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Universités : quand t'as plus de thunes, va dans I-Tunes.

(l'auteur de ce billet s'excuse pour le relâchement perceptible dans le titre de ce billet, relâchement principalement dû à l'approche de la déconnexion estivale)

"Depuis quelques mois, Paris Descartes est, avec l’Université de Nice-Sophia Antipolis, le seul établissement universitaire français présenté sur le site « iTunes U », par le biais duquel notre université diffuse du matériel pédagogique, des cours et des conférences. Ce site " iTunes U Paris Descartes" est en seconde position des sites universitaires européens quant au nombre de connexions." Editorial d'Axel Kahn (président de ladite université), consultable ici.

A noter que grâce à l'énorme boulot de Sophie Pène (entre autres, mais les autres je les connais pas), Paris-Descartes est également la seule à se soucier de manière proactive (comme disent les manageurs à catogan) de la déclinaison de son identité numérique sur le net, c'est à dire à ne pas simplement faire acte de présence sur Facebook, mais à créer des services et à militer pour leur utilisation et leur dissémination (pour des exemples, voir notamment les diapos 43 à 46 de ce magnifique diaporama).

Et la question de l'été sera donc : mais qu'attendent les autres ???

Moteur de recherche de signaux

Les moteurs de recherche sont les premiers auxiliaires de notre accès au net. Ceux-ci comptent déjà nombre de profondes mutations, tant en terme de technologie qu'en terme de modèle économique et de poids sur des pans entiers de l'activité du "monde réel". Ils ont successivement joué le rôle : 

  • de moteurs d'accès à des contenus,
  • d'indicateurs de popularité des mêmes contenus (algorithme PageRank),
  • de moteurs de recommandation et de suggestion (fonction "refine search", auto-complétion, etc ...)
  • d'outils d'indexation en temps réel (World Live Web)
  • pour dernièrement intégrer progressivement un part de plus en plus importante de sémantique dans l'affichage (microformats) et dans la recherche des contenus (web sémantisé),
  • tout en restant focalisés sur le carré magique des usages du web (Shopping. Health. Travel. Local), en valorisant et monétisant au maximum les requêtes transactionnelles.

Les mêmes moteurs subissent aujourd'hui une double mutation : celle de l'indexation des profils (la jonction entre moteurs de recherche et réseau sociaux se fera sans aucun doute très prochainement, posant le double problème d'un pan-catalogue des individualités humaines et de la pertinence des profils), et celle de l'indexation du micro-net et de ses micro-contenus (Twitter notamment). Là encore, et indépendamment de la sauce économique à laquelle elle s'accomodera (rachat, intégration), l'intégration de ces micro-contenus ne laisse aucun doute. Elle a d'ailleurs déjà commencée :

L'intégration se fera donc. La question est de savoir comment et pourquoi.
Sur le comment, globalement deux stratégies sont possibles : soit en "isolant" les tweets dans une partie dédiée du moteur de recherche (ce que fit Google avec les blogs en leur réservant un moteur dédié : blogsearch.google.com), soit en les intégrant et en les mixant à l'ensemble des autres résultats. La tendance étant massivement à la recherche universelle et à la fusion de l'ensemble des résultats de recherche, on peut légitimement supposer que c'est la première voie qui sera retenue.
Oui mais à vouloir tout mixer (contenus web, micro-messages, vidéos, news, images ...) on risque la confusion et cela nécessite un art avéré de l'interfaçage (la fameuse "User Experience"). Il est donc également probable que la seconde stratégie soit finalement retenue (= isoler ces contenus dans un onglet et/ou un espace dédié). Bref, on n'en sait rien et on attendra de voir.
Sur le comment toujours, mais dans son versant technique, là encore on notera deux possibilités : soit intégrer progressivement les tweets de quelques comptes (personnes, entreprises ou institutions) "labellisés" comme influents (l'approche qu'à visiblement choisi Microsoft). Soit (ce que fera certainement Google), appliquer la mécanique bien rôdée du PageRank aux Tweets de la même manière qu'aux autres contenus mais avec des niveaux de pondération légèrement différents : les backlinks (liens entrants) pouvant être "remplacés" par les RT, la popularité d'un compte Twitter étant aisément repérable au seul nombre de ses "followers" ou à la mention de son nom (précédé de l'arobase) dans l'ensemble des Tweets.
Des moteurs de recherche aux moteurs de signaux.
Ce qui est aujourd'hui en train de changer dans les notre expérience quotidienne des moteurs de recherche c'est la nature même de la relation qui nous lie à eux. Ils ne sont plus les seuls intermédiaires du début, entre "nous" et "des" contenus. Ils sont devenus des auxiliaires, des adjuvants, des assistants personnels à l'omniscience de plus en plus pregnante (via la personnalisation et la dérive des continents documentaires). Demain, quand l'intégration du micro-net sera passée dans les usages courants (comme l'est l'intégration des news, des vidéos ou des images), demain nous les utiliserons non plus comme moteurs de recherche mais comme moteurs de signaux. Nous n'y chercherons plus des contenus (c'était hier), nous n'y attendrons plus simplement une recommandation et une logique de prescription (c'est aujourd'hui), mais nous voudrons y trouver une qualification de ces contenus. Une qualification qui se voudra la symbiose entre des métriques sociales et comptables.
Un petit Tweet pour un grand bouleversement ?
C'est aux moteurs capables de nous livrer la meilleure qualification que nous souscrirons. Pour y parvenir, la prochaine mue des moteurs de recherche en fera des moteurs de signaux (un Tweet, une modification d'un profil, d'un statut ...). Et particulièrement de signaux "faibles". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si en évoquant les projets de Google en la matière (lancement d'un service de Microblogging search), Marissa Mayer parle de "Clues" (indices) et rapproche cela du Google Trends (tendances). Indices, tendances, signaux. Le meilleur moteur sera celui capable de repérer ces signaux faibles. Ce qui  - si mon analyse est avérée ... - serait à l'échelle de l'histoire des moteurs, un gigantesque bouleversement. L'ensemble des moteurs fonctionnent en effet aujourd'hui sur leur capacité à entériner des signaux forts. Toute leur algorithmie est ainsi pensée : afficher dans les premiers résultats les sites/articles/contenus les plus visibles, les plus cités, les plus commentés, les plus débattus, les plus liés. Depuis l'invention de la bibliométrie dont les fondements ont été implémentés dans l'algorithme du Pagerank, toute l'histoire des moteurs de recherche (et du succès de Google) se tient dans leur capacité à isoler le plus pregnant, le plus visible, le plus "émergé". Une visibilité que nous ne pouvons bien sûr pas "oculairement" percevoir, mais qui est (relativement) simple, limpide, perceptible et "révélable" pour les crawlers du web, comme les phéromones sont naturellement perceptibles aux fourmis. Demain, il leur faudra très probablement être capables de faire l'inverse avec les mêmes critères d'excellence : c'est à dire continuer de jouer leur rôle de localisation de sources (plus personne ne retient aujourd'hui l'adresse d'un site, on tape son nom dans Google et Google, "bookmark" universel, nous livre aussitôt l'adresse du site) ET être également capables de remonter des signaux faibles, c'est à dire des occurences documentaires à faible pertinence absolue mais à forte pertinence relative.

La réalité est pourtant plus compliquée que cela. S'il est vrai que les moteurs de recherche, dans l'héritage de la bibliométrie, ont pour but d'isoler les figures et les contenus les plus "marquants", la bibliométrie (et les moteurs de recherche) a également pour fonction de révéler les réseaux de citation et de collaboration, à savoir ces auteurs, ces contenus nettement moins cités ou liés mais qui, parce qu'ils sont à un moment ou à un autre "associés" aux plus cités, acquièrent une pertinence nouvelle. Il en ira de même pour la collecte de ces signaux faibles. La révélation et l'analyse de leur pertinence aura partie liée avec les contenus et les autorités déjà constitué(e)s, déjà repéré(e)s. En cela, les réseaux sociaux et les sites de micro-blogging constituent de précieux outils de repérage.

Alors quoi ? Alors il est très probable que la prochaine bataille de la pertinence, intégrant le micro-net et ses propriétés spécifiques (fragmentation accrue de ses contenus + "autorités" de plus en plus diluées), se jouera juste en dessous de l'habituelle ligne de flottaison des navigateurs, ligne en dessous de laquelle l'essentiel des internautes ne descend presque jamais consulter les résultats, mais ligne en dessous de laquelle se niche et se nichera toujours davantage la réelle pertinence des résultats, c'est à dire l'adéquation existant entre les signaux faibles détectés et leur corrélation aux contenus et aux autorités les plus saillantes assignées à la requête. Une pertinence qui instrumentalise une apparente sérendipité comme premier auxiliaire de la recherche

Twitter : le hiératique contre le hiérarchique.

Le monde comme il Twitte.
J'utilise Twitter depuis quelques mois. Je n'ai encore pas publié de billet au sujet de ce "nouveau" moyen de communication "temps réel", mais la blogosphère regorge d'analyses sur le phénomène emblématique de la statusphère. Comme pour la dernière "killer-app" rapidement érigée en phénomène de société (il s'agissait de Facebook), on spécule aujourd'hui autour de Twitter, tantôt annoncé comme "révolutionnant l'information", tantôt devant être racheté par Facebook ou Google, tantôt nouveau héraut de la figure du pro-am. Par ailleurs, aujourd'hui tout le monde est "sur" Twitter : des ministères, des administrations des politiques, des universités, des profs (les "tweeatchers"), des étudiants, des journaux, des journalistes ... (sur la dimension académique de Twitter, voir la diapo 39 de mon intervention aux RPIST).
Twitt à Saint-Tropez.
Le monde se twiterrise et Le Monde rend compte de la twitterisation du monde. Pas une catastrophe, pas un séisme, pas un crash d'avion, pas un scandale, pas une élection politique, qui ne soit d'abord révélés et relayés "sur" Twitter. Dernier séisme en date, la mort de M.Jackson qui faillit à elle seule faire s'effondrer les serveurs de la planète (ceux de Google en tête, ce dernier croyant être victime d'une attaque devant la multiplication des requêtes et des twitts sur MJ).
WTF. Wikipédia, Twitter, Facebook : What the fuck ?
De Wikipédia (pilier d'une révolution cognitive, d'un nouveau rapport au savoir) à Facebook (pilier d'une révolution de l'intime, d'un nouveau rapport à notre "identité" en ce qu'elle à d'intime, de public et de privé), de Wikipédia à Facebook il manquait un élément. Celui d'une primo-conversation, une conversation essentielle, planétaire, synchrone, instantannée. Au mieux comme une gigantesque iségoria, au pire comme un aliénant café du commerce. La première victoire de Twitter, c'est d'être devenu (comme Wikipédia et Facebook), un révélateur. Un "corpus", un sujet d'étude scientifique. WTF sont autant de moyens pour les chercheurs (en sciences sociales notamment) de sonder le monde, de disposer d'un formidable terrain d'expérimentation pour qualifier les changements en cours de l'ère numérique. L'une des dernières études scientifiques sur Twitter est celle menée par deux étudiants de Harvard, étude à partir de laquelle Jean-Michel Salaun a bien souligne les effets d'écho entre les usages de Twitter et ceux de Wikipédia, notamment le fait que "la répartition des contributions sur Twitter est plus concentrée que sur Wikipédia, même si Wikipédia n'est pas un outil de communications. Ceci implique que Twitter ressemble plus à un outil de publication unidirectionnel qu'à un réseau de communication pair à pair."
De la hiérarchie à l'hétérarchie.
L'information est brute. Les industries de l'information ont pour métier d'y mettre de l'ordre, par le biais de l'angle choisi pour les "sujets" et par les "choix" éditoriaux. Bref l'industrie de l'information tout entière (de la presse magazine aux moteurs de recherche) est d'abord une industrie de la hiérarchisation.
Avec Twitter, ce qui domine de prime abord c'est l'aspect profondément hétérarchique, à plat, de l'information qui y circule. On parle d'hétérarchie à partir du moment où, dans une organisation, il n'y a pas de "niveau supérieur". C'est Warrren Mc Culloch, l’un des premiers cybernéticiens, qui avait créé ce terme pour décrire certains programmes informatiques. Twitter est donc, de prime abord, une hétérarchie : pas d'éditorialisation, pas de "niveau supérieur" de l'information. Donc, Twitter est littéralement illisible. Parce que sa nature est précisément de ne pas vouloir "mettre en ordre". De ne pas vouloir hiérarchiser. Et pourtant Twitter est lu. Lu par la planète entière et notamment par les médias de l'industrie de la hiérarchisation qui y puisent informations, faits, témoignages, alertes, signaux.
Quel est l'ordre de Twitter ?
Si Twitter est lu (et utilisé) par chacun d'entre nous c'est parce qu'il est néanmoins capable de briser son hétérarchie pour lui donner de la profondeur, et pour se servir de cette profondeur comme d'une hiérarchie. La plupart des medias sociaux utilisent une technique d'éditorialisation déjà largement théorisée en informatique et en sciences sociales : il s'agit de celle du filtrage collaboratif. Les moyens et les instanciations de cette technique sont innombrabbles mais son mécanisme est immuable : on agence l'information, on construit collectivement les hiérarchies éditoriales en fonction du nombre de votes (ou de liens, ou de signalements, ou de mots-clés, ou de folksonomies, ou de Hashtags) vers cette information à l'intérieur d'une communauté d'usage, et ce de manière dynamique (ré-agencement perpétuel) ou statique (à un moment donné). Le filtrage collaboratif, très utilisé notamment dans des systèmes d'information "clôts" (en entreprise par exemple) a changé de nature dès qu'il s'est retrouvé sur le web, et ouvert à des communautés pouvant compter plusieurs millions de membres. Mais revenons à Twitter. L'éditorialisation de Twitter, son filtrage collaboratif, sa profondeur hiérarchique, c'est la capacité que nous avons de construire notre communauté de Followers (littéralement suiveurs) et de décider nous-mêmes des personnes ou des thèmes que nous voulons suivre. C'est là le seul moyen de garder le contrôle et de n'être pas totalement submergé par le flot flux. Mais on le voit, il ne s'agit pas réellement de hiérarchisation (qui s'appuie sur une verticalité) mais plutôt de périphérie, d'horizontalité du cercle de suivants/suiveurs dont et avec lesquels nous décidons de tenir conversation.
De l'hétérarchie au hiéroglyphes.
Twitter débarque donc. Comme tout média, il le fait avec ses codes. Les adeptes de l'IRC des débuts se souviennent des différents modes, des différentes commandes. Les codes de Twitter sont épurés. Mais il n'en restent pas moins déroutants pour le novice : ce sont les fameux Hashtags, mots-clés précédés d'un signe dièse "#" qui pourront être agrégés pour structurer (et non hiérarchiser) une actualité (exemple, le Hashtag pour parler de la mort de M. Jackson était " #MJ "), ou bien encore des RT, ces renvois de Twitts, dans lesquels l'acronyme initial "RT" signale que l'on est en train de reprendre une information (un Twitt) déjà publiée (lequel RT est en général suivi du nom - précédé d'une arobase - du compte Twitter d'où l'on reprend l'info). Ajoutons-y la limitation des messages à 140 caractères et la retraduction systématique des adresses web en des versions abrégées (et donc illisibles), et nous obtenons le genre de truc suivant :

  • "affordanceinfo @sarko @carla RT "MJ est mort" http://bit.ly/Y45brt #WE à eurodisney #MJ #bambi #premierevictimedefredericmitterand"

Soit, vous en conviendrez, pour un individu lambda non adepte ou non-initié auxdits codes, un léger côté hiéroglyphique pour une info ainsi normalement traduisible en langage courant :

  • Olivier E affordanceinfo signale à ses amis Nicolas et Carla @sarko @carla, que Michael Jackson est mort "MJ est mort", info qui circule actuellement partout RT et qui est vérifiable à l'adresse http://www.europe1.fr/Michael-Jackson-des-millions-de-fans-pour-un-dernier-hommage/ http://bit.ly/Y45brt, et info qu'il associe spontanément # au souvenir que ses amis gardent de leur dernier week-end à Eurodisney #WE à eurodisney, tout en s'interrogeant pour savoir s'il existe un rapport de causalité directe entre la mort du chanteur et l'arrivée de Frédéric Mitterand au Ministère de la Culture #premierevictimedefredericmitterand". 

Des hiéroglyphes au hiératique. Twitter ou les stratégies d'évitements de la lecture industrielle.
Ainsi Twitter, dans son affichage, dispose bien d'une dimension hiéroglyphique (pour le profane - qui s'en trouve désorienté -  comme pour l'initié - qui les manipule sans difficultés). Mais ce qui est le plus intéressant dans Twitter, ce sont les stratégies qu'il met en place pour gérer l'infobésité accrue par le temps réel sur lequel il s'efforce de se caler, et ce sans jamais faire appel à de classiques techniques de hiérarchisation (cf supra) mais en préférant faire appel à des stratégies visuelles, cognitives et scripturales d'évitement, de substitution.
Premier exemple : l'utilisation du RT, ou le fait de Re-Twitter une information (un autre Twitt). Il ne s'agit pa là de créer volontairement de la redondance (même si cela y revient in fine) mais bien plutôt de qualifier l'importance d'une information et contribuant à son effet de masse. Traduisez : si je retwitte cette info, c'est qu'elle m'apparaît importante/intéressante. Le fait de la re-twitter vise donc d'abord à lui donner du poids, pour lui permettre d'émerger de l'ensemble. Et l'on retrouve ici cette verticalité, cette hiérarchie qui semblait faire défaut à Twitter.
Deuxième exemple : les Hashtags. Ceux-ci sont le strict équivalent des Folksonomies, c'est à dire un processus de classification collaborative par des mots-clés librement choisis, mots-clés qui, comme pour les folksonomies peuvent aller de l'explicite - #iran-elections - à l'allusif - #MJ (pour Michael Jackson) -, voir au simplement farfelu - #slipsurlatête - ou à l'égocentré - #danielprendlepouvoir.
Troisième exemple : la représentation (cartographique ou imagée), la mise en scène visuelle. C'est là le plus révélateur. Les accrocs à Twitter ne peuvent très longtemps sa satisfaire d'une nombre de followers limité, eux-mêmes ne peuvent se résoudre à brider le nombre de comptes qu'ils souhaitent suivre en temps réel. Ils n'ont alors pas d'autre possibilité que d'être submergés devant l'aspect invasif et ingérable de ce déferlement. Ils passent dont par des applications tierces (Twitter en regorge ... voir notamment le point III "Outils et services" de ce billet) qui permettenr de visualiser les "points chauds" de Twitter, que ces points chauds soient thématiques ("je cherche de quoi on parle beaucoup en ce moment"), conversationnels ("je cherche les gens qui parlent le plus et/ou le mieux de ce qui m'intéresse), ou chronologiques ("je cherche de quoi on a perlé dans les dernières minutes, la dernière heure, ou la dernière semaine). Un seul exemple (au nom programmatique) dans cette dernière catégorie : le site Twitter for busy people.
Moralité : par sa limitation en nombre de caractères, par les codes scripturaux et les interfaces de vidsualisation qu'il utilise, Twitter travaille sur la dimension hiératique de la conversation comme vecteur d'information.
La définition que le Littré donne su terme hiératique est la suivante (il s'agit de la troisième acception du terme) : "Écriture hiératique, signes hiératiques, écriture cursive, qui est une abréviation de l'écriture hiéroglyphique et dont les signes sont dérivés, signe à signe, des caractères hiéroglyphiques." Définition ainsi complétée par Wikipédia : "L'écriture hiératique est en fait le deuxième niveau de simplification des hiéroglyphes, le premier étant les hiéroglyphes linéaires, qui sont des versions simplifiées des hiéroglyphes, mais qui gardent leur valeur représentative. Les caractères hiératiques, eux, ne représentent plus des objets, mais uniquement des signes arbitraires à la manière des lettres d'un alphabet."
Twitter ou l'écriture hiératique vue comme substitutive à l'absence de possibilité de lecture hiérarchisée. D'autre part, et pour reprendre une analyse déjà exposée ici, Twitter me semble, avec sa logique de "Followers",  également emblématique d'un troisième âge de la navigation hypertextuelle, celui de la souscription.

Il y a plusieurs raisons au succès actuel de Twitter.

En plus de celles précédemment décrites, voici celles qui me semblent aujourd'hui essentielles :

  • Sa simplicité.
  • Sa portabilité. = il est aisément déportable dans différents environnements (sous forme de widgets pour des site web ou de clients pour des navigateurs ou des téléphones portables, ou bien de manière plus immersive, comme ce client qui sert du support aux conversations du jeux vidéo World Of Warcraft)
  • Son effectivité. = sa capacité de résonnance (lectures industrielles) et sa capacité à créer du lien (avec l'industrie de l'écriture = les "grands" médias).
  • Son affectivité. = Twitter utilisé pour de petites conversations entre amis. Il s'agit bien ici de lien social.
  • Son unidimensionnalité. = Twitter ne contient que du texte, pas d'image, pas de son, pas de vidéo.

Industries des données ou écritures industrielles ?

En écoutant Bernard Stiegler hier sur France Culture dans l'émission "du grain à moudre", je me disais que dans la gradation technologique qui mène du Fordisme à Google, on pourrait établir le genre de hiérarchie suivante :

  • Première pèriode industrielle (1950-1980) : les technologies du "faire" (ère industrielle). La valeur, ce sont les matières premières utilisées dans les chaînes de production.
  • Seconde période industrielle (1980-1997) : les technologies de l'intelligence (l'ouvrage éponyme de Pierre Lévy est publié en 1993). C'est l'avènement du web, des réseaux comme nouvelle infrastructure industrielle. La valeur se tient cette fois dans la perpétuelle dispersion / ré-agrégation des contenus disponibles. La valeur, c'est le lien hypertexte pour le dire plus simplement.
  • Troisième période industrielle (1998-2003) : les technologies de l'accès. Dont on pourrait poser la naissance en même temps que celle de Google. La valeur est alors celle de la mémoire. Mémoire informatique externalisée. Externalisation de nos mémoires documentaires. Google c'est "La" base de donnée (pour reprendre l'expression utilisée par Stiegler dans l'émission en question)
  • Et (il me semble en tout cas), nous basculons lentement mais sûrement dans une quatrième période industrielle (2003-200?), celle des technologies de la capillarité et de l'artefact, bâties autour de mémoires informatiques industrialisées mais autour également d'une "industrialisation de l'intime" (pour reprendre l'expression d'Alain Giffard) qui se donnent - notamment - à lire dans les réseaux sociaux (en 2003, nombre de réseaux sociaux "majeurs" ont atteint un large public). Le système de valeur que se choisira cette quatrième période industrielle pourrait être directement "indexé" sur la porosité choisie, induite ou subie entre notre identité documentaire (les traces que nous laissons sur le réseau) et notre présence retournée (= la collecte et l'agrégation de ces traces telles qu'elles se donnent à lire une fois remixées par les industries des données - moteurs de recherche et réseaux sociaux en tête). Soit le passage d'une externalisation de nos mémoires documentaires à une externalisation de nos intimités mémorielles documentées. Une autre dimension essentielle de cette monnaie sera très probablement celle du synchronisme, défini comme la capacité à faire correspondre les traces de nos activités et les indices de notre présence en ligne. Les questions qui se posent sont naturellement innombrables. L'une des plus saillantes me semble être celle de l'industrialisation possible du décalage qui existe entre ce que nous sommes, ce que nous voudrions être, et ce que nous donnons à lire de nous dans nos systèmes d'écriture sur les réseaux, dans les traces documentaires et documentées que nous y laissons. C'est probablement là un nouveau "temps" pour nos systèmes d'engrammation. Davantage peut-être que des lectures industrielles (Alain Giffard encore), la préemption de l'ensemble de nos traces connectées et déconnectées par les industriels de l'accès et des données, me semble relever de stratégies d'écritures industrielles.

