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Lecdi.net passe aux livres

Je vous avais déjà parlé (en bien) du site lecdi.net. Et bien celui-ci continue sur le crédo "redoutablement basique, redoutablement efficace". Il propose désormais une page Livres en ligne qui permet d'interroger simultanément plusieurs bibliothèques numériques. Comme le précise le mail reçu de Philippe Martin,
professeur documentaliste et auteur du site en question, "si l'on excepte les livres proposés avec l'accord des éditeurs par Gallica 2 et par Google, les livres ainsi accessibles sont des livres gratuits parce qu'appartenant au domaine public." GoogleBooks y est interrogé de façon à ce qu'apparaissent seulement les livres pour lesquels « l'affichage du livre entier » est permis et la même page propose également un accès rapide aux livres audio gratuits de Litterature audio.com et de LibriVox.
Je crois que j'ai trouvé un autre utilomane :-)

Google Books à la télé.

Un très bon reportage à propos de Google Books et de la bibliothèque numérique en général. C'est (toujours) en ligne sur France 24 dans l'émission "le magazine de l'intelligence économique". Avec un sus le point de vue coup de promotion (mérité) de François Bourdoncle. Beaucoup plus clair, précis et factuel que les habituels reportages des grandes chaînes sur la question, et beaucoup plus digeste que ma petite théorie de l'eugénisme documentaire ;-)

Salon du livre 2008 : Louez des livres pour une heure ...

Scoop n°1 ...
Nous sommes à quelques heures de l'ouverture du Salon du livre, un salon qui au-delà des polémiques de rigueur, devrait permettre d'avancer sur plusieurs points liés au livre, au numérique, au livre numérique ... et à leurs usages. Parmi ces points, la fameuse offre légale d'ouvrages sous droits, promise dans le cadre d'Europeana. La société Numilog (l'un des agrégateurs partie prenante de l'offre précédente), vient de lancer un dispositif de feuilletage en ligne (Numilog-reader) permettant l'accès partiel à des ouvrages sous droits avec la possibilité d'y rechercher en "plein-texte", exactement à la manière de ce que propose Google Book Search donc, mais avec en plus un système de location des ouvrages (sous droits et récents) à l'unité. Le communiqué de presse en date du 12 Mars (Téléchargement CP-Numilog.pdf) précise que :

  • "Les extraits consultables peuvent représenter, selon les éditeurs, jusqu'à 50 % de l'ouvrage."
  • "Au-delà du feuilletage gratuit, les internautes pourront consulter le livre en ligne pendant de courtes durées d'une heure ou de vingt-quatre heures. Les premiers prix pour cette location seront respectivement de 1 € de l'heure et de 2,5 € des 24 heures." Le dit service est baptisé "Books on demand".
  • "33 éditeurs ont ainsi choisi Numilog comme e-distributeur"

Seule inconnue à l'heure où j'écris ces lignes, le nombre d'ouvrages qui sera effectivement accessible.
Ce dispositif de feuilletage est d'ores et déjà disponible dans la version 2 de Gallica (voir un exemple concret ici). Toujours selon le même communiqué de presse :

  • "Les fonctionnalités de feuilletage et de location (...) seront proposées à la fois dans le cadre de Gallica 2 et sur tout le site de Numilog. Lorsque l'internaute sera un visiteur de Gallica 2, des liens lui seront proposés non seulement vers la librairie Numilog, mais également vers les sites d'autres librairies en ligne (...) afin soit d'acheter et de télécharger la version "ebook" à des formats variés (PDF, PRC) sur ces librairies partenaires, soit d'acheter la version imprimée quand elle est disponible."
  • et last but not least : "La démarche du projet Gallica 2, que partage Numilog, est en effet d'associer tous les libraires qui le souhaitent à ce nouveau canal de promotion et de vente des livres."

Au-delà des lignes d'affrontement que ne manquera pas de faire (re)naître ce communiqué, c'est, me semble-t-il, la première alternative crédible à GoogleBook Search, qui prend - enfin - en compte des usages partout avérés, ce qui n'est déjà pas si mal ... Pour autant, elle doit encore prouver qu'elle sera une alternative efficace :

  • inconnue sur le nombre de titres disponibles ou à tout le moins la "volumétrie" visée,
  • inconnue sur la "ligne éditoriale" d'une telle entreprise, même si à la lecture des noms des 33 éditeurs engagés, la littérature académique et les manuels universitaires y occuperont certainement une grande place,
  • inconnue sur l'adhésion ou le refus des libraires et des autres éditeurs,
  • efficacité également à confirmer sur l'accès aux dits ouvrages via le moteur de recherche de Gallica.

(Source : communiqué de Numilog arrivé dans ma boîte mail // Temps de rédaction de ce billet incluant quelques petits tests sur les sites mentionnés : 2 heures)

Le petit lien du week-end

Pour continuer avec notre série engagée il y a peu du "petit lien du week-end", c'est cette fois Régis Debray qui s'y colle avec cet excellent canular paru dans l'édition du Monde du 6 Mars et intitulé : "Dépoussiérer les livres".
Tous les ingrédients du parfait canular y sont réunis : sérieux du ton, rigueur de l'exposé, et surtout, suuuurtout, crédibilité de la thèse présentée. Un cas d'école donc.
J'en reprends juste pour la bonne bouche les points les plus saillants :

  • "1. Fin du dépôt légal. (...) Qu'une ordonnance de François Ier (1537) fasse encore loi à l'ère du numérique confine au grotesque. Feront désormais l'objet d'un dépôt obligatoire les seuls ouvrages qui répondent à une demande réelle du consommateur : la liste des meilleures ventes hebdomadaires de L'Express fera foi. (...)"
  • "4. Abrogation du prix imposé.  (...) la loi Lang, typiquement corporatiste et n'hésitons pas à le dire d'inspiration soviétique, punit en fait le consommateur pour complaire à une profession protégée. Prix unique, parti unique, pensée unique (...)"
  • "5. L'affaire Google. (...) Il est clair qu'un vague consortium d'établissements publics européens n'aura pas les moyens financiers de rivaliser avec le pionnier d'outre-Atlantique. Pourquoi ce dernier nous voudrait-il du mal ? L'Occident ne doit pas disperser ses forces, qu'il s'agisse de la lecture sur écran comme de la chasse au taliban. Il est temps de rallier le Google Book Search en même temps que les commandements intégrés de l'OTAN." (rappelons pour mémoire qu'on lui demande déjà plein de conseils ...)
  • "6. Mécénat d'entreprise. (...) Plus d'une serait logiquement intéressée à attacher son logo à la version numérique d'ouvrages de qualité. Dassault, à Vol de nuit. Hermès (les écharpes), au Petit Prince. Pfizer (les molécules contre l'asthme), à la Recherche du temps perdu. Ou encore l'American Express, à Paul Morand." (rappelons pour mémoire que les ouvrages du domaine public disponibles sur Google Book Search le sont avec le filigrane de la firme).

Du pur bonheur. Et un court canular qui alerte autant sur le sujet qu'une thèse académique de 400 pages. Le danger que pointe Debray est bien celui d'un pragmatisme décomplexé à courte vue, celui d'une politique culturelle littéralement aveugle, c'est à dire sans aucune "vision" à part peut-être celle, en ligne de mire, de la collecte de subsides qui lui permettront d'asseoir et de reconduire ce "manque" politique. Ou comment vendre une "politique de civilisation", en appliquant une politique du chiffre et de la statistique : les "chiffres" du nombre d'étrangers reconduits à la frontière, les "chiffres" du nombre de chômeurs en moins, les "chiffres" du nombre d'entrées d'un film, les "chiffres" de fréquentation des musées. Les chiffres. L'alpha et l'oméga d'un électroencéphalogramme politique dont la ligne varie à l'unisson de celui des marchés. Ceci n'est pas une politique.

