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Le manuel de l'Open Access

Le secteur de l'édition des "manuels" (scolaires/universitaires) utilisés dans l'enseignement supérieur et secondaire est intéressant pour au moins deux raisons : d'abord c'est un marché très important et relativement "constant" et à ce titre, c'est un secteur qui se trouve souvent aux avant-postes des stratégies éditoriales liées au numérique. L'autre raison tient au contenu même de ces ouvrages et à l'usage courant qui en est fait : des contenus et des usages qui se prêtent particulièrement aux logiques de lecture / consommation numérique et qui en font là encore un poste d'observation privilégié. Ainsi :

  • alors que Framablog nous présente Sésamath, un manuel scolaire rédigé de manière collaborative et distribué (pour la version numérique) sous licence libre (utilisable, copiable, modifiable, distribuable),
  • LaFeuille annonce le lancement de StudentBay, un équivalent de ThePirateBay mais entièrement dédié à l'échange peer-to-peer des manuels scolaires et universitaires.

Et pour rebondir sur le débat du billet de LaFeuille, on se prend à rêver que des initiatives comme Sésamath fassent école, et que - pour l'université - les enseignants, les bibliothèques et les presses universitaires s'en inspirent pour faire bouger les stratégies éditoriales de ce marché.

Peut-on partager ou donner de l'information sans être une pourriture communiste ?

(Nota-Bene pour mon électorat lectorat de gauche : le titre de ce billet fait juste référence à deux monuments dans leur genre : le film culte des Nuls et un article du dernier numéro de la revue First Monday)

Plus sérieusement donc, l'article "Info-communism? Ownership and freedom in the digital economy" (dernier numéro de la revue First Monday) est à lire d'urgence. Traduction approximative de son pitch :

  • "L'article met en garde contre le risque de recréer l'ancien fossé idéologique entre communisme et capitalisme en stigmatisant les "informational commons" comme autant de communistes de l'information. (...) Cet article défend l'idée selon laquelle l'argument déontologique (éthique ?) lié aux vertus du partage est une impasse qui mène droit à un communisme informationnel. La meilleure manière de défendre l'accès ouvert et la liberté de l'information est de reconnaître leur ancrage dans un libéralisme qui optimise la liberté individuelle en tant qu'objectif, et repose pour cela sur de fécondes complémentarités entre le régime de la propriété et celui des "commons"."

Première remarque liminaire : ce n'est pas la première fois que les américains nous font réapparaître le spectre terrifiant du communisme dans le débat sur la notion de bien commun informationnel, mais cette fois, reconnaissons que l'argumentation de l'article est solide ;-)
L'article commence par rappeler le nom des dangereux léninistes à la tête de cette idéologie du partage et de l'ouverture : Yochaï Benkler ou Lawrence Lessig. Après avoir ensuite qualifié de "farce" l'application du vocable "communiste" au mouvement des "commons", l'auteur indique "qu'il y a deux types de justification pour défendre le mouvement des commons : la première est pragmatique, individualiste et libérale. La seconde est moraliste et collectiviste." En voilà au moins un qui n'avance pas masqué ...
Pour le reste, vous pouvez sauter le point 1 de l'article ("Red–baiting the common–ists: Frame or be framed") qui est consacré à une rapide explication de la différence entre communisme, marxisme et léninisme et stigmatise (un peu facilement) les détournements - iconographiques - de références - symboliques - auxquels se sont livrés les pionniers du mouvement open-source.
Venons-en donc au second point de l'article ("Ideological tensions in the movement") qui est plus intéressant, notamment lorsqu'il resitue les bases du mouvement initié par Richard Stallman dans la mouvance anarcho-communiste du M.I.T. (ben si, c'était tous des anarcho-communistes au MIT, vous ne le saviez pas ?)
Passons au point 3, dans lequel l'auteur pose LA question qui (le) fâche : "Le partage d'information est-il une obligation morale ?" (Is sharing information morally obligatory?). Et la position de l'auteur est là encore claire : "On ne peut pas justifier son opposition à une information "propriétaire" seulement sur la base d'un impératif éthique de partage, à moins d'étendre cet impératif éthique à toutes les ressources informationnelles et de rejoindre alors le vrai communisme" (ce qui vous l'aurez compris, est mal ...). Que dire d'autre ... si ce n'est que ce genre d'argumentaire aurait parfaitement sa place dans un discours d'Henri Guaino :-( Et cerise sur la gâteau, l'auteur nous offre un second "argument" du calibre de tous ceux qu'il a "dénoncés" jusqu'à ce point de son article : il indique que cette expansion de la vermine communiste du partage éthique "poserait de graves problèmes à l'ensemble des professions du secteur de l'information." Oui mais ... Ni Stallman (gourou marxiste), ni Benkler (crypto-léniniste), ni Lessig (anarcho-communiste) n'ont jamais prétendu, évoqué ou écrit cela ...
Venons-en donc (enfin ...) au dernier point de l'article ("Property and commons: Finding complementarities"). Etant entendu que "les commons c'est mal mais c'est fun et tout le monde aime bien", et que "le libéralisme c'est bien mais que les communistes n'en sont pas fan", l'auteur nous propose donc de réconcilier les contraires. Blague à part, ce dernier paragraphe de l'article vaut lecture (et cette fois je ne plaisante pas). Il pose les bonnes questions (ce qui m'apparaissait plutôt improbable à la lecture des parties précédentes), et rien que pour ce dernier paragraphe, cet article est effectivement intéressant. Il est intéressant parce qu'il replace le débat sur la notion de bien commun (informationnel) dans une perspective politique et sociale et plaide pour une hybridation :

  • "Commons and property are not mutually exclusive, totalizing principles for economic organization, but merely distinct methods of organizing access to resources. Historically, there has been a dynamic interaction between commons and private property. (...) Research on local music scenes in Brazil, for example, have explored how the absence of copyright on music leads to a robust private market for live performances and self–produced CDs (...). There is a growing body of research on the diffusion of hybrid business models that mix the offering of open source software with the provision of proprietary software or software–related services (...)."

Toute la question reste de savoir si ce sont des logiques de marges ou de transfert de marché qui doivent conditionner le niveau de libre dissémination des connaissances (point de vue libéral), ou si la libre dissémination des connaissances génèrera son propre écosystème économique avec une répartition sinon plus égale, du moins plus proportionnée, des revenus générés (point de vue crypto-communiste). Sur ces deux positionnements, les clivages économico-politiques ont de beaux jours devant eux. Mais se saisir de ce débat est une réelle urgence, notamment pour la communauté scientifique dans son ensemble.

(Temps kolkhozien de rédaction de ce billet : 2h00)

Persee 2.

Après Gallica 2, voici venu Persée 2, nouvelle version du portail de revues en sciences humaines dévoilée lors du salon du livre. Comme tout ce qui se termine par 2, dans Persée 2 il y a 2 fois plus de jolies couleurs, 2 fois plus de fonctionnalités "sociales", et surtout 2 fois plus de fonds documentaires annoncés mais ... mais ... mais après mes premiers tests, le nouveau fonds "travaux de recherche" reste désespérément vide ... dommage ...

(Via Homo Numericus)

Disséminer ou périr.