Et demain ? Avec l'internet des objets ("everyware"), avec le web des données, avec la sémantisation des protocoles de recherche et d'interactions en ligne, avec la frontière abolie entre l'intime, le privé et le public, avec le réagencement permanent et la rémanence sans cesse accrue des synchronismes entre le monde réel et le monde numérique ... l'ère qui s'ouvre devant nous verra probablement la fusion des "anciens" agencements machiniques supportant nos lectures industrielles (moteurs de recherche et réseaux sociaux) en un seul nouvel agencement symbolique, une seule entité, une seule monade calculatoire - qui restera diversement instanciée. Le risque est d'y voir se dissoudre, autour de logiques de souscription quasi-incantatoires, ces agencements collectifs d'énonciation qui bâtirent le web. Une dissolution au profit (et nécessairement "for-profit") de la génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées.
Economie des écritures industrielles.
Je note par ailleurs en même temps que je l'écris, que la "génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées" est une définition qui semble parfaitement circonscrire le périmètre et l'enjeu de l'affichage des publicités contextuelles et ciblées (Adwords et Adsense). Depuis déjà 10 ans, l'industrie des données met toutes ses forces dans la bataille pour ne jamais tarir la source des ces écritures industrielles. Elle peut ajourd'hui y déverser en temps réel l'intimité de nos mémoires documentaires et documentées. C'est peut-être la clé d'un web à venir, un web implicite mais dont l'implicite ne s'analysera plus seulement à l'aune des artefact techniques proposés.

Le web (implicite ?) de demain est celui que construisent aujourd'hui les agencements algorithmiques qui permettent la génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées.

Rencontres RPIST 2009.

Me voici de retour de Nancy où j'étais invité par l'Inist pour causer de la question de l'identité numérique des chercheurs.
Et voici donc le diaporama slideshare avec Ô merveille les notes correspondant à chaque diapo (regarder l'onglet "Notes" sous la présentation depuis le site Slideshare)
Mes fans et mes plus grand détracteurs pourront observer que l'ADBJP ("association pour la défense du bandeau jaune dans les pauvrepoints") a encore frappé.

J'intervenais juste après Hervé Le Crosnier, ce qui n'est jamais chose facile, surtout quand ce dernier a passé la soirée à vous répéter que "il fallait faire le show", le tout en patientant 1h30 dans un ersatz de pizzeria en buvant du gris de toul et en lapidant mentalement le serveur qui, quand il n'apportait pas une assiette de pâtes en lieu et place d'une pizza Roma après une demi-heure de commande, se souvenait soudain (après une autre demi-heure d'attente) que j'avais aussi pris une salade en entrée. Bon. Globalement on a l'air de pas s'en être trop mal sortis ... mais vous pourrez très bientôt juger sur pièce étant donné que la vidéo des interventions sera prochainement disponible sur le site des RPIST.
A part ça, bonne nouvelle, pour le prix d'une chambre dans un hôtel IBIS, vous avez droit à une connexion internet gratuite. La dernière fois ça m'avait coûté 15 euros pour une heure de connexion (pourrie). Vive les hôtels Ibis donc.
Vous pouvez aussi consulter le hashtag RPIST sur Twitter pour voir tout ce qu'en ont retenu les participants qui ne dormaient pas (et qui avaient réussi à pirater le Wifi local).
Voila. Voila.
A part ça toujours, mais dans un prochain billet, je reviendrai vous parler du "off" de ces rencontres. Je vous raconterai comment j'ai voyagé dans le train à côté d'un consultant qui intervenait pendant les rencontres, et qui expliquait doctement à son associée (sa secrétaire ?) que le pauvrepoint qu'elle lui avait préparée n'allait pas du tout, et qu'il n'allait pas parler de revues.org parce que ce n'était pas dans la cible stratégique (ou un truc comme ça ...) et que "ah bon tu leur as déjà envoyé le powerpoint ? Ah bon c'est embêtant ça." Délicieux voyage vous dis-je. Je viendrai également vous reparler de la manière dont l'Inist vend 15 euros des articles (les miens notamment) déposés dans une archive ouverte (archivesic par exemple) et pour certains sous licence creative commons "attribution - non-commercial", le tout dans une interface qui ne néglige pas les publicités sponsorisées du moteur Google, donnant à celle-ci (l'interface), l'air de ces entrées d'agglomérations défigurées par de gigantesques panneaux publicitaires (si vous n'avez pas la patience d'attendre mon billet, vous pouvez déjà vous mettre celui relayant l'étrange politique tarifaire de l'Inist sous la dent).
Et puis dans la série ça n'intéresse personne, sachez que pendant qu'Hervé Le Crosnier était assailli par ses fans, le valeureux Dominique Cardon et moi-même nous sommes faits refouler (temporairement) du buffet sous prétexte qu'il fallait d'abord le prendre en photo (le buffet).
Sachez aussi que le même Hervé Le Crosnier à réussi à me convaincre (il est fort) d'arrêter de faire figurer le "temps de rédaction de ce billet" à la fin des billets d'Affordance. Pas de taylorisation de la recherche. Merci hervé :-)
Enfin une pensée spéciale pour ce verbatim recueilli au moment de mon départ : "Je suis contente de vous avoir rencontré en vrai. Parce que je vous imaginais petit et gros." Pour quelqu'un venu parler du nécessaire contrôle de leur identité numérique par les chercheurs, cela valait la peine d'être souligné ;-)

Agenda : rencontre RPIST 2009

Je serai demain et Mardi à Nancy aux Rencontres des professionnels de l'information scientifique et technique.
Voici le titre de mon intervention :
"Science identifiée et scientifiques identifiables : questions et enjeux autour de la maîtrise de l’identité numérique pour les chercheurs et leurs institutions."
Et le résumé :
Qu’appelle-t-on « identité numérique » ? Quelle est sa déclinaison académique ? Que peuvent apporter les réseaux sociaux au débat scientifique et à la diffusion/construction des connaissances ? Quel niveau d’initiative, de contrôle, de présence et de service en attendre ou en exiger ?
La maîtrise et gestion de l’identité numérique sont aujourd'hui des problématiques saillantes du web contributif. Au travers des moteurs de recherche et des réseaux sociaux notamment, de nouveaux vecteurs de socialisation et de transmission des informations et des connaissances se mettent en place.
Dans ce contexte, et dans des lieux virtuels de communication fonctionnant de plus en plus en temps réel, les espaces de la parole et de la communication scientifique - qu’elle émane des individus ou des institutions - doivent trouver de nouvelles dynamiques.
Comment conforter la place de la parole scientifique dans l’iségoria moderne du web ? Comment l’institution et les individus doivent-ils prendre en charge les nouvelles visibilités documentaires offertes par le réseau ? Quels sont les espaces restant à investir ? Quels en sont les outils ? Que proposent-ils ?
Notre exposé s'efforcera d'apporter quelques éléments de réponse à ces questions, en interrogeant les problématiques inhérentes à ces nouveaux modes de socialisation, à ces nouvelles "sociabilités numériques".

En cadeau-bonus et en amuse-bouche, voici la bibliographie de l'intervention :

Le diaporama sera comme d'habitude mis en ligne sur Slideshare, dès qu'il sera terminé, c'est à dire dans la nuit précédant l'intervention ;-)
===============================
By the way ... et même si ce n'est pas le sujet de mon intervention de mardi, j'aimerais bien que quelqu'un m'explique l'étrange politique tarifaire de l'Inist (qui est l'un des principaux diffuseurs de l'IST dans notre bel hexagone) ... politique aussi étrange que le choix du moteur Google CSE et l'affichage systématique de liens sponsorisés sur un site public de diffusion de l'IST ... J'aimerais bien aussi que toutes celles et ceux qui ont payé 15 euros pour avoir accès aux articles de votre serviteur en profitent pour demander leur remboursement sine die.
Inist

Lesdits articles (et quelques autres) étant disponibles gratuitement sur ArchiveSic. Bref, le sujet retenu pour ces rencontres est effectivement bien choisi : "Nouveaux modes de publication scientifique. Relations avec les éditeurs". Messieurs les éditeurs ... tirez les premiers.
J'essaierai de poser la question aux principaux concernés entre deux petits-fours :-)

150 millions d'amis.

Qu'en faire ?

  1. les sonder : "Mark Zuckerberg (...) showed (...) how the social networking site could be used to poll specific groups of users."
  2. faire du sondage planétaire et en temps réel : "He also polled more than 100,000 American users of the website, asking them whether they thought President Obama's fiscal stimulus package would be enough to resurrect the economy. Two out of five said it was not enough."
  3. construire une "autre" base de donnée des intentions, ne reposant plus cette fois sur les mots-clés tapés par les internautes dans un moteur de recherche, mais par la scrutation attentive de nos extimités numériques : "Facebook also has a tool called Facebook Lexicon, which is a bit like Google Trends, in that it allows users to track what topics are being discussed by people on Facebook. While Google Trends uses the search terms that are entered into its site, Facebook Lexicon looks at one of the most visible parts of a user's profile page – their wall, where people and their friends exchange public messages. It provides a searchable database of trends over time, showing how the incidence of particular words or phrases has increased or decreased in wall posts."
  4. les vendre : "Facebook intends to capitalise on the wealth of information it has about its users by offering its 150 million-strong customer base to corporations as a market research tool."

Vous avez dit "déprimant" ?

(Via : une lecture très instructive du Guardian // Temps de rédaction de ce billet : 20 Minutes)

Atlas of Cyberspace.

Aujourd'hui la "cartographie" du web est devenue courante. Et ce n'est pas un hasard. Occupants maladroits ou simples visiteurs, cybersquatteurs en quête perpétuelle d'ameublement, nous "habitons" désormais littéralement le cyberespace. Nous ne pouvons donc tout simplement plus nous permettre de ne pas en avoir de carte. On ne compte plus les projets de recherche pionniers, les blogs de référence, les moteurs cartographiques, les outils aussi riches que variés. Cartographie de tout (ou à peu près) et partout. Derrière tout cela (et ceux-là), il existe un ouvrage de référence. Une bible. LE livre de chevet de tous les cyber-géo-cartographes professionnels et amateurs. C'est l'Atlas of Cyberspace de Rob Kitchin et Martin Dodge, paru en 2001, alors que Google avait 3 ans, que Rome remplaçait Sparte, que Déjà Napoléon pointait sous Bonaparte. Si la cybergéographie est aujourd'hui reconnue comme un authentique champ de recherche (à l'étranger tout au moins ...), c'est essentiellement à cet ouvrage qu'elle le doit. Et si je vous en parle aujourd'hui c'est parce que l'ouvrage en question est désormais intégralement disponible en ligne sous licence Creative Commons.  A lire donc ou à relire ... La version Haute définition de l'ouvrage est un petit bijou pour les illustrations :-))
Ce que cet ouvrage à de pionnier, s'il fallait le résumer, c'est qu'il fut le premier (?) à s'intéresser à la géographie des flux de données en tant que telle, comme on s'était auparavant intéressé à la géographie des flux humains ou financiers. Cette Cybergeographyflow là est aujourd'hui naturellement essentielle. Elle l'est d'autant plus qu'elle éclaire sous un angle impensable à l'époque, ces géographies "parentes" des flux humains et financiers. Demain peut-être elle les supplantera définitivement (cf le très à la mode et très disruptif "cloud computing"). Il faut également avoir cela en tête pour relire avec gourmandise l'Atlas du Cyberspace.
En cadeau bonus, cette photographie d'un Internet qui paraît avoir 1000 ans et qui ne date pourtant que de ... 14 années.
Cybergeo
Et oui ... Qui se souvient des Monster List de l'espace FTP, qui se souvient que la liste arborescente du CERN était à l'époque l'une des seules entrées "grand public" de l'internet ? S'il y en a qui ont le temps, il y aurait un joli travail de graphisme et de réflexion à faire pour redessiner cette carte en l'adaptant à l'Internet actuel ...
Autre aspect visionnaire de l'ouvrage, un chapitre entier (le n°4) est consacré à la "cartographie des conversations et des communautés". Je vous rappelle que nous sommes en 2001 et que (même aux Etats-Unis) personne ne sait encore ce que c'est qu'un blog ...
Un ouvrage majeur qui se termine pas ces mots : "And remember : there is no true map of cyberspace."

Et si vous êtes tentés d'approfondir la question, la bibliographie d'Eric Guichard sur le sujet est une autre ressource incontournable (même si elle date un peu). Et puis un dernier lien opur la route, signalé par InternetActu : le manifeste pour la géographie numérique, et une synthèse sur le développement de la cartographie collaborative en ligne.

(Sources : The End of Cyberspace // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures)

Facebook University

Un article intéressant de l'Atelier signale une étude de l'université de Leicester à propos du rôle joué par Facebook dans l'intégration universitaire. Le résumé de l'étude est en ligne. L'étude dispose également de son site web. Au total, 221 étudiants de première année ont été interrogés. Avec les résultats suivants :

  • "more than half (55 per cent) had joined Facebook to make new friends prior to entering university, while a further 43 per cent joined immediately after starting university. Nearly three quarters said Facebook had played an important part in helping them to settle in at university." Facebook est donc très clairement un facteur d'intégration.
  • "Over a third of respondents also said they used Facebook to discuss academic work with other students on a weekly basis, and more than half responded positively to the idea of using Facebook for more formal teaching and learning – although only 7 per cent had actually done so." Facebook n'est donc pas vraiment plébiscité pour des usages universitaires standards.
  • "But the survey also found that 41 per cent of students were against being contacted directly by tutors via Facebook. A report on the preliminary findings warns that the university will need to tread carefully if it wants to use Facebook to communicate with students for administrative or teaching and learning purposes." Facebook dispose d'un "effet de bulle". C'est à dire que pour pouvoir jouer pleinement le rôle que lui assignent les étudiants (effet d'intégration sus-cité), ces mêmes étudiants ont besoin d'un espace "déconnecté" de l'université, ou à tout le moins d'un espace qui ne soit pas le vecteur d'une communication universitaire "traditionnelle". Bref de rester dans un "entre-soi".

Je suis moi-même utilisateur régulier de Facebook. Et j'ai une liste "d'amis" intitulée "étudiants" qui compte à ce jour 73 étudiants ou anciens étudiants de l'IUT dans lequel j'officie principalement. Au regard des conclusions de l'étude ci-dessus je constate :

  • que je n'ai jamais utilisé Facebook pour "parler boulot" avec mes étudiants. Et ce pour deux raisons : primo je dispose d'autres outils ; et deuxio, j'avoue qu'à les fréquenter et à observer l'utilisation qu'ils font de cet outil, je n'avais pas besoin d'être très clairvoyant pour sentir qu'ils n'avaient pas envie que je vienne leur parler boulot "sur" Facebook. De la même manière j'ai assez intuitivement senti que si je l'avais fait, nombre d'entre eux auraient rechigné à "devenir l'ami du prof". Au final je n'interviens d'ailleurs jamais dans leurs échanges, sauf s'ils me sollicitent ou m'interpellent directement, ce qui arrive parfois, mais pas très souvent.
  • que mes étudiants (en tout cas les 73 que je suis) n'abordent quasiment JAMAIS la question de l'université (sauf quand elle est le prétexte d'une soirée, ou sauf pour en dire du mal) dans leurs discussions et leurs échanges de photos ou les liens qu'ils signalent. C'est effectivement et très clairement un espace de loisir et de détente dans lequel ils échangent principalement des photos prises lors de soirées et assorties de commentaires pour l'essentiel sur le mode de la "private joke".

Par ailleurs je sais :

  • que les étudiants savent que je suis sur Facebook et qu'ils savent également (parce que je le leur signale en cours), que je voie "tout" d'eux, au même titre que leurs actuels ou anciens camarades de promo. Ainsi quand j'aborde dans mes cours la question de la vie privée numérique, j'attire leur attention sur le fait qu'il n'est pas dommageable (pour eux) que je tombe sur des photos dans lesquelles ils ne sont pas vraiment à leur avantage (doux euphémisme ...), ou encore dans lesquelles ils se livrent à des pratiques réprimées par la loi (moi-même à leur âge ...), mais que cela pourrait être effectivement plus gênant qu'un futur employeur (ou leur mère) tombe sur les mêmes photos. Or même après leur avoir indiqué tout cela, même après leur avoir indiqué qu'ils avaient la possibilité de "régler" leur degré d'intimité affichée pour certains de leurs amis, aucun d'entre eux n'a jamais modifié ses pratiques.

Bernard Stiegler (à la toute fin du documentaire "Pris dans la toile") confiait récemment qu'il avait posé la question à ses étudiants de l'UTC pour savoir lesquels étaient sur Facebook. La moitié "y étaient". A la question suivante "Qui trouve ça bien ?", pas une main ne se lève. Et Stiegler d'essayer de comprendre. Le résultat : ses étudiants "y étaient" parce "qu'ils considèrent qu'il est en train de se produire là quelque chose et qu'ils espèrent que ça va sortir." "C'est très positif ajoute Stiegler. Ca veut dire qu'ils attendent encore quelque chose." De mon côté, je serai tenté d'ajouter que les étudiants "y sont" également par biais d'une mimesis sociale (mes copains y sont, faut que j'y soie). Enfin (et si je peux me permettre de taquiner Bernard Stiegler tout en ignorant quels sont les rapports qu'il entretient avec ses étudiants de l'UTC), enfin disais-je, je crois que ses étudiants sont un peu comme les miens : ils ne disent pas toujours tout à leur prof ;-) Si je posais la même question aux miens, j'obtiendrais probablement le même genre de réponse.  Mais en observant leurs pratiques, l'intérêt qu'ils y trouvent est tout à fait manifeste ;-)

Conclusion ? Conclusion je crois qu'il nous faut apprendre à utiliser ces outils pour ce qu'ils induisent comme modèle d'usage et non pas pour ce qu'ils autorisent comme pratiques.

Hein ? Je m'explique. Il ne faut pas essayer à toute force d'utiliser Facebook, "tel quel" et "pour" l'enseignement ou "pour" la recherche (ce qui n'empêche pas d'en proposer l'usage si possible "éclairé", pas plus que cela n'empêche - au contraire - d'y former les collègues).

OK, il faut faire quoi alors ?? A la manière des "Youniversités" qui empruntent à YouTube la possibilité de mettre en place "le déploiement rapide d’expertises dispersées et la reconfiguration des champs" (c'est pas moi qui le dit, c'est Henry Jenkins), les "Facebookiversitiés" (beurk), les "universités sociales" (re-beurk), les "socioversités" (admettons ... faute de mieux), les socioversités donc, doivent emprunter à Facebook en particulier et aux réseaux sociaux en général :

  • leur capacité à distendre et étirer le lien social sur une dimension temporelle débordant largement le calendrier (et les horaires) universitaires
  • leur capacité à créer un "effet de bulle", un environnement, un lieu dans lequel toute désintermédiation apparente est l'occasion de réintermédiations successives dont l'ensemble est largement porteur de sens et vecteur de projet.

Ok mais heu ... c'est possible de refaire la dernière phrase sans les mots compliqués ? OoooK.

  • "Désintermédiation apparente" =  les étudiants ne sont plus "en face" du prof et réciproquement. Le prof ne s'adresse plus à un groupe physique mais à un groupe virtuel qui n'est pas nécessairement composé de ses seuls étudiants. Idem dans le sens étudiants => profs.
  • "réintermédiations successives dont l'ensemble est largement porteur de sens" : En s'adressant à ses étudiants dans cette temporalité différente et avec la souplesse de cette "place" virtuelle, le prof. (s'il est un minimum volontaire et surtout un minimum formé et/ou curieux) a la possibilité de créer de nouvelles dynamiques de médiation. D'enrichir et de documenter les différents aspects de cette médiation renouvellée. Sur cette base, ou plus précisément sur cette "intensité" (cf infra) de la médiation, se dessinera le visage des "socioversités" de demain. "et vecteur de projet" donc.

Car après tout, comme disait l'autre : "C’est par intensité qu’on voyage, et les déplacements, les figures dans l’espace, dépendent de seuils intensifs de déterritorialisation nomade, donc de rapports différentiels, qui fixent en même temps les reterritorialisations sédentaires et complémentaires." G. Deleuze.  Dans la vidéo sus-citée, Bernard Stiegler s'interroge pour savoir si nous serons prêt à nous donner les moyens de satisfaire l'attente des étudiants. Ou si d'autres le feront à notre place. Il s'interroge pour savoir si nous sommes prêts à y investir le temps et l'argent nécessaire. J'ajoute la question de savoir si nous serons préparés à l'intensité de ce voyage.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h30)

Impudente impudeur

André (Gunthert) semble avoir trouvé le moyen de me passer devant au classement Wikio. Il fait rédiger ses billets par des experts du buzz du moment !! L'économie mondiale s'effondre ? Paf, il convoque Jacques Sapir qui se fend de deux bilets lumineux sur le sujet (1 et 2). Tout le monde parle du jeu/enquête SocioGeek ? Paf, c'est l'initiateur dudit jeu, Dominique Cardon himself, qui vient tenir tribune chez André dans un billet article titré "Pourquoi sommes-nous si impudiques ?" (nota bene : le débat amorcé en commentaire du billet de Dominique Cardon est également intéressant et révélateur de la diversité des approches de l'identité numérique)
Je m'en vais donc de ce pas mettre un courriel au conseiller scientifique de Wikio pour attirer son attention sur ces sournoises pratiques.

D'ici là courrez lire l'article Pourquoi sommes-nous si impudiques ? :-)

Culture informationnelle, fracture cognitive, redocumentarisation de soi et plus si affinités.

Quelques extraits de mon intervention de vendredi dernier à propos des technologies de l'artefact et de la capillarité :

  • à propos des réseaux sociaux et du processus de redocumentarisation : "Dans le monde réel, nous disposons tous de « documents d’identité », factuels, lesquels documents et identités peuvent être « documentés » de différentes manières, par exemple par des services de police ou par les services sociaux. Dans le monde « virtuel », les sites de réseaux sociaux comme Facebook permettent de redocumentariser notre identité connectée, qu’elle soit ou non en adéquation avec notre identité réelle : la description identitaire est ici fragmentée, enrichie et complétée par d’autres. « Je » me définis par la manière dont je me décris mais également par la nature de mes relations, des réseaux auxquels j’appartiens, des opinions des « groupes » ou des « communautés » que je fréquente. Cette redocumentarisation particulière est à la fois très frappante et très prégnante du fait de l’essor et de l‘engouement auprès des publics jeunes des sites de réseaux sociaux. Ce qui permet d’indiquer que pour la première fois à l’échelle de la culture informationnelle, le premier terrain documentaire, c’est celui de ma propre subjectivité. C’est « moi ». L’une des toutes premières explorations documentaires de ces publics n’est plus celle d’un document physique ou même numérique : c’est celle de leur subjectivité connectée. Ceci peut peut-être expliquer un certain nombre de changements, de dysfonctionnements, de naïvetés constatées dans l’approche qu’ont les étudiants et les publics « novices » du « fait » documentaire. Une autre manière de voir les choses est de se dire que c’est là un retour au « Je suis moi-même la matière de mon livre » de Michel de Montaigne. A cette différence qu’en s’inscrivant sur Facebook à 15 ans, on n’a que très peu souvent conscience d’entrer en documentation de soi."
  • à propos de l'éducation à l'information : "il faut arriver à structurer un enseignement, une « éducation à l’information » qui accepte de s’affranchir de ses habituels repères euclidiens pour réorganiser ses fondamentaux selon troix axes. Primo : les pratiques individuelles sont indissociables de leur inscription communautaire. Deuxio : les typologies des contenus documentaires sont pour partie à revoir (à l’aune des critères précédemment énoncés). Tertio : le double mouvement de massification des accès et de marchandisation des pratiques (et des accès) conditionne l’ensemble dans le contexte d’une « économie sociale des documents numériques »."
  • à propos d'une possible fracture cognitive : "la vocation des filtres technologiques (navigateurs, agrégateurs, moteurs de recherches ...) est de disparaître ou de s’intégrer : intégration dans des artefacts technologiques plus anciens ou mieux maîtrisés, ou intégration qui peut également passer par une externalisation du service produit. Mal analysé, cet affaiblissement constant des « barrières » technologiques peut avoir un effet de contamination problématique : si on ne pense pas la culture de l’information en s’inspirant des leçons précédentes, le risque est de voir la même culture de l’information transporter des pratiques « n-1 » dans des environnements technologiques « n+1 ». En d’autres termes, le risque est de créer au mieux un décalage (effet retard ou effet diligence selon Perriault) et au pire une fracture cognitive."

Le texte intégral de mon intervention est disponible Téléchargement oegrcdi.rtf . Soyez indulgent, il ne s'agit pas d'un "article scientifique" mais d'un simple texte d'accompagnement. Il a juste pour vocation de vous permettre de mieux cerner le contenu de chacune des diapos de ma présentation. Laquelle présentation est également téléchargeable : Téléchargement oegrcdi.ppt (et sera bientôt sur Slideshare dès que le service voudra bien fonctionner).

Les cahiers au feu ... et les fils RSS au milieu

Comme promis, un petit billet "revue de liens" pour expurger mon agrégateur avant de partir en vacances.

