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Rencontres RPIST 2009.

Me voici de retour de Nancy où j'étais invité par l'Inist pour causer de la question de l'identité numérique des chercheurs.
Et voici donc le diaporama slideshare avec Ô merveille les notes correspondant à chaque diapo (regarder l'onglet "Notes" sous la présentation depuis le site Slideshare)
Mes fans et mes plus grand détracteurs pourront observer que l'ADBJP ("association pour la défense du bandeau jaune dans les pauvrepoints") a encore frappé.

J'intervenais juste après Hervé Le Crosnier, ce qui n'est jamais chose facile, surtout quand ce dernier a passé la soirée à vous répéter que "il fallait faire le show", le tout en patientant 1h30 dans un ersatz de pizzeria en buvant du gris de toul et en lapidant mentalement le serveur qui, quand il n'apportait pas une assiette de pâtes en lieu et place d'une pizza Roma après une demi-heure de commande, se souvenait soudain (après une autre demi-heure d'attente) que j'avais aussi pris une salade en entrée. Bon. Globalement on a l'air de pas s'en être trop mal sortis ... mais vous pourrez très bientôt juger sur pièce étant donné que la vidéo des interventions sera prochainement disponible sur le site des RPIST.
A part ça, bonne nouvelle, pour le prix d'une chambre dans un hôtel IBIS, vous avez droit à une connexion internet gratuite. La dernière fois ça m'avait coûté 15 euros pour une heure de connexion (pourrie). Vive les hôtels Ibis donc.
Vous pouvez aussi consulter le hashtag RPIST sur Twitter pour voir tout ce qu'en ont retenu les participants qui ne dormaient pas (et qui avaient réussi à pirater le Wifi local).
Voila. Voila.
A part ça toujours, mais dans un prochain billet, je reviendrai vous parler du "off" de ces rencontres. Je vous raconterai comment j'ai voyagé dans le train à côté d'un consultant qui intervenait pendant les rencontres, et qui expliquait doctement à son associée (sa secrétaire ?) que le pauvrepoint qu'elle lui avait préparée n'allait pas du tout, et qu'il n'allait pas parler de revues.org parce que ce n'était pas dans la cible stratégique (ou un truc comme ça ...) et que "ah bon tu leur as déjà envoyé le powerpoint ? Ah bon c'est embêtant ça." Délicieux voyage vous dis-je. Je viendrai également vous reparler de la manière dont l'Inist vend 15 euros des articles (les miens notamment) déposés dans une archive ouverte (archivesic par exemple) et pour certains sous licence creative commons "attribution - non-commercial", le tout dans une interface qui ne néglige pas les publicités sponsorisées du moteur Google, donnant à celle-ci (l'interface), l'air de ces entrées d'agglomérations défigurées par de gigantesques panneaux publicitaires (si vous n'avez pas la patience d'attendre mon billet, vous pouvez déjà vous mettre celui relayant l'étrange politique tarifaire de l'Inist sous la dent).
Et puis dans la série ça n'intéresse personne, sachez que pendant qu'Hervé Le Crosnier était assailli par ses fans, le valeureux Dominique Cardon et moi-même nous sommes faits refouler (temporairement) du buffet sous prétexte qu'il fallait d'abord le prendre en photo (le buffet).
Sachez aussi que le même Hervé Le Crosnier à réussi à me convaincre (il est fort) d'arrêter de faire figurer le "temps de rédaction de ce billet" à la fin des billets d'Affordance. Pas de taylorisation de la recherche. Merci hervé :-)
Enfin une pensée spéciale pour ce verbatim recueilli au moment de mon départ : "Je suis contente de vous avoir rencontré en vrai. Parce que je vous imaginais petit et gros." Pour quelqu'un venu parler du nécessaire contrôle de leur identité numérique par les chercheurs, cela valait la peine d'être souligné ;-)

Bienvenue à l'université low-cost.

"Et si la prochaine bulle spéculative était celle de l'université ?" C'est le titre d'un article du Chronicle of Higher Education. La scène se passe aux Etats-Unis.

En 25 ans, 440% d'augmentation des frais d'inscription dans les universités privées.

"Avec les frais de scolarité et de logement, les frais de dizaines d'universités privées ("private colleges") atteignent maintenant 50 000 $ par an (...). Selon le National Center for Public Policy, au cours des 25 dernières années, les frais de scolarité ont augmenté en moyenne de 440 pour cent - plus de quatre fois le taux d'inflation et près de deux fois le taux des soins médicaux. Patrick M. Callan, le président du centre, a averti que les étudiants à faible revenu trouvent l'université inabordable."

1000 $ par semaine pour aller à l'université.  Et l'article de poser une question aussi crue que révélatrice : "la plupart des familles se demandent si cela vaut encore la peine de payer 1000 $ par semaine pour envoyer leurs enfants à l'université privée."
La totalité de l'article est très instructive dans le contexte actuel, soulignant notamment que les prêts étudiants sont (partiellement à cause de la crise du crédit) une solution désormais inefficace (rappel : les mêmes prêts que le gouvernement français s'aprête à mettre en oeuvre, exemples , et ). Il rappelle également que ce sont les classes moyennes qui ont été les vaches à lait de ce mode de financement des universités, les mêmes classes moyennes dont les enfants se voient aujourd'hui privés de "bonnes" universités (privées) pour cause de frais trop élevés.
Face à cela les universités publiques ("public universities") peinent pourtant à tirer leur épingle du jeu (les frais de scolarité y avoisinent tout de même les 25 000 $ par an ...), notamment du fait de leur "mauvaise réputation" (elles sont de fait et depuis longtemps "réservées" aux étudiants des classes les plus défavorisées).

Le danger des universités "low-cost".

On voit donc émerger de nouveaux types d'universités. Des universités "en ligne". Ce qui pourrait être un bien. Mais qui n'en est pas un. En effet la logique de développement de ces universités en-ligne ne correspond pas à une volonté réelle de mettre en place un nouveau rapport à l'enseignement, mais bien d'une logique "low-cost". Et ce danger là est bien réel. On est ici à des années lumières d'une politique volontariste de télé-enseignement et de mise à disposition de ressources organisées, dont le projet OpencourseWare du MIT reste l'exemple fondateur. Ce dont il s'agit dans ces nouvelles universités low-cost se situe dans une pure logique comptable : rassembler des ressources d'enseignement aujourd'hui aussi nombreuses qu'hétérogènes sur le Net, et y attacher la délivrance de diplômes. A ce titre, l'annonce par l'ONU du lancement de "l'université du peuple" me semble hélas davantage relever d'une logique low-cost que d'un réel projet pédagogique structuré.

Le Net et la formation à distance : quant ton meilleur ami devient ton pire ennemi.
La délivrance de grades ou de diplômes universitaires ne saurait évidemment s'accomoder d'une simple collation, d'une seule agglomération de ressources hétérogènes distantes. Arena sine calce. Du sable sans chaux. Pour avoir une valeur, le télé-enseignement, la formation à distance (FOAD), doivent être déployés en relai ou en appui d'un enseignement en présentiel (soit sur une année, soit sur un cursus "long"). Il est par ailleurs évident que le coût de mise en place d'un dispositif efficace et "canonique" de FOAD est au départ très élevé (par rapport à un dispositif d'enseignement classique = prof + tableau + chaises) et que les bénéfices (financiers) ne peuvent en être tirés qu'à long ou moyen terme. Une séquence pédagogique en ligne est longue à construire, à concevoir, à réaliser. Et elle ne correspond en rien à une séance pédagogique (un cours) "classique". Et elle nécessite d'abord de former les enseignants qui seront en charge de la concevoir autant que de l'administrer (car oui, même et surtout en ligne, on a encore besoin d'enseignants résidents). Et je ne parle ici même pas des dispositifs d'évaluation en ligne (sauf à faire passer des QCM à moitié bidons à tous les étudiants en attente de diplôme, ce qui est hélas de plus en plus souvent le cas, y compris dans les universités et les cours en présentiel ...). Si l'on veut proposer en ligne des formations réellement diplômantes, il y faut a minima la présence d'une équipe pédagogique (un peu) stable, d'un projet d'enseignement (un peu) cohérent, et de dispositifs d'évaluation (un peu) concertés.

L'erreur du centre et de la périphérie. Pour le dire autrement, ce serait, à mon avis, une erreur catastrophique (déjà hélas moultes fois commise) de penser l'enseignement à distance et autres ENT (environnements numériques de travail) comme des dispositifs centraux alors qu'ils n'ont de pertinence qu'à la périphérie, alors que leur rôle est précisément d'aider les étudiants à circonscrire la périphérie des services d'enseignement et de ressources identifiées et organisées auxquelles ils ont accès. Ce n'est qu'à cette condition que nous parviendrons à relever le défi de la connaissance et de la formation en ligne, que nous parviendrons à imaginer des universités fonctionnant à la manière de Wikipédia ou de YouTube afin "de permettre le déploiement rapide d’expertises dispersées et la reconfiguration des champs".

<Update de 10 minutes plus tard> Sur le sujet (place des dispositifs technologiques dans l'enseignement à l'université) voir également l'analyse de Jean-Michel Salaun, notamment le passage suivant :

  • « Je ne crois pas à la fin du cours traditionnel, dispensé devant des étudiants (tout comme je ne crois pas à la fin du codex). Ces dispositifs ont fait la preuve de leur efficacité depuis des millénaires. Prétendre que des étudiants ne sont plus capables, ou simplement moins capables qu'autrefois, d'y soutenir leur attention est une spéculation qui mérite démonstration. Sans doute il y a nombre de questions à se poser en ce sens et nombre de techniques pédagogiques à réviser, mais prendre l'affirmation pour un acquis est dangereux.. et bien peu scientifique. » (...) « Les terminaux mobiles (cellulaires, blackberries, PC portables), sont des concurrents directs des professeurs sur la captation de l'attention en cours si l'on donne accès au réseau dans les amphithéâtres, car ils permettent d'échapper électroniquement au dispositif physique. L'université ne doit pas si facilement abandonner ses dispositifs traditionnels. En effet, le risque est que l'attention perdue ne se reporte pas sur l'apprentissage, mais sur bien d'autres activités qui permettent de dégager du temps de cerveau disponible pour des annonceurs. Le cerveau des étudiants est comme celui de chaque humain, facilement distrait. »

</Update>

Opportunisme à courte vue. Mais dans un monde ou tout va si vite, dans une gouvernance universitaire de la performance et de la rentabilité, il est hélas à craindre (on le constate déjà) que cette réflexion soit totalement escamotée dans une seule logique d'opportunisme à courte vue : les ressources numériques existent, elles sont légion, pour la plupart gratuites, elles permettent d'alléger considérablement les moyens (humains et logistiques). Fonçons donc dans la brèche ouverte par ces universités low-cost. Et accesoirement dans le mur.

(Addendum : sur le modèle américain de l'enseignement supérieur et ses nombreuses tentatives de déclinaison nationales, voir notamment cet article (.pdf) // Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Médiatisation du mouvement universitaire.

Que retenir d’un débat sur « la médiatisation du mouvement universitaire » réunissant des universitaires (Valérie Robert - porte-parole SLU, Cyril Lemieux, Sophie Pène et moi-même) et des journalistes (Jade Lindgaard de Mediapart, Sylvestre Huet de Libération, Luc Cédelle du Monde et Ixchel Delaporte de l’Humanité) ? 


Au moins 3 conceptions du journaliste, sinon du journalisme. Ou à tout le moins du journalis(m/t)e d’opinion. Soit dit en passant, je ne livre ici qu’un point de vue subjectif sur « ma » perception du débat, lequel point de vue est donc à ranger dans la catégorie « billet d’opinion », n’allez pas en tirer de généralisations hâtives.
Commençons par une petite digression. Je me suis biberonné ces dernières semaines aux émissions « arrêt sur images » et « ligne jaune », deux émissions dans la dernière livraison desquelles pointait notamment le débat et l’éternelle question du journalisme d’opinion et/ou de la neutralité/objectivité de la presse, lesquelles émissions ont (peut-être ...) très légèrement conditionné ma perception de ce débat.

Mais revenons au débat
et évacuons (pardon pour eux) d’entrée l’Humanité. La posture était claire : il s’agit bien de presse d’opinion, laquelle presse est là pour « accompagner le mouvement ». Certes en se basant sur du factuel, mais dans une logique d’accompagnement desdits faits qui ne cherche pas à masquer sa coloration idéologique.
Deuxième cas : celui de Médiapart avec la vivifiante et acérée prestation de Jade Lindgaard. Nous sommes là dans un journalisme d’investigation en train de chercher sa place dans la jungle de l’internet (spéciale dédicace à Frédéric Lefevre). Ici encore la posture fut claire : Mediapart ne se présente pas comme un journal d’opinion, il se veut un journal d’analyse et d’investigation (sans pour autant cacher son opinion ...) et il se donne les moyens d’investiger et d’analyser, notamment grâce aux formats (longs) que permet le web et qu’interdit la presse papier.

"Fabriquer l'opinion."

Troisième cas, celui du Monde, représenté ce jour par Luc Cédelle. Notons d’abord que dans le contexte de guerre déclarée entre le Monde et les acteurs du mouvement universitaire, la présence de Luc Cédelle était courageuse, la salle ne lui étant pas entièrement acquise d’avance (euphémisme).
Quatrième cas, LE cas du journaliste blogueur, Sylvestre Huet, qui dans Libé papier est soumis aux contraintes (nombre de signes) et au calendrier de l’actu (ce qui explique que les dossiers fouillés sur le mouvement qu’il a, selon ses dires, moultes fois proposé à Libération n’ont jamais été acceptés ("y’a d’autres actus coco"), et qui dans son blog peut donner libre cours à son journalisme d’opinion assumé. Sylvestre Huet ne s’est pas caché – même s’il ne l’a pas dit comme cela – de chercher à "fabriquer l’opinion." Une fabrique de l’opinion qui n’apparaît pas comme de la manipulation (et ne saurait y être assimilée) dans la mesure où elle qui repose sur deux assises :

  • le devoir d’examiner les faits ("les faits sont têtus") et de démonter les mensonges (y compris et surtout ministériels / étatiques / industriels) quand mensonge il y a (il prit l’exemple de la masterisation censée augmenter à 5 ans la durée d’études qui faisaient déjà … 5 ans …),
  • et la connaissance fine et ancienne du dossier (« l’université ») et de ses acteurs (qu’ils soient ministres, directeurs de cabinet ou leaders syndicaux ou associatifs). 

La perspective diachronique dans laquelle s’inscrit la pratique de Sylvestre Huet lui donne légitimité (et arguments) pour développer son argumentaire, chacun demeurant naturellement libre d’y adhérer ou non, de le lire ou non, et de ne pas en être ni le dupe ni le candide (Sylvestre Huet n'est pas journaliste à Valeurs Actuelles)

Du "off" qui a valeur de "in".

Si l’on n’a pas appris de scoops, certains des présents ont tout de même fait part d’informations « off » assez croustillantes. Ah ben non, je ne vais pas à mon tour vous les révéler, z’aviez qu’à être là :-) Nous avons en tout cas eu plusieurs confirmations transmises comme autant de préoccupants témoignages :

  • dans toutes les rédactions dont le nombre de lecteur en fait un potentiel relai d’opinion, les pressions ministérielles sont bel et bien là, à proportion directe du nombre de lecteurs. Qu’on les appelle "pressions", "tentatives de séduction" ou "déjeuners discussion au ministère" l’exercice de flirt avec le 4ème pouvoir est bel et bien avéré dans le cas de Libé ou du Monde. Dans les deux rédactions desquels journaux on trouve des journalistes qui résistent plus ou moins bien aux "déjeuners discussions" ou aux "pressions" ...
  • ce qui est en train d’arriver aux universités relève bien d’une stratégie gouvernementale pensée. Le fait de laisser pourrir le mouvement jusqu’à la date des examens relève du seul opportunisme de situation, en revanche, la volonté de remodeler l’université selon une ligne idéologique préétablie est, de l’aveu même de l’ensemble des journaliste présents (sauf Luc Cédelle), avérée. 
  • comme est avérée la stratégie média de l’élysée qui consiste à faire de l’agenda présidentiel et/ou ministériel une redoutable arme de désinformation massive en multipliant les points de rendez-vous pour mieux contrôler la temporalité médiatique et la couverture qui va avec.  Ce n’est certes pas nouveau (ni spécifique du Sarkozysme) mais c’est la première fois que cela apparaît avec autant de netteté, et de manière si clairement réfléchie. 
  • La puissance des rédac-chefs s/c patrons de presse est considérable. Là non plus ce n’est pas une surprise mais OUI il y a bien une ligne de démarcation entre ce que l’on choisit de toute façon de ne pas couvrir (exemple donné du mouvement dans les IUT sur le ton du « on laisse ça à la PQR), et ce que l’on choisit de couvrir. Reste le « comment » le couvre-t-on. Ce qui nous amène au point suivant. 
  • pour couvrir journalistiquement et correctement une actualité il faut un peu de temps (le temps de connaître des dossiers parfois compliqués comme l’est celui de l’université) et les moyens humains de le faire. Or la situation décrite par TOUS les journalistes présents fut celle de rédactions dans lesquelles on se retrouve au mieux à deux et le plus souvent tout seul pour « couvrir » donc un dossier qui s’étend - par exemple - de la maternelle à l’université. Le sentiment d’un journalisme "sous-informé", d’un "journalisme de communiqué de presse", d’un "journalisme de compte-rendu de manif", d’un "journalisme de micro-trottoir" vient principalement du manque criant de personnel (et donc de temps et donc de moyens) de l’ensemble des grandes ou toutes petites rédactions. Ajoutez à cela le cloisonnement intrinsèque aux mêmes rédactions, la mutation profonde qu’est en train de vivre le métier de journaliste en particulier et la presse en général et vous aurez une idée assez juste de la frustration que ressentent aussi bien ceux qui fabriquent l’information que ceux qui la lisent.

Je l’ai déjà dit, la position de Luc Cédelle (Le Monde) n’était pas très confortable et sa présence courageuse ("relativement" courageuse étant entendu que l’on n’a encore jamais vu un universitaire en venir aux mains avec un journaliste en plein colloque). Mais – là encore de mon très subjectif point de vue – Luc Cédelle s’est très mal défendu et a du même coup très mal défendu "son" journal. A sa décharge on a bien vu et compris qu’il ne maîtrisait pas tout le dossier (certes pour des questions de temps et d’actualité mais également tout de même un peu de son propre fait, tant il est vrai que nonobstant le manque de temps, de personnel et l'agitation présidentielle, les journalistes sont tout de même un peu payés précisément pour prendre le temps de maîtriser les dossiers qu'ils traitent, si compliqués soient-ils ...). Comme on a également vu que le journalisme d’opinion du Monde était … comment dire … disons … nettement plus vérouillé que celui des autres journaux présents. Pour le dire autrement, ce n’est pas parce que le Monde était le « journal de référence » des universitaires qu’il n'était pas également (et peut-être davantage) celui d’autres catégories socio-professionnelles également capables de mettre un bulletin dans l’urne.
Autre fait troublant (de mon point de vue), à charge cette fois : lorsqu’il fut interpellé précisément sur les manquements journalistiques du Monde (et de sa personne donc) dans cette affaire, lesquels manquement répétés donnèrent lieu à l’opération de Boycott, je m’attendais à ce que Luc Cédelle fasse a minima la réponse aussi formelle que polie selon laquelle « oui bon d’accord ils avaient bien senti qu’il y avait un malaise, que ce malaise n’était pas vaguement diffus ou seulement motivé par le fait que les universitaires aimeraient que le traitement du Monde ressemble davantage à celui de l’Humanité, et que donc du coup ils avaient – a minima – fait un bref examen de conscience, et essayé de voir où et en quoi ils avaient manqué quelque chose. » Mais à ma grande surprise il n’en fut rien. Luc Cédelle en restant à la seul dimension du pathos : pathos (par ailleurs tout à fait légitime) de son ressenti suite à sa mise en cause dans cette affaire, et pathos d’un mouvement qui – je schématise à peine – avait décidé de « se payer » le Monde parce que le Monde n’avait pas épousé la ligne stricte de ses revendications. Oui mais ... Oui mais aucune réponse précise aux accusations précises. Oui mais pas le moindre début de certitude ébranlée. Oui mais (sur l’exemple du mensonge de la masterisation donnant "une année d’étude de plus", que Sylvère Huet qualifia de « mensonge factuel qu’il était du devoir de tout journaliste de démonter et de pointer jusqu’à ce qu’il s’effondre de lui-même), oui mais sur le mensonge de la masterisation donc, un embrouillamini confus (« oui mais c’est plus compliqué que ça, oui mais y’a d’autres paramètres, oui mais c’est un dossier super-compliqué ») embrouillamini qui finit par ressembler à un communiqué ministériel.

Crise de la représentation journalistique : mort du journalisme de représentation et avènement du journalisme de prescription.

Il est une certaine approche du journalisme dont il me semble qu’elle est (en partie) à l’origine de la crise profonde de la presse actuelle : par manque de temps, par manque de moyens, par le diktat gouvernemental organisé du calendrier des réformes, par le format qui fait qu’on n’a pas le temps d‘en faire plus, par les pressions ou à tout le moins collusions évidentes qui existent dans les grandes entreprises de presse dont les patrons ne sont pas nécessairement les plus grands ennemis du gouvernement en place, par cet ensemble de phénomènes s’explique non pas la crise du journalisme mais bel et bien la crise de la représentation journalistique. Et je crains fort que le Monde n’en sorte pas. Ou plus exactement qu'il n'en sorte définitivement transformé. J’ai par contre toute confiance dans ce que l’on nomme aujourd’hui les médias « alternatifs » de type Mediapart ou dans les médias « engagés et d’opinion assumée » de type l’Humanité (nonobstant les difficulté financières réelles qu’ils rencontrent et qui mettent leur existence en péril à court terme – ABONNEZ-vous a Médiapart et à l’Humanité), j’ai tout confiance disais-je dans ces deux derniers types de médias, non pas sur la base d'une proximité idéologique avec mes propres opinions, mais bien plutôt car ils épousent (ou sont prêts à épouser) les nouvelles formes de la représentation et de la couverture journalistique, tant sur le plan du format que sur le plan de l’empathie validée par une analyse factuelle, et parce qu'ils présentent le notable et salutaire avantage de faire du journalisme d’opinion et/ou d’investigation détaché de la main mise des grands influences économico-industrielles.

J’allais oublier,
on a appris – tout de même – que l’essentiel de la réflexion menée aujourd’hui au sein du ministère (propos « off ») était de désormais gérer la crise suivante : « Examens : qui est responsable ». Là encore la stratégie de communication est limpide (mais elle fut explicitement confirmée) : maintenant que le mouvement a bien pourri, maintenant que le situation est clairement insoluble pour la tenue des examens « normaux » dans certaines facs, maintenant que l’on sait que des étudiants n’auront pas leur année ou n’auront en tout cas pas une année « normalement validée », l’essentiel de la stratégie présidentielle est de désigner trouver des responsables ET DE NE SURTOUT PAS ETRE MIS EN SITUATION DE RESPONSABILITE DEVANT CE GACHIS, gâchis qui résulte tout de même d’une gestion de la crise oscillant entre atermoiements voulus et incompétence crasse.  Le pacte est ainsi scellé : si le gouvernement parvient à faire passer dans l’opinion (et donc dans les médias) l’idée que ce sont les enseignants-chercheurs ou quelques factions d’ultra-gauche, ou quelques présidents illuminés (l’article du Figaro sur Georges Molinié est à ce titre aussi instructif que calomnieux) qui sont SEULS responsables de l’échec d’une partie de l’année universitaire, le combat de l’opinion (le seul qui importe pour ce gouvernement, est-il nécessaire de le rappeler …), le combat de l’opinion sera définitivement gagné.

La crise de l'université française ? Encore plus compliquée que la crise boursière mondiale !

Ce fut un autre point important du débat : déterminer l’origine d’une telle couverture médiatique (d’autant plus catastrophique que le média touche une audience d’autant plus grande). Du côté de l’ENSEMBLE des journalistes présents, revint comme l’alpha et l’oméga l’affirmation de la "complexité" du mouvement et des revendications portées. "Complexité" accrue par le manque de temps et de moyens déjà évoqué. Diable. Ce mouvement est-il si compliqué que ça ?? La crise des subprimes n’est-elle pas autrement plus compliquée à circonscrire et à traiter, à vulgariser ? Cette prétendue complexité m’est apparue d’autant plus étrange qu’elle ne semble plus être de mise pour une réforme pourtant semblable et (au moins) aussi complexe, celle de l’hôpital public et de la loi HPST. Oui mais avec l’hôpital on est dans le monde des soignants (empathie acquise) et dans le monde de l’immédiat (« la santé c’est tout de suite, le savoir c’est pour plus tard » fit justement remarquer Ixchel Delaporte ). Bien sur il y eut quelques dossiers « compliqués », y compris pour les acteurs mêmes du mouvement, mais là n’est pas à mon avis l’origine de la couverture de ce mouvement. Voici mes hypothèses :

  • Primo : violence symbolique. Dès le départ du mouvement (février 2009 pour les universités) on est en pleine crise boursière mondiale. Au moment où l’ensemble de ce que le pays compte comme cadres, comme ouvriers et comme salariés angoisse à l’idée de perdre son emploi et de ne plus avoir de patron, au moment où l’ensemble du pays n’aspire qu’à avoir un patron (et donc un emploi), voici une bande de doux-dingues à qui on propose d’avoir un patron et qui n’en veulent pas !!! La réalité est – vous l’aurez compris – évidemment tout autre, mais c’est sur cette caricature initiale entretenue des revendications que va se mettre en œuvre la violence symbolique qui discréditera durablement dans l’opinion notre mouvement et contre laquelle il ne sera pas trop de plusieurs mois et plusieurs actions également symboliques (lectures de la princesse de Clèves ou ronde des obstinés) pour arriver à reconquérir un peu de considération. Il suffira ensuite que quelques fabricants d’opinion ou autres vendeurs de temps de cerveau disponible prennent le relai médiatique pour que le mal soit presqu’irrémédiablement fait. En l’occurrence, le valeureux Christophe Barbier avec son édito d’anthologie sur LCI sera le passe-plat idéal.
  • Deuxio : Deux ans de retard. La LRU a été votée il y a deux ans. Votée à l’époque comme une coquille presque vide, pleine de bonnes intentions (autonomie, autonomie, qui pourrait être contre l’autonomie), mais vide de ses décrets d’application. Les étudiants furent à l’époque beaucoup mieux inspirés que nous en entrant à ce moment là dans un mouvement de contestation, hélas non-suivi par les personnels.  Là encore, le discours médiatique put ronronner en paix : "Quoi ? Voici des gens qui – en plus de ne pas vouloir de patron et de n’avoir de comptes à rendre à personne – n’ont rien dit lorsqu’il y a deux ans on fit voter la loi sur l’autonomie, et qui  se réveillent avec 2 ans de retard (sous entendu au moment où on touche à leur statut de fonctionnaire) !" Il n’en fallait pas plus. Pour les médias-fabriquants-d'opinion, on avait donc : une lutte corporatiste (« mes privilèges, mes privlèges ») et anachronique (fallait se réveiller y’a deux ans). Une lutte à rebours de l’intérêt général (« c’est la crise partout, des gens perdent leur emploi et eux ils refusent de travailler quelques heures de plus et d’être évalués »). Voilà le corps social symbolique construit. Il ne restera qu’à le décliner sous un angle ou sous un autre, qu’à jouer habilement sur la profusion des communiqués contradictoires et opacifiants pour que l’opinion décroche définitivement de ce combat, et – deuxième étape de la stratégie - pour qu’elle l’assimile à un déni des problèmes de "l’autre" corps social, celui que circonscrit la crise financière mondiale, le corps social idéalisé et empathique de "ceux qui sont évalués tout le temps", de "ceux qui ont un patron et ont peur de le perdre", le corps social de "ceux qui aimeraient bien être plus autonomes".

(Temps de rédaction de cette partie du billet : 2h, dans le train me ramenant de ladite conférence)

Voici maintenant quelques réflexions que je n’ai pas eu le temps de livrer aux participants et dont je vous laisse ici tout à trac la trace.
Presse et fac : même combat !
A regarder et à entendre les orateurs à la tribune, et à réfléchir depuis déjà quelques semaines à la question de la médiatisation du mouvement, il m’est apparu comme une évidence la gémellité de ces deux « institutions » que sont la presse d’une part et les universités d’autre part. Une gémellité scellée par une même crise :

  • crise du modèle économique (les universités doivent devenir rentables, la presse doit le re-devenir),
  • crise des publics (lectorat et étudiants, avec une cassure depuis en plus nette entre la presse et l’université des héritiers – au sens de Bourdieu – et la presse et l’université des déshérités – au sens habituel …),
  • crise des autorités (l’une et l’autre sont à la recherche de nouveaux fondements, de nouveaux rôles sociaux leur permettant de relégitimer leur autorité ou de l’asseoir sur de nouvelles bases),
  • crise de la réformite et du monde qui va trop vite (évolution des supports, des usages, des modèles économiques mais aussi – et peut-être surtout ? – des ATTENTES),
  • enfin et surtout crise symbolique, crise de l’indépendance qui peine à se décliner dans une identité perdue ou à rebâtir et dans une crédibilité étrillée par les incessant coups de boutoir des susmentionnées réformes et par les errances de positionnement (et parfois aussi l'apathie) des personnels soumis à ces réformes. 

Le tout, CQFD, débouchant très logiquement :

  • pour l’université, sur une crise du diplôme en tant que monnaie de la reconnaissance sociale,
  • et pour la presse sur une crise parfaitement symétrique, une crise du label, de la labellisation en tant que monnaie garantissant les conditions de son propre échange, de sa propre expansion, de ses propres pratiques (label « presse indépendante », label « presse d’opinion », label …).

Le blog de Sylvestre contre Monsieur Sylvestre.
Cette "formule" résume à elle seule l'affrontement qui opposa ces deux soeurs pourtant jumelles que sont la presse et l'université. A force d'osciller entre des journaux doctrinaires et/ou de conviction (que ces convictions et/ou doctrines soient de gauche ou de droite), à force de savoir d'avance ce qui y serait écrit, c'est à dire la sympathie d'une certaine presse contre l'antipahie d'une autre, le monde universitaire finit par mettre tous ces espoirs dans une possible empathie du "journal de référence". Il est probable que les espoirs du monde universitaire eurent été moins déçus si ledit monde universitaire avait lu plus souvent les contenu des pages "économie" du Monde, sans se limiter au supplément Livre ... Le cercle vicieux suivant se mit alors en place :

  • la superficialité dans le traitement ...
  • appela le (la) mépris(e) dans la compréhension ...
  • qui appela la radicalité du contre-discours ...
  • qui appela le traitement caricatural du contre-discours ...
  • qui appela ...

Les autorités contre les autorisés : chronique d'une double déconstruction.
On observa ici un glissement. La presse et l'université se partagèrent longtemps la figure de "l'autorité". Laquelle figure était également l'instanciation de celle d'un discours "autorisé". La construction et le maintien des autorités occupa dans ce conflit l'essentiel de la ligne de front. Côté universitaire, la reconstruction de ces autorités mises à mal par le discrédit de leur corps social d'appartenance se fît au travers de trois moyens principaux :

  • l'affirmation d'une expertise fédérant au-delà des clivages idéologiques (les analyses d'Olivier Beaud sur le décret enseignant-chercheur en sont l'exemple frappant)
  • le leadership que confère (temporairement) ce type d'expertise ainsi que le leadership symbolique qui vient le compléter et prendre son relai dans les médias (ronde des obtinés, lectures de la preincesse de Clèves)
  • le "first-mover advantage", l'initiative au premier mouvement (avec l'exemple type de l'opération de boycott du Monde, également dite controverse de Valluydollid)

Cette reconstruction des autorités, cette reconquête de nature identitaire d'une autorité qui lui avait été en partie confisquée par la presse, fit face à une déconstruction parallèle des "autorisés" (au sens de "discours autorisés"), discours autorisés dont la presse fut symboliquement chargée. Pour le dire autrement (et peut-être plus simplement ...) : au cours du XXème siècle, la presse avait confisqué à l'université son "autorité" au motif que cette dernière - l'université - se retranchait derrière un privilège du "discours autorisé". Dans ce conflit, l'université se chargea et s'efforça d'inverser la machine : reprendre à la presse son autorité - supposée mal-acquise - au motif que cette dernière (la presse) incarnait aujourd'hui le monopole des discours autorisés.

Quant au reste de mon intervention, j'ai dit ici en 24 minutes ce que j'avais écrit ici en un certain nombre d'heures. L'album photo de la journée est par là.

Comme un lent poison ...

Après le "viré de TF1 sur dénonciation du ministère de la culture pour avoir critiqué Hadopi", voici venue la conférence à Science Po annulée parce que “l’actualité autour de la loi en discussion rend aujourd’hui très difficile l’organisation sereine d’une rencontre de ce thème". Comme si l'université était inapte à débattre de sujets d'actualité. A ajouter à l'interminable liste des micro-événements qui aggravent chaque jour davantage "L'état préoccupant de la liberté d'expression universitaire".
Un billet à lire chez Philippe Aigrain.

Démission des charges administratives.

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Envoyé ce jour 11 Mai à 22h45, sans les liens hypertextes ...
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Monsieur le président de l'université de Nantes,
Monsieur le directeur de l'IUT de La Roche sur Yon,
Monsieur le chef du département Information et communication,
Madame la responsable de la licence professionnelle,

Par la présente, je vous remets ma démission des charges administratives suivantes :
- Responsable de l'option Métiers du Livre dans le DUT infocom
- Directeur des études (responsable emploi du temps) de la licence professionnelle Métiers de l'édition Spécialité : édition multi-supports, orientation jeunesse.

Cette démission est effective à compter de ce jour, Lundi 11 Mai 2009. Elle s'inscrit dans le cadre du mouvement qui affecte les universités françaises depuis maintenant plus de 12 semaines et elle m'apparaît aujourd'hui comme la seule réponse possible à l'attitude du gouvernement sur les différents dossiers au coeur de cette crise (masterisation, décret enseignant-chercheur, contrat doctoral, accord France-Vatican).
Ce faisant je rejoins les 1250 démissionnaires déjà déclarés dans les universités françaises. Cette démission n'est pas seulement symbolique même si les charges que je cesse aujourd'hui d'exercer ne donnaient lieu à aucune rémunération. Pour autant, ces charges, bénévolement assumées (ou pour des indemnités dérisoires) par l'ensemble des collègues au plan national, sont me semble-t-il de celles qui permettent à nos établissements de fonctionner normalement. Ce sont également elles qui permettent à nos étudiants de bénéficier de tout l'accompagnement qu'ils méritent.
Le manque de plus en plus criant de personnels administratifs à l'université, ainsi que la précarisation alarmante de ces derniers, entraîne depuis déjà de trop longues années, un report de certaines charges sur le corps enseignant. Or ces tâches prennent aujourd'hui une place de plus en plus lourde dans le quotidien des enseignants-chercheurs, trop souvent au détriment de leur activité de recherche et d'enseignement.
Je vais donc à compter de ce jour me consacrer exclusivement à ce pour quoi j'ai été recruté : l'enseignement et la recherche. J'attendrai la parution du "tableau d'équivalence des activités", censé précisément permettre la prise en compte et la reconnaissance de ces activités administratives,  point central du décret enseignant-chercheur mais pourtant étrangement non-encore rédigé ou à tout le moins non-rendu public, pour me reposer en connaissance de cause la question de mon engagement dans des tâches et activités administratives autres que celles faisant directement référence à mon service d'enseignement et de recherche (correction de copies, organisation de jurys et surveillance d'examen).

Monsieur le président,
Monsieur le directeur,
Monsieur le chef de département,
Madame la responsable de formation,

Je vous prie d'agréer mes plus sincères salutations et mon indéfectible attachement à une université laïque, républicaine et accessible à tous sans conditions de moyens sur l'ensemble du territoire national.


                                                Fait à La Roche sur Yon le 11 Mai 2009
                                                pour valoir ce que de droit.
                                                Olivier Ertzscheid


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Olivier Ertzscheid
McF InfoCom
Université de Nantes
IUT la Roche sur Yon
Tel : +33 (0)2 51 47 35 28
Fax : +33 (0)2 51 47 35 21
olivier.ertzscheid@gmail.com
olivier.ertzscheid@univ-nantes.fr
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http://www.affordance.info
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Agenda : "la médiatisation du mouvement universitaire"

Grand Débat: "La médiatisation du mouvement universitaire"

Dans le cadre des Grands Débats de l'EHESS.

Jeudi 14 mai, 14h-18h, auditorium de l'Institut national d'histoire de l'art (INHA), galerie Colbert, 2 rue Vivienne/6, rue des Petits Champs, 75002 Paris (métro: Bourse).

Débat animé par Pascale Dubus (université Paris 1) et André Gunthert (EHESS). Avec la participation de Luc Cédelle (Le Monde), Ixchel Delaporte (L'Humanité), Emmanuel Defouloy (AFP), Olivier Ertzscheid (IUT La Roche sur Yon), Sylvestre Huet (Libération), Cyril Lemieux (EHESS), Karine Perret (AFP), Sophie Pène (université Paris 5).

