Le petit lien du week-end date un peu mais se veut un vibrant hommage à la loi Hadopi.
Le petit lien du week-end date un peu mais se veut un vibrant hommage à la loi Hadopi.
Rédigé le 13 nov 2009 à 19:19 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Web n'est pas Net. J'ai coutume de raconter à mes étudiants que l'époque "contemporaine" du web (= les contenus - et non pas du Net = les tuyaux), commence à partir du moment où l'on dispose d'un protocole de communication entre machines (http), d'un langage de formattage des données (html) et d'un navigateur pour accéder à ces dernières par l'intermédiaire de liens hypertextes.
Il est aujourd'hui assez complexe de décrire ce qu'est réellement le net. Des protocoles de plus en plus nombreux, correspondant à l'essor des applications, lesquelles peuvent être mixées (mash-ups) à l'aide de différents langages de programmation (APIs). Et toujours un des langages (html, xhtml, xml) de plus en plus sémantisés (microformats).
Le Net comme média, le Web comme immédiat. Dernier avatar en date du web ayant eu depuis déjà quelques temps la faveur des utilisateurs et depuis plus récemment celle des médias, le real-time web, le web en temps réel, celui de l'immédiasphère. Ce temps réel est aujourd'hui celui de la diffusion, des accès et des services. On podcaste des émissions de radio en streaming, l'information - toute l'information - est immédiatement disponible sur Twitter avant même de l'être dans les médias "classiques", on considère comme bonne à mettre au rebut une interface qui ne nous donne pas la réponse escomptée en moins de quelques centièmes de seconde. On travaille de plus en plus avec des outils et des services en permanence pré ou post-synchronisés. La synchronie des nos outils illustrant régulièrement l'asynchronie de nos pratiques ... et réciproquement.
L'appeau de chagrin. Si au commencement de son époque moderne le Net eut besoin d'espace au sens littéral du terme (notamment pour permettre l'allocation, l'adressage des ressources présentes sur le réseau), le Web a désormais un besoin chronophage de temps, de gagner du temps. L'enjeux pour les quelques sociétés qui se partagent le réseau est de maintenir en adéquation la vitesse nécessaire à l'affichage de contenus de plus en plus "denses" et celle des outils, langages, protocoles et services les supportant. Le déploiement massif d'architectures de type "cloud computing" hébergeant du "Saas" (Software as a Service) est l'un des moyens de maintenir cette adéquation. L'autre est de trouver de nouveaux langages, de nouveaux protocoles.
Or voici qu'en quelques jours, Google :
Contrairement à Fred Cavazza je ne croie pas que Google "se disperse" ou cherche à "faire diversion" pour "masquer un plan plus ambitieux". Bien au contraire, je croie que Google a une approche cénesthésique du Web ET du Net. Il prépare, il se prépare, il nous prépare à l'évènement du Web et du Net de demain. Les mêmes Web et Net qui doivent faire face à des entreprises de plus en plus régulatrices (et castratrices) en provenance des états. Il nous offre également les outils et les technologies qui rendent notre claustration, notre dépendance à ses services, les plus confortables possible.
Internet : Net (Réseaux + protocoles + langages) + Web (navigateurs + applications + serveurs)
Nonobstant l'énormité actuelle de la firme et son poids "culturel" dans chacun de nos usages connectés, lui manquaient encore quelques pièces maîtresses de ce puzzle momentanément achevé en reconfiguration constante qu'est le réseau. C'est ce soir deux pièces pas encore maîtresses mais au fort potentiel de développement qui viennent parachever un ensemble dont la cohérence tient lieu d'évidence.
Puissance métonymique de frappe. La puissance métonymique de Google vient encore de frapper. La partie pour le tout. Hier : faire une recherche sur Google signifiant faire une recherche sur le web. Fin de partie. Demain : aller sur Google signifiant aller sur internet ?
Rédigé le 12 nov 2009 à 22:22 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Le petit lien du week-end est la très belle mise en image et en perspective de deux chefs d'oeuvre de la littérature d'anticipation. 1984 d'Orwell et Brave New World d'Huxley. Une mise en parallèle dont la conclusion n'est pas totalement déconnectée de ce que pourraient nous préparer les industries culturelles de l'infotainment. Là.
Rédigé le 06 nov 2009 à 19:05 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
«Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent.»
– Paul Valéry, Tel Quel, dans Œuvres II, éd. La Pléiade, p. 781
L'ambition, le "motto" de marck Zuckerberg, créateur de Facebook, était (et est encore probablement) de créer le "graphe social" de l'humanité connectée. Le même type de graphe que celui que Google avait, quelques années plus tôt, réussi à créer pour l'ensemble des pages web connectées. Le graphe fait partie de ces notions mathématiques au fort pouvoir métaphorique et illustratif. Excellent pour un plan marketing donc.
Dans quel état j'ère et dans quel para-graphe. Il n'en reste pas moins que le web - et le Net - sont tous deux des graphes mathématiques. Un Giant Global Graph. Comme est un graphe la modélisation des relations entre l'ensemble des utilisateurs de chaque réseau social. Graphe "social" parce qu'il repose sur des noms (réels ou pseudos, là n'est pour l'instant pas le problème) et non sur des visages. Mais comme tout autre réseau social, le livre des visages (Face-book est littéralement le "trombinoscope") ne saurait éternellement rester ... sans visages. D'où la possibilité offerte aux utilisateurs de "tagguer" n'importe quelle photo avec le nom de tel ou tel autre utilisateur.
Du graphe social au graphe facial. Chacun se retrouvant ainsi possiblement taggué (sur des photos dont il n'est pas toujours l'auteur et dont il ne soupçonne d'ailleurs parfois même pas l'existence ...), chacun reste libre de se "dé-tagguer", d'effacer la marque de son nom associée à son visage (ou à toute autre partie de son anatomie ...). A condition bien sûr de surveiller un peu son e-reputation, c'est à dire de vérifier périodiquement ces - insidieux - marquages.
C'est un truisme que de l'indiquer, mais toute fonctionnalité, si minime soit-elle, proposée par les moteurs de recherche et/ou réseaux sociaux, étant donné qu'elle touche instantanément des millions d'utilisateurs, a des effets collatéraux qui peuvent, dans certains cas, s'avérer immédiatement désastreux, ou en tout cas immédiatement poser question sur le devenir et la préservation de toute part d'intime dans ces macro-systèmes. La possibilité offerte à des millions d'utilisateurs d'étiquetter des visages, à la volée, sur des milliards de photos disponibles, n'échappe pas à cette règle. D'autant que, à l'horizon, l'avènement d'une société de contrôle (effet little sisters VS big brother) est chaque jour plus manifeste.
Pour le droit à l'image, prenez à gauche. Dans un ancien billet, j'écrivais que le média-web amorçait sa "troisième transformation", celle du "web texte-image", dans laquelle "le web est aujourd'hui au moins autant un média d'images (fixes et animées) qu'un média de texte." Et j'expliquais également que l'indexation image était un défi technologique restant à relever pour l'ensemble des opérateurs de la recherche et de la mise en relation sur le Net, un défi pour lequel le travail des petites mains qui chaque jour étiquettent les visages de leurs amis sur Facebook consitituait un apport de service aussi précieux que gratuit.
Or à y regarder de près (ou même de loin d'ailleurs), quelle est aujourd'hui le premier site d'images sur le net ? La première banque de contenus photographiques du web contributif ? C'est naturellement le site FLickr. Flickr. Des milliards de photos qui depuis le 21 Octobre 2009 deviennent également, "des milliards de visages", grâce à une fonctionnalité qui "permet d’ajouter un membre sur une photo, trouver des photos de personnes que vous connaissez et de gérer les photos où vous êtes déjà présent(e). Pas mal, non?" Pas mal en effet.
Délit de face ? Yes. Naturellement, ni Flickr ni Facebook ne sont étrangers aux débats qui concernent la protection de la vie privée sur le net. Et Flickr de rappeler en même temps que son annonce, qu'il est possible de supprimer d'un coup toutes les photos sur lesquelles notre nom apparaît (les Jean Dupont, John Smith et autres homonymes vont à mon avis avoir quelques surprises ...), ou de choisir qui a le droit de vous tagguer ("amis", "famille", "contacts" ou "tout le monde", cette dernière option étant naturellement proposée ... par défaut).
Les yeux étaient sans visage chez Franju, mais le graphe social aura donc un visage. La recherche sociale disposera d'options de recherches "faciales". Du texte à l'image et retour. Entrez un nom et vous aurez un visage. Cliquez sur n'importe quel visage et vous aurez son nom. On pourra chercher des visages similaires ou, pourquoi pas, de même couleur de peau, on en prendra rapidement l'habitude, et l'on saluera cela comme il se doit, c'est à dire comme une formidable avancée technologique permettant de fouiller dans les images avec la même granularité que celle nous permettant de fouiller dans les textes. Au mot près. Au faciès près. Mais ...
La reconnaissance faciale est une étape de la conquête du graphe social, comme les backlinks (et la reconnaissance sociale qu'ils présupposent) furent une étape de la conquête du graphe paginal (PaginalRank). Demeure par contre entière la question de savoir de quel type de reconnaissance sociale nous pourrons encore jouir lorsque sera entièrement constitué, par devers nous, par jeu, par le ludisme d'apprentis luddistes en devenir, lorsque sera entièrement constitué le graphe facial de l'humanité connectée. Demeure également entière la question de savoir de quels codes et de quels paravents nous disposerons encore pour pouvoir, aussi souvent que nécessaire, continuer d'avancer masqué ou à tout le moins un tant soit peu dissimulé dans chacune de ces contrées numériques déjà surexposées.
"Tes yeux sont si profonds, que j'y perds la mémoire." Ne doutons pas que d'autres mémoires substitutives et parfaitement externalisées sauront trouver la parade à l'amnésie temporaire du poète. Ne doutons pas davantage qu'en la matière toute hypermnésie sera, à moyen terme, littéralement suffocante.
<Bonus track> réjouissons nous pour l'instant de ce que toute recherche par similarité faciale fasse preuve d'une asymétrie de résultats assimilant tout et son contraire. Preuve par l'image disaient-ils. </Bonus track>
Rédigé le 04 nov 2009 à 22:47 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Folksonomies, Social Bookmarking, Glocalisation, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Sérendipité, Veille & Recherche d'info | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
... nous vient du compte Twitter de Clay Shirky
Que l'on complètera à loisir :
Et que l'on prolongera comme on le souhaite :
Médias de l'immédiat, médiations éphémères, qui n'interdisent heureusement pas, bien au contraire, l'exercice de la méditation sur leur génèse, leur histoire contemporaine et leur devenir proche, pour autant que ce dernier définisse également et grandement le nôtre, le collectivement nôtre.
Rédigé le 18 oct 2009 à 22:46 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Rédigé le 14 oct 2009 à 23:31 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
Préambule.
C'était il y a de cela au moins 9 ans (je n'ai plus la date exacte ni le temps de la retrouver). Du jour au lendemain, un moteur de recherche qui n'était encore "qu'un" moteur de recherche se mit à indexer non plus seulement les fichiers rédigés dans les langages standards du web (HTML), mais également les documents word, les pdf, les fichiers excel et progressivement l'ensemble des documents autrefois invisibles ou rassemblés sous le nom programmatique de "web invisible". Dans la semaine qui suivit cette bascule historique de l'histoire de l'indexation sur le net, de petits malins firent de réjouissantes trouvailles : les arborescences de serveurs regorgeaient alors de documents étiquettés "diffusion restreinte" ou même "confidentiel défense - sécurité nationale", sans que nul ne se soucie du jour où ceux-ci deviendraient banalement accessibles, tant cela paraissait aussi improbable que de voir un jour le ministère de l'intérieur se transformer en ministère de l'identité nationale (pardon ... mauvais exemple) un moteur de recherche fonctionner par télépathie. Or donc, durant cette belle semaine, des requêtes du type "note confidentielle site:.gouv.fr filetype:doc" ramenaient des documents disons ... inhabituels. J'avais moi-même à l'époque (je n'ai hélas pas tout gardé) récupéré quelques notes "confidentielles" du ministère de la santé, ainsi que de magnifiques documents estampillés "défense nationale" "diffusion interdite" dont un document word de 40 pages sur l'armement militaire de notre beau pays, avec de jolis plans de montage du genre "construisez vous même votre AMX-30 lance-flamme". En guise de bonne foi et pour que vous (et mes étudiants qui me lisent) n'aient pas l'impression qu'il s'agit là de racontars fantasmés de pseudo agent-secret de pacotille, je vous joins un extrait du plus insignifiant des documents que j'avais récupérés à l'époque (Téléchargement 01-176-cdc - copie) sur lequel vous noterez la croix "diffusion restreinte" figurant dans les premières pages (les autres, si on vous le demande, et ben je ne les ai plus, je ne les ai jamais eu, d'ailleurs je ne vous connais même pas ... pas envie d'avoir des ennuis avec la police l'Hadopi).
Info ou Intox ? Or donc on apprennait (ici, là, et aussi là) le 23 septembre que Google se mettrait bientôt (dans 15 jours, c'est à dire de manière imminente ...) à indexer les documents GoogleDocs. C'est à dire que des documents de travail, de la documentation personnelle se retrouveraient subitement possiblement mélangés au milieu des résultats de recherche du moteur. Vous pouvez relire les 3 liens sus-mentionnés (C-Net, Zdnet et Journal du Net), vous verrez que l'annonce semble officielle : c'est "Google qui annonce", "le groupe qui indique que", "Google qui écrit dans un billet de blog". Sauf que. Sauf que sur le blog officiel de Google ou dans sa page consacrée aux communiqués de presse : rien. C'est en fait Marie, une employée de Google, qui sur un forum d'aide aux utilisateurs de GoogleDocs, a posté l'information. Mais à cette heure, aucune confirmation de la firme. Alors Info ou Intox ? Si c'est une info, c'est une nouvelle étape (hélas depuis longtemps prévisible) de la lente dérive des continents documentaires. Mais quand bien même cela serait de l'intox, cela renforce l'imaginaire courant prêtant - par ailleurs à raison - un appétit de Danaïde à l'ogre de Mountain View.
L'indexation comme monstrueuse monstration. Depuis déjà longtemps j'ai expliqué et décrit le phénomène de dérive des continents documentaires. Autour d'une idée simple : les trois sphères jadis distinctes du public, du privé et de l'intime, des documents relevant de nos sphères publiques, privées et intimes, sont aujourd'hui rassemblés en une même sphère d'indexabilité, et ce d'une manière de plus en plus synchrone et - c'est nouveau - transparente aux autres avec - c'est également nouveau - notre plein assentiment. Les nouvelles traçabilités et les nouvelles transparences documentaires dont atteste l'épisode narré ci-dessus pourraient aller jusqu'à abolir une nouvelle frontière, celle de l'intentionnalité de publication. L'indexation n'est plus - comme aux temps jadis - l'occasion d'une mise à l'index de textes jugés subversifs ou non-conformes aux dogmes édictés, l'indexation n'est plus - comme dans le cadre des systèmes informatiques du 20ème siècle - l'occasion d'articuler le couple repérage-extraction (= "je cherche => je trouve"), l'indexation telle que pratiquée par Google et les autres acteurs de nos lectures industrielles, est une monstration qui confine à la monstruosité au sens premier du terme, c'est à dire un processus "dont l'apparence, voire le comportement surprennent par son écart avec les normes d'une société." La quête de Google en même temps que l'aboutissement de la dérive des continents documentaires c'est la constitution d'une nouvelle Pangée dont il serait le seul support. L'écriture. la Trace. Toutes les écritures. Toutes les traces.
Et le web se retourna. Le dernier joujou de la firme de Mountain View est baptisé SideWiki :
Comme souvent avec Google, les fonctionalités en apparence les plus anodines (sous réserve qu'elles soient ensuite effectivement adoptées par les internautes, mais elles le sont généralement ...), les fonctionalités en apparence les plus anodines sont porteuses de profonds bouleversements qui ne font longtemps qu'affleurer la surface des choses avant de la remodeller à leur image. En l'occurence, grâce à SideWiki, grâce à la possibilité offerte à "tout le monde" de commenter "n'importe quoi", le web change de nature "sémiotique". Plus précisément nous sommes conviés à assister à un nouvel effondrement sémiotique : l'espace des signifiants directement liés à une énonciation affirmée ou revendiquée comme telle (c'est à dire les contenus produits par "un" auteur identifié comme tel et "s'engageant" éditorialement en son nom propre ou en celui de la collectivité au sein de laquelle il s'exprime), cet espace des signifiants se densifie, se déplace, change de nature. L'exception (qui était jusqu'alors celle de Wikipédia et des Wikis en général) deviendrait possiblement la règle. Non pas que ces nouvelles "marginalia" ne soient amenés à écraser quantitativement les contenus "centraux", mais elles instituent un déplacement significatif du positionnement de toute énonciation située.
La vérité est ailleurs et le cauchemar est dans les marges. Dans le meilleur des cas on assistera à une évolution semblable à celle qui, pour le livre imprimé, ramena progressivement l'explosion de la glose dans l'espace calibré et normalisé des notes infra-paginales (cela prit quand même quelques siècles ...). Dans l'autre cas ... dans l'autre cas le bouleversement pour certains sites institutionnels ou marchands pourrait bien rapidement virer au cauchemar. La légitimation d'une telle pratique, par Google, via son outil SideWiki, peut-être rapprochée de celle d'un bâtiment institutionnel qui serait en permanence taggué sans avoir même la possibilité d'effacer lesdits tags. Ou bien encore de cet individu qui n'aurait d'autre choix que d'entendre et de voir en permanence ce qui se dit de lui. Le refus une nouvelle fois réaffirmé de toute intimité, de toute fermeture au monde, de toute fermeture à l'autre ; l'ouverture, permanente, rémanente, non pas de l'écriture, mais de toutes "les" écritures. La préemption de toute part d'intime au nom de l'accomplissement en tous temps et en tous lieux assouvi de nos désirs d'extimités numériques. Une logique qui est celle de l'épuisement énonciatif à moyen (court ?) terme :
Imaginons que le web n'ait pas été bâti sur son modèle actuel mais qu'il soit né d'un Wiki et nous aurons une idée des possibles engendrés par SideWiki.
Imaginons encore que le web n'existe pas sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui, celle d'un agencement collectif et complexes d'énonciations "situées", mais qu'il ait été conçu et se soit développé dans un seul et unique palimpseste éditorial éternellement mouvant et "in-situable" ...
La modernité du "lecteur" de Barthes est d'autant plus frappante si on lui substitue la figure des lectures industrielles. Celui qui tient alors "rassemblées dans un même champ toutes les traces dont est constitué l'écrit", n'est autre que le grand scriptuaire, Google lui-même. Tel semble être l'enjeu de cette nouvelle Pangée que Google façonne en interaction permanente avec chacun de nos comportemetns connectés. Redéfinir l'acte même d'écriture en faisant de son indexation la condition première de son existence, c'est à dire, in fine, la condition première de son énonciation. L'existence précède l'essence affirmait Sartre ; l'indexation précède l'énonciation semble vouloir démontrer Google. C'est une nouvelle mythologie de l'écriture qui nous attend comme horizon d'attente de cette nouvelle Pangée. Barthes toujours.
S'essayer à ses désirs, décomplexer l'écriture comme d'autres décomplexent le libéralisme ou moralisent le capitalisme. Redéfinir l'acte d'écriture et, ce faisant, redéfinir également l'acte de lecture : lectures industrielles certes, mais industries également "structurelles" à défaut d'être simplement structurées, régulées :
Sémiologie à la petite semaine. De cette nouvelle Pangée, Google a d'ailleurs la forme : les sémiologues vous le diront, le nom de Google est doublement programmatique. Par la quantité mathématique qu'il désigne (le Gogol) mais également par la rotondité de sa graphie même. Le G de Gaïa-Google dispose de toute la rondeur de la terre, rondeur amplifiée d'abord horizontalement par le redoublement du "oo" puis ensuite verticalement par la graphie du "g" qui s'amuse également à singer l'infini en son symbole mathématique. Nouvelle profondeur de l'écho du doublement des voyelles initiales. Le "l", est la seule trace de verticalité qui tranche avec cette rondeur et s'en distingue également en étant - avec le "o" jaune central - la seule couleur non redoublée, une verticalité qui, davantage qu'une direction, est l'empreinte d'un axe. Celui autour duquel tourne la planète Google.
L'indexation comme bras armé d'une nouvelle sous-veillance ? Sous-veillance. Le panoptique inversé. Les indices sont légion. Au moins autant que les entrées d'index de Google. Derniers en date, une application pour Iphone permettant de fouiller une gigantesque base de donnée regorgeant d'informations personnelles et intimes (si tant est qu'un casier judiciaire relève de l'intime). Cette base de donnée c'est celle d'Intelius, un site dont je vous avais parlé il y a très longtemps sur UrfistInfos (là et là). Sur Intelius on trouve ce genre d'informations pour un individu lambda :
Autre application pour Iphone et autre sous-veillance alarmante, le site Everyblock.com qui liste un nombre impressionnant d'informations "de proximité" sur votre quartier ("block") : taux de criminalité, derniers permis de construire déposés, dernières visites des services de l'hygiène dans tel ou tel restaurant ou telle ou telle piscine municipale, mais également le nombre et le type des appels en direction des services de police (tant d'appels pour agression, tant d'appels pour braquage, etc ...), j'en passe et des plus gratinés. De l'annonce des prochains travaux de voirie aux informations sur le taux de criminalité de tel quartier ou de telle rue, toutes ces données "publiques" sont allègrement remixées, l'ensemble formant un angoissant panopticon personnalisable, géolocalisable, bref, un panopticon sur-mesure. "Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule" disait l'autre. Qui inventera l'application "Panoptique" pour I-Phone ?
De la divulgation au contrôle. Et réciproquement. Naturellement, la mise à disposition de ces informations dans le cadre d'applications aussi grand public que quotidiennes est effrayante, effarante. Elle institue le risque du contrôle en même temps qu'elle le légitime. Double contrainte. Le risque incarné par des sociétés comme Intelius et autres Everyblock.com est celui de la divulgation. Or sans contrôle la divulgation n'est rien. Ou si peu. Les sociétés comme Intelius sont des agrégateurs. Elles vont puiser à des sources différentes et elles agrègent selon un angle choisi (une personne, un quartier, un type de crime sexuel). Elles vont chercher ailleurs des données existantes. La vraie valeur de contrôle, de gouvernance (au sens cybernétique du terme) réside dans la traçabilité de l'ensemble de nos écrits (numériques compris). Elle consiste à avoir la possibilité de passer d'un stade observation extérieure, externe, à la possibilité de l'injonction, à un stade d'observance. Avec Google les données sont chez lui et non ailleurs. Avec Google les informations et les données ne préexistent pas, elles se construisent en permanence, sur ses serveurs, sous ses yeux. Google ne va pas chercher les données, nous les lui envoyons. C'est cette traçabilité hébergée et acceptée (ou seulement "tolérée" mais la nuance n'est hélas plus réellement significative), qui offre des possibilités de recoupement. <Parenthèse> Assez paradoxalement, l'information personnelle que les gens sont les plus réticents à divulguer est ... leur photo. Alors qu'une photo (sauf il est vrai dans le cas du délit de faciès) est, de loin, ce qui donne de nous le moins à voir. Mais nous vivons encore dans une société de l'image qui n'a pas achevée sa mue. Les principaux prédateurs de notre sphère privée et intime sont quasiment impuissants devant une photographie. Elle ne leur apprend rien de nous ou si peu. Elle n'entre pas (pour l'instant ... mais ils y travaillent) dans leur compétence d'indexabilité. Elle se contente de l'illustrer. </Parenthèse>. Elle seule (la traçabilité) permet de donner du sens. De passer de l'observation distante à l'observance pregnante. Intelius divulgue des données et des informations sans possibilité de contrôler ce qui sera fait de ces dernières (c'est d'ailleurs en ce sens que la démarche est a-morale et exempte d'un minimum d'éthique). Google contrôle la divulgation des données et des informations. A tout le moins est-il dès aujourd'hui en situation de pouvoir le faire. Voilà pourquoi il me semble que l'on peut parler à son encontre d'un risque de totalitarisme informationnel sans être taxé d'anti-modernisme chronique ou - pire - de Finkelkrautisme aggravé.
