Ma Photo

Qui suis-je ?

Syndication


Botte de foin


Qui êtes-vous ?



  • Track referers to your site with referer.org free referrer feed.


Qu'en faire et comment ?


  • Ce que vous voudrez à condition :


    • de citer vos sources
    • de ne pas vous enrichir
    • de ne rediffuser l'info que sous une licence identique à celle-ci







    Le crédo d'Affordance ;-)
    I am a hard bloggin' scientist. Read the Manifesto.



    Le coin des bonnes causes :


    Support The Commons
    Become A Commoner


    Le PageRank d'Affordance :
    PageRank for this page
    Son "autorité" (sic) selon Technorati :
    "L'autorité" selon Technorati

Powered by TypePad

Les universitaires devraient blogguer

C'est le titre du dernier billet d'Henry Jenkins. Il fait écho à un article du même Jenkins dans le Chronicle of Higher Education, cette fois intitulé "Public Intellectuals in the new-media landscape." Le billet de Jenkins est un plaidoyer invitant les universitaires à se saisir pleinement de l'opportunité que représentent les blogs en tant qu'espace de parole publique "académique". Voilà déjà longtemps que Jenkins défend le modèle d'une université permettant "le déploiement rapide d’expertises dispersées et la reconfiguration des champs" (pour plus de détails, voir ce billet). Il revient cette fois sur les initiatives prises dans "son" département (Comparative Media Studies) du MIT :

Bref, une vision communiste ouverte et transparente de l'université. Il revient ensuite en détail sur les intérêts que présente cette approche et le fait de tenir des blogs :

  • pour les actuels étudiants en thèse, c'est un excellent exercice d'écriture, l'occasion d'avoir du feedback au-delà du simple avis de leur directeur de thèse ou de leurs collègues de labo, l'occasion également de bâtir leur réputation "especially in cutting-edge fields that lack established authorities." Il revient également sur l'intérêt que j'avais moi-même (avec d'autres) souligné à plusieurs reprises, c'est à dire, au-delà de l'intérêt des publications académiques (articles scientifiques), l'occasion de "trouver le moyen de traduire ses idées dans un discours citoyen qui puisse être entendu et compris au-delà des barrières disciplinaires et auprès d'une audience plus diverse."
  • pour les futurs étudiants, Jenkins indique qu'un nombre croissant des actuels étudiants du MIT sont d'anciens lecteurs des différents blogs existants. Du coup, ils entrent en thèse avec une meilleure compréhension des problématiques traitées, et une vision beaucoup plus "fine" de la recherche, de ses résultats et de ses protocoles. Autant de temps gagné pour l'intégration dans un programme de recherche et l'avancée dudit programme.
  • pour les anciens étudiants, ce suivi des blogs est le meilleur moyen de mettre en place de manière pragmatique et efficiente la notion d'apprentissage tout au long de la vie. C'est également l'occasion d'un feedback intéressant en provenance des blogs d'anciens qui occupent désormais différents postes dans l'industrie
  • pour les enseignants, Jenkins rappelle l'extraordinaire opportunité que les blogs représentent pour construire et développer un collège qui n'est plus totalement invisible, mais bel et bien impliqué, mobilisé, actif, sur différents sujets de recherche, via des logiques de travail coopératif (il prend l'exemple d'un travail à plusieurs mains réunissant une trentaine d'universitaires via un document partagé dans GoogleDocs), ou via une simple interaction rendue possible par les commentaires des billets de blogs. Là encore, cela permet de bâtir une réputation qui peut être utilisée à des fins de plan de carrière ou plus prosaïquement attester d'une reconnaissance qui fait toujours plaisir.
  • pour les médias : tenir un blog est une manière d'être proactif et non plus simplement réactif, c'est à dire attendant d'être interviewé par un journaliste pour avoir l'occasion de parler de ses thématiques de recherche d'une manière "grand public".
  • pour le grand public : "Notre société est entrée dans une phase de profond et durable bouleversement du paysage médiatique, un bouleversement qui impacte tous les aspects de nos vies. (...) En tant qu'honnêtes fournisseurs d'information ("honest brokers of information"), les universitaires sont idéalement placés pour pouvoir relier et relayer ces conversations spécialisées (to bridge these more specialized conversations)."

Je sais pas vous mais moi je trouve qu'il a tout bon cet Henry Jenkins du MIT :-)

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

FAQ Qualification et Recrutement (maîtres de conférences)

J'ai ouvert une Foire Aux Questions pour la qualification et le recrutement sur le blog auditions.
A quelques jours de rendre son dossier de recrutement (deadline le 1er Avri), si vous avez des questions, déposez les en commentaire.

AERES : les chercheurs malpubliants vus par des malvoyants.

Jusqu'ici, le petit monde de la recherche était composé d'enseignants-chercheurs (maîtres de conférences, professeurs), et de chercheurs (appartenant généralement à de grands organismes de recherche et sans charge d'enseignement "régulière").
Désormais, il se compose comme suit :

  • chercheurs publiants
  • chercheurs non-publiants
  • enseignants-chercheurs publiants
  • enseignants-chercheurs non-publiants

On doit ce petit chef-d'oeuvre à la nouvelle et docile AERES, qui vient de publier un rapport document bâclé de 3 pages (.pdf) sur ce sujet, tout ça pour pondre la critériologie ci-dessus (lequel document n'est d'ailleurs accessible dans aucune des rubriques du site de l'AERES, il faut insister sur leur moteur de recherche pour le retrouver ... bref et comme disait l'autre, "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement", et ce qui est mal conçu se cache promptement ...).
Ce document (qui n'est pas daté mais dont "l'esprit" et l'essentiel du contenu circulent depuis déjà plusieurs semaines chez les directeurs de labos et responsables d'équipes de recherche), ce document disais-je, est intitulé "Critères d'identification des chercheurs et enseignants-chercheurs publiants." et il a le mérite de la concision : 3 pages au total ... dont la page de titre ! Ce qui sur un tel sujet atteste bien de la profondeur de l'analyse ...
L'heureuse brièveté de l'analyse ne compense pourtant en rien sa sidérale vacuité méthodologique. On nous y explique benoîtement que sur les quadriennaux (contrats de 4 ans "cadrant" la politique de recherche des universités), il faudra désormais remplir les conditions suivantes (les chiffres du tableau indiquent le nombre de "publications").

Malpubliant

Quant à savoir pourquoi 2 et pas 4 et d'où sortent ces chiffres ... et ben, à vous de deviner, mais ne comptez pas sur la prestigieuse AERES pour vous permettre de reconstituer le cheminement du cerveau torturé qui les a produits. Dans un domaine - celui de l'évaluation de la recherche - ou la bibliométrie est constituée en tant que science depuis une bonne quarantaine d'années, une telle pifométrie dans l'approche, les critères et l'analyse de l'agence en charge de l'évaluation de la recherche ne peut que forcer le respect. Reste seulement à espérer qu'Eugène Garfield ne tombe par dessus par hasard ... l'inventeur de la bibliométrie aurait du mal à comprendre qu'un pays aussi avancé de la France n'ait toujours pas eu connaissance de ses travaux, 40 ans après leur reconnaissance par la communauté scientifique mondiale. Respect, total respect vous dis-je.

Juste en dessus du tableau, en gros et en rouge on peut lire en guise d'avertissement :

  • "Le poids relatif des différents types de "publication" est propre à chaque discipline. Les appréciations de chaque support de publication scientifique et des formes de contribution à la recherche sont différenciées en fonction des pratiques de chaque communauté disciplinaire."

Ah ben oui, sauf que les 5 lignes du tableau correspondent au classement des grands domaines disciplinaires, chacun d'entre eux comportant un nombre élevé de disciplines au sein desquelles les types de "publications" sont là encore très très très différenciées. Donc ? Donc le tour de passe-passe consiste à contraindre de facto ces ilôts disciplinaires à se confirmer à cette critériologie imbécile, ou à disparaître. Dit autrement, c'est ne tenir aucun compte de la richesse du tissu disciplinaire et interdisciplinaire qui constitue la recherche française (et internationale), et là encore, venant de l'Agence officiellement en charge de ces problématiques ... Respect !
Mais je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Dans le même rapport on peut lire :

  • "Il est clair que la participation à des colloques est un indice de l’activité scientifique mais la très grande variabilité qualitative de l’évaluation des actes des colloques ne permet pas de les retenir comme élément pertinent d’appréciation."