Depuis janvier 2009, l'université française est secouée par la plus grave crise qu’elle ait traversée depuis des décennies. Peut-on estimer que le grand public a été correctement informé de l'ampleur et des motifs du conflit? Une grande partie des médias a été critiquée pour son traitement superficiel de l'évenement, au point de susciter des comportements inédits, comme un mouvement de boycott à l'encontre du journal "Le Monde". Le blog de Sylvestre Huet, journaliste à "Libération", a de son côté connu une audience très supérieure au quotidien qui l'héberge. Comment analyser la réserve de la presse? Peut-on y remédier? Il convient également de tirer le bilan de l'usage des médias alternatifs. A l'ère des blogs et des réseaux sociaux, le mouvement universitaire fournit un cas concret pour observer les pratiques effectives des acteurs et mesurer le pouvoir d'influence des outils en ligne. Un débat entre acteurs du mouvement, journalistes et spécialistes du web 2.0 pour tirer les leçons de la crise (entrée libre).

De mon côté, j'y développerai et tenterai demettre un peu en perspective ce que j'ai déjà explicité ici.

1000.

1000. C'est le nombre de billets publiés depuis (un peu moins) de 3 mois sur le blog "universitesenlutte".

1000
Continuons le combat et gardons le moral.

L'université de demain.

Les frais d'inscription y sont de 25 000 €. (murmure de désapprobation dans la salle) Ah oui je sais c'est cher. Mais attention ! Ce n'est pas de l'élitisme ou de la sélection par l'argent. (murmure de satisfaction dans la salle) Ah ben non. Parce que heureusement cela reste accessible à plein d'étudiants boursiers. 6 boursiers sur une promo de 30, c'est quand même un peu plus que du "vernis social" non ? (quelques applaudissements fusent) Oh mais rassurez-vous ce n'est pas l'état qui va verser les 150 000 € permettant de couvrir les frais d'inscription de 6 boursiers pendant un an. Ben oui, faut pas non plus abuser ! (sourires) Non, ceux qui vont payer ces bourses, ce sont ... ce sont ... ce sont ... ce sont de grands groupes pharmaceutiques ! Ce qui est parfaitement cohérent puisque le diplôme délivré au bout de cette année sera en fait un double diplôme, un diplôme de médecin ET de manager. Eh oui. Et qui mieux que de grands groupes pharmaceutiques est à même de financer les études de ces actuels boursiers et futurs médecins-managers ? D'autant que c'est important de former dès aujourd'hui les médecins managers qui devront gérer demain l'autonomie des hôpitaux grâce à la loi HPST** de Roselyne Bachelot. Et puis comme ce sont des lobbys, euh ... non pardon je voulais dire comme ce sont des grands groupes pharmaceutiques qui ont payé leurs études (et qui assureront probablement également une bonne partie des cours délivrés), quand les médecins-managers entreront en fonction, et ben comment dire ... et ben ils sauront quels médicaments il faut donner aux patients ... Et puis en plus ça tombe bien parce que de toute façon, la médecine et le management, et ben figurez-vous que ce sont deux domaines avec plein plein plein de points communs, comme le rappelle le directeur de ce nouveau diplôme : "En médecine comme en management, tout ne se contrôle pas et le risque existe." Eeeeeet oui. C'est ça ce qu'on appelle la force de l'évidence. Le point commun entre la médecine et le management : c'est le risque. Nooon, vous êtes taquins. Pas le "capital-risque", le risque. (éclats de rires) Bon vous me direz qu'avec ce genre d'arguments on pourrait tout aussi bien former des médecins-trapézistes (point-commun : le risque) ou des plombiers-trombonistes (point commun : le tuyau) ou encore des opticiens-soudeurs (point commun : les lunettes) ou encore des guichettières-profs de français (point commun : la princesse de Clèves) ... m'enfin ...

Naturellement, sinon cela n'aurait pas de sens, tout cela est authentique. La preuve ?

  • La voici : "Décrocher un double diplôme, de médecin et de manager, ce sera désormais possible pour une poignée d’élus grâce à la convention signée le 22 avril 2009 entre l’ESSEC et l’université Paris Descartes." Lire la suite sur EducPros.


**HPST : loi Hopital Patient Santé Territoire. Roselyne Bachelot - conseillée par Frédéric Lefevre en ce moment peu avare de ses innombrables saillies intellectuelles - Roselyne Bachelot avait initialement choisi pour cette loi le nom "MST" (Medecine, Santé, Territoire) mais pour une raison encore obscure, la cellule de communication de l'Élysée a préféré en changer.

(Temps de rédaction de ce billet : 1h ... comme si j'avais rien de mieux à faire ...)

Il s’agit d’un conflit social Madame la ministre : il n’y aura pas d’année universitaire 2008-2009.

"Madame la ministre,


Je lis dans la presse qu'au bout de onze semaines de grève dans les universités, vous vous préoccupez de ce qui va arriver aux étudiants en fin de semestre. Pour illustrer ce qu'est l'« autonomie » des universités, vous nous donnez des ordres : vous ne validerez pas « des semestres sans cours », nous devons rattraper nos enseignements, étaler les examens, utiliser les vacances de Pâques. Peut-être estimez-vous que, tout à notre mouvement, nous avions oublié « de penser aux étudiants et aux diplômes »…

Mais rassurez-vous, Madame la ministre : nous n'entendons pas « valider des semestres sans cours ». Nous sommes en grève : pas de cours, pas d'examens ; pas d'examens, pas de diplômes. Les conséquences ? Nous les connaissons autant que vous : les étudiants de cette année, victimes de votre obstination, ne pourront pas valider leur année. Ils devront redoubler l'année prochaine. Par conséquent, il nous sera impossible d'inscrire de nouveaux étudiants. Nous ne présiderons pas les jurys du baccalauréat. Quelques centaines de milliers d'étudiants et de bacheliers vont se souvenir avec émotion de votre passage au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, Madame la ministre.

Il est fini le temps des « voies de passage », des réécritures, des petits reculs, des petites astuces, des petits arrangements avec de petits syndicats. Votre mépris de notre enseignement est tel que vous ne vous êtes pas vraiment préoccupée, jusqu'à maintenant, de l'arrêt des cours dans la quasi-totalité des universités. On peut toujours rattraper, n'est-ce pas ? On peut dispenser le contenu de 13 semaines en 7 semaines, pas vrai ? Et puis ces diplômes universitaires ont tellement peu de valeur, après tout… Voilà comment vous voyez les choses, Madame la ministre : il y a eu un peu de « grogne », comme disent vos amis de TF1, et puis au final tout rentre dans l'ordre, on rallonge un peu l'année (il faut bien que ces fainéants d'enseignants-chercheurs travaillent enfin), vous faites les gros yeux et puis tout finit bien, les étudiants ont un diplôme, vaille que vaille, et votre décret passe, avec « modulation de service », « évaluation », et tout ce qui vous tient à coeur. Ouf ! On peut passer aux élections régionales. C'est que vous avez un plan de carrière à tenir.

Mais je suis désolé de vous dire que ce scénario bien huilé ne va pas pouvoir se réaliser. L'université est en grève, depuis onze semaines, jusqu'au retrait du projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, de celui qui instaure un « contrat doctoral », du projet de « mastérisation » des concours de recrutement et jusqu'à ce qu'on annule les suppressions de postes de cette année. Et c'est une grève totale, illimitée, pas l'expression vague et fiévreuse d'« inquiétudes » ou de « incompréhensions ». Il s'agit d'un conflit social, Madame la ministre, comme en Guadeloupe ou chez Continental, un conflit que vous avez si mal géré que vous avez réussi à le « radicaliser », à l'étendre et à créer la situation très grave où nous sommes aujourd'hui : il n'y aura pas d'année universitaire 2008-2009.

Vous pensez avoir isolé une « frange » d'acharnés et pouvoir la désigner à la vindicte publique ? Vous comptez sur les congés du printemps pour casser le mouvement et faire passer votre décret en catimini devant le Conseil d'Etat ? Vous croyez avoir trouvé des alliés fidèles auprès des présidents d'université et des médias serviles qui se contentent de reproduire vos communiqués ? Vous pensez, même, que la majorité présidentielle va vous soutenir jusqu'au bout ? Erreurs, Madame la ministre, erreurs lourdes de conséquences pour l'enseignement supérieur et la recherche. Le mouvement continue, il ira jusqu'au bout de sa logique. La « ronde infinie des obstinés », coeur battant et symbole de notre refus, tourne toujours, de jour et de nuit. Elle tourne avec des étudiants, des enseignants, des personnels administratifs et techniques, des bibliothécaires, des chercheurs, et même, de plus en plus, avec nos collègues du primaire, du secondaire, avec des hospitaliers.

Il paraît que vous vous « inquiétez » pour l'année universitaire, « menacée », d'après vous, si « les cours continuent à être perturbés au retour des vacances de Pâques ». Je vous le confirme : si vous ne retirez pas rapidement et clairement tous vos projets de casse de l'université, les cours continueront à être « perturbés » et l'année universitaire est bien « menacée ». 83 universités, 724 000 étudiants et leurs familles, 58 000 enseignants-chercheurs, 55 000 BIATOSS attendent vos décisions, Madame la ministre."


Michel Bernard
Professeur des universités
Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3

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J'ajoute simplement que Nancy 2, Lorient, Le Havre, Toulouse, Nice, Lyon 1, Lyon 2, Lille 2 ... et tant d'autres sont toujours en lutte contre la mise au pas des universitaires, Madame la ministre.

Recrutements à l'université : les deux côtés du miroir.

Pile. Face.

Le gouvernement ne recule devant rien. Surtout pas devant la laïcité.

Dès le mois de Janvier 2009, il avait été question d’un accord France-Vatican. A l'époque, la CPU (conférence des présidents d'université) avait adressé à Saint-Nicolas Sarkozy un courrier titré : "Chronique d’une crise annoncée dans les universités.", courrier dans lequel elle prenait la position suivante : “Selon cet accord, les diplômes délivrés par les instituts catholiques contrôlés par le Vatican seront reconnus en France au même titre que les diplômes délivrés par les universités publiques. Non seulement cet accord porte sur les diplômes canoniques, ce qui peut se concevoir mais mériterait discussion, puisque les diplômes canoniques font partie du champ initial des instituts catholiques, mais aussi sur les formations profanes, ce qui est proprement inacceptable.

Remember l’instituteur et le curé

Aujourd’hui, cet accord a finalement été adopté, et pas seulement pour les disciplines “canoniques” ! (le texte complet de l'accord est lisible sur le blog de la CNU)

Au moment même où le conseil d'état (hier) et le conseil des ministres (aujourd'hui) réalisent un hold-up parfait en adoptant le décret Enseignant-Chercheur contre lequel l'immense majorité de la communauté universitaire est encore en lutte (n'en déplaise aux déclarations de Saint-François Fillon ce matin sur France Inter), la publication le 19 Avril au JO de cet accord France-Vatican relève très clairement de la provocation.

Il faut a minima souhaiter que la CPU ne se déballonne pas complètement et qu'elle signifie au gouvernement que ce passage en catimini de l'accord France-Vatican atteste du mépris dans lequel nos saints-gouvernants tiennent le monde universitaire. De son côté, la coordination nationale des unversités ne tardera probablement pas à publier un communiqué dénonçant ce mépris.

Gageons que la gouvernance de l'arrogance trouve lors de la prochaine réunion de la Coordination Nationale des Universités une réponse à la hauteur du mépris affiché. Le gouvernement entendrait (re)mettre le feu aux poudres qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Viendra l'heure où il faudra assumer ces choix.

Même si un blog jamais ne sauvera l'université (et même si un coup de dés jamais n'abolira ...), cela vaut le coup d'essayer

Tout commence le 9 décembre 2008.
Voilà déjà quelques semaines que je suis, avec d'autres, mobilisé dans le cadre de mon IUT (La Roche sur Yon). L'idée naît donc de lancer un blog pour collecter localement les informations et permettre aux collègues peu informés ou peu mobilisés de s'y retrouver et, à tout le moins, de se tenir au courant. Ce sera fait avec "Sauvonslesiutetaudela". "Sauvons les IUT ... et au-delà" ... titre programmatique. Les IUT sont une composante "à part" de l'université française. Ils n'en sont pas moins l'une de ses parties. Alors oui, "sauver les IUT" mais au-delà également, au-delà, sauver l'université française. "Sauvonslesiutetaudela" est le site de la mobilisation à l'IUT de La Roche sur Yon. Il ne le restera pas longtemps.

Cropped-cropped-iut
Quelques jours plus tard.
Des personnels  d'IUT (enseignants-chercheurs principalement) de toute la France, essaient de structurer une coordination nationale des personnels d'IUT (CNP-IUT). Une liste de discussion est rapidement mise en place. Et le besoin d'un site web pour centraliser l'information se fait rapidement sentir. Besoin d'autant plus urgent que c'est à l'époque l'ADIUT (assemblée des directeurs d'IUT) qui dispose des seuls outils nationaux de coordination et d'information sur le web : un Wiki d'information sur la situation des IUT "au jour le jour" et une pétition nationale. Les personnels souhaitent donc pouvoir disposer de leur propre outil de diffusion de l'information. Le site "Sauvonslesiutetaudela" n'ayant publié que quelques billets relatifs au mouvement sur La Roche sur Yon, et ce même site n'étant pas encore identifié comme nécessairement rattaché à La Roche sur Yon, ce même site disposant par ailleurs d'un titre générique cohérent avec la ligne revendicative choisie par la coordination nationale des personnels d'IUT, je propose qu'il devienne "le" site web de la CNP-IUT. Décision actée dans la foulée.
Blog de grève : back-office
Le blog est créé sous Wordpress, formule "hosted" (wordpress.com). L'idée est de gérer l'urgence, de rendre compte en temps réel des infos remontées par les IUT ou glanées dans la presse, de donner une visibilité nationale au mouvement et de permettre à chaque IUT de trouver sa place dans ce mouvement national. Des entrées sous forme de catégories (une catégorie pour chaque IUT), plus quelques catégories plus génériques permettant de relayer des informations semblablement génériques, et des "pages" pour des informations de suivi ou des événements marquants à caractère ou à vocation nationale. Les codes d'administration sont mis à disposition sur la liste de discussion de la CNP-IUT. Trois personnes me les demanderont et en disposent à ce jour. Je suis concrètement le seul à avoir alimenté le blog.
Tout ça pour quoi ?
In fine, et au-delà du travail de centralisation et de visibilité, ce blog permettra au mouvement des IUT de trouver un second souffle au moment ou l'ADIUT (les directeurs d'IUT) rentrera dans le rang et s'alignera sur le calendrier ministériel. A ce moment là d'une lutte initiée et pilotée (pour diverses raisons) par les directeurs d'IUT dès la fin du mois de Novembre 2008 il paraît clair que sans l'outil "Sauvonslesiutetaudela", sans la détermination locale des collègues, et sans l'existence d'une CNP-IUT (essentiellement structurée grâce aux échanges d'une liste de discussion), la quasi-totalité des IUT aurait été dans l'impossibilité de maintenir un niveau suffisant de vigilance et de mobilisation. Il est également parfaitement clair (du moins sommes-nous quelques-uns, directeurs d'IUT compris, à le penser), il est clair disais-je, que les directeurs d'IUT auraient eu davantage de mal à négocier le passage d'une simple "charte de bonne conduite" à une "circulaire inscrite au code de l'éducation" (même si cette dernière circulaire reste notoirement insuffisante, mais ce n'est pas là le sujet de ce billet).

Univenlutte

D'un blog l'autre. De "sauvonslesiutetaudela" à "universitesenlutte".
Fin Janvier début Février, le mouvement des universités démarre "officiellement" (la grogne universitaire se faisait en fait sentir de manière diffuse depuis la rentrée). Là encore c'est la même chronologie. Une liste de discussion est créée (par Jérôme Valluy), en même temps que se structure une coordination nationale des universités. "Nourri" de l'expérience du blog "sauvonslesiutetaudela", je propose de créer un site Web pour la coordination nationale des universités (CNU). Décision là encore actée dans la foulée.
Blog de grève : back-office.
Mêmes problèmes, mêmes solutions. Le temps de trouver un gabarit (template) acceptable et de customiser le blog avec une image d'en-tête suffisamment évocatrice, il s'agit là encore de gérer l'urgence, de centraliser et de mettre en visibilité l'information. Avec un problème supplémentaire : le nombre de messages diffusés sur la liste de diffusion de la CNU devient rapidement ingérable pour tout le monde. Le blog "universitesenlutte" permettra (notamment) à celles et ceux qui ne souhaitent pas être submergés de messages de garder le lien avec le mouvement national. En plus de l'habituel fil RSS, une liste de diffusion est mise en place pour permettre aux "non-geeks" de rester informés sans avoir à passer par un agrégateur. Là encore je propose de mettre à disposition les codes d'accès au blog pour qui le souhaite. Sur plus de 300 abonnés à la liste de discussion de la CNU, 4 demandes me parviendront (dont 2 de personnes gérant d'autres blogs de mobilisation). Concrètement, j'alimenterai seul le site jusqu'à ce jour. Pour le reste, la création des catégories suit toujours la même logique : des macro-entrées pour lister les actions, tribunes et opinions ou les prises de position des différents acteurs, et une catégorie épine dorsale disposant d'une sous-rubrique par université. A l'usage, l'expérience du blog "Sauvonslesiutetaudela" m'incitera à créer d'emblée, en plus de la seule liste des universités, des catégories permettant de disposer d'entrées sur les acteurs, les types d'actions et les types de documents diffusés (communiqués de presse, tribunes, ...). Au final, le blog "universitesenlutte" compte 132 catégories (sous-catégories en fait) déployées autour de 7 catégories principales. Bénie soit la possibilité offerte par Wordpress de créer des catégories "emboîtées" et d'indexer un billet dans autant de catégories que nécessaire.
L'université de la contestation sur le Net ou le Net de la contestation à l'université.
En parallèle du blog "universitesenlutte", en parallèle de la liste de discussion qui est la véritable "épine dorsale" du mouvement, c'est à dire le lieu où se tiennent les débats et où se décident les grandes orientations et actions, on va progressivement voir fleurir une liste impressionnante de blogs de mobilisation. La colonne de gauche d'universitesenlutte en syndique quelques-uns mais ils sont des dizaines à voir le jour au fur et à mesure du mouvement. Je n'ai pas pris le temps de les comptabiliser de manière suivie, mais, à la louche (et donc sans aucune prétention scientifique), j'estime que l'on doit à ce jour compter au moins 200 blogs dédiés au mouvement. En guise d'exemple on pourra se reporter à cette liste (loin d'être exhaustive ...) des IUFM déclarés "en lutte" :

La même liste (toujours non-exhaustive) pourrait être établie pour chaque université, chaque composante parfois, chaque collectif de personnel ou d'étudiant. Chacun se met à créer "son" blog et à essaimer les informations. Là encore, le besoin d'un site pivot et central devient crucial, en même temps que la gestion dudit site devient un travail à temps plein ... En parallèle, la floraison de ces innombrables blogs permet de recentrer l'alimentation du site "universitesenlutte" : il doit permettre de visualiser les actions, décisions et communiqués les plus "saillants", il doit également éviter d'être trop "parisien" pour permettre de faire vivre la mobilisation en province, et il doit enfin relayer les informations des quelques universités, composantes ou collectifs ne disposant pas de leur propre blog d'information. Fort heureusement, ce dernier point s'allègera considérablement au cours du dernier mois.
De la grève, du temps libre et de l'air du temps
Alors qu'une certaine presse se fait fort de désinformer à temps plein (enseignants payés quand ils sont en grève, grévistes non-déclarés, etc ...), les soutiers du net et des AG bossent sans économiser leur peine. L'alimentation du blog "universitesenlutte" (cumulée à celle du blog "sauvonslesiutetaudela") me prend plusieurs heures par jour. Il faut lire la tonne de messages qui circulent sur la liste, faire le choix de relayer ceux qui semblent les plus importants et/ou les plus caractéristiques et/ou ceux qui ont le moins de chance de l'être (relayés) par ailleurs. Il faut également effectuer une petite veille média quotidienne pour nourrir le blog d'éléments de revue de presse (ce dernier point étant heureusement assez rapidement expédié étant donné l'indigence du traitement par la presse de ce mouvement à de très rare mais heureuses et notables exceptions : l'humanité et libération - principalement via le blog de Sylvestre Huet). Il faut ensuite mettre en ligne et en forme les informations retenues. Plusieurs heures par jour donc. Plusieurs heures par nuit serait plus juste, les journées étant occupées à tenir, organiser, participer à différentes AG, a structurer des mouvements et des coordinations locales ou régionales (sur le thème "de la maternelle à l'université", mais également à faire des "cours hors les murs", à assurer un minimum de suivi pédagogique avec les étudiants, à traiter les tâches administratives non-négociables, et naturellement à sans cesse débattre avec (ou contre) des collègues, des étudiants, des passants, des parents ...

Livre Guiness des records. Du 4 Février au 4 Avril, soit pendant 2 mois, le blog "universitesenlutte" compte 847 billets publiés (925 le 17 Avril). Pour la même période, "sauvonslesiutetaudela" compte 275 billets publiés (422 le 17 Avril). Soit plus de 19 billets publiés par jour, pendant 2 mois (pour mémoire et pour avoir une échelle de comparaison, Affordance.info après 3 ans d'existence et un rythme de publication assez soutenu, compte 1500 billets publiés, dit autrement, j'ai publié sur universitesenlutte et sauvonslesiutetaudela en 3 mois autant de billets que sur Affordance ... en 3 ans !). Le fait d'être gréviste déclaré pendant plus d'un mois et demi (activités d'enseignement ET de recherche ET tâches ou fonctions administratives) fut la condition sine qua non permettant de libérer le temps nécessaire à ces différentes activités de soutier. Si vous voulez des chiffres, comptez a minima 3 à 4 heures par jour pour alimenter les blogs universitesenlutte et sauvonslesiutetaudela. Et les jours fastes (précédant ou suivant des manifestations ou actions nationales ou prises de positions ministérielles), vous pouvez aller jusqu'à 5 ou 6 heures par jour nuit. Voilà aujourd'hui plus de deux mois que j'ai mis "en veille totale" mes activités d'enseignement, de recherche, et de blog professionnel.
Tout ça pour quoi ?
Le blog universitesenlutte aura constitué (du moins je me plais à le croire), dans l'action (qui est loin d'être terminée), un contre-pouvoir efficace. Relai de l'information, site pivot du mouvement (avec d'autres, notamment SLR, SLU et celui de Sylvestre Huet), il permit notamment de passer outre la couverture médiatique inexistante ou très orientée de ce qui restera quoiqu'il advienne comme la crise la plus sévère qu'ait connue l'université française depuis un certain Mai 1968.

Tout ça dans quelles règles ?

Bloguer vite. Certes, et si possible bloguer bien. Dans le mouvement de contestation des universités, être webmaster autoproclamé nécessite l'observance de quelques règles strictes.

Bloguer en forme et sur la forme. Les textes, communiqués, informations republiées sur le site, principalement à partir des informations circulant sur le liste de discussion de la coordination, sont souvent (forme de l'email et urgence des situations obligent) émaillés de fautes d'orthographe. Il faut donc les relire (dans l'urgence également) en espérant que l'essentiel puisse être corrigé. De manière plus formelle, j'ai fait le choix d'éviter autant que possible de publier des documents sous forme de fichiers attachés, préférant reproduire dans le corps du billet les informations contenues dans lesdits fichiers. La cause en est simple : l'expérience (la mienne en tout cas) prouve que l'on n'ouvre pas systématiquement les fichiers attachés alors que l'on va lire (ou au moins survoler) le contenu d'un billet publié en "plein texte". En outre, la lisibilité et l'indexation par les moteurs de recherche n'en est que meilleure. Ce choix implique un facteur temps non-négligeable pour passer outre les mises en forme Word ou Pdf et retranscrire cela sous une forme lisible pour le blog.

La solitude du blogueur de fond ... et sur le fond. Editorialisation zéro. Tel fut le pacte éditorial initialement conclu (et de loin le plus dur à respecter ... étant donné ma tendance lourde à éditorialiser ;-). La CNU ayant initialement décidé de ne pas se doter de bureau ni de porte-paroles, il n'était naturellement pas possible "qu'universitésenlutte" soit le blog d'un seul, ou qu'une voix s'y détache des autres. Règle fut donc adoptée de reprendre tel quels (hors quelques parfois substantielles modifications formelles ou typographiques) les messages circulant sur la liste de discussion.

Jamais de noms de collègues sans leur aval ou en dehors de documents officiels et signés ou signalés comme tels. Jamais naturellement d'adresses mails visibles (pour éviter le spam) ou de numéros de téléphone.

Bloguer Et modérer. Près de 400 commentaires enregistrés sur le blog universitesenlutte. A lire les commentaires sous le moindre article de presse ou billet de blog un tant soit peu favorable (ou au moins objectif) sur le mouvement, c'est au mieux l'incompréhension totale et au pire l'écoeurement pur et simple. Mention spéciale de la médaille du courage et de la modération à Sylvestre Huet, dont chacun des billets est devenu le déversoir de tombereaux de haine et de poujadisme à l'encontre des enseignants-chercheurs (fainéants et/ou gauchistes), des étudiants (branleurs), des intellectuels (branleurs, gauchistes ET nuisibles) et de l'université et des fonctionnaires en général. Pour différentes raisons, je m'intéresse d'assez près à la manière dont les forums et commentaires permettent de contre-balancer les postures discursives à l'oeuvre dans les blogs, ramenant le plus souvent ces dernières (postures discursives élevées/élitistes) à un pragmatisme de bon aloi. Mais là j'avoue être encore médusé par de telles flambées de haine. J'y voie deux explications tout aussi plausibles l'une que l'autre. La première est que le mouvement à l'oeuvre dans les universités a, dans un premier temps, et du fait conjugué de la complexité de certains dossiers et de l'indigence de la couverture presse qui en était faite, suscité incompréhension ou méprise devant ce qui, dans l'idéologie ambiante, pouvait effectivement en apparence et en première lecture passer pour un combat rétrograde et corporatiste. L'autre explication (tout aussi plausible je le répète) est l'instrumentalisation pensée et méthodique de ces lieux de paroles (les commentaires de blogs et/ou d'articles de presse) pour une activité de lobbying et de désinformation en provenance du parti politique au pouvoir. Ce n'est pas assez clair ? Oui je pense que l'UMP (ou les jeunesses UMP ou tout autre organisation apparentée, voire plus à droite) a donné des consignes (ou payé des gens) pour investir méthodiquement ces (rares) espaces de défense et illustration des raisons réelles de la colère des universités, afin d'y entretenir la ligne poujadiste sur laquelle se tient le président de la république et afin que le ralliement avec l'opinion n'ait pas lieu. Pour mémoire, on se souviendra de l'importance stratégique qu'avait eu ce ralliement de l'opinion lors du dernier grand combat pour l'université et la recherche en 2002.

Concernant le blog "universitesenlutte" j'ai donc soigneusement modéré les commentaires et exclu sans état d'âme tout ce qui de près ou de loin s'apparentait à du poujadisme (le troll étant la figure numérique moderne du poujadisme). Ce qui ne veut pas dire que les 400 commentaires sont tous favorables au mouvement (loin s'en faut ...), mais au moins ne relèvent-ils pas du seul argumentaire de la haine ou de la seule logique de désinformation.

Dans les coulisses du Net : la blogosphère sur tous les fronts ... La contestation universitaire disposa et se dota tout au long de ces quelques mois de toute une panoplie d'outils internet. Les grands gagnants, les plus plébiscités sont à l'évidence les blogs (notamment créés sous Blogger). Blogs au long cours à résonance institutionnelle, mais également blogs événementiels comme instantanés (tel celui mis en ligne pour rendre compte au fur et à mesure de l'occupation de la présidence de l'université d'Orléans). Temporalités longues ou courtes, éphémères ou durables, mais toujours cette fantastique puissance de structuration que confèrent ces plateformes et l'extraordinaire lisibilité (formelle et structurelle) qui en découle.

En seconde position vient l'outil pétitionnaire (notamment grâce à la plateforme libre phpMypetition) qui fit preuve d'une remarquable efficacité sur la visibilité nationale de certains mots d'ordre.

Vinrent ensuite :

Réticulaire épistolarité
Et par dessus tout, ce mouvement fut celui d'une épistolaire réticularité. La vraie épine dorsale de ce mouvement fut constitué des échanges mail qui eurent lieu sur différentes listes de discussion, dont celle de la coordination nationale (avec une moyenne de 300 messages par jour) auxquelles s'ajoutent toutes les listes syndicales, disciplinaires, d'établissement, de laboratoire ...
Mon sentiment - là encore rien de scientifique, juste une impression issue d'une observation participante immersive de plusieurs semaines ... - mon sentiment disais-je, est qu'à chaque outil (blogs et listes de discussion) correspond un certain niveau de mobilisation. Les collègues s'exprimant sur la liste de la coordination nationale des universités (mais aussi sur celle de la coordination nationale des personnels d'IUT) furent les éléments moteurs du mouvement. Ceux qui bâtirent les actions, les mots d'ordre, les événements (symboliques ou non). Une autre catégorie de collègues, ceux qui "se contentèrent" se suivre les informations publiées sur les différents blogs "nationaux" ou "largement représentatifs" s'inscrivit dans une mobilisation plus "périphérique", sans que ce dernier terme ait quoi que ce soit de péjoratif. Ou si l'on préfère, les généraux d'un côté, l'infanterie de l'autre. Et ce dans une indissociable et nécessaire complémentarité (une manifestation de généraux n'aurait pas grande force, pas plus que ne pourrait exister de manifestation spontanée suffisamment représentative et coordonnée). En ce sens là, généraux et infanterie, listes de discussion et blogs, marquèrent et marquent encore une vraie réussite dans cette mobilisation.

SLR, SLU et UEL. Sauvons la recherche et Sauvons l'université sont deux associations depuis déjà longtemps représentatives et profondément enracinées dans la culture universitaire, en tant que forces de propositions tout d'abord mais également en tant que bastions de résistance à une certaine politique de l'enseignement supérieur et de la recherche. La création du site Universitesenlutte pourrait apparaître redondante au regard de l'activité des deux autres sites. Elle ne le fut pas (à mon avis). D'abord parce qu'Universitesenlutte n'a pas vocation à durer. Le blog cessera d'être alimenté dès que ce mouvement sera terminé (c'est à dire dans quelques années ;-). Elle ne le fut pas non plus car le contexte de ce qui est (nonobstant l'opinion de certains médias), le plus grand, le plus unitaire, le plus suivi et le plus long des mouvements universitaires depuis l'après-guerre (loin devant mai 68) justifiait à lui seul la mise à disposition d'un espace dédié. Le terreau politique qui avait vu naître SLR et SLU, même s'il comptait nombre des éléments que l'on retrouve aujourd'hui dans la contestation universitaire, était différent de la massification de la contestation ces deux derniers mois chez les enseignants-chercheurs (je ne parle pas ici de mobilisation étudiante).

Tout ça pour qui ?
Pour les sociologues de demain. Ils y observeront l'émergence d'une contestation jusqu'à son aboutissement (hypothèse haute) ou à son point de non-retour (hypothèse basse). L'éternel cycle de la contestation, négociation, radicalisation et retour. Ils y verront comment les argumentaires se structurent. Ils disposeront d'un outil disposant de règles de structuration intéressantes à faire jouer dans le cadre d'une analyse fine de l'ensemble de ce mouvement. Des blogs conçus sans sommeil, des blogs de veille éveillée, de l'observation participante comme on dit aussi, mais au final tant de possibilités d'exploiter structurellement le "work in progress" d'un tel mouvement.
Pour les pouvoirs et les contre-pouvoirs
Dans un mouvement de contestation, pouvoir disposer d'un tel observatoire est naturellement une manne pour le camp d'en face. Le pouvoir ne se prive pas de disséquer ce qui s'y dit. Il aurait d'ailleurs bien tort de ne pas le faire :-)
Pour moi. En créant et en alimentant ces deux blogs, mon nom restera probablement (avec d'autres naturellement) attaché à la mise en visibilité de ce mouvement particulier. J'ai donc mis tous les atouts de mon côté pour me faire une réputation numérique détestable auprès du ministère (mais là, j'avoue que j'avais déjà bien défriché le terrain), ainsi qu'auprès d'un certain nombre de présidents d'universités et plus globalement de collègues peu ou prou hostiles au mouvement actuel. Le résultat à court et moyen terme en ce qui concerne ma petite personne est que, par exemple, pour d'éventuels voeux de mutation, ma carte de France des destinations possibles risque de se limiter aux quelques universités dans le CA desquelles la mouvance anarcho-autonome est massivement représentée, c'est à dire ... assez peu (exception faite de la Sorbonne, tant que Saint Georges en assurera la présidence). Mais je n'en conçois aucune amertume, étant parfaitement à l'aise dans mon petit (mais costaud) IUT de province et n'aspirant à aucune promotion, prime ou reconnaissance autres que celle de la cohérence de mes paroles et de mes actes (et un peu aussi quand même de mon activité scientifique ;-)
Pour les autres. Christophe, Jérôme, Linda, André, Olivier (pas moi un autre), Pascal et tant d'autres. Dans le concert de la contestation, il fut à l'évidence quelques patients et talentueux chefs d'orchestre. Ceux qui surent initier les actions, ceux qui surent coordonner les mouvements, ceux dont l'argumentaire et la lucidité critique permirent sinon de gagner sur tous les fronts mais à tout le moins de sauver temporairement l'essentiel. Eux et les autres dessinent le contour d'un collectif avec lequel il fait bon vivre, débattre, s'engueuler, construire. Avec lequel on s'imagine parfois monter une nouvelle abbaye de Thélème. Une université dont l'autonomie serait véritable et sans rien de commun avec le prêchi-prêcha autonomiste dont le ministère nous rebat les oreilles depuis déjà deux ans, sans rien de commun avec cette autonomie simplement vocable mais supposée non révocable, un vocable galvaudé, cache-misère et prétexte à toutes les fuites et dérobades.

Et maintenant, un peu de benchmarking de la contestation. Nota bene : les conclusions suivantes n'ont aucune valeur scientifique. Elles sont un simple relevé de conclusions établi sur la base de choix personnels (et donc parfaitement subjectifs). Après plus de 850 billets publiés en 2 mois, j'ai voulu regarder quelles catégories et quels types d'actions étaient les plus représentés et donc possiblement les plus représentatifs.

Soit le benchmarking de comptoir suivant : ce mouvement s'est cristallisé autour de la question du décret des enseignants-chercheurs et de la masterisation. Les syndicats, les sociétés savantes et la CNU (coordination nationale) ont occupé la première ligne de la négociation et de la contestation. La visibilité du mouvement a principalement tenue grâce à des actions symboliques et aux actions dites "université hors les murs". Le mouvement a principalement été relayé par la presse (papier et web). Concernant la presse, il faut distinguer :

  • les journaux qui ont fait l'effort de couvrir factuellement et régulièrement le conflit (L'Humanité est ici seule en course), dégageant au passage une certaine sympathie pour ce mouvement.
  • et ceux qui n'ont pas fait cet effort, ou l'ont fait dans une logique de presse d'opinion parfois éhontément alignée sur la communication gouvernementale ... (bien qu'appartenant à cette dernière catégorie, Le Figaro s'est un peu démarqué par une couverture (trop épisodiquement) factuelle.
  • et il faut enfin mentionner la presse des éditorialistes, la presse "prête à penser", l'indigence intellectuelle biberonnée à l'anathème et au poujadisme dont Christophe Barbier et Sophie Gherardi furent et demeurent les indéboulonnables figures de proue.

Plusieurs dizaines de milliers d'enseignants-chercheurs "en lutte", et moi et moi et moi. Moi dans tout ça, je me serai simplement efforcé de jouer mon rôle. J'ai fait grève, j'ai poussé des coups de gueule épidermiques, d'autant plus épidermiques que j'avais auparavant effectué un certain nombre d'efforts d'analyse et de vulgarisation, à mon niveau, à mon échelle, auprès de mes collègues et des lecteurs d'Affordance j'ai alerté, j'ai relayé, j'ai témoigné, comme des milliers d'autres collègues j'ai blêmi d'indignation en entendant un certain discours, j'ai tenté de dialoguer et d'argumenter, j'ai vulgarisé encore y compris sur des acronymes abscons et des critères à l'unisson, sans me jeter trop de fleurs, je crois même avoir été parmi les premiers (en Mars 2008 le cadre de la modulation de service était posé, le 7 septembre 2008 le rapport Schwartz était connu, 9 novembre 2008 on savait à quelle sauce on allait être mangés) à m'être alarmé des changements qu'induirait le nouveau décret pour les enseignants-chercheurs. En remontant encore plus loin, le 14 Novembre 2007 je m'essayais à un petit exercice de style sur le ton de l'humour (noir) et la prospective, exercice à la relecture duquel je me dis aujourd'hui que la fiction sera peut-être demain ... très en deçà de la réalité ! Bref j'ai fait ce que je considère être aussi mon métier.    

Ce que je retiendrai personnellement de tout cela ? (ou comment et en quoi le fait d'être un temps le webmestre soutier d'une contestation universitaire sans précédent m'a-t-il nourri ?)

