'un internet serveur/machine/infrastructure à un internet centré sur les individus".
  • Valérie Pécresse (ministre de la recherche des télécoms) : "Internet dans tous les foyers dans 5 ans". La loi du tuyau.
  • Didier Lombard (France Télécom) : "Les gens sont passés du statut d'extrémité du téléphone au statut de noeud d'un réseau." Les gens sont des noeuds. La question est donc selon lui d'établir "la valeur du noeud d'un réseau". Demain, France Télécom vendra donc des gens.
  • Charles Beigdeder (frère de l'autre) : "L'internet on-demand". Le règne de Netvibes sur la planète. Personnalisation, personnalisation, personnalisation.
  • Yves de Talhouet (HP France) : "gérer le temps réel". En temps réel. "Le Tempo d'internet est celui de l'immédiateté".

De 2.0 à 1100.

Rapidement quelques ressources 2.0 :

  • en trois billets, Brian Benzinger nous propose un remarquable tour d'horizon des outils du web 2.0 à destination des étudiants et des enseignants. Le premier billet est (entre autres) consacré aux outils d'organisation, le second passe en revue les outils bureautiques, le troisième est bourré d'exemples, de scénarios d'usages, de témoignages et de réflexions. On y trouve également cette intéressante carte de l'université 2.0 (.pdf, attention, 3.5 MB) :
  • Backtoschool_school20
  • Y'a pas à dire, tout cela montre que nous avons en la matière pris un peu de retard (cf la certes louable mais pour le coup un peu 'old school', récente initative de notre ministère de créer un vrai-faux blog pour lancer un vrai-faux débat sur une vraie-fausse bonne idée, à savoir, l'université numérique). Je prends 5 minutes pour expliquer les sarcasmes contenus dans la parenthèse précédente : bien sûr qu'il faut s'interroger sur l'université numérique, mais pas comme ça ... quand on regarde un peu ce qui se passe a-c-t-u-e-l-l-e-m-e-n-t dans les facs, on s'aperçoit vite que : il y a des enseignants qui blogguent (publiquement ou "intra muros"), il y a des plateformes de blogs déployées à large échelle (cf Renée D Blogs), il y a des outils de type Moodle (et tant d'autres) déployés sur nombre de campus, et il y a longtemps que la FOAD (Formation à distance) est entrée dans les pratiques des enseignants et des apprenants et qu'elle dispose d'outils, de méthodologies et de pédagogues reconnus. J'incite donc respectueusement notre ministre à faire un peu de "veille" sur ces questions, avant que de lancer un vrai-faux blog foireux dont on peut raisonnablement supposer qu'il permettra de récolter au mieux une petite dizaine d'avis globalement inintéressants ou n'apportant en tout cas rien de plus que ce que l'on sait déjà. Ou comment perdre quelques mois en ne faisant rien tout en donnant l'impression qu'on va faire quelque chose en habillant le tout d'une vraie-fausse couche de démocratie participative. Pffffffff ...
  • Le dernier numéro de la revue Médiamorphoses est consacré au Web 2.0. Pas encore lu, mais vu les signataires, cela mérite certainement le détour. J'ignore si la revue dispose d'un service de presse, mais le cas échéant, je veux bien leur faire un billet dédié s'ils m'envoient un exemplaire ;-) Dans un autre registre, après le dernier (et très bon) numéro spécial de Courrier international consacré au web 2.0, c'est au tour du magazine Stratégies d'en remettre une couche.
  • Côté bibliothèques et 2.0, on s'organise, ça prend même petit à petit des allures de révolution ;-), et quand ça ne révolutionne pas, ça débat, comme lors des dernières rencontres Formist, notamment à propos du défi du web 2.0 pour le bibliothécaire-formateur.
  • Et puis du 17 au 19 Octobre s'est tenue en Californie, le "web 2.0 summit", avec plein plein plein de présentations et de vidéos intéressantes.
  • <Update du lendemain> Voir aussi dans la bibliothèque numérique de l'Enssib, le (très bon) dossier documentaire sur le web 2.0, réalisé par Thomas Chaimbault.</Update>

Voilà pour le web 2.0. Pour le reste et pour lever une zone d'ombre sur le titre de ce billet, vous venez précisément de lire le 1100ème billet d'Affordance, ce qui vous fait un belle jambe, et ce qui me fait un beau titre :-) Compulsif ? Qui a dit "compulsif" ?