En novembre 2007 s'est tenu à l'université de Berkeley un séminaire intitulé "L'université comme éditeur". Les actes ne sont malheureusement pas (encore) disponibles mais un document de compte-rendu (.pdf) rappelle quelques conclusions importantes de ce séminaire :

  • "il faut distinguer la dissémination informelle de la publication formalisée."
  • "il faut s'inscrire au plus près des disciplines pour proposer des modèles de publication et de dissémination différents."
  • "il faut accorder une reconnaissance aux diverses formes de dissémination qui émergent dans l'université et proposer un large spectre de formes alternatives de publication, de modèle d'affaire, et de revue par les pairs."

Sur ce dernier point (à mon avis essentiel), Ghislaine Chartron dans son article "Une économie renouvelée de la publication scientifique"** indiquait déjà que "Les évolutions de la publication scientifique concernent également un ensemble de pratiques innovantes portées directement par les usagers, par exemple les nouvelles revues, les archives, les bloc-notes de chercheurs. Cette innovation ascendante ne peut plus être ignorée dans les transformations en cours".
Outre les bloc-notes (blogs) de chercheurs et d'enseignants et les archives institutionnelles, le séminaire de Berkeley ajoute la diffusion de cours et de conférences sous forme de podcast parmi les actions essentielles de dissémination.
Le paysage (complexe) qui se dessine est donc le suivant : à l'adage toujours applicable aux chercheurs du "Publish or Perish", correspond désormais pour leurs structures de rattachement un adage semblable : "Disséminer ou périr". Un tableau qui ne fonctionne pas en opposition mais en hybridation : si de nombreuses universités (via leurs "presses" notamment) prenaient déjà en charge nombre d'actions de publication, de plus en plus de chercheurs sont aujourd'hui les éléments moteurs d'opérations de dissémination.  Dans un cas (dissémination) comme dans l'autre (publication), le succès de l'un (université ou chercheur) dépend : de la bonne volonté, des compétences affirmées ou construites et de la détermination "politique" de l'autre (chercheur ou université). Or c'est précisément cette logique d'hybridation réciproque qui est complexe à mettre en place. Un juste dosage entre une politique de formation volontariste et des mesures incitatives (obligation de dépôt) devraient permettre d'y arriver.

Ce séminaire s'inscrit dans un projet d'envergure du Center for Studies in Higher Education et de la fondation Andrew Mellon, projet qui vise à proposer (notamment) une typologie des modes actuels de publication et d'évaluation. Divers autres documents complémentaires sur ce projet sont disponibles (.pdf) : "planning proposal",  "final report" et nouveau "project proposal"


**
Ghislaine Chartron, "Une économie renouvelée de la publication scientifique" in Perspective documentaire en éducation 62:21-29, (2006-09-01), en ligne.

(Source : Prosper // Temps de rédaction de ce billet : 40 minutes)

La gratuité selon Anderson : de l'économie du don au commerce de la reconnaissance.

Le dernière "Une" du magazine Wired ne va pas du tout plaire à Denis Olivennes (pour qui "la gratuité, c'est le vol"). Chris Anderson (rédac'chef dudit magazine et auteur de la fameuse analyse de la longue traîne) n'y va pas par 4 chemins en titrant : "La gratuité est l'avenir de l'économie." ("Why 0,00$ Is the future of business").
L'argument préalable est le suivant : "Il est désormais clair que tout ce que le numérique touche tend vers la gratuité". Chris Anderson s'interroge sur l'actuelle gratuité des contenus et services les plus plébescités (moteurs de recherche, wikipedia, etc ...). Il y rappelle que nous évoluons dans une économie du don ("gift economy"). Et il pointe un certain nombre scénarios possibles :

  • "Scenario 1: Low-cost digital distribution will make the summer blockbuster free. Theaters will make their money from concessions — and by selling the premium moviegoing experience at a high price." Un scenario que rend possible l'effondrement des coûts d'équipement et d'infrastructure (bande passante, serveurs ...)
  • "Scenario 2: Ads on the subway? That's so 20th century. By sponsoring the whole line and making trips free, the local merchants association brings grateful commuters to neighborhood shops." A mon avis la métaphore le plus parlante : "Des pubs dans le métro ? C'était le 20ème siècle. En sponsorisant toute la ligne et en rendant les transports gratuits, les marchands locaux ramènent des passagers reconnaissants dans leurs commerces de proximité". Dit autrement, "l'économie du don" appelle le "commerce de la reconnaissance".

La suite de l'article propose une intéressante typologie des modalités de la gratuité :

  • "freemium" : concerne les contenus et certains services. Cela consiste à offrir le service (ou le contenu) "de base" et à vendre (si possible assez cher) le service ou les contenus "complets" (la version "premium"). Ce modèle est très courant, notamment dans le champ de l'édition scientifique avec son système de barrière flottante (gratuité des contenus passée une certaine date d'ancienneté), très répandu également dans le domaine de l'offre de services logiciels.
  • "Publicité" : inutile d'y revenir. LE modèle du gratuit-financé-par-la-publicité. Une sorte de seconde nature sur le web. Mais on peut également penser aux journaux gratuits. Comme le rappelle Anderson, "Toutes ces approches reposent sur le principe que la gratuité construit des audiences avec des centres d'intérets divers et de besoins exprimés que les publicitaires paieront pour les atteindre."
  • "Subventions croisées" : on vous offre un produit (ex : un lecteur DVD) qui vous engagera à en acheter d'autres (des DVD)
  • "Coût marginal zéro" : c'est l'exemple de la musique en ligne : entre sa reproduction numérique et sa distribution sur les réseaux peer to peer, le coût marginal est vraiment très proche du zéro absolu.
  • "Labor exchange" : quand vous votez pour des articles sur Digg ou sur Yahoo!Answers ou sur tout autre site du même type, vous créez de la valeur pour ces sites ou pour des sites tiers.
  • "Économie du don" : mouvement open-source.

Chris Anderson revient ensuite sur cette "économie de l'abondance" qui sert de point d'orgue à l'économie de "l'attention" et à celle de la "réputation". Et de présenter Google comme la parangon (et la banque centrale) de cette économie :

  • "Grâce à Google, nous disposons maintenant d'un moyen pratique pour convertir la la réputation (PageRank) en attention (traffic) et en argent (publicités)."Thanks to Google, we now have a handy way to convert from reputation (PageRank) to attention (traffic) to money (ads). Tout ce que vous pouvez convertir de manière consistante en monnaie, est également une forme de monnaie, et Google joue le rôle d'une banque centrale pour ces nouvelles économies."

Une vidéo postée sur YouTube du même Chris Anderson accompagne l'article.

L'ouvrage de Chris Anderson défendant cette thèse et intitulé "FREE", paraîtra (gratuitement ?) en 2009.

<Update> A compléter par le lecture de ce billet sur les modèles d'affaire du web 2.0 publié sur Internet Actu </Update>

(Source : Nonfiction.fr // Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Open Access (liens en vrac ...)