Ce qui confirme mon assertion précédente. Traduisez : il existe des critères d'évaluation disciplinaires incontournables (participation à des colloques), mais comme ils ne nous arrangent pas, et ben on ne va pas les retenir, en expliquant que cela ne pourrait pas s'appliquer partout parce que ... parce que ... attendez un peu ... ah oui ça y est, "Parce que je connais le beau-frère d'un gars qui m'a dit qu'une fois il avait connu un chercheur qui avait organisé un colloque tout pourri rien qu'en invitant ses amis. Si, si. C'est bien la preuve hein qu'on peut pas appliquer ce critère à tout le monde hein ?."

Tout le monde rentre dans le rang. Je ne veux voir qu'une seule tête.
De tout cela il ressort (merci et total respect à l'AERES) qu'il y a des enseignants-chercheurs qui publient beaucoup, et d'autres qui publient moins. Ce qui donne, sous l'éclairage du manichéisme mâtiné de pragmatisme décomplexé qui caractérise notre époque : ceux qui publient beaucoup sont les bons, et les autres sont des gros nuls. Corrolaire : on fait quoi des gros nuls une fois qu'on les a repérés ? Déclassés ? Mutés ? Réorientés ? Lapidés ? Moqués par la morgue d'un Bernard Belloc déclarant récemment dans les colonnes du Figaro que la plupart des enseignants chercheurs en SHS (sciences humaines et sociales) n'ont "rien publié de leur vie", "même pas un article dans la Dépêche" ?

Que penser de tout cela ???
Cette nouvelle distinction entre "publiant" et "non-publiant" ne surprendra - hélas - pas grand monde. Elle était dans l'air depuis déjà quelques temps. Et elle n'est qu'une déclinaison supplémentaire de l'amour immodéré des chiffres de nos actuels gouvernants. Il faut compter. Car contrairement aux idées reçues, rien n'est plus docile qu'un chiffre, rien n'est plus malléable qu'un comptage. Mais il faut aller plus loin.

Des malpubliants, aux malcherchants
Je propose à l'AERES d'intégrer une nouvelle notion évaluative à son corpus : après les malpubliants, les malcherchants. Ben oui, vous savez, tous ces chercheurs qui cherchent mal, tous ces chercheurs qui ne trouvent pas, tous ces chercheurs qui ne cherchent pas où on leur dit de chercher, tous ces chercheurs qui ne trouvent pas parce qu'ils ne cherchent pas où on leur dit de chercher, tous ces chercheurs qui trouvent des trucs qui servent à rien, ou qui ne peuvent pas servir tout de suite, tous ces chercheurs qui trouvent des trucs qui peuvent pas se vendre. Tous ces malcherchants.
Si l'AERES est en manque de critères, qu'ils n'hésitent surtout pas à me contacter. Je me sens l'âme d'un consultant en critériologie.

Alors quoi ?
Alors le gouvernement, pour faire de la recherche "son" joujou, pour l'orienter à sa guise vers les secteurs les plus rentables de l'innovation à court-terme, le gouvernement devait trouver un moyen de sortir de ce système de l'évaluation entre pairs, si imperméable au pouvoir politique. Trouver un moyen de mettre entre les mains d'experts nommés par lui, une critériologie leur permettant d'asseoir leur incompétence visionnaire sur un argumentaire emportant l'adhésion (et les deux neurones restant) du spectateur de base des émissions de Cauet. Argument qui est le suivant : "Les chercheurs, ça publie. C'est même payé pour ça non ? Donc si y publient pas, c'est que c'est pas des bons chercheurs hein ?" Et surtout, surtout, suuuuuuuurtout pas de considérations scientifiques. Trop compliqué pour notre électorat décomplexé. Il fallait trouver un moyen efficace et sûr de déposséder les acteurs du monde de la recherche de la conduite de leur propre recherche. Et surtout, s-u-r-t-o-u-t, trouver un moyen d'apparaître cohérent avec le discours consistant à affirmer un retrait du ministère et de l'état au profit de l'autonomie des universités, tout en s'assurant qu'une agence fantoche à la solde du même ministère de ce même état (l'AERES donc) pourrait enfin décider "qui cherche quoi".
Ce moyen, c'est la critériologie ubuesque (pour les optimistes) ou kafkaîenne (pour les pessimistes) décrite ci-dessus. Oh bien sûr il n'y aura pas de rupture franche, de fracture nette. Le monde universitaire est un habitué des collèges invisibles. La transition que va permettre d'opérer cette critériologie d'opérette, sera elle aussi invisible, ou en tout cas insidieuse. Rendez-vous dans 10 ans. Pour s'apercevoir que l'on en a perdu 20.

Et pourtant ...
Difficile pourtant de supposer que ces gens là n'aient rien compris au fonctionnement de la recherche. A regarder leurs titres et fonctions, quelques-uns d'entre eux au moins semblent avoir de ce monde une grande expérience. Il n'y a donc qu'une explication possible : on leur a lavé le cerveau en leur passant en boucle le dernier disque de Carla, et depuis cette terrible expérience ils ont l'air de croire qu'il est possible de définir la valeur, la qualité d'un chercheur ou d'un enseignant-chercheur à l'aune du nombre de ses publications. Ce qui n'a tout simplement aucun sens. Ce qui équivaut à regarder le paysage éditorial scientifique actuel, à regarder la configuration actuelle des champs scientifiques, avec les yeux de Oui-Oui affublés de Ray-Ban présidentielles. C'est être bien plus que simplement imprévoyant. C'est être très malvoyant.

Postes de maître de conférences et blog auditions

Les postes vacants pour les aspirants Maîtres de conférences viennent d'être publiés au Journal Officiel du 28 février 2008. Le fichier Pdf contenant tous les postes est là (.pdf).
Comme je m'y étais engagé l'année dernière, et suivant le modèle de Baptiste Coulmont pour la sociologie, j'ai ouvert non pas un wiki auditions, mais un blog pour permettre de suivre le processus de recrutement et d'audition. L'adresse est la suivante : http://affordance.typepad.com/auditions2008session1/
Vous pouvez d'ores et déjà naviguer parmi les 31 postes ouverts au recrutement et à la mutation, ou bien visualiser directement les postes en université, en IUT et en IUFM.
L'idée est toute simple : pouvoir collecter et centraliser les infos sur les postes de McF en 71ème section, c'est à dire :

  • pour le recrutement : profil détaillé, infos sur le laboratoire de rattachement, les filières d'enseignement, composition de la commission de spécialiste ou des comités de sélection (selon que l'université est ou non en avance sur l'adoption de la LRU), l'ambiance, etc ...
  • pour l'audition : liste des candidats convoqués et auditionnés, présence ou non de candidats locaux, résultats et classements, etc ...

Cet outil peut également vous servir à poser des questions.
Pour y participer, c'est simple, il suffit de déposer un commentaire avec votre question ou vos informations sous le billet concernant le poste qui vous intéresse.
Je ferai tous les soirs une mise à jour en "remontant" les commentaires dans le corps du billet.
Si vous souhaitez transmettre un information sur le blog en préservant votre anonymat, envoyez-moi un mail (et je m'engage à publier votre question/information) sans divulguer votre nom.

Pour être tenu au courant des dernières modifications/informations, 2 possibilités :

  • s'y connecter tous les jours :-(
  • s'abonner au fil RSS du billet du ou des postes qui vous intéressent pour récupérer  les commentaires déposés :-)

<Update> J'ai aussi mis en ligne mon dossier de qualification, mon dossier de recrutement, et le texte qui m'avait servi de support pour les auditions, comme ça vous avez la totale :-) </Update>

Voilà :-)
N'hésitez pas à faire connaître ce petit outil dans votre communauté et auprès des diverses listes de diffusion comptant des doctorants potentiellement intéressés.
Rendez-vous dans quelques temps pour voir si cela a ou non été utile. D'ici là, bonne chance à tou-te-s.

(et à part ça, je suis bien d'accord avec vous, 32 postes, c'est navrant ...)

A quand un rapport Pochard pour l'enseignement supèrieur ?