Féodalisme statistique et inféodation algorithmique. Toutes les données collectées par Google le sont à des fins statistiques et algorithmiques. Tel est un tout cas le motto de la firme. La statistique, c'est l'orthographe des écritures industrielles. L'algorithmie est leur grammaire. Comme l'orthographe, la statistique est prévisible. Mais Google et l'échelle statistique à laquelle il culmine (loi des grands nombres) entend bien transmuer cette prévisibilité en prédictibilité. Comme l'orthographe qui a vocation d'être un marqueur de fautes, cette nouvelle soupe primitive de la statistique algorithmique entend être un marqueur de prétendues déviances. L'algorithmie conjuguée à la statistique donne naissance à une étrange grammaire désincarnée, à une nouvelle martingale, propice à tous les fantasmes, et porte-ouverte à toutes les déviances. Récemment à la une du Boston Globe et de quelques autres grands médias, le projet Gaydar est capable de déterminer si vous êtes "gay" uniquement en analysant statistiquement vos réseaux affinitaires (= qui sont vos amis) sur tel site de réseau social. Voilà la martingale. La vérité est ailleurs : le projet Gaydar est capable de déterminer un pourcentage statistique des probabilités pour qu'un individu soit Gay en analysant les réseaux d'amitiés dans lesquels il s'inscrit (et les affinités sexuelles explicitement déclarées desdits réseaux d'amitiés). Ce qui n'est pas tout à fait la même chose que la martingale suscitée. Dit de manière plus abrupte : plus vous avez d'amis gays et plus la probabilité statistique pour que vous le soyez vous-même est élevée. Ce qu'entend mesurer et démontrer le projet Gaydar, c'est précisément les dangers de ce type d'extrapolation, extrapolations staitstiquement "vérifiables" à l'échelle des macro-collectifs humains (milliers de personnes disposant elles mêmes de milliers d'amis), mais extrapolations intimement infondées dès que l'on tente de les ramener à l'échelle d'un individu. La prédictibilité statistique est l'arme de tous les totalitarismes : elle escamote l'existence pour prédire (ou réécrire) l'essence. Elle réinstaure un arbitraire d'autant plus insupportable qu'il se pare des atours de la vérifiabilité. Le comportement d'une foule est modélisable. Celui d'un banc de poisson est "prédictible". Mais rapportées à un individu ou à un petit groupe d'individus, ces analyses cessent naturellement de fonctionner. Le fait social ou culturel en tant que tel n'est heureusement pas transposable à l'ensemble des individualités qui le composent.
A moitié vide. Ou à moitié pleine. Deux éternelles manières d'aborder les choses. Soit l'on observe les technologies ou plus précisément les environnements numériques avec une relative "empathie" et il est pour cela nécessaire de se placer à une échelle macro, soit on mesure les mêmes environnements en se plaçant au niveau de l'individu et en y appliquant une sorte de principe de précaution numérique. Ce qui, dans le premier cas, relève, par exemple, des tentatives de redocumentarisation déviantes (guerres d'édition dans Wikipédia) devient dans le second cas ce que Joël de Rosnay appelle "le danger du révisionnisme numérique". Les écritures roboratives et collaboratives peuvent à tout moment basculer dans l'ombre des écritures robotisées (les mêmes qui inaugurent les lectures industrielles), dans l'ombre des écritures de la collaboration, basculer des indispensables prothèses mémorielles qu'elles constituent, à de bien plus sombres et (de) sinistres mémoires.
Moralité. "L'idée lui vint que la vraie caractéristique de la vie moderne était, non pas sa cruauté, son insécurité, mais simplement son aspect nu, terne, soumis." Georges Orwell, 1984.
Réfvérences :
Rédigé le 13 oct 2009 à 00:03 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (1)
Texte d'Hervé Le Crosnier originellement publié le 12 Octobre 2009 sur Vecam : http://vecam.org/article1122.html
Le prix Nobel d’économie a été décerné ce matin à Elinor Orstrom, qui
travaille sur les Communs, cette forme spécifique de propriété et de
gouvernance qui place les décisions collectives des « communautés » au
centre du jeu socio-économique. Cette question des Biens communs a
longtemps été ignorée par la science économique, par la politique et
par les mouvements sociaux, mais elle est en passe de redevenir un
« outil pour penser » majeur.
Le prix Nobel d’économie a été décerné ce matin à Elinor Orstrom et Oliver Williamson. Leurs travaux, quoique très différents, portent non plus sur la modélisation économique, mais sur le « retour au réel ». Ils prennent en compte des interactions humaines en s’échappant du modèle de la « rationalité économique » qui prévaut dans les constructions mathématiques à la mode au cours de la décennie précédente. Après la reconnaissance du travail de Paul Krugman l’an passé et de Mohamed Yunus l’année précédente, c’est à une ré-orientation globale de la recherche en économie que nous assistons. L’économie n’est plus cette théorie univoque qui servirait de hochet aux politiciens en mal d’instruments de pression sur les peuples (le « There is no alternative » de Margaret Tatcher, repris sous toutes ses formes par nos dirigeants néo-libéraux de tous bords depuis presque trente ans). Les décisions des humains de construire ensemble leur mode de production et de trouver des règles qui ne ressemblent pas à l’imagerie du marché afin d’autogérer leur actions communes pourraient revenir au centre de la réflexion.
En soi, ce simple fait serait une bonne nouvelle. Ajoutons que Elinor Orstrom est aussi la première femme récompensée par un Prix Nobel d’économie... pour des travaux sur l’organisation collective de la vie. Mais c’est pour d’autres raisons encore qu’il faut se féliciter aujourd’hui de la décision de Stockholm.
Elinor Orstrom travaille sur les Communs, cette forme spécifique de propriété et de gouvernance qui place les décisions collectives des « communautés » au centre du jeu socio-économique. Or cette question des Biens communs, qui a longtemps été ignorée par la science économique, par la politique et par les mouvements sociaux, est en passe de redevenir un « outil pour penser » majeur, qui ouvre de nouvelles portes, et qui est en adéquation avec les questions du siècle qui débute (crise écologique, irruption des réseaux numériques, économie de la connaissance, modification profonde des régimes de production, redéfinition des droits de propriété immatérielle...). L’extension du travail immatériel et du numérique à l’échelle du monde et dans toutes les activités humaines souligne l’émergence centrale d’un nouveau type de bien commun, articulé autour de la connaissance et de l’information, et des règles collectives de fonctionnement en réseau.
La question des « Communs » est au coeur de l’histoire du capitalisme. La première grande révolte populaire fondatrice de nos conceptions actuelles du droit, dans l’Angleterre du XIIIème siècle, avait pour cause l’expropriation des Communs. En mettant la main sur les forêts et les terres communales, le Roi Jean et les Barons jetaient dans le dénuement le plus total ceux dont la survie même dépendaient de ces terres ouvertes aux récoltes de tous : veuves ayant le droit de ramasser le bois de chauffage, paysans laissant paître les moutons, ramasseurs de champignons et de miel,... L’enclosure des Communs allait susciter de grands mouvements populaires, et des figures fortes marquant l’imagination comme « Robin des Bois ». Une armistice fut trouvée dans l’élaboration de deux traités en 1215 : la Grande Charte et la Charte des Forêts. Le premier consacrait ce que nous appelerions aujourd’hui les Droits politiques et sociaux et offrait la garantie de procès équitables et la nécessité de placer l’autorité royale sous le régime collectif de respect du droit. Et le second se consacrait aux « droits économiques et sociaux » en définissant les droits des usagers des forêts, les communs de l’époque. Dès lors cette question des communs a traversé toutes les révoltes populaires, tout comme elle a traversé toutes les tentatives d’élaborer un droit et des lois qui équilibrent les sociétés en respectant les humains qui la composent. En sens inverse, à la suite de Peter Linebaugh, on peut relire l’histoire de la colonisation, de l’esclavage et de la prolétarisation comme une volonté perpétuelle du capital de réduire les communs et d’imposer le règne de la marchandise, à la fois pour dégager de nouveaux espaces au profit, mais aussi pour limiter les capacités d’auto-organisation des populations.
Du côté scientifique, la notion de Communs reçu une attaque particulièrement pernicieuse en 1968, quand le socio-biologiste Garrett Hardin publia son article « la tragédie des communs ». Dans ce modèle abstrait, Hardin considérait l’usage abusif de paturages communs par des bergers, chacun cherchant à y nourrir le plus grand nombre d’animaux... au point de réduire la quantité d’herbe disponible. Ce modèle du « passager clandestin », qui profite d’un bien disponible sans s’acquiter de devoirs envers la communauté, reste le modèle abstrait de référence ; un modèle simpliste qui colle parfaitement avec l’idéologie libérale. Avec de telles prémisse, la conclusion de Hardin s’imposait : « le libre usage des communs conduit à la ruine de tous ». Or Elinor Ostrom et Charlotte Hess, dans leur ouvrage majeur « Understanding knowledge as a commons » réduisent en poudre ce modèle qui a pourtant fait couler tant d’encre. Pour elles, le modèle de Hardin ne ressemble aucunement aux communs réels, tels qu’ils sont gérés collectivement depuis des millénaires, à l’image des réseaux d’irrigation ou des pêcheries. Pour Hardin, les communs sont uniquement des ressources disponibles, alors qu’en réalité ils sont avant tout des lieux de négociations (il n’y a pas de communs sans communauté), gérés par des individus qui communiquent, et parmi lesquels une partie au moins n’est pas guidée par un intérêt immédiat, mais par un sens collectif.
Le grand apport d’Elinor Orstrom est dans cette distinction entre les « Communs considérés comme des ressources » et les « Communs considérés comme une forme spécifique de propriété ». Cette conception prend de plus en plus d’importance avec l’intégration des préoccupations écologiques dans l’économie. La notion de Communs devient attachée à une forme de « gouvernance » particulière : il s’agit pour la communauté concernée de les créer, de les maintenir, les préserver, assurer leur renouvellement, non dans un musée de la nature, mais bien comme des ressources qui doivent rester disponible, qu’il faut éviter d’épuiser. Il n’y a de Communs qu’avec les communautés qui les gèrent, qu’elles soient locales, auto-organisées ou ayant des règles collectives fortes, y compris des Lois et des décisions de justice. Les Communs sont des lieux d’expression de la société, et à ce titre des lieux de résolution de conflits.
La théorie des Communs connaît un nouveau regain depuis la fin des années 1990, quand on a commencé à considérer les connaissances, les informations et le réseau numérique internet lui-même comme un nouveau Commun, partagé par tous les usagers, et auprès duquel chaque usager a des droits (libre accès au savoir, neutralité de l’internet, production coopérative, à l’image de Wikipedia,...) comme des devoirs. Il existe une différence majeure entre ces Communs de la connaissance et les Communs naturels, qui a été pointée par Elinor Orstrom : les biens numériques ne sont plus soustractibles. L’usage par l’un ne remet nullement en cause l’usage par l’autre, car la reproduction d’un bien numérique (un fichier de musique, un document sur le réseau, une page web,...) a un coût marginal qui tend vers zéro. On pourrait en déduire que ces Communs sont « inépuisables », et qu’une abondance numérique est venue. Or si l’on considère les Communs comme un espace de gouvernance, on remarque au contraire que ces nouveaux Communs de la connaissance sont fragiles. Il peuvent être victimes de ce que James Boyle appelle « les nouvelles enclosures ». Les DRM sur les fichiers, l’appropriation du réseau par les acteurs de la communication, la diffusion différenciée des services selon la richesse du producteur, l’appropriation privée des savoirs (brevets sur la connaissance) ou des idées et des méthodes (brevets de logiciels), le silence imposé aux chercheurs sur leurs travaux menés en liaison avec des entreprises,... sont autant de dangers qui menacent ces nouveaux Communs au moment même où leurs effets positifs sur toute la société commencent à être mis en valeur.
Ces Communs de la connaissance ont donné lieu à l’émergence de nombreux mouvements sociaux du numérique, à des pratiques communautaires dépassant les cercles restreints pour peser sur toute l’organisation de la société en limitant l’emprise du marché et des monopoles dominants sur cette nouvelle construction collective du savoir. On peut citer ainsi le mouvement des logiciels libres ; celui des scientifiques défendant l’accès libre aux publications de recherche ; les paysans opposés à la mainmise sur les semences ; les associations de malades oeuvrant pour la pré-éminence du droit à la santé sur les brevets de médicaments ; les bibliothécaires partisans du mouvement pour l’accès libre à la connaissance ; les auteurs et interprètes qui décident de placer leurs travaux sous le régime des « creative commons » ; les rédacteurs de projets collectifs qui construisent des documents partagés sous un régime de propriété ouvert, garantissant la non-appropriation privée, à l’image de Wikipédia ou de Music Brainz ; ce sont même des organismes publics qui partagent leurs données pour des usages libres, commela BBC pour la musique et les vidéos, ou PBS le grand réseau de radio public des Etats-Unis. Avec l’internet, cette notion des Communs de la connaissance connaît à la fois un profond intérêt scientifique et pratique, mais voit aussi un nouveau terrain d’expérimentation. Le réseau numérique est à la fois un outil pour la production de ces communs numériques, et une source de règlement des conflits ou de partage des méthodes d’organisation garantissant la maintenance des communs ainsi construits.
En rapportant la question des Communs à cette double dimension, de la gouvernance d’architectures humaines et de biens collectifs d’une part et de la mise à disposition pour tous et le partage des outils et des connaissances d’autre part, les travaux scientifiques sur les biens communs, dont Elinor Orstrom est une figure majeure, ouvrent des portes nouvelles aux mouvements sociaux du monde entier. En témoigne le récent appel « Pour la récupération des biens communs » issu du Forum Social Mondial de Belèm de janvier 2009.
L’attribution du Prix Nobel d’économie à Elinor Orstrom est donc une excellente nouvelle pour le développement d’une réflexion politique et sociale adaptée aux défis et aux enjeux du 21ème siècle.
Caen, le 12 octobre 2009
Hervé Le Crosnier
(Texte diffusé sous licence Creative commons v3 – attribution.)
Pour approfondir la réflexion, quelques pointeurs sur la question des Communs, notamment des communs de la connaissance :
Rédigé le 12 oct 2009 à 20:00 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (1)
Avant d'être submergé par les affres de la rentrée - (je le suis encore ... d'où la rentrée chaotique d'Affordance ...) et de la confection des emplois du temps pour mes gentils collègues (un jour je vous raconterai ...), avant d'être submergé donc, et en préparant le "billet de rentrée" d'Affordance (que vous lirez un jour peut-être si j'ai le temps de le finir avant la prochaine sortie ...), bref alors que s'enchaînaient les communiqués et démentis officiel concernant le potentiel-futur-probable accord entre le BnF et Google, j'écrivais ceci :
Nous étions alors tout début septembre. Et les quelques semaines qui viennent de s'écouler marqueront un tournant radical dans le petit monde de l'édition, de la librairie et des bibliothèques. La nature de ce changement était alors suspendue à la décision de justice devant être rendue à propos du Google Books Settlement (ci-après désigné "réglement"). Trois scénarios s'inscrivaient dans l'ordre des possibles :
Scénario 3. Or il advint que ce fut naturellement le plus certain mais aussi le plus complexe des scénarios qui arriva. Celui dans lequel le règlement ne fut ni totalement accepté ni totalement invalidé. Accrochez-vous, ça va secouer ... mais d'abord un petit retour en arrière sur l'épisode Google-BnF.
Le symptôme de l'éminence. L'accord passé entre la bibliothèque de Lyon (pourtant la "deuxième plus grande bibliothèque de France" après la BnF) était quasiment passé inaperçu. "Ca fera une ligne, dans les journaux" comme disait l'autre. Mais que "LA" BnF soit ne serait-ce que soupçonnée de vouloir peut-être un jour ne plus être totalement hostile à contracter avec le même Google, et les médias dégainent alors à l'unisson l'artillerie lourde.
Tragédie antique ou pantalonnade ? Les deux mon capitaine. Et peut-être davantage encore.
Tragédie antique là-bas. Tous les éléments de décor sont là. On approche du dénouement de la pièce. Tous, on le sait n'y survivront pas. La plupart, c'est certain, en sortiront entièrement dénudés. En arrière plan sur le théâtre atlantiste des humanités, se joue le règlement Google. Tragédie antique là-bas. Vaudeville ici. La BnF signera-t-elle avec Google ? Outre qu'il me semble que l'on peut sans grand peine augurer de la réponse (cf supra), cette question n'a ... aucune espèce d'importance. En tout cas pas à l'échelle des enjeux dont est porteur le règlement Google Books. La signature de la BnF apposée au bas d'un contrat à l'en-tête de Mountain View n'est que l'argument à peine nécessaire à quelques monstrations de dignité ministérielle drapée, à quelques gesticulations d'exégètes à la petite semaine : on ressort les moines copistes du placard, on les vêt malgré eux des atours d'un pseudo anti-américanisme primaire, on mélange tout et son contraire avec un sens de l'à peu près que le docteur Pangloss aurait apprécié en amateur éclairé. Pantalonnade vous dis-je. Et puis il y à la farce. Celle du tout nouveau ministre de la gigue et le la culture, qui, le 4 septembre, adresse une lettre fustigeant le réglement Google, qui "constitue une menace pour la diversité culturelle" et qui n'est conforme, "ni au droit de la propriété intellectuelle, ni au droit de la concurrence", le même qui le 10 septembre en appelle à "d'éventuelles complémentarités" entre la BnF et le moteur. La BnF et le moteur. Rimbaud et Orelsan. Que la farce soit avec lui. Et le ministre de proposer, "qu'une partie du grand emprunt national soit consacrée à cet enjeu fondamental". La farce encore. Celle du grand emprunt national. Dont certains (dés-?)espèrent qu'en un sursaut - sursaut de quoi d'ailleurs ? - nos dirigeants soient soudain les victimes consentantes d'une révélation numérique à la Claudel. "Finançons, phynançons, la grande numérisation. La princesse de Clèves et le reste, sauvegardons, sauvegardons. Un énième portail de portail de portail de bibliothèques bâtissons. Agglomérons, accumulons, agglomérons encore, et à l'indexation de l'Autre offrons-nous. Prenons soudain conscience en cette période de crise mondiale, de l'intérêt d'investir significativement dans la numérisation et l'accès aux biens culturels." Non mais de qui se moque-t-on ?!! Même si le contexte économique était celui des trente glorieuses, on s'interrogerait encore sur la nécessité de racler les fonds de tiroir à de telles fins. Alors avec la crise et tout ça, pensez donc ma bonne dame. Mais vous me direz, en ce dossier comme en d'autres, l'important n'est pas tant d'investir des millions que de dire que l'on est prêt à y investir des millions. En vérité je vous le dis, vous attendiez une visitation ? Vous n'aurez, et au mieux, qu'une très valse hésitation.
De Google Books Search à Google Books Settlement. GBS au carré.
Volume 1 : ce qui pourrait obliger Google à lâcher un peu de lest. Bien des choses en somme.
Et les premiers concernés, ils en pensent quoi ?
Ben ... ils sont contre. Avec une belle unanimité d'arguments. Libraires, bibliothécaires, éditeurs, auteurs ... ou à tout le moins leurs représentants associatifs et institutionnels. Ci-dessous une toute petite revue des troupes de l'alliance rebelle :
Plus globalement, c'est l'ensemble des éditeurs européens qui ont pris clairement position. Bref, une myriade d'association, de syndicats, d'auteurs et d'institutions culturelles sont "contre". Le hiatus s'opère autour de l'argumentaire. Auteurs et éditeurs européens (en tout cas leurs représentants) tremblent de voir un jour leurs oeuvres accessibles aux Etats-Unis sans leur permission. Une territorialité de la possession dont on voit mal comment elle pourrait résister à la déterritorialisation massive des usages (y compris légisatifs) et des accès. Les éditeurs tremblent surtout de voir leurs marges réduites à néant, et, à terme, l'existence même de leur profession directement menacée (la tribune d'Arnaud Noury, PDG d'Hachette, ne cherche même plus à le cacher). Du côté des bibliothèques l'argumentaire est légèrement différent. Si la question du respect du droit d'auteur y occupe une large part, elles se positionnent davantage sur la question globale de la gestion patrimoniale des industries culturelles (dont celle de la lecture au premier plan). Dernier argument partagé par ces deux mondes, la méthode Google, c'est à dire la loi d'airain de l'Opt-Out, qui a aujourd'hui valeur de paradigme et de modèle économique pour l'ensemble des industries culturelles.
De l'art de mal poser la mauvaise question. Google n'est ni un philanthrope ni un pirate. Ni un philanthrope uniquement préoccupé de la large diffusion de la culture, ni un pirate réalisant le casse du siècle sur la production intellectuelle mondiale. La question de la numérisation est d'abord une question politique. Mais pas politique au sens d'un choix à faire entre un atlantisme béat et un anti-américanisme primaire. La mauvaise question que l'on retrouve posée à longueur de colonnes et de reportages est celle de savoir si l'hégémonie de Google tuera ou non les bibliothèques, librairies et maisons d'éditions. Mauvaise question car Google ne tuera personne. Ce sont les usage(r)s et eux seuls qui décideront du sort des bibliothèques, librairies et maisons d'édition. Et c'est précisément là que la problématique est d'abord politique. Il ne s'agit pas de savoir s'il faut ou non entrer dans un partenariat public-privé pour la numérisation de masse. Il le faut, il le faudra nécessairement. La bonne question à poser, la seule à mon sens, est celle de savoir si "le" politique - c'est à dire pas uniquement les "responsables politiques", mais l'ensemble des acteurs de l'organisation sociale qui fonde la cité - savoir si "le" politique est prêt à maintenir et à étendre des usages d'accès inscrits dans le cadre d'un service public de la connaissance et du savoir. Il semble que non. D'atermoiements en atermoiements, en validant d'abord la possibilité puis la nécessité d'accords public-privé, en glosant ad nauseam sur le risque d'un monopole, on relègue dans le seul champ économique des réponses qui devraient être politiques. Une relégation confortable tant il est désormais inscrit dans l'imaginaire collectif que là où l'économique intervient, le politique suit.
Alors oui. Laissons Google numériser. Mais donnons aux bibliothèques les moyens politiques d'assurer un service public étendu de l'accès à la connaissance. Un service public à la hauteur de l'ampleur des données rendues accessibles par la numérisation opérée par Google. Donnons aux éditeurs et aux libraires les moyens et les garanties d'un maintien de la "diversité culturelle". Donnons (ou rendons) aux auteurs "leur" part d'implication, leur rôle d'incitation, et leurs droits (d'auteurs) suivront sans peine. Et plus encore, donnons à chaque citoyen, à chaque institution culturelle publique ou privée, les capacités de prendre la réelle mesure de ces lectures industrielles** de plus en plus pregnantes, de plus en plus essentielles.
**Les "lectures industrielles" se définissent comme suit :
Encéphalogramme politique plat. Si le problème et sa solution sont politiques, aucun parti ne semble en prendre la réelle mesure. La majorité serine que l'alliance public-privé n'est pas une mésalliance, le parti socialiste demande des sous à l'état pour financer la numérisation et contrer le monopole de Google, le parti communiste s'insurge (pour les mêmes raisons et en préconisant les mêmes remèdes), les verts et le modem ne s'intéressent pas au sujet (en tout cas je n'ai pas trouvé de prise de position dans la presse ou sur leurs sites respectifs). C'est dommage. Car l'éternel ping-pong entre les "+ d'Etat" et les "+ de libéralisme" ne peut que donner naissance à des positions ... pathétiquement calamiteuses.
Fin de non-recevoir juridique ? Enième Deus ex machina de l'affaire, le 18 Septembre, le département américain de la justice a demandé au tribunal de New York (qui juge l'affaire) de rejeter l'accord au motif d'un risque de "de facto exclusivity in distribution of orphan works, books which are in copyright but the rights holder cannot be located." (.pdf) Atteinte au régime du droit d'auteur et abus de position dominante sont les deux principaux reproches adressés à Google. Et s'il semble aujourd'hui très improbable que l'accord soit annulé ou rejeté, on peut penser que de la même manière que Google à légèrement et temporairement reculé devant la commission européenne (cf supra), il y aura un certain nombre d'ajustements, d'assouplissements dans la position de Google, pour permettre de l'entériner définitivement. Ce qui n'est jusqu'à présent qu'un engagement officieux à partager le gâteau avec d'autres détaillants (cf supra), sera probablement gravé dans le marbre, et c'est sur le modus operandi de cette possibilité offerte que se jouera, dans les coulisses, l'essentiel de la négociation devant permettre de finaliser l'accord en restant dans les clous de la législation anti-trust. Lionel Maurel (qui couvre - merci à lui - remarquablement le sujet sur son blog), partage cette analyse en étant un tantinet plus optimiste que moi :
Prochaines étapes et quelques chiffres :
Mais Google Books c'est aussi : 1 million d'ouvrages disponibles au format Epub (format bien plus "riche" que le seul pdf), disponibles sur la SonyReader, mais aussi sur n'importe quel téléphone portable, mais aussi chez le plus grand libraire du territoire américain en guise de produit d'appel. En sus, le 18 Juin dernier, GoogleBooks a fait peau neuve avec tout un tas de nouvelles fonctionalités qui en font un redoutable accompagnateur de la mutation des usages en cours : les ouvrages et leurs extraits deviennent citables (embedded) dans n'importe quel environnement web (à la manière des vidéos "insérées" depuis YouTube ou Dailymotion), l'ergonomie de l'interface de consultation est elle aussi améliorée (possibilité de tourne-page, accès au chapitrage d'un livre par menu déroulant, etc ...). Et GoogleBooks c'est encore une dissémination via des partenariats commerciaux en-dehors du seul territoire des Etats-Unis, avec des sociétés qui fabriquent, devinez quoi ... des liseuses, c'est à dire de quoi concurrencer directement Amazon et son Kindle, tant sur le plan de l'offre que sur celui du dispositif de lecture. GoogleBooks, le service de plus en plus ostensiblement présent comme service central de l'offre de recherche du moteur.