Côté Moteurs (et un peu au-delà) :

  • Difficile de passer à côté du "big deal" passé entre Yahoo! et Google suite à la tentative avortée de rachat de Yahoo! par Microsoft. Pour une synthèse, voir notamment ce qu'en disent Adscriptor, Techcrunch, Média & Tech, Francis Pisani, Techcrunch France, ReadWriteWeb et (plus synthétique) Le Monde. Quelques analystes avaient, dès le départ de l'affaire, souligné que l'offensive de Microsoft avait de forte chances d'échouer au profit de Google. Ce dernier tire effectivement une nouvelle fois son épingle du jeu en renforçant une position déjà outrageusement hégémonique sur le marché de la publicité en ligne. De son côté, Yahoo! sauve (provisoirement ?) les meubles en renflouant ses caisses, mais le "coup" porté par cette affaire est en train de bousculer grandement (et durabement ?) la structure (et l'autorité) de son exécutif ...
  • Microsoft (pour se remettre du fiasco Yahoo ?) vient donc officiellement de s'offrir Powerset, moteur plus sémantisé que réellement sémantique (comme je tente de l'expliquer dans les 75 000 signes rédigés pour le séminaire INRIA IST'2008). L'argumentaire mis en avant dans le billet du blog de Microsoft est celui du renforcement du moteur Live.com (qui est clairement à la ramasse par rapport à Google et Yahoo) grâce à la mise en avant de la compréhension du contexte et de l'implicite. Bref, Microsoft entre officiellement dans la course au web sémantique. 
  • On pouvait déjà faire plein de choses avec Google et ses services (ou ceux qu'il a rachetés). On peut désormais en faire encore plus. Celui-ci a en effet annoncé qu'il allait se lancer dans le marché (juteux et stratégique) de la mesure d'audience et du "média-planning". Un créneau jusqu'ici propriété quasi-exclusive de Nielsen Online et ComScore (qui en tremblent déjà ...) ou Médiamétrie dans l'héxagone. Inutile je pense d'en rajouter une couche sur le fait qu'en gagnant (ce n'est pas encore fait et comme le souligne Emmanuel Parody c'est le marché de masse qui est d'abord visé ...) le marché de la mesure d'audience, Google devient un peu plus l'alpha et l'oméga d'une certaine représentation du web. Cette nouvelle corde à son arc est cependant parfaitement "logique" pour au moins deux raisons : primo l'infrastructure dudit Google, son nombre colossal de serveurs, et l'ampleur des données qu'il recueille et dont il peut librement disposer, deuxio, l'atout stratégique et l'effet de levier que représente un outil planétaire de mesure d'audience pour (mieux) vendre (encore plus) de la publicité aux annonceurs. Le service porte le doux nom de Google Ad Planner.
  • Google (ben oui, encore ...) se lance dans une opération de communication de maintien de la neutralité du Net. A l'heure où l'on constate partout (y compris en France - loi Hadopi - et au Canada mais aussi aux Etats-Unis avec la très récente annonce d'une purge du réseau Usenet) la transformation des FAI en auxiliaires de police, Google à donc annoncé (sans fournir de date ni de nom de service, ni de détails ...) : "le développement d’outils qui permettront aux internautes de vérifier par eux-même si leur fournisseur d’accès à Internet (FAI) intervient d’une manière ou d’une autre sur leur connexion." (via Ecrans) L'alpha et l'oméga disais-je ... A propos, plus largement, de la loi Hadopi (parenthèse ci-dessus), il existe heureusement encore quelques dangereux anarchistes pour tenir un discours vivifiant et cohérent sur la question du copyright et du logiciel libre.
  • Le web invisible connaît un deuxième recul très significatif. Après l'annonce (par Google) d'une indexation possible des données contenues derrière certains formulaires de recherche, c'est désormais Adobe qui annonce que le format Flash sera indexable par les moteurs. Comprenez : Adobe va mettre à disposition de Google et Yahoo! (pourquoi pas de Microsoft ? Parce que Microsoft développe sa propre technologie concurrente à Flash : Silverlight) un player spécifique qui permettra de naviguer "dans" les sites en flash et d'en indexer certains éléments au passage. Pour le reste, voir le billet de Techcrunch d'où je tiens l'info, les Questions/Réponses de Google WebmasterCentral et la FAQ d'Adobe. La question de l'indexation (et du référencement) des sites en Flash est un vieux serpent de mer pour les référenceurs. Avec ce nouveau système, c'est un pan entier du web qui va à son tour émerger dans les pages de résultats des moteurs. Les avis des analystes sont par ailleurs assez partagés sur l'intérêt et la nouveauté relative de cette indexation.

Côté Réseaux sociaux :

  • Marc Andreessen (fondateur de Netscape et actuel gourou de Ning) rejoint l'exécutif de Facebook. Bonne pioche dans tous les cas et rapprochements probables ou nouvelle concentration à venir de ce côté là.
  • Une bibliographie sur la question des réseaux sociaux par l'une des meilleurs spécialistes de la question, Danah Boyd.
  • Un entretien avec Pierre Bellanger (PDG Skyrock) à propos du "premier réseau social d'Europe" (Skyblogs) dans lequel tombe une (de mes) idées reçues : "La totalité (des blogs) est active. Tout blog qui n'a pas été modifié ou consulté dans les derniers 90 jours est automatiquement supprimé. Près de 10 000 blogs sont ainsi fermés chaque jour, tandis qu'il s'en crée plus de 30 000. La plate-forme est un réseau vivant. Pas de cimetière de blogs ou de profils chez nous !"

Côté web 2.0 :

Côté bibliothèques :

Côté Wikis et Wikipédia :

Côté "livre et numérique" et livres numériques :

Côté Web sémantique :

Côté bibliométrie et indicateurs scientifiques :

  • un rapport sur l'usage statistique des citations (.pdf) et son résumé en français sur le site de Sauvons la recherche. Le rapport plaide clairement en faveur d'une théorie de la relativité générale des indicateurs statistiques scientifiques là où la plupart des "décideurs" y voient l'alpha et l'oméga de toute politique d'évaluation digne de ce nom. Pour les autres, il est toujours possible de faire joujou avec ce genre d'outils.

Côté lectures :

  • le dernier Livre Blanc de Christophe Asselin/Digimind sur la "Réputation Internet". Avec notamment quelques buzz digitaux disséqués et l'indication de "stratégies" pour les anticiper, les démonter, les relancer, les contrôler. Du simple veilleur au consultant en communication de crise, ce Livre Blanc devrait amplement satisfaire son lectorat.
  • LA bible du documentaliste et du bibliothécaire : le Traité de Documentation de Paul Otlet, sous-titré "Le livre sur le livre". C'était en 1934. Et on n'a guère fait mieux depuis.
  • Pour se faire plaisir (et se faire un peu peur dans la veine du 1984 d'Orwell), la dernière nouvelle de Cory Doctorrow : Little Brother. Librement téléchargeable.

Côté ressources pédagogiques :

  • Un vrai cours en ligne de Laurent Jenny sur l'Histoire de la lecture (avec bibliographie, exercices et tout et tout)
  • Prenez des textes scientifiques "fondateurs" et faîtes-les analyser par des scientifiques d'aujourd'hui pour mieux comprendre leur impact et leur inaltérable actualité : c'est la très bonne idée du projet Bibnum, pour l'instant encore à l'état de maquette, mais dont on souhaite qu'elle prenne très rapidement son essor (et qu'elle s'ouvre au-delà des 4 domaines qu'elle entend pour l'instant couvrir - math, physique, chimie, biologie -  les SHS constituant un formidable terrain de jeu pour ce genre de mise en perspective).

Et pour finir, un petit lien du Week-End :-)

Les évolutions de l’information : le web collaboratif et la gestion de l’identité numérique.

Article "de commande" pour la prochaine parution de la brochure "Repère" de l'ENSSIB (qui dispose également d'un site web)

  • Le web 2.0 : partage et collaboration

Le web 2.0 désigne, pour les outils d’accès, de production et de recherche d’information, la part de plus en plus grande qui est laissée à l’utilisateur. Les blogs (plateformes éditoriales « clé en main » ), les wikis  (sites collaboratifs dont chacun peut modifier le contenu), les fils RSS (permettant de suivre les dernières nouveautés publiées sur un site), mais également ces gigantesques réservoirs de contenus que sont FLickR (pour les photos), DailyMotion ou YouTube (pour les vidéos) sont autant de sites et de technologies emblématiques de ce web 2.0. Auparavant, les contenus étaient le fait d’une communauté relativement réduite (enseignants, universitaires, entreprises, institutions …), et ils étaient mis à disposition sans ouvrir beaucoup de possibilité d’interaction et de partage. Le point commun des sites et des technologies « 2.0 » est de permettre aux internautes de partager, de participer, de « remixer », de noter, de diffuser et d’accéder à des contenus qu’ils produisent majoritairement. Le passage au web 2.0 se caractérise donc par une frontière de plus en plus floue et perméable entre les producteurs et les utilisateurs de contenus. Ce dernier point est aussi le plus controversé : l’abolition des filtres éditoriaux habituels, la prédominance de contenus « amateurs » font du monde numérique un terrain d’observation privilégié de la démocratie directe dans ce qu’elle a de meilleur (partage, réciprocité, interaction, collaboration) mais également de pire (dictature de la masse, notoriété l’emportant sur l’expertise, logiques quantitatives plutôt que qualitatives).

  • La gestion de l’identité numérique.

Contexte : En lien avec l’avènement du web 2.0, l’usager est aujourd’hui au cœur, non seulement des contenus circulant sur le Net, mais également des préoccupations des grands acteurs propriétaires de ces sites, qui, pour rentabiliser leur modèle économique et continuer d’offrir un accès le plus souvent gratuit à ces services, ont besoin de connaître le plus finement possible leurs utilisateurs, afin de leur proposer des publicités contextuelles parfaitement ciblées. L’une des grandes nouveautés du web actuel est qu’un très petit nombre de sociétés collectent (via les services qu’elles offrent) et ont la possibilité de recouper un très grand nombre d’informations sur chacun d’entre nous : ces informations relèvent aussi bien de notre sphère publique (notre métier par exemple), de notre sphère privée (nos relations, nos amis), que de notre sphère intime (nos préférences politiques, sexuelles ou religieuses).
Ne pas confondre identité et identifiants :
La question de l’identité numérique doit être distinguée de celle des identifiants que nous utilisons pour accéder à différents services. Sur ce dernier point, différents projets existent pour tenter de proposer un standard d’identification unique qui via un seul login et mot de passe, permettrait de s’enregistrer sur toute une gamme d’applications et de pouvoir les utiliser (OpenID …)
Qu’est-ce que l’identité numérique ? Une collection de traces.
L’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audio ou vidéo, messages sur des forums, identifiants de connexion …) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau. Cet ensemble de traces, une fois qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche, peut parfois produire des résultats gênants (et ce malgré le recours assez fréquent à des pseudonymes d’identification). Ainsi, la pratique consistant à taper le nom de quelqu’un dans un moteur de recherche pour voir quels sont les premiers résultats qui ressortent est devenue de plus en plus courante, notamment dans le cadre d’un recrutement. La question est d’autant plus importante que l’on parle aujourd’hui de « natifs numériques » (digital natives), c’est à dire d’une génération qui utilise différents services web dès sa prime enfance.
Que faire après coup ?
Si vous souhaitez voir disparaître certains contenus vous concernant, vous avez la possibilité de vous adresser d’abord aux gestionnaires des sites qui disposent desdits contenus. Cela peut concerner la suppression d’une vidéo ou de photos, mais également de messages sur différents forums de discussion. La deuxième étape est de s’adresser directement aux moteurs de recherche : ceux-ci conservent en effet souvent dans leur « cache » une version des contenus précédemment supprimés. Il faut alors leur demander la suppression de ces contenus.
Comment rester maître de son identité numérique ?
L’idéal pour maîtriser son image numérique consiste à en devenir l’acteur principal. Ainsi, si vous tenez un blog sous votre nom, si vous achetez « votre » nom de domaine pour votre site web, si vous y déposez votre CV, ce sont ces éléments d’information qui devraient apparaître en premier dans les moteurs de recherche. Mais on ne peut pas demander à des adolescents alimentant leur skyblog ou leur MySpace aujourd’hui de penser à l’image que cela renverra d’eux dans 10 ou 15 ans. Les règles du bon sens demandent donc de conserver les identifiants utilisés lors de la création d’un contenu ou d’un service, pour pouvoir, le moment venu, supprimer ce contenu ou ce service. Eviter également de déposer des messages ou des contenus qui pourraient s’avérer nuisibles à notre image quelque soit le service utilisé et son niveau de « confidentialité » affiché. Enfin, avoir présent à l’esprit cette idée qu’une réputation numérique se construit de la même manière qu’une réputation « non-numérique » - c’est à dire patiemment et sur la durée - est encore le meilleur moyen d’agir en conséquence.

Olivier Ertzscheid. Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication.
Université de Nantes.
25 Mars 2008.

Welcome to the World Life Web.

In 1994, in the wake of Tim Berners Lee’s work, the World Wide Web was officially born. A global web, wide in its dimensions as in its contents. Over the years, these contents have literally exploded, imposing to all of us the use of search engines to try and sort out this fertile chaos on the basis of the principle of a classification ‘by relevance’. The main issue, when initially managing the web, was developing the addressing of documents. To find them, and to find them again, the documents needed a physical address on the network. The answer was given in particular thanks to the  "http protocol" (hypertext transfer protocol) as well as via the naming system which enables to identify and classify web sites on the basis of their domain name (DNS). This addressing system is still somewhat problematic nowadays and must face the constant evolution of its contents, hence the appearance of new extensions (‘mobi’ for sites dedicated to mobile telephony, ‘museum’ for museum web sites, etc) and the open question of widening this protocol to all languages of the planet. This was the first documentary age of the web.
Then came the World Live Web, i.e. an instantaneous web, a web giving the latest published information in real time. Google News service was, as such, one of the pioneers of this second documentary age, but it also enables to refer to what is called micro contents, e.g. comments on blogs. Indeed, the relevance criterion used by search engines remains crucial, but there is also another important criterion, i.e. the capacity to account for the evolution of documents published on the web whatever they are. Where the mainstream search engines only indexed pages, the world of blogs search engines have started indexing blogs as snippets of documentary as soon as they are published, indexed and accessible.
For some time now we have entered a third documentary age, the World Life Web, in particular with the extraordinary boom of social networks (Facebook, MySpace) and of virtual worlds  (Second Life). After the addressing of documents, after their level of granularity (increasingly thinner), the main issues of this new age are the sociability and the indexable and remixable nature of our digital identity as well as its traces on the network. In these digital worlds and networks, everyone can provide the information he/she wishes and this information can equally fall within our public sphere (e.g. our occupation), our private sphere (our relations, our friends) and above all our intimate sphere (our political, religious and sexual preferences). An increasing number of social networks enable the huge catalogue of human individualities, which compose them, to be indexed by search engines. This necessarily poses the question of the relevance of human profiles. A question which is still in its beginning stages, but whose scale of problems raised can rightly make one shudder. Effectively, it is an established fact that each user of these systems, far from having at their disposal a unique profile freely granted and containing only information of a public nature  (a bit like our identity cards) have several different profiles on different sites in different public or private spheres. And that many users enter these social networks through nicknames (which mask their real identity) or avatars, also making up identities which are sometimes entertaining, sometimes reconstructed, sometimes deceptive, and often idealised, but always sketchy. The confidentiality policy of the websites gathering the generally freely granted information has already been the subject of many criticisms, mobilizing institutions and associations on the niche of the defence of a right to erase in the digital world. If it is possible to make people aware of a logic of industrialization of the private sphere which underlies these  worlds, if it is possible to appeal to their vigilance and their responsibility, it remains impossible to control what will become of the remixing of all the traces, once displayed for instance on a search engine. The questions which must be considered today are the indexable nature of the human being, the question of whether Man is or is not a document as any others, the question of  being equipped with a comprehensive and uncontrollled digital identity. This identity will be defined and has already largely been via my journey on the net, my purchases, the (controlled or not) expressions of my identity display as well as by the reflection of the whole such as it will appear remixed in the search engines, the social networks or the virtual worlds. The urgency of this question calls for another one: why ? Documents and key-words have gained a trading place. They are sold and bought on the market place of the Internet which largely regulates Google search engine. Will our digital identity traces also be mere commodities in future ? Welcome to the World Life Web.
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Traduction du texte original publié ici même et repris sur Ecrans.fr
Merci à Fabienne Portier (McF Anglais) pour la traduction, et merci également aux étudiants de l'IUT qui , sous sa responsabilité, ont durement planché sur la traduction de ce texte.

Le dernier Clay Shirky bientôt dans les bacs.

Clay Shirky est l'un de ces tech-gurus que seuls les américains semblant en capacité de produire en masse. Mais il n'est pas loin s'en faut, le moins intéressant de tous. Il a notamment beaucoup écrit sur les blogs, la notion de collaboration en ligne, le crowdsourcing, les tags et les ontologies (ses autres articles sont notamment consultables sur son site). Son dernier livre à paraître fin février s'intitule : "Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations". Selon un procédé éditorial désormais éprouvé, le bouquin se trouve assorti avant même sa parution d'un blog destiné à alimenter le buzz et à en livrer quelques extraits choisis. A noter que des traductions dudit ouvrage sont déjà prévues pour 2009 en Hollande, au Portugal et au Brésil, en Chine et en Corée. Si un éditeur français souhaitait se mettre sur les rangs ...

Technologies de la relation.

Je viens de visionner la conférence (?) de Joel de Rosnay qui parle des 4 âges du web comme suit :

  • "Internet 1.0 = Internet descendant.
  • Internet 2.0 = les contenus générés par l’utilisateur.
  • Internet 3.0 = Internet intuitif, sémantique
  • Internet 4.0 = web symbiotique, pervasif"
Cela me rappelle mes propres réflexions sur les trois âges documentaires du web, réflexions détaillées dans ce billet. Le "quatrième âge" non traité dans mon billet étant celui de la redocumentarisation du monde, laquelle correspond parfaitement au web pervasif et symbiotique décrit par De Rosnay.
L'autre expression employée et qui m'a paru très stimulante est celle des "technologies de la relation", juste une expression de plus pour un homme qui dispose d'un très pédagogique sens de la formule et de la métaphore (pourvu qu'il n'ouvre pas son blog, il serait capable de me chiper ma place de ouinneur), mais une expression qui décrit bien la réalité de nombre de services du web 2.0 préparant l'avènement du web 3.0.
J'aurai un seul (léger) désaccord avec Joël de Rosnay (ainsi qu'avec nombre des analystes et prospectivistes du web) : je suis absolument convaincu que le web 4.0 précèdera le web 3.0, c'est à dire que l'internet des objets, un internet "pervasif", ubiquitaire, immersif, précèdera l'avènement du web sémantique.

(Via Savoirs en réseau)

Interruption ambiante

On connaissant déjà les concepts permettant de désigner la place de plus en plus grande qu'occupent les terminaux (connectés ou non) dans nos vies publques et privées : informatique "ambiante", "pervasive", "nomade", "ubiquitaire" (ubiquitous computing), etc ...
David Armano propose sur son blog un nouveau (?) concept intéressant et complémentaire de ceux décrits ci-dessus. C'est celui de "l'interruption ambiante".

Ambient_2

Traduction rapide et résumée de son billet :

  • "Nous traversons une période d'interruption ambiante. Fini le temps où nous passions d'une chaîne de télé à l'autre quand les publicités venaient interrompre un programme. (...) une nouvelle forme d'interruption est née, qui vient maintenant directement de nos proches ("peers"). Elle est pervasive, subtile et ambiante ; elle est partout autour de nous et se manifeste sous diverses formes au travers des différentes technologies et de divers terminaux. (...) Regardez-vous en train de travailler sur votre ordinateur ou d'utiliser votre smartphone. Nous avons donné à nos amis et à nos marques favorites la permission de nous "interrompre" au travers d'emails, de texte, de messagerie instantannée, de réseaux sociaux. (...) C'est ce que j'appelle l'interruption ambiante : nous pouvons lui prêter attention ou l'ignorer. L'ignorer ? Pas vraiment. Que se passe-t-il en effet quand nous atteignons la limite d'interruptions ambiantes que nous pouvons supporter ? Le résultat est différent pour chacun de nous. Nous les esquivons de différentes manières et utilisons différentes techniques de filtrage. (...) Peut être trouverons nous un jour une manière cynique de gérer ces interruptions ambiantes, comme nous l'avons trouvée pour les interruptions publicitaires télévisuelles."

Si cette approche me semble intéressante c'est parce qu'au-delà de la réalité des usages qu'elle parvient à traduire (le "poke" de Facebook semble ici parfaitement emblématique), elle entre en résonance avec la notion d'une économie de l'attention et plus précisément avec ce qu'en dit Jean-Michel Salaun dans quelques-uns de ses billets, par exemple celui-ci :

  • "Il existe une économie de l'attention tirée par la logique de la diffusion, tout comme une économie de l'attention tirée par celle de l'accès. L'une et l'autre s'adressent aux mêmes clients (les annonceurs, les agences, les régies), mais s'appliquent sur des activités différentes. Il y a donc concurrence, et même antagonisme."

Soit une équation dont les nombreuses inconnues se résolvent peu à peu :

  • Conditions d'une économie de l'attention optimale = Informatique ambiante, pervasive et ubiquitaire + logiques (spécifiques ou héritées) de diffusion et d'accès + interruption ambiante (cette dernière notion pouvant faire office de variable d'ajustement).

Où l'on reparle de réseaux sociaux, et où l'on continue d'en apprendre de bonnes.

Qu'aprend-on ?

  • Qu'un site de "réseau social" n'est pas un site de "réseautage social" : eh oui, tout est affaire de sémantique : "social network sites", "social networking sites" et récemment "social networking technologies" ... Danah Boyd préfère le premier au second car la notion de "Networking" est trop large et peut être étendue à tout type de site proposant simplement la mise en relation avec des inconnus, et incluant les babillards et autres chatrooms ou sites de rencontre, l'ensemble desquels n'entrent pas dans "sa" définition d'un site de réseau social. Une définition récemment remise à jour dans sa dernière publication scientifique sur le sujet, publication qui donne la définition suivante : "We define social network sites as web-based services that allow individuals to (1) construct a public or semi-public profile within a bounded system, (2) articulate a list of other users with whom they share a connection, and (3) view and traverse their list of connections and those made by others within the system. The nature and nomenclature of these connections may vary from site to site." Dans son billet relatant cette actuelle querelle sémantique, Danah Boyd pointe encore la confusion de l'horizon lexical employé pour désigner la réalité d'un seul phénomène : "social network sites, social software, social media, collaborative software, or anything that enables any interaction with another human being." Pour dissiper les confusions, le mieux est encore de s'en tenir au cadre défini par Danah Boyd et Nicole Ellison dans leur article fondateur :
  • Qu'il va falloir réinjecter un peu de l'analyse théorique des communautés de pratique (et autres communautés d'intérêt) dans l'analyse des réseaux sociaux. C'est en tout cas ce qui m'est apparu comme un évidence en visionnant ce diaporama sur "l'impact des outils sociaux en terme d'utilisabilité", plus précisément, les diapositives 20 à 23, et surtout la diapo 31 (ci-dessous). Les diapos 36 à 39 sont également très parlantes sur les différents niveaux d'interaction qui viennent s'agréger autour des sites de réseaux sociaux. Du coup je m'en vais relire Etienne Wenger, qui propose un cadre théorique limpide pour l'analyse des communautés de pratique. L'une des notions qui me semble pouvoir être appliquée avec pertinence à l'analyse des réseaux sociaux, est celle d'une "légitimation de la participation périphérique". Pour en savoir plus, le bouquin de référence sur la question, et en attendant de le lire, un petit mais très intéressant rappel des enjeux de cette notion par une commentatrice de passage sur Affordance.
  • Rezosocio
  • Que les réseaux sociaux, sont pleins de rituels tribaux : à lire sur InternetActu.
  • Que nous disposerons bientôt de nouveaux outils méthodologiques pour l'analyse des réseaux sociaux. Une méthodologie pour des études longitudinales de grande ampleur à propos de l'usage par les jeunes des médias numériques est en train d'être élaborée. Les deux chercheurs se lançant dans l'aventure soulignent à raison que nous disposons d'une foule d'études traitant de tel ou tel aspect de la question mais que ces études présentent deux faiblesses : elles ne traitent qu'une partie ou qu'un aspect de la question, et elles ne portent pas sur des échantillons suffisamment représentatifs. Les chercheurs se donnent donc un an pour réaliser un état de l'art complet des études existantes, et pour mettre au point une méthodologie d'analyse. "The result will be a white paper on how best to track digital media use to serve the research community." J'ai hâte de voir le résultat ...
  • Que le graphe social (souvenez vous du GGG - Giant Global Graph) va bientôt s'enrichir de cercles sociaux. Cet article d'USAToday nous apprend qu'il sera possible dans quelques temps, sur Facebook puis sur MySpace, de placer ses amis (friends) dans des cercles de proximité plus ou moins distants, lesquels cercles détermineront eux-même le niveau de partage et la visibilité des informations qui seront accordés aux mêmes amis, selon qu'ils sont - au sens propre comme au sens figurés - des amis "proches" ou plus "lointains". Il s'agit d'endiguer l'inexorable dérive des continents documentaires et la "disparition des frontières entre nos vies publiques et privées". Blurring L'article d'USAToday prend comme exemple celui du professeur inscrit sur Facebook et qui est dans "l'obligation" de partager la même "intimité sociale" avec ses amis d'enfance, ses collègues de bureau et ... ses étudiants. Cette hiérarchisation de la proximité sociale, sera sans conteste le prochain pas important effectué par les sites de réseaux sociaux. De mémoire il me semble par ailleurs que cette possibilité existait depuis longtemps sur les réseaux sociaux professionnels de type LinkedIn (merci de confirmer ou d'informer en commentaire ...). Rendant compte de cet article sur son blog (d'où est extraite l'illustration ci-dessus), Alex Halavais propose cette jolie conclusion : "After a long period of “metropolizing” technologies, social networking is reintroducing the importance of networked villages, and making transparent the process by which our connections to others shapes who we are." Ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est le rapprochement qui peut être fait entre l'essor des réseaux sociaux aujourd'hui et celui des moteurs de recherche hier. Pour les uns comme pour les autres, aujourd'hui comme hier, il s'agit d'abord de "tout embrasser", d'indexer et de rendre accessible, visible, un maximum d'informations. Dans un deuxième temps, étant entendu que "qui trop embrasse mal étreint", il s'agit de remettre de l'ordre dans ce chaos informationnel / relationnel. Les moteurs de recherche se mettent donc à offrir des accès différents aux images, aux actualités, il classent et regroupent les informations selon leur thème (catégorisation) ou selon leur nature (= les différents onglets de recherche). Les réseaux sociaux, en réfléchissant à une hiérarchie paramétrable des proximités sociales, s'inscrivent dans la même dynamique. Peut-être pour mieux, demain, une fois que ces hiérarchies seront établies et entrées dans l'usage, remixer l'ensemble en une seule interface mais en s'étant dans l'intervalle rendus capables de mieux indexer et à des niveaux de granularité de plus en plus fins, les contenus dont ils disposent. C'est à dire précisément ce que font actuellement les moteurs de recherche avec leur stratégie dite de "recherche universelle". Là encore, s'il faut recourir à des cadres théoriques existants pour comprendre les enjeux de ces proximités sociales et des comportements induits ou acquis, c'est vers Edward T. Hall et la notion de proxémie qu'il faut chercher.