Plein de choses à blogguer en attente depuis longtemps ... attendez-vous donc à quelques billets sous forme de "revue de liens". Commençons par l'Open Access :

  • un ouvrage vient de paraître : Developping Open Access Journals : A Practical Guide. L'ouvrage n'est pas en Open Access mais la table des matières est disponible (.pdf) ainsi qu'une page de liens basiques mais incontournables sur le sujet
  • pendant ce temps, à l'université d'Harvard, on se prépare à voter une mesure permettant à l'université de "distribute their scholarship online, instead of signing exclusive agreements with scholarly journals that often have tiny readerships and high subscription costs." Le résultat du vote ne sera connu que demain (update sur ce billet à prévoir donc) mais le simple fait qu'une institution universitaire se prépare à franchir ce cap est très significatif du bouleversement irrémédiable qui est en train de toucher le secteur de l'édition scientifique (via le NYTimes - traduction disponible chez Hervé Bienvault - et le Chronicle). Les textes ainsi mis à disposition le seraient sur l'archive institutionnelle de l'établissement. De leur côté, les auteurs des articles garderont la totalité de leurs droits et auront naturellement la possibilité de soumettre leur article aux revues de leurs choix, y compris des revues payantes. Ce qui me semble particulièrement intéressant dans cette nouvelle, au-delà même de la portée symbolique d'un tel engagement en provenance d'une université aussi prestigieuse qu'Harvard, c'est - comme le souligne l'article du NYTimes - la mise en place d'une procédure systématique d'opt-out institutionnelle, pilotée par la bibliothèque universitaire. Soit deux règles d'or : l'opt-out tout d'abord, seule procédure apte à donner au mouvement Open Access la capacité d'atteindre un seuil critique qui obligera les éditeurs (payants) à revoir radicalement leurs politiques tarifaires, le pilotage de la BU ensuite, car d'eux-mêmes les chercheurs - pour des raisons sur lesquelles il serait trop long de s'attarder - ne prendront jamais en charge à eux seuls cette possibilité pourtant réelle d'émancipation.
  • pour rester sur le créneau des nouveaux modèles éditoriaux, notamment induits par le mouvement de l'Open Access, cet article de George Siemens, "Scholarship in an age of participation", décrit et modélise en détail ce que devrait être la publication académique "ouverte et participative" autour de 6 principes fondamentaux : "1. Two-fold model: peer-reviewed and informal commons / 2.Open reviews / 3.Meta-Reviews / 4.Discussion / 5.Annotation / 6.Journal as community". Il propose également une très intéressante modélisation du circuit de publication à l'aune de ces principes.
  • Journal (cliquez pour agrandir)
  • Pendant ce temps, d'autres jeunes mais talentueux (et "reconnus") universitaires, à  l'image de leurs glorieux aînés, appelent clairement à boycotter les "lock-down academic journals", c'est à dire les journaux n'autorisant pas (ou alors après un délai excessivement long) la mise en libre accès des articles qu'ils publient. L'universitaire en question est Danah Boyd (grande prêtresse des réseaux sociaux), et le glorieux aîné est Lawrence Lessig (professeur de Droit à Stanford, et à l'origine - avec d'autres - des licences Creative Commons) qui avait lancé un appel similaire en Mars ... 2005.
  • Pendant ce temps ... l'association européenne des universités (représentant, tout de même, 791 universités dans 46 pays) vient d'entériner une recommandation pour une obligation d'auto-archivage : en clair il faut imposer aux chercheurs de déposer leurs articles, TOUS leurs articles, dans l'archive institutionnelle de l'université (et donc il faut aussi imposer à toutes les unviersités de disposer d'une archive institutionnelle ...). Le seul "embargo" possible portant sur la date à laquelle l'article sera effectivement consultable gratuitement sur ladite archive, mais sans accepter d'embargo (des éditeurs) sur la date du dépôt. Cette approche a un avantage principal : elle permet d'indexer et de rendre disponible rapidement au moins les métadonnées de l'article. Le texte intégral de la recommandation est à lire chez Stevan Harnad himself. Cette recommandation insiste en particulier sur l'intérêt de cette approche pour le leadership des universités, un argument réel, admis par tout le monde y compris par certains détracteurs de l'Open Access, mais un argument qui laisse étrangement insensible les (quelques) décideurs et autres présidents d'université (ou vice-présidents) que j'ai eu l'occasion de rencontrer. C'est dommage, pour ne pas dire consternant, que l'institution universitaire (particulièrement en France) mette tant de temps à comprendre que la logique qui prévaut aujourd'hui dans l'ensemble des réseaux (y compris de recherche) est conditionnée, AVANT TOUT, à des logiques d'accès et de visibilité, et que l'Open Access est une formidable occasion de maîtriser et de garder le contrôle sur ce processus de mise en visibilité des résultats de la recherche. (Via OpenAccessInist)
  • Sur le même sujet, le projet Driver vient de mettre en ligne 3 ouvrages portant, pour le premier, sur un inventaire des archives en Europe, pour le deuxième sur les problématiques liées à la création, au développement et à la viabilité des réservoirs numériques, et pour le troisième sur les normes, standards et protocoles existants dans le domaine (Via Inist).
  • Pendant ce temps ... les Presses Universitaires de Cambridge publient un ouvrage intitulé Against Intellectual Monopoly. Les auteurs (deux économistes) démontrent qu'à l'inverse de l'idée habituellement admise selon laquelle le "copyright" serait nécessaire pour préserver l'innovation, il s'agit en fait davantage d'un monopole intellectuel gouvernemental qui "constitue un frein à l'innovation, à la croissance, à la prospérité et à la liberté." Bref des trucs que même Joe le Taxi Jacques Attali n'aurait pas osé écrire :-) L'ouvrage est disponible intégralement et dès maintenant en libre accès. La version papier sortira en Juillet 2008. (Via DigitalKoans)
  • Sur le même sujet mais adoptant un point de vue (beaucoup) plus large et englobant, le dernier ouvrage de Lawrence Lessig (dont on parlait plus haut) s'intitule "The Future of Ideas" est disponible en ligne, sous licence creative commons, à l'image de ses deux ouvrages précédents dont l'incontournable FreeCulture (via Pintini).

Bon ben voilà. Si après tout cela vous n'êtes pas convaincus de l'intérêt de l'Open Access, j'entre officiellement en dépression. Plus sérieusement, ce mouvement de grande amplitude (qui semble donc récemment boosté par quelques-unes des belles initiatives listées dans ce billet) va permettre, sous peu de disposer d'un fantastique réservoir planétaire interopérable de ressources documentaires scientifiques. Même les plus puissants moissonneurs ne suffiront probablement pas pour en extraire la substantifique moelle (en un temps plus court que celui de la vie d'un chercheur lambda s'entend). Attendons-nous donc de ce côté-là à voir un très probable regain d'intérêt et de développements applicatifs du côté des moteurs de recherche et des outils et interfaces de visualisation, comme en témoigne le projet annoncé d'Intute d'un moteur permettant dans un premier temps de fouiller toutes les archives institutionnelles du Royaume-Uni, et dans un second temps d'y appliquer des logiques de dédoublonnage (en deça desquelles se profilent par ailleurs des problèmes de "versioning" qui vont devenir extrêmement complexes et stimulants) et d'agrégation sémantique (clusterisation notamment).
Voilà voilà ... à la louche vous en avez pour un petit millier de pages de lecture. Bonnes vacances ;-)

Scientométrie

La question de la mesure (qualitative et quantitative) de la science est d'abord celle de la validité et de la fiabilité des instruments de mesure le permettant. Au premier rang desquels les différents indices de citation. En ce domaine, les choses bougent notablement ces derniers temps :