Million books Baby

L'université du Michigan vient de fêter son millionnième livre numérisé (dans le cadre du programme Google Book Search). Elle a pour l'occasion :

C'est incontestablement un jalon historique dans la grande histoire de la numérisation, histoire pour laquelle Nicolas Morin rappelle l'argumentaire massu de Google : "Getting things done". Comme le rapelle par ailleurs Paul Courant, ce n'est là qu'une étape et il reste 9 ans pour atteindre l'objectif de 7,5 millions d'ouvrages numérisés, avec toute l'organisation bibliothéconomique que cela réclame.
Du côté de l'héxagone, on attend impatiemment le prochain salon du livre pour en (sa)voir un peu plus sur Gallica 2 qui - rappelons-le - présentera aussi bien des ouvrages libres de droits, que des ouvrages sous droits, en partenariat avec les éditeurs. Dans une récente entrevue au journal Libération, Bruno Racine revient sur ce projet dont je vous parlais déjà ici. Le même Bruno Racine donne également dans la rupture décomplexée et radicale avec son prédécesseur Jean-Noel Jeaneney : après avoir, pour ce dernier (Jean-Noel), tenté de mettre en ordre de bataille les bataillons bibliothéconomiques européens face à la déferlante de l'artillerie lourde Googléenne, le ton du premier (Bruno) se veut résolument plus pragmatique et court-termiste :

  • "Selon moi, il n’y a pas de guerre de religion dans ce domaine. (...) En ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention de faire la leçon aux bibliothèques qui ont signé avec Google. La force du modèle américain est de savoir faire converger par moments l’intérêt privé avec l’intérêt public. Notre objectif doit être de faire converger ces programmes distincts." Y'à qu'à demander.

Dans le même entretien, Bruno Racine rappelle que la décision de la BM de Lyon pour la numérisation de 500 000 ouvrages anciens est imminente et pourrait inaugurer le premier partenariat Français avec Google Books. Là encore, mon petit doigt me dit que le Salon du Livre 2008 devrait être riche en effets d'annonces ...
Dans ce paysage agité, on notera avec attention que de plus en plus de bibliothèques étrangères, à l'image d'un pragmatisme initié par la British Library, signent parallèlement avec les deux principaux acteurs de cette course aux contenus : ainsi l'université de Columbia, après avoir signé en Décembre 2007 avec Google, vient de signer avec Microsoft dans le cadre de l'Open Content Alliance. Le communiqué ne donne pour l'instant aucun chiffre sur le nombre d'ouvrages concernés. On sait seulement qu'il s'agira d'ouvrages libres de droits et que :

  • "Microsoft will digitize selected portions of the Libraries’ great collections of American history, literature, and humanities works, with the specific areas to be decided mutually by Microsoft and Columbia during the early phase of the project."

Le point que je grasseye n'est pas anodin : ce n'est certes pas la première fois que les grands moteurs-numérisateurs s'intéressent, en tant que prestataires, aux collections qu'ils numériseront ("leur contenu, leur caractère encyclopédique et multilingue, leur état" ...). Mais si cette démarche se systématise et si elle dépasse la simple prise de renseignements techniques nécessaires à la prestation, bref si les moteurs-numérisateurs se font également désormais les agents zélés de la force bibliothéconomique présidant au choix des collections et ouvrages à numériser ... que restera-t-il aux bibliothécaires à part peut être à inventer une nouvelle forme de sérendipité bibliothéconomique, la prescription aléatoire :-(
Enfin, sur ces questions je vous renvoie à l'intéressante table-ronde sur "Les perspectives de l'édition face à la numérisation" (.pdf) du colloque "Pour une nouvelle dynamique de la chaîne du livre", organisé en Octobre 2007 par la SGDL.

Une offre légale d'ouvrages sous droits ?

On apprend dans BiblioFrance que lors du prochain salon du livre (Mars 2008), il devrait être (enfin) possible de consulter légalement des extraits numériques d'ouvrages commercialisés, soit "une offre légale d'ouvrages sous droits" pour reprendre les termes du communiqué du ministère de la culture. Cette consultation se fera dans le cadre de la mal-nommée Europeana (mal nommée car pour l'instant seule la Hongrie, le Portugal et la France y tiennent boutique), et devrait concerner (toujours selon le même communiqué) près de 9000 titres d'ouvrages récents. Ce projet "pilote" concerne :

  • 18 éditeurs :  Agone, Albin Michel, Arthème Fayard, Climats, EDP Sciences, Flammarion, Gallimard, La Découverte, Lavoisier, Magnard, Nathan, Perrin, Presses universitaires de France, Quae, Retz, Robert Laffont, Univers Poche et Salvator ;
  • et 3 agrégateurs : Cyberlibris, Editis Groupe et Numilog.

On ne peut pour l'instant :

  • que se réjouir suite à cette note d'intention et en prendre acte.
  • que s'interroger sur le reste : les ouvrages sous droits y seront-ils consultables intégralement ou sous forme d'extraits ? Comment se fera le prêt (copies chronodégradables ?) ? Quelle sera la montée en puissance et le taux de renouvellement du service ? Quelle ouverture aux autres éditeurs ? Sous quelles conditions ? A quelle échéance ? Quel financement pérenne ?  etc, etc ... (quelques infos mais essentiellement sous forme de questions ouvertes dans le document mentionné à la fin de ce billet)

Restera aussi à voir si l'ogre de Mountain View peut encore s'immiscer dans la partie (souvenez-vous ...) ... ou s'il prépare déjà sa riposte à cette contre-offensive (tardivement) annoncée ...
Et puis une dernière chose enfin : cette heureuse initiative, si elle fera le bonheur des gros poissons embarqués, risque de mettre à mal le projet (en est-ce encore un ?) d'un portail de la librairie indépendante, et de crisper les positions entre les petits (libraires, éditeurs) et les gros.

Voir aussi le billet de François Bon qui renvoie vers la très complète revue de problématiques autour du livre numérique de Denis Zwirn (PDG de Numilog) : "Etude en vue de l'élaboration d'un modèle économique de participation des éditeurs à la bibliothèque numérique européenne" (.pdf).

MareLibri : un nouvel Electre ?