Les réseaux/médias sociaux se ramassent à la pelle

Je ne vais pas sacrifier au billet compilation/revue de presse sur Facebook, d'autres le font bien mieux que moi. Juste attirer votre attention sur quelques faits - à mon avis - marquants ou simplement intéressants

  • une enquête réalisée par un laboratoire en sciences de l'information et de la communication de Lille 3. Elle ne nécessite que quelques minutes pour y répondre.
  • un petit rappel en image des dates de lancement des principaux réseaux sociaux (récupérée sur le blog "image" de Loïc Hay, qui recèle plein d'autres pépites - pas nécessairement en rapport avec les réseaux sociaux).
  • un catalogue planétaire (WorldCat) qui s'invite dans un autre catalogue (des individualités humaines - Facebook) : c'est désormais possible. (Via Gerry Mc Kiernann) Et c'est une nouvelle fois ce que j'appelais un peu (beaucoup ...) caricaturalement la logique "concentrationnaire" de Facebook, c'est à dire sa capacité à encapsuler des univers informationnels totalement différents.
  • une enquête IFOP repérée par Christophe Asselin qui confirme, chiffres à l'appui, ce que tout le monde observait déjà : MySpace reste plus fréquenté que Facebook, la fréquentation des sites de réseaux sociaux en général est un constante augmentation, le premier public de ces sites ce sont les "jeunes".
  • plus largement, la pratique des "médias sociaux" est elle aussi en constante augmentation chez les jeunes.
  • l'opinion de Tim Berners-Lee à propos des réseaux sociaux (lors d'une conférence donnée début décembre 2007 à la Annenberg School for Communication) : "These social networking sites are starting to develop new ways of actually determining how you trust friends, and friends of friends have a different status than friends or friends of friends of friends.... One of the things they're doing is creating new forms of democracy. Or new forms of meritocracy.... It kind of works, but maybe we can improve on it. And maybe, out there in the Web, we will end up producing a new social mechanism, which will improve on the existing democratic systems we've got today, and we'll be able to run the country better. How about that? Run the world better. Don't aim low! OK?" Pour ma part, et tel que je l'observe au travers des développements des actuels réseaux sociaux, la valeur (potentielle) de des environnements relève davantage d'une forme d'adhocratie que de "démocratie" ou de "méritocratie".
  • côté médias sociaux numériques, (via InternetActu), ne manquez pas : "Youth, Identity and Digital Media" (La jeunesse, l’identité et les médias numériques) dirigé par David Buckingham. L'ensemble des articles de ce numéro est disponible intégralement et gratuitement. Les trois études de cas (dont celle de Danah Boyd - .pdf) sont particulièrement stimulantes.
  • A lire en fin sur la question de la génération connectée, l'un des rares billets qui en plus des chiffres, propose une lecture analytique du phénomène : celui de Jean-Michel Salaun.

Crawling, Mining, Scraping

Au commencement était le "crawling". L'exploration. La recherche d'informations. Celle menée par les "crawlers" des moteurs de recherche. Une errance exploratoire, navigationnelle, stochastique, de lien en lien, afin de bâtir des index à leur tour naviguables, interrogeables.
Ensuite vînt le "mining". La fouille. La fouille de données (Data mining). Systématique. Analytique. Celle menée de plus en plus fréquemment par les mêmes moteurs de recherche, mais le plus souvent dans des environnements informationnels "fermés", des silos d'information comme on en trouve dans les bases de données et qu'il faut être capable non pas simplement de crawler (c'est à dire d'explorer pour ensuite les rapatrier dans le cadre d'un index - ou fichier inverse) mais bien davantage de "forer" pour, à l'issu d'un processus de raffinage parfois complexe, pouvoir pleinement les exploiter. Ce forage, cette fouille, quand elle gagna le web, le fît de trois manières différentes, sur trois terrains d'application inextricablement liés mais opérationnellement distincts : ses usages (hyper-liens), ses contenus (hyper-textes), sa structure (hyper-graphe).
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Il faudrait ici également citer pour être complet, le "moissonnage", la "récolte" (to harvest), qui permet aux moteurs de recherche, ou à des sites bâtis pour cela, d'être interopérables, inter-interrogeables (par exemple les sites d'archives ouvertes utilisant le protocole PMH - Protocol Metadata Harvesting)
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Aujourd'hui, Francis Pisani attire notre attention sur ce qui pourrait constituer une troisième étape, celle du  "scraping". Scraping comme "racler". Ce terme désigne la technique utilisée par les sites de réseaux sociaux (notamment Facebook et son "Friend Finder") pour aller littéralement "racler" des données personnelles sur des sites tiers (importation de toutes vos adresses gmail par exemple) ou dans leur propre enceinte (cf la très récente affaire très bien décrite dans le billet de Francis Pisani, concernant l'importateur de données de la société Plaxo, utilisé par Robert Scoble sur Facebook pour "en sortir les noms, prénoms, dates de naissance et adresses courriel de ses 5.000 “amis”".)

Du scraping au "raping" (viol) il n'y a pas loin. A cette différence près que cette double violation (de l'intime d'une part, et des condition d'utilisation des sites tiers concernés d'autre part), est librement, aveuglément, naïvement consentie par ses "victimes", au nom du principe d'efficacité ("c'est pratique, ça va vite"). Comme le souligne également très justement Francis Pisani, ce "scraping" est la cause et la conséquence de l'inflation et de la montée en charge des sites de réseaux sociaux, au même titre que le crawling est la condition nécessaire à la construction d'index et donc, in fine, à la capacité pour chacun d'entre nous de naviguer sur le net via lesdits index.

Cette trilogie technologique (Crawling => Mining => Scraping) doit pour être bien comprise, être mise en relation avec les trois "temps" de ma petite théorie de la dérive des continents documentaires (voir ce billet pour le petit schéma explicatif). Après avoir exploré (crawling) les 4 plaques tectoniques constituant notre environnement informationnel quotidien (web public, privé, intime, personnel), après s'être mis en capacité de fouiller (mining) tant la structure que le contenu des informations et des données y transitant, le temps est désormais venu de racler (scraping) les fonds de tiroir. Le tort serait de croire que lesdits fonds de tiroir sont assimilables à de l'accessoire. Ils sont tout au contraire essentiels : la perte d'un texte ou du contenu d'un (ou plusieurs) courriel n'est rien à côté de la perte de l'ensemble d'un carnet d'adresse et de la "mine" d'informations qu'il contient.

<Update du soir>Les choses vont décidemment trop vite, heureusement, les commentateurs de ce blog suivent l'actualité en temps réel - merci Candide :-) Donc Plaxo (le "scraper"), Facebook, mais aussi ... Google, viennent de rejoindre le Dataportability Group, un groupement d'intérêt dont le credo est "we need a DHCP for Identity" (pour les non geeks, le protocole DHCP permet d'attribuer une adresse IP automatique à votre ordinateur, pour approfondir, Wikipedia explique ça très bien). Et donc ? Donc que Google et Plaxo s'intéressent aux protocoles permettant de faciliter la gestion des traces numériques dans le cadre d'un standard interopérable, cela n'est pas une surprise (cf pour Google, l'initiative OpenSocial). En revanche, côté Facebook, c'est ce que l'on appelle un changement de bord (qui était par ailleurs prévisible). Car l'enjeu est d'importance comme le souligne Techcrunch il s'agit de permettre aux utilisateurs "to access their friends and media across all the applications, social networking sites and widgets that implement the design into their systems." (sur ce même sujet voir le dernier billet de ReadWriteWeb ainsi que celui de FredCavazza) Et donc ? Donc en quelques heures le scraping est redevenu le "degré zéro" du crawling, et nos chers moteurs pourront probablement très prochainement s'appuyer sur un protocole rendant interopérable les diverses données contenues dans les différents sites de réseaux sociaux et leurs applications tierces. Soit une bien belle transition de percolation en perspective ... </Update>

Fini les vacances, c'est la rentrée ...

Côté moteurs/wikipédia/knol :

  • On a donc pas mal parlé avant et pendant les vacances du projet de Google concernant son "encyclopédie" Knol : dans Ecrans, Florence Devouard s'inquiète à raison en rappelant que 50 % du traffic vient directement de Google. Google Blogoscoped y revient également en soulignant l'argument selon lequel Google ne pouvait plus accepter de voir partir tout ce traffic "non-monétisé" vers un site (wikipedia) indiquant qu'il refuserait toujours la publicité.
  • Voir aussi la rapide analyse comparative de ReadWriteWeb entre Knol, Wikia, Wikipedia et Mahalo autour des trois mamelles de l'argent, de l'attention (comme vecteur de monétisation) et de l'altruisme (comme contribution à la somme des connaissances disponibles).

Côté réseaux sociaux, moteurs de recherche et scientométrie :

  • Medline nous avait déjà habitués à son goût des interfaces innovantes. En voici une nouvelle baptisée GoPubMed qui permet, sur la base d'une recherche de faire émerger des "réseaux sociaux" à partir des noms d'auteurs d'articles et de leurs adresses de courier électronique (Via Cismef). En fait, plutôt qu'un réseau social (ce qui est l'argumentaire marketing du lancement de ce nouveau service), c'est bien de scientométrie qu'il s'agit, c'est à dire de la capacité, via un moteur sémantique, de repérer des collaboratoires, des "collèges invisibles", et de cerner en un instant sur un thème donné, l'état des publications en la matière et les chercheurs les plus en vue. Exemple : en entrant le terme "stuttering" (bégaiement) et en cliquant (à gauche dans la rubrique "What") sur "Hot topics", vous visualisez :
    • un "top 20" des auteurs ayant le plus publié sur le sujet
    • un "top 20" des publications classées par pays
    • un "top 20" des journaux dans lesquels on trouve le plus de publications en rapport avec le bégaiement
    • une courbe temporelle vous permettant de visualiser la progression (ou le recul) du nombre de publications par an sur ce sujet
    • une visualisation sous forme de graphe des réseaux de collaboration entre auteurs (répondant à la question "qui publie avec qui ?")
  • c'est à tomber par terre. Et on se prend à rêver d'un tel outil dans le cadre d'un moteur généraliste majeur à vocation scientifique (maiiiis non, pas forcément celui-là, il y a aussi celui-là). Pour mieux comprendre la puissance d'un tel outil : allez le tester, et lisez le communiqué de presse (.pdf).

Côté moteurs tout court :

  • le 7 janvier 2007, il y a donc de cela exactement un an, Jimmy Wales annonçait le lancement de Wikia, le moteur de recherche dont les résultats seraient validés par des humains. Et bien exactement un an plus tard, on nous annonce le lancement de Wikia (en version béta) pour demain, le 7 Janvier 2008 donc. A ce sujet, voir la revue de presse de Christophe Asselin. Le site de la "communauté" wikia est ici, et comme on peut le lire dans le wiki du projet, Wikia compte s'appuyer sur tout l'éventail des technologies de recherche à valeur ajoutée, à savoir la sémantique (= catégorisation), le "réseau social", l'indice de "réputation", et une infrastructure "distribuée". Lancement demain donc, et affaire à suivre de près pour ce nouveau "moteur de recherche open-source collaboratif".

Côté Bibliothèque "2.0" (ou pas ...)

  • Une conférence qui s'est tenue début Novembre à Berkeley sur le sujet des bibliothèques "2.0" avec les supports de présentation accessibles en ligne (supports présentés parfois sous forme classique - un bon vieux powerpoint - parfois sous forme "2.0" - un wiki). Pas de grande nouveauté mais cela vaut le coup de visionner la conférence inaugurale de Meridith Frakas qui embrasse bien la situation (.ppt)
  • l'un des derniers rapports du Pew Internet nous apprend (via 01.net) qu'outre-atlantique, la première raison de fréquentation des bibliothèques est ... le fait d'y trouver une connexion Internet. De quoi largement réalimenter de vieux démons débats, tant sur le taux d'équipement desdites bibliothèques dans notre bel hexagone, que sur la place des technologies d'accès dans ces enceintes et le taux de formation et d'encadrement qui est dévolu à leurs personnels.

Côté Folksonomies & Indexation sociale

Côté néologismes :

  • Saluons l'arrivée de la Zemblanité, exact opposé de la sérendipité et qui désigne "la faculté de faire de façon systématique des découvertes malheureuses, malchanceuses, attendues et n'apportant rien de nouveau." La génèse du concept et sa présentation détaillée sont disponibles sur Urfist-Infos.
  • Saluons (Via Francis Pisani) l'arrivée  de la "mobiquité" : mobilité + ubiquité. Un néologisme qui traduit bien la place de plus en plus importante qu'occupe dans notre société et dans nos comportements informationnels, l'informatique nomade et/ou ambiante.
  • Reste à savoir si ces deux néologismes entreront au panthéon linguistique aux côtés de la blingocratie.

Côté copyright, Fair-Use et autres creative commons

  • Un rapport intitulé : "Recut, Reframe, Recycle: Quoting Copyrighted Material in User-Generated Video" (.pdf). La question posée est de savoir si dans le cadre des sites de médias participatifs donnant lieu à divers remixages (exemple : YouTube), les détournements, parodies, et autres mashups de diverses oeuvres de fiction relèvent - ou non - du cadre du Fair Use (= usage équitable) et échappent donc à la législation du copyright. La réponse du rapport est claire : Oui. Il y a dans ces "oeuvres" de nouveaux éléments (détournement, transformation, remixage) qui les inscrivent dans le cadre de la constitution d'une culture populaire. "Video remix culture does not violate copyright." Les auteurs du rapport rappellent également qu'il est important de sensibiliser aussi bien les "auteurs" que les "remixeurs-amateurs" à la notion de propriété intellectuelle et d'usage équitable, pour que les premiers soient conscients de la richesse que ces remixages peuvent (parfois) apporter à leurs oeuvres, et pour que les seconds travaillent et s'amusent dans le respect de l'oeuvre des premiers. A noter : le site de présentation de l'étude est très bien fait, puisqu'en sus du téléchargement de l'étude proprement dite, il propose également une courte vidéo en rappelant les principales problématiques et conclusions, et propose également de télécharger un fichier excel du corpus de vidéos utilisées. Il propose enfin, pour chaque type de remixage (détournement, critique, débat, illustration, etc ...) les 5 vidéos les plus parlantes. Certaines d'entre elles sont réellement ... parlantes.
  • Et puis vraissemblablement à ne pas rater (je ne l'ai encore pas visionné en entier, mais il est plein d'interviews avec Yochai Benkler et ne peut donc pas être mauvais :-) un documentaire sobrement intitulé "Steal this Film" qui décrypte les enjeux liés à la notion de propriété intellectuelle et plus largement de "diffusion" dans le contexte actuel. Pour les plus pressés, plein d'extraits sur Google Vidéo, pour les autres téléchargement dans plein de formats possibles directement sur le site du documentaire. Il y en a même qui se sont déjà attelés au sous-titrage en français.

Côté traces documentaires identitaires (ou identité numérique si vous préférez) :

  • nos comportements informationnels laissent de plus en plus de place à l'égotisme forcené. Au service de cet égotisme on compte d'ailleurs de plus en plus d'outils tendant à l'illustrer (les divers outils de classement façon "top 50 de quelque chose"), à le renforcer (économie de la réputation), à en faire naître le besoin (via des interfaces navigo-ludiques dont vous êtes le centre et la circonférence), ou à en faire l'alpha et l'oméga d'un modèle économico-sociétal (facebook). C'est l'éternelle histoire de la poule et de l'oeuf.
  • Got dans ses petites cases, nous gratifie d'un éclairant billet sur FOAF (Friend Of A Friend) dont on aimerait effectivement penser que le modèle réellement ouvert qu'il incarne soit l'avenir des protocoles tournant derrière la plupart des réseaux sociaux. Mais je ne peux hélas pas m'empêcher de penser qu'il y a encore bien du chemin à parcourir ... l'heure étant plutôt pour les grosses cylindrées à la centralisation des profils propriétaires ... ce qui doit nous inciter encore davantage a faire plus de place aux initiatives alternatives et technologiquement éprouvées (dont FOAF).

Côté ressources pédagogiques :

Côté voeux, bonnes résolutions et oracles divers :

  • il y a ceux qui ne croient plus aux blogs sous leur forme actuelle (Jean-Michel Salaun et Jean Véronis) ... mais qui continuent heureusement de blogguer :-) De mon coté je reste sur le créneau de l'enthousiasme (peut-être un peu candide), même si - à l'instar des deux précédemment cités - je constate ici et là une raréfaction des pépites blogguesques, nombre de trouvailles ayant visiblement du mal à tenir sur la longueur, ce qu'on aurait du mal à leur reprocher tant il est vrai qu'en dehors d'un projet affirmé de publication (journal, auto-fiction, carnet de recherche, formation à distance), l'exercice du blog est une gymnastique chronophage, et que "le temps de blogguer" n'est pas nécessairement la chose la mieux partagée du monde. Il n'en demeure pas moins qu'en repensant à ce qu'était la pêche informationnelle d'avant et d'après le temps du blog, ce "format éditorial" a tout de même été l'occasion d'entendre de bien belles voix, et de découvrir de fort pertinentes analyses. L'avenir dira ce la forme blog deviendra, mais les potentialités, l'univers de discours offert par une petite quantité de ces "nanopublications" reste pour l'instant et de mon point de vue, essentiel.
  • il y a ceux qui comme Fred Cavazza, se livrent à leur petit exercice de prospective du nouvel an, et ceux qui comme Francis Pisani, font une revue de presse des principaux exercices du genre.

Et mes prédictions à moi ?

  • A l'instar de ce que décrit Christian Fauré à propos du service Twine, je crois que l'ensemble des acteurs majeurs de la recherche d'information (Google, Yahoo! Microsoft) et quelques-uns de leurs challengers (Exalead, Facebook) vont prendre de plus en plus nettement le grand virage de l'hybridation. Une hybridation entre :
    • des espaces et des services collaboratifs,
    • des technologies sémantiques ou sémantisées de représentation et d'agrégation des connaissances,
    • et des algorithmies de recherche "pures" (ou recherche universelle).
  • Je crois que la diversité des contenus va (enfin) atteindre un équilibre longtemps espéré entre le "texte seul" et la vidéo et l'image.
  • Je crois enfin que l'une des grandes questions en terme de recherche (notamment pour les sciences de l'information et de la communication) sera la mise au jour des nouvelles autorités cognitives qui s'articulent aujourd'hui de manière encore un peu floue derrière la monétisation (ou la non-monétsation) des services à base de connaissance (Knol, Wikipedia).
  • De mon côté je retiens comme éléments et tendances majeures de l'année écoulée : les deux nouvelles étapes de la dérives des continents documentaires que sont :
    • d'une part, la synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line),
    • et d'autre part, la sphère croissante d'indexabilité (notion de "graphe social" pour faire simple) de l'humain au travers de ses innombrables traces documentaires éparses sur le(s) réseau(x).
  • Ce qui me semble frappant au-delà de tout c'est l'avénement imminent et probable d'une nouvelle génération d'algorithmes ayant capacité à représenter sur un même plan des documents toujours plus fragmentaires, des traces identitaires toujours plus documentées, et à transformer toutes ces traces d'attention en vecteurs d'intentions, pour le plus grand bonheur des grandes industries culturelles et des quelques acteurs qui dominent actuellement le marché (et ce au-delà du discours geignard et misérabiliste que s'obstinent à tenir les mêmes industries culturelles). En un mot comme en cent : la redocumentarisation du monde. Il est certain qu'il va falloir être très très très attentif aux Network sciences, car elles seront le creuset plus que probable de cette nouvelle génération d'algorithmes et de modes de représentation, et qu'à mon sens, elles seules ont aujourd'hui la capacité à réunir en un même cadre d'analyse les fronts de recherche les plus innovants, les techniques d'indexation et de représentation du vivant au sens large.
  • Voilà pour le côté vivifiant et optimiste de la chose. Côté pessimiste (mon éternel côté cassandre :-); je crains que nous ne soyons confrontés à une échéance majeure, celle de la médecine personnalisée et/ou médecine "2.0" et/ou médecine désintermédiée. La montée en puissance et la position désormais établie de ces nouveaux prescripteurs planétaires que sont les moteurs de recherche d'une part, la mise à la portée du grand public des technologies de génomique (notamment à des fins d'auto-diagnostic) d'autre part, les rapprochements entre les premiers (moteurs de recherche) et les secondes (sociétés de génomique), et enfin l'engouement de plus en plus explicite chez tous les grands acteurs de l'industrie médicale (et notamment pharmaceutique) pour des modèles de diffusion et d'accès reposant sur du gratuit financé par la publicité va nécessiter, pour le moins, de grands chantiers didactiques si l'on veut éviter d'aller à coup sûr ... droit dans le mur. Va falloir se trouver dare dare un José Bové de la santé comme bien commun de l'humanité. Sinon ...

Bonne année à vous tous :-)

Séminaire Réseaux Sociaux : suite et fin.