Le nerf de la guerre. Si les oeuvres orphelines sont au coeur de la stratégie de Google, ce n'est naturellement pas un hasard. Le filon commercial le dispute à l'aubaine de l'offre."Plus de 90 % des livres dans les bibliothèques nationales d'Europe ne sont plus disponibles dans le commerce, car ils sont épuisés ou sont des œuvres orphelines." C'est pas moi qui le dit, c'est Viviane Reding.
La controverse des métadonnées. Si Google doit, demain, organiser la connaissance à l'échelle de la planète, il va falloir qu'il ne se contente pas de numériser mais qu'il prenne également en compte les éléments permettant de replacer chaque brique de connaissance à sa juste place dans l'histoire de la connaissance et de la construction des savoirs. L'instrument pour y parvenir porte le doux nom de "métadonnées". Lesquelles sont jusqu'ici essentiellement produites par les bibliothèques (via notamment les opérations de catalogage), qui les fournissent à Google en échange de sa numérisation gratuite de leurs ouvrages. Mais Google produit également sa propre couche de métadonnées, afin d'organiser ensuite l'accès à ses collections numérisées. Si le quidam lambda se satisfait de n'importe quelle édition d'Hamlet pourvu qu'elle soit lisible dans sa langue maternelle, le chercheur, l'étudiant, l'universitaire, le savant, l'amateur éclairé ont en revanche besoin de pouvoir repérer telle ou telle édition. Et pour ce faire seules des métadonnées correctes peuvent autoriser ce repérage. Or, dans un billet du 29 Août, Geoffrey Nunberg relève un certain nombre disons ... d'approximations et d'erreurs problématiques dans les métadonnées des ouvrages numérisés par Google : des erreurs de plus de 3 siècles dans la date de parution d'un ouvrage, ou bien encore l'appartenance à la rubrique "Health & Fitness" pour un ouvrage de 1975 intitulé "Didactic Poetry". Google plaide que les erreurs sont uniquement imputables aux bibliothèques et Geofrrey Numberg démontre avec un malin plaisir pourquoi cela n'est pas possible (les classifications incriminées n'étant tout simplement pas utilisées dans lesdites bibliothèques). Le problème pour Geoffrey Numberg est que ces erreurs ne sont pas "sporadiques mais bel et bien endémiques." Il insiste également sur le fait que Google, tout en étant conscient de ces erreurs, "ne considère pas leur rectification comme prioritaire".
Le double règne du "pas trop mal" et du "mieux que rien". Métadonnées déficientes, manque de visibilité globale de l'offre numérisée (combien de romans du 19ème siècle ? Combien de pièces de théâtre scandinave ? etc), hétérogénéité des collections ainsi offertes à l'aveugle, qualité parfois douteuse de la numérisation, naturellement l'entreprise de numérisation n'est pas parfaite. Mais elle est également sans équivalent. Elle ne correspond pas à l'idéal d'une société de la connaissance réellement ouverte à tous (problème de droit d'auteur, du financement de la création, du partage du gâteau, en plus de ceux sus-cités) mais elle satisfait les usages courants du plus grand nombre d'entre nous. La solution Google est donc l'exemple de ce nouveau paradigme à l'oeuvre dans des pans entiers des produits et services numériques (ou non) : le Good enough. Ajoutons à cela que les promoteurs inconditionnels du projet Google ou les hésitants chroniques en mal d'arguments, ressassent à l'unisson un "c'est toujours mieux que rien" qui finirait d'irriter le plus placide de leurs contradicteurs. Effectivement c'est "pas trop mal" (c'est même "plutôt bien"). Effectivement c'est "mieux que rien" (c'est même "plutôt mieux" que bien d'autres solutions équivalentes). La question est de savoir si ce rêve que l'humanité poursuit depuis son origine, c'est à dire offrir à tous et en un même lieu l'ensemble des connaissances disponibles, si ce rêve aujourd'hui à portée de souris doit se satisfaire d'un "pas trop mal" et d'un "mieux que rien". A chacun de se déterminer. Mon avis ? Mon point de vue est qu'il faut se servir de la formidable opportunité offerte par Google pour renforcer le rôle de la prescription et de la médiation publique du savoir et de la connaissance. Je ne parle pas ici de prescription "publique" par opposition à une prescription "privée" mais bien par rapport à une prescription "commerciale". Si le politique (cf supra) ne relève pas ce défi c'est sans ambage et sans lyrisme déplacé la mort programmée de la diversité culturelle, et peut-être même celle de l'éducation à la diversité. Pour le reste, cessons de rêver : on ne contrera plus Google sur la numérisation ni même sur le commerce des livres. Aucun état, aucune multinationale ne le peut (que l'on se souvienne ici de l'abandon par Microsoft de son projet concurrent "Live Book Search").
Désintermédiés à l'insu de notre plein gré. Il aura fallu 5 ans à Google pour être en passe de réussir la désintermédiation totale du commerce et de l'économie du livre à son entier et seul profit. 5 ans pour qu'auteurs, éditeurs, libraires et usagers, se retrouvent au pied du mur semblablement hébétés devant l'ampleur du changement et leur impuissance à changer le cours de l'essentiel. Google n'a plus besoin de libraires. Google n'a plus besoin d'éditeurs. Google n'a plus besoin de bibliothèques. Il est les trois à la fois. Face au mur, deux voies semblent aujourd'hui seules possibles. La majorité des principaux acteurs concernés tentent à toute force de grignoter juridiquement, de limiter économiquement la portée et l'étendue spatiale ou temporelle de ladite désintermédiation. Très peu sont ceux qui, artisans, ont compris l'immensité à inventer des réintermédiations possibles. Inaudible est l'écho de leurs initiatives à l'oreille du politique. Risque premier pour l'économie du livre est celui du mensonge de la complétude, tel que pratiqué par Amazon. Ou comment le verbe "diversifier" risque de ne plus se conjuguer qu'au passé.
Un café. L'addition. Un café. Ou plus exactement une machine. L'Espresso. Le 17 Septembre, Google et OnDemandBooks signent un accord de partenariat pour imprimer et "fabriquer" tout ouvrage libre de droit, soit - pour l'instant - un catalogue de 2 millions de titres. Ondemandbooks c'est déjà un catalogue d'1,6 millions de titres. Et c'est surtout "l'Espresso book machine", une machine à fabriquer les livres en un temps record. 300 pages en moins de 5 minutes. En l'état, l'Espresso coûte aux alentours de 100 000 $, l'impression d'un ouvrage revenant en moyenne à 8 $, somme sur laquelle un dollar reviendrait à OnDemandBooks et un autre à Google (ce dernier indiquant vouloir le reverser à des oeuvres caritatives ...). Ce que les anglo-saxons appellent le POD, "Print On Demand", impression à la demande. La suite est limpide. Libraires et bibliothèques - bibliothèques surtout - devront avec urgence se poser la question de l'achat d'une Espresso s'ils veulent contenter leurs usagers en restant "raccord" avec l'offre disponible. Et anticiper avec bien plus de célérité qu'ils ne le font à l'heure actuelle (mais aussi bien plus de soutien des pouvoirs publics et bien plus d'inventivité de la part de leurs associations professionnelles "représentatives"), anticiper avec bien plus de célérité qu'aujourd'hui, disais-je, les nouveaux usages de distribution et les nouveaux scénarios de prescription, s'ils ne veulent pas qu'une enseigne de type "Fast-Bookstore" ne prenne dans leur environnement la place qu'occupe aujourd'hui le Fast-Food sur le marché de la restauration. L'Espresso permettra de pouvoir continuer de vendre du service et des livres épuisés "à la demande". Un café, l'addition. Une espresso et peut-être, la désintermédiation de trop.
"Yes we scan", et la terre devint plate. Scénario probable : Google numérise, héberge et distribue. Contraint d'ouvrir sa cagnotte, son thesaurus à la concurrence, pour sortir indemne des fourches caudines de la législation anti-trust, il laisse les "gros" (Amazon, Barnes&Noble, etc) venir jouer au distributeur en prélevant une dîme à chacun de leur passage, à chacun de leur emprunt. Dîme qu'ils s'empresseront de répercuter dans leur circuit de distribution ainsi augmenté d'une masse substantielle de contenus dits "de longue traîne", en vous vendant tantôt un simple "accès" aux contenus, tantôt un accès doublé d'un service d'impression à la demande. Et la terre devint plate. La terre du livre à l'échelle de la planète était ronde, faite de différences territoriales, législatives, certaines de ses parties étant inaccessibles aux autres, permettant à chacun d'exploiter "en spécialité" un secteur ou un autre, permettant également aux diversités de naître, de s'opposer parfois avec virulence, et d'autres fois de se rejoindre. Avec le règlement Google, la planète livre devient plate. Comme un immense terrain de foot dont Google est à la fois l'arbitre et le gardien (du temple ?), et sur lequel se joue et se rejoue ad libitum une partie dans laquelle le même Google engrange des bénéfices à chaque fois que l'un des joueurs sur le terrain touche le ballon.
Ce que tout cela augure. 5 lettres. Accès. L'accès est le nouveau dogme, qui remplace celui de la propriété. L'accès est l'une de clés majeures d'un capitalisme cognitif dont Google fut le premier acteur industriel à saisir l'importance. Google Books ne fut et ne sera jamais une danseuse. Toute la stratégie de Google, cette numérisation à fonds apparemment perdus, cette numérisation tous azimuts, presse, oeuvres orphelines, oeuvres sous droits, catalogues et magazines, ne visait qu'à asseoir une nouvelle suprématie. Sur l'échiquier planétaire de la connaissance, alors que technocrates et politiques reprenaient à leur compte le gargarisme rassénérant d'une "société de la connaissance", ce qui fut initialement pour Google une tactique de marché se dévoile désormais comme une stratégie qui donne à la firme de Mountain View un coup d'avance que l'on peut penser permanent.
L'essentiel et l'accessoire. Ou comment les fourmis implorèrent la cigale. Les lectures industrielles sont le premier affleurement tangible de ce nouveau capitalisme cognitif. A trop faire l'économie de la connaissance on ne saurait prétendre être les premiers à entrer dans l'économie de la connaissance. Google en la matière ne fut pas économe. Tel la Cigale de la fable, il dépensa sans compter. Il offrit. Il donna. Demandant juste qu'on voulût bien le laisser faire ce devant quoi les autres rechignaient : numériser l'invendable, indexer le non-lu, le non-lisible, le non avenu. Et quand la bise crise fut venue, ce furent les fourmis de tous pays qui se mirent à crier famine. Littérature grise, disaient-ils. Oeuvres orphelines, répétaient-ils encore. Littérature accessoire. Oubliant que parfois, l'essentiel est l'accessoire.
Comme un enfant. Google est un enfant. Âgé d'à peine plus de 10 ans. Un enfant que nous avons tous patiemment vu croître, que nous avons tous accompagné, en qui nous avons placé beaucoup d'espoirs. Un enfant qui apprend avec toute la gloutonnerie dont est capable ce pantagruel californien. Français et maths. Maths tout d'abord. Le coeur de Google, la source de son appétence autant de que son succès fut longtemps l'algorithmie originelle du Pagerank (suivie de ses innombrables ajustements). L'autre coeur de Google, c'est le travail des millions d'indexeurs bénévoles que nous sommes à chaque fois que nous créons un lien hypertexte, à chaque fois que nous publions et structurons des contenus pour le web. Aujourd'hui, l'enfant Google marche sur deux jambes. Aux mathématiques, à l'alchimie calculatoire qui fit son succès, s'adjoint désormais pour une part au moins aussi importante la maîtrise de la langue. Google scanne en texte intégral des millions d'ouvrages. Google propose un système de traduction instantanée de chaque langue vers (presque) toutes les autres, système aujourd'hui sans équivalent. Google dans son tout récent achat de la société Recaptcha, transfigure d'insignifiants actes d'identification en autant d'actes pédagogiques, d'enseignements dont il est le premier destinataire. Le message est sans ambiguité aucune : pour Google, il s'agit bien d'apprendre à lire aux ordinateurs (comprenez : à "ses" serveurs). Google n'est plus seulement un golem calculatoire aux ramifications planétaires disséminées dans des centres de données composés de fermes de serveurs. Rien ne change. Le modèle économique de Google était et demeure celui d'une régie publicitaire planétaire. Tout change. La puissance calculatoire n'est plus une fin. L'essentiel du web est désormais indexé, en tout cas pour le web qui intéresse le grand public. Elle devient un moyen. Le moyen d'avaler, de traiter, de traduire, de reconnaître (OCR), de restituer encore et toujours plus de mots, encore et toujours plus de textes, encore et toujours plus d'oeuvres. Sans sombrer dans de la Science-Fiction de seconde zone, il ne semble pas aujourd'hui aberrant d'affirmer que le "vrai pouvoir" de Google doit être mesuré à l'aune d'une d'une puissance calculatoire et computationnelle massivement distribuée au service d'une maîtrise inégalée de la linguistique de corpus et du traitement de la langue, maîtrise là encore parfaitement inédite à cette échelle et dont nul ne peut aujourd'hui ne serait-ce qu'imaginer les chimères auxquelles elle donnera naissance si elle continue de se développer au même rythme.
Documents et autres billets sur le sujet, non mentionnés sous les liens du billet dont vous venez, pantelants, d'achever la lecture :
Le lundi 24 Septembre, sur son compte Twitter, Callimaq (alias Lionel Maurel) écrit ceci : "De retour de l'audience du Procès Google Livres au TGI de Paris. Un moment inoubliable ! Croyez-moi : de grosses surprises se préparent ..."
Un dernier mot pour conclure ? Qui mieux que lui ? "Fini. C'est fini. Ca va finir. Ca va peut-être finir."
To be continued ...
================================================
Bonus track #1 : Google et l’armée des zombies orphelins
Ce texte est une traduction libre par Calimaq de la conférence Google and the Zombie Army of Orphans, par James Grimmelman, datée du 14 mars 2009.
James Grimmelman est professeur associé à la New York Law School.
Ce texte a été placé par son auteur sous la licence Creative Commons Attribution 3.0, qui autorise la présente traduction. Cette traduction est placée sous la même licence et peut donc être librement recopiée et diffusée, y compris en ligne, à la condition de mentionner le nom de son auteur (Calimaq), ainsi que celui de l'auteur original (James Grimmelman).
***
Je voudrais dire quelques mots à propos des tenants et des aboutissements du Règlement Google Book Search. Je vais faire mon possible pour rester simple. Mais hélas, lorsque l’on parle d’un accord de 145 pages et 15 annexes, il n'est pas toujours possible de faire simple.
A l’origine, cette action en justice avait pour but de contrecarrer le projet conçu par Google de numériser et de rendre interrogeables tous les livres sur lesquels il pourrait mettre la main. Google voulait ajoutait les livres à ses résultats de recherche : taper une requête et Google vous dira dans quels livres votre mot apparaît et où il apparaît à l’intérieur des livres. Google ne vous donnera pas accès aux livres eux-mêmes. Mais Google pourra vous renseigner et à partir de là, vous pourrez trouver un moyen de remonter jusqu'au livre lui-même si vous souhaitez le lire. A l’origine du projet, il n’était donc question que d’indexation.
A l’époque, j’estimais qu’il s’agissait sans aucun doute d’une chose bénéfique. Google allait mettre en place un index général à partir de tout ce qui avait été écrit. Un index de ce type pouvait devenir un outil remarquable pour la découverte et la transmission du savoir. En disposer aurait pu accélérer grandement le rythme du partage des idées et de la créativité. Et pour les chercheurs, la différence entre un bon index et un index exhaustif est immense.
Je pensais également que le projet Book Search relevait sans doute possible de l’usage équitable (fair use), du fait de la difficulté de négocier un accord de ce genre avec les titulaires de droits de l’ensemble des livres – auteurs et éditeurs – pour obtenir leur consentement. Il ne s’agissait pas seulement de négociations difficiles à conduire avec certains d’entre eux ou de réticences à lever. La difficulté résultait cette fois dans la négociation en elle-même et dans la possibilité de trouver les personnes avec qui négocier.
Un spectre hante le droit d’auteur américain – le spectre des œuvres orphelines. Beaucoup, beaucoup de livres protégés par des droits sont aujourd’hui épuisés et sans titulaire de droits localisable. Dans certains cas peut-être le titulaire n’a-t-il pas exprimé nettement ses volontés avant son décès et ses descendants ne sont pas conscients d’être les détenteurs du droit d’auteur. Dans d’autres cas, l’éditeur a fait faillite, et celui qui a racheté son affaire pensait d’abord aux rotatives et pas aux droits d’auteur. Une part substantielle des livres protégés soulève ce type de problèmes et il est dès lors impossible à un acteur comme Google de recueillir l’ensemble des autorisations explicites qui seraient normalement nécessaires. Dénier à Google la possibilité de se prévaloir de l’usage équitable revenait à empêcher à jamais la création d’un catalogue exhaustif. Et cela me paraissait constituer une grande perte.
Pourtant un débat a bien eu lieu au Congrès pour trouver le moyen d’améliorer l’accès aux œuvres orphelines, mais le projet de loi est resté lettre morte après un passage en commission l’année dernière. Le Règlement accomplit aujourd’hui ce que le Congrès n’a pas pu faire. Parce que ce procès est un recours collectif, les titulaires de droits sont liés par les termes du Règlement à moins qu’ils ne se manifestent pour en sortir. Ainsi, Google n’est pas seulement capable de numériser les ouvrages des auteurs lui disant « Oui, merci », il peut aussi numériser les livres de tous ceux qui ne lui diront pas fermement « Pas question ! ». Le recours collectif va englober automatiquement tous les livres dont les titulaires de droits ne se manifesteront pas. Mes félicitations, titulaires de droits d’œuvres orphelines, où que vous soyez : vous êtes sur le point d’entrer dans cet accord.
Le Règlement cependant va beaucoup plus loin à présent que la simple recherche dans les livres. En plus d’autoriser Google à numériser et à indexer les ouvrages, le règlement lui permettra de vendre un accès au plein texte, soit sous forme d’achat de livres au titre, soit sous la forme d’un abonnement à la base toute entière. Nous pourrions bien assister à l’avènement de la plus grande libraire du monde. L’accord paraît à première vue assez profitable aux auteurs et éditeurs : Google leur allouera 63 % des revenus générés par la vente des livres. Et pour les titulaires d’œuvres orphelines absents, l’accord met en place un Registre des Droits du Livre qui conservera en leur nom les sommes récupérées par Google pour leur reverser dans l’hypothèse où ils viendraient à se manifester. Ce règlement privé né d’un litige paraît en mesure de trouver une issue à un problème si sensible qu’aucune solution politique n’avait pu être dégagée. Et le résultat pourrait procurer de grands avantages aux lecteurs, aux titulaires de droits, et bien sûr aussi, à Google.
Mais le Règlement dans sa forme actuelle soulève aussi des problèmes très sérieux. Il peut nous faire courir le risque de conférer à une entité monolithique le contrôle global sur la distribution des livres et de la connaissance. S’il parvient à s'imposer comme la plateforme dominante, Google pourrait devenir le seul candidat sérieux dans la course à l’accès en ligne aux livres. Le Registre aura aussi un pouvoir déterminant dans la fixation des règles d’accès aux ouvrages et sur les droits d’auteur.
Le règlement ne contient en outre quasiment rien à propos du respect de la vie privée des lecteurs. Google pourrait très bien, si l’on s’en tient aux termes de l’accord, surveiller ce que vous lisez, page à page. Combien lisent Marx ? Combien lisent les Marx Brothers ? Google sera en mesure de faire des choses inquiétantes lorsqu’il sera en possession de telles informations. Le respect de la vie privée est au cœur même de la liberté de conscience.
De la même manière, les droits des consommateurs sont peu protégés par le Règlement. Lorsque j’emprunte un livre à la bibliothèque ou que j’achète un ouvrage à la libraire, la loi sur le droit d’auteur me reconnaît toute une série de droits. L’accès en ligne façon Google pourrait bien tordre le cou à beaucoup de ces libertés. Je me demande également si les consommateurs apprécieront d’acheter un livre pour se rendre compte que plusieurs pages sont illisibles à cause de problèmes de numérisation – et quels recours ils pourront bien exercer si cela se produit.
Peut-on vraiment aborder ces questions d’une manière qui fasse sens dans le cadre du Règlement ? Les principes d’intérêt public que j’ai mentionnés – libre concurrence, respect de la vie privée, droit des consommateurs – trouvent difficilement leur place dans un accord purement privé élaboré par des parties en litige. Les auteurs et les éditeurs n’ont-ils pas après tout intérêt à essayer d’en retirer un maximum d’argent. Et qui aura le droit de se plaindre s’ils parviennent à une entente cordiale avec Google ?
Mais la vraie question réside dans la manière dont la procédure de recours collectif a été employée dans cette affaire. Il n’était pas nécessaire d’intenter un recours collectif pour savoir si la loi autorisait Google à numériser les livres et à les indexer. Les auteurs et éditeurs qui s’opposaient aux agissements de Google auraient pu simplement l’attaquer pour violation de leurs propres droits d’auteur. Ils auraient alors pu gagner ou bien perdre. Mais dans les deux cas, la décision du juge aurait répondu à la question juridique au cœur du problème.
Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. A la place, un petit groupe de titulaires de droits a choisi de monter un recours collectif, forçant tous les autres intéressés à se constituer partie au procès à leurs côtés. Et cela comprend beaucoup des personnes qui sont dans cette salle. Et peut-être même vous. Vous étiez-vous déjà rendu compte que vous étiez vous aussi un plaignant ? Je ne sais plus moi-même si je participe à ce recours ou non.
Au sein de ce vaste groupe de plaignants, il existe une sous-catégorie qui ne bénéficiera pas en tout état de cause de cet accord. Je pense aux titulaires d’œuvres réellement orphelines dont l’existence même rendait la situation si problématique pour Google au début de l’affaire. Par définition, il n’est pas possible de retrouver les titulaires d’œuvres orphelines. Il n’était pas possible de les retrouver à l’origine pour négocier avec Google, et on ne peut pas non plus les retrouver maintenant pour qu’ils réapparaissent et viennent réclamer l’argent qui leur est dû selon le Règlement, pas plus qu’ils ne peuvent – et c’est le plus important – être retrouvés pour nous dire si les termes de l’accord ne correspondaient pas à ce qu’ils auraient voulu pour eux-mêmes et pour la société.
Bien sûr, ce mécanisme du recours collectif est indispensable pour qu'un tel accord fonctionne. Il nous donne, à nous le public des lecteurs, accès à tous ces livres. Mais seul le petit nombre de personnes qui ont réellement pris part à l’accord est en train de se remplir les poches, et pas nécessairement d’une manière compatible avec les intérêts de la société.
Google est donc sur le point d’obtenir la possibilité de numériser et de rendre disponible les livres en toute légalité. Aucun de ses concurrents ne pourra se lancer dans la vente du corpus entier des livres sans avoir obtenu le consentement individuel de chaque titulaire de droits. Et bien sûr, ils ne pourront pas le faire, pour les mêmes raisons qui empêchaient Google de le faire à l’origine. Ils devront s’engager dans leur propre recours collectif et il n’est pas certain qu’ils trouveront quelqu’un disposé à négocier avec eux. Google a verrouillé ce marché et personne ne sera en mesure d‘obtenir la même permission légale qu’il est parvenu à s’arroger.