  • Thomson lance un forum de discussion pour débattre du facteur d'impact. Etant donné les enjeux économiques colossaux liés au marché de la citation scientifique et étant donné la position de leader de Thomson sur ce marché, on ne s'étonnera guère de pouvoir y lire des avis disons ... partisans. Mais l'initiative reste louable et atteste que, lentement mais sûrement, les esprits évoluent et l'aspect monolithique de l'actuel facteur d'impact se fissure progressivement. (Communiqué de presse de Thomson)
  • autre avancée significative vers une "science 2.0", le logiciel E-Prints se dote d'un module additionnel permettant aux usagers de commenter les articles scientifiques déposés sur les plateformes tournant sous E-Prints
  • Eugène Garfield, le père de l'analyse bibliométrique, a lancé en Octobre dernier sa société et son logiciel baptisé "HistCite", "a bibliometric analysis and visualization software". Une version de démo de 30 jours est disponible gratuitement. Si quelqu'un à le temps d'aller tester et de nous faire un rapide retour ... Si l'on croise ce nouveau logiciel avec les initiatives fleurissant du côté de chez Scopus (Scopus Citation Tracker), sans oublier naturellement les principes d'analyse bibliométriques offerts au grand public par Google Scholar, on constate que là encore, les anciens monopoles sont en pleine reconfiguration, que de nouveaux monopoles émergent, et que les pratiques bibliométriques en général sont en voie de démocratisation, ce qui n'est par ailleurs pas nécessairement (uniquement) un bien quand on observe actuellement comment certaines lois tentent de transformer ces indicateurs en autant d'outils managériaux en voulant à toute force, hors contextes disciplinaires, et de manière univoque, transformer en critères de performance des indicateurs qui n'ont de valeur ... qu'indicative.
  • sur son blog, Enro rappelle à raison l'opacité qui prévaut dans de trop nombreuses bases de données servant à l'établissement des différents facteurs d'impact. Et en ce domaine (opacité des données collectées), Google Scholar n'a malheureusement pas grand chose à envier à Thomson scientific. Mais Google Scholar ne structure pas (encore) un marché (de le citation), ni une économie (de la publication). Thomson scientific ... si.
  • sur ce même sujet (opacité de Thomson scientific), un récent article de Nature a vu monter au créneau 3 responsables de grandes revues scientifiques. Je n'ai pas lu l'article, mais d'autres l'ont chroniqué.
  • Et puis dans la famille déjà évoquée plus haut de la-scientométrie-à-portée-de-tous, le "portail" Scimago (repéré grâce à Christophe Deschamps) propose, en s'appuyant sur les données issues de Scopus différentes visualisations et comparaisons entre différents indicateurs selon différents pays, différents journaux, etc ... Si l'outil nécessite quelques minutes de prise en main pour bien "mesurer" toutes ses potentialités, les possibilités qu'il offre sont à proprement parler r-e-m-a-r-q-u-a-b-l-e-s !! (d'autant que vous pourrez récupérer nombre de ces données directement dans un fichier excel)
  • Dans tout ce petit monde de la scientométrie, le bouleversement majeur (déjà en cours) viendra nécessairement de l'explosion des titres de journaux en Open Access : parmi d'autres indicateurs de poids, le portail DOAJ (Directory of Open Access Journals) vient d'ailleurs de franchir le cap des 3000 revues open access indexées et accessibles (rappel : les revues Open Access sont des revues avec un comité scientifique et des articles validés par des pairs et tout et tout et tout)
  • Et puis dans le vaste domaine des publications scientifiques, il est une "brique" qui tend à occuper une place de plus en plus importante : c'est celle des archives institutionnelles (institutional repositories), qui permettent à une institution de collecter et de rassembler les différentes publications de l'ensemble de ses personnels ("publication" étant ici entendu au sens large : il peut bien sur s'agir de publications dans des revues scientifiques mais également de rapports de laboratoires, d'ouvrages, de thèses, etc, etc...) A ce sujet, Charles W. Bailey vient de diffuser un document court (10 pages) intitulé : "Institutional Repositories. Tout de suite" (.pdf) Ce document est structuré comme une FAQ (foire aux questions) : qu'est-ce qu'une archive institutionnelle ? A quoi cela sert-il ? Qui en possède ? Comment en déployer une ? etc ... etc ... mais chaque réponse est complétée par des références vers un ou deux articles scientifiques ... sur la question. Bref à diffuser massivement (et à traduire ...) pour que ce document se trouve rapidement entre les mains d'un maximum de nos présidents d'université et de nos décideurs ministériels.

Fini les vacances, c'est la rentrée ...

Côté moteurs/wikipédia/knol :

  • On a donc pas mal parlé avant et pendant les vacances du projet de Google concernant son "encyclopédie" Knol : dans Ecrans, Florence Devouard s'inquiète à raison en rappelant que 50 % du traffic vient directement de Google. Google Blogoscoped y revient également en soulignant l'argument selon lequel Google ne pouvait plus accepter de voir partir tout ce traffic "non-monétisé" vers un site (wikipedia) indiquant qu'il refuserait toujours la publicité.
  • Voir aussi la rapide analyse comparative de ReadWriteWeb entre Knol, Wikia, Wikipedia et Mahalo autour des trois mamelles de l'argent, de l'attention (comme vecteur de monétisation) et de l'altruisme (comme contribution à la somme des connaissances disponibles).

Côté réseaux sociaux, moteurs de recherche et scientométrie :

  • Medline nous avait déjà habitués à son goût des interfaces innovantes. En voici une nouvelle baptisée GoPubMed qui permet, sur la base d'une recherche de faire émerger des "réseaux sociaux" à partir des noms d'auteurs d'articles et de leurs adresses de courier électronique (Via Cismef). En fait, plutôt qu'un réseau social (ce qui est l'argumentaire marketing du lancement de ce nouveau service), c'est bien de scientométrie qu'il s'agit, c'est à dire de la capacité, via un moteur sémantique, de repérer des collaboratoires, des "collèges invisibles", et de cerner en un instant sur un thème donné, l'état des publications en la matière et les chercheurs les plus en vue. Exemple : en entrant le terme "stuttering" (bégaiement) et en cliquant (à gauche dans la rubrique "What") sur "Hot topics", vous visualisez :
    • un "top 20" des auteurs ayant le plus publié sur le sujet
    • un "top 20" des publications classées par pays
    • un "top 20" des journaux dans lesquels on trouve le plus de publications en rapport avec le bégaiement
    • une courbe temporelle vous permettant de visualiser la progression (ou le recul) du nombre de publications par an sur ce sujet
    • une visualisation sous forme de graphe des réseaux de collaboration entre auteurs (répondant à la question "qui publie avec qui ?")
  • c'est à tomber par terre. Et on se prend à rêver d'un tel outil dans le cadre d'un moteur généraliste majeur à vocation scientifique (maiiiis non, pas forcément celui-là, il y a aussi celui-là). Pour mieux comprendre la puissance d'un tel outil : allez le tester, et lisez le communiqué de presse (.pdf).

Côté moteurs tout court :

  • le 7 janvier 2007, il y a donc de cela exactement un an, Jimmy Wales annonçait le lancement de Wikia, le moteur de recherche dont les résultats seraient validés par des humains. Et bien exactement un an plus tard, on nous annonce le lancement de Wikia (en version béta) pour demain, le 7 Janvier 2008 donc. A ce sujet, voir la revue de presse de Christophe Asselin. Le site de la "communauté" wikia est ici, et comme on peut le lire dans le wiki du projet, Wikia compte s'appuyer sur tout l'éventail des technologies de recherche à valeur ajoutée, à savoir la sémantique (= catégorisation), le "réseau social", l'indice de "réputation", et une infrastructure "distribuée". Lancement demain donc, et affaire à suivre de près pour ce nouveau "moteur de recherche open-source collaboratif".