2.0

Signalées par Evelyne Broudoux (qui s'obstine à ne pas vouloir ouvrir son blog), voici deux ressources très instructives :

  • une carte synoptique intitulée "Who owns what v2.0" indiquant quels grands groupes (Yahoo!, Google, Microsoft et AOL) possèdent quelles applications et services "2.0". La liste des acquisitions est chronologique ce qui permet pour certaines sociétés de faire émerger assez nettement des stratégies "par année", mais également, en croisant les acquisitions de chacun, de voir quelles tendances ont émergé et à quelle période (vidéo, géolocalisation, téléphonie mobile pour l'accès internet, etc)
  • Sur ce même blog, on trouvera également une vidéo assez "abyssale" qui en 5 minutes, fait défiler à l'écran les logos de plus de 5000 sociétés "2.0".  En regardant ladite vidéos, on se dit qu'effectivement, le web 2.0 a également connu sa bulle ...
  • Deuxième ressource signalée par Evelyne, ce support de cours sur le web 2.0 au format powerpoint, complété par une intéressante webliographie thématique.

Merci Evelyne :-)

"Et in arcadia ego"

Olivier Le Deuff est un activiste de la culture de l'information. Actuellement doctorant, il est, le temps d'un billet, l'invité d'UrfistInfo. Son billet "Et in Arcadia Ego" mérite la lecture et le détour car il met en résonnance, avec intelligence, nombre d'horizons et de problématiques qui "travaillent" littéralement le web, son évolution, et la place de notre rapport à l'information.

La science telle qu'elle s'évalue

Toutes celles et ceux qui ont déjà monté un dossier ou un programme scientifique "recherche" le savent : la clé de l'obtention des crédits et du financement réside dans les rapports des différents experts nommés pour auditer ledit dossier.  Le problème c'est qu'il est délicat de trouver des experts aussi compétents que les gens qui montent les dossiers, lesquels sont, de facto, les plus "qualifiés" pour juger de la recevabilité desdits dossiers. D'où l'extrême complexité et lourdeur du montage administratif et rhétorique des mêmes dossiers. Souvent les rapports d'experts "bloquent" sur des points qui semblent tout à fait hors de propos aux chercheurs en charge du dossier, ou bien ils (les experts) se rabattent sur des protocoles d'évaluation "administrocentrés" ("pas assez de laboratoires partenaires" ou "pas assez de partenaires régionaux" ou "trop d'interdisciplinarité" ou "pas assez de transdisciplinarité", et j'en passe ...)
Bilan : des mois de travail jetés au rebut, des dynamiques de recherche brisées net, et surtout beaucoup BEAUCOUP de temps perdu. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de donner un blanc seing à tous les dossiers présentés. Mais il s'agit de redéfinir les protocoles d'expertise et de trouver les bons "auditeurs" ("reviewers"). C'est ce phénomène que l'on retrouve d'ailleurs à une tout autre échelle au niveau des comités de relecture de bon nombre de revues scientifiques et savantes. D'où la nécessité de parfois tuer le pair.
Ces conclusions ("redéfinir les protocoles d'expertise", "trouver les bons experts") sont celles du tout récent rapport de l'European Science Foundation : "Peer-review : its present and future state".