On m’a opposé l’argument que les recours collectifs sont précisément faits pour obtenir ce genre de résultats. N’est-ce pas l’objet des recours collectifs de régler les problèmes une bonne fois pour toutes de cette façon ? Oui et non. Un recours collectif classique s’applique à des affaires de médicaments dangereux ou de produits défectueux. Tous les acheteurs ou tous ceux qui ont eu à en souffrir se regroupent ; la firme verse une grosse somme d’argent et les plaignants se répartissent le montant entre eux. Il s’agit d’un dédommagement pour des actes fautifs commis dans le passé.
Le recours collectif dont nous parlons ici est très spécial. Il ne s’agit pas pour Google de faire amende honorable pour des choses passées. Il s’agit au contraire d’un accord structurel qui va reconfigurer dans l’avenir l’industrie du livre tout entière en donnant à Google – et à lui seul – accès à l’intégralité du stock des œuvres épuisées. Pour ce faire, le Règlement passe outre les droits des personnes qui ne prennent pas part au procès. Et vu le sort réservé aux œuvres orphelines dans la loi sur le droit d’auteur, nous savons qu’il est complètement improbable que ces plaignants absents au procès puissent faire quoi que ce soit pour s’opposer à ce que Google remporte la mise à leur place.
Il s’agit d’une nouvelle version du paradoxe de Russel, appliqué au recours collectif. Ce recours regroupe en fait des personnes qui n’ont pas conscience d’y prendre part. Dans le cadre de ce recours collectif, les plaignants actifs ont pu se servir du vaste ensemble des droits d’auteur sur les œuvres orphelines comme d’une monnaie d’échange. Les plaignants actifs ont négocié au nom de tous, alignant tous ces millions de livres pour le seul bénéfice de Google. Les orphelins sont devenus des zombies, rappelés d’entre les morts par la magie noire du recours collectif et transformés en une armée titubante obéissant à la seule volonté de Google.
Cela, je vous demande d'y réfléchir, ne devrait pas être la manière dont les choses se passent dans une démocratie. Nous avons un système politique pour trouver des solutions aux grands problèmes de société. Nous avons un Congrès, qui fait passer des auditions et vote des lois. Nous avons des administrations qui peuvent délivrer des avis d’experts et prendre des décisions raisonnées. Le prétoire n’est pas un endroit conçu pour résoudre des problèmes de cette ampleur, impliquant les droits d’auteur de millions de plaignants. Les procès sont faits pour résoudre des conflits entre individus – Vous contre Moi. Ce n’est pas la bonne manière de s’attaquer à des problèmes aussi complexes et aussi vastes, que celui de l’accès à toute l’information contenue dans tous les livres.
Peut-être ce règlement aura-t-il quand même un effet positif pour la société : de bonnes choses sortent parfois des pratiques les plus corrompues. Mais nous devons bien être conscients que ce n’est pas de cette manière que les choses auraient dû se dérouler. Les parties ont atteint un résultat différent de celui que la société était en droit d’attendre. Peut-être notre système politique est-il trop grippé pour régler à la fois le problème de la recherche dans les livres et la question des œuvres orphelines ? Mais nous ne devrions pas pour autant renoncer à exiger mieux que cela ; nous ne pouvons pas nous contenter de baisser les bras en disant : « C’est toujours mieux que rien ».
======================================================================
Bonus track #2 : Le règlement Google Livres : un résumé super-simple en deux pages.
Ce document est une traduction en français du document suivant : "Google Book Search Settlement - 2 pages Super Simple Summary" (.pdf), publié en février 2009 par l'ALA (American Library Association).
Traduction par Lionel Maurel, en collaboration avec Marlene Delhaye.
Le Règlement Google Livres: Un résumé super simple en deux pages
NDT : ce résumé a été publié en février 2009, avant que le juge de l’Etat de New York ne décide de prolonger de quatre mois le délai laissé aux titulaires de droits pour sortir du règlement. La nouvelle date buttoir est fixée au 7 septembre.
Rédigé le 24 sep 2009 à 22:23 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
Petite revue de liens avant de goûter aux joies du repos estival ...
Côté édition scientifique et open access :
Côté bibliothèques qui disséminent, lectures numériques et tout ça ...
Côté stratégies numériques identitaires :
Côté médias sociaux, micro-twitto-sphère et recherche "temps réel" (real-time search)
Côté folksonomies et indexation sociale :
Côté Open access :
Côté Wikipédia
Côté (mauvaise) humeur :
Côté, "c'est l'été, et si on prenait le temps de réfléchir" ...
Côté "mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir prendre à lire sur la plage cet été ??"
Et puis, côté cadeaux de vacances ...
Rendez-vous à la rentrée prochaine (fin Août, début Septembre), en espérant que l'année universitaire qui s'annonce soit plus calme que celle qui vient de se terminer. Il y a peu de chances.
Rédigé le 14 juil 2009 à 14:47 dans Archives Ouvertes, Biblio"Tech", Document numérique, Ecologie de l'info, Folksonomies, Social Bookmarking, Glocalisation, Moteurs et autres engins, Open Access, Réseaux sociaux, Web 2.0, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Première transformation : le passage au world Live web.
Jusqu'à il y a peu de temps encore, le web se définissait d'abord comme un espace. Un espace que les moteurs de recherche cherchaient désespérément à embrasser dans sa totalité. Puis, serveurs et algorithmie aidant, l'essentiel de cet espace fut indexé, même si une notable partie (le web dit "invisible") restait encore une terra incognita. Cette illusion de complétude "spatiale" pour les usagers, ajoutée à la course économique que se livraient les mêmes moteurs et aux bouleversements en cours de l'industrie de la presse, tout cela introduisit avec une force inattendue le paramètre de la temporalité comme premier et essentiel. La fréquence de rafraîchissement des index devînt un critère de différenciation capital pour les moteurs. Et puis le web "social", "contributif" arriva. Il fallut alors l'indexer en "temps réel". Ce fut là le désormais célèbre passage du World Wide Web au World Live Web (pour une remise en perspective un peu plus "fouillée" de cette évolution, voir le billet "Bienvenue dans le World Live Web").
Seconde transformation : le tempo des immédiasphères.
Le web, en tout cas le reflet que les moteurs nous en montrent, est aujourd'hui au moins autant caractérisé par son immensité spatiale (faite de densités et de dispersions - les éternels "Hubs et Authorities") que par sa dimension temporelle, dont la dernière déclinaison est l'immédiateté, l'instantanéité. Là encore un sujet sur lequel je m'étais déjà attardé en soulignant l'importance d'une omni-synchronisation comme dernière étape de la dérive des continents documentaires. La seconde transformation dont je parle est celle qui déporte cette instantanéité vers l'ensemble des 3 médiasphères (micro-méso-macro) et non plus seulement vers les seuls contenus de type "blogs" ou "sites d'information" (news)
Donc nous en sommes là.
Indexer le web. Tout le web. En temps réel. En rendant transparente la synchronisation de l'ensemble dans les interfaces d'accès (agrégateurs, moteurs ...). Et en offrant, avec le web synchronisé, une post-synchronisation de l'ensemble de nos interfaces d'accès personnelles (laptops, smartphones, services en ligne avec identifiants personnels).
A y regarder attentivement ...
... on peut aujourd'hui avoir l'impression que sur l'ensemble de ces transformations, Google contrôle l'ensemble. Avoir l'impression que le web est Googleformé à la manière dont les planètes inhabitables pour l'homme sont terraformées dans les récits de science-fiction. De fait Google est celui qui indexe la part la plus large de l'espace du web, il est celui qui mixe le plus habilement les différentes médiasphères, il est celui qui fait la course en tête dans l'indexation temps-réel, il est celui dont l'écosystème de services (et les récentes ambitions en terme d'OS) lui permet de maîtriser l'ensemble des flux désormais vitaux de la synchronisation. D'autant qu'il est un autre sujet dont on parle nettement moins (sauf peut-être chez Jean-Marie) et qui est pourtant également décisif : ce sont les capacités multilingues de Google. De Google traducteur. Des capacités de traduction automatique là encore immédiates, parfaitement synchrones.
Tout le web. Tout de suite. Dans toutes les langues. De chaque langue à chaque autre. Pour chaque langue. Et la Babel mythique de presque atteindre le ciel.
Avoir l'impression donc, que rien n'échappe et ne peut échapper à Google tant il semble anticiper avec une précision millimétrée les moindres mouvement du corps pourtant sans cesse changeant du web, tant il dispose d'une manne financière lui permettant d'absorber ou de racheter les rares soubresauts lui ayant échappé.
Au vu de ce tableau, que reste-t-il encore à indexer ?
Il y a pourtant un petit village planétaire qui résiste encore à l'indexation (de Google et des autres). Ce village, c'est celui des images. L'indexation image a toujours été un sujet extrêmement compliqué, que l'on a longtemps seulement su résoudre en indexant uniquement le texte décrivant les images (balise "Alt" en HTML, ou nom donné au fichier image). L'indexation image a aujourd'hui fait de considérables progrès, elle commence à intégrer la reconnaissance de formes (patterns) permettant ainsi de naviguer à partir d'une image vers des images semblables, mais l'indexation image est encore loin de pouvoir passer à l'ère industrielle dans laquelle est entrée l'indexation texte depuis la fin des années 80.
Troisième transformation : le web texte-image.
Or le web est aujourd'hui au moins autant un média d'images (fixes et animées) qu'un média de texte. Le volume des vidéos diffusées est littéralement hallucinant (tant en nombre qu'en terme d'infrastructure technique nécessaire à son encodage et à son acheminement). Avec l'arrivée de l'indexation temps réel, c'est là probablement LE grand bouleversement du web comme média, de l'Internet comme médium. A compter du moment où ce qui était à l'origine un média textuel déployé dans l'espace (celui de l'architecture client-serveur initiale) devient un media texte-image et temps-réel, les cadres d'analyse changent nécessairement. Pourtant nombre d'entre nous (dans lesquels je m'inclue bien volontiers) analysent les transformations du web de seconde génération avec en tête le cadre théorique qui présidait à l'analyse du web de première génération.
Et donc ??
Et donc, sur l'ensemble des points jusqu'ici traités dans ce billet, la dernière interview de Marissa Mayer dans le Guardian (rappel : Marissa Mayer est blonde ET Vice-Présidente "of search product and user experience" chez Google) apporte un très grand nombre de significatifs éclairages qui sont autant de confirmations. Particulièrement sur l'indexation image :
On le voit, la question de la reconnaissance faciale (chantier par ailleurs ô combien stratégique, notamment dans le domaine de la sécurité civile et militaire) préoccupe énormément Google et ce depuis longtemps. Probablement parce qu'elle est le prochain "Next Big Thing" des technologies de l'indexation, et donc le prochain avantage concurrentiel déterminant.
TSI : Texte. Son. Image.
Google contrôle l'indexation du texte. Dans toutes les langues. De chaque langue vers toutes les autres (ou presque). Google contrôle également l'indexation du son. Google cherche à contrôler l'indexation image. Mais là n'est pas, loin s'en faut, la seule préoccupation de Google. Et là n'est pas non plus l'intérêt principal de l'interview de Marissa Mayer.
Au-delà du textes, des textes dans toutes les langues, des sons et des images (fixes et animées), que peut-il bien rester à indexer ?? Ou plus exactement, qu'est-ce qui, aujourd'hui, pourrait permettre d'augmenter significativement la qualité d'indexation des sons, des textes et des images en enrichissant simultanément l'expérience utilisateur résultant de ladite indexation améliorée ?? Et bien c'est l'indexation orientée-objet.
Quatrième transformation : l'indexation orientée-objet.
Indexation orientée-objet. Comme l'on parle de programmation et de langages informatiques "orientés-objet." Pour comprendre de quoi il s'agit, il faut faire un rapide détour par un autre grand changement annoncé (et en cours) des usages du web, une quatrième transformation, celle de l'internet des objets. Des objets, des lieux, des supports, tous "communiquants", au moyen - par exemple - de puces RFID ou par le biais de la géolocalisation.
Or si on connaissait déjà le goût et l'intérêt des moteurs pour la géolocalisation, on je ne visualisai pas encore très bien en quoi les promesses de l'internet des objets rejoignaient les préoccupations des maîtres de l'indexation. Après lecture de l'interview de Marissa, cela m'apparaît beaucoup plus clairement. L'internet des objets intéresse les moteurs pour optimiser leur approche de l'indexation, parce que cela leur permettra de mieux "capter" la manière dont chacun d'entre nous caractérise les objets (et donc les potentiels sujets de ses requêtes) de son environnement proche, en synchronie, en mouvement et en temps réel.
Juste une précision avant de passer aux exemples : rappeler le rôle déterminant que joue aujourd'hui l'indexation "sociale". Les Folksonomies en sont une partie importante mais loin d'être exclusive. Ainsi même Google, qui ne met pas spécialement "en avant" l'indexation humaine - son crédo et son confiteor étant l'indexation "machinique" - même Google fait de l'indexation humaine et collaborative : chacune de nos requêtes couplée à chacun de nos clics sur tel ou tel résultat issu de cette requête équivaut littéralement à une qualification humaine du résultat de la requête, qualification qui sera ensuite intégrée dans l'ensemble des paramètres algorithmiques permettant, pour l'utilisateur identifié et/ou pour l'ensemble des requêtes semblables déposées, de faire varier ll'ordonnancement des résultats. Dit autrement, le couple "requête / activation d'un lien de la page de résultat" équivaut exactement à la procédure qui, dans les folksonomies, fait correspondre un ou plusieurs mots-clés librement choisis à une page web. L'indexation à l'ère industrielle est donc nécessairement "sociale". Et maintenant nos exemples (enfin ceux de Marissa ...) :
L'homme est un appareil comme les autres.
"But there's a potential third form of search, she explains, which uses
the sensors built into devices around us. "I think that some of the
smartphones are doing a lot of the work for us: by having cameras they
already have eyes; by having GPS they know where they are; by having
things like accelerometers they know how you're holding them." Voilà la clé du problème. L'homme était déjà devenu un document comme les autres, il est désormais, un appareil, un dispositif (" a device") comme les autres, il est porteur de ces appareils et dispositifs qui enrichissent l'indexation du monde réel, en temps réel. L'homme est un crawler comme les autres.
Et Twitter dans tout ça ?
Si Twitter intéresse Google comme paradigme de service temps réel, si Google s'intéresse de si près à ce micro-net, à cette statusphère conversationnelle en perpétuel mouvement et aux unités de publication toujours plus atomiques, toujours plus fragmentées, c'est uniquement pour la globaliser, c'est à dire pour lui permettre d'en faire émerger des motifs ("patterns"), motfis qui viendront corriger l'indexation du monde en temps réel, comme autant de variables d'ajustement :
6 milliards de puces RFID géolocalisées. Et moi, et moi et moi.
Real-time search. Real-time data. Real-time web. Real-time dataweb. Dataweb. Web des données. Données immédiates du web. Webmédia des données. Websearch. Datasearch. Google c'est "la" base de donnée. Le monde, tel qu'il se donne à lire quotidiennement en ses différents capteurs, ambiants et mobiles, c'est l'autre banque de données. Dualisme. Dualité. L'une est l'internalité, l'autre son externalité. Les deux faces d'un même ruban. Industrielles engrammations. Industrieuses programmations. Google géolocalise le monde. Il met la carte à l'échelle du territoire. Non pas "une" carte à l'échelle "du" territoire, mais autant de cartes que le nécessite ma mouvante territorialité. Google indexe tout et tout de suite. Dans toutes les langues. A tous les niveaux de granularité. Dans toutes les médiasphères.
Pour réunir en une même sphère d'indexabilité les informations relevant du public, du privé et de l'intime, il avait besoin que l'homme devienne un document comme les autres. Pour indexer le réel il a maintenant besoin que l'homme devienne un "appareil" comme les autres. 6 milliards. 6 milliards d'êtres humains demain ou après-demain tous équipés d'autant de téléphones, smartphones et autres ordinateurs portables ou objets communiquants. 6 milliards de puces RFID, toutes synchrones avec le monde dans lequel elles évoluent, toutes synchrones avec les informations qu'elles produisent et consomment. Toutes synchrones avec les images qu'elles captent, voient ou diffusent.
Et dans l'imaginaire tangible de la firme de Mountain View ... toutes reliées à Google.
Source initiale de ce billet : l'interview de Marissa Mayer dans le Guardian, également disponible en version "intégrale".
Rédigé le 10 juil 2009 à 11:38 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Folksonomies, Social Bookmarking, Glocalisation, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Le 2 Septembre 2008, à propos du lancement du navigateur Google Chrome, j'écrivais ceci :
Presque 2 ans plus tard, le 7 Juillet 2009, Google officialise la sortie programmée de "son" OS, basé sur "son" navigateur Google Chrome :
Le WebOS c'est quoi ??
Le webOS c'est la migration du "Desktop" (bureau comme
interface du disque dur) vers le "Webtop" (navigateur comme interface de
nos disques durs "en ligne"). Nova Spivack avait rédigé sur le sujet un article de référence qu'il n'est jamais trop tard pour relire : "The future of the Desktop".
Le WebOS c'est quand ??
Pas d'affolement. Ce sera pour la seconde moitié de 2010 selon le billet d'annonce de Google. A moins ... à moins que Microsoft ne lui grille la priorité lors de la prochaine annonce de son prochain système d'exploitation. Laquelle annonce doit intervenir prochainement. Ce qui conduit à se poser la question de l'opportunité d'une telle annonce de la part de Google, à quelques jours de l'annonce du prochain OS de Microsoft (annonce prévue pour Lundi prochain). Car entre ces deux-là c'est naturellement une éternelle course à l'innovation. Et les effets d'annonce ... s'ils sont opportunément ciblés ...
D'ailleurs, finalement, pas besoin d'attendre 2010 pour expérimenter le WebOS : vous l'utilisez tous les jours : chaque fois que vous consultez vos mails en ligne, chaque fois que vous alimentez un compte FLickR ou DailyMotion, chaque fois que vous travaillez sur un Wiki ou échangez et partagez des documents, chaque fois que vous faîtes une recherche sur Google, chaque fois que vous activez un historique de recherche, chaque fois que vous vous identifiez en ligne pour bénéficier d'un service. Le WebOS, vous y êtes déjà !
Le WebOS de Google ressemblera à quoi ??
D'après le billet de Google, il sera Open Source (ce qui permet à la firme de bénéficier des meilleurs développements et de la meilleure diffusion possible à moindre coût), "légér" (c'est à dire qu'à la différence de ses glorieux aînés dont la longue série des Windows, il ne devrait pas nécessiter des kilo-tonnes de ressource mémoire pour lancer une application de traitement de texte). Il sera "rapide", "simple", et "sécurisé", les éternels 3S ("Speed, Simple & Secure").
L'interface sera "minimale" et l'utilisateur, comme dans Google Chrome, n'aura pas à se soucier de problèmes de virus et autres malwares, c'est Google qui se chargera de tout (en maintenant, par exemple, une liste de malwares). Voilà pour la couche de base.
Les applications seront multi-plateformes : "apps will run not only on Google Chrome OS, but on any standards-based
browser on Windows, Mac and Linux thereby giving developers the largest
user base of any platform."
Et je l'installe où mon webOS ? Premiers visés, les Netbooks (mini-pcs). Et naturellement l'ensemble de la gamme des cellulaires, sur laquelle Google est déjà positionné avec Android. Deux développements qui ne sont pas indiqués comme concurrents, mais qui bénéficieront nécessairement de passerelles ou de couches communes de développement. Mais pas seulement. Les ordinateurs du bureau "classiques" sont également visés.
Que retenir de tout ça ??
Ce qui est frappant à la lecture du billet de Google, c'est l'insistance mise sur les comportements et les attentes "full-web" des utilisateurs (avoir un ordinateur qui "démarre vite", consulter ses mails, partager des documents, etc ...). Frappant mais loin d'être étonnant : tout cela est la suite logique :
D'ailleurs, c'est pas pour faire le malin, mais le 21 Avril 2005, Le Monde reprenait à sa une un billet intitulé : "Le jour où notre disque dur aura disparu." Notre disque dur n'a finalement pas disparu mais (c'était la thèse défendue dans l'article), il s'est entièrement déplacé. Il est aujourd'hui "dans les nuages" (cloud computing). Un peu comme dans la métaphore de l'oignon (déjà utilisée par d'illustres aînés), de couches en couches (d'abord les mails, puis les photos, puis les applications permettant de retoucher les photos, puis les "suites bureautiques", puis le stockage massif de fichiers en tous genres, puis les protocoles de travaux collaboratifs en tous genres, etc ...), de couches en couches, ne reste aujourd'hui de feu notre "environnement de travail de bureau" que l'essentiel : un bouton marche-arrêt, une interface, une clé - celle du moteur-monde -, et une porte - celle navigateur planétaire. C'est précisément cet essentiel auquel Google propose aujourd'hui de s'attaquer.
Par le petit bout de la lorgnette.
L'officialisation du lancement d'un OS Google 100% full-web bâti autour de son navigateur ne surprendra donc pas les analystes, même si certains feindront l'étonnement ou affirmeront ne pas y croire en indiquant qu'il s'agit là pour l'instant d'un simple effet d'annonce. Ce que nous raconte l'annonce de ce prochain webOS, c'est l'inversion totale de la stratégie d'équipement d'une grande firme industrielle. Les deux approches (Microsoft et Google) sont des symétries parfaitement opposées. Microsoft à toujours joué la carte de la périhérie : il s'agissait de fournir le pack complet, de négocier avec les fabriquants pour l'installation par défaut de Windows, bref de faire en sorte d'encercler totalement l'utilisateur pour pouvoir ensuite se recentrer sur les services (mises à jour, nouvelles versions, patchs, anti-virus, etc ...). La stratégie de Google est d'une immuable centralité : Le moteur de recherche était là au départ, et c'est, encore 10 ans plus tard le même moteur qui conditionne l'existence même du navigateur (grâce par exemple à la base de donnée constituée en temps réel sur les différents sites de malwares), comme c'est le même moteur de recherche qui conditionne le futur WebOS. Ce que nous raconte l'annonce de Google Chrome au-delà de l'informatique dans les nuages, c'est que cet OS sera développé pour des utilisateurs qui l'ont (déjà) choisi et resteront libres d'en choisir un autre (liberté illusoire tant ils sont déjà prisonniers consentants de l'écosystème Google). Ce qui là encore est l'exact opposé - et le principal souci - de Microsoft.
Ce qui est fascinant dans tout cela c'est que la stratégie de Google apparaît limpide, à l'unisson de l'évolution actuelle du web. Comme une métonymie assumée autant que programmatique. Comme une boucle qui s'achève. Où comme un étau qui se resserre encore davantage. Sur chacun de nous. Inexorablement.
<Update de 5 minutes plus tard> A noter également comme une magnifique et prometteuse illustration du WebOS, cette annonce d'un système d'exploitation complet et open source tenant, avec l'ensemble de ses applications (un 40aine de logiciels également open source), sur une clé USB à 5$ ... le tout dans le cadre du programme OLPC (One Laptop Per Child) ... On en reparle à la rentrée ... </Update>
Z'en parlent aussi :
Rédigé le 08 juil 2009 à 15:48 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
En écoutant Bernard Stiegler hier sur France Culture dans l'émission "du grain à moudre", je me disais que dans la gradation technologique qui mène du Fordisme à Google, on pourrait établir le genre de hiérarchie suivante :
Et demain ? Avec l'internet des objets ("everyware"), avec le web des données, avec la sémantisation des protocoles de recherche et d'interactions en ligne, avec la frontière abolie entre l'intime, le privé et le public, avec le réagencement permanent et la rémanence sans cesse accrue des synchronismes entre le monde réel et le monde numérique ... l'ère qui s'ouvre devant nous verra probablement la fusion des "anciens" agencements machiniques supportant nos lectures industrielles (moteurs de recherche et réseaux sociaux) en un seul nouvel agencement symbolique, une seule entité, une seule monade calculatoire - qui restera diversement instanciée. Le risque est d'y voir se dissoudre, autour de logiques de souscription quasi-incantatoires, ces agencements collectifs d'énonciation qui bâtirent le web. Une dissolution au profit (et nécessairement "for-profit") de la génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées.
Economie des écritures industrielles.
Je note par ailleurs en même temps que je l'écris, que la "génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées" est une définition qui semble parfaitement circonscrire le périmètre et l'enjeu de l'affichage des publicités contextuelles et ciblées (Adwords et Adsense). Depuis déjà 10 ans, l'industrie des données met toutes ses forces dans la bataille pour ne jamais tarir la source des ces écritures industrielles. Elle peut ajourd'hui y déverser en temps réel l'intimité de nos mémoires documentaires et documentées. C'est peut-être la clé d'un web à venir, un web implicite mais dont l'implicite ne s'analysera plus seulement à l'aune des artefact techniques proposés.