Côté Bibliothèque "2.0" (ou pas ...)

  • Une conférence qui s'est tenue début Novembre à Berkeley sur le sujet des bibliothèques "2.0" avec les supports de présentation accessibles en ligne (supports présentés parfois sous forme classique - un bon vieux powerpoint - parfois sous forme "2.0" - un wiki). Pas de grande nouveauté mais cela vaut le coup de visionner la conférence inaugurale de Meridith Frakas qui embrasse bien la situation (.ppt)
  • l'un des derniers rapports du Pew Internet nous apprend (via 01.net) qu'outre-atlantique, la première raison de fréquentation des bibliothèques est ... le fait d'y trouver une connexion Internet. De quoi largement réalimenter de vieux démons débats, tant sur le taux d'équipement desdites bibliothèques dans notre bel hexagone, que sur la place des technologies d'accès dans ces enceintes et le taux de formation et d'encadrement qui est dévolu à leurs personnels.

Côté Folksonomies & Indexation sociale

Côté néologismes :

  • Saluons l'arrivée de la Zemblanité, exact opposé de la sérendipité et qui désigne "la faculté de faire de façon systématique des découvertes malheureuses, malchanceuses, attendues et n'apportant rien de nouveau." La génèse du concept et sa présentation détaillée sont disponibles sur Urfist-Infos.
  • Saluons (Via Francis Pisani) l'arrivée  de la "mobiquité" : mobilité + ubiquité. Un néologisme qui traduit bien la place de plus en plus importante qu'occupe dans notre société et dans nos comportements informationnels, l'informatique nomade et/ou ambiante.
  • Reste à savoir si ces deux néologismes entreront au panthéon linguistique aux côtés de la blingocratie.

Côté copyright, Fair-Use et autres creative commons

  • Un rapport intitulé : "Recut, Reframe, Recycle: Quoting Copyrighted Material in User-Generated Video" (.pdf). La question posée est de savoir si dans le cadre des sites de médias participatifs donnant lieu à divers remixages (exemple : YouTube), les détournements, parodies, et autres mashups de diverses oeuvres de fiction relèvent - ou non - du cadre du Fair Use (= usage équitable) et échappent donc à la législation du copyright. La réponse du rapport est claire : Oui. Il y a dans ces "oeuvres" de nouveaux éléments (détournement, transformation, remixage) qui les inscrivent dans le cadre de la constitution d'une culture populaire. "Video remix culture does not violate copyright." Les auteurs du rapport rappellent également qu'il est important de sensibiliser aussi bien les "auteurs" que les "remixeurs-amateurs" à la notion de propriété intellectuelle et d'usage équitable, pour que les premiers soient conscients de la richesse que ces remixages peuvent (parfois) apporter à leurs oeuvres, et pour que les seconds travaillent et s'amusent dans le respect de l'oeuvre des premiers. A noter : le site de présentation de l'étude est très bien fait, puisqu'en sus du téléchargement de l'étude proprement dite, il propose également une courte vidéo en rappelant les principales problématiques et conclusions, et propose également de télécharger un fichier excel du corpus de vidéos utilisées. Il propose enfin, pour chaque type de remixage (détournement, critique, débat, illustration, etc ...) les 5 vidéos les plus parlantes. Certaines d'entre elles sont réellement ... parlantes.
  • Et puis vraissemblablement à ne pas rater (je ne l'ai encore pas visionné en entier, mais il est plein d'interviews avec Yochai Benkler et ne peut donc pas être mauvais :-) un documentaire sobrement intitulé "Steal this Film" qui décrypte les enjeux liés à la notion de propriété intellectuelle et plus largement de "diffusion" dans le contexte actuel. Pour les plus pressés, plein d'extraits sur Google Vidéo, pour les autres téléchargement dans plein de formats possibles directement sur le site du documentaire. Il y en a même qui se sont déjà attelés au sous-titrage en français.

Côté traces documentaires identitaires (ou identité numérique si vous préférez) :

  • nos comportements informationnels laissent de plus en plus de place à l'égotisme forcené. Au service de cet égotisme on compte d'ailleurs de plus en plus d'outils tendant à l'illustrer (les divers outils de classement façon "top 50 de quelque chose"), à le renforcer (économie de la réputation), à en faire naître le besoin (via des interfaces navigo-ludiques dont vous êtes le centre et la circonférence), ou à en faire l'alpha et l'oméga d'un modèle économico-sociétal (facebook). C'est l'éternelle histoire de la poule et de l'oeuf.
  • Got dans ses petites cases, nous gratifie d'un éclairant billet sur FOAF (Friend Of A Friend) dont on aimerait effectivement penser que le modèle réellement ouvert qu'il incarne soit l'avenir des protocoles tournant derrière la plupart des réseaux sociaux. Mais je ne peux hélas pas m'empêcher de penser qu'il y a encore bien du chemin à parcourir ... l'heure étant plutôt pour les grosses cylindrées à la centralisation des profils propriétaires ... ce qui doit nous inciter encore davantage a faire plus de place aux initiatives alternatives et technologiquement éprouvées (dont FOAF).

Côté ressources pédagogiques :

Côté voeux, bonnes résolutions et oracles divers :

  • il y a ceux qui ne croient plus aux blogs sous leur forme actuelle (Jean-Michel Salaun et Jean Véronis) ... mais qui continuent heureusement de blogguer :-) De mon coté je reste sur le créneau de l'enthousiasme (peut-être un peu candide), même si - à l'instar des deux précédemment cités - je constate ici et là une raréfaction des pépites blogguesques, nombre de trouvailles ayant visiblement du mal à tenir sur la longueur, ce qu'on aurait du mal à leur reprocher tant il est vrai qu'en dehors d'un projet affirmé de publication (journal, auto-fiction, carnet de recherche, formation à distance), l'exercice du blog est une gymnastique chronophage, et que "le temps de blogguer" n'est pas nécessairement la chose la mieux partagée du monde. Il n'en demeure pas moins qu'en repensant à ce qu'était la pêche informationnelle d'avant et d'après le temps du blog, ce "format éditorial" a tout de même été l'occasion d'entendre de bien belles voix, et de découvrir de fort pertinentes analyses. L'avenir dira ce la forme blog deviendra, mais les potentialités, l'univers de discours offert par une petite quantité de ces "nanopublications" reste pour l'instant et de mon point de vue, essentiel.
  • il y a ceux qui comme Fred Cavazza, se livrent à leur petit exercice de prospective du nouvel an, et ceux qui comme Francis Pisani, font une revue de presse des principaux exercices du genre.

Et mes prédictions à moi ?