Après l'annonce officielle et les deux teasings (ici et ), mon diaporama est comme promis disponible et téléchargeable sur Slideshare. (en téléchargeant le fichier vous récupérerez les commentaires sous certaines diapos un peu délicates à expliquer sans le son :-)

Les autres powerpoints des autres intervenants devraient être bientôt mis en ligne sur le site du Gdr-Tics.
La journée fut (de mon point de vue) une vraie réussite :

  • il y avait un public nombreux (une bonne centaine de personnes - étudiants, enseignnts, chercheurs, mais aussi plein de gens du "monde de l'entreprise"), ce qui change un peu des colloques affichés "internationaux" avec pour seule assistance les amis et la famille de l'intervenant
  • les conférenciers avaient tous bossé leurs transparents et leur problématique (ce qui change un peu des colloques où l'on vous assène la lecture d'un article sans envisager un seul instant que si c'est pour lire un article ... ben on peut le faire tranquillement chez soi)
  • les interventions se complétaient et formaient une belle harmonie de problématiques et d'approches (des communications relativement théoriques, d'autres plus illustratives, la démonstration d'outils, des exemples fournis et choisis, un questionnement diachronique pour articuler les problématiques actuelles autour des réseaux sociaux ...)
  • de réelles synergies entre les thématiques et les approches présentées (identité numérique, redocumentarisation du monde, industries culturelles, théorie des graphes). C'était tellement bien qu'on avait envie de prolonger la discussion et de bâtir des projets et des programmes de recherche tout en vidant des verres de bière. Ce qui change des colloques où on est très content ... de rentrer chez soi.

Chapeau donc a Evelyne Broudoux (aka "grande rêtresse de l'autoritativité") et à Ghislaine Chartron pour l'organisation de cette journée et le travail mené dans le cadre du groupe "Acteurs et production numérique éditoriale".

Teasing n°2 ... Lundi 17 Décembre ... Réseaux sociaux au CNAM

c'est donc demain au CNAM.
A la question : "L'Homme est-il un document comme les autres ?" (titre de mon intervention), je répondrai : OUI. A cause du complexe de l'antilope :
Diapositive17

Bienvenue dans le World Life Web.

// Petit texte à vocation pédagogique reprenant ce qui est trop brièvement annoncé ici et qui sera complété sous un autre angle //
En 1994, suite aux travaux de Tim Berners Lee est officiellement né le World Wide Web. Une toile, mondiale, « large » dans sa dimension au moins autant que dans ses contenus. Avec le temps, ces derniers ont littéralement explosés, imposant à tous l’usage des moteurs de recherche pour mettre un semblant d’ordre dans ce chaos fertile et fécond, sur la base d’un principe de classement « par pertinence ».  Le principal problème qu’eut à gérer le web dans sa phase initiale de déploiement fut celui de l’adressage des documents. Pour les trouver, pour les retrouver, il fallait que ceux-ci disposent d’une adresse physique sur le réseau. La réponse fut apportée grâce notamment au protocole « http » (hypertext transfer protocol) ainsi que via le système de nommage qui permet d’identifier et de classer les sites sur la base du nom de domaine qu’ils ont choisi. Ce processus d’adressage pose encore aujourd’hui quelques problèmes et doit notamment faire face à l’explosion constante des contenus, d’où l’apparition de nouvelles extensions (« .mobi » pour les sites dédiés à la téléphonie mobile,  « .museum » pour les sites de musées, etc.) et la question ouverte d’élargir ce protocole à l’ensemble des langues de la planète. Ce fut là le premier âge documentaire du web.
Puis vint le World Live Web. Un web instantané, un web donnant en temps réel l’état des dernières informations publiées. Le service Google News fut à ce titre l’un des pionniers de ce deuxième âge documentaire, mais celui-ci permet également de désigner ce que l’on appelle des micro-contenus (billets de blogs par exemple). Le critère de pertinence utilisé par les moteurs reste naturellement essentiel, mais un second critère tout aussi important vient s’y ajouter, celui de la capacité à rendre compte en temps réel de l’évolution des documents publiés sur le web, et ce quelle que soit leur « granularité ». Là où les moteurs de recherche classiques n’indexaient que des « pages », le moteurs de recherche de la blogosphère se mettent à indexer des « billets », comme autant de fragments documentaires sitôt publiés, sitôt indexés, sitôt accessibles.
Nous sommes depuis quelques temps, notamment avec l’essor extraordinaire des « réseaux sociaux » (Facebook, MySpace) et celui des mondes virtuels (Second Life), entrés dans un troisième âge documentaire : celui du World Life Web. Après l’adressage des documents, après leur niveau de granularité (de plus en plus fin), la principale question que pose ce nouvel âge est celle de la sociabilité et du caractère indexable, remixable de notre identité numérique et des traces qu’elle laisse sur le réseau. Dans ces mondes et ces réseaux virtuels, chacun peut donner les informations qu’il souhaite. Et ces informations peuvent indistinctement relever de notre sphère publique (notre métier par exemple), de notre sphère privée (nos relations, nos amis), enfin et surtout de notre sphère intime (nos préférences politiques, sexuelles ou religieuses).
De plus en plus de sites de réseaux sociaux « ouvrent » l’immense catalogue des individualités humaines qui les composent à l’indexation par les moteurs de recherche. Ce qui pose nécessairement la question de la pertinence des profils humains. Une question qui n’en est encore qu’à ses balbutiements mais dont l’étendue des problèmes posés peut à juste titre faire frémir. Il est en effet établi que chacun des utilisateurs de ces systèmes, loin de disposer d’un profil unique librement consenti et ne contenant que des informations à caractère public (un peu à la manière de nos « cartes d’identités »), dispose de plusieurs profils différents, sur différents sites, dans différentes sphères (publiques, privées ou intimes). Que beaucoup d’utilisateurs "entrent" dans ces réseaux sociaux sous la forme de pseudonymats (pseudonymes masquant l’identité réelle) ou d’avatars, s’inventant ainsi des identités parfois ludiques, parfois recomposées, parfois mensongères, souvent idéalisées, toujours fragmentaires. La politique de confidentialité des sites récoltant ces informations, généralement de manière librement consentie, a déjà fait l’objet de nombreuses critiques, mobilisant institutions et associations sur le créneau de la défense d’un droit à l’oubli numérique. Or s’il est possible de sensibiliser les gens à la logique d’industrialisation de l’intime qui sous-tend ces univers, s’il est possible d’en appeler à leur vigilance et à leur responsabilité, il demeure impossible de contrôler ce que deviendra le remixage de l’ensemble de ces traces, une fois affiché, par exemple, dans un moteur de recherche.
La question qui se pose donc aujourd’hui est celle du caractère indexable de l’être humain. Celle de savoir si l’Homme est, ou non, un document comme les autres. La question enfin, pour chacun d’entre nous, de se voir doté d’une identité numérique globale et non maîtrisée. Cette identité sera définie (elle l’est déjà pour une large part) via mes parcours sur le net, mes actes d’achat, les expressions (maîtrisées ou non) de mon affichage identitaire, ainsi que par le reflet de l’ensemble tel qu’il apparaîtra « remixé » dans les moteurs de recherche, les réseaux sociaux ou les mondes virtuels. L’urgence de cette question en appelle une autre : celle du pourquoi ? Les documents, les mots-clés ont acquis une dimension marchande. Ils se vendent et s’achètent sur la grande place de marché d’Internet, que régule pour une large part le seul moteur Google. Nos traces identitaires numériques seront-elles demain également marchandisables ? Bienvenue dans le World Life Web.

Graphe, Web, Net

Dans sont dernier billet, Tim Berners Lee revient sur une notion au coeur de bien des débats ces derniers temps, celle du graphe social.
Partant de l'analogie fréquemment et un peu abusivement employée qui fait que quand on parle de graphe, on fait immédiatement référence à Internet, à l'image du réseau, Tim Berners Lee commence par rappeler que le Net et le Web ne sont pas la même chose, mais que tous deux sont effectivement des graphes (d'ordinateurs pour le premier et de contenus/documents pour le second). Il se lance ensuite dans un plaidoyer pour la notion de graphe, regrettant même avec humour de n'avoir pas appelé le www (world wide web) le GGG (giant global graph).
Mais le passage le plus intéressant est celui qui clôt son billet :

  • "The less inviting side of sharing is losing some control. Indeed, at each layer --- Net, Web, or Graph --- we have ceded some control for greater benefits." Et plus loin :  "Letting your data connect to other people's data (...) is still not about giving to people data which they don't have a right to. It is about letting it be connected to data from peer sites. It is about letting it be joined to data from other applications. It is about getting excited about connections, rather than nervous."

Tim Berners Lee dans ce court paragraphe nous montre clairement la voie : cesser d'être "nerveux" et "s'enthousiasmer" pour les possibilités offertes par une interconnexion globale des hommes, après celle des ordinateurs et des documents. Mais Tim Berners Lee dans son argumentaire plaide également pour une architecture standardisée et normée afin d'opérer ces connexions, sur le modèle de FOAF.
La question est donc de savoir si dans la situation actuelle, ceux qui nous rendent nerveux (Facebook) et les autres (OpenSocial) sont prêts à se rabattre, et leur immense vivier d'utilisateurs avec eux, vers des descriptions standardisées du type de FOAF. Le web, le net et le "graphe" auraient naturellement tout à y gagner, en accélérant ainsi par exemple la progression du web sémantique (ou sémantisé).

<Update> Voir aussi le billet de Francis Pisani </Update>

World Life Web

World Life Web : le troisième âge documentaire.

(vit'fait) World Wide Web. World Live Web. World Life Web.

  • World Wide Web : problématique de l'adressage. Où sont les documents ?
    • réponse : protocolaire ("http" et les autres), connue, mais pas pour autant définitivement résolue (problème de l'explosion du volume des URL, URI et URN et de l'évolution des protocoles de nommage) :-)
  • World Live Web : problématique de la granularité. Que sont les documents ?
    • réponse : des fragments documentaires redocumentarisables
  • World Life Web : problématique de la sociabilité. En quoi suis-je un document ?
    • réponse : Je suis indexable. J'ai une "identité documentaire" documentée, fragmentaire, et redocumentarisée (redocumentarisable) hors de mon strict et seul contrôle. Pose également le problème de la pertinence de ces traces identitaires documentées puis redocumentarisées. Avec derrière l'idée que le classique "Qui suis-je ? Où vais-je" pourrait trouver sur le net des réponses inédites : ceux qui sauront le mieux "qui je suis" sont ceux qui savent le mieux "où je vais" (= moteurs). Dit autrement il pourrait y avoir une sorte de cénesthésie numérique consubstantielle (affordantielle ?) à mes parcours, à mes actions, à l'expression maîtrisée de mon identité, et au reflet de l'ensemble tel qu'il apparaît remixé (redocumentarisé) dans les moteurs de recherche et/ou les réseaux sociaux.

(Jean-Michel Salaun évoque déjà le thème de la redocumentarisation du monde, des objets et des hommes, quant à moi je vous en reparle bientôt ...)

Kindle Surprise

Donc voilà. Le Kindle (e-reader liseuse) d'Amazon sera lancé officiellement lundi prochain. Ce qui, à la différence du titre de ce billet, n'est pas vraiment une surprise. Le blog Engadget fut le premier à le chroniquer le 11 Septembre 2006. Un an plus tard, le marché du livre et ses circuits de distribution ont connu de sérieux bouleversements, et les usages de lecture numérique ont mûri en même temps que les technologies les accompagnant. Comme mes collèges bloggueurs ont déjà fait le boulot - et autant vous le dire tout de suite, ils sont loin d'être enthousiastes - je vais tout simplement me contenter de piller leurs billets pour vous indiquer que le Kindle :

  • sera cher : 400 $. Cette barrière à l'entrée constitue à mon sens un sérieux frein au déploiement réellement grand public de ce que Jeff Bezos n'hésite pas à désigner comme le "livre 2.0". En l'état, on en est encore au lecteur électronique à deux zéros à la fin du chèque.
  • que le Kindle permettra d'accéder d'entrée à un catalogue entre 88 000 et 90 000 ouvrages. Sur la nature desdits ouvrages (livres "utilitaires" - cuisine, bricolage - livres "fonctionnels" - manuels scolaires et universitaires - livres "tout court" ...) je n'ai en revanche rien trouvé.
  • qu'il en coûtera 9,99 $ pour télécharger un livre. Ce qui fait dire à certains qu'Amazon vient de fixer le prix maximum (unique ?) du livre électronique, comme Apple l'avait fait en son temps pour les morceaux de musique avec l'IPod.
  • qu'il utilisera une technologie d'accès pour l'instant payante (mais annoncée comme bientôt gratuite) via Whispernet, un réseau à haut débit lié à Sprint, permettant de se connecter et de télécharger directement les livres sur le site d'Amazon, sans passer nécessairement par des spots Wifi et assurant au Kindle une couverture plus large (cf plus bas)
  • que le Kindle ne permettra pas seulement d'acheter des livres, mais aussi de télécharger et de lire directement la presse (NYTimes, Le Monde, WSJournal) ainsi que différents blogs, moyennant finance. Une réintermédiation à la hussarde qui risque de déclencher quelques couinements.
  • que le Kindle est très bien positionné en terme de "service". Qu'en revanche, côté design et ergonomie, il semble dépassé avant même sa sortie, même si l'essentiel technologique est là (e-ink <Update> finalement il y aurait bien innovation de ce côté là </Update>, autonomie, capacité de stockage)
  • que le Kindle est plein de DRM et qu'il est centré sur le format Mobipocket (firme rachetée par Amazon) et qu'il ne reconnaît même pas le .pdf
  • que dixit Jeff Bezos "Les livres sont archivés sur le serveur d’Amazon; si vous les perdez vous pouvez les télécharger gratuitement." Tiens, ne serait-on pas en train de nous refaire le coup de la "location" déguisée en "acte d'achat" ...
  • que dixit le même : "Au lieu de faire des achats depuis votre PC, vous le faites depuis l’appareil. Le contenu est délivré très simplement. Nous avons décidé d’utiliser EVDO au lieu de Wi-Fi qui nécessite des Hotspots. Nous avons créé Amazon WhisperNet qui permettra d’utiliser le réseau EVDO sans aucun engagement ni paiement.Le jour où notre disque dur aura disparu se rapproche ... comme disait l'autre.
  • que le Kindle est lié à une place de marché (LE coeur d'activité d'Amazon) et que les utilisateurs du Kindle pourront gentiment envoyer leurs documents Word et le vendre directement sur ladite place de marché. Donc, ce que le Kindle révolutionne d'abord, c'est le secteur de l'édition au moins autant que celui de la diffusion (si tant est que ces deux secteurs là puissent se penser dans l'ignorance l'un de l'autre)

Donc ?

Donc comme le souligne Francis Pisani, les lignes (numériques) vont bouger et cette Kindle surprise va obliger les concurrents à se positionner très rapidement sur ce secteur, et au jeu de la concurrence, Apple et son IPod sont bien placés. Du coup, les coûts pour le consommateur devraient être revus à la baisse, mais surtout, s-u-r-t-o-u-t, loin d'être l'affrontement de deux liseuses, de deux gadgets technologiques, cela s'annonce comme l'affrontement de deux places de marché. Amazon a défini la stratégie de la sienne (devenez votre propre éditeur) avec pour le reste encore une zone de flou sur les titres qui seront disponibles au catalogue. Il faudra voir quelle sera la réponse d'Apple.

Et puis un pressentiment ... ce genre de places de marché préemptées par des géants comme Amazon pourraient tirer le meilleur parti d'une économie de la recommandation dans laquelle les certains réseaux sociaux pourraient peut-être (enfin) trouver une juste place de prescripteur.

Et puis enfin, on ne saurait mesurer toute l'ampleur de la Kindle surprise sans prendre connaissance des billets de François Bon qui n'a pas envie du livre numérique, et de Jean-Michel Salaun chez qui le livre fait de la résistance, parce que ... tout est une question de temps.
Mon avis ? Ce système de place de marché (la vraie Kindle surprise donc), en unifiant les temporalités jadis si nécessairement distinctes de la lecture, de l'écriture, de la diffusion, de l'accès, de l'achat et de la simple consultation, "incarne" au sens propre ce qu'est (peut-être) le vrai livre numérique. Un livre qui n'en est pas un. De fait, la problématique tant vantée du "livre numérique" est renvoyée à sa triste condition de simple support. En revanche la centralisation, l'unification des flux de production et de réception d'écrits numériques par le biais d'un dispositif technique (le Kindle ou un autre), voilà peut-être la bonne définition du "livre 2.0".
Le livre est une temporalité et une totalité, l'envers et l'endroit indissociables d'un dispositif et d'un contenu. Le Kindle est une clé de lecture instantannée. Une clé de lecture"s" au sens propre. Et une clé de lecture au sens figuré, c'est à dire qu'il permet de mieux entrer dans les logiques de nos lendemains numériques. Dans le Kindle, comme dans un trousseau de clés, tout est dissociable, segmentable. Et c'est précisément cela qui intéresse Amazon.

<Update de 5 minutes plus tard> Et ben voilà. J'étais super content de mon joli titre. Et paf. En relevant mon agrégateur voilà-t-y pas que Virginie Clayssen l'avait trouvé avant moi, et avec une splendide illustration en plus. </Update>

(Sources : Principalement Francis Pisani, Francis Pisani encore, LaFeuille, Techcrunch-fr et Techcrunch.com, Nicolas Morin, FredCavazza, Hervé Bienvault ainsi que les autres sources sous les liens)

Etonnante parabole de l'identité documentaire

Trouvée chez Guim. Ce qui pose la question :

  • de l'indexabilité (suis-je un document ou plus exactement - merci Jean-Michel en commentaire -  comment sont redocumentées mes traces identitaires numériques, celles voulues - ce que je dis de moi - et celles perçues - ce que le rendu de cette indexation donne à voir de moi),
  • de la métonymie (partie prise pour le tout),
  • de la collection (des individualités numériques),
  • du pourquoi (pourquoi le profil Facebook de Guim est-il la réponse de Google à une requête générique sur le terme Facebook ?).
  • si la réponse à la question 1 (indexabilité) est "Oui", cela pose la question de l'indice de pertinence des profils humains (pourquoi le profil facebook de Guim est-il plus pertinent qu'un autre ?)

On en reparle bientôt.

Tirer les enseignements du passé : 2 conseils (gratuits) à Mark Zuckerberg

On ne compte plus ces jours derniers, dans la presse et dans les blogs, les manifestations de mécontentement d'usagers suite au "coup" de la nouvelle offre publicitaire de Facebook. Les appels au boycott et à la désertion se multiplient, les associations (EPIC, EFF) se mobilisent et montent au créneau, et l'on semble redécouvrir soudain la problématique de l'industrialisation de l'intime et de la marchandisation de nos mémoires et de nos échanges privés.
L'avenir dira si Facebook saura ou non faire preuve d'une communication de crise à la hauteur de celle (la crise) qu'il traverse actuellement. Et pourtant. Pourtant il eût été facile à Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook) de se souvenir de ce qui à l'époque avait tué le moteur de recherche leader, à savoir Altavista. Ce dernier avait eu l'idée saugrenue de mixer les résultats organiques de son moteur avec des liens sponsorisés, déclenchant l'ire de ses utilisateurs, et donnant naissance aux premières manifestations massives de boycott sur Internet. En quelques semaines, le sort d'Altavista était pour ainsi dire plié, reléguant ce dernier au cimetière des moteurs. A la même époque, un petit moteur universitaire, avait l'idée de séparer dans l'interface les résultats organiques des liens sponsorisés, et ce faisant remportait la partie. Un petit moteur aujourd'hui devenu grand. La publicité n'est pas soluble dans les résultats de recherche. Elle ne l'est pas davantage dans la sociabilité numérique. Signe des temps cependant (et maturation des problématiques big brotheriennes aidant), la grogne des usagers fut à l'époque d'Altavista, principalement menée par les utilisateurs francophones du moteur, alors que les associations aujourd'hui en pointe sur le front de la contestation Facebokienne sont très largement anglo-saxonnes.
Facebook dispose de quelques mois (pas plus) pour changer de stratégie s'il ne veut pas tout simplement plier boutique. Il peut (encore pour quelques mois donc) continuer de s'appuyer sur un vivier d'utilisateurs très largement surnuméraire, utilisateurs ne pouvant (pour l'instant) se tourner vers aucun autre réseau social équivalent en termes de fonctionnalités proposées et de masse critique. L'arrivée d'OpenSocial dans les prochains mois, devrait mettre un terme à ce leadership. Je ne voie donc pour Mark Zuckerberg que 2 manières de sauver Facebook :

  • Primo : réaligner la politique de confidentialité du site et sa charte d'utilisation pour endiguer l'hémorragie des appels au boycott qui se multiplient (avec le risque de perdre quelques vautours partenaires commerciaux ayant flairé le bon coup, mais en même temps, les mêmes vautours partenaires commerciaux sortiront peut-être d'eux-même du marché si l'hémorragie n'est pas endiguée et si l'image de marque de Facebook, jusqu'ici très positive, sort lessivée de cette période trouble ...)
  • Deuxio : réorienter, favoriser ou mettre davantage au premier plan le développement d'applications tierces à caractère professionnel pour "captiver", attirer et ancrer le public geeks & CSP++ qui est l'essentiel des utilisateurs de Facebook. Si ceux-là arrivent à y trouver leur intérêt et à développer sur Facebook de réelles dynamiques de travail collaboratif, et si on ne leur propose pas en pleine réunion de travail de résoudre leurs problèmes d'éjaculation précoce, alors il y a fort à parier que ceux-là resteront et que Facebook consolidera l'avance qu'il avait jusqu'ici réussi à prendre sur le créneau de la fidélisation.

Sinon ...

De la marque et du Spam : éjaculation précoce ou éjaculation Face(book)iale ?

Disclaimer : Pardon aux âmes prudes mais c'est samedi, c'est presque minuit, donc j'ai le droit. Mais pour le coup n'héitez pas à activer le contrôle parental sur ce billet :-)

Allez savoir pourquoi, mais depuis que Facebook a effectué sa mue publicitaire (cf réponse du Berger à la bergère), il s'acharne à m'afficher des Flyers pour m'aider à lutter contre l'éjaculation précoce (la preuve en image).Cestfaux_2
Du coup l'espace conversationnel qui me permet d'échanger des messages passionnants avec mes "friends" souffre quelque pollution (qui a dit "nocturne" ?) et je rechigne à leur envoyer des "pokes" pouvant être interprétés comme trop hâtifs. Ce qui ne va pas contribuer à renforcer mon addiction vu que comme le synthétise admirablement Joël : "sur Face de Bouc, on trouve pas beaucoup d’adresses de sites web, parce-que Face de Bouc EST le nouveau web. Celui d’où tu ne sors pas, où tu poke des amis danois au hasard, ou tu ne comprend toujours pas pourquoi il y a 825 sortes de Wall différents, ou tu racontes ta laïfe avec des status words qui commencent tous par “is”, et où tu vérifies que ton standing en nombre d’amis est conforme à l’image que tu te fais de toi."

Plus sérieusement (mais y'a un lien vous allez voir ...), depuis :

  • que les marques disposent sur Facebook de la possibilité de créer des "Pages",
  • et puisque la politique de Facebook est la suivante : "facebook does not pre-screen or approve facebook pages, and cannot guarantee that a facebook page was actually created and is being operated by the individual or entity that is the subject of a facebook page" ...

... le résultat est que le trombinoscope planétaire est à son tour confronté au problème majeur qu'ont eu à traiter avant lui les moteurs de recherche, j'ai nommé le Spam, et particulièrement le SpamSex (d'où le lien avec le titre et le début de ce billet, vous voyez j'avais pas menti). Même si dans FesseBouc, le sexe n'est pas toujours du Spam ...
Spam (indexation faussée), Splog (faux blogs), pourriels (e-mails non-sollicités) étaient déjà la hantise des indexeurs planétaires, ils viennent de s'inviter dans le jeu des socialisateurs industriels. De la capacité de ces derniers à traiter rapidement et efficacement le problème dépendra sûrement l'avenir de leur modèle économique. Et là encore, Facebook ne me semble pas être le mieux placé dans la course. Bref, comme l'indique Didier Durand, c'est le moment de vérité, et c'est plutôt mal barré.