D'abord le poids des mots. Incommensurable. Ces mots de la bêtise, cette indigence de la pensée, ce discours de la haine et des préjugés, cette empathie travaillée avec une idéologie du café du commerce, bref, ce discours de Nicolas Sarkozy dont on mesure d'autant mieux la sidérale vacuité quand on le compare à un autre discours sur l'université et la recherche, pourtant tenu par quelqu'un qui ne saurait être assimilé à un dangereux gauchiste. Autres temps, autres moeurs. 

Ensuite la force des symboles. Comme un moteur qui une fois lancé fait toute la preuve de son inaliénable inertie. La ronde des obstinés et les lectures publiques de la princesse de Clèves en furent les plus éclatantes illustrations. La symbolique de l'action comme point d'orgue à la rationnalité des débats.

Enfin l'importance du temps de la réflexion. Et celle tout aussi considérable du temps de réaction. Dans la négociation sur le décret enseignant-chercheur, comme dans celle sur la masterisation, comme dans celle sur le texte contractuel devant régir les rapports entre IUT et universités, comme dans celle du contrat doctoral, comme dans les suppressions de postes et le démantèlement des organismes de recherche ... sur tous ces points au coeur du mouvement de contestation, c'est une immense partie d'échec qui s'est jouée, sur le mode "blitz". A chaque pion avancé par le ministère, à chaque nouveau "communiqué"  d'un ministre, à chaque nouvelle version du décret, après chaque article de presse relayant le mouvement, la machine de guerre universitaire s'est mise en marche. En marche forcée. Analysant, décortiquant, article de loi à l'appui chaque fois que nécessaire, remettant en contexte, répondant aux communiqués par d'autres communiqués. Ce temps de réaction peut, me semble-t-il à lui seul expliquer la durée inhabituelle de la crise. C'est grâce à ces infatigables ténors de l'analyse et du décortiquage que le monde universitaire a pu y voir plus clair dans le jeu d'ombres et de faux-semblants initié par les ministères. Grâce à eux que nous ne sommes pas aujourd'hui "échec et mat".

Compléments : sur le sujet de l'utilisation des outils du Net "au service" d'un mouvement social et sur la complémentarité/opposition entre médias internet et médias "mainstream" voir également :

Sur l'affaire du boycott du Monde par les enseignants-chercheurs et la charte de bonne conduite lancée par Jérôme valluy :


Un regret. Un seul. Vous dire aussi que malgré l'épuisement et les tensions, je n'ai à ce jour qu'un seul regret à formuler. Un regret à l'adresse de "mon" champ scientifique (plus exactement à l'endroit de celles et ceux qui le représentent et "l'incarnent"), également nommé 71ème section, ou "sciences de l'information et de la communication". Un champ dont les instances (CNU), dont les sociétés savantes (SFSIC) et dont les acteurs ont (une nouvelle fois ?) fait preuve d'un assourdissant silence. Elle ne fut certes pas la seule à avoir sorti les silencieux au bout du calibre, mais le fait est qu'elle était probablement (et en un sens légitimement au regard de son histoire scientifique) plus que d'autres attendue sur ce terrain. Bref, pendant que les universités étaient au coeur de la tourmente, pendant que le contrat doctoral unique était au coeur des plateformes de revendications, la SFSIC tenait congrès et ouvrait ses "journées doctorales" en se positionnant de la sorte : "Alain Kiyindou, président de la SFSIC puis Isabelle Pailliart, directrice du GRESEC ont ensuite souhaité la bienvenue aux participants. Le contexte actuel de réforme de l’université a été rappelé et l’organisation de ces journées durant cette difficile période de conflit saluée." C'est sobre. D'une aride sobriété (en même temps c'est vrai que je n'y étais pas aux journées doctorales, et que peut-être derrière la sobriété du compte-rendu furent tenus de vifs et passionnés débats ... mais j'ai comme un doute). C'est bête mais quand on regarde l'héritage de ce champ scientifique, on se dit que nombre de ses initiateurs doivent être en train de faire la toupie dans leur tombe. Alors définitivement oui, l'invisibilité doctrinaire des sciences de l'information et de la communication dans un conflit qui méritait à tout le moins que l'on mobilise ladite doctrine pour produire un certain nombre d'analyses et mettre en perspective un certain nombre de faits, cette invisibilité là restera comme un regret. Heureusement des sociologues, des historiens, des linguistes, des philosophes ont amené dans l'horizon du débat de précieux acquis disciplinaires. Mais des SIC, rien ou si peu. On avait déjà de toute façon perdu la trace de la 71ème section dans les méandres de l'AERES, la SFSIC et la CNU viennent à mon avis de louper une belle occasion de la faire sortir de son état gazeux. (et moi je viens de me faire plein de nouveaux amis :-) Il reste heureusement en ce champ comme en d'autres quelques heureuses marges d'indiscipline.

Allez, maintenant faut que je vous laisse, j'ai un blog de lutte à nourrir :-)

(Temps de rédaction de ce billet : offert. - comptez à la louche 5 heures)

Simple question de cohérence ...

Voilà plus de 4 mois que dans mon IUT et ailleurs, je suis l'un de ceux qui se bagarrent pour ce que nous appellerons - d'un doux euphémisme - une "certaine vision du service public d'enseignement et de recherche".
Je viens de recevoir ce mail :
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"Bonjour Monsieur,
Je me permets de vous contacter au nom du Comité d'évaluation du programme Contenus et Interactions de l'Agence Nationale de la Recherche. Ce comité a proposé de vous solliciter pour l'expertise du projet de recherche "********** : **********************"

<Update> les noms des partenaires ont été supprimés, à la demande de l'AERES </Update>

Dont les partenaires sont :
-          une unité mixte de recherche,
-          un laboratoire R&D d'une grande firme industrielle,
-          un centre de recherches Economiques de l'Université de xxxxxxx xxxxxxx,
-          un institut national, 
-          une grande école
Votre participation consisterait à analyser le contenu de ce projet en fonction des critères de qualité scientifique et technique définis dans l'appel à projet. Votre rapport sera un élément déterminant pour le classement de ce projet et son éventuel financement. Le texte de l'appel à projet est joint à ce message, ainsi qu'un modèle de rapport d'expertise.Je vous serais reconnaissant de m'informer rapidement de votre réponse par retour email.  (...) Nous aurions besoin que cette expertise nous soit rendue le 24 avril.
Nous espérons que vous accepterez de faire cette expertise car le comité d'évaluation considère que vous disposez des meilleurs compétences pour juger ce projet. Si toutefois vous déclinez la proposition, ou si vous avez besoin d'un délai supplémentaire merci de nous le signaler au plus vite afin que nous puissions réagir rapidement.
En vous remerciant par avance pour votre réponse ..."

Voici ma réponse,
=======
Bonjour,
Je vous remercie de cette sollicitation. La "********** : **********************" est effectivement au coeur de mes thématiques de recherche. Je vais néanmoins, et un peu à regret au vu du thème proposé, être dans l'obligation de décliner votre offre, pour des raisons de conviction et de cohérence personnelle. Avec quelques autres universitaires, je suis actuellement en grève et en lutte contre le démantèlement aussi systématique que méthodique de la recherche et des unviersités françaises. A ce titre et comme l'indique la pétition que j'ai signée parmi plus de 4000 collègues, je considère que :

  • "Ce nouveau mode de gestion de la recherche et de l’enseignement supérieur s’appuie sur deux structures récentes : l’ANR et l’AERES. La première absorbe l’essentiel des crédits et prive ainsi universités et grands organismes de leurs moyens, donc de toute autonomie scientifique. Elle aboutit à un système déstructuré dans lequel il n’y aurait plus d’intermédiaire solide (laboratoires, Instituts, lieux propices à une activité collective, une mutualisation) entre le ministère et des équipes individuelles. Ces dernières sont mises en compétition les unes avec les autres pour se disputer des fonds publics. Seules les plus grosses et les mieux établies s’en sortiront (exactement comme le plan Campus, qui aboutit à laminer les petites universités, aussi dynamiques soient-elles). L’ANR est en outre à l’origine de la prolifération de postes précaires qui, allant de pair avec une réduction du nombre de postes statutaires, crée une véritable bombe à retardement. Quant à l’AERES, dont les membres sont tous nommés, elle vient se substituer aux structures collégiales d’évaluation (CoNRS, CNU). Quel que soit le sérieux du travail effectué par les experts, leurs rapports passent ensuite par une série opaque de filtres et reformulations dont ce qui ressort a plus d’une fois étonné et choqué les personnes concernées."

Lorsque la communauté scientifique sera traitée avec respect par ses interlocuteurs ministériels, lorsque ses revendications et ses projets pourront être réellement discutés et non éternellement relégués au second plan ou tenus comme nuls, lorsque ces conditions seront réunies et mises en oeuvre, c'est avec plaisir que je répondrai aux sollicitations de l'ANR.
Je vous demande naturellement de ne pas considérer le contenu de ce message comme une attaque à votre endroit, et vous prie en revanche de bien vouloir le transmettre aux instances compétentes de l'ANR.
Bien cordialement
Olivier Ertzscheid
McF en lutte
http://universitesenlutte.wordpress.com
http://sauvonslarecherche.fr/
http://www.sauvonsluniversite.com/

"Il n'y a pas d'abonné au numéro que ..."

  • Vous m'avez mis un deux trois 750 mails récemment et je ne vous ai toujours pas répondu ?
  • L'article que je devais vous envoyer ne vous est toujours pas parvenu ?
  • Notre projet de recherche et/ou de collaboration en est encore au point mort ?
  • Vous voudriez savoir ce que j'en pense ?
  • Le document administratif permettant de procéder au paiement et/ou au défraiement de ma dernière intervention chez vous n'est toujours pas signé de ma direction ?
  • Nous devions nous rappeler pour fixer un rendez-vous important ?
  • Le rapport que je devais vous envoyer avant le début de ce mois ne vous est pas parvenu ?
  • Vous n'avez pas de mes nouvelles depuis Noël ?
  • Vous m'avez mis un deux trois 750 mails récemment et je ne vous ai toujours pas répondu ?

C'est normal. L'article arrivera, le rapport aussi, notre projet de recherche itou, et tout le reste de même. Mais plus tard. Pour le moment je suis à temps plein ici et . Je suis loin de savoir quelle sera l'issue de ce conflit mais je resterai ici et tant qu'il perdurera. Et tant qu'il perdurera, Affordance à l'image de son auteur, en grève sera, comme disait maître Yoda (nonobstant de très importants dommages colatéraux). Et quand tout ceci sera fini, ici ou , quand j'aurai terminé de rattraper, d'une manière ou d'une autre, les seules vraies urgences que sont mes enseignements, j'en viendrai au reste. Ne m'en veuillez donc pas. J'espère revenir bientôt. D'ailleurs ici et tous espèrent revenir bientôt. D'ici là et comme tout le monde en ce moment, on a juste besoin de tout le monde. 
En attendant ...

Bloggreve

Blog en grève.

Bon ben voilà.
Essentiellement pour les raisons exposées là (vous n'avez qu'à remplacer "Liens Socio" par "Affordance").
Et jusqu'à nouvel ordre.
Blog

Le petit lien du Week-End ...

... sera militant : http://universitesenlutte.wordpress.com/
Ce site recense les informations liées au mouvement national qui agite en ce moment les universités françaises (avec, dans la colonne de droite, l'agrégation de fils RSS d'autres sites également militants)

Christophe Barbier : l'Ikéa de la pensée.

Cb < A propos> Chronique à propos d'un éditorial de Christophe Barbier sur le mouvement des enseignants-chercheurs, éditorial diffusé le 3 Février 2008 sur LCI. </ à propos>

Christophe Barbier est brillant. Christophe Barbier est un garçon formidable. Et très brillant. Avec le même problème que beaucoup de gens brillants. C'est qu'une fois atteinte la sous-couche du vernis, Christophe Barbier est terne. Désespérément terne.

Christophe Barbier est premier de la classe. Et comme la plupart des bons élèves, il raisonne en bon élève. Les bons élèves sont, de toute éternité, les moins touchés par les réformes. Les bons élèves issus d'un bon milieu socio-professionnel n'ont, de toute éternité, pas trop de souci à se faire, quelle que soit la réforme mise en place, ils resteront, peu ou prou bons élèves. Voilà pourquoi cela étonne Christophe Barbier que "les enseignants-chercheurs refusent d'avoir un patron (...) qui décide de leur carrière (...) en fonction de ceux qui auront obtenu de bons résultats". Eh oui cher Christophe Barbier :

  • quand on est très proche du pouvoir politique actuel,
  • quand on dispose d'un organe de presse (l'express) pour y faire passer ses opinions,
  • quand après la prestigieuse rue d'Ulm (dans laquelle on entre sur concours, preuve supplémentaire de tout l'arbitraire des concours ...), quand après la rue d'Ulm on sort diplômé de l'ESCP-EAP, tout aussi prestigieuse Business School dans laquelle le budget par étudiant est d'à peu près 15 000 euros,
  • quand on continue d'y faire régulièrement des ménages en guise d'enseignement universitaire ...

... on ne comprend effectivement pas pourquoi ces léninistes d'enseignants-chercheurs (oui parce que Christophe Barbier rappelle également que "Pasteur est mort, Lénine aussi d'ailleurs, il faudrait qu'ils le comprennent", merci pour l'info Christophe), on ne comprend pas, disais-je, pourquoi les enseignants-chercheurs refusent d'avoir un patron. Mais reprenons : en fait Christophe Barbier qui est, soit son propre patron, soit copain avec les patrons qui l'emploient pour faire des piges ou des ménages, ne comprend pas que tous les enseignants-chercheurs ne soient pas comme lui. Et c'est là le climax de la pensée de Christophe Barbier : être dans cette déficience intellectuelle si commune à la pensée néo-libérale, déficience qui consiste à s'empêcher de penser la différence, à faire de l'ego et/ou de la singularité, des modèles ou des dogmes qui seraient suffisants à rendre compte de l'état du monde et à en dicter sa conduite. Bref, être incapable de penser la masse. D'où une pensée idéologie ... à la ramasse. Alors oui Christophe nous refusons d'avoir un patron dans le sens où tu l'entends (et je te rappelle accessoirement que nous avons déjà un patron, qui est l'état, patron dont il se murmure qu'il pourrait également devenir celui de certaines banques d'affaire ...). Mais surtout Christophe, surtout, nous refusons que le modèle économique de l'université française soit celui de l'ESCP-EAP. Et ce n'est pas parce que l'ESCP-EAP doit compter assez peu de léninistes dans ses rangs (oui je sais Christophe, il est mort, ainsi que Pasteur). Si on refuse cela, c'est parce que figure-toi qu'à la différence du patron de l'ESCP-EAP, les patrons de l'université française n'en ont pas les moyens. Sauf à augmenter les frais d'inscription dans lesdites universités françaises. Mais là encore, va savoir pourquoi, c'est une idée qui ne m'enchante pas.

Christophe Barbier : de la rhétorique de l'égo à celle du vide. Pour commencer son édito et à propos de la grogne des enseignants-chercheurs, Christophe Barbier indique : "C'est une colère des plus injustifiées, quand on est ouvrier dans l'automobile, on comprend que les ouvriers aillent manifester, mais quand on voit les enseignants-chercheurs se mobiliser c'est totalement injustifié." Voilà la parfaite illustration de la rhétorique démagogique. L'argument avancé par Christophe Barbier est naturellement recevable. Il l'est d'autant plus que nous sommes "en crise mondiale". Et il l'est encore davantage parce qu'il est aisément transposable. Par exemple tenez : 

  • "C'est une colère des plus injustifiées, quand on est paysan sans terre en amérique du sud, on comprend que les paysans sans terre aillent manifester, mais quand on voit les ouvriers dans l'automobile se mobiliser c'est totalement injustifié."
  • "C'est une colère des plus injustifiées, quand on est un enfant soldat en corée du nord et victime du tourisme sexuel occidental, on comprend que les enfants soldats aillent manifester, mais quand on voit les paysans sans terre se mobiliser c'est totalement injustifié."

Christophe Barbier c'est l'Ikéa de la pensée. Et oui. Comme les meubles Ikéa, la pensée de Christophe Barbier est pénible à monter (voire à surmonter) mais très rapide à démonter. Et en plus elle est livrée en kit, donc elle ne prend pas de place. Pour vous aussi pouvoir jouer à Christophe Barbier il vous suffit de copier-coller les différentes misères du monde dans l'espace désespérément vacant de la pensée de Christophe Barbier. Sur le modèle suivant  : "C'est une colère des plus injustifiées, quand on est <... insérer ici la misère numéro 1 ...>, on comprend que les <... misère n°1 ...> aillent manifester, mais quand on voit <... insérer ici la misère n°2 qui devra être moins dramatique que la misère n°1 ...> se mobiliser c'est totalement injustifié." Hop. Ca y est. Vous êtes Christophe Barbierisés, vous pouvez désormais briller en société.  :-)

Christophe Barbier est donc culotté. Mais façon "culotte de velours". Oh loin de moi l'idée que le point de vue de Christophe-Barbier-le-bon-élève-et-l'IKEA-de-la-pensée n'ait aucune légitimité. Son point de vue EST légitime. Plus exactement son point de vue a la légitimité de celui d'un éditorialiste de la société du spectacle dans laquelle il est un passe-plat de première importance, dont il est en même temps l'un des premiers acteurs, et au banquet de laquelle il siège en bonne place (et surement en charmante compagnie).

Mais que faire de Christophe Barbier ? N'hésitez pas, d'autres et des bien plus prestigieux que moi vous le conseillaient depuis bien plus longtemps que moi. Aujourd'hui n'hésitez plus : "Faites comme Christophe Barbier : arrêtez de penser, lisez l'Express." Même si parfois les pages web de l'Express sont nonobstant capables de s'en tenir aux faits.

Un dernier mot sur Christophe Barbier ? Bien sûr. Le philosophe léniniste et pasteurisé Alain (également passé par la Rue d'Ulm mais pas par l'ESCP-EAP d'où une certaine indigence dans sa pensée), le philosophe Alain avait écrit : "La prière c'est quand la nuit vient sur la pensée." Un éditorial de Christophe Barbier, et l'on attend avec impatience que le jour se lève enfin ...

(Temps de rédaction de ce billet : offert)

Graves dysfonctionnements de Galaxie, le portail du recrutement.

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Information republiée depuis le site Fabula. De nombreux docteurs / doctorants lisant Affordance, j'ai jugé qu'elle méritait la republication la plus large possible. A titre personnel je précise que j'ai été également alerté par un collègue qui s'est retrouvé dans le premier cas de figure décrit ci-après.
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Graves dysfonctionnements de Galaxie, le portail du recrutement

(signalés par William Marx)

Comme si les problèmes que nous connaissons actuellement ne suffisaient pas, je viens de m'apercevoir que le nouveau système Galaxie qui a été mis en place par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche présente de graves dysfonctionnements. Ce système est, vous le savez, le portail des candidats au recrutement sur des postes d'enseignant-chercheur. Tous les postes mis au concours y paraissent au jour le jour (ou au fil de l'eau, comme on dit officiellement, avec un sens de la poésie rare dans le langage technocratique). Vous avez la possibilité de vous inscrire à une lettre d'information sur ces postes, pour telle ou section de votre choix. Ainsi vous êtes en principe averti de tous les postes qui paraissent dans ces sections. Or, je viens de découvrir par hasard deux choses:

- d'une part, si la section que vous avez choisie n'est que la seconde section du poste publié, vous n'êtes jamais averti: par exemple, vous ne saurez jamais que des postes de 9e section sont parus, s'ils sont profilés d'abord en 70e section (c'est actuellement le cas);

- d'autre part, comme aucun mot de passe ne protège votre abonnement à la lettre d'information, n'importe qui de mal intentionné peut vous désabonner de cette lettre: il lui suffit de taper votre adresse de courriel, et c'est tout; vous n'en saurez jamais rien, puisque aucun message ne vient sur votre boîte électronique confirmer la désinscription. Une bonne manière d'éliminer des concurrents, n'est-ce pas?

Bref, il me semble qu'il y a là de graves dysfonctionnements, qui seraient susceptibles peut-être de faire annuler tous les recrutements en cours.

Incidemment, j'ai appris qu'il y a actuellement déjà une cinquantaine de postes d'enseignants-chercheurs ouverts au concours, toutes disciplines confondues. Le saviez-vous? Pas moi, en tout cas. Mais je gage que les candidats pressentis sur ces postes le savaient, eux. En tout cas, les prochains qualifiés de la session en cours du CNU ne pourront pas s'y présenter, la plupart des inscriptions à ces concours étant closes début février. La libre concurrence est en vigueur dans certains domaines, officiellement, mais pas dans tous...

Toutes les craintes que l'on pouvait avoir sur les nouvelles procédures se vérifient donc les unes après les autres, tantôt parce que les intentions sont fondamentalement mauvaises, tantôt parce que, même quand les intentions sont bonnes a priori, l'incompétence règne. Il n'y a plus qu'à attendre le prochain scandale...

A coup de pompes !

Diapositive1

Grève illimitée : c'est maintenant !!

Appel à la grève illimitée dans les universités | Reuters 02.02.09 | 19h46

"La coordination nationale des universités lance un appel à la grève illimitée en France pour dénoncer un projet de décret sur le statut d'enseignant-chercheur et la réforme de la formation des enseignants. La coordination a également appelé à une journée de manifestations régionales, jeudi, et à une manifestation nationale à Paris, le mardi 10 février. Des mouvements de grève ont commencé ça et là lundi sans attendre la décision de la coordination nationale, qui dit représenter près de 80% des 83 universités du pays.
Selon le secrétaire général du Snesup-FSU, Jean Fabbri, de nombreuses universités françaises étaient concernées lundi par le mouvement. "45% de l'activité d'enseignement est touchée, de la plus petite à la plus grande des universités", a-t-il dit à Reuters par téléphone. "C'est un mouvement extrêmement tonique et très massif des universitaires", a-t-il ajouté. Les enseignants sont selon lui "révoltés par le mépris qu'affiche la ministre" de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse.
De leur côté, les étudiants ont tenu des assemblées générales dans une quinzaine d'universités, selon l'Unef. "Le gouvernement doit prendre la mesure de la profondeur des mécontentements qui s'expriment dans les universités et y répondre au plus vite", note le syndicat dans un communiqué. Des grèves ponctuelles ou reconductibles ont déjà été votées par les assemblées générales de nombreuses universités. Outre leur opposition grandissante aux réformes qui se multiplient, les universitaires dénoncent un décret visant à modifier le statut des 57.000 enseignants-chercheurs. Ce décret "fait exploser le statut et transforme les présidents d'université en potentats locaux", estime Jean Fabbri. Deux pétitions lancées récemment ont recueilli selon le Snesup-FSU plus de 25.000 signatures. Les enseignants-chercheurs protestent en outre contre la suppression de 900 postes prévue en 2009.
"

C'est maintenant qu'il faut y aller. Parce que c'est maintenant que le rapport de force est en notre faveur. Y aller pour défendre notre statut. Y aller pour défendre notre vision de l'université. Y aller pour laisser au pays et aux enfants de ceux qui étaient à nos côtés le 29 Janvier, pour leur laisser un lieu de libre pensée, un espace de libre critique, un temps dans lequel ... on prend le temps. Y aller. Tout simplement. Et si possible tous ensemble. Maintenant.

Vous aimez les classements Président ? Et bien classons !

Le président de l'égo-république et sa ministre de l'encrassement supérieur aiment bien les classements. Et ils se plaisent à nous le répéter, en matière de recherche, la France est mal classée. Très mal classée. Loin derrière les Etats-Unis mais aussi loin derrière le Royaume-Uni. Voilà pour le classement de Shangaï (dont tous les gens sérieux - même de droite -  s'accordent aujourd'hui à reconnaître sinon l'inanité, du moins l'inefficience pour un pilotage de la recherche s'il est envisagé isolément).
Oui mais il est figurez-vous d'autres classements dans lesquels la France se retrouve devant les Etats-Unis, devant le Royaume-Uni, devant le célébrissime MIT. Ah ben oui les classements ... tout dépend lesquels on regarde et comment ils sont faits. En l'occurence il s'agit du "Ranking Web of World Repositories" mené depuis plusieurs années par un groupement de laboratoires de recherche espagnols, et qui mesure la "visibilité" des différents dépôts d'archives ouvertes sur la planète.
En voici les résultats :
Classement
Vous noterez donc que la France occupe la 3ème et la 6ème place, et que plus globalement les archives ouvertes francophones sont bien représentées grâce à nos amis helvètes (au total 4 places dans le "top 10").
Les crières choisis (correspondant aux 4 colonnes) valent le coup que l'on s'y arrête un instant pour bien comprendre l'enjeu d'un tel classement :

Alors plutôt que d'entraîner les universitaires vers des "objectifs" dont ils ne veulent pas et qu'ils ne pourront de toute façon jamais atteindre (surtout dans le nouveau cadre de la LRU), c'est à dire un dogme étatique de la "course à la publi" et une autonomie "caporaliste" d'abrutissement comptable, peut-être vaudrait-il mieux soutenir significativement les initiatives du monde des archives ouvertes qui, elles, poursuivent un double objectif qui devrait être prioritairement commun à l'universitaire ET au politique : accroître la visibilité de la recherche française ET faire de cette visibilité un atout dans la construction d'une société de la connaissance et du partage des savoirs.

Modulation de service : un décret au service d'une décrépitude annoncée.

J'ai dans mon agrégateur une bonne grosse quinzaine de liens vers des billets et textes qui ont tous comme point commun le décret sur la réforme du statut des enseignants chercheurs. Ce que je pense de ce décret est sommairement résumé dans le titre de ce billet. Mais le contenu de ce billet est composé pour moitié au moins de textes et liens pensant le contraire. Ben oui. Ce décret est un gros point épineux de la LRU car tout le monde - y compris moi - s'accorde à reconnaître que la situation actuelle n'est pas entièrement satisfaisante. Pour autant, un certain nombre de personnes (dont moi) pensent que le "nouveau" décret Pécresse sera juste ... pire. Irrémédiablement ... pire.

"Le mieux est l'ennemi du bien".

Figurez-vous que ça tombe bien, parce que le "bien" n'est pas vraiment dans les projets du gouvernement. Donc oui, le décret qu'il nous prépare va être pire. Pire pour une raison simple : la force d'inertie du navire universitaire est telle que si ce décret passe, il sera impossible de revenir dessus. Tout comme il est impossible pour l'actuel chef-de-l'Etat-c'est-moi de revenir sur les 35 heures, si hostile y soit-il. On peut toujours rogner dans les coins, arrondir les angles, "libérer" les heures supplémentaires, mais revenir sur les 35 heures, on ne peut pas. Revenir sur le décret des enseignants-chercheurs s'il est mis en application, c'est pareil, on ne pourra pas.
Alors autant pour expurger mon agrégateur que pour permettre à ceux qui voudraient y voir un peu plus clair de le faire, voici la petite histoire du métier d'enseignant chercheur expliqué à mes enfants, histoire immédiatement suivie de la longue mais instructive chronique du décret Pécresse sur la modulation des services.
192 heures équivalent TP d'enseignement
Première étape : papa est enseignant-chercheur. Il travaille à l'université. Sa charge d'enseignement est fixée à 192 heures "équivalent TP" par an. Ca c'est pour les heures de cours. Mais papa ne travaille pas que 192 heures par an, sinon papa serait un gros fainéant. Parce qu'à l'université, une heure n'est pas égale à une autre heure. Y'a les heures de CM (cours magistraux) qui comptent "plus" d'une heure, et les heures de TD (travaux dirigés) qui comptent "moins" d'une heure. Donc y'a des gens qui n'ont presque que des CM et qui travaillent beaucoup moins que 192 heures (mais en général c'est aussi ceux-là qui aiment bien faire des heures supplémentaires - vu qu'ils ont aussi plus de temps pour le faire ... donc en fait ben ils travaillent "plus"), et ceux (la majorité) qui travaillent beaucoup plus que 192 heures parce qu'ils ont plein de TP et de TD et qui eux, aimeraient souvent travailler "moins" mais qui n'ont pas le temps.
192 heures de recherche ça se trouve mais le ministère continue de chercher.
Là ça se complique. Parce que les 192 heures d'enseignement, tout le monde les fait (plus ou moins). Mais les 192 heures de recherche, ben ... le ministère actuel nous explique que y'a plein de planqués qui les font pas, de mon côté j'aurai plus tendance à considérer qu'une majorité les effectue (j'ai dit "une majorité", j'ai pas dit "tout le monde"), mais que effectivement c'est plus difficile à contrôler et à compter. Or le ministère n'aime pas, mais alors pas du tout, ce qui est difficile à compter. Plus globalement le ministère n'aime pas quand on compte différemment que lui (exemple, autre exemple, et encore un autre). 
192 heures de plus ...
Bien sur papa ne fait pas que de la recherche et de l'enseignement, il fait aussi tout ce qui lui permet de faire de l'enseignement et de la recherche : corriger des copies, préparer des cours, lire des articles, participer à des jurys de thèse, organiser des soutenances, et plein d'autres choses encore, bref, la routine.
Et puis aussi parfois 192 heures de trop ...
Toute organisation humaine a un besoin vital d'organisation. La clé de cette organisation ce sont ces personnels "techniques", "administratifs". Depuis des années l'état malmène ces personnels. Depuis des années l'état ne crée plus de postes pour ces personnels. Alors depuis des années les enseignants-chercheurs récupèrent une partie des tâches administratives qui ne peuvent plus être traitées par les personnels "administratifs", faute de suffisamment de personnels administratifs ... Donc on fait du secrétariat, on gère des emplois du temps, on monte des dossiers, on règle des problèmes d'intendance en perdant un nombre significatif d'heures en réunion pour régler lesdits problèmes d'intendance. Bref en plus de la recherche, de l'enseignement, des tâches administratives y'a aussi tout le reste, tout ce qui fait que comme ni'mporte quel agent de la fonction publique, un enseignant-chercheur travaille statutairement 1607 heures par an.
Oui bon ben oh ! C'est pas la mine non plus.
Oh non bien sûr c'est pas la mine. Quand on regarde ailleurs cela pourrait même ressembler à un petit coin de paradis. Mais pour bosser au paradis papa s'est cogné 8 ans d'études et au paradis aujourd'hui papa gagne 1800 euros nets par mois, et non, papa n'a pas honte. Pas honte d'avoir du temps pour regarder ses gosses grandir. Pas honte de ne pas "fabriquer des trucs", pas honte de ne pas s'inscrire dans une "logique de rendement". Pas honte de ne pas avoir à subir les brimades du moindre chefaillon, pas honte de n'avoir pas de petit caporal en permanence accroché à ses basques et en train de lui demander des comptes.
Ca y est ?
Ca y est. Vous avez en gros compris quel était le métier de papa. Bon alors en route pour le feuilleton de la modulation de service.

La modulation de service en 10 non 13 non 18 un certain nombre de dates ...

  • 8 Juillet 2008 : (oh comme c'est bizarre, juste avant l'été ...) c'est là que tout commence "officiellement", avec la publication du rapport Schwartz. Il contient de bonnes idées (peu), mais qui seront bizarrement les seules à ne pas être retenues par Valérie Pécresse (par exemple la création d'une "habilitation à diriger des enseignements"). Et surtout, le rapport Schwartz a pour instruction de mettre sur la table le sujet qui fâche depuis déjà longtemps : "la modulation de service".
  • Et le bazar commence. Pas de date précise. Comme tout bazar cela commence de manière diffuse. Mais, signe important, ce sont les juristes et avec eux le syndicat de droite de l'enseignement supérieur qui sont parmi les premiers à monter au créneau (ce qui est assez rare pour être signalé). Les juristes organisent la fronde, ils mettent en place des grève administratives avec rétention de notes et sont bientôt suivis par plein d'autres enseignants-chercheurs, toutes disciplines confondues.
  • 9 Novembre 2008 : très modestement, "je" prends connaissance du projet de décret et j'en dénonce les principales dérives sur la (petite) place publique d'Affordance.
  • 4 Décembre 2008 : Valérie Pécresse tente l'opération séduction en proposant un "tchat" en direct sur la question de la modulation de service. La ministre répondra en temps réel et tout ça. Vous pourrez poser toutes vos questions et tout ça. Mais pas de chance, problème technique. Total l'opération "dialogue en temps réel sans tabou ni filtrage" se transformera en "réponses rédigées deux jours plus tard à des questions choisies deux jours plus tôt". Pas de chance ... vraiment.
  • 5 décembre 2008 : Olivier Beaud (professeur droit public) est le premier à réagir sur le fond du décret, avec un texte qui reste à ce jour l'un des plus complets sur la question. Juste un extrait (mais il faut lire le texte dans son entier pour en comprendre les enjeux) : "Mais la principale remarque que l’on peut faire pour l’instant sur cette modulation de services est qu’elle n’est pas faite à la demande de l’intéressé, c’est-à-dire de l’universitaire. On peut la lui imposer de sorte que la portée de cette réforme est capitale: l’autorité compétente de l’Université pourra désormais modifier unilatéralement le temps d’enseignement des universitaires, qu’ils soient professeurs ou maître de conférences. La double question qui se pose alors est de savoir, premièrement, à quelle condition de fond et, deuxièmement, selon quelle procédure. La Commission Rémy Schwartz, dont on a vu qu’elle était favorable à l’idée d’une modulation des services, avait proposé que cette «possible modulation (dût) être formalisée par une convention transparente arrêtée par le président» et par une publicité de la répartition des services. Le projet de décret s’écarte du rapport de la Commission en ce qu’il prévoit pas de telles garanties et se contente de partager la compétence entre le Conseil d’administration et le Président pour ce qui concerne l’organisation cette modulation des services."
  • 5 Janvier 2009 : la CPU met le feu aux poudres avec une lettre incendiaire adressée au président de la république au titre programmatique : "Chronique d'une crise annoncée dans les universités". Prémonitoire.
  • 10 Janvier (?) : comme dans toute lutte sociale du XXIème siècle qui se respecte, une pétition est lancée ...
  • 15 Janvier : devant la fronde qui monte lentement mais surement, et voyant qu'en plus de cela ce sont des juristes qui sont aux manettes, le ministère convoque les représentants des différentes sections du CNU, avec une rhétorique bien rôdée, la rhétorique du chiffre : convoquez des gens mécontents, et commencez par leur annoncer les millions d'euros que vous mettez sur la table pour soutenir leur cause (au besoin parlez même de milliards). Ils seront de suite moins revendicatifs (surtout si vous prenez le soin de leur expliquer que les autres ministères d'avant n'avaient jamais mis autant sur la table), et de toute façon ils n'iront pas vérifier les chiffres, ou quand ils le feront, il sera déjà trop tard (pour eux). Puis le même Ministère commence à baliser communiquer : transparence, charte de bonne conduite, soyons raisonnables, nous sommes entre gens de bonne volonté, bref, un communiqué de presse.15 Janvier toujours, le même ministère accorde quelques "gages", dont la rédaction (hypothétique) d'une "charte" (sans valeur contractuelle). Nous reviendrons plus loin sur cette fameuse "charte"
  • 16 Janvier : Isabelle This (nouvelle présidente de Sauvons La Recherche) relève toutes les faiblesses de l'argumentaire ministériel et "prend acte" de la fin de non-recevoir ministérielle.
  • 22 Janvier 2009 : une coordination nationale des universités se constitue et se réunit à Paris. Un mot d'ordre : "Le 2 Février, l'université s'arrête". Deux préalables à toute négociation : le retrait sans condition du projet de modification des statuts des enseignants chercheurs, et le retrait du projet de "masterisation" des concours de l'éducation nationale.
  • 26 Janvier 2009 : La CP-CNU (réunion de toutes les sections CNU ... avec pourtant assez peu d'adeptes de l'ultra-gauche dans ses rangs), pourtant très longtemps silencieuse, et ayant avalé jusqu'ici sans broncher la totalité des couleuvres gouvernementales (LRU, AERES ...) demande le retrait du projet de décret pour des raisons très claires formulées ainsi : ce décret ... "remet en cause le cadre statutaire national des enseignants-chercheurs. Il crée les conditions propices à des décisions locales arbitraires qui risqueraient d’accentuer les inégalités entre personnels, disciplines (en particulier celles à faibles effectifs), formations et établissements, au détriment de l’intérêt scientifique et des étudiants ; (ce décret) revient sur l’une des dimensions fondamentales du métier des enseignants du supérieur consistant à élaborer leurs enseignements à partir de leurs travaux de recherche ; (ce décret) réduit l’autonomie de la fonction scientifique par rapport à la fonction administrative et remet ainsi en cause les libertés académiques et l’indépendance scientifique."
  • 28 Janvier 2009 : André Gunthert publie sur son blog une réponse politique argumentée au désormais célèbre discours des 8 milliards : "Sarkozy défie l'intelligence".

Et puis vînt le 29 Janvier. Et le 29 Janvier, tout le monde le reconnaît, la communauté universitaire s'est mobilisée, comme jamais elle ne l'avait encore fait.

La modulation de service y'a des "pour" et y'a des "contre. Et dans Banga y'a de l'eau.