Je n'ai fait que parcourir (attentivement) le rapport de la commission Pochard sur la rédéfinition du métier d'enseignant (.pdf). Il n'est pas ici de mon propos d'entrer dans les débats et querelles auxquelles ce rapport donnera probablement lieu. D'abord parce que ce rapport ne concerne que les enseignants de la  maternelle au baccalauréat, et ensuite parce que j'ai suffisamment à faire (et à dire ...) sur le métier d'enseignant-chercheur. Pourtant (et c'est l'objet de ce billet) j'ai été frappé par la qualité formelle du rapport : celui-ci est un état de l'art conséquent, chiffré et sourcé, sur la condition enseignante dans notre pays. Tous les points y sont abordés, aussi bien sous l'angle sociologique qu'économique. Les propositions du rapport sont avancées sous la forme de scénarios, et deux scénarios sont systématiquement proposés (l'un plus radical, l'autre ménageant davantage les susceptibilités). Enfin, le rapport fait l'effort de situer chacune de ces propositions et de ces scénarios dans le cadre européen, et pas simplement de manière allusive en indiquant que "de toute façon il faut changer", ou autre "parce qu'ailleurs ça fonctionne mieux", et "ailleurs ils ne fonctionnent pas pareil qu'ici". Dans le rapport Pochard, le genre de tautologie précitée cède avantageusement la place à de réels comparatifs sourcés et factuels. Bref et indépendamment du fond, c'est un outil de travail solide pour toute discussion raisonnable sur le sujet.
Bref, je rêve que le métier d'enseignant-chercheur se trouve un jour lui aussi doté de son rapport Pochard. Pour mémoire, ce dernier (le métier d'enseignant-chercheur) a jusqu'ici du se contenter :

Et je vous fais grâce de la liste des rapport intermédiaires (voir en bas de cette page si vraiment vous y tenez) centrés sur la question de l'harmonisation de l'espace européen de la recherche (réforme LMD principalement). Bref, peu ou prou un rapport par an sur l'enseignement supérieur et l'université, un rapport tous les deux ans portant spécifiquement sur le métier d'enseignant-chercheur, et pour la bonne bouche, les dernières préconisations du rapport Attali (encore), dont celles concernant l'enseignement supérieur et l'attractivité des carrières attestent une nouvelle fois d'une incapacité à penser les spécificités françaises en dehors de l'ombre tutellaire d'un modèle américain qui remplit admirablement le double office de "prêt à penser" et de Gibolin universel. (la preuve par exemple chez TomRoud, notamment dans les commentaires du billet).
Alors oui vraiment, on aurait bien besoin qu'une commission Pochard se penche sérieusement sur le métier d'enseignant chercheur ...

Grève à l'université

Comme (j'espère beaucoup de) mes collègues, je suis en grève aujourd'hui. Notamment contre la loi LRU. Et principalement pour les raisons listées ici.
Je vais profiter de cette journée de grève pour (enfin) poster définitivement ma lettre de démission de mon poste de Vice-Président de la commission de spécialistes de l'université de Nantes. (épisode 1, épisode 2)
A l'échelle de mon établissement, il se confirme que c'est un bordel sans nom le flou artistique le plus total sur la mise en place des nouvelles instances de recrutement à l'université (les fameux comités de sélection) : selon votre interlocuteur (conseil scientifique, présidence, CA) on vous dit que les actuelles commissions continueront de fonctionner jusqu'à la prochaine session de recrutement, ou que pas du tout, lors de la prochaine session, les nouveaux comités de sélection seront en place. Ce pourrait être risible s'il ne se jouait derrière l'avenir des futurs recrutés, et malheureusement de tous ceux qui ne le seront pas cette année. L'immense majorité des collègues attendent donc de voir ce qu'il en sera. Beaucoup  (?) continuent de dénoncer, à leur échelle, les risques de cette loi. D'autres se taisent en espérant peut-être que leur silence ou leur docilité leur garantira une place dans les futures instances de recrutement. D'autres enfin parce qu'ils s'en moquent, ont d'autres choses à faire ou pensent que de toute façon cela ne pourra pas être pire qu'à l'heure actuelle ... Ce qui me frappe c'est la popularité de ce dernier argument. "Cela ne peut pas être pire ..." ... Ah ? ...Vous êtes bien sûrs ? Non je veux dire, vraiment sûrs ?

"( ...) mais plus qu'eux hébété,/ je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?"

Rapport Isaac sur l'université numérique

Le 11 Janvier, Henri Isaac (maître de conférences en sciences de gestion) à remis son rapport sur "L'université numérique" à Valérie Pécresse (.pdf). J'avais déjà eu l'occasion de vous parler de ce rapport (ici et ), au travers du vrai-faux blog qui avait été mis en place pour l'occasion.
Toute déférence gardée envers mon collègue, j'avoue que la lecture dudit rapport m'a laissé sur ma faim. Les propositions et préconisations avancées l'ont déjà été (dans d'autres rapports pour le même ministère et par d'autres personnes/personnalités) depuis une bonne dizaine d'année (5 ans pour les plus "récentes" comme celle du C2i) :

  • oui il faut former aux NTIC,
  • oui il faut valoriser la FOAD (formation à distance),
  • oui il faut valoriser les enseignants-chercheurs qui passent du temps là-dessus (parfois au détriment de leur propre "recherche"),
  • oui il faut systématiser le C2i (certificat "informatique et internet"),
  • oui il faut sensibiliser les étudiants au plagiat,
  • oui il faut faire exploser le nombre des cellules TICE (et surtout de leurs personnels) et mettre ces cellules et leurs compétences au service des enseignants et des chercheurs, soit en les multipliant soit en les mutualisant,
  • oui il faut démultiplier l'offre de formation pour les enseignants chercheurs
  • oui il faut augmenter les ressources numériques disponibles dans les SCD (services communs de documentation) et surtout, surtout, surtout - c'est moi qui ajoute - il faut travailler la visibilité de ces ressources en interne (auprès des personnels et étudiants de l'université) et en externe (via les moteurs de recherche)
  • oui il faut baisser la TVA sur les ressources numériques pour les bibliothèques
  • en revanche, non, "la constitution d'une archive nationale centralisée (H.A.L.)" ne va pas nécessairement "à l'encontre de la constitution par les universités de leur propre archive", cela témoigne juste que les problématiques de l'archivage ouvert et institutionnel n'ont pas été comprises par les universités (souvenez-vous de cette petite anecdote corustillante). Et que cette incompréhension rend compte du manque d'une politique réellement volontariste de formation des personnels, et en premier lieu des bibliothécaires (mais pas seulement).
  • mais pour tout le reste : oui, oui et oui.

Et oui si on ne fait pas tout cela nos universités seront "marginalisées" dans la compétition internationale pour reprendre les termes du rapport. Au final ce qui est navrant dans ce rapport ce n'est pas son contenu ni ses propositions (pour l'essentiel empreintes de bon sens même si certaines problématiques - comme celle de l'archivage "ouvert et institutionnel" auraient gagnées à être présentées plus en détail), mais bien le fait qu'en ce domaine comme en d'autres il devient assez stupéfiant et (décou)rageant de constater l'entêtement ministériel qui consiste :

  • d'une part à commanditer des rapports qui pour les mêmes maux préconisent tous peu ou prou les mêmes remèdes,
  • et d'autre part à mettre un point d'honneur à laisser ces recommandations sombrer dans l'oubli ou à les déployer de manière anecdotique, sans cohérence d'ensemble, sans vision globale, en raclant des fonds de tiroir, et sans jamais avoir le courage d'afficher une politique de recrutement et de financement (pour la partie bibliothèques - SCD) à la hauteur des ambitions affichées.

Le problème de tous ces rapports sur "le" numérique c'est la prétendue irréductibilité de sa nature : pour Henri Isaac, le numérique "ne se résume pas à la mise en place d'outils informatiques", pour d'autres (dont j'ai oublié le nom) il ne se résumait pas "à une question de moyens". Bref, à force d'irréductibilité (gauloise), "le" retard numérique finira par être également ... irréductible.
De mon côté je crois que "le" numérique est d'abord une question d'équipements. On aura beau dire, le numérique sans ordinateurs, c'est plus délicat ... Le taux d'équipement par étudiant est à coup sûr l'une des clés de la réussite. Dans mon IUT (La Roche sur Yon), pour une promo de 100 étudiants (sur deux années), nous disposons de deux salles PC et d'une salle MAC, plus une salle de montage vidéo. A raison de 15 postes par salle, on n'est pas loin d'un ordinateur pour deux étudiants (sans parler des ordinateurs portables à un euro par jour qui sont de plus en plus nombreux, mais là ce sont les étudiants qui paient, et mon avis c'est que l'université doit pouvoir suppléer aux besoins de ceux qui n'ont pas un euro par jour pour s'offrir un portable, parce qu'il y en a malheureusement de plus en plus)
Je crois également que "le" numérique est au moins autant une question de taux d'encadrement par des enseignants chercheurs formés. Il faut pour cela démultiplier d'urgence l'offre de formation, et en rendre une partie obligatoire. Naturellement, taux d'équipement + taux d'encadrement = augmentation de la masse salariale et de la dotation budgétaire dédiée.
Pour le reste ("les" outils numériques), la richesse et la qualité des applications Open Source et des logiciels "libres" est largement suffisante pour arrêter de se ruiner en licences Windows et assimilées.