Ce que l'on continue d'apprendre des réseaux sociaux

Facebook, OpenSocial et les autres occupent (c'est peu dire) le devant de la scène blogosphérique. L'occasion de faire un nouveau petit tout d'horizon de problématiques et de réflexions. On sait aujourd'hui :

  • ce qu'en pense Matthew Hurst (inventeur de Blogpulse et chercheur chez Microsoft) : "Les réseaux 'sociaux' ne le sont que dans leur structure. Les individus qui les peuplent tentent le plus souvent de les utiliser à des fins personnelles (trouver un travail, vendre quelque chose) et les systèmes qui les hébergent (aux réseaux sociaux) les exploitent (les individus) autant qu'ils le peuvent."
  • que "c’est la guerre pour le grand réseau de publicité sociale" (Marc Andreessen, fondateur de Ning, via Francis Pisani), mais ça, on s'en doutait déjà un peu :-)
  • que conformément à ce que je subbodorai ici ou , l'OpenSocial de Google est d'abord et avant tout un monde fermé, mais que son gros avantage est d'avoir l'air ouvert (explications techniques chez un employé de Microsoft, mais tout le monde à le droit d'être objectif ;-)
  • quelle fut en fait la réponse du berger (Facebook) à la bergère (OpenSocial) : et ne comptez pas sur moi pour m'échiner à résumer ce qui l'est déjà fort bien chez Jean-Marie Le Ray . Le résultat, c'est que Facebook franchit un pas de pus dans le sens de la fermeture et de la spécialisation, dans celui du marquage, du ciblage et du suivi publicitaire "de niche". Avec certes de très grosses niches au programme (Coca-Cola est l'une d'elles), mais des niches tout de même. Pour approfondir cette cotre-attaque à la riposte OpenSociale de Google, voir aussi :
    • l'Atelier,
    • Technaute (qui nous apprend que dans la lettre de Mark Zuckerberg envoyée aux annonceurs, celui-ci indique : "Nous allons aider vos marques à faire partie des conversations quotidiennes qui se produisent tous les jours entre les membres", ce qui est la définition Monthypythonnienne du SPAM :-)
    • ReadWriteWeb qui va dans le même sens que moi, en prenant l'exemple emblématique de l'Apple Students group qui compte pas moins de 420 000 membres. De quoi faire de la pub communautaire pour le moins.
    • TechCrunch
  • que la lutte des classes se confirme (cf le point 4 de ce billet). Après Danah Boyd, c'est Eszter Hargittai qui s'y colle. Hargittai, E. (2007). Whose space? Differences among users and non-users of social network sites. Journal of Computer-Mediated Communication, 13(1), article 14. http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/hargittai.html Sa conclusion est qu'il y a bien une inégalité sociale dans l'usage des réseaux sociaux. Dit autrement : on n'utilise pas les mêmes réseaux et on ne les utilise pas de la même manière selon son milieu social, son âge, son sexe, etc. Et il en va pour les réseaux sociaux comme pour la vie en général : certains naissent moins égaux que d'autres.
  • (via Francis Pisani) que la culture de la participation n'est pas l'apanage exclusif des réseaux sociaux. Pendant que Valérie Pêcheresse s'entête à faire de la mission Internet un simple ministère des tuyaux et des télécoms, la vraie bonne question à poser actuellement n'est plus uniquement celle de la fracture numérique, mais "de déplacer l’axe de la conversation sur la fracture numérique des questions technologiques liées à l’accès vers celles qui se réfèrent aux opportunités de participer et de développer les compétences culturelles ainsi que les savoir-faire sociaux nécessaires pour s’impliquer pleinement." Cette approche est celle défendue par Henry Jenkins dans son dernier rapport intitulé Confronting the Challenges of Participatory Culture: Media Education for the 21st Century (.pdf). A lire absolument. Le rapport contient notamment une très bonne définition de la "culture de la participation" : "une culture dans laquelle les critères d’expression artistique et d’engagement civique sont relativement bas ce qui encourage à créer et à participer […]. C’est également une culture dans laquelle ceux qui s’en réclament considèrent que leurs contributions comptent et sentent un certain degré de connexions sociales entre eux (au moins dans la mesure où ils attachent de l’importance à ce que les autres pensent de ce qu’ils ont créé)." Définition qui a à mon avis pour principal intérêt de ne pas faire de ladite culture de la participation l'apanage des Geeks et autres technophiles 2.0, mais de la renvoyer vers des modèles sociaux (beaucoup) plus anciens et plus prometteurs.
  • que Yahoo! jusqu'ici étrangement absent se lance dans l'aventure avec un modèle ... comment dire ... étrange. Il s'agit de lancer (comme facebook) un réseau social à destination des étudiants et des anciens élèves, de l'orienter clairement vers le monde professionnel (comme LinkedIn). Et que comme l'un des nerfs de la guerre est celui du nombre des utilisateurs, "Kickstart (= c'est le nom du réseau social en question) veut d’abord faire signer les anciens élèves, et offrira $25 000 de récompense au collège ou à l’université qui fera signer le plus d’anciens élèves avant le 31 décembre."
  • que la course aux Friendlists (listes d'amis) vient d'effectuer sa mue et son passage à l'échelle (grâce à OpenSocial). Le gros problème des réseaux sociaux naissant ou existants, c'est primo le nombre de leurs utilisateurs (il faut en avoir plein) et deuxio le processus d'amorçage (il faut que tous ces gens puissent au plus vite retrouver leurs amis et les ajouter dans "leur  réseau"). C'était là l'une des forces de Facebook qui ne s'était en la matière pas embarassé de principes en vous proposant, lors de votre inscription, de lui confier le mot de passe de votre boîte aux lettres électronique pour y aller puiser vos contacts et voir s'ils étaient aussi dans Facebook. Or comme le souligne justement Jill/txt,  avec OpenSocial, "tout nouveau site entrant saura déjà qui sont vos amis".
  • qu'il est aussi possible de rire un peu avec les réseaux sociaux : après Hatebook, voici le blog de l'initiative "ClosedPrivate". Comme l'indique la page "A Propos" du blog : "L'initiative ClosedPrivate" est l'effort d'un large consortium de visionnaires et de technophiles pour résoudre un problème clé d'interopérabilité entre les différents réseaux sociaux. Nous ne pouvons pas vous en dire plus tant que vous n'êtes pas membre de notre initiative. Nous ne pourrons d'ailleurs pas vous en dire davantage quand vous serez devenu membre étant donné les caractéristiques de notre initiative (fermée et privée). Vous n'avez qu'à vous faire votre propre idée."

Et puis après ce que l'on sait et ce que l'on continue d'apprendre, il y a ce que je pense :

  • je pense que Francis Pisani se trompe quand il écrit que : "La supériorité de la pub sur les réseaux sociaux (un peu trop vite baptisée “publicité sociale”) par opposition à celle que l’on trouve sur les moteurs de recherche tient d’abord au fait qu’elle repose sur ce que nous sommes - dans nos multiples contextes sociaux - plus que sur ce à quoi nous pensons. Nous fournissons les données clés nous-mêmes et les maintenons à jour au gré de nos goûts, de nos relations ou de nos passions." Je pense en effet qu'intrinsèquement les deux sont de même nature. Et que si la pub "sociale" (appelons-là ainsi faute de mieux) peut effectivement bénéficier d'une mise à jour des usagers eux-mêmes, elle est en revanche handicapée par la défiance de certains usagers à laisser transparaître toute leur sphère privée. Les moteurs en revanche et leur modèle publicitaire (appelons-là pub "motorisée") détournent complètement cet effet de défiance, puisque nous les utilisons dans un état d'esprit cognitif beaucoup moins pregnant que celui dans lequel nous utilisons les réseaux sociaux. Dit autrement : quand on est "dans" un réseau social et que l'on l'utilise, on sait même diffusément, même confusément, que l'on est, quelque part, observé. Quand on utilise un moteur de recherche on a l'impression (fausse ...) de travailler "en extériorité", d'être sur un réseau ouvert. Donc je pense que le modèle publicitaire de Google en particulier et des moteurs en général est et restera largement dominant à l'avenir, et plus rentable (parce que paradoxalement plus "segmentable") que celui des réseaux sociaux. Dit autrement encore : les moteurs (et les réseaux sociaux ouverts c'est à dire ayant rejoint l'initiative OpenSOcial de Google) peuvent s'appuyer sur une économie (celle de l'attention) et sur une base de donnée (celle des intentions) dans un contexte ouvert, à large spectre. Les réseaux sociaux "fermés" (dont Facebook) ne peuvent compter sur cette économie et sur cette base de donnée qu'à une échelle infiniment moins grande, moins ouverte, et surtout moins fractale. Dit autrement encore, seuls les moteurs me semblent aujourd'hui disposer du pouvoir alchimique leur permettant de transformer l'attention en intention. Les réseaux sociaux fermés devant se contenter (ce qui n'est déjà pas si mal) de capter des intentions pour les transformer en autant de supports d'attention. En revanche je pense que la prochaine étape, le prochain modèle pouvant substantiellement augmenter une manne publicitaire qui frise déjà l'indécence, sera celui de la géolocalisation, et que cette étape passe par la conquête des terminaux mobiles.

Sociabilité académique et universitaire.

A visionner sur Slideshare, un diaporama qui a comme titre : "The promise of Authority in Social Scholarship". Le mouvement des réseaux sociaux est en train d'impacter lentement mais surement le monde académique (rappelons que Facebook était, au départ, un réseau social destiné aux seul étudiants de l'université d'Harvard). Les raisons sont multiples :

  • d'abord la préparation des esprits qu'a favorisé l'essor d'applications dites "2.0" depuis maintenant déjà quelques temps,
  • ensuite la culture initialement anglo-saxonne de mettre en place systématiquement des annuaires d'anciens étudiants,
  • enfin la richesse des outils et/ou applications collaboratives proposées par ces plateformes sociales (wikis, agendas partagés, conduite de réunion à distance, etc ...).

A tout cela il faut ajouter la relative "légèreté" et la simplicité de la prise en main de ces plate-formes au regard d'autres outils plus institutionnels et plus "lourds" (Moodle par exemple). Donc il y a de plus en plus d'étudiants et de plus en plus d'enseignants-chercheurs sur Facebook. Et la question qui s'était déjà posée au moment de l'émergence des blogs et leur appropriation par les enseignants-chercheurs comme autant d'outils de publication hybrides, va nécessairement se reposer dans le cadre d'une sociabilité académique. Et c'est précisément la question de l'autorité dans le cadre de cette sociabilité académique qu'interroge le diaporama en question. Sur la 4ème diapositive on peut lire cette définition de la sociabilité académique : elle désigne "l'utilisation de réseaux sociaux à des fins de publication ou d'interaction avec d'autres membres de la communauté universitaire." L'auteur du diaporama insiste également sur la notion de "soft peer-review" qui comporte deux dimensions :

  • implicite : avec les actions de type :  "tagging, bookmarking, downloading, viewing"
  • explicite : avec les actions de type : "annotating, commenting, voting, ranking"

La sociabilité académique (= universitaire) est donc composé d'un enchevêtrement de 3 choses : "des textes, des conversations et des métadonnées." Ce qui n'est pas une nouveauté. Dans le fonctionnement académique classique, on publie des textes, lesquels sont discutés (conversations) lors de colloques ou de conférences, pour être enfin publiés et indexés via des métadonnées. Ce qui, pour moi, change radicalement la donne c'est :

  • la polarisation de ces activités : des usagers - non-experts ou n'agissant en tout cas pas "es qualité" ou faisant tomber d'antiques barrières disciplinaires - participent aux textes (voir Commentpress ou les initiatives de type Roger T. Pédauque),  aux conversations, ainsi qu'aux métadonnées (folksonomies et indexation sociale)
  • l'échelle participative et collaborative : le nombre des interventions sur les textes, le nombre de participants aux conversations, et le nombre de métadonnées explose llittéralement.
  • la temporalité des interactions : le régime est celui du temps réel (ou quasiment). Ce qui n'empêche pas la mise en oeuvre de phases de stabilisation.

Il devient donc urgent de réfléchir à de nouvelles métriques autoritatives, qui constitueront l'une des composantes nécessaires du nouvel ordre documentaire en train de se mettre en place à l'échelle du réseau. A ce titre, je croie que ces nouvelles métriques pourraient, en partie, s'inspirer de la dynamique des différents appareillages cognitifs en train de se mettre en place autour de l'encyclopédie Wikipedia.

VidéoLectures

VideosLectures est un site ayant vocation à héberger des vidéos "scientifiques" (conférences et cours magistraux essentiellement). Si le domaine de l'informatique y est surreprésenté, on y trouvera, à côté, quelques vidéos intéressantes :

En plus des vidéos, la plupart sont associées et synchronisées avec les slides ayant servi lors de la présentation (quel bonheur de pouvoir aller directement écouter "le" slide qui a retenu notre attention). La navigation dans le site est efficace (vidéos les plus vues, navigation par catégories et sous-catégories thématiques, par genre - tutoriel, interview -, par auteur, etc ...)
A vous d'y dénicher votre bonheur :-)
(Via : Savoirs en Réseau)

Conflits sociaux : A vaincre sans péril triomphe-t-on sans gloire ?

La rentrée sociale fut donc chaude. Et le lancement d'OpenSocial, la "riposte" sociale de Google à Facebook, est désormais dévoilé.
Et l'on peut dire que c'est l'artillerie lourde : d'abord et essentiellement du côté des plateformes ralliées aux APIs d'OpenSocial, avec en sus de celles précédemment citées, l'arrivée de MySpace. Si l'on considère qu'en matière de réseaux sociaux comme en d'autres terrains de jeu, c'est la capacité à atteindre rapidement une masse critique d'utilisateurs qui est l'une des clés du succès, ce ralliement pèse très très lourdement dans une balance déjà considérablement lestée par le pouvoir d'attraction et la stratégie de déploiement de Google.
Donc pour résumer, l'ensemble des platefomes "stars" de développement et d'hébergement de réseaux sociaux se sont naturellement ralliées au standard OpenSocial de Google. Et ce dès avant son lancement : Engage.com, Friendster, hi5, Hyves,imeem, LinkedIn, Ning, Oracle, orkut, Plaxo, Salesforce.com, Six
Apart, Tianji, Viadeo, XING, et donc MySpace. Seul Facebook n'a pour l'instant rien annoncé (cf plus loin dans ce billet).
Pour fêter ce ralliement, Google s'est même fendu d'un communiqué de presse dédié :

  • Eric Schmidt pose l'équation très clairement : "As the most trafficked website in the country and the most popular social network in the world, MySpace is one of the leading forces in the global social Web"
  • Du côté de MySpace, Aber Whitcomb donne dans le lyrisme : "We're all citizens of a larger Web-no network is an island onto itself" Et encore : "It's exciting that social networks are getting social with each other."

Ce qui est en train de se passer du côté des réseaux sociaux, c'est ce que Pierre-Gilles de Gennes appelle une transition de percolation :

  • « Considérons un ensemble d’îles, et supposons que le niveau de l’océan baisse progressivement. (…) Peu à peu les différentes îles grandissent et certaines se relient entre elles. Un voyageur qui ne marche que sur la terre ferme est, au début, confiné dans une île. Toutefois cette île, lorsque le niveau océanique baisse, devient, le plus souvent, connectée à de nombreuses autres ; le domaine d’excursion de notre voyageur augmente.
    Finalement, lorsque le niveau océanique atteint une certaine valeur critique, le voyageur peut s’éloigner arbitrairement loin de son point de départ : il est maintenant sur un continent, qui porte encore de nombreux lacs, mais qui est connecté : on peut aller d’un point à l’autre du continent sans jamais traverser un bras de mer. La transition que nous venons de décrire, entre un archipel d’îles déconnectées et un système où certaines des îles se sont soudées pour former un continent, est appelée transition de percolation.
    »

Il aura donc fallu seulement quelques jours à Google pour "imposer" un standard, selon un mode top-down, qui est à l'opposé du fonctionnement habituel du world-wide web, l'organisme en charge de son développement (le W3C) fonctionnant lui de manière bottom-up, en appelant aux commentaires et aux réflexions des usagers sur la base de recommandations, puis des spécificaitons, qui enfin deviendront des normes ou des standards (même si l'on peut supposer qu'à l'instar de Rome qui ne s'est pas faîte en un jour, les "tractations" en coulisse pour obtenir les ralliements sus-mentionnés ont du être lancés depuis quelques temps).
S'il faut donc effectivement se féliciter du choix de Google de rendre interopérables et "ouverts", via les APIs d'OpenSocial, des réseaux sociaux jusqu'ici cloisonnés, il faut également prendre en compte les signaux faibles qui mettent Google en situation de développer un web "propriétaire", ou plus exactement de faire du web actuel "sa" propriété : il avait déjà à sa disposition l'infrastructure technique (ses datacenters et son architecure de serveurs), le public "captif", les tuyaux (fibre optique et câble notamment), il vient aujourd'hui de s'instituer "grand normalisateur", avec l'assentiment de tous. "Jusqu'ici tout va bien ..."
Le site des APIs OpenSocial de Google étant enfin ouvert (ce qui n'était pas encore le cas quand j'ai publié mon précédent billet), on observera que lesdites APIs s'organisent bien en trois grands groupes, mais pas exactement ceux que j'indiquais. On y trouve les :

  • People Data API : elles permettront de récupérer, de solliciter, d'interroger et de naviguer parmi vos listes d'amis (Friendlists), c'est à dire, in fine, de "passer à l'échelle" le graal du graphe social, en rendant interopérables les divers contacts et niveaux de relation déployés dans tous les sites partenaires.
  • Activities Data API : elles permettront de gérer "ce qui se passe" sur les réseaux sociaux (applications tierces et fonctionnalités).
  • Persistence Data API :  elles sont (à mon sens) l'élément le plus important de l'ensemble. "Elles permettront aux applications clientes de voir et de mettre à jour les contenus OpenSocial déclarés persistants." Même si c'est encore un peu le flou en la matière et si mon niveau informatique me permet mal d'en mesurer toute la portée (commentaires des geeks bienvenus), il semble bien que c'est là le coeur du système dans la mesure ou :
    • cette "persistance" appliquée aux profils (people data) et/ou aux applications (Activities Data) permettra comme son nom l'indique de conserver, d'adresser et de tracer les informations contenues dans les profils ou les centres d'intérêt et les actions réalisées dans le cadre de leurs activités sociales. Toutes choses éminemment nécessaires pour mieux monétiser l'ensemble au travers de l'offre publicitaire choisie.
    • cette même "persistance" atteste une nouvelle fois du nouvel élément clé de la dérive des continents documentaires qu'est la synchronicité entre le on-line et le off-line. Rien n'est encore limpide, mais  ladite persistance pourrait permettre de post-synchroniser  l'ensemble des contacts et des activités mises en place dans le cadre de l'utilisation des réseaux sociaux , pour un usage "déconnecté".

Il faudra voir dans quelques temps, quelle est la réussite réelle d'OpenSocial. Mais à regarder l'empressement des développeurs, le nombre et la qualité de certaines des applications développées (dans FaceBook notamment), on peut raisonnablement se permettre d'être optimiste. Mais cette interopérabilité d'ensemble,  ce graphe des activités sociales à large spectre, s'il se confirme donc, va très rapidement devenir un formidable vivier de données, un véritable bazar pour le dire de manière plus crue. Un bazar dans lequel il faudra nécessairement venir mettre de l'ordre. Ce qu'une nouvelle fois, seul Google pourra se permettre faire via son moteur. En regardant donc de près la stratégie de la firme, et pour rebondir sur les intéressants commentaires de mon dernier billet, c'est donc bien, derrière cette apparente diversification, un énième recentrage autour de son application phare (le moteur de recherche) qu'est en train d'opérer Google. Mais un recentrage habile, presque détourné. Un recentrage qui ne se donne pas à voir comme tel.  Et c'est une nouvelle fois la "magie" de Google qui opère : celle qui, au milieu de l'ensemble des acteurs majeurs du web actuel, le rend seul capable de transformer une dynamique centrifuge (extériorisation, ouverture, interopérabilité), en une réalité centripète.
Et Facebook dans tout ça ?
Et bien Facebook va probablement attendre encore un peu avant d'annoncer son ralliement (à mon avis inévitable) à OpenSocial (voir notamment ce billet "Echec et Mat" de Techcrunch). D'abord parce qu'il doit lancer sa nouvelle offre publicitaire. Ensuite parce qu'il essaie de son côté de maintenir une stratégie de challenger, à défaut de pouvoir se maintenir comme leader. Ladite stratégie de challenger, selon le blog du magazine Wired, passerait par le diffusion de musique en ligne, pour venir concurrencer MySpace et ITunes sur leurs terres. Toujours selon la même source, l'idée serait, notamment, de permettre aus groupes et aux artistes de vendre directement de la musique (ce qu'ils peuvent déjà faire depuis MySpace) depuis leurs pages Facebook, en se servant de la nouvelle offre publicitaire de Facebook. La Warner serait sur les rangs.
Donc ?
Donc si Google a gagné en coupant l'herbe sous le pied (fragile) de Facebook, ce n'est pas pour autant que Facebook a tout perdu. Il a même toutes les chances, sur certains secteurs et/ou pour certaines applications et certains usages, de rester un acteur majeur du domaine. Mais Google a nonobstant remporté les deux victoires qui seules l'intéressaient : être présent et être incontournable. Tout le reste n'est qu'une affaire d'audience. Et en matière d'audience globale, on ne lui connaît à ce jour aucun challenger crédible. A vaincre sans péril, il n'est donc pas sûr que la victoire soit sans gloire. Car ce que vient de réussir, avant tout, Google, c'est ce que Douglas Hofstadter décrit comme une "transition de phase" :

  • « Les transitions de phase se produisent dans les systèmes physiques simples, les bancs de poissons, les cerveaux, et aussi dans les pays tout entiers, pourvu que les interactions entre les éléments du système soient suffisamment fortes et nombreuses, et qu’elles s’additionnent pour engendrer des corrélations à grande échelle, autrement dit pour induire des effets à distance, malgré le faible rayon d’action des interactions directes. Lorsqu’apparaissent de tels effets à distance, une nouvelle sorte d’entité voit le jour, à un niveau d’organisation supérieur à celui de ses constituants, et qui obéit à ses propres lois. »

Pour réussir cela, il lui fallait, en préalable, autoriser une transition de percolation (cf plus haut). Une stratégie en deux temps, binaire, pendulaire, au rythme de laquelle bat aujourd'hui le coprs entier du web.

A voir aussi sur la question : le blog officiel OpenSocial, le remarquable screenshot de Marc Andreesen (Ning) démontrant la puissance et l'intérêt d'OpenSocial.

Rentrée sociale et ouverture du code

Le mois de Novembre promet d'être agité du côté des réseaux sociaux : selon Techcrunch, Google devrait annoncer début Novembre le lancement de son réseau social baptisé Makamaka (ou Maka-Maka). De son côté, Facebook devrait annoncer le 6 novembre le lancement d'une nouvelle offre publicitaire : le Social ads Network, censée contrer l'offre AdSense de Google (voir aussi ce qu'en dit Read/WriteWeb).
Difficle en l'état de dire qui sortira vainqueur de cette lutte. Mais on peut d'ores et déjà pointer le fait que dans son futur MakaMaka, Google tablera sur une ouverture maximale du réseau (aussi bien en termes applicatifs - API - qu'en termes d'usages - il peut s'appuyer sur l'énorme public ayant déjà adopté des applications phares de Google) : ce pari de l'ouverture (cf plus bas dans ce billet), dans la droite ligne de la théorie de la dérive des continents documentaires, lui offre une capacité de résonnance extraordinaire, là où Facebook s'enferme une nouvelle fois dans un mode et un monde fermé et auto-centré. A moins ... à moins que la nouvelle offre publicitaire de Facebook ne soit le signe d'une ouverture : il se pourrait effectivement que cette dernière permette d'optimiser les cookies installés lors d'une connexion sur Facebook pour permettre de continuer à cibler les utilisateurs lors de leurs navigations sur le net, lesques utilisateurs verraient s'afficher des publicités correspondant aux divers centres d'intérêt renseignés dans leur profil Facebook.
Donc ? Donc l'entrée de Microsoft au capital de Facebook (et l'exclusivité du partenariat publicitaire) se révelerait être "in fine" un investissement stratégique pour pouvoir disposer, grâce à Facebook, d'un outil de ciblage de masse (50 millions d'utilisateurs et une croissance qui demeure exponentielle) pouvant soutenir la comparaison avec celui de Google. Si je ne croie toujours pas que Facebook puisse s'afficher comme un challenger de Google, je crois en revanche que les cartes entre Google et Microsoft pourraient être rapidement redistribuées de la manière suivante :

  • Microsoft table sur sa position dominante en terme d'OS et se dote, via Facebook, d'un outil de ciblage de masse
  • Google table sur sa position dominante de vortex d'audience, fait le pari du déploiement d'un WebOS ou de quelque chose d'approchant pour prendre des parts de marché (et d'usage) à Microsoft

Le pari est donc le suivant : si les applications en-ligne l'emportent, si la bascule de nos comportement sinformationnels en ligne se confirme et se généralise, et si une nouvelle synchronicité (Google Gears en est l'exemple éclatant) peut-être établie entre le en-ligne et le hors-ligne, alors Google aura partie gagnée. Le vrai débat me semble donc bien être et demeurer celui de l'adoption massive par les usagers d'un webOS pour administrer l'ensemble de leurs habitus numériques. La publicité, le modèle de régie qui l'accompagne, et l'importance de l'audience ne pourront être valorisées et se substituer au modèle économique classique (je paie pour acheter des applications VS les applications sont gratuites mais financées par la publicité) que quand les usages (en-ligne ou hors-ligne) se seront suffisamment stabilisés à l'échelle de la planète connectée. C'est bien là ce qui rend toute analyse prospective si glissante, et c'est également là ce qui fait l'intérêt des tractations et des effets d'annonce actuellement sous le feu des projecteurs.