Ce rapport (il s'agit en fait des actes d'un colloque) revient sur quelques questions centrales de l'évaluation de la science : la revue par les pairs, l'évaluation des dossiers et programmes de recherche, et les différentes métriques en vigueur. Avec notamment (page 23 et suivantes) une session intitulée "Langages, métriques, impacts : les cultures du peer-review dans les humanités".
Le cas des humanités est intéressant (jusqu'à quand ...) puisque "les outils bibliométriques sont inaptes à rendre compte de la diversité des comportements de publications des chercheurs de ces disciplines." Et de reparler, sans hélas guère plus de détails, de l'ERIH (European Reference Index for the Humanities), en recommandant que les ouvrages soient comptabilisés au même titre que les articles dans ce qui devrait donc (mais quand ??? voilà déjà plus de quatre ans que l'on parle de cet index, et il semble que l'on en soit toujours à réunir des groupes d'experts sur la faisabilité d'un tel projet ...), index qui devrait donc, disais-je, comptabiliser les revues "princeps" européennes de 15 disciplines des humanités.
Au final, de ce rapport de 36 pages il ressort de manière assez unanime :

  • que l'infodominance de l'ISI et de son facteur d'impact est problématique et n'est plus pas un indicateur qualitatif suffisant (et même carrément insuffisant)
  • que l'on peut avoir la certitude suivante "the assumption that an assessment system that takes into account disciplinary specificities as much as changing research landscapes needs to be developed. Only a portfolio of metrics will be able to produce relevant information about the entire research process (input-activity-output-outcome)."

Je suis assez séduit par cette idée (souvent relayée ici) d'un "portefeuille de métriques" qui permettrait - notamment - de prendre en compte et d'exploiter toute la richesse de l'environnement numérique des publications de recherche. Au risque d'aileurs de devenir président de la république d'être accusé de populisme, je pense sincèrement qu'il va devenir de plus en plus délicat d'évaluer la science du XXIème siècle avec des comportement, des attentes, des mentalités et des outils bibliométriques du XXème siècle.

Sur ce même sujet (métriques et évaluation), j'apprends via Pintiniblog, que l'index dit "de Hirsh" (H-index) bénéficie d'un succès grandissant, puisqu'après son intégration dans le Web of Science par l'ISI, c'est au tour d'Elsevier de l'intégrer dans Scopus. Un index qui plaira sûrement à notre futur ministre "de l'éducation nationale de la recherche et de l'enseignement supérieur et de la culture et du sport et de la rentabilité  académique et de la recherche à court terme pour profit et de la citation compulsive de Jaurès", vu qu'il permet d'individualiser (à outrance ?) le taux de citation d'un auteur, et ce faisant de permettre à ceux qui publient plus de gagner plus :-((

(Via Prosper)

Echelle participative

Dans quelques cénacles scientifiques et dans quelques contrées blogosphériques, on parle actuellement beaucoup de la réalité du web (particulièrement le web dit "2.0") comme média "participatif".
Le dernier rapport du cabinet Forrester nous livre une intéressante échelle participative qui peut servir de canevas méthodologique ou de grille d'analyse pour étalonner cette participation.
Voici l'échelle en question :

Echelleparticipative_2

Naturellement, il est possible de se trouver à différents niveaux de l'échelle, et de faire varier ce positionnement au regard du particularisme de certains sites, plus ou moins massivement participatifs (tel l'emblématique Wikipédia). Même s'il manque donc à cette échelle une certaine circularité ou rotondité, elle permet (c'est bien l'objectif) de positionner des comportements sur la base d'une référentiel minimal. Reste au cénacle scientifique dont je suis à la compléter et à la mettre en résonnance avec d'autres grilles.

(Via MicroPersuasion. L'étude initiale, "Social Technographics" est disponible ici avec un second graphique intéressant qui fait varier en % les niveaux de l'échelle en fonction de l'objectif de l'utilisateur (s'amuser ou travailler), du type de site (Youtube ou Myspace). Dommage d'ailleurs que "technographics" soit une marque déposée par Forrester, car cette technographie digitale me semble être un intéressant concept opératoire pour l'analyse des médias)).