Le portail de recherche MareLibri.com vous offre l'accès aux références de 20.000.000 titres en ligne, proposés par plus de 2.000 librairies. L'initiative en revient à 5 sites européens dédiés à la littérature (notamment les livres "rares" et "anciens") qui ont uni leurs forces et leurs catalogues pour proposer ce portail très très très intéressant (et gratuit). Outre l'intérêt du "volume" et de la nature des ouvrages accessibles, il faut saluer la sobriété et l'efficacité de l'interface : une recherche avancée avec tout le nécessaire (par titre, par auteur, par librairie, par thème, par ISBN), la possibilité d'afficher les résultats avec un tri "par auteur", "par pertinence" ou "par prix", et la possibilité de recevoir les résultats d'une recherche par mail ou en .pdf, ainsi que de s'y abonner via un fil RSS.
Tout y est ma bonne Dame ! Seule l'entrée par "Catalogue thématique" ne fonctionnait pas ah ben si c'est réparé, mais le site est en bêta test, donc on leur pardonne. Quand on voit tout l'intérêt de ce genre de portail, on regrette d'autant plus de n'apercevoir aucun frémissement dans le projet de portail de la librairie indépendante (à moins qu'à trop frémir et qu'à force de se disperser, il ne finisse par se dissoudre ...)
(Découvert via Brainsfeed)

La bibliothèque du congrès et FlickR : des accès desaxés

3000. C'est le nombre de photos que la bibliothèque du Congrès vient de mettre en ligne sur ... FlickR. Oui, oui. Vous avez bien lu. Sur FlickR. Après les ouvrages dans Google Books, les fonds iconographiques des bibliothèques (et non des moindres ...) sur FlickR. A méditer d'urgence.
Non, la LC (Library of Congress) n'a pas réalisé un site en flash hébergé sur ses serveurs et accessible depuis son propre site. Non elle n'a pas monté son exposition virtuelle. Elle est pourtant des quelques bibliothèques de la planète qui peuvent se permettre ce genre de fantaisie sans rencontrer de blocages financiers majeurs. Mais elle ne l'a pas fait. A la place, elle est allée mettre ses donnés, là ou sont les usagers. Ces mêmes usagers qui quand ils cherchent de l'information ... vont sur Google, qui quand ils cherchent des bouquins ... vont sur Amazon ... et qui quand il veulent voir des photos ... vont sur FlickR.
Ce que traduit cette (heureuse) initiative c'est la simple reconnaissance par le monde des bibliothèques de la logique de l'accès qui prévaut aujourd'hui pour l'ensemble des industries culturelles, dont elles - les bibliothèques - font partie (même si c'est le plus souvent à leur corps défendant).

A la question : "pourquoi la LC met-elle ses photos sur FlickR ?", la réponse de la FAQ du projet est limpide :

  • "Pour partager ces collections photographiques avec ceux qui ne visitent pas notre site"
  • "Pour mieux comprendre en quoi l'indexation sociale pour nous apporter des idées d'amélioration de nos services et de nos fonds"
  • "Pour accroître notre expérience et notre implication dans des communautés web partageant des centres d'intérêts communs avec les collections de bibliothèques."

C'est à mon avis incontestablement la bonne direction à suivre. Il faut aller chercher les usagers là où ils sont. Et si l'on peut être sûr d'une chose, c'est que les usagers ne sont pas sur les sites des bibliothèques. En tout cas certainement pas de prime abord, certainement pas de "prime accès". Mettre à disposition des fonds documentaires professionnellement construits et administrés, sur des services privés mais publiquement accessibles et massivement accédés, autoriser les publics, TOUS les publics, à indexer à leur tour ces fonds documentaires quelle que soit leur nature, laisser les publics se les approprier (l'un des objectifs du projet est de permettre aux usagers d'indexer, de tagguer ces images), c'est probablement le meilleur moyen de recréer le désir ... d'aller en bibliothèque.
De son côté le service FlickR a compris tout l'intérêt stratégique de tels partenariat, et il vient en conséquence d'ouvrir un espace "FlickR Commons", destiné précisément aux organismes publics.

Rendons-donc grâce au maître Yoda de la Force bibliothéconomique et méditons, jeunes padawans que nous sommes, son lumineux enseignement :

  • "ce qu’on a de plus intéressant ce ne sont pas nécessairement des interfaces, mais des données; et il faut aller mettre nos données là où sont les usagers, en leur permettant de se les approprier."

CQFD.

(Source : le blog de la LC & Maître Yoda Morin. Autres points de vue : Descripteurs - qui insiste sur l'aspect animation et valorisation patromoniale du projet - Ecrans)

28 ème bibliothèque pour Google Books

Depuis le 13 décembre 2007, la Columbia University est devenue la 28ème bibliothèque universitaire à entrer dans le projet Google Book Search. Le contrat liant les deux parties s'étend sur 6 ans. Seuls les ouvrages appartenant au domaine public sont concernés. Comme le rappelle la page d'information sur le site de l'université, la bibliothèque de l'université de Columbia (cette entité regroupe en fait 25 bibliothèques) est l'une des 10 bibliothèque américaines les plus importantes : 9.2 million de volumes, 65 650 périodiques et beaucoup de précieuses collections spécifiques.
Malgré quelques anecdotiques bugs, la puissance de feu de Google Book Search continue d'augmenter.

Googlepedia s'appellera "Knol", ou comment monétiser l'autorité

Le dernier billet du blog officiel de Google annonce le lancement prochain, sur invitation seulement, d'une béta version de "knol". Qu'est-ce que "knol" ? Pour mémoire, rappelons que Google, après avoir gagné la guerre de l'information en s'étant de facto positionné comme un guichet unique (dans les usages courants tout au moins) sur l'ensemble des services "informationnels" aujourd'hui disponibles, Google depuis 2004 s'est lancé dans une bataille autrement plus délicate mais également plus essentielle : la bataille de la connaissance. Sa première offensive concerna la connaissance "labellisée", "inscrite", faisant autorité et disposant d'auteurs "in nomine" : ce fut le projet GoogleBooks. Un projet qui donna chair et corps à la notion de "société de la connaissance" qui n'existait jusqu'à lors que dans les arrières cours de la commission européenne ainsi que dans les travaux de quelques scientifiques (Pierre Lévy notamment mais pas exclusivement).
La deuxième offensive est aujourd'hui lancée : "knol" (contraction de "Knowledge") se veut un service encyclopédique "à la manière de wikipédia" qui ne dit pas son nom.
Le mieux est encore de traduire la description dudit service telle qu'elle est livrée sur le blog de Google. Extraits choisis donc (et traduits) :

  • Un projet en quête d'auteurs / d'autorité
  • "Notre but est d'encourager les personnes qui connaissent bien un sujet à écrire un article de référence ("authoritative article") sur ce sujet."
  • "L'idée clé du projet est de mettre les auteurs sur le devant de la scène. (...) Nous pensons que savoir qui a écrit un article aidera de manière significative les usagers à faire un meilleur usage du web."
  • "Un "knol" sur un sujet particulier a vocation à être la première chose que doit lire quelqu'un qui cherche quelque chose à ce sujet sur le web."
  • La toute puissante infrastructure frappe encore
  • "un "knol" est juste une page web (...) Google fournira les outils faciles à utiliser de création et d'édition et hébergera gratuitement les contenus." <= ce dernier point est important pour ne pas dire crucial quand on connaît les difficultés d'hébergement auxquelles est confrontée Wikipédia.
  • Politique éditoriale : pas de politique éditoriale
  • "tous les sujets seront couverts : concepts scientifiques, information médicale, histoire, géographie, produits ("information products"), loisirs ..."
  • "Les gens pourront proposer des commentaires, des questions, des contenus additionnels. Tout le monde pourra voter pour un "knol" ou donner ses impressions. Les knols inclueront des références bibliographiques et des liens vers des informations complémentaires" => c'est ici une différence de taille avec Wikipedia puisque le contenu des articles de sera apparemment pas éditable.
  • Autorité = monnaie
  • "A bon vouloir de l'auteur, un "knol" pourra inclure de la publicité. (...) Google lui reversera alors une part substantielle de ces revenus publicitaires." L'indication de cette part "substantielle", ainsi formulée, peut laisser penser qu'elle sera supérieure à celle traditionnellement reversée via les offres publicitaires standards de Google. Ce qui là non plus n'est pas sans risque, une société commerciale se trouvant de facto en situation de rétribuer des auteurs (scientifiques ou non) sur la base de la notoriété qui sera accordée à leur(s) article(s), ce qui entraînera mécaniquement une course à l'écriture d'articles susceptibles d'être les plus lus, les plus vus, et donc les mieux rétribués. Je vais endosser une nouvelle fois ma panoplie de Cassandre, mais imaginez ce que peut donner un tel système non-régulé dans le cadre, par exemple, des publications en pharmacie ou en médecine, quand on connaît déjà les dérives de certaines publications dans ce domaine, largement sponsorisées par des grands groupes industriels et pharmaceutiques ... (l'exemple choisi par Google pour illustrer son projeet Knol n'est d'ailleurs pas innocent : il s'agit d'un article de médecine traitant de l'insomnie, rédigé par un auteur "faisant" autorité - une prof. de l'université de médecine de Stanford). Si le modèle marchand de la bibliothèque (GoogleBooks) est porteur de grands dangers (prime à l'accès, pas de roulement des fonds, aucune représentativité de l'état des connaissances à l'instant "t", etc.), le modèle marchand de l'encyclopédie - et plus globalement du cycle de validation de l'autorité - l'est tout autant, et peut-être davantage.