La rédaction de ce billet ayant été commencée il y a de cela plusieurs jours, les effets d'annonce se succèdent mais confirment la tendance, côté Google tout au moins : indépendamment ou en complément du suscité Makamaka (qui devrait pour ce que l'on peut en supposer être une sorte d'Orkut à l'échelle planétaire), Google annonce le lancement non pas d'une application simple mais d'un contexte applicatif dénommé "Open Social", dont les APIs sont accessibles ici. Le nom est suffisamment programmatique et entérine la dichotomie stratégique évoquée plus haut entre un monde fermé et un monde ouvert. L'idée est de mettre à disposition une série d'APIs qui pourront être associées à tout type de plateforme sociale. Ces APIs seront organisées en trois grands groupes :

  • Profile Information (user data)
  • Friends Information (social graph)
  • Activities (things that happen, News Feed type stuff)

La force de Google c'est de viser à mettre en place non seulement un "standard" au sens informatique du terme (comme il l'avait déjà fait par exemple avec Sitemaps), mais un "contexte standard" de déploiement des applications sociales, pour aujourd'hui et surtout pour demain. Comme le souligne encore John Battelle, la question est de savoir si MySpace et Facebook joueront ou non le jeu de l'adoption de ce standard. En la matière, et pour l'instant, tout semble jouer contre eux :

  • la culture du net et de ceux qui bâtissent ses applications,
  • l'aspiration de ceux-là à être "reconnus" et à assurer la dissémination la plus large possible pour leurs applications,
  • les caractéristiques propres du réseau,
  • et - last but not least - l'effet de la marque Google.

Il est désormais tout à fait clair - ce que ne laissait pas initialement la politique de développement de son site social Orkut - que Google "croit" au web social. Comme l'indique le communiqué de presse : "The web is fundamentally better when it's social", et plus loin,  "we hope OpenSocial will become a standard set of technologies for making the web social." En lançant ce "service" ou plus exactement cette dynamique, Google compte clairement s'appuyer sur le formidable levier que constitue son audience. Et il peut également d'ores et déjà compter que quelques acteurs majeurs du secteur, ayant annoncés leur ralliement à ce standard : "Orkut, Salesforce, LinkedIn, Ning, Hi5, Plaxo, Friendster, Viadeo, Oracle, Flixster, iLike, RockYou, Slide". Une liste appelée à s'étoffer rapidement comme le rappelle Jean-Marie Le Ray dans son billet. <Update du soir>(voir aussi l'article du NYTimes) </Update>

Et puis sur un autre sujet, le Wall Street Journal croit savoir que ce qui fut longtemps une rumeur sera bientôt une réalité : Le GooglePhone, un téléphone portable "estampillé" Google. Le lien avec le contenu de ce billet étant le suivant : Google, comme il le fait avec Open Social, compte "ouvrir" l'accès au GooglePhone : "to make the phones' software "open" right down to the operating system, the layer that controls applications and interacts with the hardware. That means independent software developers would get access to the tools they need to build additional phone features." 
On retrouve ici cette même volonté stratégique d'ouvrir le code source applicatif pour tirer le meilleur parti de cette extraordinaire "entreprise" (au sens propre et au sens figuré) collective du net. Une ambition et une vision stratégique qui permet à Google de mettre en place chaque jour davantage de standards ou de "cadres applicatifs" contrôlant des secteurs entiers du net. Il y aura donc bien un WebOS. Et il y a fort à parier que celui-ci, pendant quelques années au moins, se trouvera en situation de monopole, comme le fût celui (Windows) d'une autre firme (Microsoft), qui avait choisi une stratégie tout autre (surtout ne pas ouvrir le code), et qui passa ces dernières années la plupart de son temps à tenter de corriger les attaques en règles dont ledit code fût victime, non pas d'ailleurs dans un unique souci de "piratage" ou de "saccage"  mais pour montrer aux développeurs leaders (ceux de microsoft) que d'autres (les "hackers") détenaient eux aussi, la puissance du code, et que le leur pouvait sinon rivaliser, à tout le moins sérieusement mettre à mal celui de Windows. En affirmant pas à pas sa stratégie d'ouverture, le monopole que Google est en train de bâtir à d'ores et déjà la certitude qu'il ne pâtira pas de ce scénario de l'empêchement et de l'éternel-correctif-arrivant-avec-toujours-un-temps-de-retard-sur-les-failles-repérées.

Attention cependant à ne pas sombrer dans un angélisme candide : Google n'est pas Linux, et la dite ouverture ne doit pas occulter l'opacité de ce qui l'a ensuite permise : celle du l'algorithme du moteur, le coeur de sa technologie. Elle ne doit pas non plus faire oublier que Google est le premier bénéficiaire de cette stratégie (ce qui est certes la moindre des choses), mais que la logique de conservation et de profilage qui structure le centralisme de la collecte de l'ensemble de ces applications et de ces usages, cette logique reste, elle, propriétaire et propriété d'un complexe industriel basé en Californie, et baptisé le GooglePlex.

<Update du lendemain soir> Idée trouvée sur cet excellent blog, et selon laquelle : "Ce qui est en train de se produire c'est que Google devient rapidement l'entité globalement reconnue en charge de définir l'évolution du web : dit autrement, Google prend rapidement la place du W3C qui est, selon Wikipedia, “the main international standards organization for the World Wide Web (abbreviated WWW or W3).”  A méditer ...</Update>

(Sources : sous les liens :-)

Cognition sociale augmentée et blogging scientifique

"De quelle manière les groupes sociaux collectent-t-ils et construisent-ils du sens à partir de l'information ?  Comment pouvons-nous tenter de comprendre scientifiquement de tels processus et faire de cette compréhension un outil méthodologique permettant de batir l'ingénierie du web social ?"
Cette question est celle posée sur le blog "Augmented social cognition" (cognition sociale augmentée), un groupe de recherche appartenant au mythique PARC (Palo Alto Research Parc). Sur ce blog, vous trouverez des billets qui proposent de nouveaux outils, d'autres qui font état des connaissances ou des travaux de recherche en la matière.
Il est aujourd'hui tout à fait clair que ce chantier, celui d'une cognition sociale augmentée (ce que Pierre Lévy en son temps baptisait du terme évocateur d'Hypercortex), est celui qui permettra d'analyser de la manière la plus juste le "phénomène" des réseaux sociaux (genre Facebook) et des sites à vocation collaborative (genre Wikipedia), mais aussi plus globalement l'interconnexion complexe des discours qui se manifeste à l'échelle de la planète connectée et les formes d'organisation ou de désorganisation que celle-ci emprunte. Pour ces raisons, et pour la qualité des billets proposés, le blog "Augmented social cognition" est un incontournable (qui, spécial dédicace, devrait beaucoup plaire à Manuel et à son équipe).
Le dernier billet en date relate les résultats de travaux scientifiques d'une anthropologue qui s'est intéressée à la manière dont les scientifiques recherchaient l'information pour s'en faire ensuite les médiateurs. Ces travaux révèlent que :

  • les chercheurs se comportent comme des courtiers en information ("information brokers")
  • qu'ils contribuent à leur champ principal ("core field") mais maintiennent surtout des connections vers des champs périphériques
  • qu'ils se comportent également comme des courtiers d'information pour ces champs périphériques
  • que leur veille sur ces champs périphériques est le plus généralement menée en solitaire
  • qu'à l'inverse leur veille sur leur champ principal de recherche se fait de manière "sociale" (via des collègues, des colloques, des pré-publications).

Au-delà de l'intérêt de ces résultats pour le sujet du blog en question (cognition sociale augmentée), ceci me semble être assez caractéristique de l'activité de blogging scientifique/académique (en tout cas elle colle pile-poil à ma pratique).

Voyeurisme social : back to basics.

(allez un billet court, ça nous changera).
On savait que les moteurs de recherche se comportaient comme de curieux facteurs numériques, laissant des programmes informatiques déchiffrer nos couriers intimes pour mieux nos afficher de la publicité ciblée. Avec Facebook, tout est plus simple, tout est plus "social", tout est plus "décomplexé". Ce sont de vrai gens qui s'en chargent : les employés de Facebook regardent quels profils vous consultez, et quelles informations vous échangez. Mais grâce à Facebook vous pourrez aussi savoir si Steve Ballmer de chez Microsoft est plutôt slip ou caleçon. "Hapy face" comme disait Mya.
Si tout cela n'était pas prévisible, tout cela serait navrant ;-)

Réseaux sociaux, sphère privée et dérives documentaires : logiques oxymoriques ?

A lire la politique de confidentialité, ou plus exactement la charte d'utilisation de Facebook (merci à Jean-Marie Le Ray pour la traduction), on comprend aisément l'inquiétude qui agite certains milieux. Le notion même de "sphère privée" (privauté) est lentement mais surement en train de voler en éclat, avec l'assentiment des utilisateurs eux-mêmes, lesquels utilisateurs n'y voient que le gain (réel) de service qui leur est apporté dans une perspective à court terme, pour ne pas dire instantannée. Permettez que je cite ici un passage assez long de la traduction proposée par Jean-Marie :

  • "En transférant votre Contenu utilisateur où que ce soit sur le site, automatiquement vous accordez, déclarez et garantissez que vous avez le droit d'accorder à la Société une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit, en relation avec le site ou avec sa promotion, ainsi que de mettre au point des produits dérivés et d'incorporer tel Contenu dans d'autres produits, de même que vous accordez et autorisez l'exploitation de sous-licences sur lesdits produits. À tout moment, vous pouvez retirer votre Contenu utilisateur du site. Si vous choisissez de le faire, la licence accordée ci-dessus s'éteindra automatiquement, même si vous reconnaissez que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur."

C'est limpide, et cela a le mérite d'être écrit (même si l'on sait par ailleurs qu'aucun utilisateur ne lit les politiques de confidentialité d'un service avant d'y adhérer). Par ailleurs, et au-delà même de la simple confidentialité, notion qui peut apparaître incompatible avec des services construits sur le principe même d'une visibilité publique ou semi-publique (ou semi-privée, ce qui est la même chose), Facebook fait le pari d'une dérive des continents poussée à son paroxysme. Je m'explique. J'ai déjà eu l'occasion de décrire de quelle manière les sphères informationnelles publiques, privées et intimes étaient amenées à converger inexorablement, entrant toutes dans une même zone d'indexabilité industrielle (Alain Giffard parle justement d'une "industrialisation de l'intime", et j'insiste de mon côté sur le caractère indexable de l'ensemble de ces informations et de leurs recoupements, construisant ainsi ce que John Battelle appelle de son côté une "base de donnée des intentions"). La finalité de tout cela, c'est naturellement la monétisation indistincte de l'ensemble de ces sphères. Et dans le collimateur, nous retrouvons les maîtres de l'indexation "industrielle", j'ai nommé les moteurs de recherche. La réunification inexorable des différentes plaques de cette tectonique documentaire planétaire reste cependant un milieu semi-ouvert. Ouvert puisque les points d'alimentation sont nombreux, réticulaires et diversement organisés (ou désorganisés). Semi-ouvert, car la majorité des services permettant de mettre en ligne des contenus passent là encore inexorablement aux mains d'un très petit nombre de sociétés (Google possède Blogger, Picasa, Youtube ... Yahoo possède FlickR, Del.icio.us ... etc.)
Or Facebook propose via ses nombreuses applications, d'importer dans un espace clôt (celui de sa plateforme), des pans entiers de ces sphères publiques, privées et intimes. Côté sphère publique par exemple, il est possible d'afficher les résultats de GoogleNews "dans" Facebook ou d'y écouter sa musique préférée. Côté sphère intime, il est également possible d'y importer le contenu de "son" ou de "ses" blogs. Côté sphère privée enfin, il est possible d'y échanger divers documents de travail avec ses collègues, éventuellement en utilisant divers outils collaboratifs (wikis) là encore "in situ". Si l'on croise cela avec :

  • d'une part l'extraordinaire croissance du nombre d'utilisateurs du service
  • et d'autre part avec la charte d'utilisation reproduite ci-dessus

cela veut tout simplement dire que Facebook vient de réaliser avec notre consentement un véritable hold-up informationnel planétaire, en s'arrogeant de facto "une licence - irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable, libre de droits, mondiale (assortie du droit de sous-licencier) - d'utiliser, de copier, d'exécuter et d'afficher publiquement, de reformater, de traduire, d'extraire (en tout ou en partie) et de distribuer ce Contenu utilisateur à quelque fin que ce soit", et ce sur l'ensemble des contenus de nos sphères publiques, privées et intimes. Et que nous aurons beau retirer effectivement ces contenus du site, nous aurons tout de même reconnu "que la Société peut archiver et conserver des copies de votre Contenu utilisateur." Ita est. Si, à ce stade de ce billet, je souhaitais créer une polémique, j'affirmerais que la pratique de Facebook est de nature concentrationnaire. Gentille, anodine, sympathique, conviviale, "à la mode", mais concentrationnaire. Et en tout cas parfaitement antithétique aux grands principes fondateurs de l'hypertexte en général et d'Internet en particulier tels que rappelés par Pierre Lévy :

  1. "métamorphose (« le réseau hypertextuel est sans cesse en construction et en renégociation. »)
  2. hétérogénéité
  3. multiplicité, emboîtement des échelles (« l’hypertexte s’organise sur un mode « fractal », c’est-à-dire que n’importe quel nœud ou n’importe quel lien, à l’analyse, peut lui-même se révéler composé de tout un réseau (…) »)
  4. extériorité (« Le réseau ne possède pas d’unité organique, ni de moteur interne. Sa croissance, et sa diminution, sa composition et sa recomposition permanente dépendent d’un extérieur indéterminé. »)
  5. topologie (« Dans les hypertextes, tout fonctionne à la proximité, au voisinage. Le cours des phénomènes y est affaire de topologie, de chemins. (…) Le réseau n’est pas dans l’espace, il est l’espace. »)
  6. mobilité des centres (« Le réseau n’a pas de centre, ou plutôt, il possède en permanence plusieurs centres. »)

Métamorphose ?
La seule renégociation en cours dans Facebook est au mieux celle d'une anamorphose sociale. Anamorphose : "déformation réversible d'une image à l'aide d'un système optique - tel un miroir courbe - ou un procédé mathématique." Le miroir déformant c'est celui de l'abolition de nos filtres relationnels dans les relations sociales. Le procédé mathématique c'est la tentative de modélisation idéelle d'un hypothétique graphe social planétaire. Là où la publication numérique avait en son temps aboli nombre de filtres éditoriaux pour donner sa pleine mesure, avant de revenir vers des modèles plus hybrides, la sociabilité numérique conquiert à son tour son espace, et s'affranchit à son tour des filtres sociaux de la vie réelle.  Avant de mieux les y réintroduire sous une forme hybride ou décalée ?
Multiplicité ?
En lieu et place d'une organisation fractale, Facebook laisse voir un empilement de strates relationnelles, auxquelles sont parfois associées des objets, ou des messages. Mais rien qui ne permette d'éclairer les unes (strates relationnelles) à l'aide des autres (objets, messages, processus ...), rien qui ne permette (pour l'instant) d'analyser les premières à la lumière des secondes.
Extériorité ?
Il ne saurait en être question. Facebook est, il le dit et le revendique, un système clôt. Son mode opératoire c'est la fermeture. Il me semble que l'on ne construit pas de réseau avec Facebook mais que tout au contraire on déconstruit (parfois de manière ludique voire jubilatoire) le processus même de notre sociabilité habituelle. Tout le monde peut-être en relation avec tout le monde. Le graphe social est pour ainsi dire "à plat". Sans réel relief. Ce relief que seule peut conférer l'extériorité. La "recomposition permanente" du graphe social n'y dépend que d'un intérieur déterministe. Et l'ouverture "organique" en direction des indexeurs industriels (les moteurs de recherche donc) est là encore à sens unique. Ils viennent y puiser ce qui les intéresse. "L'aspiration" (des données) remplace le mouvement de l'extériorité.
Mobilité des centres ? Clairement non. Facebook est un graphe social. Orienté. Centré. Centré sur lui-même, avec comme principal moteur sa formidable force d'inertie.

Et alors ??!
Alors quand les moteurs de recherche collectent à pleine main et tirent à vue algorithmique sur l'ensemble des informations relevant de nos sphères publiques, privées et intimes, ils ne nous enferment pas pour autant. S'ils nous désignent la ou les portes vers laquelle ils aimeraient nous amener, le lien, le site, la page vers laquelle cliquer, c'est en dernier lieu à notre libre arbitre qu'appartient le clic final. Illusion de liberté diront certains. Mais liberté tout de même. Avec Facebook et la charte d'utilisation qu'il met en place, non content de confisquer des contenus, c'est une logique tout aussi implacable mais radicalement différente qui se met en place. La manière de gérer ce qui relève de notre vie privée et ce qui n'en relève pas ne sera plus jamais pareille. Il faut pour bien comprendre cela faire un détour par le billet éclairant de Nicolas Morin :

  • "Chris Hoofnagle montre clairement qu’il y a deux traditions en terme de confidentialité des données : une tradition européenne qui remonte aux années 1970 et se poursuit jusqu’à aujourd’hui, qui met l’accent sur le contrôle personnel de l’information et une tradition des pays d’Asie, plus récente, qui met l’accent sur les dommages: la divulgation d’information ne doit pas vous causer de tort."

Et de souligner que c'est très clairement la seconde (la plus porteuse de risques) qui est en train de se généraliser. AInsi donc on ne dit plus "Ceci est public, ceci est privé, et la frontière est là" mais on dit "Tout est public tant que nous jugeons que cela ne vous cause pas de tort". En fait, tant qu'il n'y a pas de "dommages", la question même de la privauté ne se pose pas, ou ne vaut en tout cas pas le coup d'être posée selon cette doxa d'un nouveau genre, et pour le moins "para-doxale". La logique qui conditionne ce changement d'orientation est la mise en oeuvre d'une gestion procédurale de la privauté, au détriment d'une gestion jusqu'ici déclarative. On ne "dit plus", on n'explicite plus (gestion déclarative), on indique que c'est la mécanique propre du système qui décidera, "à l'usage" (c'est à dire selon l'enchaînement, le flux des clics) si la dimension d'une nécessaire privauté doit ou non être prise en compte. Or les sites de réseaux sociaux (Facebook particulièrement) ou même de moteurs de recherche ou plus généralement de services en ligne ne sont pas les seuls à blâmer. En effet si l'on ne dit plus "Ceci est public, ceci est privé", c'est parce qu'on ne peut l-i-t-t-é-r-a-l-e-m-e-n-t plus le dire. La raison ? Le "principe de mobilité des centres" cité plus haut. Dans la vie courante, non-numérique, toutes nos actions, tous nos discours, tous nos échanges, toutes nos relations sociales sont "situées", c'est à dire qu'ils sont de manière immédiate ou différée tous recontextualisables, et que cette recontextualisation permet - par exemple - de déterminer la dimension (publique ou privée) qui, au final, l'emportera sur l'autre. Dans ce nouveau système procédural de gestion de nos individualités numériques, c'est comme si un deus "in" machina, une puissance calculatoire supérieure, devenait seule responsable de la contextualisation de nos actions, de nos échanges, leur imposant un déterminisme rétroactif passablement inquiétant. D'autant plus inquiétant à la lumière des conclusions du dernier et remarquable rapport de l'OCLC "Sharing, Privacy and Trust in our Networked World" (.pdf), qui est une enquête ciblée sur les pratiques en ligne du grand public dans six pays (France, Allemagne, Canada, Royaume-Uni, Japon, Etats-Unis) afin de mieux connaitre les valeurs et habitudes auxquels nos bibliothèques doivent répondre. S'il est impossible de résumer ce rapport <Update>un blog permettant de discuter et de prolonger le rapport vient d'être ouvert</Update>, il est un passage qui se rattache directement à l'objet de ce billet et qui m'a, je l'avoue, laissé sans voix : des 6 pays cocnernés par l'étude, la France est celui qui affiche le plus fort taux de confiance dans la manière dont est géré la vie privée sur Internet. Plus précisément, 78 % des français estiment que la vie privée est au moins autant préservée sur Internet qu'elle l'était il y a deux ans de cela, et même qu'elle l'est davantage (préservée). Ce moment d'aphonie passé, ce seul chiffre (ainsi que d'autres facteurs) permet d'éclairer l'engouement très français dont bénéficient les réseaux sociaux, et également le fait qu'à la différence de nos voisins anglo-saxons, un seul, même, et unique moteur de recherche est à l'origine de plus de 80% du traffic internet en France. Pour nos compatriotes donc, "Y'a pas de souci", "Y'a pas de problème", et "Tout va plutôt en s'améliorant, merci". Dont acte. Mais il va falloir sérieusement repenser les politiques de formation et d'accompagnement à ces outils si l'on ne veut pas se retrouver le nez dans le mur très rapidement (peut-être en rebrachant l'école ;-) ?)

Alors pour résumer ce billet un peu long, je dirai que ce que permet de mettre en exergue la gestion des identités numériques et des relations sociales afférentes, telle qu'elle se donne à lire dans Facebook, c'est la question de la problématique documentaire : car c'est bien de cela qu'il s'agit : savoir ce qui "fait" document, à partir de quand, dans quel contexte et sous quelles conditions. Cette problématique documentaire se décline donc aujourd'hui sous 3 axes :

  • le premier, syntagmatique, horizontal, est celui de l'interpénétration et de l'indexabilité nouvelle des sphères publiques, privées et intimes (dérive des continents documentaires donc)
  • le second, paradigmatique, vertical est celui de la mise en abyme que proposent, via un empilement de services et de fonctions - y compris sociales - les moteurs et autres réseaux dits "verticaux".
  • le troisième, transverse, est celui de la quête d'une synchronicité nouvelle : là où jusqu'à présent, la dynamique propre au rapprochement des continents documentaires tenait essentiellement au passage "en-ligne" de la plupart de nos habitus numériques "hors-ligne" (agendas, documents partagés, etc.), l'industrialisation de l'indexation ne sera complète et réalisée qu'à partir du moment ou il sera enfin possible d'établir un continuum stable entre nos documents et nos comportements en ligne et nos documents et comportements hors-ligne : c'est précisément ce que propose Google avec son service Google Gears, qui fonctionne déjà sur Gmail, GoogleReader et GoogleCalendar, et fonctionnera bientôt sur l'ensemble des services de la firme.

La problématique documentaire doit aujourd'hui être posée dans cet espace tridimensionnel. Une problématique synchrone, unifiée, transparente. Une problématique dans laquelle tout est indexable, même l'individu. Dans laquelle tout s'agrège, dans laquelle tout fait collection (y compris les individualités humaines). Une problématique pour laquelle il faudra voir si elle s'inscrit dans les chemins tout tracés de l'hypertexte, du réseau, du rhizome, ou si elle se tourne, sous l'impulsion pesante de quelques marchands que vient faciliter l'intertie de nos habitudes, vers des logiques différentes de celles auxquelles elle semblait initialement promise.
Une problématique enfin, qui appelle toute notre vigilance. La dichotomie "connecté" / "non-connecté" n'aura, dès demain, tout simplement plus lieu d'être. Tout est, tout sera en permanence indexé, mémorisé, stocké. Ce nouveau continent-continuum numérique sera d'abord le reflet de cette rémanence des flux qu'imprègent de manière de plus en plus indélébile nos sociabilités numériques, nos documentations électroniques, ou si l'on préfère, l'ensemble des documentations numériques attachées à nos sociabilités virtuelles.

Ce que l'on sait (de plus) sur Facebook et les réseaux sociaux.