Le web (implicite ?) de demain est celui que construisent aujourd'hui les agencements algorithmiques qui permettent la génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées.
Rédigé le 03 juil 2009 à 10:34 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
L'index de Google est - ou devrait être - un bien commun de l'humanité. Et à ce titre nous appartenir collectivement. Merci à Pierre Mounier d'avoir souligné cette évidence. Preuves à l'appui.
Rédigé le 22 juin 2009 à 16:03 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
Cloud computing.
On connaissait déjà depuis quelques temps l'âge d'or, les promesses (et
les dangers) du "cloud computing", de l'informatique dans les nuages.
Le réseau internet repose depuis son invention sur une architecture
"client-serveur". Le cloud computing permet à chacun de nous d'être les innombrables "clients" (au double sens du terme) d'une gigantomachie dans laquelle Google, Amazon et quelques autres s'affrontent à grands coups de datacenters et autres "fermes de serveurs". C'est là le climax d'une polarisation extrême de l'architecture client-serveur.
Home computing.
Imaginons maintenant que la polarisation s'inverse et qu'au lieu de disposer de quelques giga-serveurs centralisant l'offre de contenus et de données de la planète internet toute entière, nous retrouvions une architecture dans laquelle chacun d'entre nous demeurerait client mais disposerait à part égale de la possibilité de devenir un serveur. Une sorte de forme réinventée et légèrement décalée de l'architecture peer-to-peer (ou le passage par un point nodal externe aux clients connectés reste obligatoire). Imaginons donc que chacun de nos ordinateurs personnels, via son navigateur, puisse devenir son propre serveur et ainsi proposer à des tiers d'accéder librement à son contenu (téléchargement d'images, de films, de musique) voir même auto-héberger des pages web. C'est la prouesse (?) que vient de réaliser le navigateur Opera avec le lancement d'une nouvelle version de son navigateur baptisée "Opera Unite".
Le WebOS enfin réalisé ?
Il y a belle lurette que la guerre des navigateurs fait rage. Il n'est donc pas impossible que cette sortie soit d'abord un coup marketing pour permettre à Opera de sortir de la zone de confidentialité dans laquelle Internet Explorer, Chrome et Firefox le relèguent. Mais. Mais je viens de tester et d'installer Opera Unite avec un camarade de jeux qui a bien voulu en faire de même. Et le fait est que c'est totalement bluffant.
L'avènement de l'informatique dans les nuages a fait du webOS un enjeu central pour les grands acteurs de l'internet. Comme je l'écrivais dans ce billet :
Le web fractal. Le webOS était donc réalisé, incarné, sur la scène et sous les auspices des quelques géants du cloud computing, de l'informatique distribuée, "dans les nuages", mais tout aussi massivement distribuée que commercialement vérouillée.
Si la poursuite des essais d'Opera Unite demeure concluante, si celui-ci tient toutes ses promesses, c'est à un nouvel avatar du web qu'il va falloir nous habituer. Un web parfaitement et rigoureusement fractal. Chaque navigateur de chaque ordinateur connecté au réseau devenant son propre client, son propre serveur, son propre client-serveur, son propre internet. C'est là tout l'enjeu du Home Computing.
Quelques réflexions à chaud : vers une nouvelle partition des flux numériques.
Quelques liens pour une découverte plus approfondie de l'outil et des enjeux :
(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures, tests du navigateur non-inclus :-)
Rédigé le 17 juin 2009 à 23:29 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Outils chauds, tièdes et froids., Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
"La république islamique d'Iran continue d'étendre et de consolider ses systèmes techniques de filtrage, qui sont parmi les plus étendus au monde. Un système centralisé pour le filtrage de l'internet a été mis en place qui accroît davantage le filtrage déjà effectué au niveau des fournisseurs d'accès à Internet (FAI). L'Iran emploie désormais sa propre technologie pour identifier et bloquer les sites dissidents, réduisant ainsi sa dépendance à l'égard des technologies de filtrage du monde occidental. (...) Les "agences de régulation" chargées de policer l'internet continuent de s'étendre. (...) Conjointement à l'expansion de la surveillance, cette augmentation des "régulations" exacerbe une athmosphère qui encourage l'auto-censure et dissuade de toute pensée dissidente. Le blocage des sites web de partis politiques durant les les élections présidentielles de 2009 a redonné de l'énergie aux opposants à la censure de l'internet en Iran et a attiré l'attention du monde sur le problème du contrôle de la presse."
Version originale disponible ici : http://opennet.net/research/profiles/iran
Suit également un tableau rappelant quelques indicateurs-clés
L'occasion de (re)découvrir le formidable travail de l'OpenNet Initiative.
Rédigé le 16 juin 2009 à 23:50 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Bernard Stiegler. Entretien à lire dans Télérama. On y lit aussi la préférence de Stiegler pour la dénomination de web "contributif" plutôt que "participatif". A propos de l'économie de la contribution et la figure de l'amateur si souvent galvaudée dans le cadre des analyses du web 2.0 contributif, Stiegler déclare :
Bien que moins liée aux thématiques de ce blog, vous m'autoriserez tout de même à attirer votre attention sur la conclusion de l'entretien, conclusion dans laquelle Stiegler défend l'idée d'un revenu minimum d'existence :
Bonne lecture sur Télérama :-)
Rédigé le 04 juin 2009 à 21:14 dans Ecologie de l'info, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Octobre 2007. Avant-hier, les moteurs vous offraient de rassembler en un même espace de type "portail" l'ensemble de vos données médicales.
Mars 2008. Hier ils inventaient la médecine 2.0 et en profitaient pour mettre la main sur la gestion de votre dossier médical.
13 Mai 2009. Aujourd'hui, quand vous tapez ibuprofène (ou aspirine), les moteurs médecins vous demandent le motif de votre requête. Ils se renseignent en menant, à l'échelle mondiale, une enquête statistique sur les requêtes ayant trait à la santé.
Demain ... Quand vous taperez migraine, ils vous délivreront directement une ordonnance ... Vous n'aurez à vous occuper de rien. Votre assurance médicale en sera immédiatement alertée, votre compte bancaire tout aussitôt débité, le dossier laissé dans le dernier hôpital que vous avez fréquenté sera aussitôt mis à jour, et avant même de vous délivrer et de vous permettre d'imprimer votre ordonnance, ils auront au préalable vérifié dans votre dossier médical qu'il n'y a pas de contre-indications à ce traitement.
Rédigé le 19 mai 2009 à 22:50 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Google : bâtisseur de panopticon.
"Si venaient à passer dans toutes les rues de nos villes et villages des camions irakiens ou chinois bardés d'appareils de photographie à 360°, le pouvoir très probablement crierait à l'espionnage et enverrait l'armée pour paralyser sur le champ l'action de ces photographes venus d'ailleurs pour cartographier les infrastructures du pays dans les moindres détails. Car il en faudrait du culot pour venir ainsi jusqu'aux portes de nos maisons, faire la photo du patrimoine de tous les habitants, pour ensuite transférer toutes ces données dans des serveurs énormes, où elles seraient probablement recoupées avec des données d'imagerie satellitaire de très grande précision, puis avec des bases de données nominatives et de toutes autres natures glanées ça et là sur des réseaux sociaux, dans des banques, des commerces, des administrations, achetées ou volées."
Oui mais quand c'est une société californienne qui se livre à ce genre de pratique, nul ne semble s'alarmer. Je vous incite vivement à lire ce billet qui dit brièvement et bien une problématique de plus en plus pesante.
La CNIL au centre du débat.
Quand vous l'aurez lu, je vous invite ensuite à lire attentivement le pathétique et passionnant appel au secours du président de la CNIL, appel relayé par Politis.
"Plus aucun secteur d’activité, plus aucune parcelle de notre vie individuelle et collective, n’échappe désormais au développement et à la pression des technologies nouvelles de l’information. Dès lors, plus aucun aspect de la vie en société n’échappe à la réflexion et à l’action de notre commission. C’est dire combien je mesure le poids de nos responsabilités, mais aussi l’intensité des attentes de nos concitoyens et l’exigence de la demande des pouvoirs publics.
Comment faire face ? C’est simple : il faut être indépendants, compétents et efficaces !
Nous devons être indépendants. A ce titre, l’année que nous venons de vivre a été, une nouvelle fois, mouvementée puisque nous avons dû faire face à une offensive survenue sous la forme d’un amendement parlementaire remettant en cause gravement notre budget. Mais, en même temps, le Gouvernement nous apportait un soutien sans réserve en repoussant l’essentiel de cet amendement et en nous accordant une augmentation substantielle de notre budget de personnel et de fonctionnement. Quoiqu’il en soit, ma conviction est faite : nous ne pouvons plus continuer ainsi et il est devenu absolument nécessaire de mettre en place une nouvelle formule de budget garantissant notre indépendance (...) Dans ce présent rapport, on trouvera une présentation de ce projet appelé « financement à l’anglaise ». Dans le même esprit, nous avons été amenés, dans le cadre du débat relatif à la création, lors de la révision constitutionnelle de juillet 2008, d’un Défenseur des droits fondamentaux, à exposer les raisons pour lesquelles en aucune manière notre Commission ne pourrait se voir soumise à un pouvoir hiérarchique émanant de celui-ci. Mais il est un moyen à la fois symbolique et concret, sur le plan juridique, de mettre en exergue cette légitimité : il s’agirait dans une éventuelle prochaine révision constitutionnelle, de reconnaître le droit à la Protection des données personnelles, au titre de nos droits fondamentaux, comme l’ont fait, à ce jour, 13 Etats membres de l’Union européenne. Mais ceci est une autre histoire… et un autre combat."
A lire dans le dossier de presse (.pdf) accompagnant le 29ème rapport annuel de la CNIL (.pdf).
Rédigé le 19 mai 2009 à 22:30 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
La scène se passe au 20h de TF1. Premier journal d'information sur cette tranche là en termes d'audience. Le présentateur reçoit un invité venu parler de son livre dans lequel il attire dénonce les risques qu'encourt aujourd'hui la liberté de la presse. Et puis, tel un Deus ex machina, le PDG de la chaîne, Martin Bouygues, entre sur le plateau du 20h de TF1. Il "passait par là", il "regardait le JT" et il est tout simplement venu dire, en direct à l'invité, que "sa présence sur ce plateau était bien la preuve que la liberté de la presse n'était pas menacée, qu'il en était le garant", que "oui il fallait être vigilant", mais qu'il ne fallait pas non plus crier tout le temps au loup.
Cette scène ne s'est (heureusement) pas produite. En revanche ce matin sur France Inter, première tranche horaire radiophonique en termes d'audience, Edwy Plenel était invité pour parler de son dernier livre "Combat pour une presse libre." Il advînt que Jean-Luc Hees, nouveau président de Radio France nommé par le chef de l'état, passait par là. Et que passant par là il s'introduisit sur le plateau pour indiquer à Edwy Plenel que "sa présence sur ce plateau était bien la preuve que la liberté de la presse n'était pas menacée, qu'il en était le garant", que "oui il fallait être vigilant", mais qu'il ne fallait pas non plus crier tout le temps au loup. "Aboyer" fut ici le terme exact qu'il employa.
En écoutant cette scène dans ma voiture j'ai été saisi d'un très étrange et très persistant malaise. Non pas que Jean-Luc Hees n'ait pas le droit de répondre à Edwy Plenel quand celui-ci aborde la question de la nomination des PDG des chaînes de l'audiovisuel public. Mais Jean-Luc Hees a, ce me semble, toutes les occasions et tous les moyens de le faire, sur "sa" radio ou dans bien d'autres médias. Il y a ce sentiment diffus d'un pouvoir qui systématise l'urgence à circonscrire toute parole potentiellement "déviante", ce sentiment diffus d'une implacable machine à réfuter, à démentir immédiatement et in-médiatement tout argumentaire pouvant laisser accroire que des menaces réelles pèsent sur la liberté de la presse.
En tant que citoyen et fidèle auditeur d'Inter depuis de très longues années, j'ai beaucoup d'estime pour Jean-Luc Hees, pour son boulot, pour ce que je suppose être sa réelle intégrité et pour ce qu'il a depuis de longues années donné à voir de son éthique professionnelle. Et très sincèrement je ne l'imagine pas agir sur ordre. La réalité est naturellement bien plus compliquée que cela. Mais ce matin, j'ai le sentiment "étrange et pénétrant" que la liberté de la presse serait encore davantage garantie si les PDG de chaînes publiques n'éprouvaient pas le besoin de sortir de leur voiture et d'entrer sur le plateau à chaque fois qu'un invité vient dénoncer les risques du système qui les a mis en situation de responsabilité.
Cher Jean-Luc Hees, de grâce, la prochaine fois ... restez dans votre voiture.
<Update> Voir également la réaction et les premiers échos de Télérama, sur la vidéo, l'intervention de Jean-Luc Hees démarre à 13'38, le NouvelObs en parle également </Update>
<Update 15h27> lire également la réaction du SNJ, intitulée "Hees : troublante intrusion" et qui se conclut ainsi : "Que cela plaise ou déplaise à Jean-Luc Hees, et avec tout le respect que nous continuons de lui porter, la question du mode de désignation du PDG de Radio France est bel et bien un problème énorme, ce problème pèse et pèsera sur ses épaules, qu'il le veuille ou non, et ce n'est pas en déboulant sur les antennes qu'il s'en déchargera. Sa seule alternative c'est de couper le cordon ombilical avec celui qui l'a fait roi, en résistant, y compris à lui-même." </Update>
Rédigé le 15 mai 2009 à 09:46 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (11) | TrackBack (1)
Rédigé le 12 mai 2009 à 17:15 dans Document numérique, Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Il est quand même des moments ...
Des moments où l'on se dit que, quand on prétend penser la (les) technique(s) vient le temps où il faut a minima en avoir sinon l'expérience, à tout le moins la connaissance, une connaissance que l'on n'aura pas l'exigence de vouloir empirique (tant la technique lui paraît indigne) mais simplement au moins théorique ou extérieure. Et pourtant Alain Finkielkraut pense la technique. Et pourtant Alain Finkelkraut pense notre rapport à la technique. Il le pense de la même manière que le clown Ronald MacDonald pense notre rapport à la nutrition : avec un gros nez rouge et de son seul point de vue.
Des moments où l'on se dit que si "ceux qui disent la loi" voulaient prêter le flanc à un anti-parlementarisme primaire ils ne s'y prendraient pas autrement. Des moments où l'on se dit que même si la fonction politique n'est pas d'être expert sur tout, elle ne consiste pas non plus à faire voter des textes dont on ne maîtrise aucun des enjeux, dont on ne maîtrise d'ailleurs même pas le seul vocabulaire.
Des moments où l'on observe penaudement les pathétiques et kafkaïennes errances de la machine à décerveler, de la machine à DRMiser ce que pourtant on croyait de toute éternité in-DRMisable. Des moments où l'on se dit qu'il aurait bien rigolé le père Léo de voir son oeuvre ainsi dévoyée. Reviens Léo, ils ont mis des DRM au temps ! D'ici à ce que ces jean-foutre en collent aux basques de Dieu ! Ceux qui ont la cravatte sans cigarette, ils n'ont peur de rien tu sais. Peur de rien pour le seule raison qu'ils ne savent pas ce qu'ils font, ils savent juste pour qui et comment ils le font. Mais une chose est sûre mon vieux Léo, dans tout ce qu'ils font, "de la noblesse et puis du style", et ben ils n'en ont pas. Ooooh non. Pas une once.
"les gens qui pensent en rond ont les idées courbes." Ceux qui votent Hadopi ... aussi.
Rédigé le 04 mai 2009 à 22:03 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
PASSÉ
PRÉSENT
FUTUR
De Décembre 2007 à Avril 2011. J'ignore si en Avril 2011 l'homme sera, ou non, un document comme les autres. Ce que je sais c'est que comme JE ne suis pas payé pour écrire cet article, comme JE ne touche aucun poucentage sur les ventes, comme IL s'agit de recherche "publique", comme ILS (les referees et coordinateurs scientifiques de la publication) ne sont pas payés non plus, IL devrait être possible pour l'organisme public qu'est le CNRS (au travers de sa maison d'édition, CNRSéditions) de trouver de quoi payer l'impression, les frais du secrétariat de rédaction de la revue Hermès, ainsi que la diffusion minimale de la même revue. Plus précisément, concernant les résultats de la recherche PUBLIQUE, je trouve qu'il est un peu dommage que la revue Hermès - qui est dans notre champ une référence - n'offre pas à ses auteurs la possibilité, a minima, de déposer les métadonnées de l'article et la version préprint (= la version initialement soumise AVANT les aller-retour éditoriaux entre les reviewers, l'auteur et/ou le secrétariat de rédaction) dans une archive ouverte. D'autant que côté Archives Ouvertes au CNRS, y'a pas non plus à chercher très loin pour en trouver une.
Chacun sa route, chacun son chemin.
... Le travail du chercheur est de creuser inlassablement certains sillons : dans son laboratoire, sur sa paillasse, dans sa cuisine, et parfois même sur son blog. Ce qui, pour la problématique essentielle de l'article publié par la revue Hermès, est le cas depuis environ fin 2005.
... Le rôle des conférences scientifiques est de permettre de présenter une vision un tant soit peu élaborée de ce patient labourage, devant ses pairs. Et d'en débattre. Et d'y nouer des contacts. Et d'y donner l'essor à des projets de publication scientifique (entre autres). Rôle ici joué par le séminaire du CNAM.
... Le rôle des éditeurs scientifiques est de stabiliser et de fixer les connaissances dans le cadre strict de l'évaluation par les pairs. Rôle ici joué par la revue Hermès. Mais ce rôle est aussi, me semble-t-il, d'en assurer la diffusion la plus large possible, sinon auprès du grand public, à tout le moins auprès des communautés scientifiques possiblement concernées (en évitant si possible certaines pratiques mafieuses). Communautés de plus en plus large du fait de la transdisciplinarité de plus en plus fondamentale (et en un sens fondatrice) qui traverse l'ensemble des connaissances produites aujourd'hui. Cette dernière mission (diffusion la plus large possible) paraît a fortiori naturelle quand l'éditeur est également un organisme de recherche publique, le CNRS en l'occurence pour la revue Hermès.
Si, si. C'est possible. (Et ça c'est cadeau).
Il est aujourd'hui techniquement et contractuellement possible de diffuser dès sa parution un article scientifique. Trop peu d'auteurs le font pourtant. Les raisons sont nombreuses : frilosité des éditeurs à leur signaler cette possibilité, idées reçues et poncifs entretenus, ignorance des enjeux et des moyens, manque de temps, de formation, etc ... Pourtant des revues (DOAJ), des institutions au double sens du terme (MIT) et des universités partout dans le monde (en belgique notamment) sont de plus en plus nombreuses à donner l'exemple.
Juste une question de tempo.
La question des modèles économiques de l'édition scientifique universitaire est une chose. Le droit au libre accès immédiat aux résultats de la recherche financée sur fonds publics en est une autre, et ce indépendamment même des questions (par ailleurs importantes) de visibilité institutionnelle ou de carrière personnelle. Comme autant de variations sur un même thème il est autant de problèmes connus que de solutions possibles : embargo, barrière flottante, dépôt immédiat des métadonnées pour en permettre le moissonnage, obligation de dépôt en archives institutionnelles (quand les universités en possèdent une ...), et quelques autres (variantes) encore. Et comme le dit la vieille devise Shadock : "S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème". Mais là n'est pas à mon sens la question essentielle. La question n'est d'ailleurs même plus de savoir combien de temps encore ce tempo là de la publication scientifique
sera raisonnablement acceptable, économiquement rentable et épistémologiquement cohérent. La question est ailleurs. La question est celle du tempo.
Le tempo des auteurs à l'heure de leur immédiat de recherche.
Le tempo des éditeurs et diffuseurs à l'heure de l'in-média.
La question est celle de savoir si oui ou non on décide aujourd'hui de délibérement priver le champ scientifique des possibilités offertes d'une transmission et d'une fabrication de la science in medias res.
<Update de qques jours plus tard> Voir également :
</Update>
(Temps de rédaction de ce billet : 3 heures)
Rédigé le 23 avr 2009 à 11:08 dans Archives Ouvertes, Ecologie de l'info, Open Access, Ouvrages et parutions | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
Fallait oser. Oser la loi Hadopi. Oser la coupure de l'Internet sans autorité judiciaire. Tant il est vrai que ... que le titre de ce billet.
Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit, dessiné, analysé, disséqué, rapporté ... au sujet de cet archétype de la Fausse Bonne Idée (FBI) qu'est la loi HADOPI ?? Rien. Juste vous rappeler ou vous faire partager les analyses les plus - à mon sens - pertinentes sur la question.
Et tout d'abord l'image valant à elle seule 1000 mots :
(Source)
Et comme l'humour est le premier des pédagogues et que Brazil est un grand film, il vous faut naturellement voir sourire encore un peu avec ceci :
.
La vraie bonne idée dans tout cela, la seule, elle vient de Jamendo, qui annonce officiellement le "remerciement gradué" et enverra :
Hadopi comme un symptome. Celui d'une gouvernance. Une gouvernance malade des lobbys, malade du copinage, malade de l'image du chef et de l'inféodation caporaliste qu'elle fait émerger, malade d'obstination. L'idée fixe comme programme. La méthode F.U.D. comme seul argumentaire. La tableau d'honneur et le benchmarking bidonné comme seule pédagogie. Et l'obstination.
Obstination ad absurdum. Il ne suffit pas ...
Il suffit de l'avis d'un ami, il suffit du pouvoir d'un lobby dans lequel on compte quelques amis ou sur lequel on compte bientôt pouvoir compter, pour qu'une ânerie d'alcôve qui n'aurait jamais du dépasser le statut d'éructation de fin de soirée arrosée se trouve propulsée au rang "d'idée de l'année", telle la liberté (de couper) guidant le peuple (malhonnête). Et que dès lors, le gouvernement s'y obstine, s'y englue, s'y enferre, s'y enferme. Sidérant. D'autant plus sidérant que comme le rappelle Ecrans, "Contrairement à ce qui a été voté,
il y a quelques jours par les députés, la CMP a décidé que l’internaute
continuera à payer sa connexion en cas de coupure de son accès à
Internet. Elle a également supprimé l’amendement, déposé par Alain
Suguenot, qui proposait l’amnistie des internautes poursuivis sur des faits remontant à plus de 6 mois."
Hadopire. Personne n'a de mots assez durs pour qualifier la caporalisation rampante du net. Alain Suguenot (UMP) dans un email adressé à tous
les députés après l’une des soirées de débat sur la loi HADOPI à
l’assembléee nationale, écrit ceci : "Ce n’est pas la création que l’on protège. Ce sont les principes généraux du droit qu’on assassine."
Foin de diatribe, un peu d'analyse que diantre ! Soit. Mais d'abord un peu de pédagogie avec ce remarquable "digitalmeme" qui reprend l'historique contextualisé de la loi "création et Internet". Or donc maintenant ainsi avisé, précipitez-vous chez Dominique Lahary, sage et vertueux taulier d'une non moins sage et vertueuse Interassociation qui dit, sur ce sujet comme sur d'autres ou (encore) d'autres d'ailleurs parfaitement connexes, l'essentiel en quelques amendements et communiqués. Précipitez-vous également chez Piotrr, qui devant un projet de loi stalinien, fait très lucidement son auto-critique, et nous convie à signer le pacte des libertés numériques du réseau des pirates. Profitez de vos précédentes précipitations pour vous arrêter un moment chez Philippe Quéau et penser la résistance, celle d'un domicile numérique inviolable.
Et puis il y eut le 9 Avril. Le jour des "socialists Ninjas". Compte-rendu de séance sur Pc-Impact. Le 9 Avril au matin, Hadopi est ratifiée par le sénat. Le 9 Avril après-midi, Hadopi est ratiboisée à l'assemblée. Arrêtsurimages raconte : "Adoptée quelques heures plus tôt par le Sénat, la dernière mouture du projet de loi Création et Internet, dit "loi Hadopi", a été rejetée sur les bancs de l'Assemblée nationale, à 21 voix contre et 15 voix pour." Crac. Boum. Hue.
Des députés socialistes planqués derrière une colonne de l'auguste assemblée qui se dévoilent au moment du vote pendant que leurs copains du gouvernement sont en train de s'empiffrer de frites à la cantoche.
Beau comme l'antique et tout à fait conforme aux règles en vigueur dans l'hémicycle (voir les détails chez Maître Eolas). Vivifiant comme l'entrée de Sébastien Chabal en impact player à la fin d'un France-Australie d'anthologie. Roublardise ? Certes. Mais une roublardise qui répond à une forfanterie, celle de l'avant 9 avril, avec une loi votée à la sauvette par 16 députés.