  • Les "pour" : 29 Janvier dans Le Monde (qui, si vous me permettez cette incise, fait preuve dans le traitement de ce dossier d'un parti-pris présidentiel assez ... choquant), Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg; Yvon Berland, président de l'université de Méditerranée, Axel Kahn, président de l'université Paris-Descartes et Jean-Charles Pomerol, président de l'université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC), estiment qu'il faut améliorer le projet de décret sur l'activité des enseignants-chercheurs. Pour les "pour", les "aspects positifs du texte l'emportent" même si "dans une première présentation, il était implicitement suggéré que le quota d'heures d'enseignement pourrait être augmenté pour ceux qui font peu de recherche. Cette présentation qui pouvait donner à penser qu'un mauvais chercheur est un bon enseignant, alors que c'est rarement le cas, avait le grand inconvénient de présenter l'enseignement comme une punition et de faire peu de cas de sa qualité". Autant dire, en forçant à peine le trait, que les "pour" ne sont pas "pour" le projet de décret tel qu'il est (le texte en dénonce les limites et les risques) mais qu'ils sont "pour" un changement par rapport au statut actuel. 
  • Les "contre" : en plus de la CP-CNU, le 29 Janvier 2009 toujours : Bruno Chaudret, chimiste, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche, Albert Fert, physicien, prix Nobel 2007, professeur, Yves Laszlo, mathématicien, professeur, et Denis Mazeaud, juriste, professeur signent un texte dans lequel ils déclarent : "Une modulation des services, dans son principe, pourrait avoir l’intérêt de réduire la lourdeur de la charge d’enseignement qui handicape l’activité de recherche de nombreux universitaires, notamment vis-àvis de certains collègues étrangers. Mais ses modalités de mise en oeuvre en font une mesure dangereuse, hypocrite et contre-productive." Le reste de leur texte explicitant admirablement la nature de l'hypocrisie et du danger. Lisez-le.

Le coup de la charte.

  • 30 Janvier : Valérie Pécresse envoie une nouvelle lettre : elle "prend acte", "a compris", "est à l'écoute". Et ne change rien. Plus exactement elle propose qu'une "charte nationale soit rédigée" (par le ministère et la CPU) et "annexée au contrat pluri-annuel". Le gouvernement aime bien les chartes. Dans un autre dossier qui me tient à coeur, il nous a déjà fait le coup de la charte. une charte c'est pratique. Même pas besoin de la signer, elle n'aura de toute façon aucune valeur réglementaire. Elle n'est rien de plus qu'un contrat moral. Le texte, le seul, le vrai, c'est le décret portant modification du statut des enseignants-chercheurs. Vous pouvez lui accoler ou lui annexer toutes les chartes que vous voulez, y compris une charte mentionnant la lapidation obligatoire pour tout scientifique français n'ayant pas décroché un prix nobel avant ses quarante ans, cela n'y changera rien : une charte c'est une charte. La meilleure preuve c'est que les juristes (fins connaisseurs autant que fins chartistes) n'ont jamais demandé l'établissement d'une charte. Ils demandent un "décret CNU" mais en aucun cas une "charte".
  • 30 Janvier toujours : la coordination nationale des universités s'inquiète de la tournure de la négociation menée par quelques juristes au ministère. Plus qu'une inquiétude, elle la dénonce comme non représentative et non-mandatée, en soulignant le risque que ces mêmes négociateurs ne lâchent la seconde revendication importante du mouvement, à savoir la question de la masterisation des IUFM.
  • 30 Janvier encore : Dans la foulée une nouvelle version du décret paraît.peu de choses changent en particulier demeure la possibilité de modulation des services décidée par le président de l'université et l'obligation que cette modulation ne "dégrade pas le potentiel global d'enseignement" de l'université.Cependant un verrou est attribué au CNU : un enseignant bien évalué par le CNU ne pourra se voir attribué davantage que son service de 192 eTD. Demeure le problème del a disparité (possible) de traitement entre "professeurs" et "maîtres de conférences". De fait et comme je le soulignais dans mon billet du 9 Novembre le risque demeure grand que les MdC ne récupèrent des charges d'enseignement supplémentaires (la raison principale de ce risque étant que au CNU les professeurs évaluent les professeurs en l'absence des Mdc mais participent à parité avec eux à l'évaluation des dossiers des Mdc).
  • 30 Janvier 2009 : deux enseignants-chercheurs publient un texte là encore lumineux : "Peut-on mesurer la productivité des enseignants-chercheurs ?" qui prouve ce que nombre de revues de scientométrie attestent depuis des années, à savoir l'inanité des chiffres avancés par l'égo-président si ces chiffres sont pris hors de contexte et sans cadre référent sérieux. Un exemple : il affirmait dans le discours des 8 milliards que, "shame on us", les EC du Royaume-Uni publiaient plus que ces fainéants de froggies. Exact. Mais plus précisément, les auteurs du texte suscité précisent : "pour la période 1996-2000, et selon un indicateur qui prend en compte la qualité des revues, la longueur des articles et le nombre de co-auteurs, un enseignant-chercheur du Royaume-Uni publie 63% de plus qu'un enseignant-chercheur français. Mais, par rapport à ces mêmes Français, les enseignants-chercheurs allemands produisent 14% de moins, les Suédois quasiment deux fois moins, et les Espagnols trois fois moins. Finalement, parmi les trente-cinq centres de recherche mondiaux où la production par enseignant-chercheur est la plus élevée, la domination des Etats-Unis est sans partage avec 28 Américains, pour deux Anglais, un Italien, un Espagnol, un Israélien et trois Français (respectivement 7ème, 10ème et 31ème)." De suite, c'est pas tout à fait la même chose. Autre critique présidentielle et autre objectif du décret sur la modulation de service : y'a des enseignants-chercheurs qui cherchent pas. Exact encore. Mais : "Sur la spécialisation des enseignants-chercheurs : 40,6% des Français n'ont aucune publication (toujours au sens où nous l'entendons, à savoir celui de la base de données Econlit qui ne contient que des revues de recherche, excluant ouvrages et vulgarisation). Au Royaume-Uni, avec 40,3%, la proportion est similaire et la moyenne européenne est de 57,7%. Ainsi, dans toutes les universités européennes, certains enseignants-chercheurs ne se spécialisent pas dans la recherche." Vraiment, vraiment, vraiment, je vous recommande la lecture de ce texte, qui a l'énorme avantage d'avoir été écrit par des gens qui posent le problème "à plat", sans présupposé sarkozyste ou anti-sarkozyste, LRU ou anti-LRU.
  • 31 Janvier : les 4 négociateurs de la section Droit se satisfont de "leur" négociation au ministère dans un communiqué relayé ici sous le titre "communiqué du quarteron de mandarins félons". Le ton monte donc ... quand des collègues se mettent à traiter d'autres collègues de "mandarins félons" c'est qu'il y a baleine sous gravillon comme dirait l'autre ... Ceci étant deux questions se posent effectivement. Primo quelle peut-être la légitimité d'une négociation qui va à l'encontre de tous les mots d'ordre de la coordination nationale des université et de la plupart des coordinations locales, une négociation menée qui plus est par 4 personnes appartenant toutes à la même "section" disciplinaire ? Et deuxio, les avancées de ladite négociation sont nulles puisque soumises à l'adoption d'un "décret CNU" pour l'heure inexistant.

Haro sur la LRU. La lente démolition de la recherche publique entamée par la LRU continue. Chaque nouveau décret de cette loi cadre est soit une atteinte aux statuts des personnels, soit un recul des instances démocratiques universitaires (souvenez-vous du décret sur les "comités de sélection", dénoncé dans ce billet du 15 Janvier 2008), soit les deux :-( A grands coups de pseudo-milliards et derrière le masque pourtant si fragile d'un asservissement à d'autres idéaux habilement travestis sous le vocable "d'autonomie", c'est la définition même de l'université républicaine qui est en passe de céder.

Si nous ne nous réveillons pas ... Si nous ne nous réveillons pas aujourd'hui, si, dans l'urgence, nous ne faisons pas échec au projet de modulation de services et à la masterisation à la hussarde des concours d'enseignement, si nous ne le faisons pas en gardant à l'esprit que plus que ces deux décrets emblématiques c'est toute la logique de la LRU et de l'université comme "agence de moyen" qu'il faut combattre ... Il est plus que probable que demain, "toute honte bue", quand de la colère il ne nous restera plus en bouche que le goût si marqué de l'amertume, nous nous retrouvions à faire le triste inventaire de ce qui eût un temps l'ambition d'être l'université de tous les savoirs, et pas uniquement de ceux qu'on jugera bon de nous faire pointer comme étant les plus rentables.

La science ne connaît qu'une loi. Parce qu'il faut bien conclure ... laissons la parole à Brecht :

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Annexes pour s'y retrouver : les différentes versions du décret :
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  1. Le décret dans sa version "originelle" - 9 Novembre 2008 - : Téléchargement decret08-statut-ec-.pdf
  2. Le décret après examen par la CTPU - 24 Novembre 2008 - (Téléchargement Décret-statutEC-aprés CTPU 24.11.08)
  3. La note explicative (sic) dudit décret - 1er Décembre 2008 - (Téléchargement Note explicative décret 84 - 01-12-08 )
  4. dernière version révisée du projet de décret - 30 Janvier 2009 - suite aux négociations du "quarteron de mandarins félons" susnommés.


(Sources : syndicales, professionnelles, amicales et inamicales // Temps de rédaction de ce billet : 5 heures)

Enseignants-chercheurs, quel est votre quotidien dans votre université ?

Tel est le titre de l'appel à témoignage publié dans le journal Le Monde avec le texte suivant :

  • "Le projet de décret modifiant le statut d'enseignant-chercheur soulève une opposition grandissante dans les universités, notamment en raison des nouvelles procédures d'évaluation qui doivent donner plus de place aux présidents d'université. Dans votre université, qui vous évalue et comment ? Les procédures de promotion sont-elles transparentes ? Les étudiants ont-ils leur mot à dire ? Une sélection des meilleurs témoignages sera publiée sur Le Monde.fr. Merci de laisser des coordonnées les plus précises possible, afin que la rédaction puisse éventuellement vous contacter pour obtenir plus de précisions."
  • Vous noterez au passage le subtil glissement sémantique entre le titre ("votre quotidien") et le chapeau ("l'évaluation comme sujet qui fâche") ... mais bon, au final une volonté d'ouverture qui permet d'oublier que parfois, le Monde a aussi "La voix de son maître" ...

Bref, vous me connaissez, comme faux-témoin je me pose là. J'ai donc témoigné en envoyant ça (contrainte : 1500 caractères).
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8h30. IUT de province. Arrivée au bureau, pas de cours aujourd'hui. Chercheur. Coup de fil à deux collègues pour boucler deux articles dans des revues "de rang A". Penser à sa carrière. Evaluation. Puis 2 heures de travail sur lesdits articles. Reste une heure avant la pause, l'occasion de mettre en ligne son cours sur la pateforme de formation à distance de l'université. Enseignant. Pause déjeuner. L'occasion d'une mini-réunion de labo. Chercheur. 13h. Retour au bureau. Convocation d'étudiants de 1ère année pour "absences injustifiées". Chercheur, mais aussi un peu conseiller principal d'éducation. Dans la foulée, gestion des emplois du temps des collègues du département. Tâche très lourde et très prenante en temps. Mais il faut bien pallier les carences en personnel administratif. Chercheur, mais aussi secrétaire, directeur des études. 15h30. Coups de téléphone aux entreprises qui accueillent ses étudiants en stage. Puis visite sur place pour deux d'entre eux, pour voir si tout se passe bien, pour faire connaître notre formation. Chercheur mais aussi VRP. 17h, retour à l'IUT pour une réunion de jury de passage. Les "conseils de classe de l'université". 18h. Fin de journée. Demain même chose, avec un peu moins de tâches administratives, un peu plus de cours "en présentiel". 21h30. Les enfants sont couchés. La deuxième journée commence : répondre aux mails de ses étudiants, avancer sur ses articles, préparer cours et TP, corriger des copies. Pas eu le temps dans la journée.
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Ecrit tel quel c'est vrai disons à 95% (je ne fais pas tout ça tous les jours et toujours dans cet ordre, je ne suis pas directeur des études, je m'occupe juste de l'emploi du temps d'une formation, occupation suffisant largement à me convaincre de tout mettre en oeuvre pour ne JAMAIS devenir directeur des études ... bénis soient-ils). Je me suis juste planté dans le titre. J'ai appelé ça "Une journée à l'université". Je voulais appeler ça : Le mépris.

(Temps de rédaction de ce billet : 15 minutes)

Les 8 milliards de Nicolas pour la recherche (le feu aux poudres - épisode 4)

Un type formidable ...
Nicolas Sarkozy. Ce type est formidable. Si si. Vraiment formidable. Et je vais vous le prouver. Partout dans le monde c'est la crise. Et pas simplement "la crise", mais bien "LA" crise, "THE" crise. Une bonne vieille grosse crise du système capitaliste. Alors forcément, l'état met la main à la poche (profonde la poche) pour en sortir des centaines de millions d'euros pour revitaliser les banques, banques qui elles, ont les deux mains sur la gorge (profonde ... la gorge). Les banques, ces fameuses et indispensables banques, rouages essentiels sans lesquels vous l'aurez compris, en plus d'être la crise ce serait le bordel. Et ça c'est hors de question. "La crise oui, la chienlit non."
Et bin figurez-vous que c'est là que Nicolas Sarkozy est vraiment fort (ou vraiment riche ...). Parce qu'en plus de trouver des centaines de milliards d'euros pour les banques, et ben figurez-vous qu'il va en trouver presque autant pour l'enseignement supérieur et la recherche. C'est plus un président, c'est même plus un hyper-président, c'est carrément la corne d'abondance. Alors voyons un peu tout cela dans le détail.
Le détail c'est la vidéo officielle diffusée officiellement sur le site Corned'abondance.fr à l'occasion du discours de lancement du comité chargé d'élaborer une "stratégie nationale de la recherche et de l'innovation". Tout un programme.
"Un discours ! Un discours !"
De ce discours on apprend ...

  • Première info : qu'il (nicolas) avait déjà augmenté le budget des universités "comme jamais". "La dépense moyenne par an et par étudiant a aurait augmentée de 1000 euros depuis 2007". (ah bon ???? ben heu ... pas dans mon université en tout cas ...). Rappel : la France compte 1 326 000 étudiants en 2008 (source). Résultat : 1 326 000 000. 1 milliard 327 millions d'euros pour les étudiants.
  • Deuxième info : comme c'est pas suffisant (et qu'en plus c'est faux mais ça bon ben il a pas eu le temps de le dire ...), comme c'est pas suffisant donc, et ben le gars y va encore nous l'augmenter - le budget des universités - "de 37% sur la période 2009-2011". Là déjà c'est fort. C'est fort de l'annoncer mais ce serait encore plus fort de le faire v-r-a-i-m-e-n-t ...
  • Troisième info : "Plusieurs centaines de millions d'euros" seront affectés au grand jeu concours des universités (les fameux 10 projets d'excellence sélectionnés par son excellence le ministère)
  • Quatrième info : 750 millions d'euros (en plus du "plan campus de 5 milliards d'euros" ...) d'investissement supplémentaire dégagés au titre du "plan de relance" en 2009, pour financer et rénover des "équipements universitaires". Sans rire il a vraiment dit ça. Si si. J'vous jure. Je reformule pour être sur que tout le monde suit : comme c'est la crise et que plus personne n'a de thunes, on va en prendre un peu (des thunes ...) dans le vrai-faux argent du plan de relance. Je reformule encore ? Et ben c'est un double-saut périlleux virtuel de la pensée : on prend de l'argent qu'on n'a pas, dans le plan de relance qui est financé par de l'argent que l'on aura peut-être, le jour où les banques se seront relancées avec l'argent qu'elles n'ont plus. C'est clair non ? 
  • Cinquième info : il (= magic nicolas) va aussi mettre 250 millions d'euros (sur les trois prochains exercices budgétaires = sur 3 ans) pour la revalorisation des salaires des enseignants-chercheurs.
  • Sixième info : ces 250 millions d'euros viendront "en sus des 800 millions d'euros" que les mêmes enseignants-chercheurs percevront, "au titre des mesures de revalorisation générale de la fonction publique."

Bon. Et maintenant les comptes :
               1 326 000 000 (argent pour les étudiants)
            + plusieurs centaines de millions d'euros (pour les 10 projets retenus)
            + 750 000 000 (investissement)
            + 5 000 000 000 (plan campus)
            + 250 000 000 (revalorisation)
            + 800 000 000 (revalorisation fonction publique)
            -----------------------------------------------------------------
            = 8 126 000 000.

8 milliards et 126 millions d'euros (et encore je vous ai fait cadeau des "plusieurs centaines de millions d'euros vu que je savais pas combien en mettre ... mais on doit pas être loin des 9 milliards ...)".
8 milliards rien que pour nous. Rien que pour les universités. Champagne. Il est comme ça Nicolas : donnez-lui une crise mondiale et un quart-d'heure, et hophophop, il vous trouve 8 milliards d'euros pour l'université. Bizarrement, les pauvres tâcherons incultes qui dirigent les universités ne trouvent pas les mêmes chiffres ... mais qu'importe. Ils passent également moins bien à la télé. 
Voilà pour la moitié du discours. L'autre moitié se décompose entre :

  • un discours nauséeux et poujadiste sur "ces universités et ces chercheurs qui évaluent aux-même leur performance", ces chercheurs français "statutaires" qui sont "plus nombreux que leurs homologues britanniques" mais "qui publient moitié moins". Feignasses. Et pour ce qui est des prix nobel, médaille Fields et autres champs d'excellence, ce sont "les arbres qui cachent la forêt."
  • une apologie de la recherche privée ("la recherche privée doit se développer de manière massive.")

A suivre ... Le feu au poudre - épisode 5 : bientôt le 2 Février 2008 sur vos écrans dans vos universités.

<Update du surlendemain> Voir la réaction toute en sobriété du collectif Sauvons la Recherche :

  • "Nicolas Sarkozy, comme à son habitude, fonde son projet sur un diagnostic totalement mensonger qu’il habille des atours de l’évidence. La France nous dit-il, serait à la traîne en matière de recherche et d’enseignement supérieur et ce, en dépit des sommes formidables qui lui seraient consacrées. La raison de cet échec tiendrait à la vétusté de ses institutions et au conservatisme de ses personnels installés dans le confort de la fonction publique. Faut-il rappeler une fois encore que la France occupe une place tout à fait honorable dans la recherche internationale, notamment au regard des faibles moyens qui lui sont consacrés ? (sur ce point voir Le budget de de l’enseignement supérieur et de la recherche raconté à Sarkozy chapitre 9). Faut-il rappeler que l’université a vu en une génération ses effectifs doubler, sans que les moyens ne suivent, ce qui n’a pu se faire sans une certaine capacité d’adaptation de ses structures et de ses personnels ? (...) A un moment où les universités sont en ébullition du fait de la mise en place des réformes liées à la loi LRU (réforme des statuts des enseignants-chercheurs, mastérisation) le Président de la République se propose donc d’ouvrir un autre front en annonçant la disparition programmée d’un système de recherche qui a offert au pays une bonne partie de ses succès industriels, d’un système d’enseignement supérieur qui a contribué à une forme d’égalité républicaine. Face à cette nouvelle provocation d’un Président qui annonce avec un plaisir presque gourmand son intention d’en découdre, il ne faut pas en douter : nous saurons répondre présents et nous montrer à la hauteur de ses espérances dans nos réponses à sa volonté de mise en coupe de notre système d’enseignement supérieur et de recherche."

<Update de je sais pas combien de jours plus tard>

LA réponse de Sauvons la Recherche. Point par point.

</Update>

(Source : Merci à une collègue pour le lien vers l'article de Sylvestre Huet // Temps de rédaction de ce billet : 2h00)

Le feu aux poudres (3) : 22 Janvier.

Le 22 Janvier c'est la journée de mobilisation des IUT.
Mais c'est aussi penser "à demain" :
Coordination Nationale des Universités (22/01/08)

Adresse : Centre Saint Charles. 47/53 rue des bergers (Paris 15e - Métro : Lourmel, Charles Michels)

La Coordination Nationale des Universités est réunie à l’initiative de la coordination de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Elle rassemble des collègues non syndiqués, ainsi que des représentants de l’UNSA, la CGT, le FSU, le SGEN-CFDT, l’UNEF, et SUD. Les représentants nationaux de la plupart des syndicats seront présents.
Elle rassemble au 21 janvier, à 18h, quarante-huit représentations :

UNIVERSITÉS (40)
Université de Bordeaux / Université de Bourgogne / Université de Caen / Université d’Evry / Université de Franche-comté / Université du Havre / Université de Lille 1 / Université de Lille 2 / Université de Lyon 1
Université de Lyon 1 / Université de Lyon 3 / Université Paris 1 / Université Paris 3 / Université Paris 4 / Université Paris 5 / Université Paris 6 / Université Paris 7 / Université Paris 8 / Université Paris 11 / Université Paris 12 / Université Paris 13 / Université de Paris Ouest Nanterre / Université du Maine (le Mans) / Université de Marne-la-Vallée Paris-Est / Université Montpellier 3 / Université d’Orléans / Université de Picardie / Université de Poitiers / Université de Toulouse 1 / Université de Toulouse 2 / Université de Toulouse 3 / Université de Tours / Université de Rennes 1 / Université de Rennes 2 / Université de Reims / Université de Rouen / Université de Saint-Étienne / Université de Strasbourg / Université Versailles St Quentin / EHESS

ASSOCIATIONS (6)
Qualité de la Science Française (QSF) ( Sous réserve) / Collectif des enseignants précaires
Défense de l’université (majoritairement juristes) / SAGES (PRAG, professeurs ENSAM et PRCE)
Sauvons l’Université (SLU) / Sauvons la Recherche (SLR)

SOCIETES SAVANTES (2)
Société Française de Littérature Générale et Comparée (SFLGC) / Sociétés Française des Seiziémistes (SFDES)

Plusieurs membres du CNU assisteront à la Coordination Nationale des Universités

(Merci à Facebook et à Fabula pour l'info)


Le feu aux poudres (2)

C'est peu dire que tout bouge actuellement beaucoup à tous les niveaux de ce que l'on appelle parfois pudiquement le "service public d'éducation". De la maternelle (ou les "enseignants-changeurs de couches et organisateurs de siestes" ont reçu les excuses de leur ministre) au primaire (où les enseignants de fin de cycle 2 et 3 sont de plus en plus nombreux à refuser de faire remonter au ministère le bilan des "nouvelles" évaluations destinées à mettre les écoles en concurrence), dans les lycées et collèges (où les lycéens ont eu très momentanément gain de cause), dans les IUT bien sûr, et plus récemment donc à l'université (cf le précédent épisode du "feu aux poudres"). Alors à observer tout cela bouger, se remuer on se dit que cela finira bien par amener des résultats ... Et puis il y a des signaux faibles. Dernier en date desdits signaux, c'est l'ABF, l'association des bibliothécaires de France, qui prend son tour de ras-le-bol. Et croyez-moi (ils me pardonneront ici mes ci-dessous taquineries en sachant le respect que j'ai pour ce corps de métier à la si certaine mais souvent si mal reconnue nécessité), croyez-moi disais-je, quand l'ABF sort de ses gonds, quand l'ABF prend la plume pour écrire un courier à Valérie Pécresse pour s'alarmer de la disparition programmée de la "sous-direction des bibliothèques", c'est le signal de l'insurrection, de la lutte finale, la promesse que le bras vengeur et armé de la populace va bientôt s'abattre avec fracas sur le crâne sonnant creux de ces élites alitées à nos frais. Quand l'ABF entre en lutte c'est un peu comme quand le PSG marque un but : le sentiment de l'erreur d'appréciation arbitrale le dispute longtemps à l'étonnement face à l'improbable. Et l'on se dit que tout peut repartir sur de nouvelles bases.
Allez, fi de ces taquineries (j'ai besoin de me détendre entre deux AG), plus sérieusement, une (toute) petite revue de liens sur les billets et articles qui ont marqué mon attention ces derniers temps dans le cadre du démantèlement systématique de tous les fondements d'un enseignement laïque et simplement républicain.

  • Dans Mediapart, lire la tribune d'Arnaud Monthubert (récente recrue du PS et ancien président de l'association Sauvons la Recherche). Court extrait : "Ainsi, bien que le président se soit engagé à augmenter le financement de l'enseignement supérieur et de la recherche de 1,8 milliards par an (hors "plan campus"), c'est le secteur qui supporte les plus fortes annulations de crédits en 2008 (450 millions) ! Les budgets 2008 et 2009 stagnent en euros constants, exception faite des sommes pré-affectées pour combler le retard en matière de retraites. Plus de mille emplois seront perdus en 2009 : pour la première fois sans doute dans notre histoire, des suppressions toucheront aussi les universités, dans les plus prestigieuses comme dans les plus pauvres ; pendant ce temps la précarité explose pour tous les métiers des universités et de la recherche. Quant au très contesté "plan-campus", même les parlementaires UMP doutent que les sommes réellement débloquées soient celles qui ont été promises. Le seul financement en très forte croissance est le crédit-impôt recherche des entreprises, sans qu'on ait la moindre étude fiable montrant l'efficacité de ce dispositif pour la recherche privée."
  • la tâche d'huile de la contestation qui s'étend, et les appels à des actions plus radicales qui se multiplient ... Partout en France se tiennent des AG, formelles ou informelles, dans de grands ou de petits amphis, réunissant de plus en plus de personnels et surtout de plus en plus de catégories de personnels : les IATOSS (personnels techniques et administratifs), parmi les plus essentiels au fonctionnement de l'université et de la recherche mais également parmi les plus "invisibles" parce que trop souvent les plus précaires ou les plus "exposés" à une hiérarchie, les IATOSS entrent à leur tour dans la danse.
  • Partout en france on ne compte plus les différents appels, voire même les "appels des appels", les amorces de radicalisation avec des appels à la grève illimitée ou à des démissions administratives massives, ici et là de grandes écoles montent également au créneau.
  • Partout en France, pour une pétition qui ferme, ce sont deux autres qui s'ouvrent.

Alors bien sût tout cela est brouillon, alors bien sûr tout cela est confus, alors bien sûr tout cela illustre parfaitement la stratégie connue d'un gouvernement qui se complaît à allumer toujours davantage de feux qu'ils ne pourra en éteindre en misant sur l'impossibilité de lutter en contre-feux de manière coordonnée sur tous les fronts simultanément, alors bien sûr les actions de contestation symboliques se superposent avec des actions plus classiques et d'autres plus radicales. Mais Madame la Ministre, mais Monsieur le Président, je vous le dis ce soir, il y a des signes qui ne trompent pas : en ce moment le PSG a la gagne, et vous avez sur votre bureau un courier de l'ABF. Y va y'avoir du sport.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h05 // spéciale dédicace au vainqueur de l'appel d'offre ministériel : le champ lexical de ce billet va beaucoup vous plaire :-)

Lettre a Xavier D.

Lettre de Philippe Meirieu à Xavier Darcos, en date du 27 décembre 2008 ... bonne lecture.
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Lettre ouverte à Xavier Darcos, Ministre de l’Education nationale
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Monsieur le Ministre,

J’ai déjà dit, à plusieurs reprises, à quel point j’estimais le professeur, l’humaniste, le lettré et le grand connaisseur de l’Éducation nationale que vous êtes. Pour autant, je n’ai jamais caché mes profonds désaccords avec vous. Nous croyons, en effet, l’un et l’autre, que l’avenir de la démocratie dépend de notre capacité à ne pas traiter nos adversaires en ennemis et à tenter de dépasser ensemble, autant que possible, nos inévitables différends pour esquisser un peu de « bien commun »… Or, aujourd’hui, Monsieur le Ministre, je suis vraiment très inquiet. L’Éducation nationale me semble gravement ébranlée : l’ampleur du désarroi des uns et la violence de la colère des autres me paraissent très largement inédites et infiniment préoccupantes.

Tout a été dit, depuis plusieurs mois, sur les dangers que faisaient courir à notre système éducatif les réductions budgétaires et les suppressions de postes déjà effectuées ou à venir. J’imagine, d’ailleurs, que vous en êtes parfaitement conscient et que vous auriez préféré bénéficier d’arbitrages plus favorables de Bercy en faveur de votre ministère. Reste que vous êtes membre d’un gouvernement qui fait de la réduction de la fonction publique une de ses priorités. À ce titre, vous participez d’une politique qui est, à mes yeux, infiniment dangereuse.

Cette politique est dangereuse, parce qu’elle sacrifie l’avenir de notre pays à des équilibres financiers à court terme dont on a vu, avec la crise récente et l’octroi par l’État de plusieurs milliards d’euros de garantie aux systèmes financiers, à quel point ils n’étaient qu’un prétexte.

Elle est dangereuse aussi, parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux, à moyen et long termes, de ses choix : coût de l’échec scolaire et de la désespérance de jeunes qui y sont assignés à résidence, coût des conflits et des gaspillages provoqués par la concurrence attisée entre l’État et les collectivités territoriales, entre les parents et l’école, entre les établissements et, peut-être bientôt, entre les enseignants eux-mêmes courant après les petits avantages que vous accordez aux uns et refusez aux autres… Là est, d’ailleurs, la véritable illusion du libéralisme : il prétend baisser les coûts et augmenter la qualité en lâchant la bride à la concurrence. On a vu ce que cela donnait dans le domaine économique et nous n’avons pas fini d’en payer le prix ! En matière scolaire, nous aurons le même effondrement en utilisant les mêmes principes et en mettant en ?uvre des mesures du même type : suppression de la carte scolaire, pilotage par les résultats, rémunération au mérite, etc.

Oubliée, ou presque, l’éducation prioritaire qui impose un travail d’accompagnement pédagogique minutieux des écoles et établissements « difficiles ». Oubliées, ou presque, les initiatives artistiques et culturelles en direction des élèves les plus défavorisés pour qu’ils accèdent aux ?uvres les plus exigeantes. Oubliés, ou presque, les mouvements pédagogiques et d’Éducation populaire qui permettent aux enseignants de trouver des appuis et de solliciter des complémentarités… La politique que vous menez s’appuie sur le présupposé implicite que la pression consumériste sur l’école va compenser tout cela ! Alors qu’en réalité, elle contribue au développement des ghettos… D’un côté, de bons établissements qui recrutent de bons élèves et se prévalent de bons résultats pour obtenir de nouveaux crédits. De l’autre les laissés-pour-compte où quelques « saints laïcs » réussissent, parfois, contre vents et marées à faire exister un peu de « véritable école ». Certes, cette situation n’est pas totalement nouvelle, mais tous les observateurs s’accordent, aujourd’hui, pour souligner qu’elle empire : non seulement la fracture scolaire ne se résorbe pas, mais elle continue de s’accroître.

Votre politique est dangereuse parce qu’en externalisant le traitement des difficultés d’apprentissage vers une multitude de structures de soutien ou en les traitant de manière technocratique à l’aide de prothèses pharmaceutiques et paramédicales, elle vide inexorablement la classe de sa substance (1). Au lieu de travailler à mobiliser tous les élèves sur les savoirs, on se résigne petit à petit au darwinisme scolaire systématique : les déversoirs sont là pour récupérer les inadaptés ! Au lieu d’ actions globales au sein de projets d’école ou d’établissements cohérent, on juxtapose des interventions individuelles pour « rectifier » les individus ! Vous prétendez lutter contre l’inégalité d’accès aux officines privées en mettant en place des stages pendant les vacances ou de l’aide personnalisée en primaire. Mais, outre que vous mettez à mal le rythme de vie des enfants, déjà bien compromis, vous enclenchez ainsi un mouvement qui conduit inexorablement à réduire l’acte pédagogique à une transmission frontale de plus en plus formelle… agrémentée d’une offre de dispositifs externes de remédiation qui, inévitablement, accroîtra les inégalités. Car, en réalité, notre système scolaire tout entier devient une usine à gaz totalement incompréhensible pour les familles populaires. Tandis que les enseignants se transforment en « guichets de service », disponibles pour les familles qui savent les instrumentaliser.

À terme, c’est toute l’institution scolaire qui risque de se réduire comme une peau de chagrin, avec l’habillage traditionnel du « retour aux fondamentaux » ! Évidemment, nul n’est hostile aux fondamentaux… Mais la question est de savoir ce qui est fondamental ! Par exemple, je fais partie de ceux qui militent, depuis toujours, pour que l’École fasse de « l’entrée dans l’écrit » une priorité absolue. Toutefois, « entrer dans l’écrit », ce n’est pas seulement savoir tracer des lettres et les agencer, maîtriser l’orthographe et la grammaire, réussir ses dictées… c’est aussi entrer dans l’intentionnalité d’une communication différée, accepter de laisser une trace de soi, renverser des contraintes de la langue en ressources pour la pensée. Cet apprentissage-là doit s’effectuer en même temps que celui des « mécanismes » de l’écriture, dans une école ambitieuse qui s’appuie sur la diversité et la coopération des élèves, qui ne passe pas son temps à « dépister » les problèmes ou les lacunes de chacun, mais qui sait repérer les points d’appui et inventer des situations stimulantes.

Car telle est bien la frontière – ténue, je l’avoue, mais absolument indispensable – entre le « dépistage » et le « repérage » : le dépistage se focalise sur les « dys » et les traite dans un paradigme phamaceutico-médicalo-

judiciaire. Le repérage, lui, est alliance avec une personne qu’on ne réduit ni à des symptômes ni à des résultats de tests ou évaluations. Le repérage classe parfois, mais connaît la fragilité infinie des étiquettes et des classifications… C’est pourquoi il laisse toujours une chance d’échapper à l’enfermement dans la pathologie et, surtout, il s’efforce de créer cette chance en imaginant des médiations qui permettent au sujet d’entrer dans la culture et de s’exhausser, par là, au-dessus de ses problèmes. (2)

Au fond, Monsieur le Ministre, votre politique décourage les enseignants parce qu’elle met à mal leur identité de « professeurs ». Dans un système où le libéralisme et la technocratie s’associent de plus en plus pour permettre le développement des stratégies individuelles de « réussite », les enseignants sont réduits à des dépisteurs, à des orientateurs, voire à des douaniers… eux qui ont la vocation de « passeurs » chevillée au corps. Résultat : le moral des troupes est au plus bas partout et les enseignants du primaire sont, eux, « au fond du trou ».

Or, vous savez comme moi que ces enseignants du primaire ont toujours été les « fers de lance » de l’Éducation nationale. Investis dans leur métier comme dans le champ social et politique, ils n’ont pas démérité. En faisant d’eux la cible de toutes les attaques, en remettant brutalement en question leur culture professionnelle construite dans l’idéal républicain, en les rendant seuls responsables de l’échec scolaire, vous avez commis une injustice. Non que notre école primaire ne puisse progresser, mais parce qu’il est impossible d’ignorer les nouveaux défis auxquels ces enseignants ont à faire face aujourd’hui : recompositions familiales, difficultés sociales de toutes sortes, surexcitation psychique des enfants chauffés à blanc par le capitalisme pulsionnel, etc. Vous avez pointé du doigt des situations scolaires « relâchées », en oubliant à quel point c’est toute notre société qui devient dangereuse pour les enfants et les adolescents en développant un environnement profondément toxique et contraire aux exigences d’attention, de concentration et de réflexion qui permettent de « faire l’École ». Vous avez désigné des boucs émissaires, quand il aurait fallu impulser un sursaut éducatif à la Nation tout entière. Vous avez laissé entendre que, sous la coupe de pédagogistes irresponsables, les instituteurs auraient fabriqué des cohortes de dyslexiques, quand il aurait fallu profiter des compétences pédagogiques élaborées depuis longtemps dans l’enseignement primaire pour faire de la maîtrise de l’écrit une grande cause nationale... Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les nouveaux « hussards » se rebellent ! Il faut absolument les entendre. Au plus vite. Avant que vos subordonnés trop zélés, avec moins d’humanité et plus d’intransigeance que vous-même, ne mettent un peu partout le feu aux poudres. C’est une constante malheureuse, en effet, de notre système scolaire que cet empressement des cadres intermédiaires à anticiper et à radicaliser les intentions supposées du chef en croyant s’acheter ainsi une assurance-vie. Il vous faut absolument les calmer ! Au risque de jacqueries sans fin ou, bien pire encore, d’un découragement généralisé du corps enseignant tout entier.