Disclaimer : je m'autorise une vue un peu engagée - et dépitée - sur ces questions car :

  • primo j'ai moi-même été longtemps membre d'un corps d'élite des formateurs aux nouvelles technologies - les célèbres commandos Urfist.
  • deuxio je reçois toujours depuis bientôt deux ans une bonne dizaine de demandes de formation par mois sur ces questions - demandes heureusement à la baisse devant mes nombreux refus - mais demandes qui attestent si besoin en était de l'urgence à démultiplier l'offre de formation en la matière,
  • et tertio j'avais dans le cadre d'un rapport pour la commission européenne réfléchi à un dispositif permettant d'articuler les deux niveaux de l'archivage institutionnel et des archives ouvertes disciplinaires tout en y couplant un dispositif de valorisation des CV des enseignants-chercheurs (de type portfolio) auquel il ne devrait pas être très compliqué d'ajouter des facilités de déploiement d'ENT (environnements numériques de travail). Autant vous dire qu'au moins 7 personnes dans le monde ont lu ce rapport. Mais comme je sais que madame la ministre est une fervente lectrice de mon blog, je tiens ces quelques cogitations à sa disposition si elle le désire (et si je les retrouve :-).

Si vous ne voulez pas lire le rapport en entier, ITRManager fournit un compte-rendu exhaustif et la liste des 12 propositions.

Et puis pour clore ce billet sur la petite touche de mauvaise foi (mais pas tant que ça) qui me caractérise, j'attribue une "mention très honorable avec félicitations du jury" dans la catégorie "j'avale des couleuvres et j'aime ça" à la dernière proposition du camarade Isaac, proposition qui consiste à "améliorer la démocratie étudiante grâce au vote électronique" et proposition qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe après la lecture des onze précédentes ...  L'idée est de systématiser le recours au vote électronique pour toutes les élections étudiantes ... Probablement que si la mesure se met en place (quelque chose me dit que ce sera rapidement fait), il sera plus aisé demain de gérer de futurs mouvements étudiants ... et  puis qui sait, si on habitue les jeunes électeurs citoyens à la démocratie électronique, ils verront peut-être d'un moins mauvais oeil le recours systématisé aux machines à voter. La démocratie "étudiante" d'aujourd'hui, c'est la démocratie "tout court" de demain ...

(Via Technaute)

La LRU et les comités de sélection

C'est donc fait. Le projet de décret portant création des "comités de sélection" en lieu et place des actuelles "commissions de spécialistes" est paru (projet de décret.pdf).
Si vous avez manqué le début :
Acte 1 : En Août 2007 est voté la loi Pécresse dite loi "LRU" ou encore "Loi d'autonomie des universités".
Acte 2 : Dans le cadre de cette loi, un point particulier est mis sur les conditions de recrutement des personnels enseignants-chercheurs. Gérés jusqu'ici part des commissions de spécialistes disciplinaires, composées de membres élus et appartenant pour l'essentiel à l'université recrutante (hors quelques membres extérieurs). Ces commissions de spécialistes seront, à échéance de cette fin d'année universitaire, tout simplement dissoutes (beaucoup l'ont déjà été, à Bordeaux par exemple). Pschiiiit. Et remplacées par des "comités de sélection". Ce changement de syntagme nominal n'est - hélas - pas simplement cosmétique (même s'il fournit assez habilement l'occasion d'introduire un vocable sensible - la "sélection" - au coeur même du processus universitaire ... mais ce n'est pas là le débat). Il remet de manière assez radicale en cause le fonctionnement actuel du recrutement à l'université (qui n'était certes pas parfait) et nous laisse entrevoir un avenir assez sombre. Mais jusqu'à présent, et mis à part le fait que les nouveaux président plénipotentiaires de la LRU disposeraient d'un droit de véto sur otut recrutement, on n'en savait guère plus ni sur la composition ni sur le fonctionnement de ces nouveaux comités de sélection. Tout le monde attendait les premiers décrets d'application. Lesquels viennent de paraître (il s'agit très exactement de "projets de décrets")
Acte 3 : voyons donc un peu de quoi il retourne ...
Que va-t-il se passer avec les nouveaux comités de sélection ?
------------------