Il y eut donc un avant 9 Avril.
Il y aura un après 9 Avril.
Mais n'allez pas croire que tout est fini. Ces gens-là ont l'obstination chevillée au corps. Prochain épisode le 27 Avril. Dans la coulisse législative, on s'arrête à remettre le couvert, pendant que dans la coulisse des intérêts financiers, l'après-Hadopi se prépare : si la castration numérique s'avère inopérante, ce sera la main au portefeuille, le prélèvement à la source. Mais pour quelle offre ? Pour quels usages ? De tout cela, étrangement, il n'est encore guère question. Cette série de débandades parlementaires n'aura donc pas suffit à signer la mort politique de la loi Hadopi. Le plus grave est que quelque soit l'issue parlementaire finale (on peut hélas supposer que les "Government Texas Rangers" ne se laisseront pas (sur)prendre une deuxième fois par les Socialists Ninjas), quelle que soit cette issue donc, le projet politique de l'Hadopi restera comme le stigmate d'un profond divorce. "Si la démocratie étatique ne s'accomode pas d'Internet, l'Internet démocratique se fera sans l'Etat."
Maintenant, et comme le rappelle Lionel Maurel, "il s’agit pour tous les acteurs intéressés d’en tirer la leçon et de construire de nouvelles solutions, par le jeu des contrats, sans plus attendre l’arrivée d’un Godot législatif qui ne viendra pas."
<Update du lendemain> Voir également l'excellent billet de Maître Eolas qui, après en avoir remis une couche sur le grand bazar législatif répressif engendré par l'application de la loi, pointe le fait que le vrai danger ne vient pas tant de l'Hadopi que de la CPD, la Commission de Protection des Droits. </Update>
(Temps de rédaction de ce billet : 4 heures // Sources : sous les liens)
Rédigé le 19 avr 2009 à 20:00 dans Document numérique, Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Google fait une erreur et la totalité du web devient "indésirable".
Le 31 Janvier la totalité des sites internet accessibles depuis le moteur se voient affublés de la mention "ce site risque d'endommager votre ordinateur", mention assortie d'une page d'avertissement supplémentaire avant de pouvoir accéder à n'importe quel site. L'erreur n'aura duré qu'une heure. 55 minutes exactement. L'explication vint dans la foulée de la bouche de Marissa Mayer, sur le blog officiel de Google : pour filtrer les sites présentant des malwares (logiciels "espions"), Google travaille avec le consortium StopBadware. C'est ce consortium qui envoie à Google des listes actualisées avec les sites "dangereux", listes que Google fait ensuite remonter dans son index. Et là vint le bug ou plus exactement l'erreur humaine : quelqu'un mit le signe "/" dans le champ prévu pour lister les sites indésirables. Du coup, la totalité du web indexé par Google ... devînt indésirable.
Comme toute mésaventure touchant le géant, tout le mode s'est fait l'écho de cet événement, du blogueur anonyme jusqu'au New-York Times en passant par le gazouillis planétaire.
Il y a plusieurs manières de regarder ce "bug".
Le regarder comme ce qu'il est. C'est à dire une avarie d'un moteur, avarie d'origine humaine, promptement réparée, sans réel préjudice (les sites internet restaient accessibles depuis les autres moteurs même si la majorité des réactions dont j'ai été le témoin numérique cherchaient plutôt à comprendre "pourquoi" Google se mettait à planter plutôt que d'utiliser spontanément un autre moteur pour leur recherche ...).
Le regarder pour ce qu'il donne à voir. Un internet soudainement "effacé", subitement "inaccessible", soudainement "malveillant", subitement "filtré". Internet, somme d'un nombre considérable d'informations et de connaissances, Internet, silo informationnel aux dimensions à peine inimaginables. Internet inaccessible par une seule petite erreur humaine. Tous les sites du Net subitement devenus "indésirables" ou dangereux. Imaginez un seul instant que du jour au lendemain, tous les livres accessibles dans toutes les bibliothèques deviennent, par l'erreur ou la volonté d'un seul, subitement "indésirables" ... Fantasme ?
Le regarder comme la préfiguration d'un fantasme. Celui que nombre d'auteurs de S-F ont usé jusqu'à la corde. Le fantasme du crash mondial. Du Bug de l'en 2000. De la mémoire du monde (numérique) aussi subitement qu'irrémédiablement effacée, ôtée de "nos" mémoires. Machines hypermnésiques instrumentant ou occasionnant l'amnésie planétaire. Ce n'est probablement pas au hasard que ReadWriteWeb parle à propos de ce bug d'un "Epic fail".
L'erreur de Google doit nous interpeller.
Elle doit nous amener à reconsidérer nos usages. A sortir de la métonymie si pregnante qui a fait de cette partie (Google) la représentation du tout (le web).
Elle doit nous amener à nous pencher sur la double dimension du moteur. Un outil d'accès à l'information qui n'est pas l'information. Mais également de plus en plus, une infrastructure qui contient l'information : data centers, fibre optique, centres de données offshore, informatique distribuée. Le géant aujourd'hui ne se contente plus d'embrasser "la" toile, il fait exister "sa" toile, son réseau, son Internet, Le Googlenet.
Et le risque est là.
Le risque que "ceci tue cela". Que l'Internet aux contenus et aux accès préemptés par quelques grands acteurs de l'internet marchand ne se superpose à l'internet public avant que de le l'absorber et de le supplanter. Le risque pour l'usager de perdre toute lisibilité dans les tentatives, accidentelles ou organisées, de filtrage des accès ou des contenus.
Et l'on reparle de la neutralité du net et de la tendance actuelle au filtrage arbitraire.
Ce débat sur la neutralité nécessaire du Net est déjà ancien. Mais il n'a jamais été autant d'actualité. Piotrr sur Homo-Numericus nous livre une revue de presse parfaitement éclairante et accessoirement assez déprimante ... Revue de presse qu'il vous faudra compléter par la lecture du billet rebond d'André Gunthert, lequel renvoie vers le rapport "Enhancing Child Safety & Online Technologies", rapport final du Internet Safety Technical Task Force (également commenté ici), décembre 2008. Extrait du billet d'André :
Les 3 Internets.
Le choix se pose aujourd'hui en ces termes :
Moralité : prenons garde aux coupures. D'où qu'elles viennent ...
(Voir aussi l'article d'Ecrans sur le sujet. // Temps de rédaction de ce billet : 45 minutes)
Rédigé le 02 fév 2009 à 10:51 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Anniversaire Wikipédien.
On fêtait il y a peu le dixième anniversaire du dernier des mohicans annuaires et celui du premier des moteurs. C'est aujourd'hui (enfin le 15 Janvier exactement) le 8ème anniversaire de l'un des trois piliers de notre révolution cognitive, j'ai nommé, Wikipédia. Wikipédia aujourd'hui c'est 265 langues et plus de 10 millions d'articles.
Un anniversaire et des projets plein sa besace dont ReadWriteWeb nous révèle l'essentiel :
Le mois prochain ce sont les licences creative commons qui fêteront leurs 6 ans. Une autre evidence. A force de simplicité. L'occasion également de rendre hommage à de glorieux aînés.
Pendant ce temps, Knol publie son 100 millième article knol (voir par exemple le billet d'Actulligence sur le sujet)
(Temps de rédaction de cet article : 1 heure)
Rédigé le 19 jan 2009 à 22:52 dans Ecologie de l'info, Open Access, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Je voudrais partager avec vous deux lectures. Sans commentaire. Sans analyse. Parce que ces deux lectures là se suffisent à elles-mêmes.
La première est celle de la vie privée de Marc L., publiée par l'excellente revue "Le Tigre".
La seconde est celle intitulée, "J'ai oublié de ne pas me souvenir", publiée par le tout aussi excellent site Anticipedia.
Commencez par lire ces deux textes. Puis replongez-vous dans le texte de J.L. Borges, "Funes ou la mémoire." On peut y lire ceci : "J’ai à moi seul plus de souvenirs que n’en
peuvent avoir eu tous les hommes depuis que le monde est monde.
Mes rêves sont comme votre veille. Ma mémoire,
monsieur, est comme un tas d’ordure. (...) Il avait appris sans effort l’anglais, le
français, le portugais, le latin. Je soupçonne
cependant qu’il n’était pas très capable de penser.
Penser c’est oublier des différences, c’est
généraliser, abstraire. Dans le monde
surchargé de Funes il n’y avait que des détails,
presque immédiats." Fictions –
Funes ou la mémoire – Traduction P. Verdevoye ;
Folio.
Rédigé le 18 jan 2009 à 22:28 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Quelques infos et commentaires un peu en vrac autour de l'ogre préféré ...
Des photos et des hommes ...
Google a mis depuis quelques temps en ligne l'intégrale des photos du magazine Life, y compris les clichés non publiés par le célèbre magazine. Un appétit insatiable, un fonds documentaire qui semble inépuisable et ... un mur de fortification du "GoogleNet" qui se construit pierre après pierre. Lesdites photos par exemple ne sont pas indexables par d'autres moteurs de recherche comme le signale Philip Lenssen. On pourra m'objecter que puisque les frais incombent à Google et que l'initiative de la mise en ligne lui revient, il n'est pas aberrant que celui-ci s'arroge certains droits. Sauf que. Sauf que ces photos relèvent d'une dimension clairement patrimoniale. Elles sont un bien commun. Et à ne pas y prendre garde, en ce domaine documentaire comme en d'autres, on risque de se retrouver avec un acteur privé en situation de diffusion et d'exploitation exclusive de tout un tas de biens communs de l'humanité. On constatera que c'est dommage. Mais il sera déjà trop tard. Il existe pourtant bien d'autres approches ... Mais encore faut-il que les bibliothèques pourvoyeuses aient les moyens d'en être à l'initiative ...
"Rendre l'information universellement accessible" ... et après ?
Ce mur infranchissable aux autres (moteurs) que Google est progressivement en train de bâtir autour de son corpus, de "son" web, est symptomatique d'un renversement dans la philosophie l'idéologie de la marque, ou à tout le moins d'un retour à un principe de réalité comptable. Renversement déjà remarqué par plusieurs analystes. Je crois que le temps du "tout service, tout gratuit" chez Google sera bientôt révolu. Plus globalement, je crois également que le gimmick "rendre l'information universellement accessible" sera prochainement remplacé par un autre. Jusqu'ici Google ne nous avait pas habitué à préserver un pré carré de manière aussi ostentatoire. Attitude d'autant plus étrange que l'on ne peut pas dire que la concurrence motorisée soit à son apogée. Alors quoi me direz-vous ? La faute à la crise ? Je ne pense pas. Je pense que Google à atteint (ou n'est pas loin d'atteindre) "son" objectif : rassembler en une même sphère d'indexabilité des documents, des informations, des biens communs et patrimoniaux de l'humanité, mais également des comportements, des intentions de navigation, de l'intime (cf ma presque mondialement célèbre "théorie de la dérive des continents documentaires"). "Organiser l'information et la rendre universellement accessible". L'information EST organisée. Les dépêches de l'AFP sont estampillées "Hosted by Google", les photos de Life ne sont consultable QUE dans Google, nos emails personnels sont scannés mot après mot par Google pour pouvoir nous afficher des publicités contextuelles, dans les fables d'Esope on peut désormais lire "Le filigrane Google contenu dans
chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre
projet et leur permettre d’accéder à davantage de documents par
l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le
supprimez en aucun cas." L'information EST organisée. Elle est effectivement universellement accessible. Universellement accessible par chacun d'entre nous SUR les serveurs de Google. SUR le GoogleNet.
La recherche est le centre et les services la périphérie. Mais faut se recentrer.
Maigre rayon de soleil dans cet horizon sombrement Googlien, le même Google annonce l'abandon de son projet Palimpsest (voir ici, là ou là) dont l'ambition était tout simplement de permettre aux scientifiques du monde entier de stocker gratuitement leurs données volumineuses sur les serveurs de Google, en les rendant du même coup partageables et accessibles pour les autres scientifiques du monde entier ... et accessoirement pour Google. Vous avez dit "bien commun" ?
L'abandon de ce projet n'est d'ailleurs pas isolé. Le moteur "dont le centre est partout et la circonférence nulle part", une formule qui fut à l'époque l'une des clés pour comprendre la stratégie d'entrisme de Google, semble avoir besoin de se repossitionner "autour de" ses services centraux au prix d'un nettoyage des services périphériques. Après Lively et Palimpsest, ce sont Google Video, Google Mashup Editor, Google Notebook, Google Catalogs (service qui eut son importance pour le développement de Google Book Search), Dodgeball et Jaiku qui sont abandonnés ou arrêtés par Google (voir à ce sujet les billets de Zorgloob, Francis Pisani, Philipp Lenssen ...). Google se recentre donc autour de la recherche, et en particulier de la recherche "universelle" (voir le White Paper signalé par Steven Arnold), nouvelle clé de voûte de son écosystème de services.
A quelque crise malheur est bon ...
La crise économique boursière n'est certainement pas étrangère au recentrage de l'ogre de Mountain View. Mais je crois qu'elle n'en est pas la cause profonde, elle n'en est que le déclencheur structurel. "L'occasion" de passer, en 2009, à une nouvelle étape de déploiement, peut-être à une nouvelle stratégie. Il n'est d'ailleurs pas innocent que l'on voir récemment refleurir la rumeur du Google Drive (souvenez-vous), un espace de stockage "personnel", en ligne. L'information EST organisée. L'information est universellement accessible SUR les serveurs de Google. Particuliers, entreprises mais aussi institutions et demain peut-être états s'y retrouvent. En 10 ans, les habitudes sont acquises. Pour la plupart d'entre elles irrémédiablement. Devant l'omniprésence du moteur, devant la qualité des services offerts, devant l'ancienneté des usages individuels et collectifs que l'on en fait aujourd'hui, qui, oui, qui serait prêt à lâcher Google au profit d'autres services si ce dernier proposait un accès payant à certains de ses services ? Peu de gens à mon avis. Alors bien sûr nous n'en sommes pas encore là, mais s'il fallait cette année encore jouer au jeu des prédictions, je dirai que du côté de Google, l'année 2009 sera celle de l'établissement de sa suite bureautique en ligne comme principal sideman du moteur de recherche. Et que pour s'installer définitivement dans les habitudes, il ne manque plus à la suite bureautique en ligne qu'un espace de stockage personnalisé en ligne. Je crois donc qu'on verra bientôt apparaître le fameux GDrive, dont la rumeur court depuis déjà deux ans ... GoogleNet pour l'infrastructure, GoogleWeb pour le guichet unique d'accès à l'information avec son moteur (Google) et son navigateur (Chrome qui vient de sortir de son statut "béta"), GoogleOS pour les usages, usages eux-mêmes archivés dans la ruche mondiale du GoogleDrive.
"... dont le centre est partout, et la circonférence nulle part." comme disait l'autre ...
=====================
Et puis aussi ...
=====================
(Temps de rédaction de ce billet : 2h45)
Rédigé le 18 jan 2009 à 21:53 dans Biblio"Tech", Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
(nota-bene : suite à la nouvelle mouture de Typepad, les titres des billets d'Affordance seront désormais sans accents, désolé pour les puristes ...)
Il est un vieux débat autour du web 2.0 en général et de Wikipédia en particulier, c'est celui de l'échelle réelle de collaboration et de contribution qui structurent ces deux univers. En d'autres termes, qui contribue "réellement" et qui en profite "simplement".
Un article du Silicon Alley Reminder revient sur une étude déjà commentée ici en Octobre 2006 à propos du nombre de contributeurs réellement actifs dans Wikipédia. L'étude signalée en 2006 indiquait que "50% des
modifications sont faites par seulement 0,7% des utilisateurs … soit 524
personnes" et que "les 2% les plus actifs (1400 personnes) ont
fait 73.4% de tous les modifications." Pour aboutir à ce résultat, Jimmy Wales avait à l'époque comptabilisé le nombre de modifications ("edit") réalisées sur les articles. La conclusion était que quelques "insiders" (ou "heavy editors") étaient responsables de l'essentiel du contenu de l'encyclopédie.
L'article du Silicon Alley Reminder propose de ne pas compter les "modifications" (edit) d'articles mais plutôt leur nombre de signes (lettres). Et le résultat (à nuancer étant donné que ladite étude est - de l'aveu même de son auteur - simplement empirique) est radicalement différent de celui de Wales : on s'aperçoit que les plus "gros" contributeurs en "nombre de signes" sont plutôt des "outsiders" (utilisateurs non-réguliers), les "heavy editors" se contentant de faire de nombreux "edit" mais essentiellement pour des questions de mise en forme et de calibrage ou de rectification.
OK mais et alors ???
Alors la question qui est ici posée est celle de la nature même du projet d'encyclopédie collaborative. Dans l'hypothèse 1 (celle de Wales), Wikipédia serait en fait une encyclopédie "comme les autres", avec un très petit nombre d'encyclopédistes labellisés et actifs. La seule différence - mais de taille - avec un projet encyclopédique classique étant que lesdits encyclopédistes n'ont pas été choisis ou recrutés es qualites. Soit disons 80 % d'un fonctionnement encyclopédique traditionnel et 20 % d'un fonctionnement "en rupture" avec les modèles éditoriaux traditionnels.
Dans l'hypothèse 2 (celle du Silicon Alley Insider), c'est la situation exactement inverse qui est décrite. Le coeur du projet Wikipédien est serait bien celui d'une collaboration ouverte reposant sur la contribution d'usagers "extérieurs" et non-nécessairement réguliers ou accrocs pour fournir les connaissances et les informations, collaboration ouverte "complétée" par un travail d'édition plus traditionnel (correction, mise en forme, etc ...) effectué cette fois par quelques "heavy editors". Soit 80% de collaboration et 20% de fonctionnement éditorial "classique".
Soit pour résumer :
La fonction crée l'organe.
Au delà des chiffres et des pourcentages, ce débat est important voire essentiel car il reflète et illustre notre rapport au savoir dans un environnement numérique. L'hypothèse 1 serait la preuve qu'au-delà de la forme (innovante) du Wiki, le projet encyclopédique n'a pas réellement changé de nature dans son mode de fonctionnement. L'hypothèse 2, de mon point de vue beaucoup plus séduisante et beaucoup plus réaliste (même si elle demande à être confirmée), indique a contrario qu'en sus du changement de nature de l'objectif encyclopédique, il y a bien également un changement de nature du mode de contribution et d'accumulation des savoirs. Wikipédia procède donc bien d'une nouvelle forme et d'une nouvelle ambition pour le projet encyclopédique du XX1ème siècle, nouvelle forme et nouvelle ambition qui ont su, pour partie, asseoir la rupture qu'elles proposent sur des schémas de fonctionnement éditoriaux ayant déjà fait la preuve de leur efficacité. Et ce n'est pas l'un des moindres intérêts de ce projet que de constater que cette stratégie n'a pas été bâtie et pensée en amont du projet lui-même, mais qu'elle s'est organiquement déployée au fur et à mesure de son avancement. Work in progress. Et si l'on observe Wikipédia comme un organisme numérique en croissance, on vérifie une fois de plus la formule de Lamarck selon laquelle "La fonction crée l'organe."
==============================
Et pour compléter cette petite réflexion (et accessoirement expurger mon agrégateur), une
petite revue de liens autour de l'encyclopédie collaborative.
(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)
Rédigé le 06 jan 2009 à 16:19 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Web 2.0, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
(billet inspiré par quelques rapides tests sur Whostalkin, découvert chez Steve Rubel)
En ce temps-là ...
En ce temps là, la vie était plus belle simple : on avait les annuaires, les moteurs et les méta-moteurs.
En ce temps-là l'unité de publication était la page (web).
En ce temps-là, ceux qui publiaient sur le net ne publiaient (généralement) QUE sur le net, pas dans les grands médias. Et ceux qui écrivaient dans les grands médias ne publiaient pas sur le net.
En ce temps là, ce qui était écrit, restait écrit, restait fixé.
Et puis ...
Et puis les annuaires disparurent. Ne restèrent que (quelques) méta-moteurs et surtout les moteurs et surtout LE moteur.
Et puis les unités de publication se réduisirent, se fragmentèrent. L'unité ne fut plus seulement la page mais également le billet (de blog), voire le fil (de discussion sur un forum ou de commentaires sur un blog) ou le micro-fil (twitter limite l'unité de publication à 140 caractères). Une unité de publication parfois simplement confinée à une unité de présence en ligne, laquelle unité de présence est elle-même composée des traces éparses (profilaires ?) de notre
social stream tel qu'il se constitue par exemple au travers de nos
différents profils sur différents réseaux sociaux,
Et puis les instances d'énonciation éditoriales se floutèrent. Publier ici n'empêcherait plus de publier là. Les journalistes écrivent "dans" le web, les blogueurs écrivent "dans" les journaux, passent à la télé. Certains journaux ne sont faits que de reprises d'écrits de blogs (vendredi.info), certains blogs (maître Eolas) jouissent d'une crédibilité supérieure à certains journaux.
Et puis ce qui était écrit par l'un devînt modifiable par l'autre, par tous les autres (Wikipédia). L'auteur, l'autre. Figure gemellaire de l'hypertextualité. Agencements collectifs d'énonciation. La trace céda la place à sa propre traque.
Voilà ce qui changea. Ce qui ne change pas en revanche, pour vous, pour moi, c'est le besoin de s'y retrouver (au sens propre mais également et de plus en plus souvent au sens figuré également ...), d'y trouver parfois simplement "quelque chose", plus rarement "ce que l'on cherche".
Editorialement parlant, on dispose donc désormais de trois "médiasphères" :
Machiniquement parlant, pour rendre compte de ce nouveaux paysage éditorial du net, on ne dispose pourtant plus que des seuls moteurs qui, de plus en plus souvent, mal étreignent à force de trop embrasser.
Idéalement, il faudrait pouvoir disposer d'un moteur pour chacune de nos trois médiasphères. Car il va sans dire que la spécificité éditoriale de chacune d'entre elles conditionne à la fois la nature des recherches qui y sont effectuées mais également la nature, la granularité documentaire des résultats qui y figurent. Et l'on se prend à rêver d'un retour des moteurs à curseurs avec un même moteur permettant de régler le "grain" de la recherche depuis les macro-médias du macro-net jusqu'aux micro-médias du micro-net.
Aujourd'hui, on dispose de :
Cette granularité est inédite à cette échelle, et il y a fort à parier que 2009 lui donnera ses lettres de noblesse, l'enracinant comme une composante à part entière du Giant Global Graph. Alors que l'étage supérieur, le macro-net, apparaît aujourd'hui stabilisé, ayant atteint un rythme de croissance optimal, le micro-net et le meso-net continuent d'exploser, sur le même type d'échelle logarithmique que le web à ses débuts. Après la croissance des blogs, c'est aujourd'hui la croissance des réseaux sociaux et des sites de micro-blogging. La valeur de ces deux espaces, du dernier particulièrement, réside dans leur nature conversationnelle. Une conversation certes souvent tenue par des idiots et pleine de bruit et de fureur, mais également une conversation qui aiguille, qui stimule, qui signale, et qui est en tout état de cause le complément aujourd'hui indispensable de la plénitude du net comme médiasphère. Bref une conversation qui mérite d'être indexée et suivie pour pouvoir être ensuite accédée de manière asynchrone, dans la verticalité qu'impose le couperet d'une recherche et non plus simplement dans la linéarité d'un échange.
Signalons pour finir que cette granularité se superpose à une autre granularité préexistante et depuis déjà longtemps consubstantielle au net : la granularité des médias (vidéos, images, audio, texte) qui le composent. C'est à la croisée de ces chemins, à la croisée de cette granularité bipolaire que devront se positionner les acteurs de la recherche d'information pour répondre aux besoins de l'usager du web de 2009 et d'au-delà.
(Temps de rédaction de ce billet : 2h00)
Rédigé le 05 jan 2009 à 19:14 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Weblogs, Wikis & RSS, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
L'UMP avait déjà trouvé la solution à la crise des banlieues, voilà qu'elle se met à racheter la crise financière mondiale. La preuve en image ...
Pendant ce temps, la presse continue de s'essayer aux technologies de l'artefact pour masquer une bague à 15 600 euros, une paille à côté des 220 000 euros (soit l'équivalent de 12 bagues de Rachida Dati) d'argent public que le ministère investit pour surveiller les leaders d'opinion.
Nous vivons donc décidément une époque formidable. Et si vous êtes encore convaincu qu'il n'y a aucun lien entre ces différentes informations, et bien ... cherchez mieux :-(
Rédigé le 23 nov 2008 à 20:11 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
En France, le magnat des médias (Arnaud Lagardère) est aussi "l'ami" du président de la république (Nicolas Sarkozy) et le témoin de son (premier) mariage. Collusion ? Collusion.