En réalité, je crains que ce dernier ne soit en train de perdre son identité : des hommes et les femmes qui avaient l’ambition de participer à un projet national fort se sentent réduits progressivement à un ensemble de prestataires de service plus ou moins arrosés d’heures supplémentaires et de primes diverses. À cet égard, votre décision de supprimer les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres et de laisser s’installer une multitude de masters assortis d’un concours réduit à des épreuves académiques - sans aucune formation validée attestant de la capacité à transmettre des savoirs à des élèves concrets - est une catastrophe. Quand on célèbre partout les vertus de la formation par alternance, vous la supprimez pour les professeurs. Quand on travaille, dans le monde entier, sur l’acquisition de vraies compétences professionnelles, vous les passez par pertes et profits. Quand on aurait besoin de professeurs maîtrisant aussi bien les savoirs qu’ils doivent transmettre que les conditions pédagogiques de cette transmission, vous minimisez les premiers et ignorez les secondes. Quand on s’accorde sur la nécessité de faire de la scolarité obligatoire un continuum cohérent, vous contribuez à creuser le fossé entre le premier et le second degré. Quand on observe, dans les collèges et les lycées, les immenses difficultés pédagogiques des professeurs, vous laissez entendre qu’au-delà de l’école primaire, les savoirs académiques suffisent. Quand il faudrait redonner à l’École de la République une unité symbolique forte tout en prenant en compte la diversité des élèves, vous laissez le système de formation se déchirer et la formation s’atomiser… tout en éloignant cette dernière des situations concrètes d’enseignement. Certes, les IUFM n’étaient pas parfaits, mais leur disparition risque de condamner bien des enseignants à osciller entre la dépression (pour eux) et la répression (pour leurs élèves). Il est peut-être encore temps d’arrêter le massacre… mais il faut faire vite ! Rien ne serait plus grave pour notre avenir collectif que de laisser croire à l’opinion publique que le métier d’enseignant est, avec celui de mage, le seul qui ne nécessite ni techniques maîtrisées, ni projet construit dans la durée et inscrit dans une réflexivité collective. Professionnellement et symboliquement, une démocratie qui dénie à ses professeurs leur identité de « transmetteurs-émancipateurs » est gravement menacée.

Mais je sais que tout cela compte assez peu aujourd’hui au regard de votre « abandon » de la réforme du lycée, particulièrement médiatisé en raison des risques politiques toujours très élevés dès lors que les lycéens descendent dans la rue. Je partage assez largement l’analyse que vous avez faite pour engager cette réforme ainsi que les principes que vous avez énoncés : faire de la classe de seconde un moment de découverte et d’exploration des possibles, donner une culture commune solide à tous et favoriser un choix réfléchi en matière d’orientation, améliorer le suivi des élèves, les former au travail personnel et en équipe, à la recherche documentaire, à la démarche expérimentale… Tout cela est, en effet, tout à fait indispensable. Mais vous avez mené les travaux préparatoires de cette réforme au pas de charge, sans véritable explication ni concertation. Au passage, vous avez cédé aux conservatismes en laissant ouverte la possibilité de constitution d’ « options lourdes » et de filières déguisées en seconde. Vous avez brouillé les cartes et laissé se construire l’alliance de ceux qui pensaient que vous n’alliez pas assez loin et de ceux qui pensaient que vous alliez trop loin… Puis, au bout du compte, vous avez été obligé de faire marche arrière et, soudainement acquis aux vertus de la démocratie participative, vous annoncez maintenant la tenue de véritables « États généraux lycéens » ! L’organisateur que je suis de la consultation lycéenne de 1998 est pris, là, entre des sentiments contradictoires : étonnant revirement pour qui avait dénoncé, alors, « la duperie de cette mascarade », « le gigantesque défouloir lycéen », « le happening baba-cool » qui, confondant « parler et penser », avait abouti au « triomphe du dérisoire (3)… Mais promesse, peut-être, d’un vrai travail, dès lors qu’on ne confond pas « États généraux » et « sondage d’opinion » et qu’on fait réfléchir ensemble, autour d’une même table et des mêmes problèmes, tous les partenaires concernés : enseignants, cadres éducatifs, élèves, parents, régions... Nous avons, en effet, suffisamment perdu de temps avec ces tractations bilatérales, dont les résultats sont ensuite savamment combinés par des technocrates, et qui n’engendrent que frustrations, malentendus et parties de bras de fer sans fin. La réforme, la vraie, impose qu’on change radicalement de méthodologie, qu’on renonce à piloter en surfant sur de fragiles équilibres jusqu’à ce que tout l’édifice tout entier s’écroule.

Mais, en réalité, plus encore que d' « États généraux du lycée », c'est de véritables « États généraux de l'Éducation » dont nous avons besoin, afin de remettre à plat l'ensemble des projets éducatifs du gouvernement, de construire une véritable alternative républicaine cohérente, articulant tous les degrés du système scolaire et universitaire avec la « formation tout au long de la vie », clarifiant les responsabilités de chaque partenaire, interrogeant tout autant le rôle des médias que celui des familles... afin de dégager des principes d'actions sur lesquels s'adosser pour penser notre avenir. Il faut cesser de juxtaposer des réformes dictées par le seul souci de réduire l'importance de la fonction publique, de faire des économies à court terme ou de satisfaire tel ou tel lobby proche du pouvoir. Il faut se demander à quelles conditions nos enfants peuvent affronter sereinement le monde, en comprendre les problèmes et construire ensemble une société plus solidaire. Il faut se redonner des finalités claires qui puissent servir de référence à toutes les initiatives éducatives (4). Bref, il faut identifier ce que pourrait être un « socle commun » de l'éducation républicaine... et non simplement, comme nous l'avons aujourd'hui, un « socle commun » de l'enseignement minimal. Y êtes-vous prêt Monsieur le Ministre ?

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J’ai eu la chance, personnellement, de dialoguer avec vous de manière approfondie (5). Certes, tous les malentendus entre nous n’ont pas été levés : vous continuez toujours, semble-t-il, à me considérer assez largement comme un « pédagogue libertaire » qui fait toujours prévaloir l’intérêt spontané de l’enfant sur la transmission de la culture… alors que je n’ai cessé d’expliquer que tout mon travail pédagogique consistait précisément à chercher comment mobiliser l’élève sur des enjeux culturels forts ! Vous imaginez que je récuse l’autorité de l’enseignant, alors que j’ai toujours cherché à la fonder (6) ! Vous pensez que je nie l’intérêt des exercices d’entraînement systématique, alors que je cherche comment les rendre vraiment efficaces ! Cela dit, nous avons de vrais désaccords. En matière pédagogique, vous semblez dénier, en effet, cette réalité que les pédagogues se coltinent depuis toujours : il y a des élèves qu’aucune injonction ni menace de sanction ne peuvent mettre au travail, des élèves qui, malgré toutes nos bonnes intentions, « ne veulent pas ». Cette « résistance » à notre projet peut engendrer résignation, rejet ou exclusion ; mais elle peut aussi, en articulant le principe d’éducabilité et la confiance dans la possibilité d’un sujet à engager sa liberté d’apprendre, stimuler notre inventivité pédagogique pour offrir à nos élèves les situations les plus variées et mobilisatrices possibles (7). C’est là, de toute évidence, un point de clivage fort entre nous… Mais nous divergeons aussi sur notre conception du rôle de l’État en matière éducative, sur le métier de professeur, sur l’articulation entre l’école et la société…

Pourtant, nous tenons l’un et l’autre à sauvegarder l’héritage républicain de l’Éducation nationale. Et nous savons que, pour le sauvegarder, il faut le transformer. Mais pas le démanteler ! Or, aujourd’hui, vous ne pouvez pas ignorer qu’une très grande partie des enseignants considère que vous êtes le maître d’?uvre de ce démantèlement, dont le maître d’ouvrage est à l’Élysée. Il ne suffira pas de vous récrier pour les apaiser. Il faut vraiment et radicalement changer de politique… Pas pour cultiver l’immobilisme, mais parce que les défis éducatifs d’aujourd’hui requièrent une mobilisation collective sans précédent. Et pour que nos enfants soient vraiment instruits et formés, démocratiquement, à participer à une société démocratique.

-o0o-

(1) Ces prothèses pharmaceutiques et paramédicales, souvent utilisées de manière « sauvage », n’ont rien à voir, bien sûr, avec une prise en charge sérieuse des enfants en détresse pour lesquels les solutions globales font terriblement défaut.

(2) Voir, sur ce sujet, mon intervention : « Dépister ou éduquer, faut-il choisir ? Entre management des différences et pédagogie du sujet » : http://www.meirieu.com/ARTICLES/bruxelles_depister.htm

(3) Xavier Darcos, L’art d’apprendre à ignorer, Paris, Plon, 2000, pages 39 à 48. Xavier Darcos expliquait aussi, dans ce livre, que le ministre de l’époque « acculé, fit comme les autres : consulter. (…) On oublia le collège, alors que c’est lui qui cristallise actuellement tous les problèmes les plus aigus. On se tourna vers les lycéens… » (ibid., page 38). Il semble bien que le ministre d’aujourd’hui oublie encore le collège !

(4) Nous avons tenté d'engager ce travail avec Pierre Frackowiak dans notre ouvrage commun : L'éducation peut-elle être encore au coeur d'un projet de société ?, La Tour d'Aigues, Editions de l'Aube, 2008.

(5) Xavier Darcos et Philippe Meirieu, Deux voix pour une École, Paris, Desclée de Brouwer, 2003.

(6) Cf. mon texte récent : « Sur quoi fonder l’autorité des enseignants dans nos sociétés démocratiques ? » : http://www.meirieu.com/ARTICLES/maitre_serviteur_public.htm
(7) C’est ce que j’ai nommé « le moment pédagogique » dans mes travaux. Cf. La pédagogie entre le dire et le faire, Paris, ESF éditeur, nouvelle édition 2007.

Le feu aux poudres.

Et pour une fois ce n'est pas moi qui le dis, c'est la très vénérable et très respectable CPU (conférence des présidents d'université). Dans une lettre adressée à Nicolas Sarkozy datée du 5 Janvier 2009, l'équipe nouvellement élue de la CPU enfonce les clous sur lesquels plusieurs d'entre nous tapaient depuis déjà plusieurs mois : les universités sont au bord de l'explosion. Ce qui n'est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c'est que cette fois ce ne sont pas (uniquement) les étudiants mais bien les personnels qui sont à deux doigts d'entrer en résistance, de passer de la colère à la révolte.
Il faut bien reconnaître que dans le milieu éducatif, de la maternelle au supérieur, les coups de boutoir gouvernementaux ne manquent pas. Mais il faut aussi reconnaître que les universités vont se coltiner quelques coups assez emblématiques : statut des personnels (on ne parle pour l'instant que de la modification du statut des enseignants-chercheurs mais les personnels IATOSS seront mangés de la même manière), casse des concours de recrutement des enseignants du secondaire, vraie-fausse autonomie, remise en cause de la laïcité (accord France-Vatican sur le reconnaissance des diplômes) ... et puis bien sûr les fondamentaux du Prince : calendrier intenable et incohérent, multiplication des fronts de conflit, bref, la routine. La lettre ouverte de la CPU est sobrement intitulée : "Chronique d'une crise annoncée dans les universités". Quelque chose me dit que la fin du mois de Janvier devrait être assez chargée du côté de "l'agenda social". 

Juste quelques morceaux choisis pour vous inciter à lire l'intégralité de la lettre

  • Sur le statut des enseignants-chercheurs : "Une modulation des services qui transformerait l’augmentation du temps d’enseignement en sanction pour recherche insuffisante, voire en compensation pour des suppressions de postes constatées et annoncées, et qui cristalliserait par ailleurs les inégalités entre domaines et entre filières, créerait des dommages irréparables au sein des communautés universitaires, sans pour autant augmenter significativement la capacité de recherche du système d’enseignement supérieur français." (voir aussi la tribune publiée dans Le Monde du 5 Janvier, limpide)
  • Sur la "masterisation" des enseignants du secondaire : "Mais la précipitation dans laquelle s’est engagée cette réforme et l’absence de réponse aux questions que nous posons depuis des mois sur les stages, sur les conditions d’entrée dans le métier ou sur le financement des études des futurs maîtres, rendent la situation aujourd’hui intenable : d’un côté les universitaires ont travaillé depuis l’été au niveau national, comme dans les académies, sur des projets de maquette et de l’autre les programmes de concours auxquels ces masters sont censés préparer n’ont été connus qu’en décembre. La formation des enseignants est trop importante pour l’avenir des connaissances et des compétences de la nation pour que soit refusé le temps d’une réflexion nationale et d’une vraie coordination entre les deux ministères concernés. Nous insistons tout particulièrement sur la prise en charge financière des étudiants, et ce pour une raison stratégique."
  • sur l'accord France-Vatican : "Selon cet accord, les diplômes délivrés par les instituts catholiques contrôlés par le Vatican seront reconnus en France au même titre que les diplômes délivrés par les universités publiques. Non seulement cet accord porte sur les diplômes canoniques, ce qui peut se concevoir mais mériterait discussion, puisque les diplômes canoniques font partie du champ initial des instituts catholiques, mais aussi sur les formations profanes, ce qui est proprement inacceptable." Remember l'instituteur et le curé ...

A noter également que du côté de l'AERES (bébé gouvernemental de chapeautage de la recherche) on ne prend même plus la peine d'avancer masqué et l'on déclare benoîtement que "L’habilitation des formations doit disparaître si les universités sont vraiment autonomes." Air connu ... les diplômes nationaux n'ont jusque là permis de former que des crétins eux-mêmes seulement capables de former d'autres crétins pour obtenir des diplômes nationaux qui leur permettront de former ... ad libitum.

Pendant ce temps, au ministère, la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) publie, concernant les doctorants, des "notes d'information" qui ressemblent bigrement à des notes d'objectifs ... et je ne vous parle même pas des post-doc ...

Juste pour mémoire, quelques courts extraits de la tribune du Monde signalée plus haut :

  • "Faire dépendre le service d'enseignement de critères d'évaluation de la recherche - pour l'instant incertains -, c'est risquer d'assimiler l'activité noble qu'est l'enseignement à une sanction. Cela revient en tout cas à introduire entre les deux missions des enseignants-chercheurs une hiérarchie : ou bien un bon enseignant n'a nul besoin de s'adonner à des recherches, ou bien un chercheur peu productif suffit à faire un enseignant performant."
  • "Ce projet est ensuite inacceptable parce que, à supposer qu'on admette le principe d'une modulation des services liée à une évaluation permanente de l'activité de recherche, les modalités proposées pour cette modulation ne garantissent nullement contre l'arbitraire. Le pouvoir de décision serait en effet aux mains du président d'université (ou du directeur d'établissement) et du conseil d'administration, le second étant conçu par la loi LRU comme un instrument du premier."
  • "Ce projet est enfin inacceptable parce que, en vidant de son contenu le statut de fonctionnaires d'Etat des universitaires, il porte une grave atteinte aux libertés académiques sans lesquelles il n'y a pas d'universités dignes de ce nom. Depuis des années, le ministère de l'enseignement supérieur s'attaque à la ressource la plus précieuse de l'universitaire : son temps d'autonomie. C'est grâce à lui qu'il peut féconder son enseignement par ses lectures, ses recherches, ses échanges avec d'autres spécialistes, en France et à l'étranger."

<Update du soir>
A la suite de la publication de la tribune du Monde, signée par treize universitaires, beaucoup de collègues ont souhaité manifester leur soutien à ce texte en proposant de les signer. C'est la raison pour laquelle ce texte est désormais proposé à la signature de toute personne, universitaire ou chercheur, qui en partage les idées et le contenu. L’objet de la pétition est de demander le retrait du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Adresse de la pétition :  http://petitions.alter.eu.org/universite
</Update>

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Interruption de service ...

Beaucoup de choses à vous raconter dans tous les domaines habituellement traités sur Affordance ... mais comme il paraît que la vie est une question de priorités, ma priorité du moment (et hélas probablement pour un petit moment encore ...) se trouve par là.
TouchepasIUTTouchepasIUTTouchepasIUT
Si des journalistes continuent de lire ce blog, nous sommes quelques collègues à être à leur entière disposition pour leur parler de ce qui se passe en ce moment dans les IUT (et au-delà ...), ainsi que pour les inviter à se déplacer Mardi 16 Décembre 2008 pour un petit reportage sur la "Nuit de défense des IUT".
Pour nous contacter, c'est par là :-)


Travailler plus pour enseigner mal : ce que j'aurai pu dire à Valérie Pécresse.

Aujourd'hui à partir de 15h, Valérie Pécresse répondra donc en "direct" et en "tchat" aux questions des internautes sur l'épineux dossier du "plan-carrière" des enseignants-chercheurs.
Comme on se dit tout, il ne vous a pas échappé que j'avais largement commenté ce "dossier", ainsi que les différents rapports qui lui ont servi de préambule (rapport Schwartz notamment). Et comme vous me lisez depuis longtemps, vous savez également que je suis parfois un peu rosse (mufle ?) avec notre Ministre, en refusant publiquement ses pourtant charmantes invitations à dîner. Et comme vous commencez à bien me connaître, vous savez enfin, que je suis joueur.
Et comme je suis joueur, même s'il est évident que cette séance de "tchat" est d'abord et avant tout une énième stratégie d'évitement, dont l'objectif principal et presque avoué est de permettre à notre chère ministre de rester à la fois "proche de la base" et d'attester de son "alphabétisme numérique", je vais quand même dresser la liste des questions que j'aurais pu lui poser et auxquelles nous sommes certainement quelques milliers d'enseignants-chercheurs à attendre des réponses, lesquelles réponses méritent certainement un espace-temps de débat autre que celui d'un "tchat" en "direct-live" (<Update> faux-direct en fait, puisque primo, nombre de questions sont déposées à l'avance - depuis hier - apparemment pas donc, cf ci-dessous le commentaire de Theo</Update>, et que, deuxio, il est possible de filtrer en toute impunité les questions trop gênantes ou embarassantes). Pour le dire autrement, j'avoue ne pas trop croire à ce genre d'exercice propice aux embouteillages (numériques) et à la confusion (des arguments). Je connais plein d'universités (et d'universitaires) qui ne demanderaient rien de mieux que d'avoir un "vrai" débat avec leur ministre. Et ils le demandent depuis longtemps, et sur tous les tons. Allez, fi de ces préambulatoires atermoiement, tchattons.

  • Question 1 (préalable) : Accepteriez-vous de débattre de ce sujet (crucial), non pas en répondant à des questions qui vous seront (pour la plupart) soumises à l'avance, mais sur un "vrai" temps de débat, face à un "vrai" contradicteur (par exemple un maître de conférence spécialiste de ces questions ou un représentant d'une association comme sauvons la recherche). Si oui ... Où et quand ? Et si non, Pourquoi ? J'ai bien dit "de débattre" et non pas "de faire un colloque sur" ... (L'ORS pourrait par exemple assurer une retransmission vidéo de ce débat) Pour compléter ma question, je ne crois VRAIMENT pas que le système "chat" soit approprié pour ces enjeux ; répondre par petites phrases à d'autres petites phrases est - me semble-t-il - parfaitement contraire à la tradition même du débat au sein de cette grande maison que vous devez pourtant un peu connaître, c'est à dire l'université.
  • Question 2 (concrète) : dans les dernières études dont on dispose - M-F Fave-Bonnet (2002) -, "si l’on se réfère aux rares statistiques sur les taux d’encadrement, la France, (...) reste un des pays où le nombre d’étudiants par enseignant est des plus élevé : selon l’OCDE ( 2002), la France se place derrière l’Italie ( 22,6) avec un taux d’encadrement de 18,3 en 2000, loin devant l’Espagne( 15,9), les États-Unis ( 13,5), l’Allemagne ( 12,1), le Canada ( 9,8) et la Suède ( 9,3).". Et ma question est donc la suivante : pourquoi, alors même que de la maternelle à l'université le taux d'encadrement est unanimement reconnu comme LE facteur clé de réussite, pourquoi, alors que le taux d'encadrement dans les universités françaises est plutôt en queue qu'en tête de peloton, pourquoi s'acharner à ne pas vouloir mettre en place un plan pluri-annuel de création d'emplois ? En d'autres termes plus "tchattants", pourquoi mettre toujours moins d'enseignants devant toujours plus d'étudiants ? Et par pitié ne me répondez pas "plan licence" : ce n'est ici pas le sujet mais je serai ravi de vous faire la démonstration de l'inanité dudit plan tant qu'une logique de moyens ne sous-tendra pas sa logique d'objectif.
  • Question 3 (super concrète) : Voici un extrait de la directive qu'Axel Kahn (Président de l'univ. Paris Descartes) a envoyé il y a quelques jours à ses "administrés" : "Les modulations internes à l'établissement assurent globalement le maintien du potentiel d'enseignement et de recherche tel que défini dans le contrat quadriennal. En fonction de ces modulations, la charge d’enseignement ou le temps de recherche peuvent dépasser la durée annuelle de référence. Il s'ensuit des principes suscités l'impossibilité de compter en tant qu'heures complémentaires des heures d'enseignement assurées à la place de tout ou partie de l'activité de recherche, dans les limites du temps officiel de travail." Ma question donc : sachant que les heures "complémentaires" (que beaucoup d'enseignants-chercheurs acceptent non par appât du gain ou pour le plaisir de "travailler plus", mais simplement parce qu'il n'y a pas d'autre choix - pas de création de postes - si l'on veut que les enseignements inscrits au programme puissent être délivrés), sachant, disais-je, que les heures complémentaires ne sont donc pas des heures supplémentaires (elles sont payées moins cher), le résultat CONCRET c'est que nous (les enseignants-chercheurs) allons donc devoir effectivement travailler enseigner plus et que vous (le ministère) profitez de ce subterfuge pour ne même plus nous payer ce supplément de travail en heures complémentaires. Moralité : si j'étais Sarkozyste il m'apparaîtrait flagrant que cette attitude est en parfaite contradiction avec le dogme présidentiel qui indique vouloir "libérer" les heures supplémentaires. N'étant pas Sarkozyste, je constate simplement que vous avez trouvé un énième moyen de faire bosser davantage les gens en les payant moins. Et j'oscille donc entre le dépit et la colère. (et merci de ne pas me répondre  "revalorisation salariale" de votre "plan-carrière", hors les quelques dizaines de chaire "poudre aux yeux" pour lesquelles une poignée de chercheurs sera effectivement payée comme une majorité devrait l'être, les seuls à bénéficier, dans votre projet de décret, de substantiels avantages, sont ceux qui en ont le moins besoin, c'est à dire les "professeurs d'université".)
  • Question 4 (hyper-concrète) : à la prochaine rentrée, les enseignants-chercheurs recevront donc directement de leur président d'université, leur "charge horaire d'enseignement et de recherche" pour l'année. Dans le cas (cas d'école bien sûr) où un président d'université en profiterait pour pénaliser un enseignant en augmentant par exemple considérablement sa charge d'enseignement, ou dans le cas (d'école toujours), ou il y aurait un conflit sur cette définition de service entre l'enseignant-chercheur et le président, quelles sont les modalités de recours prévues ? A ma connaissance il n'y en a aucune à ce jour. S'il ne devait au final n'y en avoir effectivement aucune, ce serait naturellement la voie ouverte à l'arbitraire et au caporalisme. Le fait même que le projet de décret ait été publié sans en faire mention (sauf erreur de ma part) me semble attester le peu de cas qui est fait de l'importance du "dialogue social" dans l'université ...
  • Question 5 (logique) : Pourquoi la proposition du rapport Schwartz de créer une "Habilitation à diriger les enseignements" n'a-t-elle pas été retenue ? C'était de loin l'une des idées les moins mauvaises de ce rapport. De plus, elle aurait été en cohérence parfaite avec votre projet de décret et votre ambition affichée de créer une "caste" d'enseignants coupés de toute activité de recherche digne de ce nom.
  • Question 6 (de fond) : quel que soit l'angle de lecture que l'on ait sur votre projet de décret, il en ressort que la  complémentarité enseignement-recherche va se trouver réduite comme peau de chagrin. C'est dommage. A l'université, enseigner sans chercher (ou en cherchant significativement moins), ou chercher sans transmettre (c'est à dire sans enseigner ou en enseignant là encore significativement moins) équivaut à une stérilisation programmée de ce qu'aucun rapport n'est ni ne sera jamais capable de saisir, de mesurer à l'aune de critères strictement comptables : je parle du si simple mais si essentiel plaisir de transmettre le fruit de "sa" recherche à "ses" étudiants. Ah oui, j'allais oublier ma question. Comment justifiez-vous cette volonté affichée, programmatique, de dissocier l'enseignement de la recherche ? Dans un cerveau, les deux hémisphères n'ont de sens que s'ils fonctionnent "en lien",  même si chacun à son propre et inaliénable rôle. Imaginer statuer sur "un enseignement allégé en recherche" ou sur "une recherche allégée en enseignement" c'est faire le pari du bon petit soldat, mais certainement pas celui de l'excellence, pas davantage celui de la qualité. 
  • Question 7 (sarcastique) : Concernant le rôle et les méthodes de ce beau bébé sarkozyste qu'est l'AERES (agence d'évaluation de la recherche), comment expliquez vous les aberrations et les hétérogénéités méthodologiques qui ont eu pour principal mérite de faire rapidement l'unanimité sur l'inanité des "classements de revues scientifiques" produits ? 
  • Question 8 (hors-sujet mais pas tant que ça) : Au sujet des 100 000 euros de budget annuel (nos impôts donc) que le ministère de la recherche va engager dans son opération de "veille de l'opinion", ne pensez-vous pas, sincèrement, que cette somme, si minime soit-elle au regard du budget de votre ministère, pourrait être utilisée à bien meilleur escient ? (et à propos, avez-vous bien reçu ma lettre d'auto-délation ?)
  • Question 9 (perfide) : On parle beaucoup de remaniement ministériel, et on vous dit appelée vers de plus hautes fonctions, est-il possible de connaître le nom de votre successeur au ministère ?

(Questions déposées - telles quelles - ce jour à 10h45 sur le site dédié)

Merci madame la Ministre. Soyez assurée de mes sentiments les plus respectueux quoique les plus navrés devant la reculade historique et durable que vous nous promettez avec cette réforme. Je ne pense pas jouer l'inflation du nombre en écrivant ici que nous sommes plusieurs milliers à avoir envie de discuter avec vous de tout cela. Mais nous avons envie de le faire "sur le fond" et dans un espace-temps de débat qui "laisse penser", plutôt que de "tchatter" avec vous en pure perte forme et dans un espace-temps médiatique qui pourrait prêter à sourire s'il n'annonçait pas déjà tant d'amertumes à venir.

Un dernier conseil si vous le permettez, c'est un conseil de lecture. Je vous recommande très chaudement (ainsi qu'aux lecteurs de ce billet) de lire et de méditer le billet suivant : "La science doit-elle être rentable ?"

Pour les lecteurs de ce blog j'ajoute :

<Update du lendemain>
Dommage
Valérie Pécresse et l'ORS auraient-ils été également victimes de la malédiction d'Europeana .? (cf le commentaire de Théo et ma réponse)
</Update>

(Temps de rédaction de ce billet : 2 heures)

C'est la lutte ... numérique.

A l'occasion du mouvement de mobilisation qui touche actuellement l'ensemble des IUT de France, j'observe avec un grand intérêt la manière dont la viralité, la réactivité et le bouche à oreille numérique sont judicieusement et assez "nativement" utilisés par les premiers concernés (les étudiants). Pour résumer, en moins de 24 heures, depuis que les étudiants ont été informés de la situation (ils n'en avaient jusque là aucune idée, et on ne saurait leur en vouloir), en moins de 24 heures donc :

  • ils ont créé un groupe Facebook qui réunit à cette heure 2 143 membres (principalement actuels et anciens étudiants). C'est peu dire que l'extraordinaire focale que constitue Facebook est un outil de communication absolument fascinant en termes de coordination d'un mouvement, aussi bien pour la rapidité de la mobilisation que pour la diffusion des informations. "Just be in". Il suffit d'y être.
  • Ce groupe Facebook ainsi que les updates systématiques de leurs "statuts" n'ont pas été sans effet sur l'augmentation vertigineuse du nombre de signatures de la pétition officielle de soutien aux IUT (30013 signataires à cette heure)
  • un forum national a également été créé par les étudiants.
  • ils ne leur manque plus qu'un blog national et ce sera parfait :-) (de nombreux blogs locaux existent déja, dont le premier a avoir été créé est celui de l'IUT A de Toulouse).

Il ne manquerait plus que leurs milliers de petites souris aillent attaquer le grand chat de Valérie Pécresse en lui posant tout plein de questions aussi chatouillantes que gratouillantes :

  • "chat Internet avec Valérie Pécresse, 4 décembre 2008 de 15 h à 16 h 15. Le chat sera accessible gratuitement à l'adresse suivante : http://www.lors.fr/chat20081204 (inactive pour l’instant). Vous pourrez commencer à déposer vos questions dès mardi 2 décembre."

(A propos du jeu du chat et de la souris ... autre illustration par l'exemple ...)

Bref, quoi qu'il advienne de ce mouvement, le Digital Natives font la preuve qu'ils savent tirer tout le meilleur parti des outils à leur disposition. Ils les utilisent comme des "insiders", des usagers "du dedans", c'est à dire avec l'angle d'usage qui leur apparaît le plus saillant. Pour Facebook c'est clairement celui de la viralité et du "stay tuned". Je trouve cela plutôt réjouissant. Il ne nous reste plus qu'à les former davantage sur les angles moins "saillants" des mêmes outils. Mais tout ce qu'ils ont déjà fait sera du temps de gagné.
Naturellement, pour gagner un combat, la lutte numérique ne saurait suffire ... il faut également ... Hein ? Ah oui c'est vrai ... Chuuuuuuuut ... 

<Update de 5 minutes plus tard> Attention !! L'UNI (syndicat étudiant d'extrême droite) tente de s'engouffrer dans la brêche et a créé 2 groupes Facebook de "soutien aux IUT". Mais ces groupes là, je ne vais pas vous donner leurs adresses :-).</Update>

Où l'on reparle de l'AERES ...

Vous vous souvenez de l'AERES et de ses critères de "bien" ou "mal-publiant" ? Vous vous souvenez du projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs ? (rappel ici).
Les réformes gouvernementales à l'oeuvre sont un puzzle qu'il n'est pas toujours aisé de déchiffrer. On y perçoit des "intentions", on y devine de potentiels "doubles effets kiss cool", on y lit des desseins politiques affichés. Et puis parfois, deux pièces du puzzle se trouvent appariées et l'on y voit (un peu) plus clair. C'est le cas ce soir avec cet article d'Educpros.
Le sujet : le nouveau mode de financement des universités. L'info : "(...) le principe de base retenu est celui d’une enveloppe de l’Etat à répartir entre les universités, au prorata de leur activité (80 % des moyens alloués, masse salariale incluse) et de leur performance 20%". "Activité" et "performance" sont des critères disons ... compliqués statistiquement, et difficilement applicables dans le contexte universitaire (surtout la "performance" ...). Bref, des critères pour lesquels il va falloir être très attentif aux modalités d'objectivation retenues. Et c'est là que réapparaissent l'AERES et la modification du statut des enseignants-chercheurs.
Deux critères sont listés comme permettant d'évaluer "l'activité" d'une université :

  • "Le nombre d’étudiants aux examens (avec la base d’inscrits en 2008)"
  • "et le nombre d’enseignants-chercheurs publiants définis par l’AERES."

Trois critères sont listés comme permettant d'évaluer la "performance" d'une université.

  • "la valeur ajoutée de la réussite en licence,"
  • "le nombre de diplômés en master"
  • "la qualité des unités de recherche évaluée par l’AERES pondérée par le nombre de publiants."

Donc ... Donc l'université est de plus en plus autonome. C'est à dire qu'elle a deux sources de financement : une source qui va augmenter proportionnellement, c'est à dire les sous qu'elle va chercher "avec les dents" (en vendant ou en spéculant sur son patrimoine immobilier par exemple, ou via ses droits d'inscription, autre exemple ...), et une source qui va aller en diminuant proportionnellement : l'enveloppe ministérielle. Jusque-là vous me suivez ? Bon.
L'enveloppe de l'activité. Cette enveloppe ministérielle, elle la redistribue comme elle l'entend (ce qui pose notamment de gros gros gros soucis aux IUT, mais pas qu'à eux ...). Mais cette enveloppe ministérielle (en plus de diminuer proportionnellement dans le financement global), peut également diminuer de deux autres manières. Elle peut diminuer selon l'activité de l'université : ce n'est pas complètement aberrant si l'on prend en considération le premier critère - nombre d'étudiants aux examens - on ne finance pas autant une fac avec 20 000 étudiants qu'une fac avec 200 000 étudiants. Sur le second critère ("nbre d'enseignants chercheurs publiants"), cela ne paraît pas aberrant non plus, en tout cas sur le principe. Mais seulement sur le principe. Parce que quand on regarde comment l'AERES a défini ses critères de publication, et quand on regarde en même temps le projet de modification du statut des enseignants-chercheurs, ce qu'on voit se profiler à l'horizon, c'est le cercle vicieux de "l'argent qui attire l'argent", ou pour le dire autrement, du "publiant qui attire le publiant". En gros, une université aura tout intérêt à augmenter le nombre de ses "publiants" si elle veut avoir une bonne enveloppe, mais tout en conservant le volume horaire global d'enseignement (parce que la loi l'y oblige). Pour y parvenir, elle pourra mieux payer les publiants (possibilité de nouer des contrats de droit privé dans le cadre de l'autonomie), et/ou leur garantir une activité de recherche "de grande qualité", et pendant ce temps (pour maintenir sa dotation horaire globale d'enseignement), faire trimer les mal-publiants en leur refilant toutes les heures de cours enlevées aux premiers (les publiants). Vous me suivez toujours ? Bon.
L'enveloppe de la performance. Cette enveloppe (20% de l'enveloppe totale) peut être également amputée. Critère numéro 1 de la performance : ""la valeur ajoutée de la réussite en licence," comprenez donc, la réussite en licence. Ce n'est pas une surprise et c'est même une bonne chose (vous voyez, ça m'arrive d'être d'accord avec Valérie :-). A condition bien sûr, de se donner les moyens de cette ambition de réussite. Et là ... Deuxième critère : "le nombre de diplômés en Master". Je ne sais pas pour vous, mais pour moi cela fait très fortement écho au projet de mastérisation des profs du camarade Darcos. A mon avis, va y avoir des batailles rangées dans la course à l'université qui aura masterisé le plus de profs en un minimum de temps. Et puis troisième critère : "la qualité des unités de recherche évaluée par l’AERES pondérée par le nombre de publiants." Hop. On en remet une deuxième couche ("nombre de publiants") au cas où la première n'aurait pas suffit. Et là encore, "on ne prête qu'aux riches" : il va de soi que les unités de recherche les mieux évaluées par l'AERES seront celles qui auront le plus grand nombre de publiants, et ainsi de suite.
Conclusion ? Conclusion, sur le papier, le nouveau mode de financement des universités est un pur chef d'oeuvre. A part un dangereux gauchiste saboteur de train et leader d'opinion, qui, je vous le demande, qui pourrait trouver à redire au fait qu'avant de filer de l'argent (du contribuable) à ces fainéants et nantis d'enseignants-chercheurs on va leur demander des comptes sur leur performance et sur leur activité ? Qui ? Personne. Qui va pouvoir trouver un truc à redire au fait que l'essentiel des variables mesurant la performance et l'activité sont des variables statistiques classiques (nombre de diplômés, nombre de masters, etc ...) ? Personne. Un pur chef d'oeuvre vous dis-je. Je voie d'ici Jean-Pierre Pernaud, le corps secoué d'orgasmes multiples, annoncer la nouvelle au JT, entre un reportage sur les saboteurs de l'ultra gauche et le fromage de chèvre aveyronnais.
Sauf que. Sauf que ce que l'on attendait d'un nouveau mode de financement, c'était la possibilité de se projeter sur le long terme, ou même simplement sur le moyen terme. Là on est clairement sur le court terme. Rappelons que sur 81 universités que compte le pays, 20 vont bénéficier dès Janvier 2009 de ces fameuses "compétences élargies". Et là va falloir m'expliquer comment certaines des variables retenues pas le ministère pour ses indicateurs de performance et d'activité vont pouvoir être mises en place (vu que lesdits indicateurs ne sont pas encore construits, où l'ont été dans une précipitation et un désordre absolu). Mais quand bien même. Admettons que les indicateurs et les variables soient déjà construits, admettons que l'on ait le recul suffisant pour les évaluer.
Ce que l'on attendait de ce nouveau mode de financement c'était la possibilité d'un rééquilibrage. Parce qu'il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas voir qu'aujourd'hui en France, il y a des universités ou des filières d'excellence, et il y a des universités ou des filières poubelles. Mais on sait également que lesdites universités et filières, poubelles ou d'excellence, ne le sont pas i-n-t-r-i-n-s-è-q-u-e-m-e-n-t, ne le sont pas, "par nature". Elles le sont s-t-r-u-c-t-u-r-e-l-l-e-m-e-n-t. Soit parce qu'on continue de recruter à l'aveugle des étudiants pour des filières "à concours" (sciences humaines principalement) sans que le gouvernement ne soit fichu de donner un plan pluri-annuel de création (ou de non-création) de postes, ce qui permettrait d'ajuster le nombre "d'entrants" avec le potentiel de "sortants". Soit - et surtout - parce qu'elle sont dramatiquement déficitaires en termes de taux d'encadrement et/ou de taux d'équipement (c'est la si vieille mais si réelle caricature de la fac avec un salle de 10 ordinateurs pour 5000 étudiants).
Alors oui, on attendait un rééquilibrage possible.
Alors oui on attendait une nouvelle chance offerte à chacune (des universités) de pouvoir s'aligner sur des taux d'équipement et d'encadrement minimaux.
Alors oui, on attendait que soit validée la complémentarité entre enseignement ET recherche. Parce qu'il y a dans nos universités quelques prix nobel (bons enseignants et bons chercheurs) et parce qu'il y a dans nos universités quelques buses (mauvais enseignants et mauvais chercheurs). Et parce qu'entre les deux il y a une majorité de personnes qui trouvent dans leur enseignement une praxis de leur recherche, et dans leur recherche un horizon de leur enseignement. Et parce que c'est pour cette majorité là qu'il fallait proposer des solutions (étant entendu que les prix nobel resteront toujours des prix nobels et que la plupart des buses, resteront également ... des buses).
Au lieu de cela, nous avons avec le nouveau plan de financement Pécresse l'annonce programmée d'un accroissement gigantesque des inégalités qualitatives et quantitatives entre universités, et au sein même des universités, entre enseignement et recherche, entre enseignants et chercheurs. L'autre coup de génie du gouvernement, c'est de toucher à tout (statuts, moyens, dotations, filières), pour toutes les catégories de presonnel (IATOSS, enseignants chercheurs, enseignants - cf la masterisation des profs), toucher à tout donc, et d'un coup. Une authentique parangon de méthodique déconstruction. Multiplier les fronts, pour éviter les affronts. "Eparpiller façon puzzle".