Primo : A chaque fois qu'une université recrute, le CA (siégeant en formation restreinte) "crée" un comité de sélection (CS) comprenant "de 6 à 12 membres".
Remarque 1 : les comités de sélection sont donc à géométrie variable. Ce qui n'était pas le cas des Commissions de spécialistes. Cette fourchette de 6 à 12 membres, si elle est peut-être motivée par de bonnes intentions (rendre plus "rapides" les votes lors d'un recrutement), étant laissée à l'entière discrétion du CA, risque d'être également l'occasion d'un jeu de chaises musicales très "politique" (selon les forces en puissance, et les différentes 'écoles' risquant de s'affronter lors d'un recrutement, on amaigrira ou on allongera la liste des membres du comité de sélection)).
-------------------
Deuxio : Le CS est composé d'enseignants-chercheurs et de personnels assimilés (ici, rien ne change), "y compris d'universitaires et de chercheurs appartenant à des université étrangères, de rang au moins égal à celui postulé par le candidat."
Remarque 2 : des collègues étrangers ... pourquoi pas ... même s'il ne me semblait pas aberrant d'être recruté par de futurs collègues, ou plus exactement, il ne me semblait pas aberrant que les futurs collègues du candidat siègent dans l'organe chargé du recrutement. On va donc assister (cf les points suivants) à une externalisation très sensible du recrutement qui  s'inscrit pleinement dans le syndrome de l'audit compulsif manifesté par notre actuel gouvernement.
---------------------
Tertio : les membres des nouveaux CS "sont pour moitié au moins extérieurs à l'établissement." (externalisation donc ...) "choisis en majorité parmi les spécialistes de la discipline en cause" (cf ci-dessous remarque 3), et "proposés par le président ou le directeur de l'établissement et nommés par le conseil d'administration" (cf ci-dessous remarque 4)
Remarque 3 : "choisis en majorité parmi les spécialistes de la discipline en cause" : là c'est dommage. Un des points les plus critiquables des anciennes commissions de spécialiste étaient leur côté pluri-disciplinaire. Je siège moi-même actuellement (mais plus pour longtemps ...) dans une commission dite mixte, c'est à dire composée de chercheurs en sciences de l'éducation (70ème section du CNU) et de chercheurs en 71ème section (sciences de l'information et de la communication). Autant vous dire que je ne fais pas le malin quand il s'agit d'auditionner des candidats en 70ème section, étant donné que je ne connais pas grand chose aux problématique de ce champ. En encore l'écart entre ces deux sections (70 et 71) n'est pas trop abyssal. Mais que dire de commissions mixtes réunissant des juristes et des géographes ? Que dire encore quand la mixité confine à l'échangisme et que 3 ou 4 disciplines n'ayant que très peu en commun se côtoient au sein d'un même organe pour auditionner "sur critères scientifiques" des candidats dont elle ne peuvent donc (pour une grande part des membres siégeant) juger de la pertinence des recherches. Bref ... sur ce coup, la loi LRU avait l'occasion d'améliorer les choses en imposant par exemple des comités de sélection mono-disciplinaires (procédre qui aurait pu être facilitée par la place désormais très grande faite aux membres extérieurs). Mais non. Ce dysfonctionnement persistera donc encore.
Remarque 4 : "proposés par le président ou le directeur de l'établissement et nommés par le conseil d'administration". Et voila. Il va donc définitivement falloir oublier purement et simplement la notion "d'élections" pour les anciennes commissions de spécialistes. L'avantage des élections c'est qu'elles offrent une garantie de démocratie et surtout, de roulement, en permettant parfois à de jeunes enseignants-chercheurs qui le désirent (ce fut mon cas) de pouvoir s'impliquer dans la vie de leur établissement et dans la procédure de recrutement et d'expertise, sans pour cela être obligé de faire jouer un réseau relationnel très dense, sans devoir être dans les petits papiers de tel ou tel ponte siégeant dans ladite commission, ou sans devoir coucher avec untel ou untel. Fini les élections. Retour à la méthode dite du management par la tête. : le chef président donne les noms de ses copains (ou les noms que ses copains lui ont dit de donner) et le Conseil d'administration valide le tout. Hop. So Yes Sir. Je ne veux voir qu'une seule tête. Circulez y'a rien à voir.
---------------
Quarto :  "Le conseil d'administration désigne parmi les membres du comité de sélection celui qui exercera les fonctions de président. (...) En cas de partage des votes, le président du comité a voix prépondérante."
Remarque 5 : suite et fin de la remarque 4. Le chef président de l'université nomme, via le CA, un sous-chef président du comité de sélection, président plénipotentiaire puisqu'en cas d'égalité des votes lors d'un recrutement, sa voix est "prépondérante". Avant, dans les commissions de spécialistes, les membres élus se réunissaient pour, de manière toujours démocratique, élire leur président, leur vice-président.  C'était vraiment trop compliqué ... alors un bon coup de karcher procédural et tout redevient plus simple. Des copains nomment leurs copains, des chefs sont désignés, et les plein-pouvoirs leurs sont accordés ("voix prépondérante" : c'était trop risqué de dire que la voix du président comptait - par exemple - double, son autorité de chef aurait risqué d'en pâtir ...) Soit l'invention d'une sorte de néo-stalinisme libéral.
---------------------------
Cinquièmement : le reste de la procédure de recrutement ne semble pas changer. Les candidats continueront de faire des dossiers. Et les dossiers seront examinés par les comités de sélection, puis les candidats retenus seront convoqués pour être auditionnés. Ce qui change c'est que pour que le comité de sélection puisse siéger (et donc auditionner et ensuite valider les recrutements) il faudra que "la moitié des membres soient présents à l'ouverture de la séance, parmi lesquels une moitié au moins de membres extérieurs à l'établissement." (cf remarque 6) "Les membres du comité de sélection peuvent participer aux réunions par tous moyens de télécommunication permettant leur identification (sic) et garantissant leur participation effective (re-sic)." (cf remarque 7) "Les candidats peuvent être auditionnés dans les mêmes formes." (cf remarque 8)
Remarque 6 : Ne tremblez pas candidats, la moitié de 6 c'est 3. Vous serez donc auditionnés par au moins 3 personnes dont la moitié au moins sera extérieure à l'établissement (externalisation toujours ...)
Remarque 7 :  Sur ces trois personnes,  peut être qu'une seule sera présente dans la salle, les deux autres seront au téléphone. Et comme le "moyen de télécommunication" en question permettra de s'assurer qu'elle participe "de manière effective", vous aurez l'assurance que les deux autres ne sont pas en train de dormir derrière son téléphone.
Remarque 8 : la loi LRU invente le recrutement par téléphone (bientôt sponsorisé par Orange avec un IPhone à gagner si vous êtes sélectionnés ?). Comme disait l'autre, "le recrutement sur critères scientifiques, c'est simple comme un coup de fil."
Remarques 6, 7 et 8 (mais sérieusement cette fois) : j'ai suffisamment pesté contre un système qui obligeait des candidats à sacrifier un mois de salaire en billets de train SNCF pour se présenter à des auditions parfois arrangées à l'avance, pour ne pas me réjouir que l'on puisse leur éviter ce déplacement. Pourtant, le recrutement par téléphone (côté recruteur ou côté récruté), moi j'y crois pas, mais alors pas du tout. C'est personnel, subjectif et pas rationnel du tout comme analyse, mais j'y crois pas. (en revanche un entretien téléphonique avec les candidats avant leur audition potentielle eut été une bonne idée, de même que la prise en charge systématique des frais de transport des candidats convoqués pour audition, afin d'éviter les convocations "bidon"). Pour le reste, et côté moyens de communication, la visio-conférence me semble être le minimum vital. (minimum déjà systématiquement en vigueur pour les postes dans les DOM-TOM par exemple, ce n'est donc pas une nouveauté LRU ...)
---------------------
Sixièmement : Une fois le candidat choisi ou le classement établi, le comité de sélection fait remonter l'info dans les tuyaux habituels (conseil d'administration puis présidence, lesquels tuyaux, valident). "Le président (de l'université) ne peut en aucun cas modifier l'ordre de la liste de classement".
Remarque 9 : Encore heureux ... mais là encore cette apparent "crédit" scientifique apporté au fonctionnement des comités de sélection n'est qu'au mieux du vent, au pire du flan. Si le classement ne lui convient vraiment pas, il ne nommera plus les mêmes membres lors du prochain comité de sélection (et ben oui, vu qu'il n'y a plus d'élections des membres, le président peut reconfigurer totalement lesdits comités de sélection à chaque fois que son université recrutera quelqu'un. Et puis le président ne peut  certes "pas modifier l'ordre de la liste", mais il dispose d'un droit de véto sur le recrutement. Droit de véto dont il n'aura d'ailleurs pas à faire souvent usage, tant les membres désignés des comités de sélection auront probablement à coeur de satisfaire au moindre de ses désirs.
--------------
Septièmement :
la circulaire (circulaire.pdf) qui accompagne la publication du projet de décret, précise "qu'il n'est pas possible de mettre en place des comités pérenne."
Remarque 10 : le fonctionnement des comités de sélection est totalement "précarisé", sans aucun moyen terme : des pions pour l'essentiel extérieurs à l'établissement, ponctuellement convoqués pour statuer (par téléphone ...) sur un recrutement dont ils ne mesureront aucune des implications locales ... ce qui ne me semble pas le meilleur moyen d'obtenir de la cohérence au niveau d'une politique d'établissement, surtout concernant la question essentielle du recrutement ...

Huitièmement : la même circulaire précise encore que "le rôle du comité de sélection est de donner un avis sur le recrutement des candidats. Il ne constitue pas une formation du jury. Ce rôle est exercé par le conseil d'administration siégeant en formation restreinte."
Remarque 11 : alors là c'est le ponpon. Mais c'est une nouvelle fois très logique dans l'esprit de la loi. On dissocie complètement le processus (auditions, examen des dossiers) de sa finalité (sélection par le jury). Les comités de sélection cumulent donc les handicaps : précaires (renouvelables à chaque nouveau recrutement), instables (idem), désincarnés (sans mention d'aucun quota, d'aucune parité entre les différents corps et grades), entièrement soumis au fait du prince (disparition du système électif), dépouillés de tout pouvoir (ne sont pas des "jurys", siègent "sur ordre", sont soumis au droit de véto présidentiel). Difficile de faire pire :-((

Conclusion ? Cela ne vous étonnera guère, mais je ne suis pas enthousiaste. D'autant que même s'il ne s'agit là que d'un projet de décret, nombre de mes inquiétudes se confirment.

Et les autres ils en pensent quoi de ce projet de décret ? Peu de voix se font encore entendre (de manière médiatiquement ou politiquement audible).

  • Le collectif SLR (qui a déjà fait un très gros travail d'explication sur ces questions) ne peut que se désoler de voir ses craintes confirmées. Il en profite d'ailleurs pour pointer vers un texte signé par des membres de la 71ème section de l'université de Nantes siégeant dans l'actuelle commission de spécialistes et exprimant leurs inquiétudes à ce sujet, inquiétudes hélas ce soir toutes confirmées. NOTA-BENE : comme je fais partie des signataires de ce texte j'en profite pour vous informer que suite à cette première alerte, c'est demain soir l'ensemble des membres de la commission de spécialistes 70-71ème section de l'université de Nantes, qui enverra au président de cette même université, un courier exprimant ces mêmes inquiétudes et demandant "à être associé à la réflexion sur la mise en place de comités de sélection". Courier qui n'en doutons pas, restera lettre morte, ou bénéficiera au mieux d'une réponse polie indiquant que "non ne soyez pas inquiets", "oui bien sûr vous serez informés", "et que d'ailleurs il existe des instances - conseil scientifique, conseil d'administration - dont c'est le boulot dans le cadre de la nouvelle loi, et que si vous vouliez y être associés, vous n'aviez qu'à vous y présenter." Je vous tiens au courant de l'envoi de la lettre et de la réponse de notre chef président Yves Lecointe.
  • le syndicat SNESUP-FSU publie un communiqué navré (mais pas plus) ...
  • et toujours personne n'appelle à une démission massive des membres des commissions encore en exercice, ce qui je vous l'accorde ne servirait pas à grand-chose, mais aurait à mon sens plus de "gueule" que l'actuel faux-culisme qui consiste à continuer à faire comme si on n'allait pas se dissoudre dans quelques mois, en espérant peut-être que l'actuel silence nous laissera dans les bonnes grâces du président qui nous nommera alors parmi les membres des nouveaux comités de sélection.