Aux Etats-Unis, le PDG du premier moteur de recherche de la planète vient d'entrer au "conseil des sages" du président Obama (Interview vidéo d'Eric Schmidt). Goobama donc. Les accointances démocrates de l'équipe dirigeante du moteur Google ne sont plus un secret. Pas davantage que n'est secrète la position démocrate sur les enjeux de la neutralité de l'Internet. Pas davantage que n'est anodin le rôle joué par le média Internet dans la campagne présidentielle américaine. Collusion ? Difficile d'en juger pour le moment. Seule certitude : la question hier posée ("qu'arriverait-il si nous répondions mal au mot 'socialisme' ?") se reposera demain avec une acuité nouvelle.
Rédigé le 18 nov 2008 à 01:31 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
" ... c'est même à ça qu'on les reconnaît " disait le maître. Diego Maradona et Lutz Heilman osent tout. Le premier, nous apprend Zorgloob, a demandé (et obtenu !!!) des versions locales de Google et de Yahoo!, qu'elles ne fassent plus apparaître de résultats sur la requête "Diego Maradona." La page suivante est donc collector : à vos copies d'écran, car c'est à ma connaissance la première fois dans l'histoire de l'Internet qu'une telle disparition est opérée.
Le second (via le toujours excellent Ecrans et de ReadWriteWeb), Lutz Heilman, 42 ans, aujourd’hui député au
parlement fédéral du parti die Linke (La Gauche), et ex-agent de la
fameuse police secrète est-allemande (Stasi), a demandé et obtenu la fermeture immédiate et ce deux jours durant, de la version allemande de Wikipedia (enfin pas tout à fait mais presque).
Deux réflexions croisées :
Et une morale façon "vieux con des neiges d'antan" : on n'effacera jamais les livres. On peut les censurer, les brûler, les détruire, les pilonner mais les effacer ... jamais. Et si vous voulez lire une belle histoire à ce sujet, vous pouvez vous précipiter sur Globalia.
Rédigé le 17 nov 2008 à 23:02 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
============================================================================
Billet d'humeur publié un lundi mais rédigé un vendredi soir (très tard) sur un (non?) événement qui a presque un an mais qui me semble assez fidèlement traduire une certaine logique ...
============================================================================
Préambule. Aux Etats-Unis, les grandes firmes de l'informatique ont pignon sur rue dans les universités et dans les écoles. Elles les financent pour partie, elles les fournissent en ordinateurs et autres équipements, elles recrutent et payent des étudiants pour évangéliser sur tel ou tel produit leurs petits camarades, elles recrutent et payent des professeurs, elles leurs offrent des licences logicielles gratuites. Bref, elles "font le job" de la formation aux technologies de l'information.
Google et les 140 classes de collégiens.
En France, l'éducation à la culture informationnelle est, suite à la volonté acharnée de quelques-uns, de plus en plus l'objet de discussions, de colloques, de publications. En France, on a (péniblement) mis en place des dispositifs aux noms abscons mais à l'efficacité qui commence à être prouvée : B2i, C2i, et tutti quanti. En France, le Sénat, dans sa session ordinaire du 22 Octobre 2008, a diffusé un rapport d'information sur l'impact des nouveaux medias sur la jeunesse (Téléchargement r08-0461.pdf). A la page 123 dudit rapport, on peut lire le compte-rendu de l'audition de Mr Olivier Esper et Mme Myriam Boublil, respectivement "chargé des relations institutionnelles" et "directrice de la communication", chez ... Google Inc. L'audition se conclut comme suit :
Intrigué par ce "Cherche Net", et quelques clics plus tard, je tombe sur le communiqué de presse de Google France, dans lequel j'apprends qu'il ne s'agit pas vraiment d'un tout petit projet puisqu'il concerne tout de même "140 classes de collégiens de 6ème et 5ème des
départements du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine, du Morbihan, des
Côtes-d’Armor, de la Sarthe, du Maine-et-Loire, de la Loire-Atlantique,
de la Mayenne et de la Vendée." Le titre du communiqué de presse est le suivant : "Calysto lance Cherche Net avec Google et la DUI". Pour information, Calysto est une société de conseil, la DUI est une excroissance du pouvoir politique (ministère de l'enseignement supérieur principalement), et Google est ... Google.
Et maintenant les faits : le fond du projet Cherche Net.
Sur la page du communiqué de presse, je retiens les informations suivantes :
Et maintenant, reprenons ...
Moralité courte.
A l'initiative de Google et sur les fonds de Google, Google forme les futurs utilisateurs et clients de Google là où ils sont, c'est à dire dans les collèges. Il les forme à l'utilisation de Google et des outils de Google. Il le fait avec l'aval du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (dont la DUI est l'émanation directe), ce dernier se vautrant dans le confort de la figure d'un Ponce-Pilate numérique (dont on connaît la propension à "s'en laver les mains").
Moralité longue
C'est parfois dans les "petites" opérations de communication que se
donnent le mieux à lire les grands desseins ministériels ... Car soyons clair, ce n'est en l'occurence pas Google (ni Calysto) que je blâme (quoi que pour Calysto ...). A tout prendre, j'aime autant que ce soit eux qui se chargent du boulot plutôt que la DUI et ses experts nommés. Ce qui est particulièrement irritant me fout dans une rogne noire c'est de constater l'incurie des "pouvoirs publics" à l'échelon national à capitaliser sur les réseaux de compétence e-x-i-s-t-a-n-t-s, leur refus castrateur de leur octroyer quelques maigres subsides pour permettre à ces mêmes réseaux de compétence d'opérer un passage à l'échelle, pour leur permettre de démultiplier leur offre de formation, bref pour leur permettre de faire ce que s'apprête à faire Google, mais en le faisant mieux (et probablement pour moins cher).
Pour être plus clair, il existe en France dans les universités, les lycées et les collèges toutes les structures nécessaires à la réflexion (déjà bien avancée) et à l'action (chroniquement en manque de moyens). Nous disposons :
Alors pour passer ma rogne, je fais un rêve. Celui de voir un jour l'auto-complaisance ministérielle et ses effets d'annonce à la consistance d'étouffe-chrétien se resaisir, décrocher son téléphone, convoquer non pas des blogueurs influents mais des gens capables, leur demander où ils en sont de leur réflexion, leur demander quelles sont leurs préconisations, leur demander quels sont leurs besoins ... et leur donner les moyens de gagner un pari. Un pari formidable. Celui de l'entrée réussie d'une classe d'âge dans la société de l'information. Et puis je me réveille. Et je vois le temps qui passe. Et je voie le temps perdu. Et le Cheval à Phynances qui galope, et la Machine à Décerveler qui fait son office (et réciproquement).
Conclusion : nous sommes tous des américains.
Le projet Cherche Net date de Décembre 2007. J'en ignore les résultats. Je ne les ai pas trouvés sur le site de la DUI. Le site Cherchenet.fr n'est de toute façon plus en ligne. La seule trace qui en subsiste est celle-ci. Le nom de domaine est par ailleurs disponible si vous êtes tentés par une spéculation hasardeuse (plénonasme ?). J'ignore s'il sera reconduit cette année. Mais le projet Cherche Net n'était que la partie émergée de l'iceberg. Aujourd'hui, les mêmes perpétuent le tour de France des collèges et des écoles. Avec les mêmes partenaires, plus quelques autres. C'est du Cherche Net mais à l'échelle industrielle. Du biberonnage dès le berceau. Voilà pour l'existant. Voilà pour hier et aujourd'hui. Et demain ? Demain aux Etats-Unis en France, les grandes firmes de l'informatique auront pignon sur rue
dans les universités et dans les écoles. Elles les financeront pour
partie, elles les fourniront en ordinateurs et autres équipements,
elles recruteront et paieront des étudiants pour évangéliser sur tel ou tel
produit leurs petits camarades, elles recruteront et paieront des
professeurs, leurs offriront des licences logicielles gratuites.
Bref, elles "feront le job" de la formation aux technologies de
l'information.
Demain ce sera Ubu Roi. UBU : Université des Baudruches Unanimes. ROI : retour sur investissement à la hauteur du désinvestissement constaté. Ubu roi vous dis-je.
(Temps de rédaction de ce billet : 3h30 - oui je sais c'est long, non je n'avais rien de mieux à faire vendredi soir)
Rédigé le 10 nov 2008 à 12:22 dans Documents et ressources pédagogiques, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Métier | Lien permanent | Commentaires (10) | TrackBack (0)
Dans la série "le politique et son reflet motorisé", et dans une quête éperdue de notoriété mise à mal, je vais donc sacrifier à la tradition médiatique. <Teasing> A la fin du billet que vous êtes en train de lire, vous connaîtrez, en avant-première mondiale, le résultat de l'élection présidentielle américaine. </Teasing>
Préambule.
Les rapports entre le politique et la représentation du monde que donnent à voir les moteurs sont de plus en plus étroits, de plus en plus complexes, de plus en plus décisifs. C'est un poncif que de souligner le rôle que joue le net dans les élections américaines aujourd'hui, et qu'il jouera sans nul doute demain à l'échelle de la vie démocratique planétaire, pour le meilleur ou pour le pire. Dans un billet d'Octobre 2006 j'écrivais déjà :
A l'heure ou les médias du monde entier ont tous leurs sens numériques entièrement braqués sur l'élection en train de se jouer aux USA, regardons ce que la chose numérique apporte comme éclairage et comme décryptage à la chose politique.
Realnumerik et/ou Realpolitik.
Le billet de ReadWriteWeb, "Your election Day Web Toolkit", nous offre une vue exhaustive de cette boîte à outils numérique : informations en temps réel sur le vote en cours, vote participatif sitôt filmé et sitôt posté sur YouTube, groupes de microblogging décryptant les résultats là encore en temps réel, sondages divers et variés, et bien sûr, marketing et merchandising citoyen avec de grandes enseignes vous offrant un café tiède ou un nuggets moisi si vous entrez chez eux en hurlant "j'ai voté".
Moteurs et politiques : une affaire de résultats.
Mais au-delà du gadget et de l'insondable sondage, les moteurs savent également offrir de très beaux outils de décryptage et de suivi des résultats. Dans cette catégorie, la palme revient probablement au "Political Dashboard" de Yahoo!. A l'heure où j'écris ce billet, seules les projections de vote sont naturellement accessibles, mais vous avez la possibilité de créer votre propre scénario en cliquant sur les différents états pour en faire changer la couleur politique et disposer donc d'autant de scénarios et de résultats que possible.
Google n'est naturellement pas en reste et se fend d'un billet sur son blog officiel pour détailler l'ensemble de "son" dispositif : une GoogleMaps qui permettra de visualiser les résultats, une page Google News dédiée avec un affichage en colonne des résultats état par état, etc.
Là où cela se complique ...
Jusque là, au final, pas grand chose de nouveau, sauf que chacun peut se rejouer en solo et dans son salon la grand messe télévisuelle des soirées électorales, avec des joujous capables de déclencher une soudaine moiteur intime chez le chroniqueur politique d'astreinte ou la directeur d'institut de sondage sur le pont. Là où cela se complique c'est quand on en arrive aux authentiques stratégies motorisée d'un vote (prétendûment ?) à valeur ajoutée.
De nouveaux espaces synoptiques
L'exemple le plus frappant est celui du canal vidéo créé sur YouTube pour l'occasion et baptisé : Video Your Vote. 596 vidéos sont pour l'instant (4 Novembre, 22h, heure française) répertoriées. Là encore, une carte GoogleMaps sert de support, d'accrochage, aux vidéos envoyées par des citoyens (ou des personnalités), lesquelles vidéos sont répertoriées et visualisables selon un certain nombre de thèmes : les "Notable voter" par exemple, personnalités diverses (mais essentiellement politiques) qui se fendent de leur propre reportage sur eux-mêmes et leur vote ; plus intéressantes, les vidéos des "First Time Voter" (sous la catégorie "voting perspectives") qui font part de leur état d'esprit. Beaucoup plus étonnante, la catégorie "Voter Intimidation". Et oui. "Voter Intimidation" On y découvre des vidéos qui dénoncent des tentatives d'intimidation plus ou moins graves, dont l'essentiel provient de groupes de pression ou de lobbys politico-industrialo-religieux. Mais on trouve également dans la même catégorie une "interview" (?) de Sally Morgan, étudiante à l'université de Virginia Tech (?) qui raconte comment on (?) a tenté de l'intimider dans sa faculté. On a donc d'un côté des vidéos amateur dont la valeur sociologique est avérée, mais pour lesquelles on ne peut disposer d'aucune valeur de vérité propre (cf mes points d'interrogation dans la phrase précédente), et de l'autre côté, mises sur le même plan dans le même dispositif, des reportages "classiques" de médias "traditionnels", dé-portés sur YouTube. Là encore me direz-vous, rien de nouveau : toute soirée électorale combine les micro-trottoirs anecdotiques avec les analyses politiques plus "sourcées". Mais ce qui change ici c'est l'industrialisation du processus. Alain Giffard (parmi d'autres, dont B. Stiegler) a parfaitement décrit cette industrialisation de l'intime. Ce même intime qui est à l'oeuvre dans l'isoloir, dans cet acte politique fondateur. Tout cela est pour le moins troublant et mériterait à lui seul une analyse complète. Dernière catégorie sur laquelle je vous invite à jeter un oeil dans la chaîne Video Your Vote, c'est la catégorie "Polling Place Problems" et la sous-catégorie "Machine Problems". Aux USA, les machines à voter sont en place dans un très grand nombre d'états. On y découvre de courtes vidéos aussi hallucinantes qu'effrayantes qui, après les ambiguités de la mal-bouffe et du fast-food, nous font découvrir les immenses dangers de demain : ceux du fast-vote, du mal-vote. L'industrialisation du processus de vote se surajoute à celle de l'intime pour lui ôter, à terme, sa valeur propre.
Du passé ne faisons plus table rase.
Les candidats sont naturellement les plus exposés à l'éléphantesque mémoire des moteurs. L'outil Google Citation (tournant - pour l'instant - sur Google News) est capable d'extraire les phrases qu'ils ont prononcé pendant les 5 dernières années sur une thématique donnée et de les resituer en contexte (exemple ici). Autre exemple, l'indexation "textuelle" des vidéos des candidats. Même si peut-être moins que d'autres ils ont, dans l'exercice de leur fonction, le droit à l'oubli numérique, il va falloir réfléchir à l'impact que cet accès direct, permanent et traçable à leurs mémoires aura sur leurs ... discours. La mémoire et la mer l'amer comme disait l'autre.
Vers une logique de panoptique.
L'ensemble de ces dispositifs, de ces artefacts, de ces cartes synoptiques s'enrichissent rapidement et nécessairement d'une dimension supplémentaire à la problématique bien plus lourde : celle d'une dérive panoptique inévitable. C'est la logique du genre. Nous filmons, ils enregistrent. Pour en revenir à l'analogie avec les soirées électorales d'antan, dans les dispositifs offerts par les moteurs, toute l'éditorialisation est camouflée. Elle semble avoir disparue (aucun chroniqueur, analyste ou journaliste n'est là pour "faire des choix" de reportage ou de questions à poser ou à ne pas poser), mais elle est plus que jamais présente. Saut qu'il ne s'agit plus d'une éditorialisation à priori mais a posteriori. Ce que changent les moteurs, c'est la temporalité du "moment" politique. La valeur ajoutée maximale de ce moment est, pour les usagers, le temps des sondages qui le précèdent et naturellement celui du temps présent de l'élection. Mais la valeur ajoutée maximale pour les moteurs est tout autre. Elle est dans l'éditorialisation rendue a posteriori possible de ces milliers de données, de comportements et de requêtes collectés de manière cadrée, de manière expérimentale et quasi-scientifique.
"Qu'arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme 'socialism' ?"
Car avant et parfois même pendant le vote, les gens cherchent. Et l'on sait ce qu'ils cherchent. Là encore le blog officiel de Google nous livre les requêtes les plus courantes. Je m'attarde 5 minutes sur les 10 sujets politiques les plus recherchés ("Top Political Topics") :
Le "socialisme" est donc le 10ème mot-clé le plus recherché en ce moment par les américains. Outre que cela ferait probablement plaisir à la cellule communication du PS français, cela nous en dit déjà beaucoup sur "l'angoisse" et "l'incompréhension" de l'amérique républicaine face à ce fléau. Mais ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas tant la requête que le résultat de cette requête dans Google. Première étape : la fonction Google Suggest est là encore riche d'enseignements.
C'est bien le socialisme d'Obama qui inquiète, qui intrique, qui est la chose recherchée. Deuxième étape : les résultats. Wikipédia, Dictionary.com, la Britannica, un site de bibliothèque numérique en économie. Les 4 premiers résultats donnent donc dans une "neutralité" de bon aloi. Le cinquième résultat est déjà plus surprenant : une page personnelle d'un "socialiste indépendant". Le premier site offrant un rapport direct entre la requête ("socialism") et le contexte de la requête (élection américaine) arrive en 9ème position et il s'agit d'un site clairement républicain. A tout cela il faut ajouter que ladite page de résultat n'est pas nécessairement celle qui sera affichée en réponse à toutes les requêtes déposées sur ce seul mot-clé. En effet, nombre d'internautes utilisent le moteur Google en étant identifiés sur leur compte Google (gmail par exemple). A partir de là (principe de la personnalisation persistante : diapos 29 et 39 à 42), les "préférences" et l'historique de recherche de l'internaute sont convoqués pour proposer un remix personnalisé de résultats. Autant dire que les républicains qui cherchent des infos sur "Obama le socialiste" trouveront dans lesdits résultats de quoi largement alimenter leur socialophobie. Tout cela nous ramène donc aux préoccupations du précédent billet sur le sujet : "qu'arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme 'socialism' ?" Ou comment passer du nez de Cléopâtre au socialisme d'Obama : la face du monde en sera peut-être changée. Pour le meilleur ... ou pour le pire.
Et maintenant chose promise chose dûe : le résultat du vote en avant première mondiale.
(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2h15)
Rédigé le 04 nov 2008 à 23:59 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (2)
(Nota bene : le titre de ce billet est en compétition pour le festival du plus mauvais titre de billet dans une logique de référencement. Il concourt également dans la catégorie "comment enseigner les règles de l'écriture multimédia à ses étudiants et ne pas se les appliquer à soi-même")
Epistémologie et écosystème sont dans un bateau.
L'épistémologie désigne "l'étude de la connaissance scientifique en général". En philosophie en particulier, elle a pour objet "l'étude critique des postulats, conclusions et méthodes
d'une science particulière, considérée du point de vue de son
évolution, afin d'en déterminer l'origine logique, la valeur et la
portée scientifique (...)."
En tant qu'écosystème informationnel, Wikipédia avance à visage découvert : elle cite ses sources, s'efforce de mettre en avant des sources fiables, "oblige" à les vérifier, s'efforce d'adopter une neutralité de point de vue. Un écosystème par ailleurs récemment analysé dans sa diversité de services, et qui donne à voir un visage relativement monolithique :
Monolithe numérique en ligne donc, même si ce dernier connaît également depuis peu des versions "papier-like" ou même "DVD-like"
Toutes ces choses dites, le débat reste entier autour de la place qu'occupe actuellement ledit écosystème et du modèle qu'il propose. Pour clarifier ce qui suit, je rappelle en préambule tout le bien que je pense de Wikipédia. Ce qui ne m'empêche pas d'être critique.
Vérité et vérifiabilité sont dans un bateau.
Un article de Simson L. Garfinkel dans la MIT Technology Review propose une analyse intitulée : "Wikipedia ans the meaning of truth." L'article revient d'abord sur la contamination opérée par Wikipedia dans l'ensemble des sphères professionnelles et informationnelles : les journalistes s'y reportent, les étudiants y sont accrocs, les enseignants s'y mettent peu à peu, et l'encyclopédie occupe très (trop ?) souvent la première place dans les pages de résultats des moteurs de recherche. Le deuxième point abordé par l'article est celui du "contrat social" wikipédien : pour survivre, l'encyclopédie ne peut se permettre d'être bourrée d'erreurs et de contre-vérités (sinon personne ne la consulterait). La politique de publication qui s'est ainsi progressivement mise en place et la rapidité avec laquelle la plupart des erreurs sont corrigées sont le fondement dudit contrat social. Pour autant, Wikipédia ne repose pas, épistémologiquement parlant, sur une logique de vérité, mais sur une systématisation de la vérifiabilité :
Et Garfinkel de conclure ainsi son article :
Rappelons-le ici, Garfinkel reste plutôt enthousiaste et
"pro"wikipédia. La raison est simple : il fait partie du trop peu
d'enseignants-chercheurs qui ne se contentent pas d'utiliser
l'encyclopédie mais qui, dans leur domaine de spécialité, corrigent et complètent les erreurs ou approximations qu'ils y rencontrent.
Ce qui est en jeu dans l'article de Garfinkel, ce sont finalement les répercussions systémiques des modes opératoires qui, par effet de contamination, peuvent s'étendre de Wikipédia au Web dans son ensemble. En d'autres termes, la capacité centripète des forces qui agitent et animent ladite encyclopédie. Dans un ancien billet, j'écrivais de mon côté :
Mais tout le monde n'aime pas cet effet centripète. Ainsi Nicolas Carr (qui lui, n'aime pas Wikipédia pour différentes raisons) écrit dans un billet intitulé "Le web Centripète" :
Un réquisitoire comme qui dirait "sans appel" et qui en arrive à la même conclusion que l'article de Garkinkel : le danger n'est pas dans Wikipédia, il est dans les usages naïfs de Wikipédia. Un débat vieux comme le monde (scientifique) : la découverte de la fission nucléaire n'est pas un danger. C'est son instrumentalisation (pour fabriquer des bombes) qui en est un. Wikipédia ne menace personne, sa politique de publication est parfaitement lisible et explicite. Ce qui ne la met naturellement pas à l'abri de la critique.
Wikipédia est un go-between culturel planétaire.
Parce qu'internet, parce que la surcharge informationnelle, parce que l'infobésité, parce que nos comportements connectés, parce que l'émergence de nouveaux modèles d'autorité, parce que, parce que, parce que ... Wikipédia s'est construite et a émergé dans ce contexte là. Elle n'est pas réductible à une encyclopédie classique (argument mis en avant pas ses idolâtres), pas davantage qu'elle ne l'est à une anti-encyclopédie (argument mis en avant par ses détracteurs). Elle est une forme neuve, intermédiaire, de la mise en circulation et de l'agrégation des connaissances.
La formation sur les berges du Styx.
Là où Carr et Garfinkel ont tous les deux raison, c'est que nous sommes tous des Wikipédiens, et parfois presque "malgré nous". Comme nous sommes par ailleurs tous des Googlers. Nous utilisons tous l'encyclopédie et le moteur. Nous ne comprenons pas tous comment ils fonctionnent. Nous ne les alimentons pas tous de manière consciente ou inconsciente, de manière honnête ou détournée. Mais nous les utilisons tous. Nous y sommes tous perméables. Et il n'y a que très peu de chances pour que cela change avec les prochaines générations. Celles-ci seront victime de ce que vous me permettrez d'appeler le talon corps d'Achille numérique. Keskesékessa ? Souvenez-vous d'Achille, de son corps invulnérable une fois trempé dans le Styx, et de son seul point faible, le talon par lequel sa mère le tenait lors de son immersion. Les usagers de l'écosystème numérique de demain seront tous des achilles numériques à l'envers. Ils seront entièrement perméables au mode d'accès, de représentation et d'organisation des connaissances et des informations que leur proposent dès aujourd'hui l'encyclopédie et le moteur. A ces usagers là, il reste une force. C'est leur talon d'Achille : ce petit bout d'eux-mêmes qui ne fonctionne pas uniquement sur des habitus numériques induits, et qui, ce faisant, leur permet d'interpréter ces outils avec la distance critique suffisante. Suffisante ET nécessaire. Alors le dire. Et le répéter encore : seule la formation, seule la formation à une culture de l'information permet cela. La dynamique de propagation des habitus numériques, la façon dont ils modèlent notre monde de manière aussi structurante que parfois pernicieuse, cette dynamique réduit progressivement ce talon d'Achille à une peau de chagrin. L'urgence en termes de formation est réelle. Elle est même vitale.