Conclusions ?

  • Primo, l'analogisme avec Wikipedia, ou plus précisément avec les projets dérivés en quête d'autorité (Véropédia, Citizendium) est trop frappante pour ne pas être soulignée. Avec son projet knol, Google réalise stricto sensu le projet initial de wikipedia (baptisé Nupedia) : une encyclopédie "populaire" par la couverture des sujets autorisés (= non-exclusivement scientifiques), et reposant sur des experts. C'est bien connu, les bonnes idées n'appartiennent à personne. Mais tous les obstacles ayant fait avorter le projet initial de Larry Sanger (difficulté à mobiliser des experts, difficultés de stockage et d'hébergement ...) sont d'emblée solutionnés par l'effet de la marque Google, et par ses infrastructures hors du commun.
  • Deuxio : Citizendium va avoir du mal à se faire une place au soleil dans l'ombre d'un tel géant ...
  • Tertio : ce lancement de "knol" par Google renvoie à une vision assez fine des attentes de ses utilisateurs.  On avait déjà remarqué la place très particulière et prépondérante - près de 30% des premiers résultats - qu'occupaient les liens Wikipédia dans les résultats des principaux moteurs (voir notamment ici, ici et récemment ), ce qui était en soi la meilleure confirmation possible de l'intérêt du "projet encyclopédique". En développant son propre service, Google régle en une seule fois deux problèmes : celui de l'accusation qui pouvait lui être faîte de survaloriser les liens en provenance de Wikipedia, et - surtout - celui de voir ses utilisateurs sortir de la sphère Google pour s'en retourner sur l'encyclopédie wikipédia, à peine y étaient-ils entrés (dans la sphère Google) : le public est ainsi encore plus captif qu'auparavant, et Google à tout loisir de monétiser, d'analyser et de profiler nos navigations numériques.
  • Quatrièmement : Google va même plus loin en inversant ce risque potentiel (celui de voir ses utilisateurs captifs "migrer" vers un autre service) : "Google ne demandera aucune exclusivité pour ses contenus et les rendra accessibles à tous les autres moteurs de recherche", qui seront donc gentiment invités pour accroître leur propre "pertinence" à renvoyer ... vers un service Google ...
  • Cinquièmement : c'est l'avènement d'une nouvelle forme d'encyclopédisme. Un encyclopédisme non plus savant mais "d'usage" : "L’accès aux documents n’est plus subordonné aux modes de classement et d’organisation. Ce sont les modes de classement et d’organisation qui sont inférés de l’accès au document et de l’analyse de son contenu. On parlera d’un encyclopédisme d’usage à partir du moment où ces parcours de recherche, d’accès et de consultation sont récupérés et réinjectés dans l’organisation de la bibliothèque virtuelle (Internet en est évidemment le premier exemple) pour organiser, à l’aune de ces parcours, les nouvelles données devant être
    classifiées.
    " (p.307 de ma thèse) Le danger ne vient donc pas de ce nouvel avatar du projet encyclopédique, mais de la logique marchande qui le conditionne.
  • sixièmement : le défi que s'apprête à relever Google est d'importance et nous concerne tous, bien au-delà du simple enjeu technologique qui le sous-tend : il s'agit de savoir quelle est la meilleure manière possible de croiser autorité ET notoriété, autrement dit de savoir quelle place accorder à l'autorité au sein d'un principe de classement et d'une représentation du monde reposant essentiellement sur un indice de notoriété. Cet enjeu tient en une phrase dans le billet de Google, mais il prime à mon sens sur tous les autres : "Notre boulot au département "Search Quality" sera de classer (to rank) les knols de manière appropriée quand ils apparaîtront dans les résultats de recherche". En ce domaine, la transition d'un PageRank à un modèle de type TrustRank ne sera pas aisée. Sauf à croire que le test de Turing est résolu, et qu'un "simple" agencement machinique est aujourd'hui en capacité de tracer les frontières de l'autorité dans l'accès de chacun à la connaissance.   

Il ne reste plus qu'à attendre pour voir si l'effet Google jouera à plein, et si "knol" sera le nouveau pilier d'une révélation cognitive en comptant déjà 3. En attendant, il est clair que la stratégie de Google est bien cadrée : "standing on the shoulders of giants" comme l'affirme l'incipit du service Google Books. Asseoir l'autorité de Google (et de ses services) sur la question de la mise en avant "des autorités".

Voir aussi ce qu'en disent : Didier Durand, Read/WriteWeb, Jean-Michel Salaun, Google Blogoscoped (qui insiste également sur les risques de l'impact de ce service sur la neutralité de la recherche)

<Update PUB>Télérama a bien aimé mon billet</Update>
 

Kindle Surprise

Donc voilà. Le Kindle (e-reader liseuse) d'Amazon sera lancé officiellement lundi prochain. Ce qui, à la différence du titre de ce billet, n'est pas vraiment une surprise. Le blog Engadget fut le premier à le chroniquer le 11 Septembre 2006. Un an plus tard, le marché du livre et ses circuits de distribution ont connu de sérieux bouleversements, et les usages de lecture numérique ont mûri en même temps que les technologies les accompagnant. Comme mes collèges bloggueurs ont déjà fait le boulot - et autant vous le dire tout de suite, ils sont loin d'être enthousiastes - je vais tout simplement me contenter de piller leurs billets pour vous indiquer que le Kindle :