  • A l'instar de ce que décrit Christian Fauré à propos du service Twine, je crois que l'ensemble des acteurs majeurs de la recherche d'information (Google, Yahoo! Microsoft) et quelques-uns de leurs challengers (Exalead, Facebook) vont prendre de plus en plus nettement le grand virage de l'hybridation. Une hybridation entre :
    • des espaces et des services collaboratifs,
    • des technologies sémantiques ou sémantisées de représentation et d'agrégation des connaissances,
    • et des algorithmies de recherche "pures" (ou recherche universelle).
  • Je crois que la diversité des contenus va (enfin) atteindre un équilibre longtemps espéré entre le "texte seul" et la vidéo et l'image.
  • Je crois enfin que l'une des grandes questions en terme de recherche (notamment pour les sciences de l'information et de la communication) sera la mise au jour des nouvelles autorités cognitives qui s'articulent aujourd'hui de manière encore un peu floue derrière la monétisation (ou la non-monétsation) des services à base de connaissance (Knol, Wikipedia).
  • De mon côté je retiens comme éléments et tendances majeures de l'année écoulée : les deux nouvelles étapes de la dérives des continents documentaires que sont :
    • d'une part, la synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line),
    • et d'autre part, la sphère croissante d'indexabilité (notion de "graphe social" pour faire simple) de l'humain au travers de ses innombrables traces documentaires éparses sur le(s) réseau(x).
  • Ce qui me semble frappant au-delà de tout c'est l'avénement imminent et probable d'une nouvelle génération d'algorithmes ayant capacité à représenter sur un même plan des documents toujours plus fragmentaires, des traces identitaires toujours plus documentées, et à transformer toutes ces traces d'attention en vecteurs d'intentions, pour le plus grand bonheur des grandes industries culturelles et des quelques acteurs qui dominent actuellement le marché (et ce au-delà du discours geignard et misérabiliste que s'obstinent à tenir les mêmes industries culturelles). En un mot comme en cent : la redocumentarisation du monde. Il est certain qu'il va falloir être très très très attentif aux Network sciences, car elles seront le creuset plus que probable de cette nouvelle génération d'algorithmes et de modes de représentation, et qu'à mon sens, elles seules ont aujourd'hui la capacité à réunir en un même cadre d'analyse les fronts de recherche les plus innovants, les techniques d'indexation et de représentation du vivant au sens large.
  • Voilà pour le côté vivifiant et optimiste de la chose. Côté pessimiste (mon éternel côté cassandre :-); je crains que nous ne soyons confrontés à une échéance majeure, celle de la médecine personnalisée et/ou médecine "2.0" et/ou médecine désintermédiée. La montée en puissance et la position désormais établie de ces nouveaux prescripteurs planétaires que sont les moteurs de recherche d'une part, la mise à la portée du grand public des technologies de génomique (notamment à des fins d'auto-diagnostic) d'autre part, les rapprochements entre les premiers (moteurs de recherche) et les secondes (sociétés de génomique), et enfin l'engouement de plus en plus explicite chez tous les grands acteurs de l'industrie médicale (et notamment pharmaceutique) pour des modèles de diffusion et d'accès reposant sur du gratuit financé par la publicité va nécessiter, pour le moins, de grands chantiers didactiques si l'on veut éviter d'aller à coup sûr ... droit dans le mur. Va falloir se trouver dare dare un José Bové de la santé comme bien commun de l'humanité. Sinon ...

Bonne année à vous tous :-)

Happy birthday Creative

Cc_party

(Via Lawrence Lessig)

Sociabilité académique et universitaire.

A visionner sur Slideshare, un diaporama qui a comme titre : "The promise of Authority in Social Scholarship". Le mouvement des réseaux sociaux est en train d'impacter lentement mais surement le monde académique (rappelons que Facebook était, au départ, un réseau social destiné aux seul étudiants de l'université d'Harvard). Les raisons sont multiples :

  • d'abord la préparation des esprits qu'a favorisé l'essor d'applications dites "2.0" depuis maintenant déjà quelques temps,
  • ensuite la culture initialement anglo-saxonne de mettre en place systématiquement des annuaires d'anciens étudiants,
  • enfin la richesse des outils et/ou applications collaboratives proposées par ces plateformes sociales (wikis, agendas partagés, conduite de réunion à distance, etc ...).

A tout cela il faut ajouter la relative "légèreté" et la simplicité de la prise en main de ces plate-formes au regard d'autres outils plus institutionnels et plus "lourds" (Moodle par exemple). Donc il y a de plus en plus d'étudiants et de plus en plus d'enseignants-chercheurs sur Facebook. Et la question qui s'était déjà posée au moment de l'émergence des blogs et leur appropriation par les enseignants-chercheurs comme autant d'outils de publication hybrides, va nécessairement se reposer dans le cadre d'une sociabilité académique. Et c'est précisément la question de l'autorité dans le cadre de cette sociabilité académique qu'interroge le diaporama en question. Sur la 4ème diapositive on peut lire cette définition de la sociabilité académique : elle désigne "l'utilisation de réseaux sociaux à des fins de publication ou d'interaction avec d'autres membres de la communauté universitaire." L'auteur du diaporama insiste également sur la notion de "soft peer-review" qui comporte deux dimensions :

  • implicite : avec les actions de type :  "tagging, bookmarking, downloading, viewing"
  • explicite : avec les actions de type : "annotating, commenting, voting, ranking"

La sociabilité académique (= universitaire) est donc composé d'un enchevêtrement de 3 choses : "des textes, des conversations et des métadonnées." Ce qui n'est pas une nouveauté. Dans le fonctionnement académique classique, on publie des textes, lesquels sont discutés (conversations) lors de colloques ou de conférences, pour être enfin publiés et indexés via des métadonnées. Ce qui, pour moi, change radicalement la donne c'est :

  • la polarisation de ces activités : des usagers - non-experts ou n'agissant en tout cas pas "es qualité" ou faisant tomber d'antiques barrières disciplinaires - participent aux textes (voir Commentpress ou les initiatives de type Roger T. Pédauque),  aux conversations, ainsi qu'aux métadonnées (folksonomies et indexation sociale)
  • l'échelle participative et collaborative : le nombre des interventions sur les textes, le nombre de participants aux conversations, et le nombre de métadonnées explose llittéralement.
  • la temporalité des interactions : le régime est celui du temps réel (ou quasiment). Ce qui n'empêche pas la mise en oeuvre de phases de stabilisation.

Il devient donc urgent de réfléchir à de nouvelles métriques autoritatives, qui constitueront l'une des composantes nécessaires du nouvel ordre documentaire en train de se mettre en place à l'échelle du réseau. A ce titre, je croie que ces nouvelles métriques pourraient, en partie, s'inspirer de la dynamique des différents appareillages cognitifs en train de se mettre en place autour de l'encyclopédie Wikipedia.

Calendrier Open Access

Superbe travail d'Alma Swan qui nous livre sous licence Creative Commons ce calendrier de l'Open Access (.pdf), avec pour chaque mois le rappel d'événements importants pour ce mouvement, et en guise d'images, un travail typograhique autour de "maximes" là encore en rapport direct avec la philosophie du même mouvement.
Et tant que vous y serez, jetez aussi un oeil sur ses présentations du mouvement de l'OA et sur le positionnement des éditeurs, ainsi qu'à l'ensemble de ses articles et rapports.
(Via Opening Scientific Communication)

Revue par les beaux-pères

Repérée par Peter Suber, une étude qui revient en détail sur la pratique du "Ghost Writing" dans le domaine des revues médicales. Cette pratique désigne les articles écrits par les compagnies pharmaceutiques et publiées sous le nom d'universitaires n'étant que peu (ou pas) intervenus dans le processus de recherche. Les chiffres de l'étude sont plus qu'alarmants : plus de 40% des articles concernant directement la médication ou la thérapeutique médicamenteuse relèveraient du ghost writing.
Peter Suber rappelle utilement que c'est un argument de moins à mettre du côté de ceux qui (cf l'initiative PRISM) indiquent que l'Open Access remet en question la qualité du processus de revue par les pairs.