Et la bonne nouvelle dans tout ça ??? Et bien la bonne nouvelle - car il y en a une -  c'est que finalement, "commissions de spécialistes", "comités de sélection" ou bien encore "comités managériaux de salut public" ... on s'en fout. Vu que de toute façon, "pour la première fois depuis 15 ans, le CNESER, réuni le 17 décembre 2007, n’examine aucune répartition d’emplois dans les universités." Reductio ab absurdum : Pas de postes, pas de candidats. Pas de candidats, pas de sélection.

Et qu'aurait-il fallu faire mÔsieur-je sais-tout-qui-n'est-jamais-content -de-rien ?

  • Réfléchir et statuer sur la question de l'évaluation des enseignants-chercheurs tout au long de leur carrière (oui je sais, c'est en cours ... mais ce n'est pas vraiment à une évaluation "au mérite" que je songeais ...) 
  • Parler un peu moins de la procédure administrative du recrutement (le projet de décret ne parle que de cela), et parler un peu plus des moyens d'optimiser la prise en compte des critères scientifiques d'enseignement et de recherche qui sont le coeur du recrutement (questions que le projet de décret ignore ... totalement)
  • S'inspirer de ce qui se fait ailleurs (juste un exemple : ailleurs, les candidats auditionnés doivent faire un cours devant de vrais étudiants ET devant leurs collègues)

 

Scientométrie

La question de la mesure (qualitative et quantitative) de la science est d'abord celle de la validité et de la fiabilité des instruments de mesure le permettant. Au premier rang desquels les différents indices de citation. En ce domaine, les choses bougent notablement ces derniers temps :

  • Thomson lance un forum de discussion pour débattre du facteur d'impact. Etant donné les enjeux économiques colossaux liés au marché de la citation scientifique et étant donné la position de leader de Thomson sur ce marché, on ne s'étonnera guère de pouvoir y lire des avis disons ... partisans. Mais l'initiative reste louable et atteste que, lentement mais sûrement, les esprits évoluent et l'aspect monolithique de l'actuel facteur d'impact se fissure progressivement. (Communiqué de presse de Thomson)
  • autre avancée significative vers une "science 2.0", le logiciel E-Prints se dote d'un module additionnel permettant aux usagers de commenter les articles scientifiques déposés sur les plateformes tournant sous E-Prints
  • Eugène Garfield, le père de l'analyse bibliométrique, a lancé en Octobre dernier sa société et son logiciel baptisé "HistCite", "a bibliometric analysis and visualization software". Une version de démo de 30 jours est disponible gratuitement. Si quelqu'un à le temps d'aller tester et de nous faire un rapide retour ... Si l'on croise ce nouveau logiciel avec les initiatives fleurissant du côté de chez Scopus (Scopus Citation Tracker), sans oublier naturellement les principes d'analyse bibliométriques offerts au grand public par Google Scholar, on constate que là encore, les anciens monopoles sont en pleine reconfiguration, que de nouveaux monopoles émergent, et que les pratiques bibliométriques en général sont en voie de démocratisation, ce qui n'est par ailleurs pas nécessairement (uniquement) un bien quand on observe actuellement comment certaines lois tentent de transformer ces indicateurs en autant d'outils managériaux en voulant à toute force, hors contextes disciplinaires, et de manière univoque, transformer en critères de performance des indicateurs qui n'ont de valeur ... qu'indicative.
  • sur son blog, Enro rappelle à raison l'opacité qui prévaut dans de trop nombreuses bases de données servant à l'établissement des différents facteurs d'impact. Et en ce domaine (opacité des données collectées), Google Scholar n'a malheureusement pas grand chose à envier à Thomson scientific. Mais Google Scholar ne structure pas (encore) un marché (de le citation), ni une économie (de la publication). Thomson scientific ... si.
  • sur ce même sujet (opacité de Thomson scientific), un récent article de Nature a vu monter au créneau 3 responsables de grandes revues scientifiques. Je n'ai pas lu l'article, mais d'autres l'ont chroniqué.
  • Et puis dans la famille déjà évoquée plus haut de la-scientométrie-à-portée-de-tous, le "portail" Scimago (repéré grâce à Christophe Deschamps) propose, en s'appuyant sur les données issues de Scopus différentes visualisations et comparaisons entre différents indicateurs selon différents pays, différents journaux, etc ... Si l'outil nécessite quelques minutes de prise en main pour bien "mesurer" toutes ses potentialités, les possibilités qu'il offre sont à proprement parler r-e-m-a-r-q-u-a-b-l-e-s !! (d'autant que vous pourrez récupérer nombre de ces données directement dans un fichier excel)
  • Dans tout ce petit monde de la scientométrie, le bouleversement majeur (déjà en cours) viendra nécessairement de l'explosion des titres de journaux en Open Access : parmi d'autres indicateurs de poids, le portail DOAJ (Directory of Open Access Journals) vient d'ailleurs de franchir le cap des 3000 revues open access indexées et accessibles (rappel : les revues Open Access sont des revues avec un comité scientifique et des articles validés par des pairs et tout et tout et tout)
  • Et puis dans le vaste domaine des publications scientifiques, il est une "brique" qui tend à occuper une place de plus en plus importante : c'est celle des archives institutionnelles (institutional repositories), qui permettent à une institution de collecter et de rassembler les différentes publications de l'ensemble de ses personnels ("publication" étant ici entendu au sens large : il peut bien sur s'agir de publications dans des revues scientifiques mais également de rapports de laboratoires, d'ouvrages, de thèses, etc, etc...) A ce sujet, Charles W. Bailey vient de diffuser un document court (10 pages) intitulé : "Institutional Repositories. Tout de suite" (.pdf) Ce document est structuré comme une FAQ (foire aux questions) : qu'est-ce qu'une archive institutionnelle ? A quoi cela sert-il ? Qui en possède ? Comment en déployer une ? etc ... etc ... mais chaque réponse est complétée par des références vers un ou deux articles scientifiques ... sur la question. Bref à diffuser massivement (et à traduire ...) pour que ce document se trouve rapidement entre les mains d'un maximum de nos présidents d'université et de nos décideurs ministériels.

Dans le silence des commissions

Voici le mail que je viens d'envoyer ce soir à l'ensemble des collègues siégeant avec moi dans la commission de spécialistes 70-71ème section de l'unviersité de Nantes. La commission doit se réunir demain pour examiner quelques postes d'ATER. Pour mémoire : la suppression des commissions de spécialistes est prévue pour fin Août 2008 dans le cadre de la nouvelle loi d'autonomie des universités.
Si d'autres collègues, siégeant dans d'autres commissions d'autres universités lisent ce blog, ils peuvent également se considérer comme les destinataires de ce message :-)