Beaucoup de boulot, beaucoup de retard, beaucoup de mouvements également sur le Net, et une tectonique documentaire qui bouge beaucoup ces derniers temps ... rapidement donc, on sait :

  • que Microsoft vient de gagner un point : c'est officiel depuis hier, toute la blogosphère se perdait en spéculations pour savoir qui de Microsoft ou de Google serait le premier à entrer dans le capital de Facebook, et bien c'est Microsoft. Entrée au capital de la firme de Redmond, à hauteur de 240 millions de dollars, ce qui "valorise" Facebook à hauteur de 15 milliards de dollars (vous ferez vous-même le produit en croix pour savoir à quelle hauteur du capital est entré Microsoft). Cet accord marque également un prolongement et une étendue du contrat publicitaire qui lie les 2 firmes, Microsoft assurant la régie publicitaire de Facebook. (Plus d'infos chez Francis Pisani, Jean-Marie Le Ray, John Battelle). Une entrée doublement intéressante pour Microsoft, qui va très probablement équiper Facebook de son moteur LiveSearch. Le commentaire de Serguei Brin est le suivant : "Il nous est déjà arrivé de perdre une occasion ici, une autre là... Certains de nos concurrents sont disposés à investir massivement... tandis que nous souhaitons finaliser des accords économiques viables, donc nous ne voyons pas d'intérêt à participer à ce type de transactions." (trad. de JM Le Ray). Exactement le genre de phrase que Steve Ballmer aurait pu prononcer quelques semaines plus tôt ;-) Mais il (Serguei) rappelle également que Google est le partenaire d'au moins une vingtaine de réseaux sociaux (dont le plus "gros", MySpace). A bon entendeur ...
  • que Facebook est ludique : la liste des 25 applications les plus populaires sur Facebook, donne une intéressante approximation sociologique de l'intérêt de la chose : on est d'abord sur Facebook pour jouer (scrabble, pac-man ...), beaucoup pour échanger (de l'audio, de la vidéo ...) et un peu pour travailler (organiser des conférences téléphoniques, agendas ou wikis partagés)
  • qu'il faut s'interroger en creux : très judicieuse remarque de Paul Saffo de l’Institute For The Future : "la valeur d’un réseau social n’est pas seulement définie par ceux qui sont dedans mais par ceux qui en sont exclus”. Vous en tirerez vos propres conclusions ... (Via Transnets)
  • que la pub est "in situ" : concernant le modèle économique de Facebook : voir cette page repérée et explorée par Jean-Marie, qui permet de cibler de manière étonnante le public auquel vous destinez votre publicité Facebook (sur le modèle des Flyers, qui se décline en deux offres, "flyers pro" - vous payez selon le nombre de clics reçus - et "flyers basic" - vous payez selon le nombre d'apparitions de votre flyer). Des chiffres à regarder avec toute la distance nécessaire (vu qu'il émanent directement de la plateforme et qu'ils sont présentés dans le cadre de son principal support de monétisation), mais qui n'en restent pas moins éloquents, tant sur le nombre des utilisateurs que sur les potentialités offertes par la segmentation des profils sur Facebook (selon les opinions politiques, religieuses, etc ...). C'est un peu le modèle de l'in situ, contre celui de l'in media (publicités contextuelles sur Google)
  • que le jeu social a de l'avenir : une brève réflexion sur le "jeu social" qui s'affirme chaque jour davantage au travers de sites de réseaux sociaux : il était déjà clair que la représentation du monde que nous offrent les technologies actuelles tendait à en faire un immense plateau de jeu, la multiplication des applications ludiques (et non luddistes ;-) disponibles dans Facebook (risk, tetris, pacman et les autres ...) et leur succès (cf plus haut dans ce billet les 25 applications les plus populaires), confirme la tendance à faire de la vie un jeu.
  • que l'ouverture aux moteurs se confirme, ainsi que la règle de l'opt-out : après son annuaire de profils, Facebook vient cette fois d'ouvrir son annuaire d'applications (et les profils de leurs créateurs et de tous ceux qui les commentent)
  • que Facebook est également un outil politique : il s'agit pour l'instant principalement de marketing politique, mais à l'instar de ceux des moteurs, les impacts de ce genre de plateforme sur la vie politique pourraient s'étendre de manière significative.
  • que même Martine veut y aller :

Martinefacebook

Et puis aussi,

Moteurs mobiles

Il y a déjà longtemps que je le dis et le répète (et je suis loin d'être le seul), les moteurs s'intéressent de très très très près aux terminaux mobiles (=téléphones portables et assimilés), le lancement et l'engouement autour de l'IPhone n'étant probablement pas étranger au buzz actuel sur cette thématique.
L'accès au net via nos téléphones portables est LE prochain gros marché de la recherche ou de ce que John Battelle appelle "l'industrie du search". Cet article de Technaute (repris de Silicon.fr) fait le point sur la course actuellement engagée pour implanter sur nos mobiles des navigateurs adaptés aux micro-contenus et aux usages afférents : Safari sur l'Iphone (et Nokia) mais aussi Opera et bien sûr Mozilla (Firefox pour mobiles). Voilà donc pour les Outsiders. Car en ce domaine comme en d'autres, les poids lourds Microsoft et Google sont naturellement présents sur la ligne de départ, avec pour ce dernier, un nouveau client Gmail Mobile disponible, une interface de recherche déjà opérationnelle (avec copie d'écran), bref, largement de quoi alimenter la rumeur (qui court, qui court ...) sur un éventuel GPhone.

A suivre de très près donc, d'autant que des passerelles se font déjà jour entre les applications des mobiles et les réseaux sociaux, non pas uniquement en termes de contenus ou d'usages, mais en tant que "social dashboards" (tableaux de bords sociaux) permettant de modéliser très finement l'activité sociale et les interactions langagières ou communicationnelles qu'elle suscite (voir le dernier article de Barabasi à ce sujet). Ce qui permettrait de fusionner les champs applicatifs (déjà très rentables et prometteurs) du Data Mining et du Reality Mining, donnant naissance (qui sait ?) à une nouvelle discipline : le "social mining" ??

La grande migration ...

La grande migration a peut-être commencée. Cette grande migration c'est celle de notre environnement "en ligne" qui pourrait être en train de se déplacer des moteurs de recherche vers les sites de réseaux sociaux. <Private Joke> J'ai bien dit "peut-être"  hein Jean-Michel, en fait j'en sais rien, je me contente d'une observation complice ;-) </Private joke> 
Cette migration (quelques exemples plus bas) pose une question : celle de savoir si ces mêmes sites de réseaux sociaux peuvent un jour faire jouer le même effet vortex que les moteurs de recherche en leur temps.
Mais d'abord les exemples promis : le site Facebook, dont j'ai déjà décrit la  dimension immersive et addictive, et la sociabilité ambiante qu'il véhicule, permet et autorise de plus en plus d'applications embarquées et de haut niveau. Dernière en date, la possibilité d'y mettre en place directement un Wiki. On peut donc désormais y socialiser, y faire de la bureautique, y distribuer des contenus audios, vidéos, et y mettre en place différents outils collaboratifs, dont les wikis. Le tout avec UN intérêt et dans le cadre d'UNE logique, celle de pouvoir enfin disposer d'un lieu unique dans lequel on trouvera à la fois les applications ET les collègues de bureau. Ne manquerait plus que l'on puisse y installer une application Google (<== étonnant !!! Info ou Intox ? en tout cas affaire à creuser pour les meilleurs limiers du web ...)  et l'on se trouverait de facto pris au piège immersif d'un environnement social qui agit comme un attracteur naturel.
On pourrait alors se diriger vers un SOS (Social Operating System), sans même avoir pris le temps d'expérimenter le WebOS (Web Operating System). A moins ... à moins que la grande migration en question ne se place à un autre niveau encore plus immersif, encore plus virtualisant ... et dont je vous reparle dans un billet à suivre ... :-)

Détournement social

Rions un peu avec FaceHatebook :-)

(Via Embruns & Techcrunch)

Trombinoscope, sociabilité ambiante et habitus d'appartenance.

Voilà près d'un mois que je teste le livre des visages. Complice donc ;-) Et je maintiens mon impression initiale, celle de n'y avoir pas (encore ?) trouvé "mon" intérêt, "mon" usage. Mais j'y reste inscrit, à des fins d'observation participante. Deux aspects me frappent pourtant.
Primo, l'expérience immersive et addictive que propose Facebook (ledit service n'ayant effectivement d'intérêt que s'il reste ouvert en tâche de fond pour y autoriser de fréquents aller-retours) me semble relever d'une sociabilité ambiante (de la même manière que l'on parle "d'informatique ambiante"). Il abolit en effet une frontière, une distance dans l'établissement de contacts, et au-delà, dans une certaine forme de relations interpersonnelles. J'ai actuellement une quarantaine de "contacts" dans Facebook. Des amis, des collègues, des connaissances, des stars de la blogosphère. Et la fonctionnalité que j'utilise le plus souvent, c'est celle me permettant de leur poser une question directement, à ces quarante là, de manière instantannée, sans l'entrave du forum, de la liste de diffusion ou du mail.
Deuxio, je suis surpris par le haut niveau des fonctionnalités proposées par un grand nombre des micro-applications de Facebook. Qu'il s'agisse de faire circuler du texte, de l'image, de la vidéo, on se retrouve avec en main des interfaces que ne renieraient pas la plupart des applications bureautiques "en-ligne". D'où la question suivante, est-il idiot d'imaginer que la question du webOS, ce système d'exploitation "webifié" reposant sur la panoplie de services encadrant nos nouveaux comportements informationnels en ligne, que le webOS disais-je, ne trouve-là un terrain de déploiement tout à fait approprié et enrichi d'un niveau de sociabilité d'appartenance qui suffira à faire tomber les dernières réticences  à l'usage des mêmes applications en ligne ? Pour le dire autrement, ce qui manque à la bureautique en ligne, ce sont les collègues de bureau en ligne. Si l'on implante dans Facebook non seulement les outils de travail mais également les habitus sociaux qui les accompagnent, on aura très certainenment marqué un point. Au-delà de la simple monétisation et du nombre hallucinant et exponentiel d'utilisateurs de cette plateforme, c'est peut-être là une autre explication à l'intérêt de Google et Microsoft pour ce "trombinoscope".

Facebook : des sous et des graphes.

Je vous parlais récemment d'un colloque réunissant quelques ténors autour du phénomène FaceBook, et bien les premières présentations desdits ténors sont progressivement disponibles en ligne sur le service SlideShare. Beaucoup de bruit et de pauvrespoints mais dans le lot, quelques slides sinon intéressantes du moins assez claires, notamment du côté de Charlene Li (également repérée par Martin Lessard et Read/WriteWeb)
C'est très clairement la question de la valeur marchande de Facebook qui occupe le centre des débats, où comment monétiser FaceBook. Les "pour" (= y'a de l'argent à faire, des services et de la publicité à vendre) et les "contre" (= pas de modèle économique, pas d'argent) y trouveront quelques arguments de chapelle. Personnellement et en attendant mieux, j'en reste à mon effet vortex comme première clé de lecture "marchande".

Sur FaceBook toujours et sur l'aspect "graphe social" (qui est en fait fractal), lire également le billet de Jean-Marie Le Ray qui comme à son habitude part fouiner dans la bonne direction, à savoir la dichotomie entre une organisation fractale, une visualisation en graphe, et une tentative facebookienne (?) de finaliser un graphe complet et orienté. Car c'est, j'en suis convaincu, la théorie des graphes qui est la bonne clé d'analyse pour comprendre Facebook. Cette même théorie des graphes qui fonctionne également comme une clé analytique de première importance pour l'évolution du web, le principe d'organisation de l'hypertexte, et la mise en place de l'algorithme de Google (et celui de Kleinberg avant lui) : voir ma thèse à ce sujet (page 174 notamment). Réseaux et graphes. C'est la parfaite compréhension (appréhension ?) de la structure en graphe du web qui a permis à Brin et Page de décrocher le Jackpot. Ce qui est fascinant derrière Facebook (en tout cas ce qui me fascine moi, vous je ne sais pas hein, on se connaît si peu finalement ...), ce qui me fascine disais-je, c'est cette idée d'une possible modélisation du graphe social de la planète connectée, et l'inévitable réduction à une échelle fractale que nécessitera ladite modélisation. Pas le temps ce soir de développer davantage, mais je suis en train de relire la bible sur le sujet, et je vous en reparle bientôt :-)

PicNic 07

Non ce n'est pas une invitation à un déjeuner sur l'herbe mais à une conférence, PICNIC'O7, comme seuls les américains savent en faire, avec nombre de "speakers" qui sont pour la plupart des stars/gourous du web 2.0 (et au-delà), et en guise de pupitre, un coeur géant vert pomme en mousse surmonté d'un petit chien noir (en mousse également).
La conférence vient de se terminer et les archives vidéo sont toutes disponibles, avec quelques pépites comme :

Voilà, à la louche, vous en avez pour 17h30 de vidéos. Bonne nuit :-)

Ce que l'on sait de Facebook (et donc des réseaux sociaux)

Les analyses autour du phénomène Facebook se font chaque jour plus nombreuses. Petite revue des dernières en date ... A propos donc de Facebook, on sait :

  • <Update>qu'on ne sait pas si on ne peut pas </Update>parler d'un phénomène de longue traîne concernant les applications tierces dudit Facebook ("applications tierces" = tous les petits gadgets disponibles, le terme d'application étant souvent à mon sens, utilisé abusivement ...) : certains analystes pensent que oui, d'autres (derrière lesquels je me range, <Update> en plus maintenant c'est confirmé </Update>) pensent que non, vu que, comme le rappelle Didier Durand, "une telle distribution de la demande trop massivement concentrée est justement le signe d'un marché immature où règne la "tyrannie de l'effet réseau"". Bref, la courbe d'adoption des applications tierces ressemble à la longue traîne, mais ce n'est pas de la longue traîne. Facebook = CanadaDry (voir aussi, sur le modèle économique de Facebook, le billet et les commentaires de Jean-Michel Salaün)
  • que Facebook est bien une opération de numérisation, comme c'est à lire dans un article du LATimes sur la "Révolution Facebook". L'article revient sur les rumeurs de rachat et/ou d'entrée au capital en provenance du Google et/ou de Microsoft. Il rappelle également quelques chiffres :  MySpace (propriété de Ruppert Murdoch) : 100 millions d'utilisateurs, Facebook : 40 millions. Mais les deux sites sont radicalement différents : des adolescents sur MySpace, avec une croissance (en nombre d'utilisateurs) "stabilisée", contre une croissance soutenue pour Facebook, avec le groupe des "trentenaires" qui affiche la plus forte croissance. Et puis il y a cette phrase éclairante : "Humans get their information from two places -- from mainstream media or some other centralized organization such as a church, and from their network of family, friends, neighbors and colleagues. We've already digitized the first. Almost every news organization has a website now. What Zuckerberg is trying to do with Facebook is digitize the second." C'est donc bien de numérisation qu'il s'agit, et plus précisément, de numérisation de notre graphe social, de numérisation de la collection des individualités humaines (lire à ce sujet le commentaire de Martin Lessard sur ce billet). Comme le précise Zuckerberg lui-même : "We're not trying to help you make new friends online. We're just trying to help you digitally map out the relationships you already have."
  • que la presse (mainstream media) regarde le même Facebook comme sa prochaine frontière. Il s'agit pour cela de développer des applications tierces (l'article de l'OJR en détaille quelques-unes) permettant de diffuser les contenus des sites de presse et des principaux médias. Tout cela ressemble à un effet d'entonnoir, ou plus précisément à un effet vortex.

La presse, la numérisation, les crispations, les effets vortex ... vraiment, ça me rappelle quelqu'un ... pas vous ?

<Update du soir, espoir> Et puis je vous laisse méditer ce qui suit :

  • "Le social networking, c'est considérer que sur internet comme dans la vie, on ne peut rien faire tout seul: pour exister, il faut faire partie de quelque chose. On n'existe pas comme individu, mais comme potentiel de sociabilité, comme connexion. Jusqu'aux années 60-70, la tendance sociétale était à l'émancipation: l'individu ne se fantasmait que dans l'extraction de la masse. Depuis, dans ce qu'il est convenu d'appeler la postmodernité, l'individu retrouve le goût des relations primales et tente par tous les moyens de faire partie du collectif (Street Parade, repas entre voisins, régionalisme..). Il partage des moments éphémères et intimes avec sa communauté. Mais lorsque le réseau devient trop grand et trop homogène, la notion d'intimité partagée par une communauté d'élus disparaît et le réseau éclate en sous-réseaux. D'un autre côté, paradoxalement, le réseau doit se développer pour exister." Stéphane Hugon, sociologue et membre du Gretech (Groupe de Recherche sur les Technologies et le Quotidien), (info dénichée via Les z'Ed) </Update>

Autour du graphe social

Etape 1 : réunir des stars (R. Scoble, D. Sullivan, C. Li, M. Arrington, S. Goldstein ...)
Etape 2 : choisir un thème d'actualité : le graphe social.
Etape 3 : proposer à l'étape 1 de venir causer ensemble de l'étape 2.
Plus précisément il s'agira de réfléchir autour du modèle technologique et économique de Facebook.
Faute d'y être on attendra impatiemment les compte-rendus sur les différetns blogs des intervenants ou sur celui de la conférence.

FaceBook : de la "friend list" au "social media"

A regarder les cogitations des uns et des autres au sujet de Facebook, on se dit que rarement - à part Google - un site n'aura "fixé" tant de problématiques et d'enjeux.
Quelques billets à signaler donc, ou plus exactement un seul, celui de Martin Lessard qui liste un ensemble de ressources intéressantes sur la question. A la lecture des ressources présentées par Martin, il est clair que deux problématiques structurent l'approche des différents analystes des réseaux sociaux en général et de Facebook en particulier : la problématique "techniciste" du SOS (Social Operating System), et celle sociétale du "social graph".
Côté rumeurs, celle de l'entrée en scène de Google sur ce secteur se précise.
Et puis il y a cette étude sur Facebook du cabinet de conseil FaberNovel, qui m'a été signalée par l'un de ses auteurs, sur Facebook justement :-)
Très complète, elle permet de faire un tour d'horizon de la question et est en outre distribuée sous licence creative commons, ce qui est suffisamment rare  (de la part d'agences de conseil) pour être souligné. Au-delà des chiffres très précis qui donnent quelques clés quantitatives du phénomène, je retiens l'idée des 3 générations de réseaux sociaux :

  1. première génération : les "friend lists", des réseaux "à plat", bi-directionnels, sans relief.
  2. seconde génération : les réseaux sociaux proprement dit, en relief, plus "épais" (relations transversales entre "amis" et non simplement "linéaires")
  3. troisième génération (celle de Facebook) : les "médias sociaux" : de la mise en relation + de la mise en partage via différents médias.

De manière plus anecdotique, l'étude signale également que la plupart des "bloggueurs les plus influents" (le fameux Top 100) sont présents et actifs sur Facebook (je confirme, j'y suis, mais c'est juste pour savoir de quoi je cause quand j'en cause, et j'avoue ne pas encore y avoir trouvé "mon" intérêt).
Bref, une étude de qualité (.pdf), même s'il y manque quelques éléments méthodologiques, mais l'un des auteurs me l'ayant signalé m'a également indiqué qu'il était prêt à répondre aux interrogations méthodologiques (du genre : sur quel panel, combien de personnes interrogées, etc ...).
A suivre donc.

Ce que l'on sait des réseaux sociaux (2)

(Episode 1)
On sait :

  • ... que de la même manière que Google cristallise tout un panorama de problématiques concernant l'accès à l'information, FaceBook est désormais sans conteste l'application qui cristallisera pour les mois (années ?) à venir, la problématique de la collection des individualités humaines, et les problèmes (nombreux) qu'elle soulève.
  • ... que cette problématique ("collection des individualités humaines") a désormais un nom, que cette utopie est désormais "incarnée" : il s'agit de construire le graphe social ("social graph") planétaire (voir le texte à l'origine de la propagation "virale" de cette notion). Là où le web sémantique échoue encore à formaliser une ontologie dite de premier niveau (top-level ontology), les réseaux sociaux leaders, Facebook devant les autres, se lancent dans la course pour établir au plus vite le graphe le plus complet possible de l'ensemble des individualités les composant : une modélisation plus qu'un modèle, et au sens documentaire du terme, une "collection" plus qu'une "somme".
  • ... que l'article le plus complet sur les tenants et les aboutissants de cette notion de "social graph" est à lire sur TechCrunch : on y retrouve notamment la notion "d'économie de l'attention".
  • ... que Facebook compterait à ce jour 70 millions d'utilisateurs. Là encore l'analogie avec Google est troublante : même conditionnel, même opacité dans la "masse" : celle des pages indexées pour l'un, celle des individualités connectées pour l'autre.
  • ... ce que c'est que ce fameux "social graph" : “C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le  modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out).” (Trad. de Francis Pisani) Une fois de plus, une carte à l'échelle du territoire.
  • ... que les deux géants du Net ne comptent pas laisser passer le train sans le prendre en route, chacun à leur manière.
    • Microsoft, tirant les leçons du passé, sait qu'il est en la matière déjà inutile de songer à rattraper le retard pris sur ce terrain et préfèrerait investir 300 à 500 millions de dollars pour entrer dans le capital de Facebook à hauteur de 5%, ce qui, quelques multiplications plus loin, porte la valorisation du même Facebook à .... 10 milliards de dollars. (via Techcrunch et le WSJ)
    • Google de son côté, qui ne peut tout de même pas tout avaler à coup de millions de dollars, réfléchit au lancement de son propre réseau social, ou plus exactement au passage au premier plan du réseau propriétaire dont il dispose déjà (Orkut), avec la possibilité d'en faire une application "transparente", c'est à dire autorisant le "raccordement" d'autres réseaux sociaux, avec comme intérêt de permettre aux développeurs d'API d'accéder ainsi aux données personnelles de l'ensemble des réseaux raccordés, et pour Google l'assurance de mettre la main sur ces mêmes données, en restant fidèle à sa logique d'Opt-Out. Via Techcrunch encore). En la matière, la clé est celle de la "portabilité" comme en témoignent les débats du groupe de discussion créé pour l'occasion.
  • ... que d'où que l'on se place, les chiffres sont vertigineux : 70 millions (supposés) d'utilisateurs de Facebook (cf plus haut), et plus de 100 000 réseaux sociaux différents créés grâce à la plateforme Ning de Marc Andressen.
  • ... que progressivement, les sites de diffusion de l'IST proposent de diffuser des articles directement sur Facebook au même titre que sur d'autres réseaux labellisés "scientifiques" (Conotea, CiteULike ...) Ainsi Medline propose désormais la possibilité de signaler la publication d'un article dans FaceBook. Le débat (lancé ici et ) sur l'opportunité - et l'opportunisme - de certains circuits alternatifs de diffusion de l'IST n'en est qu'à ses débuts ...
  • ... que Skyrock serait le premier réseau social de France et le deuxième d'Europe. <Update> Lire à ce sujet l'interview de Pierre Bellanger, PDG de Skyrock) </Update>

Et sur le même sujet, on pourra lire aussi :

Next Big Thing : cataloguer l'individu.

Comme je l'ai déjà souvent indiqué - permettez que je m'auto-cite - : "la prochaine grande collection documentaire vécue comme utopie motrice, sera celle de la collection des individualités humaines." (j'ai d'ailleurs récemment commis à ce sujet une petite bafouille qui paraîtra dans le prochain numéro de la revue Arabesques, et que je vous mettrai en ligne dès qu'elle sera parue)
Le site Facebook vient d'annoncer l'ouverture de sa base de donnée aux moteurs de recherche (pour les utilisateurs qui ont autorité une vue "publique" de leur profil en s'inscrivant sur Facebook, c'est à dire probablement la majorité, la discrétion sur ce genre de site n'ayant que peu d'intérêt et conséquemment peu d'adeptes). Pour l'instant, seuls les utilisateurs majeurs (ou s'étant déclarés comme tels ......) seront "indexables".
Facebook n'est pas le premier réseau social à s'ouvrir ainsi (quoi qu'en y réfléchissant bien ... si vous en connaissez d'autres les commentaires sont ouverts), mais il est quantitativement l'un des plus importants à le faire, et son poids symbolique dans l'écosystème actuel du web donne à cette ouverture une teneur particulière.
Même si cette ouverture peut à première vue sembler n'avoir que peu d'intérêt (on tapera le nom d'une personne et on affichera donc sa photo plus quelques infos - date de naissance, adresse, etc - parmi les résultats), je peux attester (étant inscrit depuis peu sur Facebook) que l'étendue des informations privées et intimes qui circulent sur ce réseau est énorme. L'avenir dépendra donc de la profondeur d'indexation qui sera permise aux moteurs de recherche (ou que les moteurs de recherche s'autoriseront).
Mais indépendamment de ce qui sera au final renvoyé parmi les résultats desdits moteurs, ils auront accès à un ensemble beaucoup plus vaste d'informations, marquant une nouvelle fois une perte pour les utilisateurs de ces services, celle de la maîtrise de l'adressage du flux d'informations les concernant.

(Via : John Battelle et Danny Sullivan. Voir aussi :  TechCrunch US)