Open (source) Business

A l'appui de l'un des derniers billets de Jean-Michel Salaün sur l'industrie du "fair-use", on consultera utilement ce document sur les modèles économiques des logiciels open sources et logiciels libres.

Revue par les impairs : ou comment faute de mieux on garde les peers.

(oui je sais, faut que j'arrête avec ce genre de titre, ça nuit à mon référencement ;-)

Beaucoup de boulot, pas mal de cours, et (beaucoup) de billets en attente ... donc un peu de ménage s'impose en commençant par le revue par les pairs :

  • Tim O'Reilly relate l'opinion de Ian Mulvany (qui travaille pour la revue Nature et est également à l'origine de Connotea) lequel se livre à un intéressant parallèle entre le processus de revue par les pairs et celui de dépôt de brevets. Il développe (entre autres) l'idée que la revue par les pairs ne peut à terme que s'effondrer sous son propre poids, en prenant notamment comme argument le fait que de plus en plus de chercheurs en provenance de la chine et de l'inde, ces deux formidables viviers de compétences, vont littéralement prendre d'assaut les revues académiques. Il note également que l'on peut déjà observer les premiers signes de cet effondrement, notamment via la multiplication des indices de citation. Il note aussi que le critère du nombre et de la qualité des publications n'est plus suffisant dans le cadre de la gestion et de l'avancement des carrières. L'observation la plus intéressante de mon point de vue, est que dans certaines disciplines scientifiques (de plus en plus nombreuses), le dépôt de brevet tend à se substituer à la publication dans des revues à relecteurs, pour la simple raison qu'il est impossible de publier sur un brevet en cours de dépôt (procédure qui peut être relativement longue), et que dans l'industrie, on préfère souvent garder la poule aux oeufs d'or (le brevet) plutôt que de la voir se répandre dans l'espace public d'une revue, fût-elle de très haut rang. Et de conclure : "How can both systems utilize collective intelligence to alleviate the numerical and informational pressure that surrounds the act of review ? "
  • Un point de vue à croiser avec le dernier billet de Jean-Michel Salaün, relatant un rapport (.pdf) qui fera date et grand bruit puisqu'il montre que l'industrie du "fair use" (usage équitable), grâce aux exceptions permises au regard de la propriété intellectuelle, représente 1/6 du PIB américain. Je reprends un passage d'un extrait du rapport traduit par Jean-Michel : "L'économie américaine est de plus en plus basée sur les connaissances qui viennent de la diversité dynamique des industries qui dépendent des exceptions à la propriété intellectuelle. Grâce à la croissance de l'internet et de la révolution des technologies de l'information qui lui sont associées, l'économie des États-Unis a bénéficié de la création et de l'explosion d'industries nouvelles et d'une relance de la productivité qui a favorisé de meilleurs niveaux de vie. (..)".

Pour ceux qui chercheraient encore le lien entre ce rapport et le point de vue rapporté par Tim O'Reilly, il consiste à réflécir sur la manière permettant d'alléger la très lourde pression informationnelle et numérique (au sens de "nombre") pesant sur les revues scientifiques. La mise à disposition des textes-revus-par-les-pairs, si elle se faisait plus tôt ou dans des conditions différentes de celles actuelles, permettrait peut-être à son tour de doper cette économie de l'usage équitable, sans pour autant abandonner un usage - peut-être plus ouvert - du droit d'auteur. Le fait d'ouvrir en amont (peer-commentary) et en aval (post-peer commentary) le processus de revue par les pairs, permettrait également d'accéler la diffusion - contrôlée - des savoirs scientifiques et technologiques en levant pour les mêmes raisons, une partie de la charge qui incombe actuellement aux revues.

  • A lire également dans le dernier Edito du Journal de l'INSERM, les propos de son Directeur Général, Christian Bréchot, je cite (et souligne en gras quelques passages) : "(...) la bibliométrie, bien qu’incontournable, ne peut être le seul critère d’évaluation de la recherche biomédicale : celle-ci doit pouvoir s’adapter aux spécificités de la recherche translationelle et clinique, à condition de mettre en avant l’innovation réelle des recherches effectuées. Une activité, également innovante, d’enseignement, de valorisation – notamment avec des brevets de valeur réelle (ie associés à des contrats et licenses), l’implication du chercheur dans l’expertise, le lien avec les associations, fondations et ligue de patients et, d’une manière générale, la diffusion des connaissances à la société sont aussi des éléments à prendre en compte. Les débats sur la bibliométrie nous font courir le risque d’occulter ces aspects essentiels."

Là encore, ce même souci de "porter" les problématiques scientifiques (et médicales) sur la place publique. Trouver de nouveaux espaces, de nouveaux modèles, ouvrir ceux existants, démultiplier les canaux et les supports de diffusion. Sans pour autant complètement lâcher les rennes ou nier les indéniables assurances que procurent les systèmes actuels (d'évaluation par exemple), mais en démultipliant les expertises et les lieux de leur exercice.

Et voilà. Y'a pas mieux donc on garde le peer :-( Et de produire par la suite une quinzaine de recommandations dont les 3/4 auraient pu être formulées par un élève de maternelle, et l'ont d'ailleurs déjà été (formulées) sur ce blog et ailleurs. La British Academy recommande donc :

  • dans la catégorie j'enfonce une porte ouverte : de "former les relecteurs" et de sensibiliser les post-doctorants au fonctionnement de l'évaluation par les pairs. Certes ... certes ...
  • dans la catégorie des coûts du Peer-review, là c'est Oui-Oui au Pays des jouets : le peer-review fait partie intégrante de la vie académique, le peer-review aura toujours un coût, donc ... "il faut  développer une compréhension plus profonde des coûts de la revue par les pairs (sic)"
  • mais le meilleur est encore à venir, et ce sera dans la catégorie reine, "le peer-review et les différentes métriques", catégorie dans laquelle l'académie indique : "The experience of the European Reference Index for the Humanities (ERIH) shows how difficult the task is, and we conclude that the ERIH does not at present represent a reliable way in which summary measures of peer reviewed publications can be constructed." Traduisez : y'a des gens qui essaient de mettre en place des métriques adaptées aux sciences humaines et sociales. Ca n'avance pas très vite et c'est super difficile à faire (Pour mémoire, Garfield n'a pas, à ma connaissance, inventé la scientométrie en 9 secondes et 6 dixièmes), donc on peut pas s'y fier, et donc y'a qu'à garder ce qui marche mal sans s'obliger à chercher un truc qui pourrait fonctionner mieux.

Les conclusions de ce rapport sont proprement stupéfiantes. A lire "l'executive summary" et la liste des "recommandations"qu'il contient, on est en plein dans la quatrième dimension, au mieux celle de la résistance institutionnelle au changement, au pire celle de la mauvaise foi :-((

Open Access grand public

Bernard Rentier, recteur de l'université de Liège, dispose déjà d'un assez large passif dans le domaine de l'évangélisation à l'Open Access. Il n'hésite pas non plus à énoncer un certain nombre de vérités concernant les politiques tarifaires abracadabrantesques des éditeurs (Elsevier notamment). Enfin, il ne se contente pas de communiquer pour faire parler de son université, il agit également en conséquence, par exemple en mettant en place un archivage institutionnel o-b-l-i-g-a-t-o-i-r-e. Il nous annonce aujourd'hui la naissance du site Réflexions, à mi-chemin entre le magazine institutionnel et, concept qui me plaît assez, l'Open Access grand public.