---------

Cher(e)s collègues
Demain se tiendra une réunion de la commission à laquelle je ne pourrai
pas me rendre. Les nouvelles dispositions de la loi LRU concernant la
suppression des commissions de spécialistes m'inquiètent (ainsi que la loi
LRU dans son ensemble).
Je vous adresse donc ce mail collectif pour porter à votre connaissance un
texte publié sur mon blog (qui me sert de "carnet de recherche") ainsi que
sur le site de "sauvons la recherche".
Le texte est consultable à l'une des deux adresses ci-dessous :
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/12/monsieur-le-p-1.html
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?page=article&id_article=1790
Il est assez court, je vous rassure :-)
Bien qu'absent demain, je souhaiterai très vivement que la commission dans
son ensemble puisse prendre la parole de manière forte à propos de
l'avenir du recrutement à l'université. C'est pourquoi je porte ce texte à
votre connaissance comme un élément de réflexion (et d'action) possible.
Le président de notre commission m'a indiqué qu'il allait essayer d'obtenir
auprès de la
présidence de l'université des informations sur l'avenir et le
remplacement programmé des commissions. Je mets de mon côté "en suspens"
ma décision de démissionner jusqu'à ce que j'ai pris connaissance de
ces (éventuels) derniers éléments d'information.
Je regretterai d'autant plus d'être obligé d'en arriver à cette
"extrémité" que  ce fut ma première expérience en tant que membre d'une
CS, et que cette courte expérience réussit à me convaincre que malgré
divers dysfonctionnements récurrents dans le fonctionnement national des
CS, ces dernières pouvaient également parfaitement bien fonctionner, et
précisément faire obstacle au localisme ou au clientélisme au nom de
critères strictement scientifiques.
Mon opinion est que les nouvelles disposition de la loi dite "d'autonomie"
ne feront que renforcer les quelques dysfonctionnements existants en
reléguant l'essentiel (l'évaluation par les pairs sur la base de critères
scientifiques) au rang de l'accessoire.
Quelle que puisse être votre opinion à ce sujet, et la décision qui sera
prise demain, de manière collégiale ou individuelle, je vous engage tous à
entrer rapidement et fortement dans ce débat de fond.
Une dernière fois, il me semblerait réellement dommage (pour ne pas dire
dommageable) que les premiers acteurs concernés par cette suppression
annoncée (c'est à dire nous), s'abstiennent sur ce sujet d'exprimer au
minimum un avis et de porter cet avis à la connaissance de leur communauté
universitaire, et ce indépendamment des appartenances ou des
prises de position syndicales et/ou politiques de certain(e)s d'entre
nous.
Bien cordialement à tous et toutes.
--
Olivier Ertzscheid
McF InfoCom
=======================
Enseignant-chercheur en colère contre la LRU : les présidents d’université
ne parlent pas en notre nom ! Pour une université collégiale et
indépendante des pouvoirs, agissons : http://sauvonslarecherche.fr/ et
http://www.sauvonsluniversite.com/
===========================
Université de Nantes
IUT la Roche sur Yon
Tel : +33 (0)2 51 47 35 28
Fax : +33 (0)2 51 47 35 21
olivier.ertzscheid@gmail.com
olivier.ertzscheid@univ-nantes.fr
-----------------------------------
http://www.affordance.info
-----------------------------------

L'as-tu lue la LRU ?

En cette rentrée universitaire, petit tour de France pour voir où on en est de l'aplication et des réactions à la LRU (la liste est ouverte et vous êtes invités à la compléter en commentaires) :

(les infos reproduites ci-dessous sont une compilation d'infos publiées dans la presse ainsi que sur les sites de sauvons la recherche, sauvons l'université, rezo.net, ainsi que diverses listes de discussion, syndicales ou non)

  • Axel Kahn est un des (le ?) premiers présidents élus "nouveau régime". Il prend la direction de Paris 5.
  • le CA de l'Université Jean Monnet (Saint Etienne) a voté à l'unanimité une motion dénonçant la LRU, en choisissant de l'appliquer (ben oui, le problème c'est qu'on n'a pas vraiment le choix ...) de la manière la plus "lente" possible
  • Les historiens de Paris X- Nanterre, réunis en assemblée générale le 14 décembre 2007 expriment leur inquiétude au sujet de la loi LRU
  • "Pour la première fois depuis 15 ans, le CNESER, réuni le 17 décembre 2007, n’examine aucune répartition d’emplois dans les universités." (lire la suite)
  • A l"université de Provence, des personnels (administratifs, enseignants et chercheurs) ont publié un texte manifestant leur désaccord avec la loi LRU
  • Le Conseil d'administration de l'université de Nanterre, réuni le lundi 17 décembre a approuvé la révision des statuts de l'université (= entrée dans la LRU) à 38 voix pour, 16 contre et 1 abstention. Premier résultat, le nouveau nom de l'université est désormais Paris "Nanterre-La Défense". C'est vrai que ça sonne mieux ...
  • Rien n'a pour l'instant filtré de la rencontre du 17 décembre entre les différents bureaux des CNU (Conseils nationaux des Universités) et la Ministre. Un assourdissant silence qui ne dit rien de bon ... si vous avez des infos ou si j'ai raté quelque chose, les commentaires sont ouverts.
  • Il y eut aussi l'annonce du "plan licence", qui est - au mieux - d'une naïveté déconcertante.
  • Pour rester dans le registre de la naïveté - à moins qu'il ne s'agisse de simple démagogie ou d'une énième enflure d'une stratégie communicationnelle qui confine à l'écoeurement - le célèbre vrai-faux blog "Université numérique", (sur la raison de mon acrimonie, relire un passage de ce billet) après quelques très courts mois d'existence (2 tout au plus), vient de fermer. Monsieur Henri Isaac (en charge du rapport sur le sujet) vous remercie pour les quarante deux commentaires laissés en réponse aux 6 questions essentielles qui étaient posées. Il tient à vous signaler qu'il tiendra bien compte de vos avis. Ben tiens :-(
  • On lira avec intérêt sur le site de l'inspection générale des finances le "Cahier des charges établi en vue de l'élargissement des compétences des universités prévu par la loi relative aux libertés et responsabilités des universités" (.pdf) Daté d'Octobre 2007, ce rapport est un rapport de l'IGF, c'est à dire qu'il ne s'embarasse que rarement de lyrisme et de mansuétude, mais au delà du style aride, il traduit bien la logique de la loi, notamment concernant la "fongibilité asymétrique des crédits". Ce qui signifie - en gros - qu'on pourra affecter et réaffecter tous les crédits alloués et récupérés par l'université sur différents postes, dans tous les sens, pour optimiser ladite gestion autonome de ladite université. Dans tous les sens ? Pas vraiment. L'enveloppe affectée aux personnels ne pourra, elle, pas être augmentée. C'est cela, la "fongibilité asymétrique des crédits". En complément - ou à la place - de la lecture du rapport, je vous conseille cette petite explication de texte.
  • Et puis petit cadeau, je vous mets dans la version longue de cette note le texte de Pierre Gervais qui se conclut comme suit : "En imposant la présidentialisation à outrance d'universités toujours plus contrôlées par l'Etat dans un contexte de misère budgétaire, ce n'est pas Harvard que l'on imite, c'est l'Académie des Sciences de la défunte Union Soviétique."
  • Côté "évaluation et audit" le ministère a organisé le 7 décembre dernier dans le cadre de l'AERES ("son" agence d'évaluation de la recherche) un colloque sur ... l'évaluation de la recherche. Sur 6 intervenants, 5 sont à la tête d'organismes ou de cabinets d'audit et plaident donc pour des évaluations "indépendantes" (comprenez : réalisées par des auditeurs non nécessairement universitaires). CQFD.
  • Le 18 décembre, dans le prolongement de la loi LRU du 10 Août, fut lancé le chantier dédié aux personnels (de l'université). Une commission présidée par Rémy Schwartz qui rendra prochainement un rapport. La composition de ladite commission ménage les susceptibilités : y sont représentés le cercle des économistes, la sociologie (1 chercheur), les CNU (le président de la section droit),  l'AERES, un recteur, quelques politiques au titre de raporteurs de la loi LRU et ... Yves Dejeacques, DRH de la Sté CASINO, président du réseau national pour l’égalité des chances (<= "réseau" dont je ne trouve aucune trace sur Internet ... si vous avez des infos ...). Et ben oui.
  • Et du côté de chez moi ? A Nantes, on se veut bon élève : la loi LRU, toute la loi LRU, rien que la loi LRU. Et vite, vite, vite on court l'adopter. Avant les vacances, j'ai reçu (comme tous les autres personnels de l'université ?) un document pdf comprenant les propositions de nouveaux status. Un texte creux, un texte de "bon élève", un grand "copier-coller" de la loi LRU avec une utilisation de "rechercher/remplacer" (pour les mentions de l'université de Nantes) qui confine au génie. Rien de plus - ni de moins - n'est dit dans ces propositions de statut que ce qui était déjà écrit depuis Août dernier dans le texte de la loi. Et c'est précisément le problème. Personne ne semble réellement savoir comment pourra s'appliquer ladite loi en dehors de ses grands principes. Tout le monde attend avec impatience les décrets d'application qui alors seulement commenceront à poser les vrais problèmes managériaux (puisqu'il faut désormais causer ainsi).
  • Et moi : ben, finalement je vais attendre jusqu'à la semaine prochaine pour envoyer ma lettre de démission de mon poste de vice-président de la commission de spécialiste ... Je vais attendre parce que le président de ma commission de spécialiste doit se renseigner auprès du président de l'université de Nantes sur l'avenir desdites commissions, et parce que je risque finalement de ne pas être tout seul à démissionner, mais ça ... chut ... c'est une surprise :-) Nous aurons ensuite bien le temps de voir comment et avec qui seront composées les nouvelles commissions "d'experts" ... parce que pour l'instant, dans le document précédemment mentionné, il n'en est même pas fait mention. Probablement attend-on que la ministre édicte sa loi (ça c'est fait) et surtout ses décrets d'application (ça c'est pas fait), et probablement a-t-on oublié qu'il serait peut-être temps de prendre l'autonomie au pied de la lettre, et de jouir pleinement de cette autonomie proclamée pour lancer une réflexion de fond sur les modalités de recrutement à l'université ... et ce de manière "autonome". Parce que comme nous l'apprend un bon dictionnaire, l'autonomie ce n'est pas seulement : "Le fait de se gouverner par ses propres lois". C'est aussi et surtout : "le fait, pour une collectivité, d'assumer et de vivre son particularisme, son individualité morale, culturelle". La collectivité, c'est l'université. Pas "les" universités.