Mixage 2.0 ou avenir 3.0 ? Vers le "Mixed Collective Webtop"

Le web dans sa globalité et la recherche d'information dans ses particularités sont depuis toujours liés.
Très tôt après les débuts de l'internet, les moteurs de recherche sont apparus comme une absolue et incontournable nécessité. Ils ne cessent depuis d'alimenter les causeries et autres salons électroniques. Pendant que les moteurs évoluent, qu'ils passent au travers de différents âges, vivent leurs révolutions, le web traverse les siennes. Point de convergence historique et inamovible entre les moteurs et le web : les usagers, qui se servent des moteurs pour accéder au web et qui comptent sur eux pour indexer même l'inindexable. Le web n'existe aujourd'hui que "dans" et "par" l'image que les moteurs en donnent. Un renversement métonymique (Google "serait" le web) qui n'est d'ailleurs pas sans poser problème, mais c'est un autre sujet. Revenons-en aux usagers, des usagers qui au fur et à mesure où passent les modes webiennes (web 1.0, web 2.0) et motorisées (moteurs affinitaires, relationnels, sociaux) :

  • se voient offrir une gamme d'outils et d'applications de plus en plus riches,
  • sont à l'origine d'une grande partie du contenu du web réel,
  • et basculent chaque jour davantage vers des pratiques en ligne.

Je crois que l'on peut aujourd'hui apercevoir, à un horizon relativement proche, un point de convergence  qui pourrait s'avérer déterminant. Cette convergence s'articule autour de trois aspects :

  1. COLLECTIF : le passage massif vers des pratiques communautaires de travail (je ne parle pas ici simplement des "moteurs sociaux", auxquels je ne "croie" pas à titre personnel parce qu'ils nécessitent à mon sens un passage à l'échelle en nombre d'usagers, auquel très peu d'entre eux peuvent prétendre. Je ne croie pas davantage à une certaine idée de la sagesse des foules, et si je devais me chercher une quelconque religiosité, elle m'inclinerait à croire davantage en une motorisation communautaire travaillant l'accessibilité d'expertises et de connaissances : voir à ce sujet ce qu'en dit Fernando Savater). Il est en revanche tout à fait clair que les sites sociaux/communautaires "motorisés" (c'est à dire soit équipés d'une technologie de recherche importée de l'un des trois grands - GYM - ou rachetés par l'un des trois mêmes (cf Yahoo/Del.icio.us par exemple), les sites sociaux/communautaires disais-je, sont aujourd'hui une évolution actée et pérenne du web de demain
  2. WEBTOP : la course au stockage en ligne (cf la récente offre illimitée de Yahoo) et des indicateurs convergents qui signalent à l'unisson que le web de demain sera celui des OS, et même des "OOS" (Online Operating Systems) comprenez : il n'y aura plus de barrière entre le local (disque dur, "ma" machine) et le global (Internet). Les PC (et les mac ;-) sont depuis déjà longtemps "sur" internet, demain ils seront tout simplement "dans" le web. Après le laptop, voici bientôt venu le webtop. Ce bouleversement marque la fin de la dérive des continents documentaires et la réunification - avec les dangers corrélés - des sphères du web public, intime et privé/professionnel.
  3. MIXAGE : l'avènement et la mise à disposition de plus en plus d'outils de mixage (mashups), pour l'instant encore réservés à des utilisateurs technophiles et early-adopters, mais qui seront dans un futur (très) proche accessibles à l'internaute lambda (à ce sujet, voir le passionnant billet de Techcrunch qui lève le voile sur certains de ces outils, dont le déjà incontournable Yahoo!Pipes, chroniqué ici-même)

Ces trois horizons de l'analyse me portent à croire que :

  • la recherche ("the search" comme disent les anglophones pour désigner ce marché et cette pratique) va occuper une place encore plus importante que celle qui est aujourd'hui la sienne et que sa motorisation va devenir le prochain sésame de nos bureaux et de nos OS. De la même manière qu'il nous semble aujourd'hui naturel d'accéder au web via une interface de recherche, cet accès se reportera demain sur nos ordinateurs personnels (dans lesquels nous "cherchons" déjà des fichiers, des documents, etc.)
  • nous n'avons aujourd'hui encore aucune idée de l'importance que jouera demain l'analyse du "contexte", qu'il s'agisse de contexte de travail ou de "context-awareness search". Une analyse en temps réel du contexte de ces trois sphères réunifiées, qui est une mine pour qui cherche à monétiser des services applicatifs ou des (O)OS. Un contexte qui, last but not least, fournit au Mixed Collective Webtop ... son cortex.