Tout cela pour dire que je serai en grève Jeudi 27 Novembre. Pas pour sauver le CNRS. Pas même pour sauver les sciences humaines et sociales. Mais juste pour défendre un métier, le mien, et l'idée que je me fais de ce métier. Juste pour défendre le droit du plus grand nombre à pouvoir disposer d'un enseignement de qualité dans le plus grand nombre d'universités possibles, et si possible à un moindre coût. Et après, peut-être que j'irai faire péter des cataineres.

Post-Scriptum anti-trolls : je suis "pour" l'évaluation des enseignants-chercheurs (et de toute façon en cherchant bien, je dois arriver à entrer au chausse-pied dans les critères de l'AERES). Et je suis aussi "pour" une refonte structurelle de l'université. Mais pas pour celles-là, pas de cette façon là.

(Temps de rédaction de ce billet : 1h20)

Journée d'action des IUT

Tout est expliqué là. Dans mon HLM IUT, c'est comme dans les autres. C'est aujourd'hui une journée nationale d'action et de mobilisation.

AVANT. Avant (= avant la loi LRU), les IUT bénéficiaient d'un budget fléché, les directeurs desdits IUT en étaient les ordonnateurs principaux (= c'est eux qui décidaient de la répartition du budget et de l'affectation des crédits, en concertation, naturellement, avec les différentes instances décisionnaires de l'IUT). Avant, ce budget était le même pour tous les IUT (en fonction, naturellement, du nombre d'étudiants). Cela permettait, notamment, de délivrer des diplômes nationaux. Vous qui regardez cela de l'extérieur, n'allez pas vous imaginer que nous étions pour autant des assistés, vivant au crochet de l'état et dans l'attente du versement de l'enveloppe divine. Cette enveloppe n'était "que" la part "service public" du financement de l'état. Mais l'autre grosse partie du financement des formations dans les IUT, ce sont les formations qui vont la chercher comme le président Sarkozy va chercher la croissance, c'est à dire "avec les dents".

AUJOURD'HUI. Aujourd'hui, avec la loi LRU, l'université dispose d'un budget aussi global qu'autonome, et le président de l'université et son CA décident du montant de l'enveloppe qu'ils donnent à leur(s) IUT(s) (= exemple : l'université de Nantes dispose par exemple de trois IUT : à la Roche sur Yon, à Saint-Nazaire, et à Nantes). L'avenir des formations est désormais étroitement lié au relationnel, à l'affectif et à la santé financière (comprenez : à la rentabilité) nous unissant à notre maison-mère autonome : l'université de Nantes. De deux choses l'une : soit ils nous aiment et ils ont des sous, et nous n'avons alors pas trop de souci à nous faire. Soit ils ne nous aiment pas et/ou ils n'ont pas trop de sous, et là ... là ... on a du souci à se faire. La loi LRU, tout le discours sur l'autonomie des universités a mis en avant la lutte contre un système clientéliste, féodal, nombriliste, bureaucratique. Et c'est exactement l'inverse qui se met en place, soit le renforcement du clientélisme et de l'opacité bureaucratique (nouveaux logiciels comptables sur lesquels les personnels sont formés à la hache pour ne citer qu'un exemple, procédures administratives qui sont d'authentiques invitations à la fraude ou au suicide médicalement assisté selon que l'on est de nature optimiste ou pessimiste, pour citer un autre exemple).

CONCRETEMENT. Concrètement, nous sommes le 25 Novembre. Concrètement je n'arrive même pas à en vouloir au président de l'université de Nantes de ne pas vouloir ou de ne pas être capable de répondre aux nombreux messages qui lui adresse (notamment) le directeur de l'IUT pour savoir ce qui va se passer non pas dans deux ans, non pas dans 6 mois, non pas dans deux mois mais dans 35 petits jours. 35 tout petits jours qui nous séparent de l'année 2009. Je ne lui en veux pas parce que je pense que lui-même ne dispose pas de toutes les informations nécessaires pour répondre. Concrètement, dans notre IUT, nous lui avons envoyé une lettre, signée par l'ensemble des personnels (IATOSS, enseignants chercheurs, Prags), lui demandant de venir nous rendre visite ce jour là (le 25 Novembre) pour nous donner des informations concrètes sur les "moyens" humains et financiers qui seront mis à disposition de l'IUT pour l'année 2009. Bref, sur le montant de l'enveloppe. Mais comme nous sommes conscients que lui-même ne dispose pas nécessairement encore de toutes les informations "chiffrées", nous avons été raisonnables, nous lui avons juste demandé si "l'enveloppe" budgétaire pour 2009 serait (au moins) la même que pour 2008. Quand je dis "nous lui avons demandé", comprenez les directeurs et les personnels des 3 IUT sous sa responsabilité (La Roche sur Yon, Saint-Nazaire et Nantes). Une demande qui ne "nous" paraît pas "aberrante" à moins d'un mois des vacances de Noël. Mais le président de l'université de Nantes n'a pas répondu. Ou plus exactement il a fait répondre que Mardi, non vraiment, il ne pouvait pas être là, ni physiquement ni en vidéo-conférence. Parce qu'il avait d'autres engagements. Il a également fait savoir qu'il venait à l'IUT le ... 16 Décembre pour une réunion et qu'à cette occasion, il acceptait de rencontrer les représentants du personnel. Le 16 décembre. Soit moins d'une semaine avant les vacances de Noël. Belle perspective. Mais pour l'arbre de Noël de l'IUT on a déjà ce qu'il faut, merci.

DANS LES COULOIRS. Dans les couloirs c'est le règne de l'à peu près et du grand n'importe quoi. Des personnels administratifs se demandent s'ils seront encore là à la rentrée de Janvier ou s'ils seront obligés de se coltiner des aller-retour sur Nantes, "mutualisation" et "flexibilité" oblige. Les enseignants-chercheurs sont pour la plupart (mal) renseignés sur le projet de décret modifiant leur statut et naviguent à vue, nombre d'entre eux sont encore tout occupés à se demander comment entrer dans les nouveaux critères de publication fixés par l'AERES. Ceux (les enseignants-chercheurs) qui sont "plus" ou "mieux" informés, s'inquiètent de ce retour en arrière à la fois sans précédent et sans garantie. En réunion, les "représentants du monde professionnel" (patrons d'entreprise siégeant dans les conseils d'instituts) se désolent d'assister à la casse méthodique du "seul pôle d'insertion professionnelle qui fonctionnait à peu près correctement et depuis longtemps à l'université". Ces échos ne sont pas seulement ceux de l'IUT de La Roche sur Yon. Ils sont - de ce que j'en sais - presque partout les mêmes dans l'immense majorité des IUT de France. Concrètement et "objectivement" (si le lecteur peut encore accorder quelque objectivité au blog d'un dangereux leader d'opinion désormais sous surveillance), la situation est très binaire : les IUT qui ont réussi à préserver des moyens (humains et budgétaires) constants à ce jour sont ceux dont le ou les directeurs entretenaient de bonnes relations avec le président de leur université et/ou dont les université étaient largement excédentaires financièrement ... mais là, je n'en connais aucune :-(. Pour ceux qui n'avaient pas cette chance et pour lesquels le couperet est tombé, le réveil a été rude. Très rude.

J'OBSERVE. J'observe, pour l'instant, que pour tout ce à quoi la LRU était censée apporter des réponses, c'est, en termes de résultats, l'exact opposé des effets d'annonce ministériels qui est en train de se produire. Le discours officiel vous expliquera que c'est un "temps d'adaptation nécessaire", que "la temporalité d'une réforme structurelle ne peux être mesurée à l'aune de ses effets immédiats mais doit être observé sur le moyen terme". Probablement. Mais pour l'instant c'est l'impression d'un énorme cafouillage, d'un énorme gâchis, d'un énorme bordel, d'une énorme inquiétude qui domine. J'ai depuis longtemps cessé de croire que la Ministre pouvait entendre ces inquiétudes, la loi LRU ayant acté et légitimé l'ablation du dernier sonotone qui lui permettait de garder un lien avec les formations, sur le terrain. Mais il est dommage que le président de l'université autonome de Nantes ne vienne pas au moins tenter d'apaiser ou d'entendre ces inquiétudes.

Ailleurs : mobilisation à Nice, à Grenoble, au Mans, etc ... etc ... (n'hésitez pas à signaler vos propres liens en commentaire de ce billet) 

Le plaisir solitaire de l'auto-délation. (ou comment je me suis dénoncé à mon propre ministère)

Préambule & Rappel des faits
Le 15 Octobre 2008 paraissait au Journal Officiel de la république, un appel d'offre concernant une "veille d'opinion" pour les ministères de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. L'appel d'offre est composé de deux "lots" d'un coût global de 220.000 euros pour 2009 (100.000 pour l'Education, 120.000 pour l'Enseignement supérieur et la Recherche).Dans ledit appel d'offre on eut notamment lire :

  • "5.1.2 Sources surveillées : La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.) Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées. Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés."

Mais également :

  • Point 5.1.1. Objectifs. Le dispositif de veille vise, en particulier sur Internet, à:
  • identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles, émergents)
  • identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l'opinion
  • repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte, et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau
  • décrypter les sources des débats et leur mode de propagation
  • anticiper les risques de contagion et de crise.
  • Rapprocher ces informations et les interpréter
  • Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise
  • Alerter et préconiser en conséquence"
Il n'en fallait pas plus pour que je me fende d'un très officiel courrier à notre Ministre, que je reproduis ci-dessous. Si le coeur vous en dit et après lecture, je vous invite naturellement à en faire de même.
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                                                     Madame la Ministre, chère Valérie,

J'ai bien pris connaissance de votre appel d'offre du 15 Octobre. M'efforçant d'être en tout point un citoyen modèle, et à ce titre soucieux de préserver les finances publiques, je viens par la présente me dénoncer auprès de vos services et incite toutes celles et ceux qui correspondent au profil recherché dans votre appel d'offre à faire de même.
Afin que vous ne me preniez pas pour un dangereux fantaisiste, je tiens à caractériser très précisément la manière dont je correspond à la cible recherchée par votre appel d'offre et le caractère factuellement recevable de ma demande.
Primo : Je tiens depuis maintenant 3 ans un de ces  "sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc." Ce site (blog) est intitulé "affordance.info" et j'y commente de manière assez régulière, assez polémique et chaque fois que je le peux assez "impertinente", l'information qui concerne le secteur dans lequel j'exerce ma profession, à savoir l'enseignement et la recherche. Par ailleurs, je ne me prive pas de commenter également d'autres décisions, actualités ou événements dans des secteurs où je n'exerce pas et pour lesquels je n'ai pas nécessairement de légitimité.
Deuxio : Un certain nombre d'indices concordants me portent à croire que je suis un leader d'opinion, une nouvelle fois donc dans le coeur de votre cible qui "portera ainsi sur les médias en ligne, (...) de leaders d’opinion". En effet, j'ai longtemps tenu la première place du classement des blogs influents de la société Wikio dans la catégorie science. J'en profite pour vous signaler dénoncer deux autres collègues enseignants-chercheurs, André Gunthert et Jean Véronis, respectivement second et premier du même classement des blogueurs influents. Si j'enseigne de mon côté principalement dans un petit IUT de province et ne peut donc compromettre qu'un petit nombre d'étudiants en les exposant à une pensée déviante, le pouvoir d'influence - et donc de nuisance - de mes deux prestigieux collègues est bien plus considérable que le mien. J'invite donc une nouvelle fois vos services à s'intéresser de près à leur cas. Par ailleurs, votre appel d'offre indique également que "Le dispositif de veille vise, en particulier sur Internet, à (...) repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte, et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau." Une nouvelle fois, j'attire l'attention de vos services sur mon "potentiel d'influence" ma capacité de nuisance, qui tient principalement à mon aptitude à créer et à utiliser des réseaux de diffusion numériques et à la surexposition de mon blog.
Tertio : "La veille portera également sur (...) les blogs (...) ainsi que sur les appels et pétitions en ligne". Le site que je tiens est bien un blog, et j'ai signé et appelé à signer un grand nombre de pétitions en ligne sur des sujets aussi divers que la suppression du premier Avril (journée nationale sans humour), la politique migratoire de la France, l'évaluation des revues scientifiques. De plus, le point 5.2.2 de votre appel d'offre indique que "Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel." Or j'ai moi-même été à l'origine d'un appel à démission (je vous remets le lien pour faire gagner du temps à vos services).
Quarto : "les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés." Il m'arrive fréquemment de répandre mes idées dans d'autres supports que ce blog, y compris dans des journaux dits "citoyens" (de type Agoravox) ou dans de grands quotidiens nationaux (même si cela ne se produit pas aussi souvent que je le souhaiterais, mais diminue heureusement d'autant le risque d'exposition de la population à mon arrogant irrespect).
Dernier facteur à charge, mais non des moindres, j'ai enseigné pendant assez longtemps dans un Master d'Intelligence économique à l'université de Toulouse 1, Master pour lequel j'ai même un temps fait fonction de directeur des études. Je connais donc bien les différentes techniques de renseignement et de contre-renseignement et suis, plus que d'autres, à même de les utiliser dans une logique anti-gouvernementale.
A ce stade de la démonstration, est-il encore nécessaire de mentionner que je partage la vie d'une femme occupant de hautes fonctions syndicales dans un syndicat professionnel paramédical, ce qui me donne naturellement potentiellement accès à des rouages ministériels et des informations inaccessibles pour le grand public ?
Enfin, Madame la Ministre, je tiens à porter à votre connaissance et à celle de vos services qu'il doit être possible de m'atteindre afin de me réduire au silence, et ce sans aller jusqu'à menacer physiquement ma personne, ma famille, mes collègues ou mes étudiants (ce qui, vous en conviendrez, ferait un peu désordre). Une première stratégie (sur le long terme) consiste à inscrire dans les formations où j'enseigne l'un de vos agents assermentés qui pourra, par tout dispositif à sa convenance, établir un faisceau de preuves sur mon comportement et mes discours, vous permettant par la suite d'engager à mon encontre des procédures administratives de sanction. L'autre possibilité (sur le court terme) consiste à faire plancher l'un de vos juristes assermentés sur de probables infractions au devoir de réserve dans mes différents écrits et opinions. Il suffira alors d'exercer une pression appropriée sur le président de la faculté dans laquelle j'enseigne pour que celui-ci me trouve tout un tas d'occupations et de tâches administratives qui m'éloigneront de mes étudiants et de mes activités de recherche, bref, qui me "placardiseront" et réduiront à néant mon potentiel de dangerosité.

Croyez Madame la Ministre, à l'expression de ma sincère et très grande vigilance citoyenne. J'espère que ce courrier suscitera des vocations et qu'un grand nombre de dénonciations spontanées parviendront à vos services. Les 220 000 euros engagés dans la procédure pourront peut-être alors être réaffectés à des tâches et des actions qui si elles ne sont pas plus nobles, me sembleraient pourtant bien plus nécessaires**.

Olivier Ertzscheid, Enseignant-chercheur-blogueur-leaderd'opinionlanceurd'alerte.

** Combien de RASED pourraient être maintenus et bénéficier de personnels pour prendre en charge les enfants en très grande difficulté scolaire avec ces 220 000 euros ?? Plein.
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Conclusion
La réaction du Ministère après divulgation dans les médias de cet appel d'offre fut en gros la suivante : "Le ministère de l'Education nationale a tenu à préciser qu'il s'agissait en fait d'une surveillance qui remonte à 2006, mais qui a simplement mué, notamment cette année, vers une veille accrue sur le Net, évolution du militantisme oblige. L'équipe de Xavier Darcos précise par ailleurs que "tous les grands ministères ont un budget alloué à la veille de l'opinion"." Sur la surveillance antérieure, effectivement, je confirme. Il n'en demeure pas moins aberrant que le ministère soit incapable de commander ce travail de veille à des fonctionnaires formés pour cela (il ne manque pas en France d'universitaires spécialistes de ces questions, ou pouvant, le cas échéant, former des fonctionnaires à ces techniques aujourd'hui somme toute assez basiques et répandues). Au lieu de cela, c'est 220 000 euros/an qui partent dans les caisses d'un prestataire privé. Sur le "tous les ministères le font, pourquoi pas l'enseignement, l'enseignement sup et la recherche", et bien précisément parce que si la veille d'opinion et plus largement l'intelligence économique sont indispensables dans certains secteurs sensibles et/ou stratégiques, c'est un non-sens que de maintenir l'affirmation de leur intérêt pour les ministères concernés (éducation et recherche donc). Car la seule finalité possible de cette veille d'opinion pour ces deux ministères est, au mieux, utilisable à des fins de désinformation orchestrée, et au pire, a vocation à engager des procédures de nature coercitive pour les fonctionnaires en dépendant. Pour le dire autrement, aucun impératif économique ou stratégique ne justifie la mise en place d'un tel plan de veille confié à un organisme privé. C'est donc - au mieux - faire très peu de cas d'un prétendu dialogue social, et - au pire - ce me semble contraire a ce que devraient être les pratiques d'un état de droit.   

Sur le même sujet voir aussi : Rue89, et bien sûr le document de l'appel d'offre (Téléchargement 26772.pdf)

<Updates du soir>
  • Rappelons que le terme de "lanceur d'alerte" qui figure dans le texte de l'appel d'offre du Ministère n'est pas choisi au hasard. Loin s'en faut.
  • Comme le rappelle le Journal du Net "A la fin du mois d'octobre, un appel d'offre similaire a également été lancé par le Service d'information du gouvernement (SIG), concernant la réalisation d'une veille quantitative et qualitative sur le traitement de l'actualité gouvernementale par les médias en ligne et les blogs de journalistes." Lequel appel d'offre avait également été largement relayé dans la blogosphère, notamment chez Narvic, euh pardon, chez Narvic donc, ou chez Marianne2.
</Update>

<Edit du 19 Novembre> Voici la version du même appel d'offre, mais de l'année dernière (19 Octobre 2007) : Téléchargement Veille_opinion.pdf. Une lecture comparée des points 5.1.1 et 5.1.2 à un an d'intervalle est assez parlante sur les enjeux et les finalités des modifications apportées ... et sur l'impact des Bad Buzz présidentiels et gouvernementaux dans la nouvelle mouture de l'appel d'offre (par exemple, la surveillance des vidéos en ligne devient étrangement prioritaire :-) </Edit>

<Edit du 21 Novembre> Mieux vaut en rire ...

Tract-11
</Edit>


(Temps de rédaction de ce billet : 2 heures qui auraient pu être mieux utilisées à servir la gloire du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche des leaders d'opinion)

Nous sommes tous des américains (fauchés) et notre ministère est un Ponce Pilate numérique

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Billet d'humeur publié un lundi mais rédigé un vendredi soir (très tard) sur un (non?) événement qui a presque un an mais qui me semble assez fidèlement traduire une certaine logique ...
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Préambule. Aux Etats-Unis, les grandes firmes de l'informatique ont pignon sur rue dans les universités et dans les écoles. Elles les financent pour partie, elles les fournissent en ordinateurs et autres équipements, elles recrutent et payent des étudiants pour évangéliser sur tel ou tel produit leurs petits camarades, elles recrutent et payent des professeurs, elles leurs offrent des licences logicielles gratuites. Bref, elles "font le job" de la formation aux technologies de l'information.

Google et les 140 classes de collégiens.

En France, l'éducation à la culture informationnelle est, suite à la volonté acharnée de quelques-uns, de plus en plus l'objet de discussions, de colloques, de publications. En France, on a (péniblement) mis en place des dispositifs aux noms abscons mais à l'efficacité qui commence à être prouvée : B2i, C2i, et tutti quanti. En France, le Sénat, dans sa session ordinaire du 22 Octobre 2008, a diffusé un rapport d'information sur l'impact des nouveaux medias sur la jeunesse (Téléchargement r08-0461.pdf). A la page 123 dudit rapport, on peut lire le compte-rendu de l'audition de Mr Olivier Esper et Mme Myriam Boublil, respectivement "chargé des relations institutionnelles" et "directrice de la communication", chez ... Google Inc. L'audition se conclut comme suit :

  • "M. Olivier Esper a enfin souhaité faire la présentation des initiatives de Google France en matière d'éducation aux médias : le tour de France des collèges, qui consiste en des actions d'apprentissage de l'utilisation d'Internet à des élèves, le soutien des actions d'e-Enfance (hébergement de leurs vidéos sur Youtube et campagne publicitaire gratuite sur Internet) et ChercheNet, jeu concours monté en partenariat avec la Délégation aux usages de l'Internet, qui vise à éduquer à la création de contenus et au respect de la propriété intellectuelle.

Intrigué par ce "Cherche Net", et quelques clics plus tard, je tombe sur le communiqué de presse de Google France, dans lequel j'apprends qu'il ne s'agit pas vraiment d'un tout petit projet puisqu'il concerne tout de même "140 classes de collégiens de 6ème et 5ème des départements du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine, du Morbihan, des Côtes-d’Armor, de la Sarthe, du Maine-et-Loire, de la Loire-Atlantique, de la Mayenne et de la Vendée." Le titre du communiqué de presse est le suivant : "Calysto lance Cherche Net avec Google et la DUI". Pour information, Calysto est une société de conseil, la DUI est une excroissance du pouvoir politique (ministère de l'enseignement supérieur principalement), et Google est ... Google.

Et maintenant les faits : le fond du projet Cherche Net.

Sur la page du communiqué de presse, je retiens les informations suivantes :   

  • "A l'initiative de Google France, et avec le soutien de la Délégation aux Usages de l'Internet, Calysto mènera dans les collèges de Bretagne et des pays de Loire, une opération inédite et ludique d'éducation à Internet et ses usages pour les enfants : le jeu concours Cherche Net. (...) Cherche Net a pour vocation de (...) mettre en pratique les informations enseignées aux enfants sur l'Internet, (...) :
  • comment rechercher efficacement sur Internet ?  Comment éviter de tomber sur des contenus choquants ? Comment utiliser des outils de retouche d'image ? Comment créer un blog ?
  • les sensibiliser et  les éduquer aux règles à respecter sur Internet (sécurité, droit d'auteur, droit à l'image…)
  • valider leurs compétences du B2i (Brevet informatique et internet)
  • favoriser une démarche collaborative et une prise de conscience collective
  • développer leur curiosité et leur créativité."

Et maintenant, reprenons ...

  • Qui ? "A l'initiative de Google France" : c'est assez troublant. Ce genre d'initiative est normalement attendu de la DUI, dont la mission est - sauf erreur de ma part - "la formation et l'accompagnement au TIC" (sic). C'est d'autant plus troublant que derrière la mention "à l'initiative de", il faut naturellement comprendre et lire "avec le financement de". Donc si on résume : Google est à l'initiative du projet, le finance, le fait réaliser par une société de service (Calysto) et demande sa bénédiction à la DUI (à moins que la bénédiction de la DUI ne lui soit acquises dès avant)
  • Quoi ? On va donc apprendre aux collégiens "comment rechercher efficacement sur Internet". Il serait à la fois plus honnête et plus exact d'indiquer qu'on va leur apprendre "comment chercher efficacement sur Internet avec Google." Ce qui est déjà une bonne chose. Mais ce qui n'est pas tout à fait la même chose. On va également apprendre aux collégiens "Comment utiliser des outils de retouche d'image ?" Alors là j'avoue que j'en reste baba. Dans le même temps, je mesure la force de mes prophéties auto-réalisatrices concernant les technologies de l'artefact. Et je m'en désole.
  • Pourquoi ? Pour "valider leurs compétences du B2i (Brevet informatique et internet)" Et ben voilà. C'est Google qui va valider le B2i. OK. Et demain, on l'envoie valider quoi ?? Le bac ? La licence ? La première étoile de ski ? Et puis aussi on va faire ça pour "favoriser une démarche collaborative et une prise de conscience collective et développer leur curiosité et leur créativité." Et pour en faire de bons clients. Bien souples. Bien captifs. Bien formés formattés.  

Moralité courte.

A l'initiative de Google et sur les fonds de Google, Google forme les futurs utilisateurs et clients de Google là où ils sont, c'est à dire dans les collèges. Il les forme à l'utilisation de Google et des outils de Google. Il le fait avec l'aval du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (dont la DUI est l'émanation directe), ce dernier se vautrant dans le confort de la figure d'un Ponce-Pilate numérique (dont on connaît la propension à "s'en laver les mains").

Moralité longue

C'est parfois dans les "petites" opérations de communication que se donnent le mieux à lire les grands desseins ministériels ... Car soyons clair, ce n'est en l'occurence pas Google (ni Calysto) que je blâme (quoi que pour Calysto ...). A tout prendre, j'aime autant que ce soit eux qui se chargent du boulot plutôt que la DUI et ses experts nommés. Ce qui est particulièrement irritant me fout dans une rogne noire c'est de constater l'incurie des "pouvoirs publics" à l'échelon national à capitaliser sur les réseaux de compétence e-x-i-s-t-a-n-t-s, leur refus castrateur de leur octroyer quelques maigres subsides pour permettre à ces mêmes réseaux de compétence d'opérer un passage à l'échelle, pour leur permettre de démultiplier leur offre de formation, bref pour leur permettre de faire ce que s'apprête à faire Google, mais en le faisant mieux (et probablement pour moins cher).

Pour être plus clair, il existe en France dans les universités, les lycées et les collèges toutes les structures nécessaires à la réflexion (déjà bien avancée) et à l'action (chroniquement en manque de moyens). Nous disposons :

Alors pour passer ma rogne, je fais un rêve. Celui de voir un jour l'auto-complaisance ministérielle et ses effets d'annonce à la consistance d'étouffe-chrétien se resaisir, décrocher son téléphone, convoquer non pas des blogueurs influents mais des gens capables, leur demander où ils en sont de leur réflexion, leur demander quelles sont leurs préconisations, leur demander quels sont leurs besoins ... et leur donner les moyens de gagner un pari. Un pari formidable. Celui de l'entrée réussie d'une classe d'âge dans la société de l'information. Et puis je me réveille. Et je vois le temps qui passe. Et je voie le temps perdu. Et le Cheval à Phynances qui galope, et la Machine à Décerveler qui fait son office (et réciproquement). 

Conclusion : nous sommes tous des américains.
Le projet Cherche Net date de Décembre 2007. J'en ignore les résultats. Je ne les ai pas trouvés sur le site de la DUI. Le site Cherchenet.fr n'est de toute façon plus en ligne. La seule trace qui en subsiste est celle-ci. Le nom de domaine est par ailleurs disponible si vous êtes tentés par une spéculation hasardeuse (plénonasme ?). J'ignore s'il sera reconduit cette année. Mais le projet Cherche Net n'était que la partie émergée de l'iceberg. Aujourd'hui, les mêmes perpétuent le tour de France des collèges et des écoles. Avec les mêmes partenaires, plus quelques autres. C'est du Cherche Net  mais à l'échelle industrielle. Du biberonnage dès le berceau. Voilà pour l'existant. Voilà pour hier et aujourd'hui. Et demain ? Demain aux Etats-Unis en France, les grandes firmes de l'informatique auront pignon sur rue dans les universités et dans les écoles. Elles les financeront pour partie, elles les fourniront en ordinateurs et autres équipements, elles recruteront et paieront des étudiants pour évangéliser sur tel ou tel produit leurs petits camarades, elles recruteront et paieront des professeurs, leurs offriront des licences logicielles gratuites. Bref, elles "feront le job" de la formation aux technologies de l'information.
Demain ce sera Ubu Roi. UBU : Université des Baudruches Unanimes. ROI : retour sur investissement à la hauteur du désinvestissement constaté. Ubu roi vous dis-je. 

(Temps de rédaction de ce billet : 3h30 - oui je sais c'est long, non je n'avais rien de mieux à faire vendredi soir)

Enseignants chercheurs : projet de décret.

Donc ça y est, le projet de décret modifiant le statut et le rôle des enseignants-chercheurs est sur les rails. Très rapide analyse ... Ce qui va changer :

  • Les enseignants chercheurs aiment l'entreprise, laquelle le leur rend bien. "(...) Ils organisent leurs enseignements au sein d’équipes pédagogiques et en liaison avec les milieux professionnels. Ils établissent à cet effet une coopération avec les entreprises publiques ou privées. (...) Ils contribuent à la coopération entre la recherche universitaire, la recherche industrielle et l’ensemble des secteurs de production. " Bien sûr on le faisait déjà, mais là c'est une volonté ... "affichée", "inscrite".
  • Les enseignants-chercheurs aiment les bibliothécaires. Ils ne sont d'ailleurs pas à l'abri de leur piquer leur fond de commerce : "Ils participent à la diffusion de la culture et de l’information scientifique et technique. Ils assurent, le cas échéant, la conservation et l’enrichissement des collections confiées aux établissements et peuvent être chargés des questions documentaires." Remarquable ellipse qui dit tout en ne disant rien, mais qui, à mon avis, dira beaucoup à certains. <Update de quelques jours plus tard> Cela n'a pas loupé :-) Voir l'analyse beaucoup plus pertinente que taquine d'Olivier Tacheau</Update>
  • Les enseignants-chercheurs aiment le conseil d'administration de leur université car il est tout puissant. "Le conseil d’administration ou l’organe en tenant lieu, définit les principes généraux de répartition des services entre les différentes fonctions des enseignants-chercheurs. Il fixe également les équivalences horaires applicables à chacune de ces activités ainsi que leurs modalités pratiques de décompte." Et ben oui. Différentes fonctions : Enseignement, recherche, administration. C'est pas nouveau. Ce qui va être aussi nouveau que variable et invariablement compliqué ce sont les "modalités pratiques de décompte", autrement dit l'équation "1 heure d'enseignement = x heure(s) de recherche = y heure(s) administrative".
  • Là où ça va faire mal, mais alors vraiment mal, attention, c'est là : Plus tu cherches bien, moins tu enseignes : "Le président ou le directeur de l’établissement arrête les décisions individuelles d’attribution de services des enseignants-chercheurs dans l’intérêt du service, après consultation, du directeur de la composante et du directeur de l’unité de recherche concernés. Le tableau de service de chaque enseignant-chercheur lui est transmis en début d’année universitaire et est adapté pour chaque semestre d’enseignement. Il peut comporter un nombre d’heures d’enseignement inférieur ou supérieur au nombre d’heures de référence mentionné au I en fonction de la qualité des activités de recherche" Et plus loin : "Les principes généraux de répartition des obligations de service et les décisions individuelles d’attribution de services ne peuvent conduire à dégrader le potentiel global d’enseignement (...)" Il y a donc des garanties. La garantie que certains personnels ET certains établissements feront plus ou moins de recherche et/ou d'enseignement. Et surtout la garantie que certains enseignants-chercheurs "mal-cherchants" devront se coltiner les heures d'enseignement dont seront dispensés leurs collègues "bien-cherchants". J'vous raconte pas l'ambiance ... (voir à ce sujet le billet d'Olivier Le Deuff, et quelques autres cités en fin de ce billet).
  • Attention, ça va faire piquer : "Dans le cas où il apparaît impossible d’attribuer le service de référence à ces personnels, le président ou le directeur de l’établissement leur demande de compléter leur service dans un autre établissement public d’enseignement supérieur de la même académie sans paiement d’heures complémentaires." Et ben oui. Exemple : je suis recruté pour faire de l'anglais à l'IUT de Saint-Nazaire. Mais je n'ai que quelques heures. Je vais donc me cogner également des heures à l'IUT de La Roche sur Yon et un peu à la fac de Nantes. Et je vais garder le sourire. Eeeet oui.
  • Concernant l'épineux (aïe) chapitre de l'évaluation : "Article 7-1 – Les enseignants-chercheurs établissent, au moins tous les quatre ans, un rapport d’activité remis au président ou directeur de l’établissement qui en assure la transmission au Conseil national des universités." On connaît déjà les critères pour l'évaluation de la partie recherche (épisode 1, 2, 3, 4) ... Les CNU vont avoir du pain sur la planche. Va falloir sérieusement songer à augmenter leurs effectifs ...

Côté effets d'annonce jusqu'à présent non suivis des faits :

  • Valérie Pécresse avait déclaré : "Je souhaite que la préparation des outils numériques soit reconnue à part entière comme un acte pédagogique, y compris dans le statut des enseignants-chercheurs." Ce n'était qu'une déclaration. C'est dommage. Car c'était - à mon avis - une bonne idée.
  • Du rapport Schwartz, il ne reste au final (et en l'état) pas grand chose. Et c'est dommage. Car ledit rapport contenait au moins deux bonnes idées que je rappelle ici pour mémoire : lisibilité et transparence accrue des modalités du recrutement, et "Créer une habilitation à diriger les enseignements sur le modèle de l'habilitation à diriger les recherches". Seule l'idée de "Permettre la modulation du temps de service des enseignants-chercheurs en fonction des trois grands domaines : enseignement, recherche et ... administration." est donc actée dans ce projet de décret mais avec un niveau de flou qui, conjugué à l'autonomie précipitée des universités, ne manquera pas de déclencher des situations aussi ubuesques que contre-productives.
  • On avait également promis à grand renfort de médias de valoriser les Maîtres de Conférences. Mis à part les quelques très rares élus (une centaine au maximum) qui pourront bénéficier dès le début de leur carrière d'une bourse de recherche avec des crédits confortables et des allègements d'obligations de service (les fameuses "chaires"), une lecture attentive de ce projet de décret montre que ce sont les professeurs des université qui sont, et de loin, les plus chouchoutés en terme de statut, de possibilités d'avancement et de décharges de service.

Conclusion : Flexibilité et clientélisme sont les deux mamelles de ce projet de décret (et encore, je vous ai épargné le commentaire des 4 pages qui concernent uniquement la notion de "délégation de services", mais vous en conseille la lecture attentive ...). Une flexibilité désordonnée, inféodée aux desideratas des conseils d'administration, eux-même inféodés aux présidents d'université (à moins que ce ne soit l'inverse). Mais le plus dramatique à mon sens, c'est que l'enseignement sera le grand perdant de ce nouveau statut s'il est adopté en l'état. Cette activité apparaît clairement comme "secondaire", non-noble, le genre de truc que l'on refile à ceux qui ne sont pas capables de faire de la recherche. Je pense que c'est une erreur stratégique et un contresens majeur qui dit bien deux choses : la vision que le ministère éponyme a de l'enseignement public, et la méconnaissance profonde de ce qui se passe DANS les cours des universités.

Le projet de décret en intégralité : Téléchargement decret08-statut-ec-.pdf

Et puis aussi sur le sujet :

  • sur Rue89 un texte qui dit bien la réalité de la réforme concernant les IUT.
  • sur le "débat dans le débat" concernant le démantèlement programmé (et déjà bien avancé) du CNRS, je vous recommande la lecture de ce texte qui commence ainsi : "Le gouvernement est en passe de réaliser un vieux rêve de la droite : évider le Cnrs, à défaut de pouvoir le supprimer. Pourquoi tant de haine à l’encontre de cet organisme, accusé de tous les maux et qualifié, sans rire, de « dernière institution soviétique au monde » ? Vraisemblablement parce qu’il porte la double tare d’avoir été créé une première fois par le Front populaire et refondé à la Libération par le général de Gaulle. Pour les idéologues d’une certaine droite cette origine condamne le Cnrs à être le repaire de Nimbus de gauche, déconnectés du monde contemporain."
  • Sur la question spécifique des modulations de service et des primes, lire le rappel des faits effectué par le site SLR.
  • Côté syndicats, c'est l'effervescence. Le point de vue du SNESup me semble assez juste sur le fond : "une conception usurière de l'enseignement supérieur"
  • Et puis côté coulisses, dans les seuls vrais tuyaux de la seule vraie autonomie, il risque aussi d'y avoir du sport.
  • Et pour équilibrer la balance, voir aussi l'angélisme gouvernemental, un texte qui résiste à peu près 1min30 à une analyse sérieuse de la situation.

Par ailleurs, le classement des revues à la mode de l'AERES continue d'émouvoir. Oh rassurez-vous, uniquement de dangereux gauchistes rétifs à toute forme d'évaluation parce que notoirement incompétents et uniquement soucieux de préserver leurs privilèges acquis et n'ayant par ailleurs absolument aucune expérience en matière de publication scientifique ou d'édition de revues scientifiques de rang :

  • André Gunthert : "La science des quotas". Extrait : "La liste des revues les classe en trois rangs: A, B et C. Mais au lieu que le rang A donne un compte réel des meilleures publications internationales, on lui a fixé arbitrairement un quota de 25%. On comprend bien que la logique à l'oeuvre est strictement comptable. Le gouvernement-des-caisses-vides étant dans l'incapacité notoire de revaloriser le salaire des chercheurs (dont toutes les études s'accordent à dire qu'il est scandaleusement bas), il va répartir des lots de consolation aux plus méritants pour pouvoir afficher une politique de la recherche agressive."
  • C. Bouillaud, "The State We’re In. le classement des revues par l’AERES"

notamment ...