  • sera cher : 400 $. Cette barrière à l'entrée constitue à mon sens un sérieux frein au déploiement réellement grand public de ce que Jeff Bezos n'hésite pas à désigner comme le "livre 2.0". En l'état, on en est encore au lecteur électronique à deux zéros à la fin du chèque.
  • que le Kindle permettra d'accéder d'entrée à un catalogue entre 88 000 et 90 000 ouvrages. Sur la nature desdits ouvrages (livres "utilitaires" - cuisine, bricolage - livres "fonctionnels" - manuels scolaires et universitaires - livres "tout court" ...) je n'ai en revanche rien trouvé.
  • qu'il en coûtera 9,99 $ pour télécharger un livre. Ce qui fait dire à certains qu'Amazon vient de fixer le prix maximum (unique ?) du livre électronique, comme Apple l'avait fait en son temps pour les morceaux de musique avec l'IPod.
  • qu'il utilisera une technologie d'accès pour l'instant payante (mais annoncée comme bientôt gratuite) via Whispernet, un réseau à haut débit lié à Sprint, permettant de se connecter et de télécharger directement les livres sur le site d'Amazon, sans passer nécessairement par des spots Wifi et assurant au Kindle une couverture plus large (cf plus bas)
  • que le Kindle ne permettra pas seulement d'acheter des livres, mais aussi de télécharger et de lire directement la presse (NYTimes, Le Monde, WSJournal) ainsi que différents blogs, moyennant finance. Une réintermédiation à la hussarde qui risque de déclencher quelques couinements.
  • que le Kindle est très bien positionné en terme de "service". Qu'en revanche, côté design et ergonomie, il semble dépassé avant même sa sortie, même si l'essentiel technologique est là (e-ink <Update> finalement il y aurait bien innovation de ce côté là </Update>, autonomie, capacité de stockage)
  • que le Kindle est plein de DRM et qu'il est centré sur le format Mobipocket (firme rachetée par Amazon) et qu'il ne reconnaît même pas le .pdf
  • que dixit Jeff Bezos "Les livres sont archivés sur le serveur d’Amazon; si vous les perdez vous pouvez les télécharger gratuitement." Tiens, ne serait-on pas en train de nous refaire le coup de la "location" déguisée en "acte d'achat" ...
  • que dixit le même : "Au lieu de faire des achats depuis votre PC, vous le faites depuis l’appareil. Le contenu est délivré très simplement. Nous avons décidé d’utiliser EVDO au lieu de Wi-Fi qui nécessite des Hotspots. Nous avons créé Amazon WhisperNet qui permettra d’utiliser le réseau EVDO sans aucun engagement ni paiement.Le jour où notre disque dur aura disparu se rapproche ... comme disait l'autre.
  • que le Kindle est lié à une place de marché (LE coeur d'activité d'Amazon) et que les utilisateurs du Kindle pourront gentiment envoyer leurs documents Word et le vendre directement sur ladite place de marché. Donc, ce que le Kindle révolutionne d'abord, c'est le secteur de l'édition au moins autant que celui de la diffusion (si tant est que ces deux secteurs là puissent se penser dans l'ignorance l'un de l'autre)

Donc ?

Donc comme le souligne Francis Pisani, les lignes (numériques) vont bouger et cette Kindle surprise va obliger les concurrents à se positionner très rapidement sur ce secteur, et au jeu de la concurrence, Apple et son IPod sont bien placés. Du coup, les coûts pour le consommateur devraient être revus à la baisse, mais surtout, s-u-r-t-o-u-t, loin d'être l'affrontement de deux liseuses, de deux gadgets technologiques, cela s'annonce comme l'affrontement de deux places de marché. Amazon a défini la stratégie de la sienne (devenez votre propre éditeur) avec pour le reste encore une zone de flou sur les titres qui seront disponibles au catalogue. Il faudra voir quelle sera la réponse d'Apple.

Et puis un pressentiment ... ce genre de places de marché préemptées par des géants comme Amazon pourraient tirer le meilleur parti d'une économie de la recommandation dans laquelle les certains réseaux sociaux pourraient peut-être (enfin) trouver une juste place de prescripteur.

Et puis enfin, on ne saurait mesurer toute l'ampleur de la Kindle surprise sans prendre connaissance des billets de François Bon qui n'a pas envie du livre numérique, et de Jean-Michel Salaun chez qui le livre fait de la résistance, parce que ... tout est une question de temps.
Mon avis ? Ce système de place de marché (la vraie Kindle surprise donc), en unifiant les temporalités jadis si nécessairement distinctes de la lecture, de l'écriture, de la diffusion, de l'accès, de l'achat et de la simple consultation, "incarne" au sens propre ce qu'est (peut-être) le vrai livre numérique. Un livre qui n'en est pas un. De fait, la problématique tant vantée du "livre numérique" est renvoyée à sa triste condition de simple support. En revanche la centralisation, l'unification des flux de production et de réception d'écrits numériques par le biais d'un dispositif technique (le Kindle ou un autre), voilà peut-être la bonne définition du "livre 2.0".
Le livre est une temporalité et une totalité, l'envers et l'endroit indissociables d'un dispositif et d'un contenu. Le Kindle est une clé de lecture instantannée. Une clé de lecture"s" au sens propre. Et une clé de lecture au sens figuré, c'est à dire qu'il permet de mieux entrer dans les logiques de nos lendemains numériques. Dans le Kindle, comme dans un trousseau de clés, tout est dissociable, segmentable. Et c'est précisément cela qui intéresse Amazon.

<Update de 5 minutes plus tard> Et ben voilà. J'étais super content de mon joli titre. Et paf. En relevant mon agrégateur voilà-t-y pas que Virginie Clayssen l'avait trouvé avant moi, et avec une splendide illustration en plus. </Update>

(Sources : Principalement Francis Pisani, Francis Pisani encore, LaFeuille, Techcrunch-fr et Techcrunch.com, Nicolas Morin, FredCavazza, Hervé Bienvault ainsi que les autres sources sous les liens)

Google Rififi Book Search

Google Books on le sait, ne laisse personne indifférent. Dernier épisode en date, celui opposant par voie de presse interposée, un professeur nommé Guy Laflèche (département des littératures de langue française de l'Université de Montréal) à Lise Bissonnette (Présidente-directrice générale, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), l'équivalent de notre chère BnF).
Dans un premier article publié dans le journal Le Devoir, Guy Laflèche regrette que ladite BAnQ ne participe pas au projet Google Books. Je vous invite à lire cet article, non pas tant pour la nature des propos qui y sont tenus mais pour le langage fleuri du sieur Laflèche (qui traite notamment Europeana de "petit pet informatique"). La réponse, non moins fleurie de Lise Bissonnette ne se fit pas attendre. Là encore la lecture vaut le détour.
Ah la belle province ... En la matière le sieur Guy Laflèche n'en est pas à son coup d'essai. Je m'étais moi-même joyeusement emplumé avec lui sur la liste Litor (Littérature et Ordinateur), après qu'il m'ait traité de "petit nono sans intérêt" (sans savoir que j'étais abonné à la liste). Je vous restitue le message simplement pour mieux vous permettre de cerner le personnage au nom décidemment programmatique :

  • (le débat portait sur le signalement de mon billet à propos des comptes bidons de Google Books) : "Il s'agit, si je ne me trompe pas, d'un site anonyme où l'auteur, manifestement, ne sait pas de quoi il parle, ni d'ailleurs ce qu'il fait, nous décrivant ses «actions» sur Google Print en découvrant l'affaire, en grand novice.  On ne devrait jamais renvoyer à un site anonyme.  Sauf, évidemment, si l'anonymat est justifié.  Ici, il s'agit tout simplement du blogue d'un petit nono, sans aucun intérêt.  Son intervention bloguiste d'un ou deux soirs s'intitule «Les comptes bidons de Google ou la bogbliothèque universelle».  Le contenu en est navrant." Pour celles et ceux qui souhaitent se marrer 5 minutes, tous nos échanges sont archivés ici.