(Réflexion initialement inspirée par un billet de Danny Sullivan)

Le monde tel qu'il se FlicKr'ise

Etonnant site qui permet de visualiser en temps réel le dépôt de photos et de tags sur le service FlickR.
Assez vertigineux. Pour s'y retrouver ensuite, on pourra utiliser le tout aussi vertigineux navigateur par tags baptisé Tagnautica.

Bibliothèques, données et moissonnage 2.0

Très vite une petite revue de liens :

  • un Wiki sur le futur des bibliothèques, des catalogues et des (méta)données.
  • la biblioblogosphère française s'organise via 2 "méta"agrégateurs : ici (génèse du projet ici) et
  • Visualiser sous forme de nuage de tag les différents éléments du format MARC (âmes bibliothéconomiques sensibles s'abstenir)
  • l'Open Content Index : une tentative de ré-étalonnage bibliographique d'une masse d'informations de plus en plus intéressante mais aussi de plus en plus dispersée.
  • une tentative d'organisation à laquelle contribue également Revues.org via leur dépôt OAI :
    • Reprise du message publié sur Biblio-fr : "Ce dépôt vous propose, à ce jour, les métadonnées de 19359 articles issus de 59 revues de sciences humaines et sociales publiées en ligne sur notre portail. Ces métadonnées sont  structurées en Dublin Core simple. Dans le futur, elles seront enrichies afin d'offrir plus de précision et de granularité
      dans la description des articles et des collections  (Dublin Core qualifié et METS).
      La liste des publications concernées est accessible à l'adresse suivante : http://oai.revues.org/archives.php
      "

Intelligence ou indigence 2.0

A lire comme un avertissement. Comme un écho aux affluences qui ne feront jamais l'influence. Comme une mise en garde pour les autorités par trop en quête de notoriété. Didier Heiderich : "Web 2.0 le règne de l'individualisme social". Comme un écho également au débat qui fit rage il y a de cela quelques temps outre-atlantique à propos d'un "maoïsme digital".

Bibliothèque 2.0

Vous étiez déjà sensibilisés à la richesse de la problématique et des usages possibles du RSS en bibliothèque (.ppt). Vous saviez tout ce qu'il faut savoir sur ce que recouvre en réalité le concept de bibliothèque 2.0 et les outils associés. Vous disposez maintenant d'une remarquable feuille de route pour vous mettre au travail :-)
(Via SynchrO'live et Marlène)

Catalogage de demain

Un article (très très) technique (.pdf) mais qui fait le point sur les avancées actuelles de la problématique du catalogage, avec en ligne de mire une hybridation incontournable entre les techniques professionnelles actuelles et les potentialités du web 2.0. La bibliographie permet en outre de repérer quelques initiatives intéressantes, pour la plupart déjà signalées sur ce blog (et sur d'autres). A "state of the art" comme on dit.
(Via Catalogablog)

Netvibes vendu

Très bien vendu même, par son inventeur, Tariq Krim, dans une vidéo de 28 minutes, qui commence fort (morceaux choisis) :

  • "Internet est un disque dur."
  • "Netvibes est l'interface gratuite de ce disque."
  • "Pas de publicité, parce qu'on est sur un espace personnel"

On apprend aussi que :

  • Netvibes "gère" plus d'un million de flux (une autre mesure à rajouter à la taille du web)
  • Qu'après avoir libéré les données (web 1), on libère les applications (web 2)  et que, formule intéressante "l'application se construit avec le fichier". Pasl'temps, mais faudrait creuser ...
  • Optique Netvibes : libérer l'utilisateur en se servant des Widgets ("applications autonomes") qui "remplacent" la page web comme unité de publication et d'exploration.
  • "On casse la page" (reprend l'exemple de Yahoo!Pipes).