(Sources sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures)

Temps de rédaction ... de ce mois-ci.

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Billet un peu long pour répondre à une simple question qui m'est souvent posée par mail ou en commentaire : "mais pourquoi donc ajouter un "temps de publication" à la fin de chaque billet ?"
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41 billets pour le mois d'Octobre 2008. Temps de rédaction total : 28h30min. Soit un temps moyen passé sur un billet de : 41 minutes.
Ceci n'inclut pas la temps passé à veiller et à lire différentes choses sur le Net ou dans de bons vieux ouvrages et journaux papier. Lequel temps est au moins équivalent à celui de la rédaction des billets.
Sur une année, cela fait, à la louche 348 heures. Plus au moins 348 heures à fureter, collecter, annoter, lire, etc.
Tout cela pour dire que compte tenu de mon statut (Maître de conférences : je dois 192 heures équivalent TD sur l'année - en heures effectives, cela fait beaucoup plus -, plus autant d'heures de recherche - là j'en fais honnêtement un peu moins, sauf à considérer que l'alimentation de ce blog fait partie intégrante de mon activité de recherche, ce qui est précisément l'une des questions soulevées dans ce billet), tout cela pour dire, disais-je, que compte-tenu de mon statut, ce blog est un authentique deuxième métier qui me prend au moins autant de temps que celui pour lequel je suis chaque mois grassement rétribué (1800 euros net).
J'avoue ne pas trop savoir qu'en penser ... mais je pense que :

  • un jour se posera la question de savoir si le jeu en vaut la chandelle (ce jour là sera le jour où je m'amuserai un peu moins à cet exercice/astreinte de publication)
  • un jour se posera la question de "ceci au détriment de cela" (ce jour là sera le jour où on m'annoncera que comme je ne fais pas suffisamment de "recherche labellisée et reconnue par mes pairs", on va doubler ma charge d'enseignement et mes charges administratives)
  • un jour se posera (sérieusement) la question de quel intérêt, pour qui, pour quelle reconnaissance ? (reconnaissance institutionnelle s'entend, la reconnaissance et la gloire publique m'étant déjà largement acquises ;-)

(Temps de rédaction de ce billet donc : 30 minutes :-)

En attendant Godot (et la 71ème section)

Pendant que l'on cherche activement à retrouver la trace de la 71ème section (épisode 1, épisode 2, épisode 3), quelques ressources "en vrac" pour permettre à chacun d'étoffer son opinion à propos de la crise d'évaluatite aussi aïgue que désordonnée dont souffre actuellement la maison université-recherche :

  • un numéro spécial de l'ORS consacré à l'AERES (.pdf). En page 3 on peut lire que le président de l'AERES se donne 4 ans pour "forger une culture de l'évaluation." Ce qui m'a frappé à la lecture de ce dossier (ma lecture fut, je vous l'accorde légèrement partisane), c'est l'écart entre la bonne volonté apparente des experts et personnalités de l'AERES et la précipitation avec lequelle on les embarque dans ce chantier (voir notamment page 15 où l'on apprend que "certains comités d'évaluation n'avaient pas été informés que le note qu'ils rendraient serait elle-même rendue publique" ...). Autre point frappant : l'après-évaluation. D'ici 4 ans donc, toutes les universités, toutes les formations, toutes les unités de recherche (et probablement tous les chercheurs) auront "leur" note et "leur" rapport. Prenons les universités : sur les 80 existant actuellement et après divers probables regroupements, on en trouvera environ une petite dizaine frisant l'excellence (note A), une vingtaine dans la normale (note B) et le reste en queue de peloton (note C). Que fera-t-on à ce moment là ? Quelle alternative pour ces dernières à échéance de 4 ans, c'est à dire dans un contexte d'autonomie totale ? En plus de communiquer davantage sur sa méthodologie, l'AERES ferait à mon sens oeuvre utile en s'interrogeant sur la finalité des évaluations produites.
  • un site d'information et de discussion sur l'évaluation et la bibliométrie a été ouvert à l'adresse suivante : http://evaluation.hypotheses.org. Ce site est une ressource incontournable pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet.
  • Sur la question spécifique de l'évaluation des disciplines et des revues, Jean-François Dhainaut, (président de l'AERES) a fait un certain nombre de déclarations, rapportées dans une dépêche accesible à cette adresse : http://fr.groups.yahoo.com/group/parislinguists/message/2138. Dans ladite dépêche en date du 14 Octobre on apprend notamment que "L'Aeres indique qu'elle va prochainement publier sur son site internet la "méthodologie d'approche" utilisée pour la constitution des listes (de revues) ainsi que la composition des comités qui ont élaboré ces listes". Pour mémoire la fameuse blind list des revues a été mise en ligne fin Juillet ... Mon mauvais esprit jubile à l'idée qu'une instance d'évaluation nationale et à ce point transversale omnipotente puisse à ce point être candide dans son approche en pensant que pour un tel projet, la publication de la méthodologie et des personnes en charge de l'appliquer n'est pas un préalable indispensable ... Faudra peut-être songer à monter une Agence d'évaluation de l'Agence d'évaluation ...
  • Côté SHS, Patrice Bourdelais (coordinateur SHS pour l'AERES), a publié le 19 Octobre sur le site Fabula un communiqué lénifiant : http://www.fabula.org/actualites/article26263.php
  • la commission mixte AERES / CNRS / CNU qui avait publié en juillet un classement des revues de psychologie répond - en partie - aux critiques et propose un nouveau classement : .pdf. Je vous recommande très chaudement les 6 premières pages du document qui montrent la complexité du travail entrepris et la nécessité absolue de fonctionner sur un mode ouvert d'évaluation.
  • Et pour rire (jaune) un peu, ne manquez pas l'épisode "Ubu évaluateur au pays du CNRS". Et aussi cet article là pour les plus pressés sur le sujet.

(Temps de rédaction de ce billet : 45 min.)

Vendredi ou l'entorse creative

Préambule : des licences creative commons en général et de celle d'Affordance en particulier.

Certains d'entre vous le savent, d'autres pas. L'intégralité des contenus de ce blog est disponible sous licence Creative Commons. Ce qui vous donne le droit de les réutiliser comme vous voulez, à condition que ce soit en citant la source, et à condition que cela reste en dehors de tout cadre commercial. Voilà les faits. Il m'arrive parfois (très rarement) de déposer certains de ses billets sur d'autres plateformes (Agoravox principalement). Cela me permet de me confronter à un autre type de lectorat que les habitués d'Affordance. Mes rares expériences en ce domaine (seulement 7 ou 8 billets publiés sur Agoravox sur les 1408 que compte ce blog), m'ont plutôt dissuadés de continuer l'expérience (vu la teneur polémique et souvent assez peu constructive des commentaires, même si, depuis mon dernier essai, la politique de modération a été entièrement revue), ou alors de publier dans ces plateformes des billets entièrement re-rédigés et re-formatés pour l'occasion (ce que je n'ai pas le temps de faire). Il m'arrive également d'être parfois sollicité par la presse "nationale". A ce moment là et pour de bonnes (diffusion beaucoup plus large de mes cogitations) ou de mauvaises raisons ("vanitas vanitatum ..."), j'effectue une entorse relative à la licence précédemment évoquée, puisque que les journaux qui publient ou republient mes billets le font dans un cadre commercial "relatif" (ainsi les articles d'Ecrans, le mag de Libé, sont librement consultables, mais les archives du Monde sont payantes). Bref, pas de quoi fouetter un labrador, de toute façon, tout reste disponible gratuitement pour les lecteurs d'Affordance (c'est l'essentiel de mon point de vue) et je ne touche pas un sou pour cette éphémère "renommée". (Nota Bene en passant : cette logique va même plus loin puisque je m'efforce également de l'appliquer à mes publications scientifiques, déposant systématiquement une version de mes articles acceptés dans des revues payantes, sur des sites d'archives ouvertes, ce qui m'a déjà valu et me vaudra probablement encore quelques - petits - conflits).

Vendredi, ou les limbes du pacifique "le lundi au soleil" des blogueurs.
Avec le lancement d'un nouvel hebdo intitulé Vendredi, me voilà dans une configuration inédite que je vous soumets (parce que vous êtes souvent de bon conseil et qu'on se dit tout :-). Le modèle économique et éditorial de cet hebdo est un peu particulier. Pour faire court il s'agit de reprendre une sélection d'articles parus sur le web, notamment dans la "blogosphère" (mais pas exclusivement). De faire un hebdo "papier" reposant uniquement sur des contenus "Internet amateurs" (c'est à dire, si j'ai bien compris, des amateurs plutôt "éclairés" - chercheurs, avocats, simples citoyens - ou dotés d'indéniables qualités rédactionnelles, mais ne disposant en tout cas pas de carte de presse). Parce que j'aime bien l'idée, parce que je crois que dans le contexte actuel (états généraux de la presse et rapport Giazzi) elle mérite en tous les cas d'être testée, parce que j'ai été sollicité par Jean-Marc Manach et que j'aime bien ce qu'il fait en général, parce qu'à l'initiative de ce projet on trouve Jacques Rosselin et que ce dernier fut en sont temps à l'initiative de Courier International, parce que Philippe Cohen (Marianne2.fr) est également de l'aventure, parce que parce que parce que ... j'ai accepté qu'ils reprennent un billet pour le prochain numéro de Vendredi (24 Octobre), et si l'occasion se représente, j'accepterai encore. Et au moment où j'ai accepté, je l'ai fait dans mon état d'esprit habituel (c'est à dire sans demander de dédommagement financier).
Mais j'ai ensuite reçu ce mail :

  • " (...) l'idée est de proposer aux auteurs que nous apprécions et dont nous sommes susceptibles de reprendre les textes de temps à autres, de signer une convention nous autorisant la republication de leurs articles ou billets; ce qui nous permet aussi d'établir, chaque mois, le montant à vous reverser, à raison de xx euros par republication (hors les citations dans les brèves, bien évidemment)"

Qui suis-je, où vais-je, et combien suis-je payé ?

Et c'est là que je suis coincé. En admettant (cas d'école) que même si la blogosphère est très large, le magazine Vendredi soit amené à reprendre les articles de certains blogueurs plus fréquemment que d'autres, et en admettant que je sois parmi ces quelques élus (cas d'école, je le répète), je suis donc en situation de tirer quelques revenus de mon blog (pas de quoi fouetter un poney je vous l'accorde, mais de quoi augmenter un tout petit peu mon pouvoir d'achat) et je fais une entorse à la "philosophie" ou en tout cas à "l'esprit" de la licence creative choisie en acceptant donc, par convention, d'être rétribué (peu et tout à fait aléatoirement) pour certains articles. Bref je deviens pigiste-joker pour un organe de presse. Une solution serait naturellement de refuser non pas d'être "repris", mais d'être payé pour cela. Or, pour bien comprendre mon état d'esprit actuel, sachez que je n'ai pas d'états d'âme à percevoir quelques dizaines d'euros de temps à autre (encore une fois rien ne dit que cela se reproduira à une fréquence suffisamment régulière pour être pécuniairement significative) vu le temps que je passe à alimenter Affordance (et comme en plus c'est la crise hein ...), le tout en "supplément" de mes activités de recherche et d'enseignement (pour lesquelles, afin que tous les éléments soient sur la table, je touche 1800 euros nets par mois).

Et donc ?? Donc disons, pour faire simple, qu'en acceptant cela, pour le moment, et pour ce journal particulier, je change (me semble-t-il) légèrement sinon la nature de cette publication (mon blog), du moins le "contrat éditorial et lectoral" qui le caractérisait jusqu'à lors. En clair : vous êtes toujours sur un blog de chercheur, ce blog est toujours sans autre filtre éditorial que celui de la subjectivité assumée par son auteur, mais ledit chercheur vient d'accepter d'être (occasionnellement) rétribué par un organe de presse, organe certes innovant mais organe tout de même. Vous me direz il y a encore une grande marge avant que je me mette à publier des publis-rédactionnels vantant les mérites de la Seat Laguna de Mitsubishi, mais ... "mais tout de même","en cherchant bien", "s'il l'a déjà fait une fois", et patati et patata ...

Alors à votre avis :

  • je me fais des noeuds tout seul ? Si c'est le cas, TAPEZ 1 (prends l'oseille et tais-toi)
  • ce sont de vraies questions ? Si c'est le cas TAPEZ 2 (t'étais "juste" chercheur, tu deviens juste "un peu" - plus ? -  journaliste/vulgarisateur scientifique).

Ceux qui ont tapé 1 peuvent arrêter ici la lecture de ce billet.

Vers un lissage des espaces de publication.
Pour les autres (ceux qui ont tapé 2), au-delà de tout cela, reste entière la question de savoir si cette "carotte" potentielle impactera à terme le mode de publication et le rédactionnel d'Affordance (non à 99,9%) ou d'autres blogs/sites (je n'en sais rien mais suspecte que "oui, probablement, pour certains en tout cas"). Question subsidiaire encore, si le modèle Vendredi prend (ce que je lui souhaite), va-t-on vers un lissage des espaces de publication existants et des autorités afférentes : citoyens / journalistes / auteurs ? Et si oui, ce lissage est-il une bonne chose ? Pour préciser ma pensée, et en mettant cette fois de côté le cas particulier d'Affordance et des blogs tenus par des scientifiques en général, il est un grand nombre de rédacteurs dans la blogosphère auxquels il ne manque que la carte de presse pour s'installer journalistes : <Polémique> le travail souvent minutieux d'écriture qu'ils effectuent, la vérification et le croisement souvent tout aussi minutieux de leurs sources, la qualité du rédactionnel et du style, la fréquence et/ou la régularité de publication, l'expertise métier dont ils peuvent se prévaloir ... tout cela leur permettrait (à mon sens) de ne pas prétendre "abusivement" à l'obtention d'une carte de presse (pas plus abusivement en tout cas que Jean-Pierre Pernaud). </Polémique> Dans le même temps, et c'est aussi un peu cela qui fait l'intérêt des médias "de niche" vis à vis des médias "mainstream" (à mon sens toujours), dans le même temps disais-je, le fait de ne pas disposer de carte de presse est également une liberté formelle importante, du genre de celle qui constitue une ligne de démarcation intellectuelle servant de repère aux lecteurs des uns (bloggueurs) et des autres (journalistes). Nul ne nous oblige en effet à être en permanence "en situation de journaliste" ou à tout le temps "jouer" au journaliste : on a le droit à l'erreur (les journalistes aussi me direz-vous), le droit à la mauvaise foi, à la mauvaise humeur, le droit de décréter un jour avoir une ligne éditoriale à tenir et le droit tout aussi imprescriptible de s'y soustraire le lendemain.
A partir de là, il y a deux manière de traiter le problème : soit façon "café du commerce" sur la vieille antienne "tous citoyens, tous journalistes", soit avec talent et sous différents angles problématiques (Ecosphère, Novövision, etc ...). Dans cette optique, l'initiative lancée par Vendredi devrait rapidement permettre d'y voir un peu plus clair dans les stratégies éditoriales à l'oeuvre sur le net et dans la blogosphère. Comme serait tenté de le dire le chercheur qui sommeille en moi, voilà qui interroge sérieusement le paradigme éditorial en amont (filtrage et sélection) comme en aval (réécriture et distribution), en synchronie (phénomène du temps-réel) et en diachronie (fixation de la durée lié au support papier), dans son unicité (le choix éditorial d'un seul ou de quelques-uns) et dans sa pluralité relative (la blogosphère et le web sont en fait ramenées à 600 sources suivies par Vendredi).

Tactique de la citation et stratégie de la présence. Ou réciproquement.
Je voie encore une problématique intéressante dans ce lancement : l'écriture "pour le web" est pour l'instant majoritairement une écriture pensée dans une stratégie de présence. Il faut "occuper l'espace" (virtuel) du Net. Une écriture de la présence : il faut être présent dans les résultats des moteurs. Une écriture du placement : il importe d'être bien placé, bien référencé. Or ce que nous enseigne l'héritage de l'écriture scientifique, c'est la manière dont s'est progressivement constituée une écriture de la citation. Il ne s'agit cette fois plus "seulement" d'occuper la place, mais bien d'être (bien) cité par d'autres, parce que c'est là le meilleur moyen ... d'occuper la place. Dans l'écriture scientifique, la présence est une tactique et la citation une stratégie. Dans l'écriture blogosphérique mainstream, la citation est une tactique (les hyperliens), et la présence une stratégie**. Un phénomène que confirme d'ailleurs la dernière étude de Jean (Véronis) qui fait état d'un très faible taux d'utilisation des liens hypertextes dans les billets de blogs (à peine un lien tous les 12 billets**** ...). De fait, le travail de réécriture (ou plus exactement d'adaptation au média papier) que vont se coltiner les journalistes de Vendredi sera peut-être dont moins ardu que prévu. 

Au final, ce que permettra peut-être de synthétiser rapidement l'initiative Vendredi, c'est la symbiose de ces écritures, de ces deux logiques éditoriales : écrire pour être présent, et écrire pour être cité (d'autant que l'on n'écrit naturellement plus de la même manière quand on sait que l'on sera, peut-être, cité dans un autre contexte que celui du rédactionnel initial). Une fois cette symbiose réalisée (si elle se réalise), peut-être verra-t-on émerger un nouveau pacte éditorial, ou ... ou peut-être ne fera-t-on que retomber dans un schéma aussi ancien que connu : celui des spécialistes qui expertisent, celui des journalistes qui reformulent et interprètent, et celui des lecteurs qui lisent.

Et moi, CQFD, j'ai gagné ma poignée euros si ce billet est cité dans un prochain numéro de vendredi ;-)

** sur la différence entre tactique et stratégie, voir par exemple ici.

**** </Digression> un lien tous les 12 billets ... j'avoue en être tombé de ma chaise à la lecture de ces résultats :-( J'ignore à quoi cela est dû, mais de mon côté je ne conçois pas de rédaction de billets sans déployer de liens externes (je suis très souvent frustré par la lecture de blogs - par ailleurs excellents - mais qui ne renvoient qu'à eux-mêmes). A l'époque un outil comme PubSub (qui fut, sauf erreur de ma part, le grand précurseur des outils de classement blogosphériques façon Wikio), un outil comme PubSub fournissait de très intéressantes statistiques détaillées sur les blogs répertoriés dans sa top-list, notamment concernant les liens entrants et sortants (la preuve en image). D'ailleurs, si Jean me lit (bonjour Jean), dans la série des bonnes idées à mettre en oeuvre pour les WikioLabs quand les journées feront 48 heures, je verrai bien une reprise de ces fonctionnalités à l'intérieur de Wikio. </Digression>

Sur le sujet (du lancement de Vendredi et de l'intérêt ou du non-intérêt de son modèle éditorial), voir aussi : InternetActu pour le clin d'oeil amical et les infos discutées en commentaire du billet, Marianne2 pour un reportage la veille de la sortie, Ouinon pour l'opinion de quelqu'un qui n'y croit pas et qui dit pourquoi, le fil Twitter de Joel (Ronez) qui n'y croit pas non plus, Ecrans pour le pitch, Novövision pour plein d'autres bonnes questions.

P.S. : concernant la "poignée d'euros" évoquée dans ce billet, inutile de me poser la question en commentaire (je vous connais ;-). J'ai demandé à l'équipe de Vendredi si je pouvais communiquer ce chiffre, ils m'ont répondu qu'ils ne le souhaitaient pas, principalement "pour éviter un buzz autour de cet aspect-là de la cuisine interne de Vendredi." J'avoue ne pas bien comprendre ce mystère (d'autant que la somme est minime), mais je me plie aux volontés de mon ex-futur-probable-employeur-occasionnel :-)))

(Temps de rédaction de ce billet : 4h30 heures ... mais pas d'affilée)

La 71ème section en folie : droit de réponse d'Arnaud Mercier.

Dans la quête éperdue de la 7ème compagnie 71ème section, j'ai pointé ce qui m'apparaissait comme un dysfonctionnement méthodologique important (sur le fond : hétérogénéité des critères retenus et de la composition des comités de constitution des listes disciplinaires, et sur la forme : absence non-justifiée de certaines sections et disciplines scientifiques). Arnaud Mercier (celui qui coordonne la - future - liste des revues 71ème), qui avait déjà répondu à mon premier billet, vient de déposer en commentaire du second un texte qui me semble (enfin) éclairer le processus. Je reproduis donc ci-dessous ce commentaire dans son intégralité  (j'y ajoute simplement mes remarques/réponses en rouge).
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Cher collègue bonjour
empruntant parfois moi-même les voies du mauvais esprit ironique, je ne saurais vous en faire grief a priori. Mais je me vois contraint de préciser que je ne le fais que lorsque je suis bien informé, pointant alors, en connaissance de cause, ce qui m'apparait comme des dysfonctionnements. Je suis au regret de constater que votre approche déroge passablement à cette règle de prudence, en assénant des commentaires goguenards faute d'informations. Je veux bien endosser que nous sommes parfois responsables du manque d'information donné, mais il est difficile d'informer sur des processus en cours
<Je ne voie pas en quoi, d'autant que le débat est déjà largement enclenché dans l'ensemble des champs scientifiques, et pas seulement en 71ème section> et qui sont contrairement à ce que vous semblez croire, contradictoires et même conflictuels entre nous.
Je voudrais d'abord pointer une contradiction dans votre posture : vous vous désolez de ce que les revues infocom ne figurent pas encore dans la liste, car j'ai laissé du temps au temps pour que la concertation vienne à maturité ; et de l'autre côté vous raillez la précipitation de publication de la liste. L'AERES aurait dû, j'en conviens préciser dans une note liminaire que la liste se construisait au fur et à mesure, mais si vous regardez le site, dans la colonne de gauche, il y a bien les listes par discipline, ce qui en creux signale celles qui n'y sont pas encore.
<Vous répondez vous-même à ce que vous indiquez être la "contradiction dans ma posture" (cf la partie grasseyée de votre réponse). Quant à indiquer que tout "manque d"information" est en fait "de l'information en creux", cela me semble un peu spécieux comme argument ... Mais je laisse les lecteurs juger>
Comme votre grande sagacité a permis de le révéler à tous, je ne suis en rien un spécialiste de STAPS. Voilà pourquoi je me suis fait aider de collègues de la discipline, bénéficiant notamment d'un "expert renforcé", que j'ai enfin réussi il y a une semaine à faire passer au rang de délégué scientifique. Les STAPS ne m'auront donc été attribuées que durant une année, durant laquelle j'ai profité de mon extériorité pour arbitrer entre les courants et les disciplines, sans risque d'être accusé de parti-pris. je tiens à votre disposition l'ensemble des courriels reçus par ceux avec qui j'ai travaillé ou pour qui j'ai eu à organiser expertiser, et qui ont unanimement salué mon action, exprimant même parfois le regret de me voir quitter la fonction. Un esprit d'ouverture et d'équilibre, le souhait d'associer les compétences sans exclusive, peut contribuer à compenser un déficit de compétence spécifique.
<J'en suis ravi. Là encore, pour vous qui vivez cela de l'intérieur, ces éléments d'explication semblent peut-être inutiles. Mais je peux vous assurer que pour les collègues en STAPS qui découvrent et ont pour seul élément d'information la liste des experts de l'Aeres, vos explications tombent à pic.>
Toujours concernant le focntionnement de l'AERES, je crois utile de vous rassurer sur mon collègue Ronald Schusterman, il est délégué scientifique (tout court), ce qui veut dire qu'il a à ses côtés des délégués scientifiques-adjoints, un par discipline ou presque. Il supervise leur travail en somme. Vous voilà rassuré je pense, ainsi que vos lecteurs.
<Effectivement, en revanche l'inquiétude des collègues en lettres ne l'est pas ... mais je leur laisse le soin de l'exprimer ...>
Pour l'état actuel de la procédure, nous travaillons sur un projet de liste, discuté par les 10 experts constituant la commission (tous professeurs en infocom, travaillant ou non dans des revues, étant ou ayant été au CNU, ayant pour plusieurs conduit des études et travaux sur la publication scientifique et les revues..)
<Je ne vais pas abuser en vous demandant les noms ... je pense qu'ils seront rendus publics en même temps que la liste des revues ...> Bref, un petit panel de collègues, tous déjà sollicités pour être experts à l'AERES. Le Président du CNU est informé de nos échanges, sachant que nous avons pris comme base de départ la liste assez consensuelle que le CNU avait pris soin d'élaborer. Nous la rediscutons et l'élargissons aux revues non francophones, ce qui fait d'ailleurs par ricochet, que le CNU travaille à son tour à élargir sa liste à des revues étrangères. <Hourra et hosanna :-) > Je ne sais si le double processus aboutira à une liste totalement commune. je n'en suis pas certain car les logiques d'évaluation ne sont pas identiques <ceci est à mon avis un gros problème, mais c'est un autre débat>. Le CNU juge les productions individuelles de chaque chercheur. L'AERES évalue la production de chaque unité. C'est bien pourquoi l'AERES a refusé la pression du chiffre, en édictant comme règle pour être publiant, des critères plus souples que ceux de feue la DS06 du ministère. En effet, il faudra avoir en 4 ans, deux publications validantes, dans les revues classées ou dans des ouvrages collectifs de qualité (qui ne comptaient pas avec la DS06), ou via des livres scientifiques bien sûr. Plus quelques modalités particulières pour tenir compte de l'idiosyncrasie de chaque discipline (avant, l'édition annotée d'une Pléiade ne comptait pas pour un collègue de littérature, alors que cela pouvait représenter 3 ou 4 ans de travail et un vrai apport au savoir). je me permets donc d'affirmer sereinement que notre communauté n'a rien perdu avec l'arrivée de l'AERES, bien au contraire. D'autant que la section SHS a refusé massivement l'application des critères bibliométriques "à l'américaine", car non petinents. La mobilisation contre l'AERES et le classement des revues me paraît donc relever du fantasme et de la mauvaise information (nous devons du coup y avoir notre part de responsabilité). Je trouve que le ton avec lequel vous évoquez des faits que vous ignorez ne contribue pas à dissiper ces erreurs de jugement. <Le ton, je vous l'accorde est polémique. Mais vous savez tout le rôle que la polémique joua - en d'autres siècles - dans l'avancée des idées. Par ailleurs s'il peut surprendre un lecteur "de passage",  les lecteurs réguliers de ce blog y sont habitués. Il aurait été effectivement différent si j'avais décidé d'interpeller officiellement l'AERES. Mais ce ton - et accessoirement ce modeste blog scientifique - me semble avoir permis, grâce à mes interpellations complétées de vos réponses, de disposer d'éléments d'informations qui permettront ensuite à chacun de se forger son propre point de vue. Ce qui, dans le contexte actuel, me semble suffisant pour légitimer ma posture ;-) et soyez certain que c'était là le seul but poursuivi par mes billets.> Vous glissez régulièrement du légitime questionnement, faute d'infos suffisantes, au jugement en méconnaissance de cause. Je me permets donc en toute cordialité et franchise de venir sur votre blog rétablir quelques vérités et apporter quelques précisions.
J'attends avec impatience de lire vos critiques (peut-être même fondées, qui sait...) le jour où la liste des revues sortira, ainsi que le texte explicatif de notre procédure et de nos principes consensuels
<je puis dès aujourd'hui vous en donner l'assurance :-) > ; ce qui ne devrait plus trop tarder j'espère. Mais je préfère le temps de la concertation et de la maturation, à toute forme de précipitation.
Je vous adresse, ainsi qu'à vos lecteurs, mes plus cordiales salutations et vous prie de croire à l'esprit de dévouement pour le bon fonctionnement de notre discipline et de la procédure d'évaluation de l'AERES, qui, je tiens à le dire, n'a suscité quasiment aucune critique pour la première campagne que j'ai conduite. Sachez pour conclure que l'AERES se juge elle-même perfectible. c'est ainsi que l'habitude prise par la DS 06 de noter un laboratoire d'une seule note a été reprise. Face aux critiques émises, et que nous avons jugées judicieuses, l'ensemble des délégués a établi une nouvelle grille de notation en 4 notes, de façon à rompre avec une note unique apparaissant comme un peu trop couperet parfois. Ce processus est rendu possible grâce à notre aptitude collective à l'autocritique et à la vigilance critique de chacun, dont ce blog est une contribution parmi d'autres. Mais à la condition toutefois de savoir toujours s'exprimer avec pertinence et en connaissance de cause.

Arnaud Mercier
délégué scientifique adjoint pour l'information communication à l'AERES

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Un sincère merci donc à Arnaud Mercier pour sa réponse et le travail qu'il mène, lequel, le le conçois aisément, ne doit pas être très facile ... Attendons désormais la fameuse liste ... et soyez assuré qu'à sa parution, Affordance contribuera "à notre aptitude collective à l'autocritique et à la vigilance critique de chacun." ;-)

Vous avez deux heures.

Demain, une soixantaine d'étudiants de première année d'IUT infocom à La Roche Sur Yon plancheront pendant deux heures sur le sujet suivant ...
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SUJET : Le président de la Bibliothèque Nationale de France et le directeur exécutif de Google sont conviés à un débat télévisé sur le thème de "l'accès à l'information et à la connaissance". La première phrase de ce débat est la suivante (prononcée par le président de la BnF) : "Si depuis des siècles les Hommes accèdent à l'information, c'est grâce aux livres et aux bibliothèques. Votre Google n'a que 10 ans."
En vous appuyant sur les éléments vus en cours, et sans vous interdire de mettre en avant votre point de vue à condition que celui-ci soit argumenté ... écrivez la suite de ce débat :-)
CONSIGNES :
- Pour désigner le président de la BnF, utilisez le sigle : "Bnf"
- Pour désigner le directeur exécutif de Google, utilisez le sigle : "Goo"
- Vous avez le droit d'utiliser des didascalies
- Vous avez le droit de faire poser des questions par un présentateur que vous appellerez : "Jean-Pierre P." ou "JPP"
- Les phrases suivantes doivent se retrouver dans le débat (mais pas nécessairement dans cet ordre) :
PHRASE 1 Goo : "Vous ne trouverez aucun bibliothécaire capable d'indexer, de trier et de hiérarchiser chaque jour plusieurs millions d'informations ! Notre algorithme lui, en est capable."
PHRASE 2
Goo : "Vous choisissez à la place des gens. Nous, nous leur donnons ce qu'ils veulent."

La meilleure copie ou les "meilleurs extraits" des "meilleures copies" seront (après accord de leur auteur) publiés sur mon blog "Affordance.info".
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Pour info : le synopsis du cours est disponible. Les étudiants ont été avertis que le partiel porterait surtout surles thèmes abordés lors des derniers cours. Le Jeudi soir est, à La Roche sur Yon comme ailleurs, traditionnellement réservé aux soirées étudiantes. Je ne prends donc qu'un risque mesuré à diffuser le sujet la veille ;-)

Blogosphère scientifique

Quelques ressources et quelques commentaires en vrac ...

  • Intute publie une série de 4 billets consacrés à la blogosphère scientifique (1, 2, 3, 4). Une petite mine qui pointe vers plein de ressources dont j'extrais ci-dessous quelques pépites.
  • Dans le billet sur l'état de la blogosphère scientifique au Royaume-Uni, il rappelle l'existence de l'excellent CrookedTimber, à ma connaissance le seul blog qui rassemble des chercheurs de différents pays et de différentes spécialités autour de thématiques en sciences humaines et sociales. Côté blogosphère institutionnelle, Intute signale l'existence de l'initiative du JISC qui met à disposition des blogs (sous wordpress) et des Wikis (sous mediawiki), ainsi que l'impressionnante communauté de l'université de Warwick, cf ci-dessous
  • Je m'attarde donc sur le portail blog de l'université de Warwick, à mon avis un modèle du genre. Quantitativement tout d'abord : 5616 blogs hébergés. Qualitativement ensuite : il est possible d'accéder à la liste des blogs par département, laquelle liste permet elle-même d'accéder aux blogs d'étudiants, d'enseignants, et de chercheurs. On peut aussi naturellement accéder aux blogs via un annuaire et via un système de tags. Un must vous dis-je. A côté de ce truc, seule l'initiative de Paris 5 (ex Renée D. Blogs) me semble tenir la route (même si je trouve l'interface un peu plus confuse).
  • J. Bradford DeLong est professeur d'économie à Berkeley. Il publie dans le Chronicle of Higher Ed un article intitulé : "Can blogging derail your career ?" Malgré son titre, l'article est en fait un plaidoyer pour les blogs et se termine ainsi : "A great university has faculty members who do a great many things — teaching undergraduates, teaching graduate students, the many things that are "research," public education, public service, and the turbocharging of the public sphere of information and debate that is a principal reason that governments finance and donors give to universities. Web logs may well be becoming an important part of that last university mission." A l'heure de l'autonomie financière des universités, il serait peut-être temps de sauter sur l'occasion en augmentant le salaire des universitaires bloggueurs ;-)
  • Le Times Higher Education publie de son côté un article dans lequel tout un tas de bloggueurs expriment en une ligne ou deux ce que le blog a apporté à leur activité scientifique.
  • Côté ressources francophones, on trouvera sur le site du TGE-Adonis ("Très Grand Equipement Adonis" ... avec un nom comme ça allez défendre l'humilité de la recherche ...) un bref et descriptif retour sur trois initiatives de portails de blogs scientifiques déjà chroniqués ici : ScienceBlogs, ResearchBlogging et Scientificblogging.
  • Et puis heureusement il y a ce texte lumineux d'André Gunthert, dont je vous livre un extrait de la conclusion, our le cas où il vous aurait échappé : "Une science aimable. (...) la pratique du blog contribue à modifier la sociologie des sciences, les équilibres établis et les hiérarchies patinées par les ans. L'avenir nous dira si c'est en profondeur. A titre personnel, je sais ce que cet outil m'a apporté de féconde liberté. Elle (cette pratique) ne m'a rien coûté, qu'un peu de temps, qui est du temps sauvé de l'oubli. La science qu'on m'a donné à connaître lorsque je faisais mes humanités était arrogante, dominatrice et sûre d'elle. Celle que j'ai aimé plus tard (...) n'avait rien à voir avec cette morgue d'un autre âge. C'est celle-là que montre le blog: plus proche de la réalité de mon travail, de mes doutes et de mes erreurs, de mes bonheurs de chercheur devant la trouvaille ou le plaisir de comprendre. A ceux-là, le blog a ajouté la joie du partage, qui comble mon appétit de pédagogue. Pas de regrets? Oh si! Un seul: celui de ne pas avoir disposé de cet outil depuis vingt ans."

(Initialement via Pintini // Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

On a (toujours) perdu la 71ème section ... mais on la cherche activement.

Suite à mon billet de l'autre jour à propos du classement des revues de l'AERES, j'ai reçu un message d'Arnaud Mercier en commentaire dudit billet. Le commentaire dit ceci :

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Bonjour
en ma qualité de délégué scientifique à l'AERES pour l'infocom,
je puis vous rassurer et vous dire que depuis début juillet
j'ai lancé un processus interne de concertation pour établir
une liste de revues validantes pour notre discipline.
Du coup, d'autres disciplines ont sorti leur liste avant,
mais nous ne sommes pas absents, juste un peu en retard.
Retard qui va se combler dans les le mois qui vient.
Cordialement. A. Mercier
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Je remercie tout d'abord Arnaud Mercier de son commentaire (et, incidemment, d'être un lecteur d'Affordance). Qu'il me permette donc de lui répondre dans ce billet plutôt qu'en commentaire du précédent, afin que l'ensemble des lecteurs puisse bénéficier de cet échange. J'avoue Mr Mercier (la faute à mon mauvais esprit chronique ...) ne pas être entièrement du tout convaincu par votre message. Voici pourquoi :

  • L'AERES a publié sur son site la liste "des revues scientifiques du domaine des sciences humaines et sociales" le 28 Juillet 2008 (date à laquelle, par ailleurs, la majorité des enseignants chercheurs est parti en vacances après les jurys qui traînent en général jusqu'au 14 Juillet ...). De fait, toutes les disciplines y sont, sauf les sciences de l'infocom, les lettres et arts et les STAPS. Rien dans le texte de présentation que l'AERES fait figurer sur ladite page n'indique une omission : la liste est présentée comme complète. Elle ne l'est pas.
  • Rien non plus dans l'ensemble du site de l'AERES ne mentionne qu'en terme de calendrier, Infocom, Staps et les lettres et les arts se seraient vues dotées d'un calendrier particulier.

Comme l'indique votre CV (.pdf), vous êtes titulaire d'un doctorat de Sciences Politiques, d'une habilitation à diriger les recherche en Infocom, et (dans la liste des délégués scientifiques de l'AERES), en charge des sciences de l'infocom ... et des STAPS, disciplines dont on ne dira jamais assez la complémentarité voire l'évidente proximité épistémologique (ça y est, mon mauvais esprit me reprend). STAPS et Infocom, improbable mariage évaluatif ... D'où ma question : si votre compétence en Infocom est assurée, votre expertise dans le champs des STAPS n'apparaît en tout cas pas au premier plan dans votre CV ... Or il me semble que la discipline des STAPS ne manque pourtant pas d'enseignants-chercheurs ... il est étonnant qu'aucun d'entre eux ne soit ici représenté ... Comment l'expliquer ?