Mais revenons-en au débat et à la réponse de Lise Bissonnette :

  • "Le roman qu'il raconte aux lecteurs du Devoir à propos de la générosité du moteur de recherche américain mérite le prix du conte de fées. Google, dit-il sommairement, numérise gratuitement tous les livres des bibliothèques participantes et pousse la générosité jusqu'à leur permettre de mettre en ligne sur leur propre site les fichiers ainsi «scannés» (le terme anglais est de lui).
    (...) Les fichiers numérisés demeurent en effet la propriété du moteur américain, qui exige d'en devenir l'unique diffuseur commercial, d'en bloquer l'accès à d'autres moteurs de recherche et d'ériger diverses barrières à la circulation des fichiers, qui sont pourtant des biens collectifs."

Raccourci réclamé par le medium, mais qui décrit bien la réalité plus complexe connue sous le nom d'eugénisme documentaire. Voilà donc pour ceux qui sont "contre".
Du côté des bibliothèques contractantes, le discours est naturellement tout autre. Ainsi, Paul Courant, doyendes Bibliothèques de l'université du Michigan, vient d'ouvrir un blog pour défendre son engagement, et publie le 4 Novembre un billet titré "On being in bed with Google". Bien qu'invariant, l'argumentaire des pro-google mérite d'être rappelé.
Tout d'abord les coûts et l'étendue annoncée : pour l'université du Michigan, 7 millions de volumes en 6 ans, gratuitement. Ensuite ... et bien précisément ... il n'y a pas vraiment de suite. Cet argument est le seul avancé. Paul Courant se contente ensuite de rappeler (répondant en cela aux dernières critiques de Brewster Khale dans le NYTimes) qu'il n'y a pas de risque qu'une firme commerciale contrôle un jour l'ensemble de ces biens communs de l'humanité puisqu'un exemplaire est remis à la bibliothèque. Ce qui me semble un peu léger comme argument ... Il faudra attendre un second billet pour voir apparaître l'argument du classement des oeuvres dans les résultats de recherche (prime à l'accès, pas de roulement du fonds), mais ce sera pour rester sur notre faim, Paul Courant n'en sachant pas davantage que nous là-dessus. Quant à la préservation à long terme des copies numériques et leur conformité au niveau d'exigence souhaité par les bibliothèque, c'est là encore très (trop) flou.
Du coup je suis perplexe. Nulle part de ce côté-ci de l'atlantique ou de l'autre, aussi bien du côté des "pros"
que des "antis", dans aucune publication scientifique ni dans aucun média grand public (je préfère passer sous silence les dernières émissions de France Culture consacrées à la question ...), nulle part donc, sauf, de manière claire mais encore allusive, dans les propos de Lise Bissonnette, on ne retrouve les arguments pourtant rédigés noir sur blanc qui figurent dans les derniers contrats signés par Google avec des bibliothèques et qui relèvent de ce que j'ai appelé un eugénisme documentaire. Si vous avez une explication (ou si j'ai manqué la mention de ces arguments quelque part, je suis preneur :-)
Autre bibliothèque contractante, la BCU (Lausanne) nous offre sur son site, quelques éléments du calendrier de numérisation. A noter que sur le catalogue de la BCU on a rajouté un "statut" aux oeuvres qui en plus d'être "empruntées", "exclues du prêt" ou "disponibles", peuvent également désormais apparaître avec le label "googelisés".

Dans un autre genre, mais sur le même sujet, on consultera utilement l'entrevue vidéo réalisée avec Francis Pisani et portant sur l'avenir du livre. Si je devais résumer, Francis Pisani rappelle une nouvelle fois que ceci (le numérique) ne tuera pas ceux-là (les livres) mais amènera probablement à penser différemment cela (le "papier"). J'aime bien également sa citation à propos des "Newspaper" dans lesquels c'est le côté "News" et non le côté "paper" qui fait la spécificité du media. Il faut effectivement penser différemment le livre, du côté de ses usages et des modalités d'appropriation qu'il permet. Mon idée (rapidement ... pour une version plus longue, voir ici ou ) c'est que le numérique va permettre de développer des formes inédites pour les dimensions de l'accompagnement et de la génétique textuelle. On va voir exploser (et on va pouvoir explorer différemment) les dimensions du para-texte et autres péri-textes (auctoriaux, éditoriaux). Et on va également, grâce au numérique, pouvoir créer une nouvelle discipline, celle d'une génétique des usages textuels, comme il y eût avant elle une génétique textuelle s'intéressant à la génèse des oeuvres. Bref, tout cela (google books, les usages, les e-books, le nouveau marketing du livre, les flux, l'organisation de ces flux ...), tout cela ne fera que contribuer "à illuminer le livre plutôt qu'à l'éliminer". Et ça, c'est Anthony Grafton qui le dit a-d-m-i-r-a-b-l-e-m-e-n-t dans un texte magnifique et lumineux (pour les fainéants - mais ce serait dommage - un court extrait traduit est disponible chez Bibliothécaire)

Pendant ce temps, les avancées les plus significatives des bibliothèques ne semblent porter que sur l'un des éléments du catalogue. Une vision qui bien qu'importante et centrée sur leur coeur de métier, ne peut être seule à la hauteur du défi numérique à relever.

(Sources : MonMemex, BiblioFrance, François Bon, Bibliothécaire

Google books : les non-alignés

Au regard du nombre de bibliothèques sur la planète, le nombre de celles en contrat avec Google pour numériser leurs fonds est dérisoire (27 à ce jour).
Au regard de l'ampleur et de la vitesse du programme de numérisation de Google Books (qui vient de franchir la barre du million d'ouvrages), celui des bibliothèques est dérisoire à l'échelle nationale (et hélas trop peu visible et trop peu unifié à l'échelle internationale). Mais, comme le remarque justement Dominique Lahary, et comme je l'avais moi-même signalé dans un vieux billet, les initiatives, hors dudit monde des bibliothèques, sont pourtant foisonnantes.
Or cette barrière, ce front de la dérision (selon le point de vue que l'on adopte), est en train de bouger. Et c'est un article du New-York Times qui raconte le tout, selon un scenario déjà connu des lecteurs d'Affordance (ou d'autres blogs s'intéressant à la question). Les copies des livres numérisés (gratuitement) par Google et remises aux bibliothèques doivent, par contrat, rester inaccessibles à toute autre indexation externe. Facteur aggravant d'un eugénisme documentaire avoué. Il s'agit donc de se positionner. D'autant que d'autres stratégies sont possibles, notamment via l'Open Content Alliance, avec laquelle de plus en plus de bibliothèques semblent signer (dont celles du Connecticut et du Massachussets). D'autres, suivant une "troisième voie", signent avec Google ET avec l'OCA, ce qui n'est d'ailleurs pas pour déplaire à Google, loin s'en faut. La raison en est simple : les ouvrages numérisés par l'OCA sont librement accessibles et indexables par tout le monde, et donc par Google qui n'a en l'occurence pas à supporter les coûts de ces numérisations (qui n'ont donc rien de "concurrentes"). Pour autant, il semble jusqu'ici que seulement une vingtaine de bibliothèques aient signé avec l'OCA.