Et Tariq Krim d'annoncer :

  • la fin du Browser (navigateur), qui "ne sert plus à lire des pages mais à lancer des applications", et qui donc, le browser, "sera le prochain système d'exploitation". Le fameux web OS.
  • que Netvibes se lance maintenant dans le widget universel = créer un standard gratuit et libre qui puisse être installé et synchronisé partout, depuis partout (exemple : installer le "widget netvibes" sur son Mac, sur Google, sur l'IPhone, sur la PSP, partout on vous dit). Cela s'appelle Netvibes UWA et FredCavazza en parle également.

Et de se lancer dans les métaphores/formules du bon showman :

  • "L'Iphone est en fait un widget-Phone"
  • "La vraie force de Yahoo! Google et MSN, c'est d'avoir transformé les médias en matière première."

Et encore quelques idées - à mon sens -  très pertinentes :

  • "la relation entre un utilisateur et un outil ne se fait plus (ou de moins en moins) autour d'un mot-clé mais (de plus en plus) autour d'un service."
  • "Le plus important ce n'est plus l'audience, c'est l'attention." Et de citer l'exemple du patron de Disney indiquant que l'important (pour lui) "ce n'est pas que les gens regardent nos séries à 20h35 sur TF1 le Dimanche soir mais ce qui est important, c'est que les gens regardent nos séries". Et donc il les met partout (ses séries) : par exemple sur YouTube.

Démo live en tout cas enthousiasmante et maîtrisée. Et plein d'idées à creuser. Mais vraiment pasl'temps en ce moment :-(

(Via Arkandis)

Diversité des Youniversités

Henry Jenkins, professeur au MIT publie sur son blog une suite à son article "From YouTube to Youniversity" paru (mais payant) dans le Chronicle of Higher Education. Il y souligne l'importance croisée de 5 ouvrages fondateurs d'un changement de paradigme dans l'économie des médias, et plus largement des habitus numériques :

  1. The Wealth of Networks de Yochai Benkler (téléchargeable ici)
  2. Plenitude 2.0 de Grant McCracken
  3. The Long Tail de Chris Anderson
  4. The Future of Work de Thomas W. Malone
  5. Convergence Culture: Where Old and New Media Collide, de lui-même.

Henry Jenkins reprend ensuite l'expression "adhocratie" désignant : "a form of social and political organization with few fixed structures or established relationships between players and with minimum hierarchy and maximum diversity." Soit "l'opposé de l'université actuelle". Et de nous demander d'imaginer des universités fonctionnant à la manière de Wikipédia ou de YouTube afin "de permettre le déploiement rapide d’expertises dispersées et la reconfiguration des champs". Donnant ainsi naissance à une nouvelle unité académique baptisée donc "Youniversity".
Comme Henry Jenkins fréquente le MIT et y enseigne depuis quelques années, et comme il ne s'agit pas là du plus mauvais campus universitaire de la planète, il détaille comment progressivement, à partir de l'héritage croisé de disciplines différentes, les enseignements du MIT à destination des étudiants avancés se sont progressivement construits sur ce paradigme qu'il propose aujourd'hui d'appeler "Youniversity", arguant que : "To educate such students, we don't so much need a faculty as we need an intellectual network."
Et de rappeler qu'il ne s'agit en l'occurence que d'étudiants qui, à l'inverse de ceux qui arrivent actuellement à l'université, ne sont pas des "digital natives". Pour ces derniers, "In such a world, the structural and historical schisms separating media production and critical-studies classes no longer seem relevant."
Tout au long de son billet, et au-delà de l'importance effective accordée à l'appropriation des nouveaux médias participatifs dans la transmission des savoirs (blogs, wikis, etc), il plaide intelligemment pour un modèle de refonte de ce que nous appellerions de ce côté-ci de l'atlantique, les études doctorales, particulièrement dans le champ des "media studies". A méditer.