  • "nous avons voulu qu’un site aussi important pour nous que celui-là repose à la fois sur l’expertise des chercheurs et sur celle de professionnels du journalisme de vulgarisation. J’encourage d’autres chercheurs et d’autres journalistes à se lancer dans l’aventure. Quoi de plus enthousiasmant pour un chercheur ou une équipe de recherche que de voir ses recherches exposées de la sorte et comprises par tous, au moins dans ses principes et dans la mesure où elle contribue utilement au progrès des connaissances, non seulement des spécialistes, mais de tout le monde ?"

Voilà qui définit assez bien en somme la ligne éditoriale d'Affordance, à ceci près que je ne suis naturellement pas journaliste, et que conséquemment, la vulgarisation peut parfois s'en ressentir :-)
Plus sérieusement, si l'on parvenait à coupler ce genre d'initiative et sa claire valeur ajoutée journalistique avec d'autres initiatives comme celle de Renée D. Blogs, en permettant par exemple de croiser sous un même espace thématique des contenus produits par des journalistes mais également des blogs de chercheurs :

  • on aurait là un redoutable outil de communication et de valorisation de la recherche,
  • on réglerait le problème de l'affichage institutionnel des blogs desdits chercheurs,
  • on permettrait de développer ce concept d'Open Access Grand Public, comme une sorte de vulgarisation assistée par la publication (scientifique)

Pour le public, le cheminement type serait le suivant :

  • => il découvre l'article d'un journaliste rendant compte d'une recherche qui l'intéresse
  • => il accède au(x) blog(s) du(des chercheur(s) à l'origine de cette recherche
  • => il peut accéder s'il le souhaite à la partie thématique de l'archive institutionnelle regroupant les communications des chercheurs dans ce secteur.

Plus naturellement, tous les autres parcours possibles selon les variations du point d'entrée (lequel peut aussi être un billet publié par un chercheur et non nécessairement l'article d'un journaliste).
Aaaah si un seul de nos présidents d'universités françaises pouvait s'inspirer de l'exemplarité liégoise ...
Je vais peut-être réféchir à une demande de mutation sur Liège moi ... :-)

Le PRISM de la mauvaise foi : la guerre de l'édition scientifique expliquée à mes enfants.

Rappel des épisodes précédents :

Episode 1 : "Je vais bien tout va bien."
Le Pitch : les chercheurs écrivent des articles, les éditeurs les publient. Et revendent aux chercheurs, notamment par le biais des bibliothèques universitaires, les articles qu'ils ont écrits, mais en réalisant une marge substantielle. C'est l'âge d'or (des éditeurs).

Episode 2 : "La rebellion."
Le Pitch : les chercheurs, un peu énervés par l'augmentation des marges des éditeurs, décident d'entériner certaines pratiques consistant à s'échanger des articles, entre chercheurs, juste pour voir. Et tant qu'à y être, se disent que puisque c'est eux - les chercheurs - qui écrivent les articles, eux encore qui choisissent quels articles sont ou non recevables, eux enfin qui les lisent - les articles -  et bien ils n'ont qu'à continuer de faire ça entre eux, que ça ne devrait pas marcher beaucoup plus mal, et que ça coûtera moins cher à tout le monde. Le mouvement de l'Open Access et des archives ouvertes est né.

Episode 3 :  "Touche pas au Grisbi."
Le Pitch : les éditeurs observent les chercheurs faire mumuse dans leur coin, avec leurs petits articles et leurs petites revues. Mais petit à petit, les revues des chercheurs, les articles des chercheurs passent de moins en moins par les éditeurs, qui ne peuvent pas les revendre très cher aux chercheurs, via les bibliothèques notamment. Et là, les éditeurs font une erreur. Au lieu d'aller voir les chercheurs, de leur demander gentiment ce qui se passe, de leur expliquer que le métier d'éditeur c'est aussi un métier qui apporte quelque chose dans la production et la diffusion des connaissances scientifiques, au lieu d'essayer de voir avec les chercheurs comment s'arranger, au lieu d'écouter la demande du public (essentiellement d'autres chercheurs), les éditeurs se moquent, et pour combler leur manque à gagner, ils augmentent encore le prix des revues qu'il leur reste à vendre aux chercheurs.

Episode 4 :  "Le Pitbull."
Après avoir ignoré le mouvement de l'open access, après l'avoir assez largement sous-estimé et parfois aussi méprisé, et ne pouvant décemment pas augmenter encore le coût de la revente des articles des chercheurs, les éditeurs boudent et ne savent plus trop quoi faire. C'est alors qu'ils décident d'aller voir quelqu'un dont le métier consiste à trouver des arguments pour expliquer que fumer des cigarettes permet de réduire le trou de la couche d'ozonne, aide les fleurs à pousser dans les jardins, et permet d'éviter la réintroduction des ours dans les pyrénées (si c'est un fabriquant de cigarette qui le paye pour dire ça).

Episode 5 : "La zizanie."
Le ptich : sur les bons conseils - chèrement payés donc - de ce Tullius Detritus, les éditeurs décident donc de raconter partout que les chercheurs sont des méchants, qu'ils copient sur leurs autres copains chercheurs, que ce sont des trouillards qui veulent même pas donner leurs articles à lire à d'autres chercheurs pour que eux, les éditeurs, puisse en publier certains. Les éditeurs racontent à qui veut l'entendre que c'est le méchant gouvernement public qui fait faire des dictées aux chercheurs, pour leur indiquer quoi mettre dans leurs articles.

(A SUIVRE ...)

Cette histoire, c'est celle de l'initiative Prism, véritable opération de com(mando) qui consiste à mettre en pratique les conseils d'un sulfureux cabinet de Relations Publiques. Cette histoire c'est surtout l'histoire de la mauvaise foi. Une mauvaise foi d'autant plus absurde que - mis à part le cas de ceux qui ne se préoccupent en aucune manière de l'économie du document numérique, et qui représentent la majorité des enseignants-chercheurs - d'autant plus absurde que les chercheurs - ceux qui restent - sont des gens relativement "déniaisés" sur la question, conscients du rôle important que joue l'édition dans la collecte, le filtrage et la dissémination des connaissances, des gens qui s'efforcent de ne pas caricaturer le débat en acceptant de débattre de modèles hybrides, comme celui d'une barrière flottante permettant de fixer après un délai de temps variable, le passage en libre accès de tout ou partie d'une revue ou d'une collection (principe du "libre accès maîtrisé"). Des gens qui sont prêts à mettre clairement tous les arguments sur la table, y compris ceux (d'arguments) qui jouent a priori en faveur de l'adversaire (à titre d'exemple, on ne peut pas continuer de laisser se multiplier à l'infini le nombre de "revues" en Accès ouvert).
Alors naturellement, l'initiative PRISM fait grincer beaucoup de dents. Mais pas encore de ce côté-ci de l'atlantique. Les réactions et les débats sont donc à suivre là-bas. Pour l'essentiel sur le blog de Peter Suber, ainsi que chez Stevan Harnad. Et si vous n'avez pas le temps de tout suivre ni de tout lire, alors ne manquez surtout pas cette parodie splendide.