Et pour finir je vous livre un extrait de l'un des derniers "bloc-notes" de Didier Nordon dans le magazine  Pour la Science, parce qu'avec la loi LRU et les nouveaux modes de management de la recherche la productivité publiante pourrait prochainement atteindre des sommets (sommer ?) d'incohérence :

  • "Certains, dont la foi est profonde, restent réservés devant ce jeu des apparences sociales qu’est à leurs yeux une pratique assidue. Ils sont très croyants, mais peu pratiquants. D’autres, dont la foi est chancelante, aspirent à consolider celle-ci en se conformant à une pratique stricte qui, à défaut de les aider à surmonter leur doute, les encadre et les soutient. Ils sont très pratiquants, mais peu croyants.
    Qui a dit que j’étais en train de parler de religion ? Dieu m’en garde, en ces colonnes ! Je ne fais que réagir à des documents récents, diffusés par les instances universitaires, dans lesquels est examiné le cas, qu’elles jugent embarrassant, des chercheurs qui ne publient jamais. Elles envisagent les moyens à mettre en œuvre pour que ces non-publiants deviennent des publiants. L’emploi, nouveau, des termes « publiants » et « non-publiants » en tant que substantifs n’est pas sans rappeler une autre substantivation – ancienne, elle : celle qui marque l’opposition entre les pratiquants et les non-pratiquants.
    Cependant, vu que la conviction et la pratique ne vont pas toujours de pair, il n’est pas certain que la science gagnerait à ce que tous les non-publiants se muent en publiants. Est-ce vraiment fertiliser la science, est-ce lui marquer une considération réelle, que de produire coûte que coûte des articles, au risque de n’y exprimer aucune inventivité ? N’est-ce pas plutôt se soumettre au conformisme universitaire ? Les non-publiants sont étrangers à la recherche en tant que carrière, mais ils ne sont pas forcément étrangers à la recherche en tant que quête.
    L’hétérogénéité engendre plus d’étincelles créatrices que l’homogénéité. Il est sain que les universitaires soient dissemblables. Les orienter tous vers une pratique que tous ne ressentent pas comme adaptée à leur forme d’esprit est plus propre à satisfaire la bureaucratie qu’à enrichir la pensée."

Lire la suite "L'as-tu lue la LRU ?" »

Membres nommés CNU 71ème section.

Pour info, parce que cela peut toujours être utile (si vous connaissez quelqu'un qui connaît quelqu'un qui ...), et parce que tout le monde ne lit pas le JO tous les jours ...
(rappel : chaque CNU est composé de membres élus - par les enseignants chercheurs - et de membres nommés - par le gouvernement)
Les membres nommés du CNU en 71ème section (sciences de l'informaiton et de la communication) sont :

  • Pour le collège des maîtres de conférences :
  • Mme Appel (Violaine), université Nancy-II.
  • M. Chante (Alain), université Montpellier-III.
  • Mme Parrini (Sylvie), épouse Alemanno, université de Nice.
  • Mlle Wrona (Adeline), université Paris-IV.
  • Pour le collège des professeurs :
  • Mme Boursin (Françoise), Ecole des hautes études en sciences de l'information et de la communication. (où je découvre l'existence de cette haute école ... ah ben non, c'est le (nouveau ?) nom du CELSA)
  • M. David (Amos), université Nancy-II.
  • M. Quoniam (Luc), université de Toulon.
  • M. Wuilleme (Bernard), université Lyon-III.

(Source : J.O n° 295 du 20 décembre 2007 page 20524, texte n° 108)

Au fait, si quelqu'un sait comment et sur quelles bases sont constituées ces "nominations", je veux bien l'info car j'avoue n'en rien savoir. (mais non c'est pas pour être candidat, je viens à peine d'envoyer ma lettre de démission de vice-président de la commission de spécialiste)

<Update> On me signale par mail à l'instant que le ministère les nomme (les membres nommés) "pour leurs hautes qualités". Ce qui concrètement veut dire qu'ils sont généralement proposés par l'un des membres élus qui est politiquement le plus proche du pouvoir en place sans autre vérification de la part des services ministèriels. Dans les textes officiels, il s'agit pour le ministère, à travers les membres nommés de corriger les inégalités géographiques, de sexe et de spécialité dans les disciplines. Suite à quelques crises internes, il avait été décidé que les présidents sortants des commissions ainsi que certains membres nouvellement élus (lesquels???) feraient des propositions au ministère. Dans les faits on s'aperçoit bien sûr que les choses ne changent guère car les propositions sont consultatives et le ministère fait ce qu'il veut, c'est à dire qu'il sert ses intérêts en nommant des amis... Moultes exemples existent de personnes contactées par l'un des membres élu d'une CNU leur dedmandant si il accepterait d'être nommé et de voter comme il le faut pour l'élection du président. Dans le contexte politique actuel (loi pécresse) il est clair que ces nominations, toutes sections confondues, ne sont peut-être pas étrangères à l'assourdissant silence qui règle dans les CNU. Ce qui - je maintiens - demeure problématique, car après la mise au pas des commissions de spécialistes, les CNU doivent s'attendre à voir leur rôle amoindri ou réduit à la portion congrue "consultative". </Update>

Zéro recrutement à l'université en 2008-2009

Suite à mon billet "Je pense à eux" (qui s'est retrouvé dans la check-list envoyée aux abonnés du journal Le Monde ainsi que sur l'un des forums du MoDem, d'où probablement une bonne part des récents pics de visite sur Affordance), dans lequel j'indiquais qu'aucun recrutement ne se ferait à l'université à la rentrée 2008-2009, j'ai reçu pas mal de mails me demandant des précisions sur mes "sources".
Mais comme vous le savez, un bon journaliste ne dévoile jamais ses sources, sinon hop à la DST en garde à vue et si tu craches pas le morceau tu verras plus ta femme et tes filles. Bon ben alors d'accord, je vais vous donner des noms. Mais non, je plaisante, je ne suis pas journaliste :-)
Voici donc ce qui me permet d'affirmer qu'il n'y aura pas de création de poste à l'université pour la rentrée 2008-2009.
Fin Juillet, les présidents d'université reçoivent chaque année les directives administratives concernant le mouvement de recrutement de la rentrée. Cette année (2007-2008) les directives pour la rentrée (2008-2009) sont parvenues très, mais alors très très tardivement aux présidents. Quand elles furent enfin là, il s'aperçurent que, via la procédure ministérielle habituelle, ils pouvaient déclarer des vacances de postes (départs en retraite), mais ne pouvaient demander aucune création de poste. Et quand ils ont demandé pourquoi, on leur a répondu qu'il n'y aurait aucune création de poste à la rentrée et qu'ils devaient s'estimer heureux que l'on ne leur en supprime pas (comme dans le secondaire ...).
Voilà, vous en savez autant que moi. Et j'ai protégé mes sources ... Ah pardon, il faut que je vous laisse, on sonne à la porte ...

Monsieur le président, je vous fais une lettre ...

(Le site de Sauvons la recherche étant ces derniers temps victime de son succès - c'est à dire souvent inaccessible - je republie ici une contribution postée là-bas.)

Nous sommes nombreux, enseignants-chercheurs, à faire partie de commissions de spécialistes, ces mêmes commissions qui seront supprimées dès cet été. La rentrée universitaire 2008-2009 se fera, c’est désormais acté, et c’est totalement et malheureusement inédit, sans aucune création de poste d’enseignant-chercheur. J’invite donc l’ensemble des collègues à lire et proposer des corrections à la lettre de démission ci-dessous, avant de l’envoyer (massivement ?), pour celles et ceux qui la trouveront pertinentes, à leur président d’université et au président de la commission de spécialiste dans laquelle ils siègent, avec "copie pour information" au président de leur section CNU. Si cette démarche suscite suffisamment d’intérêt et de réactions, elle pourrait avoir un impact médiatique et administratif rela