(Via Francis Pisani)

Bibliothèque 2.0

Intéressant travail qui s'efforce de répertorier quelques bibliothèques parmi les plus innovantes dans le domaine de l'intégration de technologies dites "2.0".
En avant donc pour découvrir :

Les deux listes sont assez courtes mais constituent de bonnes illustrations pédagogiques de ce qu'il est possible de faire en la matière.
Ce serait intéressant de pouvoir disposer d'une liste équivalente pour le monde francophone (en partant par exemple de la liste proposée sur Bibliopédia ??)
(Via OPL Plus)

Et 1, et 2, et 3 (web à) 0

A savourer sur le blog d'Henry Jenkins cette intéressante entrevue sur le web 3.0 perçu comme l'avènement des mondes virtuels semblables à Second Life.
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Psychologie de la collaboration

"l’importance du jeu et du plaisir à l’époque de l’information, à l’opposé de l’éthique protestante du travail qui a prévalu pendant l’ère industrielle." (source)

A mon avis essentiel pour comprendre les mécanismes actuels de la collaboration et de la diffusion de contenus dans les actuels systèmes ouverts (blogs, wikipedia, etc.). "Jeu" et "plaisir" auxquels j'ajouterai le facteur "reconnaissance dans sa communauté".

Dispersion, dissémination et diversion : les 3 mamelles du 2.0 ?

En écho au dernier billet d'Hubert Guillaud ("Des agrégateurs aux disséminateurs") ...
Et alors que François Bon, m'envoie un mail à propos du dernier petit jeu auquel je me suis fort complaisamment plié, en appelant à une "cartographie de la dispersion".

La dissémination d'Hubert et la dispersion de François me semblent 2 notions complémentaires et caractéristiques de ce nouveau visage du web, appelé "2.0". Je renvoie au billet d'Hubert pour la description des logiques de dissémination (di-"séminales" ?). Pour la dispersion, celle-ci semble assez simple à embrasser. Il n'est qu'à regarder les interfaces proposées par les moteurs de recherche cartographiques, qu'à regarder également la manière dont d'autres moteurs permettent de retracer le parcours d'une idée, d'un concept, d'un mot, d'une conversation. Qu'à regarder encore les outils citoyens conçus pour donner un sens à cette dispersion discursive (ici ou ). Qu'à regarder enfin la blogosphère autoréférentielle se regarder se disperser.

Dissémination donc. Et dispersion ensuite. Reste la diversion. Diversion dans les deux sens du terme. Des usages "divertissants" qui dominent outrageusement l'ensemble des services 2.0 plébiscités (Le vidéos "drôles" sur YouTube, les photos amusantes sur FlickR et j'en passe ...). Et des usages qui "font diversion" et nous détournent de notre quotidienne banalité en donnant à celle des autres le lustre illusoire de notre regard, pour un temps, distancié.

Dissémination, dispersion et diversion. Trois des fondements de ce web 2.0, avec en point de mire un autre éclairage, inspiré cette fois de l'ouvrage éponyme de Paul Virilio, celui d'une "esthétique de la disparition", qui là encore va comme un gant au nouveau visage, et aux nouveaux usages du web. Esthétique "2.0" d'abord, parce que tout le monde vous le dira, un site 2.0, c'est d'abord un B-E-A-U site 2.0, avec plein de boutons arrondis et de belles couleurs vives. Esthétique oui, mais de la disparition, car derrière ces interfaces léchées, le contenu, lui, disparaît. Une disparition dont le prestidigitateur s'appelle un agrégateur(1), qui deviendra ... disséminateur.

Et la boucle est bouclée ;-)

(1) cf ce que je racontais dans ce billet : "avec ce parangon que constituent les pages d'accueil personnalisables du type de celle de Netvibes. Dans ces pages d'accueil, il n'est plus de contenu "interne" mais simplement une architecture informationnelle entièrement générée (et temporairement stabilisée, fixée numériquement) à partir de contenus informationnels tous externalisés (la météo de ma région piochée sur Yahoo, mon courrier électronique capté dans Gmail, les fils de presse extraits de mon aggrégateur, etc ...). Le contenu s'efface derrière l'architecture. Le discours n'est plus ancré dans un dispositif (technologique) mais le dispositif ancre le discours."