On peut donc se poser la question suivante : pourquoi les bibliothèques françaises, à l'image de leurs grandes ou petites soeurs anglo-saxonnes, ne signent-elles pas avec plusieurs partenaires, dont l'OCA ? Et bien parce que dans le cas de l'OCA, les coûts de la numérisation sont à la charge des bibliothèques. 30 $ par livre. Oui mais. Mais là-bas, ces coûts sont pour l'essentiel supportés non pas directement par les bibliothèques, mais par le biais de fondations privées (comme la Sloan Foundation, très généreuse sur les budgets d'aide à a numérisation) qui assument la plus grosse part du coût de numérisation incombant aux bibliothèques. Et voilà pourquoi les bibliothèques françaises en particulier et européennes en général ne peuvent que rester en situation d'observation du bouleversement en train de se produire : elles ne peuvent de fait ni compter sur l'argent de l'état, ni sur celui de fondations privées pour supporter les mêmes coûts de numérisation.

Tiens, juste une idée en passant, ne serait-il pas envisageable que la BnF se serve - avec l'accord de leurs initiateurs - des initiatives signalées ici (parmi d'autres signalées ) pour réaliser un fonds numérique qui pourrait rivaliser en masse et en intérêt avec l'avance prise par Google Books ? Non pas un site portail tel que celui déjà déployé par le ministère de la culture (et par ailleurs excellent), mais bien un réservoir de textes ... Il me semble que tout le monde y trouverait son compte, y compris celles et ceux qui sont à l'origine desdites initiatives et dont l'opiniâtreté et la constance seraient enfin sinon récompensées, tout au moins reconnues.

(Via le BBF, if:book, DigitalKoans)

Pendant ce temps, la bibliothèque du congrès et l'Unesco signent un accord pour un bibliothèque numérique mondiale (qui contiendrait des fonds particulièrement rares ou fragiles), et la BnF souffre "d'une faiblesse quasi-insurmontable : elle n'a rien à vendre."

Libreka.

Il y a 3 ans, à l'occasion du salon du livre de Francfort, Google allait annoncer son projet de numérisation. Trois ans plus tard, à ce même salon du livre, un consortium d'éditeurs (combien ?) vient de lancer le projet Libreka (projet décrit ici, et interrogeable ). Il s'agit de remettre en selle la fameuse règle de l'Opt-In. L'ensemble des contenus disponibles sur Libreka le sont donc, après l'accord préalable des éditeurs. Autre point de conflit dans le cadre de Google Book Search, l'affichage d'extraits (snippets) est laissé à l'entière discrétion des éditeurs. Certains ouvrages ne sont donc "accessibles" que sous forme d'une vignette de couverture, pour d'autres, il est possible, comme dans Google Book Search, d'afficher quelques extraits choisis et de chercher dans le texte intégral de l'ouvrage. Il est également possible d'ouvrir différents droits sur les ouvrages numérisés, permettant par exemple aux libraires d'accéder au téléchargement de certaines parties des ouvrages. D'après les différents commentateurs ayant couvert l'annonce, c'est un peu plus de 8000 ouvrages (tous en allemand) qui seraient concernés. Autre différence de taille avec le projet Google, les frais de numérisation sont à la charge des éditeurs (lesquels fournissent également les métadonnées permettant d'ouvrir certains droits). Il leur en coûtera :

  • 15 Euro pour les livres de 300 pages
  • 19,50 Euro jusqu'à 600 pages
  • 39 Euros jusqu'à 1500 pages
  • au-delà de 1500 pages, c'est à négocier ...

Donc ...

  • Premièrement, on ne peut que se féliciter d'une reprise en main par les éditeurs, ne serait-ce qu'au nom d'un risque avéré de monopole sur la diffusion des biens culturels (en l'occurence les livres sous droits)
  • Deuxièmement, on ne peut qu'être sceptique sur l'avenir d'une telle initiative, du fait de la difficulté à atteindre une masse critique pouvant un tant soit peu rivaliser avec celle de Google Book Search. Et je ne parle même pas du public concerné ...
  • Troisièmement, le sceptissisme est d'autant plus grand qu'aucun modèle économique (hors celui de la prise en charge par les éditeurs-demandeurs des coûts de numérisation) ne semble proposé avec Libreka.
  • Quatrièmement, ce projet semble aller dans une voie qui est clairement celle des usages restreints (via diverses possibilités de vérouillage), laquelle voie ne me semble pas être la plus judicieuse actuellement ...
  • Cinquièmement, lors du même salon du livre, Peter Olson, directeur de Random House (maison d'édition qui fut à la pointe des procès engagés contre Google sur la question des droits d'auteurs), a indiqué que sur ce terrain : "I think we are close to resolving our issues. We have so much in common". ArsTechnica (d'où je tiens l'info) ajoute malicieusement que Peter Olson semblait espérer (annoncer ?) que Google renonce prochainement à l'affichage d'extraits, ou plus exactement, que ledit affichage d'extraits pour des livres encore sous droits, soit précédé d'un micro-paiement ... (depuis le temps que je le dis ...)

(Initialement via DigitalKoans)

C'était il y a trois ans, c'était il y a une éternité.

Trois ans en arrière - 2004 - se tenait à Francfort le salon du livre, Google allait y annoncer son projet devenu aujourd'hui Google Book Search. Ce n'était encore que le projet "Océan", avant d'être rebaptisé Google Print puis Google Books, et de créer les remous que l'on sait.
Les premiers billets sur la question datent de Décembre 2004 (à l'époque je blogguais sur UrfistInfo), et il est étonnant de constater rétrospectivement à quel point Google avait en la matière les idées claires sur le devenir et les enjeux d'un tel projet (cf ce billet et celui-là). Le 14 Décembre 2004, 5 bibliothèques et un moteur allaient entamer un processus qui allait incarner, plus que tout autre à ce jour, les enjeux pratiques d'une société de la connaissance.

Les « nouveaux » catalogues ou le catalogue en (r)évolutions

Le dernier numéro d'Arabesques vient de sortir (.pdf). Avec à l'intérieur un papier de votre serviteur à propos de l'avenir du catalogue, et un "scoop" :

  • "L’ABES est pareillement convaincue des limites du catalogue traditionnel, conçu comme un système autoréférentiel et fermé, correspondant au modèle de bibliothèque qui a fonctionné pendant des siècles. Comme la bibliothèque, le catalogue n’est plus isolé du monde. C’est cette voie sur laquelle l’ABES propose de s’engager, après avoir réalisé un prototype début 2006. Cette ouverture du catalogue constituera un des axes de son projet pour les années 2008-2011, issu de plusieurs mois de réflexions internes et qui sera soumis en octobre à la communauté universitaire via l’AURA."

Vous voyez le truc ? Le SUDOC, cette vieilla dame si respectable, tagguée, ouverte aux lecteurs, folksonomisée, rézosocialisée !!! Quand je pense qu'il y a pas plus tard qu'une semaine, c'est sur le ton de l'ironie que je demandais à mes étudiants d'IUT d'imaginer le SUDOC avec l'interface de LibraryThing ! Attendons donc Octobre avec impatience.
Le numéro d'Arabesques est disponible en téléchargement sur le site de l'ABES (comme ça vous pourrez aussi prendre connaissance de l'interview d'une célèbre biblioblogueuse).
Pour archivage, je reproduis l'intégralité du papier sur ArchiveSIC et dans la suite de cette note. Commentaires bienvenus :-)

Lire la suite "Les « nouveaux » catalogues ou le catalogue en (r)évolutions" »

Autour du livre numérique

Via Pintini, je découvre le site du NEF (Net des Etudes Françaises) avec notamment une très complète chronologie du "livre numérique" de 1971 à aujourd'hui. Les autres dossiers réalisés par Marie Lebert se révèlent également précieux sur la question.