Mais revenons à nos moutons. Vous conduisez donc l'évaluation de deux disciplines disons ... assez différentes. Seul un autre des délégués scientifiques de l'AERES est en semblable posture : votre collègue Ronald Shusterman, qui évalue de son côté les Arts, les lettres, et les langues et sociétés des cultures étrangères ... Gros gros gros boulot en perspective puisque cet intitulé rassemble les sections 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 18. J'espère que son indemnité d'évaluateur est proportionnelle à la charge de travail qu'il va devoir fournir (hors d'ici mauvais esprit ...). 

Mais revenons-en à votre commentaire. Vous me dites : "d'autres disciplines ont sorti leur liste avant, nous sommes juste un peu en retard". Bizarre ... Ce ne sont pas les disciplines qui ont "sorti leur liste", mais bien l'AERES qui a sorti la liste "au nom" des disciplines, avec des procédures de concertation et de consultation qui, comme je le rappelais dans mon billet précédent sur le sujet, sont pour le moins hétérogènes, pour ne pas dire hétéroclites :-( Vous me dites également "j'ai lancé un processus interne de concertation début Juillet". Deux interrogations : est-il possible d'en savoir plus sur l'internalité dudit processus ? C'est à dire qui sera consulté pour bâtir la liste de ces revues ? D'après les informations dont je dispose, beaucoup de disciplines des SHS ont éffectivement été conviées début Juillet à une réunion avec l'AERES pour se mettre d'accord sur une liste de revues. D'après mes informations également, nombre de présidents de CNU (ceux qui ont eu la chance d'être conviés), ont été assez "surpris" par la précipitation de ce dossier. Or si l'ensemble des disciplines consultées ont donc bénéficié du même calendrier (lancement de l'opération début Juillet) et des mêmes délais (publication de la liste des revues fin Juillet), je ne comprends donc (toujours) pas ce qui fait que la 71ème section n'y figure pas. Sauf à considérer que les interlocuteurs conviés par l'AERES ont fait preuve de nonchalance ou d'indolence, fait d'autant plus étonnant qu'est maintenant avérée la proximité épistémologique de notre champ avec les activités physiques et sportives ;-)

Au final : en 10 jours, la pétition pour le retrait de la liste des revues de l'AERES compte déjà 1800 signatures d'enseignants-chercheurs. Ce qui ne me semble pas tout à fait anecdotique (d'autant que ce nombre doit être ramené aux nombre d'enseignants chercheurs en SHS). Je suis convaincu de votre bonne foi dans la mission qui vous a été confiée (à défaut d'être convaincu par la méthodologie retenue), et je pense (et souhaite) qu'effectivement, d'une manière ou d'une autre, les sciences de l'information et de la communication feront bientôt leur apparition dans la liste de l'AERES (je suis par ailleurs beaucoup moins confiant pour les sections confiées à votre collègue Ronald Shusterman ...). Je continue pourtant de regretter la dimension hâtive, approximative, aléatoire, hétérogène d'un dispositif d'évaluation à visée nationale, lequel va, dès demain, considérablement impacter nos missions au quotidien et qui, en son état actuel, n'a pour seule conséquence que de mettre les laboratoires en effervescence autour de logiques scientifiquement assez peu constructives (labos dans lesquels chacun se met à compter frénétiquement ses publis, qui renonçant à certaines charges d'enseignement pour avoir plus de temps pour sa recherche, qui délaissant ses tâches administratives pour se consacrer là encore à ses publis, le tout dans un climat déléthère lisible dans le regard que "ceux-qui-ne-sont-pas-publiants" adressent à "ceux-qui-le-sont-déjà"). Je rappelle enfin que je ne suis en rien hostile à l'évaluation et que j'ai eu à d'autres reprises l'occasion d'appeler de mes voeux l'établissement d'une liste de revues pour la 71ème section, ladite liste étant - entre autres - un paramètre qui, s'il est conjugué à d'autres, devrait permettre de rendre plus transparent le fonctionnement des CNU dans les procédures de qualification ou d'avancement. Sachez enfin que mon étonnement devant l'absence de la 71ème section dans la liste AERES n'a d'égal que celui que je ressens à l'écoute de l'assourdissant silence des "institutions" concernées, à savoir le CNU 71ème et la SFSIC (s'ils m'entendent, ces colonnes leurs sont ouvertes ...)

Dans l'impatiente attente de vos nouveaux éclaircissements sur cette affaire ...

Cordialement.

Olivier Ertzscheid. Maître de conférences en sciences de l'information physique et de la communication sportive :-)

On a perdu la 71ème section !!

Dans la suite logique de mon avant dernier billet (mais cela m'avait échappé), l'AERES a publié en Juillet 2008, LA liste des revues scientifiques du domaine des sciences humaines et sociales. Oui mais voilà : des Sciences de l'information et de la communication (alias la 71ème section) ... nulle trace !!! Donc de deux choses l'une : soit les sciences de l'information et de la communication ne font pas (plus ?) partie des sciences humaines et sociales (auquel cas il faudrait nous en avertir et nous expliquer pourquoi ...), soit ben ... soit c'est un oubli et c'est pas très sérieux ...
En attendant on pourra toujours se replier sur la liste (très franco-française, très restreinte et sans distinction de rang) du site du CNU. A moins que l'on n'apprenne dans un prochain rapport de l'AERES que le CNU de la 71ème section a été dissous.

<Update du soir> Vérification faite, la 71ème section n'est pas la seule manquante. Et concernant celles (les sections scientifiques) qui y sont représentées, on observe également des modalités d'évaluation différentes. Essayons d'y voir plus clair parmi ces modalités d'évaluation des chercheurs en sciences humaines et sociales ... En gris dans ce billet, un petit bonus sur ce que la constitution des modes d'évaluation d'une discipline nous apprennent ... de la discipline elle-même :-)

Droit : Pas encore de liste. comme l'explique justement le préambule de l'AERES, le droit est une discipline particulière. Donc pas de liste de revues, mais l'appel à constituer une liste de revues choisies par des "experts" (lesquels ? En provenance des CNU ?) en fonction des critères suivants :

  • La "gouvernance" éditoriale de la revue (critère 1) = 5 points répartis comme suit : Existence d’un comité de lecture [2 points], Composition du comité de lecture [1 point], Procédure de sélection des articles [0, 1 ou 2 points]
  • Diffusion et visibilité de la revue (critère 2) = 3 points (il s’agit d’un plafond) ; il faut satisfaire trois des cinq critères suivants : L’ancienneté de la revue, Diffusion sur Internet, Régularité éditoriale, Constance du niveau scientifique moyen, Présence de contributions et/ou de résumés en (au moins) une langue étrangère
  • La qualité scientifique de la publication (critère 3) = 12 points répartis comme suit :
  • L’originalité scientifique (il faut satisfaire deux des trois sous-critères suivant) : Valeur ajoutée scientifique (0, 3 ou 6 points), Transversalité (1 point), Diversité bibliographique / innovation méthodologique (1 point)
  • Le degré d’approfondissement scientifique (0, 2 ou 5 points)

Et voilà. Quelques additions plus tard on obtiendra : Une classification en trois groupes : A (supérieur à 15 points), B (entre 7 et 14 points), C (inférieur à 7 points). Moralité : c'est pas les qualifications pour le championnat du monde de la déconne. C'est du DROIT. Carré. Mathématique. Force critère fait loi.

Sciences politiques : La liste des revues est constituée.
Par qui l'a-t-elle été ? Par "2 représentants de l’Aeres ; 2 représentants du CNU section 04 ; 2 représentants de la section 40 du Comité national du CNRS ; 2 représentant de l’AFSP ; 2 présidents de comités de visite Aeres." Et d'ajouter : "Les principales institutions et associations disciplinaires ont donc été parties prenantes de l’élaboration du classement." Moralité : on décide en haut mais comme on vous dit qu'on a consulté des gens représentatifs, ben ... vous avez rien à dire. Sciences "politiques" donc :-)

Côté psycho : la liste est également constituée. La psychologie fait partie des champs les plus "avancés" dans le domaine de l'évaluation. Elle est également très gâtée par la profusion des revues relevant de son champ ... Comment l'a-t-telle été ? "La commission conjointe AERES/CNRS/CNU (...), en présence du représentant de l’AERES, a établi une première classification des revues de psychologie. Son travail avait pour objectif de proposer aux comités d’évaluation de l’AERES, aux responsables des unités de recherche (UMR et EA) et à la communauté des enseignants-chercheurs et chercheurs en psychologie un outil commun d’évaluation et d’auto-évaluation des publications sous forme d’articles scientifiques." Moralité : en psycho, on est psychologue. Des grands pontes se réunissent, décident, ET (c'est là qu'on voit la psychologie ...) proposent leur décision aux moins grands pontes et aux enseignants-chercheurs lambda en incluant les notions eminemment psychologiques "d'outil commun" et "d'auto-évaluation" pour laisser à ces derniers (les enseignants-chercheurs lambda) l'impression qu'ils gardent un peu la main sur leur avenir. L'important c'est d'y croire.

Economie / Gestion : la liste est constituée. Et qui c'est-y qui l'a constituée ? "La liste (...) est, après concertation avec plusieurs instances, celle proposée par le comité national de la recherche scientifique (section 37)." Moralité : ben ... c'est de l'économie ... on va pas non plus perdre du temps (donc de l'argent) à consulter des gens et à leur demander leur avis. Y'a des instances de régulation (la section 37 du CNRS), et elles font leur boulot (sinon on les vire).

Sociologie / Démographie : la liste est constituée. Comment et par qui ? "La liste de revues de sociologie a été établie avec le concours d’une vingtaine d’experts qui ont travaillé plusieurs mois (un sociologue qui dit ou écrit un truc sans avoir travaillé plusieurs mois est un démographe), en prenant pour point de départ le travail initial réalisé par le CNRS en 2004. Au terme de ces échanges une réunion a rassemblé quelques experts, le président de la section 19 du CNU (un sociologue respecte la pyramide des âges et des pouvoirs ainsi que le cercle vertueux des réunions qui concluent des échanges lesquels préfigurent eux-même souvent la nécessité de la tenue de réunions qui ...), les représentants de la direction SHS du CNRS qui avaient de leur côté procédé à un travail similaire et les représentants de l’AERES. (un sociologue aime bien laisser les gens travailler pour ensuite leur faire valider son travail à lui)"

Sciences de l'éducation : y'a une liste constituée ... mais y'a aussi surtout l'indication que la constitution de cette liste s'est faite dans la douleur et sans l'assentiment des parties prenantes (sauf l'AERES). C'est en tout cas ce que veut dire la "Déclaration commune Présidents des Comités de visite AERES et de la Présidence et Vice-Présidence du CNU (Sciences de l’Education 70e section)" Moralité : les sciences de l'éducation sont fans du méta-discours. Mais au moins leur CNU dit qu'il n'est pas d'accord et qu'il y a déjà des listes de revues qui sont constituées, et que de toute façon c'est tout pourri ce truc d'évaluation parce qu'on voit bien que c'est les individus qu'on évaluera au final et pas simplement les "structures" comme le dit l'AERES. Bref, le CNU de 70ème section dit des (méta)trucs. Ca changera rien au résultat, mais au moins il l'aura dit.

Philosophie, Histoire des sciences : la liste est constituée. Et là, là ... là on sent bien que les philosophes et autres épistémologues sont des gens craints par les instances décisionnaires de l'AERES. En effet, autant le texte explicitant les critères et les modes de choix pour les autres disciplines (cf les petits extraits ci-dessus) ne s'embarassait pas de trop grandes précautions oratoires, autant celui destiné aux philosophes et épistémologues est à hurler de rire tellement chaque argument avancé est aussitôt suivi d'une atténuation visant à en restreindre toute la portée effective. Jugez-vous même : "Il s’agissait, de façon toute provisoire, d’établir un outil destiné aux comités d’évaluation de l’AERES (...)", " Il s’agissait également de reprendre les listes ERIH, déjà utilisées par certains évaluateurs, et fréquemment contestées ( ...)", "Les représentants de l’AERES sont conscients des difficultés et objections (...)", et encore "Cette liste est donc publiée à titre d’essai, et munie d’un certain nombre de précautions d’usage" ... Je m'arrête là ... mais vous aurez compris la moralité : "Faut pas faire chier les philosophes, ni les épistémologues. Ils seraient capables de nous mettre le cochon de la discorde dans le maïs de l'évaluation."

Pour les disciplines ci-dessous : Rien de rien ... ni sur le pourquoi du choix des revues. Ni sur ceux qui les ont choisies.

Restent donc les disciplines dont l'AERES n'a apparemment pas eu le temps de s'occuper ...

  • Sciences et techniques des activités physiques et sportives (la gym quoi). Rien de rien. Le peu que je connais de ce champ me laisse croire que ses chercheurs publient généralement dans des revues relevant des sciences de l'éducation ou de la sociologie (du sport). Ceci étant, la section 74 n'apparaît pas, en l'état, comme évaluable. Donc évacuable ?
  • Langues et cultures régionales (section 73). Pas évaluable ... donc évacuable ?
  • Arts : plastiques, du spectacle, musique, musicologie, esthétique,       sciences de l'art (section 18). Pas évaluable ... donc évacuable ?
  • Littératures (ancienne, comparée, slave, balte, romane, anglaise ... sections 8 à 15) : Pas évaluables ... donc évacuables ?

Et restent enfin deux cas particuliers dont on appréciera le rapprochement à sa juste valeur :

  • celui de la Théologie et Sciences religieuses (sic). Pas de liste (enfin si mais à partir d'autres listes d'autres champs ...). Pas de page. Moralité : Dieu est mort.  :-)))))))))
  • celui de mes chères SIC (sciences de l'info et de la comm). Comme pour la Théologie, la page est créée (Dieu créa la page ...) mais elle est vide. Donc c'est (peut-être) prévu. Mais c'est surtout pas fait.

Moralité ??

Post-scriptum : Si vous êtes perdus dans les sections, reportez-vous ici. Pour les collègues qui se réveilleraient soudainement, l'application de ces principes est effective à l'entrée dans votre quadriennal. Pour être considéré comme publiant, vous devez avoir 2 publi en 4 ans si vous êtes enseignant-chercheur, ou et 4 publis en 4 ans si vous n'êtes que chercheur (dans des revues de rang variables selon votre discipline).

</Update du soir>

</Update de quelques jours plus tard> En ben voilà ... ça n'aura pas trop tardé ... "Pour le retrait complet et définitif de la liste des revues de l'AERES". Fermez le ban. Pour ceux que cela intéresse : OUI j'ai signé la pétition. Et pourtant OUI je suis pour l'évaluation, OUI je considère que c'est un minimum de pouvoir disposer, champ par champ, d'une liste de revues françaises ET internationales classées par rang. Et OUI je considère qu'établir ces listes de revues à la va-comme-je-te-pousse, sans concertation, tantôt en consultant les CNU, tantôt sans les consulter, tantôt en consultant d'autres instances, tantôt sans consulter personne ou presque, avec une méthodologie plus qu'approximative et différente dans chaque champ, OUI je considère que les éléments rappelés ci-avant sont autant de raisons suffisantes pour signer ladite pétition</Update>

(Temps de rédaction de ce billet (incluant l'update) : 3 heures)

Je mesure donc je publie ...

Publish or perish. On parle beaucoup ces derniers temps de scientométrie et d'évaluation de la recherche.
Concernant la réforme des universités tout d'abord. Le dernier rapport de l'AERES met les labos de recherche des universités en ébullition : chacun compte ses publis et les publis de ses collègues et autant vous dire que si l'effet recherché par cette grille de lecture était de déclencher une saine émulation, c'est parfaitement raté ...
Même au CNRS (où les gens ont le temps de publier ... ce qui est hélas de moins en moins le cas à l'université, tâches administratives et d'enseignement obligent), l'heure est à la fronde. Voilà pour l'agitation "politique" autour de l'évaluation. Côté scientifique, plusieurs articles et rapports permettent d'avoir une vue plus claire de la situation :

  • "The first mover advantage in scientific publication", publié au début du mois sur ArXiv, montre que quel que soit le champ scientifique concerné, les modèles mathématiques sous-jacents à l'évaluation du facteur d'impact offrent une très nette prime au premier entrant. Un article publié au début d'une thématique scientifique recevra, de toute façon, un nombre significativement plus élevé de citations que les autres. Prime à l'antériorité donc, qui n'est pas nécessairement synonyme de qualité.
  • "Characteristics of Open Access Web Citation Network: A Multidisciplinary Study, presented at COLLNET 2008 (Berlin, July 28-August 1, 2008)"(.pdf) s'intéresse à la manière dont sont cités les publications des journaux en Open Access. Voir le compte rendu de Gabriel sur Urfist Info.
  • La VRS (Vie de la recherche scientifique) publie un numéro dont le dossier central est consacré aux questions d'évaluation : n⁰374 (.pdf). Voir aussi le compte-rendu qu'en fait l'un des auteurs sur son blog.
  • Un numéro entier de la revue Ethics in Science and Environmental Politics est là encore consacré à l'évaluation et aux indicateurs. L'ensemble des articles de ce numéro sont disponibles en accès libre. J'en retiens principalement 3. Primo : "Challenges for scientometric indicators: data demining, knowledge flows measurements and diversity issues" (.pdf) qui plaide pour un "déminage" des données bibliométriques (jolie référence au "data mining") et une ouverture à de nouveaux indicateurs rendant compte de la dynamique actuelle et des nouveaux modes de publications. Deuxio : "Google Scholar as a new source for citation analysis" (.pdf) qui montre la relative priximité des métriques issues de l'ISI (facteur d'impact) et le service offert par Google Scholar (en écho, on pourra relire mes propres considérations sur le sujet). Tertio : "Validating research performance metrics against peer rankings" (.pdf), de Stevan Harnad. Il y revient sur les "promising new online
    metrics such as download counts, hub/authority scores and growth/decay chronometrics" et revient sur l'opportunité offerte par le "UK Research Assessment Exercise 2008" (évaluation nationale de la recherche au Royaume-Uni), programme dans lequel "a full spectrum of metrics can be jointly tested, field by field, against peer rankings."

Et puis si vous n'avez pas le temps pour toutes ces lectures, alors n'en faites qu'une seule : "Du mauvais usage de faux-indicateurs" (.pdf) : une note de recherche passionnante de Yves Gingras dont je vous livre quelques extraits de la conclusion :
Biblio
Et plus loin :
Biblio2

(Temps de rédaction de ce billet : 1h15)

Caaapitaine Flam tu n'es paaas, de notre ...

Galaxie. "Galaxie" c'est le nom de la future plateforme qui servira à gérer la publication des postes d'enseignants-chercheurs, et le recrutement qui s'en suit. Le site du Ministère nous indique que l'application GALAXIE est :

  • "destinée à assurer une information transparente sur les emplois d'enseignants-chercheurs. GALAXIE a pour objectif de mettre en œuvre le nouveau mode de recrutement prévu par la loi sur l'autonomie des universités qui les autorise à recruter au fur et à mesure de la vacance d'un emploi."

Et plus loin :

  • "Le site permettra d'avoir une vision d'ensemble, sur tout le territoire, tout au long de l'année, des emplois publiés. L'application GALAXIE dispose également d'un système d'alerte permettant aux personnes inscrites sur une liste de diffusion d'être prévenues dès lors qu'un emploi correspondant à la section, à la discipline souhaitée sera publié. Dans un souci de transparence, il sera, par exemple, également possible de publier sur l'application GALAXIE : la composition du comité de sélection constitué pour recruter sur un emploi donné, le nom et le profil de la personne finalement recrutée."

L'ouverture du site est annoncée pour le début du mois de Novembre. Je regrette juste :

  • le logo improbable dessiné sous Paint avec l'orteil droit d'un poney (improbable donc)
  • que la publication de la composition du comité de sélection (rappel : les comités de sélection remplacent les anciennes commissions de spécialistes) ainsi que le nom et le profil du candidat retenu ne soient pas obligatoires mais seulement "également possibles". Dommage aussi qu'on ne puisse pas y publier le nom des personnes auditionnées (m'enfin là, vous me direz, je pense qu'on va bien rigoler - jaune - avec les premiers recrutements des comités de sélection ...)
  • que venant d'un ministère qui pratique, à raison, la chasse au plagiat, le même Ministère omette de citer, sinon ses sources, du moins l'existence d'initiatives individuelles qui démontrent tout l'intérêt d'ouvrir le processus de recrutement à des logiques de collaboration et de transparence. Bref, dommage que Baptiste Coulmont et son Wiki audition ne soit pas ici remerciés (ils avaient déjà été oubliés, avec quelques autres, dans le rapport Schwartz

Bref, voilà bien toute la logique de la politique gouvernementale qui transparaît derrière cette nouvelle plateforme : on nous propose un dispositif qui va indiscutablement contribuer à atténuer l'opacité actuelle du processus de recrutement à l'université, mais quelques mois avant, on a pulvérisé les rares garde-fous qui permettaient encore de ne pas assimiler totalement les commissions de spécialistes à des mafias endogames. J'entends déjà ...

  • Valérie P. : "Nous avons rendu transparent le processus de recrutement"
  • Un Contradicteur : "Ben oui mais ... entre-temps, le problème s'est déplacé en amont, puisque parmi les gens qui vont effectuer le recrutement, il n'y en aura plus aucun d'élu !! Ils seront tous nommés par le président de l'université !! C'est à dire que les copains du président recruteront les candidats du président !!!"
  • Valérie P. "N'empêche que grâce la politique voulue par Nicolas Sarkozy, le processus de recrutement sera plus juste, plus transparent. C'est plus transparent."
  • Un contradicteur : "C'est plus transparent mais c'est moins démocratique."
  • Valérie P. "Oui mais c'est plus transparent"
  • Un contradicteur : "Oui mais c'est moins démocratique"
  • Valérie P. "Oui mais c'est plus transparent"
  • Un contradicteur : "Oui mais c'est moins démocratique"
  • Ad libitum.

Allez, on en reparle bientôt ... quand tout cela sera opérationnel. En attendant, pour les nostalgiques de l'ancienne plateforme de recrutement (ANTARES pour les intimes) je vous oblige (si, si) à aller lire l'excellentissime Kalai Elpides.

Personnel qualifié

La campagne de qualification aux fonctions de Maître de Conférences est ouverte depuis le 9 septembre.
La procédure officielle est décrite sur le site du ministère des médailles en chocolat, ainsi que le calendrier des étapes.
Pour le reste :

Bonne chance à tou(te)s ... surtout dans le contexte actuel ... cf la dernière prise de position du CNESER.
Attention : la procédure de qualification ne change pas, mais au moment de l'arrivée sur le marché des futurs qualifés, la procédure de recrutement sera modifiée dans l'essentiel des universités françaises, suite à la loi LRU et au remplacement des commissions de spécialistes par les comités de sélection. Pensez donc à vous renseigner également sur ces "nouvelles modalités" et surtout sur la "nouvelle composition" des comités de sélection.

Par ailleurs, je vous invite à lire ce texte qui démontre assez clairement le niveau d'escroquerie intellectuelle relatif à l'annonce des derniers chiffres du budget de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Université : may the (rapport) Schwartz be with you.

Allez savoir pourquoi, mais c'est toujours au début de l'été, quand la plupart des concernés sont en vacances (oui je sais, c'est mal), que paraissent et sont remis au ministère les rapports décidant de leur avenir (aux concernés). Probablement pour leur laisser le temps de lire attentivement lesdits rapports. Je ne voie aucune autre raison possible ... Bref, le rapport Schwartz ou "rapport de la Commission de réflexion sur l’avenir des personnels de l’Enseignement supérieur" a été remis le 8 Juillet à Valérie Pécresse. Il est téléchargeable sur le site de SLR en .pdf. 169 pages de bonheur. Les recommandations proprement dites ne commencent qu'à partir de la page 121 et elles sont au nombre de 52, concernant tous les personnels, et tous les aspects du métier (recrutement, salaire, promotion, évaluation, part de l'enseignement et de la recherche, etc ...). En voici quelques-unes :

  • "Réduire la charge d'enseignement pour les McF nouvellement nommés" : vieux serpent de mer. Le problème c'est que les McF nouvellement nommés le sont très souvent sur des profils de poste dont l'exigence première est celle des besoins d'enseignement (en IUT notamment, principale filière d'entrée pour les aspirants McF, en tout cas dans ma discipline), et que les vieux barbouzes ou mandarins considèrent comme un déshonneur manifeste l'enseignement dans des filières en dessous du Master.
  • "Permettre la modulation du temps de service des enseignants-chercheurs en fonction des trois grands domaines : enseignement, recherche et ... administration." Là encore, vieux, très vieux serpent de mer. Mais qui a cette fois toutes les chances de passer. Feu le rapport Belloc préconisait la même chose mais de manière plus abrupte : il s'agissait en gros de créer trois "classes" d'enseignants-chercheurs : les enseignants, les chercheurs, et les administratifs. In fine, c'est au même résultat qu'aboutiront les préconisations du rapport Schwartz. Et les "garanties d'encadrement" et autres "assurances sur la transparence de la définition de ces missions" n'y changeront pas grand-chose. Sur ce point précis, une chose m'échappe encore, pourquoi s'évertuer à faire faire des tâches administratives à des gens que cela enquiquine prodigieusement et qui n'y connaissent pour l'essentiel (et pour la plupart) rien du tout (les enseignants-chercheurs), au lieu de recruter des administratifs compétents pour le faire ??? Dans le rapport Schwartz, ce sont les CA (donc le président) qui décideront de cette "répartition des obligations de service". Et là encore, il y a fort à parier que ce sont les jeunes McF qui devront se coltiner de nouveaux genres de postes à profil ... administratif. Vous me direz, faut bien employer tous ces thésards en lettres. Et y'a pas autant de places de profs de lettres à l'université que de thésards. Par contre, y'aurait effectivement plein de postes pour gérer la partie administrative de différentes filières. Oups. Je crois que je viens de répondre à la question que je posais quelques lignes plus haut ... le suite est limpide et c'est d'ailleurs la proposition numéro 10 du rapport Schwartz :
  • "Proposer un temps partiel aux enseignants-chercheurs qui ne rempliraient pas l'ensemble de leurs obligations." Traduisez : puisque personne (à part quelques masochistes) ne voudra se coller des "obligations de service" comprenant 80% de tâches administratives, se laisser la possibilité de créer des mi-temps administrativo-thérapeutiques. Autre piste de lecture : vous faîtes une thèse en sociologie. Vous êtes recrutés sur un profil qui vous impose de faire 70% de tâches administratives. Ca vous gave et vous essayez, une fois recruté, de faire bon an mal an un peu plus de recherche et d'enseignement. PAF. "Vous ne remplissez pas l'ensemble de vos obligations". PAF. "Temps Partiel."
  • Je partage entièrement en revanche les recommandations 13 et 14 (page 127 du rapport) sur la procédure de recrutement. Je regrette juste que le rapport Schwartz ne mentionne pas que l'idée vient de Baptiste Coulmont et est opérationnelle depuis déjà deux ans sur le Wiki Auditions ;-)
  • "Créer une habilitation à diriger les enseignements sur le modèle de l'habilitation à diriger les recherches" : pas idiot. Même si cela contribuera inexorablement à accentuer la frontière entre les enseignants-chercheurs qui enseignent et les enseignants-chercheurs qui cherchent. En même temps, pour le coup, j'avoue qu'en l'état actuel des choses, s'investir administrativement dans le montage de projets d'enseignement équivaut à se tirer une balle dans le pied du point de vue de sa progression de carrière.
  • Au final le rapport Schwartz est plein de bons sentiments. On y trouve même quelques bonnes idées qui dépassent les traditionnels clivages politico-idéologiques. Mais le rapport Schwartz ne dit rien du "comment", laissant probablement ce soin à la ministre commanditaire qui fera son choix dans la liste des 52 recommandations. Attendons donc de voir ce qui sortira de tout cela. Mais il ne serait pas aberrant que la communauté universitaire dans son ensemble profite de ce retour de vacances pour se plonger attentivement dans les 52 propositions du rapport et pour les commenter publiquement. En la matière, ce ne sont pas les espaces de discussion qui manquent.

P.S. : pour celles et ceux que le titre de ce billet intriguerait ...

Que fait un enseignant chercheur quand il ne bloggue pas ??

Vous l'aurez remarqué, le rythme de publication d'Affordance est en baisse depuis au moins deux mois. La faute :

  • aux journées remplies de jurys et de soutenances
  • aux journées passées à tester les nouveaux équipements de la SNCF pour aller causer dans différents colloques (de préférence situés à plus de 10 heures de train de mon lieu de résidence)
  • aux journées remplies de corrections de copies diverses
  • aux journées remplies de coups de fil à passer pour voir comment se passent les stages de nos gentil(le)s étudiant(e)s
  • aux journées remplies de la lecture des rapports (pour arriver aux jurys et soutenances en les ayant lus, ce dont les étudiant(e)s nous sont généralement assez reconnaissants)
  • aux nuits remplies d'articles et de chapitres d'ouvrages à écrire ...
  • aux journées permettant de se remettre des nuits passées à écrire des chapitres d'ouvrages en sommeillant légèrement lors des soutenances et autres jurys (mais nooooooon !)

Je viens ainsi de boucler un 75 000 signes qui sera l'un des chapitres du bouquin consacré au prochain séminaire INRIA "IST 2008". Article de "prospective sur les moteurs de recherche" dont voici (petit cadeau), la conclusion :

  • "Implicite, sémantique, sémantisé, synchrone, mixé et remixé (mashups), applicatif, ubiquitaire, granulaire, collaboratif … les adjectifs ne manquent pas pour dresser l’inventaire des progrès actuels et des ambitions futures des outils d’accès et de recherche d’information. Mais l’évolution des moteurs de recherche ne peut être observée ou même pensée en dehors d’une approche plus globale sur la nature des contenus et des usages sur le Net. Elle ne peut pas davantage l’être sans prendre en compte les paramètres économiques qui bouleversent actuellement des pans entiers des industries culturelles. A ce titre, les moteurs de recherche sont de formidables catalyseurs d’un ensemble beaucoup plus vaste de problématiques ; ils font figure d’objets d’étude à part entière et ce bien au-delà de leur simple dimension algorithmique. Ils interrogent, au double sens du terme, des pans entiers de nos vies numériques.
    Qu’il s’agisse de vie publique, de vie privée, mais également de l’offre de substitution qu’ils proposent déjà sur des secteurs et des enjeux de premier plan comme la médecine ou la génomique, l’urgence est de poser la question de l’opacité des algorithmes conjuguée à celle de leur omniprésence. Il est aujourd’hui absolument nécessaire d’ouvrir un débat autour de l’écosystème non plus simplement documentaire mais politique qu’ils représentent. Faute de quoi, devant des usages de plus en plus conditionnés à des logiques marchandes instrumentalisant les données collectées au cours même du processus de recherche, c’est l’usager et lui seul qui, dans l’ignorance de ces logiques, se trouvera totalement instrumentalisé, devenant dans un mouvement réflexif paradoxal, le seul et unique objet de sa recherche.
    Pour ne prendre qu’un seul exemple lié à l’explosion du phénomène des réseaux sociaux qui « ouvrent » désormais l’immense catalogue des individualités humaines qui les composent à l’indexation par les moteurs de recherche, et qui proposent par ailleurs des options de sémantisation déjà efficientes, c’est la question de la pertinence des profils humains qui se trouve posée, celle de savoir si l’Homme est ou non, un document comme les autres .
    Avec leur perpétuel effet miroir, dans le panoptique sans cesse actualisé qu’ils mettent à notre disposition mais dans lequel ne se donnent à lire que leurs propres dispositions, les moteurs font basculer la question de la politique documentaire dans une dimension et à une échelle inédite, celle d’une macro-documentation du monde, aujourd’hui nécessairement politique.
    " La suite lors de la parution de l'ouvrage du séminaire (fin Septembre 2008)

Auparavant, je m'étais acquitté d'un petit exercice de style qui m'avait gentiment été demandé pour le prochain numéro de la revue "Documentaliste/sciences de l'information", avec comme seule consigne : "un texte d'une page sur la gestion de contenus en 2038". Voila voila voila ... Et donc hop, deuxième petit cadeau, la conclusion dudit exercice :

  • "Vers 18h en sortant du travail, Bob jette un œil distrait au fronton du bâtiment d’Amazoog où scintille la devise de la firme. « Your Lifes. Our Memory. » Vos vies. Notre mémoire." La suite lors de la parution de la revue (septembre 2008 ?)

Auparavant également, je m'étais encore acquitté d'un article reprenant pour l'essentiel le contenu de mon intervention au séminaire du GDR-Tics sur le thème : "L'homme est un document comme les autres". Je ne sais pas encore où l'article paraîtra (peut-être dans le revue Hermès), ni quand ... mais il paraîtra :-) Troisième petit cadeau, la conclusion de l'article :

  • "L’industrialisation de l'indexation rejoint donc inexorablement celle de l’intime. Elle sera complète et réalisée quand un continuum stable sera établi entre nos identités, nos documents et nos comportements en ligne d’une part, et hors-ligne d’autre part. Or c’est précisément ce mouvement qui est en cours avec la mise en place d’applications effaçant cette dernière frontière entre un monde connecté et un autre déconnecté. Quand cette ultime dichotomie n'aura plus lieu d'être, tout sera en permanence indexé, mémorisé, stocké, documenté. Ce nouveau continuum numérique sera d'abord le reflet de cette rémanence des flux informationnels, documentaires et identitaires qu'imprègnent de manière de plus en plus indélébile nos sociabilités numériques, nos documentations électroniques ; ou si l'on préfère : l'ensemble des documentations numériques attachées à nos sociabilités virtuelles.
    Après avoir réglé la question de l’adressage des documents (World Wide Web), après s’être donné les moyens d’une indexation en temps réel des flux informationnels (World Live Web), nous sommes aujourd’hui entrés dans un troisième âge documentaire qui systématise l’instrumentalisation de nos sociabilités numériques ainsi que le caractère indexable d’une identité constituée de nos traces sur le réseau, indistinctement publiques, privées ou intimes. Documents et les mots-clés ont acquis une dimension marchande. Ils se vendent et s’achètent sur la grande place de marché d’Internet que régule pour une large part le seul moteur Google. Nos traces identitaires numériques sont dès à présent également marchandisables. A quelle échelle le seront-elles demain et de quel niveau de contrôle disposerons-nous encore sur leur dissémination ? Bienvenue dans le World Life Web.
    " (la suite à paraître je sais pas quand et je sais pas où mais je vous tiens au courant :-)

J'en profite aussi pour vous signaler que sauf contrordre de dernière minute, je serai la rubrique "portrait" du numéro d'été du magazine Archimag.

Voilà, voilà, encore quelques petits billets avant de vous souhaiter de bonnes vacances :-)

Information. Science. Science de l'information

"Société de l'information", "économie de la connaissance". Deux expressions qui à force d'évidence se sont banalisées, seraient presque devenues la maronnier de la presse scientifique. Et pourtant ... Alors qu'en France la création du tout récent "Institut des sciences de la communication" intègre des problématiques et des axes de recherche liés aux sciences de l'information sans pourtant en compléter sa dénomination, alors qu'en France toujours, un récent "édito" de la SFSIC (société savante des sciences de l'information et de la communication) semblait découvrir à l'occasion de la tenue de son dernier congrès, que les thèmes liés aux sciences de l'information constituaient des axes de recherche de plus en plus représentés lors des communications, alors qu'en France toujours, les sciences de l'information constituent (avec la biologie) la dernière patate chaude du CNRS dont on ne sait pas très bien quoi faire ni où les caser ...
Ailleurs, dans des pays sous-développés tels que les Etats-Unis ou le Canada (pour ne citer qu'eux ...), ailleurs LA science de l'information occupe une place centrale. L'information est une science constituée, au même titre que la médecine, le droit, l'histoire, la physique. Une science constituée et nommée comme telle. Il arrive souvent dans l'histoire des sciences, que celles-ci se retrouvent littéralement submergées devant l'ampleur de l'émergence de leurs objets d'étude, devant l'ampleur du terrain théorique et expérimental à déchiffrer, à analyser, devant l'ampleur des usages à disséquer. Google, Wikipédia, les pratiques éditoriales numériques et tant d'autres sont ces objets de recherche en pleine émergence. La plupart des revues majeures anglophones leurs consacrent régulièrement des articles, et ce depuis déjà de nombreuses années. En France, cet intérêt reste, en terme de traitement éditorial comme en terme de recherche "pure", très marginal. Il serait grand temps que l'on se saisisse de ce champ de recherche, que l'on affirme la spécificité des objets qui le constituent (laquelle spécificité n'interdit naturellement pas la mise en oeuvre d'études "trans" ou "inter"disciplinaires), qu'on lui donne tout simplement la place qu'il doit avoir aux côté des autres matières nobles du panoptique scientifique, sans éternellement le réduire à une branche de la communication, sans éternellement l'envisager du seul côté des "techniques" de l'information.