2.0 (07)

Pour démarrer cette année 2007, pardon, 2.007, quelques lectures 2.0  :

Science 2.0 : l'aventure continue

Vous vous souvenez du mancement de PLoS One (sinon, petit rappel des faits) ? A l'aide des outils du projet Topaz, le site PLoS One annonce aujourd'hui le lancement officiel de sa version béta. Il est donc, comme annoncé, possible de commenter des articles et d'y attacher des fils de discussion. Le communiqué de lancement indique par ailleurs qu'il sera bientôt possible de voter aussi bien pour les articles eux-mêmes que pour les commentaires qui y sont attachés. On peut naturellement s'abonner aux mises à jour via un fil RSS. La présentation des articles autorise un téléchargement XMLisé ou en plus classique Pdf. A l'heure actuelle, un peu plus d'une centaine d'articles sont disponibles (médecine et sciences "dures"). Pour l'instant, la maquette est "jolie" et l'interface sobre et efficace mais les commentaires et discussions sont peu fournies (normal, ça démarre à peine). A suivre donc.

Notion de délégation et objets techniques (avez vous donc une âme ?)

Cinq bonnes raisons pour se lancer dans la lecture d'une thèse :

  • Première bonne raison : la manière dont elle aborde la question des moteurs de recherche, qui est ce qui m'a été donné de lire de plus intelligent sur la question depuis longtemps : "les moteurs de recherche sont devenus des nœuds centraux du Web et de l’activité des internautes. On peut affirmer sans détour que ces hybrides composés d’organisation commerciale et de logiciel sont devenus des institutions. En tant que métatechnologies, ils se penchent sur les flux d’informations, traduisent le paysage plat de la toile en listes hiérarchiques, et certains d’entre eux se chargent même d’en tirer des cartes (interactives) en deux ou trois dimensions. Sur l’hypertexte géant qui embrasse le globe, les moteurs de recherche projettent des métatextes censés redonner un sens de l’orientation aux internautes dans un environnement devenu hors de la portée de la cognition de l’être humain, du fait de la quantité des documents et d’informations qu’il contient. Avec les moteurs de recherche, nous entrons donc pleinement dans la problématique-clé de la science de l’information : comment comprendre et soutenir « l’être social en quête d’information » et plus loin "Google ne définit pas seulement un contexte énonciatif, un langage pour formuler des requêtes, mais il ré-agit, devient également acteur sur la scène du Web. La liste des résultats d’un moteur de recherche peut être vue comme un texte collaboratif dont le constructeur, le dispositif et l’usager sont des co-auteurs. En ce sens, notre concept d’espace médiatique procédural est largement analogue à celui d’architexte à la différence près que nous attribuons au dispositif une certaine responsabilité d’auteur (machine) et non seulement une fonction de médium."
  • Deuxième bonne raison : elle est réalisée dans le cadre du laboratoire paragraphe de l'université Paris 8, et a bénéficié des retours du groupe "écritures hypertextuelles" dirigé par Jean Clément, LE théoricien français de l'hypertexte.
  • Troisième bonne raison : elle est disponible en ligne dès avant sa soutenance
  • Quatrième bonne raison : elle propose "un concept de la relation homme-machine qui repose sur la notion de délégation. Cette notion issue du discours sur l'organisation politique et sociale ainsi que de la théorie des acteurs-réseaux permet de formuler le transfert de contrôle et de moralité impliqué par l'usage de ces objets techniques que nous avons groupés sous le nom de métatechnologie. En parlant de délégation, nous posons des questions de contrôle, confiance et responsabilité, telles qu'elles entrent dans les rapports qu'entretiennent les êtres humains avec leurs dispositifs informatiques." D'autres appellent ça "écologie cognitive" et "affordances informationnelles" ;-)
  • Cinquième bonne raison : elle cite l'excellente thèse d'un certain Olivier Ertzscheid en bibliographie. re;-)

La thèse s'intitule "Métatechnologies et délégation. Pour un design orienté-société dans l'ère du Web 2.0". Son auteur est Bernhard Rieder. Je n'ai fait pour l'instant que survoler ce document de 389 pages. Mais quelque chose me dit que je vais vider une ou deux cartouches d'encre avec plaisir :-)