Y'a qu'à demander.

Mais pourquoi n'y avait-on pas pensé plus tôt !! Le 1er Octobre comme en atteste son agenda, Christine Albanel, notre ministre de la Culture, a rencontré Mats Carduner (responsable Google France) et lui a demandé de : "formuler prochainement ses suggestions voire ses recommandations à l'attention du ministère de la Culture et de la Communication pour augmenter la visibilité du patrimoine culturel français." (Source : Technaute)
Voilà, ça c'est fait. Le lendemain, elle rencontrait Bruno Racine (président de la BnF). L'histoire ne dit pas ce que cette rencontre donnera, mais elle marque clairement un changement radical depuis le départ l'expulsion de Jean-Noël Jeanneney (JNJ). L'heure en ce terrain comme en d'autres est au déterminisme génétique pragmatisme. Quand JNJ se battait pour la mise en oeuvre d'un projet de numérisation européen proposant une alternance à Google, c'est l'atlantisme numérique qui domine aujourd'hui : on va pas s'embêter à lancer des projets longs et coûteux, on va simplement demander à Google, gentiment, de mieux référencer nos collections. S'il vous plaît. Parce qu'elle est pressée notre ministre de la Culture. Ou parce qu'on lui a demandé de l'être.
Quant à la réponse de Mats Carduner, il est probable qu'elle soit à peu près celle-ci :

  • Mats Carduner : "Augmenter la visibilité du patrimoine culturel français ? Alors vous êtes plus fâchés ? Et vous avez terminé votre complexe d'Oedipe de Google ? Au fait vous avez bien viré l'autre sauvageon de la BnF ?"
  • Christine Albanel : "Oui, oui, pas de problème, on a mis un homme à nous."
  • MC : "Bon, ben alors c'est pas compliqué, le mieux pour être bien référencé, c'est qu'on fasse le boulot nous-même. Vu que sans vouloir être désabréable, quand vous faites un truc, en général vous vous apercevez après quelques années que c'est mal fait ou que d'autres font mieux, et vous le refaîtes." (Rires)
  • MC : "Bon, on va vous faire une fleur et vous éviter des frais. On prend le chantier culture. Vous nous filez les clés, on prend tout, on numérise, on indexe, et voilà, vous serez bien vus."
  • CA : "Chouette. Et euh ... vous nous les rendez nos trucs après quand même, hein ?" (Rires)
  • MC : "Bé ouais poulette, on te refile toutes tes vieilleries, mais ça nous permet de garder une copie de ce qui nous semble le plus intéressant pour le mettre sur nos sites à nous."
  • CA : "Ah, sur vos sites à vous ? Et pas sur les nôtres ?"
  • MC : "Bé si, ça y sera aussi. Mais personne viendra les visiter." (Rires)
  • CA : "bon ben la proposition me semble correcte. Donc vous vous occupez de tout hein ? Je mange avec Bruno (NDLR : Racine) demain soir, je lui dirai qu'il fasse l'état des lieux et qu'il prépare les clés."

<Update> Bibliofrance propose ses propres recommandations, pleines de bon sens :-) </Update>

Et l'on reparle de l'OCA

O.C.A. Open Content Alliance. Un groupement de 40 "partenaires" (dont Yahoo! et l'Internet Archive), "le" projet qui prétendait (et qui prétend toujours) être le seul à pouvoir concurrencer Google Books, et ce avec une stratégie en miroir (Opt-In pour l'OCA - on demande la permission avant de numériser - contre Opt-Out pour Google Books - on numérise d'abord et on vous donne un droit de retrait si vous n'êtes pas d'accord).
Le coeur de ces deux projets, c'est celui de la masse critique à atteindre. Et le nerf de la guerre c'est un peu le même que celui qui conditionne la parution de la feuille de match avant un match de poule décisif (France-Irlande par exemple) : laisser filtrer le moins d'informations possible. Résultat : pour ce qui est de connaître le nombre d'ouvrage réellement numérisés et accessibles dans l'un ou l'autre service, on en est réduit au jeu des devinettes et des approximations. Du côté de Google, on a une visibilité claire du nombre de bibliothèques participant au projet (27), et l'on peut inférer, sur la base des contrats liant les deux parties que la masse à numériser se situe entre 15 et 30 millions d'ouvrages. Quant à la masse aujourd'hui numérisée ... mystère. Les estimations les plus répandues font état de quelques millions. Du côté de l'OCA (qui ne communique quasiment plus depuis son lancement en 2005 et dont logiquement personne ne parle donc plus, cf la page "revue de presse" de leur propre site), du côté de l'OCA donc, et hormis l'annonce datée du 20 décembre 2006 indiquant que 100 000 ouvrages étaient disponibles sur les serveurs d'Internet Archive (initiateur et acteur majeur du projet), rien de mieux à se mettre sous la dent, sauf l'évidence qu'ils disposent de moins d'ouvrages que sur Google Books. Et ce n'est pas la dernière interview de Brewster Kahle (en date du 15 Août 2007) qui nous offrira un scoop : on saura seulement que l'OCA compte actuellement 40 partenaires, dispose de centres de numérisation dans 6 villes, et numérise 12 000 ouvrages par mois soit 4 millions de pages (mais depuis quand ont-ils atteint ce rythme de croisière ? Mystère ...). Ceci étant, l'article mérite lecture car il offre d'utiles informations notamment sur le chapitre de coûts, et rappelle en la martelant une idée simple : le monopole (ou quasi-monopole, ne chipotons pas) d'une société commerciale sur la numérisation d'un bien commun (= les livres libres de droits) pose problème, et continuera de poser problème tant que ladite société n'aura pas explicité la logique d'exploitation et d'usage qu'elle mettra à terme en place sur ce service, et qu'elle n'offrira pas des garanties sur le long terme pour lesdites conditions d'exploitation. "Oui mais est-ce que ce n'est pas en demander beaucoup à une société qui fait tout de même ça gratuitement ?" Si. C'est en demander beaucoup, mais ce n'est en aucun cas en demander trop.

Google Books passe la démultipliée

Lentement mais sûrement, Google Books continue d'avancer et de se positionner comme un service incontournable : après avoir gagné la bataille de la vitesse de numérisation (même si la qualité n'est pas toujours au rendez-vous), après avoir gagné la bataille de la quantité (même s'il est très difficile d'obtenir des chiffres fiables), il s'intéresse aux fonctionnalités sociales gravitant autour du livre, en lançant "MyLibrary", un service de partage et d'annotation de listes de livres qui empiète clairement sur les plates-bandes d'Amazon et de LibraryThing, en permettant de tagguer les livres choisis et d'en faire la critique (book review). Toutes les listes créées seront visibles par l'ensemble des utilisateurs du moteur, et vous serez identifié par le pseudo (nickname) que vous aurez choisi. Imaginons que demain, Google décide de croiser ces tags et ces revues avec les informations bibliographiques "standard" qu'il collecte via l'indexation des catalogues de bibliothèques (dont le français SuDoc), et LibraryThing peut mettre la clé sous la porte. Ou se faire faire un joli chèque ;-)
En sus, une rumeur persistante indique que Google s'apprêterait à lancer un service payant pour le téléchargement complet de certains livres en partagean