(Temps de rédaction de ce billet : 2h15)
Rédigé le 28 oct 2008 à 14:29 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (1)
Aujourd'hui la "cartographie" du web est devenue courante. Et ce n'est pas un hasard. Occupants maladroits ou simples visiteurs, cybersquatteurs en quête perpétuelle d'ameublement, nous "habitons" désormais littéralement le cyberespace. Nous ne pouvons donc tout simplement plus nous permettre de ne pas en avoir de carte. On ne compte plus les projets de recherche pionniers, les blogs de référence, les moteurs cartographiques, les outils aussi riches que variés. Cartographie de tout (ou à peu près) et partout. Derrière tout cela (et ceux-là), il existe un ouvrage de référence. Une bible. LE livre de chevet de tous les cyber-géo-cartographes professionnels et amateurs. C'est l'Atlas of Cyberspace de Rob Kitchin et Martin Dodge, paru en 2001, alors que Google avait 3 ans, que Rome remplaçait Sparte, que Déjà Napoléon pointait sous Bonaparte. Si la cybergéographie est aujourd'hui reconnue comme un authentique champ de recherche (à l'étranger tout au moins ...), c'est essentiellement à cet ouvrage qu'elle le doit. Et si je vous en parle aujourd'hui c'est parce que l'ouvrage en question est désormais intégralement disponible en ligne sous licence Creative Commons. A lire donc ou à relire ... La version Haute définition de l'ouvrage est un petit bijou pour les illustrations :-))
Ce que cet ouvrage à de pionnier, s'il fallait le résumer, c'est qu'il fut le premier (?) à s'intéresser à la géographie des flux de données en tant que telle, comme on s'était auparavant intéressé à la géographie des flux humains ou financiers. Cette Cybergeographyflow là est aujourd'hui naturellement essentielle. Elle l'est d'autant plus qu'elle éclaire sous un angle impensable à l'époque, ces géographies "parentes" des flux humains et financiers. Demain peut-être elle les supplantera définitivement (cf le très à la mode et très disruptif "cloud computing"). Il faut également avoir cela en tête pour relire avec gourmandise l'Atlas du Cyberspace.
En cadeau bonus, cette photographie d'un Internet qui paraît avoir 1000 ans et qui ne date pourtant que de ... 14 années.
Et oui ... Qui se souvient des Monster List de l'espace FTP, qui se souvient que la liste arborescente du CERN était à l'époque l'une des seules entrées "grand public" de l'internet ? S'il y en a qui ont le temps, il y aurait un joli travail de graphisme et de réflexion à faire pour redessiner cette carte en l'adaptant à l'Internet actuel ...
Autre aspect visionnaire de l'ouvrage, un chapitre entier (le n°4) est consacré à la "cartographie des conversations et des communautés". Je vous rappelle que nous sommes en 2001 et que (même aux Etats-Unis) personne ne sait encore ce que c'est qu'un blog ...
Un ouvrage majeur qui se termine pas ces mots : "And remember : there is no true map of cyberspace."
Et si vous êtes tentés d'approfondir la question, la bibliographie d'Eric Guichard sur le sujet est une autre ressource incontournable (même si elle date un peu). Et puis un dernier lien opur la route, signalé par InternetActu : le manifeste pour la géographie numérique, et une synthèse sur le développement de la cartographie collaborative en ligne.
(Sources : The End of Cyberspace // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures)
Rédigé le 27 oct 2008 à 22:09 dans Documents et ressources pédagogiques, Ecologie de l'info, Réseaux sociaux | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Préambule : des licences creative commons en général et de celle d'Affordance en particulier.
Certains d'entre vous le savent, d'autres pas. L'intégralité des contenus de ce blog est disponible sous licence Creative Commons. Ce qui vous donne le droit de les réutiliser comme vous voulez, à condition que ce soit en citant la source, et à condition que cela reste en dehors de tout cadre commercial. Voilà les faits. Il m'arrive parfois (très rarement) de déposer certains de ses billets sur d'autres plateformes (Agoravox principalement). Cela me permet de me confronter à un autre type de lectorat que les habitués d'Affordance. Mes rares expériences en ce domaine (seulement 7 ou 8 billets publiés sur Agoravox sur les 1408 que compte ce blog), m'ont plutôt dissuadés de continuer l'expérience (vu la teneur polémique et souvent assez peu constructive des commentaires, même si, depuis mon dernier essai, la politique de modération a été entièrement revue), ou alors de publier dans ces plateformes des billets entièrement re-rédigés et re-formatés pour l'occasion (ce que je n'ai pas le temps de faire). Il m'arrive également d'être parfois sollicité par la presse "nationale". A ce moment là et pour de bonnes (diffusion beaucoup plus large de mes cogitations) ou de mauvaises raisons ("vanitas vanitatum ..."), j'effectue une entorse relative à la licence précédemment évoquée, puisque que les journaux qui publient ou republient mes billets le font dans un cadre commercial "relatif" (ainsi les articles d'Ecrans, le mag de Libé, sont librement consultables, mais les archives du Monde sont payantes). Bref, pas de quoi fouetter un labrador, de toute façon, tout reste disponible gratuitement pour les lecteurs d'Affordance (c'est l'essentiel de mon point de vue) et je ne touche pas un sou pour cette éphémère "renommée". (Nota Bene en passant : cette logique va même plus loin puisque je m'efforce également de l'appliquer à mes publications scientifiques, déposant systématiquement une version de mes articles acceptés dans des revues payantes, sur des sites d'archives ouvertes, ce qui m'a déjà valu et me vaudra probablement encore quelques - petits - conflits).
Vendredi, ou les limbes du pacifique "le lundi au soleil" des blogueurs.
Avec le lancement d'un nouvel hebdo intitulé Vendredi, me voilà dans une configuration inédite que je vous soumets (parce que vous êtes souvent de bon conseil et qu'on se dit tout :-). Le modèle économique et éditorial de cet hebdo est un peu particulier. Pour faire court il s'agit de reprendre une sélection d'articles parus sur le web, notamment dans la "blogosphère" (mais pas exclusivement). De faire un hebdo "papier" reposant uniquement sur des contenus "Internet amateurs" (c'est à dire, si j'ai bien compris, des amateurs plutôt "éclairés" - chercheurs, avocats, simples citoyens - ou dotés d'indéniables qualités rédactionnelles, mais ne disposant en tout cas pas de carte de presse). Parce que j'aime bien l'idée, parce que je crois que dans le contexte actuel (états généraux de la presse et rapport Giazzi) elle mérite en tous les cas d'être testée, parce que j'ai été sollicité par Jean-Marc Manach et que j'aime bien ce qu'il fait en général, parce qu'à l'initiative de ce projet on trouve Jacques Rosselin et que ce dernier fut en sont temps à l'initiative de Courier International, parce que Philippe Cohen (Marianne2.fr) est également de l'aventure, parce que parce que parce que ... j'ai accepté qu'ils reprennent un billet pour le prochain numéro de Vendredi (24 Octobre), et si l'occasion se représente, j'accepterai encore. Et au moment où j'ai accepté, je l'ai fait dans mon état d'esprit habituel (c'est à dire sans demander de dédommagement financier).
Mais j'ai ensuite reçu ce mail :
Qui suis-je, où vais-je, et combien suis-je payé ?
Et c'est là que je suis coincé. En admettant (cas d'école) que même si la blogosphère est très large, le magazine Vendredi soit amené à reprendre les articles de certains blogueurs plus fréquemment que d'autres, et en admettant que je sois parmi ces quelques élus (cas d'école, je le répète), je suis donc en situation de tirer quelques revenus de mon blog (pas de quoi fouetter un poney je vous l'accorde, mais de quoi augmenter un tout petit peu mon pouvoir d'achat) et je fais une entorse à la "philosophie" ou en tout cas à "l'esprit" de la licence creative choisie en acceptant donc, par convention, d'être rétribué (peu et tout à fait aléatoirement) pour certains articles. Bref je deviens pigiste-joker pour un organe de presse. Une solution serait naturellement de refuser non pas d'être "repris", mais d'être payé pour cela. Or, pour bien comprendre mon état d'esprit actuel, sachez que je n'ai pas d'états d'âme à percevoir quelques dizaines d'euros de temps à autre (encore une fois rien ne dit que cela se reproduira à une fréquence suffisamment régulière pour être pécuniairement significative) vu le temps que je passe à alimenter Affordance (et comme en plus c'est la crise hein ...), le tout en "supplément" de mes activités de recherche et d'enseignement (pour lesquelles, afin que tous les éléments soient sur la table, je touche 1800 euros nets par mois).
Et donc ?? Donc disons, pour faire simple, qu'en acceptant cela, pour le moment, et pour ce journal particulier, je change (me semble-t-il) légèrement sinon la nature de cette publication (mon blog), du moins le "contrat éditorial et lectoral" qui le caractérisait jusqu'à lors. En clair : vous êtes toujours sur un blog de chercheur, ce blog est toujours sans autre filtre éditorial que celui de la subjectivité assumée par son auteur, mais ledit chercheur vient d'accepter d'être (occasionnellement) rétribué par un organe de presse, organe certes innovant mais organe tout de même. Vous me direz il y a encore une grande marge avant que je me mette à publier des publis-rédactionnels vantant les mérites de la Seat Laguna de Mitsubishi, mais ... "mais tout de même","en cherchant bien", "s'il l'a déjà fait une fois", et patati et patata ...
Alors à votre avis :
Ceux qui ont tapé 1 peuvent arrêter ici la lecture de ce billet.
Vers un lissage des espaces de publication.
Pour les autres (ceux qui ont tapé 2), au-delà de tout cela, reste entière la question de savoir si cette "carotte" potentielle impactera à terme le mode de publication et le rédactionnel d'Affordance (non à 99,9%) ou d'autres blogs/sites (je n'en sais rien mais suspecte que "oui, probablement, pour certains en tout cas"). Question subsidiaire encore, si le modèle Vendredi prend (ce que je lui souhaite), va-t-on vers un lissage des espaces de publication existants et des autorités afférentes : citoyens / journalistes / auteurs ? Et si oui, ce lissage est-il une bonne chose ? Pour préciser ma pensée, et en mettant cette fois de côté le cas particulier d'Affordance et des blogs tenus par des scientifiques en général, il est un grand nombre de rédacteurs dans la blogosphère auxquels il ne manque que la carte de presse pour s'installer journalistes : <Polémique> le travail souvent minutieux d'écriture qu'ils effectuent, la vérification et le croisement souvent tout aussi minutieux de leurs sources, la qualité du rédactionnel et du style, la fréquence et/ou la régularité de publication, l'expertise métier dont ils peuvent se prévaloir ... tout cela leur permettrait (à mon sens) de ne pas prétendre "abusivement" à l'obtention d'une carte de presse (pas plus abusivement en tout cas que Jean-Pierre Pernaud). </Polémique> Dans le même temps, et c'est aussi un peu cela qui fait l'intérêt des médias "de niche" vis à vis des médias "mainstream" (à mon sens toujours), dans le même temps disais-je, le fait de ne pas disposer de carte de presse est également une liberté formelle importante, du genre de celle qui constitue une ligne de démarcation intellectuelle servant de repère aux lecteurs des uns (bloggueurs) et des autres (journalistes). Nul ne nous oblige en effet à être en permanence "en situation de journaliste" ou à tout le temps "jouer" au journaliste : on a le droit à l'erreur (les journalistes aussi me direz-vous), le droit à la mauvaise foi, à la mauvaise humeur, le droit de décréter un jour avoir une ligne éditoriale à tenir et le droit tout aussi imprescriptible de s'y soustraire le lendemain.
A partir de là, il y a deux manière de traiter le problème : soit façon "café du commerce" sur la vieille antienne "tous citoyens, tous journalistes", soit avec talent et sous différents angles problématiques (Ecosphère, Novövision, etc ...). Dans cette optique, l'initiative lancée par Vendredi devrait rapidement permettre d'y voir un peu plus clair dans les stratégies éditoriales à l'oeuvre sur le net et dans la blogosphère. Comme serait tenté de le dire le chercheur qui sommeille en moi, voilà qui interroge sérieusement le paradigme éditorial en amont
(filtrage et sélection) comme en aval (réécriture et distribution), en synchronie
(phénomène du temps-réel) et en diachronie (fixation de la durée lié au
support papier), dans son unicité (le choix éditorial d'un seul ou de
quelques-uns) et dans sa pluralité relative (la blogosphère et le web
sont en fait ramenées à 600 sources suivies par Vendredi).
Tactique de la citation et stratégie de la présence. Ou réciproquement.
Je voie encore une problématique intéressante dans ce lancement : l'écriture "pour le web" est pour l'instant majoritairement une écriture pensée dans une stratégie de présence. Il faut "occuper l'espace" (virtuel) du Net. Une écriture de la présence : il faut être présent dans les résultats des moteurs. Une écriture du placement : il importe d'être bien placé, bien référencé. Or ce que nous enseigne l'héritage de l'écriture scientifique, c'est la manière dont s'est progressivement constituée une écriture de la citation. Il ne s'agit cette fois plus "seulement" d'occuper la place, mais bien d'être (bien) cité par d'autres, parce que c'est là le meilleur moyen ... d'occuper la place. Dans l'écriture scientifique, la présence est une tactique et la citation une stratégie. Dans l'écriture blogosphérique mainstream, la citation est une tactique (les hyperliens), et la présence une stratégie**. Un phénomène que confirme d'ailleurs la dernière étude de Jean (Véronis) qui fait état d'un très faible taux d'utilisation des liens hypertextes dans les billets de blogs (à peine un lien tous les 12 billets**** ...). De fait, le travail de réécriture (ou plus exactement d'adaptation au média papier) que vont se coltiner les journalistes de Vendredi sera peut-être dont moins ardu que prévu.
Au final, ce que permettra peut-être de synthétiser rapidement l'initiative Vendredi, c'est la symbiose de ces écritures, de ces deux logiques éditoriales : écrire pour être présent, et écrire pour être cité (d'autant que l'on n'écrit naturellement plus de la même manière quand on sait que l'on sera, peut-être, cité dans un autre contexte que celui du rédactionnel initial). Une fois cette symbiose réalisée (si elle se réalise), peut-être verra-t-on émerger un nouveau pacte éditorial, ou ... ou peut-être ne fera-t-on que retomber dans un schéma aussi ancien que connu : celui des spécialistes qui expertisent, celui des journalistes qui reformulent et interprètent, et celui des lecteurs qui lisent.
Et moi, CQFD, j'ai gagné ma poignée euros si ce billet est cité dans un prochain numéro de vendredi ;-)
** sur la différence entre tactique et stratégie, voir par exemple ici.
**** </Digression> un lien tous les 12 billets ... j'avoue en être tombé de ma chaise à la lecture de ces résultats :-( J'ignore à quoi cela est dû, mais de mon côté je ne conçois pas de rédaction de billets sans déployer de liens externes (je suis très souvent frustré par la lecture de blogs - par ailleurs excellents - mais qui ne renvoient qu'à eux-mêmes). A l'époque un outil comme PubSub (qui fut, sauf erreur de ma part, le grand précurseur des outils de classement blogosphériques façon Wikio), un outil comme PubSub fournissait de très intéressantes statistiques détaillées sur les blogs répertoriés dans sa top-list, notamment concernant les liens entrants et sortants (la preuve en image). D'ailleurs, si Jean me lit (bonjour Jean), dans la série des bonnes idées à mettre en oeuvre pour les WikioLabs quand les journées feront 48 heures, je verrai bien une reprise de ces fonctionnalités à l'intérieur de Wikio. </Digression>
Sur le sujet (du lancement de Vendredi et de l'intérêt ou du non-intérêt de son modèle éditorial), voir aussi : InternetActu pour le clin d'oeil amical et les infos discutées en commentaire du billet, Marianne2 pour un reportage la veille de la sortie, Ouinon pour l'opinion de quelqu'un qui n'y croit pas et qui dit pourquoi, le fil Twitter de Joel (Ronez) qui n'y croit pas non plus, Ecrans pour le pitch, Novövision pour plein d'autres bonnes questions.
P.S. : concernant la "poignée d'euros" évoquée dans ce billet, inutile de me poser la question en commentaire (je vous connais ;-). J'ai demandé à l'équipe de Vendredi si je pouvais communiquer ce chiffre, ils m'ont répondu qu'ils ne le souhaitaient pas, principalement "pour éviter un buzz autour de cet aspect-là de la cuisine interne de Vendredi." J'avoue ne pas bien comprendre ce mystère (d'autant que la somme est minime), mais je me plie aux volontés de mon ex-futur-probable-employeur-occasionnel :-)))
(Temps de rédaction de ce billet : 4h30 heures ... mais pas d'affilée)
Rédigé le 21 oct 2008 à 09:06 dans Ecologie de l'info, Francoblogsciences, Métier, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
Le 11 Avril 2008 sur son blog Webmaster Central, Google annonçait qu'il allait désormais se donner les moyens d'indexer certaines données disponibles "derrière" un formulaire, faisant ainsi reculer encore un peu le périmètre du web invisible. Comme je l'avais souligné au moment de cette annonce, un certain nombre de paramètres restaient encore dans le flou (quels formulaires ? sur quels sites ? comment ?). Six mois plus tard, sur le même blog, Google vient d'annoncer sa solution partielle au problème : cela s'appelle le First Click Free. Et comme souvent avec Google, c'est une très bonne idée, une idée par ailleurs très simple ... mais une idée que lui seul est en mesure de proposer et d'implémenter de manière significative du fait de sa situation quasi-monopolistique, une idée qui met également en péril une certaine conception du Net. Mais revenons au First Click Free.
De quoi s'agit-il ?
Les webmasters proposant du contenu protégé (par exemple sur le modèle payant par abonnement, comme les grands quotidiens de presse), auront la possibilité d'ouvrir leurs pages "privées" au crawler du moteur. Résultat ? Ce contenu sera indexé par Google, et l'internaute qui arrivera sur cette page depuis Google, y aura accès. Et oui. L'internaute qui arrivera sur cette page depuis Google. Pas "depuis un autre moteur". Google offre comme garantie que l'internaute qui souhaitera consulter les pages liées au contenu ainsi "dé-protégé" ne pourra pas le faire. C'est donc la technique bien connue des marchands d'aspirateurs du siècle dernier qui est retenue : celle du pied dans la porte. Le problème, c'est que ladite fonctionnalité instaure de facto un web à deux vitesses, qui semble contraire au principe que Google se fait par ailleurs fort de défendre, celui de la neutralité du Net en tant que réseau, en tant qu'infrastructure. Pour bien comprendre et sans faire trop long sur le sujet, rappelons que derrière la problématique de la neutralité du Net, la question est de savoir si les fournisseurs d'accès ont ou non la possibilité d'élargir ou de restreindre "sur mesure" la bande passante dédiée à certains sites. Naturellement, dans le cas des First Click Free, Google ne se positionne pas sur le créneau de l'infrastructure (ce qui lui permet de continuer à "militer" pour le maintien d'une neutralité du net), mais sur celui (c'est son métier) des contenus.
Alors en quoi est-ce contraire au principe de neutralité du Net ?
Et bien jusqu'ici, les moteurs se différenciaient par deux points : leur algorithmie, et leur infrastructure technologique leur permettant d'indexer le plus grand volume possible d'informations disponibles et de mettre à jour leur base d'index. Pour le dire différemment, si certains contenus étaient disponibles sur certains moteurs et pas sur d'autres, ce n'était en rien dû au fait que les éditeurs de ces contenus avaient ou non passé un "contrat d'indexation" avec tel ou tel moteur, mais simplement au fait que les routines d'indexation de tel moteur étaient plus efficaces que celles de tel autre. Avec First Click Free, la donne est radicalement changée. Pour la première fois à l'échelle du Net, des éditeurs vont pouvoir contractualiser l'accès à des parties payantes de leur site, avec un seul acteur au détriment des autres.
Tempête dans un verre d'eau ?
Pas vraiment. On savait déjà que les moteurs aimaient bien tisser des liens d'affection, soit avec des services dépendant directement de leur propre écosystème (ex : les vidéos de YouTube et les blogs de Blogger sont légèrement surpondérés dans les résultats de Google), soit avec des services tiers desservant prioritairement leur propre modèle économique (Ebay, Amazon ...). On savait également que les mêmes moteurs prospéraient sur des liens d'affiliation (offre Google Adsense).
Après les liens d'affiliation et d'affection, voici venue le temps des monopoliens.
Ce qui est explicitement proposé aux webmasters (pardon d'insister un peu lourdement), c'est l'indexation exclusive de certains contenus. Jusqu'ici, l'ouverture d'un contenu à un moteur, signifiait également l'ouverture de ce même contenu à tous les autres acteurs de la recherche d'information.
Quelle est la cible ?
Poser la question des (monopo)liens, c'est nécessairement poser la question de la cible d'un tel service. Pas besoin en l'occurence d'aller chercher bien loin. Si certains sites de particuliers ou certains portails d'entreprises peuvent être intéressés par cette visibilité accrue sur des contenus jusqu'ici inaccessibles, c'est (à mon avis) très clairement la presse en ligne qui est visée. Souvenez-vous en la matière de la complexité de l'indexation des contenus de la presse par Google (service Google News). Après les procès intentés par les sites de presse dans différents pays, après les accords passés avec certaines agences, Google ne se contente plus de son pourtant déjà très remarquable coup du chapeau. Prenons la question du côté d'un site de presse généraliste national ; les données sont les suivantes : je veux que mon contenu (y compris une partie de mon contenu payant) soit indexé et visible sur les moteurs de recherche. Je veux cela parce que je n'ai pas le choix et que je ne peux pas me passer du traffic généré par les moteurs. J'avais donc jusqu'ici le choix entre "garder mes contenus fermés à l'indexation" (et donc me priver du traffic qu'ils auraient pu générer), ou "donner mes contenus ouverts" (et là aussi me priver du traffic généré puisque les internautes consulteront lesdits contenus sur Google News plutôt que sur mon propre site). Avec les monopoliens, j'aurai désormais la possibilité d'amener du traffic vers mon site, en contrôlant la visibilité de mes contenus, sans risquer de voir mon audience sur lesdits contenus "déportée" vers les moteurs de recherche et leurs services d'agrégation d'actualités. Cette proposition de Google va donc probablement ravir ou à tout le moins donner du grain à moudre à ceux qui planchent en ce moment sur l'avenir de la presse.
Monopoliens sous conditions.
Si vous n'êtes pas encore convaincus que c'est bien la presse en ligne qui est directement visée, les conditions (Guidelines) fixées par Google (bé oui, en plus il fixe des conditions) devraient achever de vous convaincre. Pour ceux qui choisiront de mettre en oeuvre ces monopoliens, il faudra : (1) "que les internautes qui arriveront sur ces pages puissent voir le texte intégral du contenu", (2) "que le contenu affiché soit identique à celui offert à l'indexation du GoogleBot", (3) "que si la source liée est un article affiché sur plusieurs pages" (ce que font fréquemment tous les sites de presse) "il soit possible de consulter l'intégralité de l'article en une seule page sans qu'on lui demande (à l'usager) de s'enregistrer ou de payer".
Un nouveau contrat de dupe ?
Concrètement, en autorisant ainsi Google à indexer certaines données "privées / payantes" de leurs sites, et même si Google donne comme garantie que les usagers ne pourront pas aller au-delà du contenu ainsi autorisé, rien n'est en revanche garanti sur le comportement du GoogleBot ... à partir du moment où celui-ci disposera du mode d'accès à l'ensemble des contenus payants du site, il y a de fortes chances pour qu'il ne se prive pas de les indexer à des fins que pour l'instant lui seul connaît (même s'il est naturellement toujours possible de "re"-sécuriser des contenus mais vu le volume et l'architecture des grands sites de presse, il y a de grandes chances pour qu'un certain nombre de pages "fuitent" ainsi vers le moteur, et étant entendu que ce qui intéresse Google ce sont précisément ces contenus d'actualité qui lui restaient partiellement fermés).
Et donc ?
Et donc là encore, comme il le fit déjà avec GoogleBooks pour la partie concernant les ouvrages encore sous droits, Google avance, Google fait sans cesse reculer les frontières de l'indexation, Google alimente son coeur de métier sur des logiques tenant à proprement parler de la dévoration. Ceci doit d'autant plus nous interpeller qu'à mon avis (côté obscur de la force) nous n'avons jamais été aussi près de voir émerger demain un authentique GoogleNet se substituant au réseau Internet tel que nous le connaissons aujourd'hui, et que (côté optimiste de la force) d'autres sont en passe de montrer qu'il est possible d'être à la fois visionnaire et tout aussi "malin" que le Cronos du Net.
(Via Google Blogoscoped // Temps de rédaction de ce billet :1h30)
Rédigé le 20 oct 2008 à 14:28 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Google Print/Books, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
Vous souvenez-vous du débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ? Vous souvenez-vous, dans ce débat, de l'épisode sur l'EPR de 3ème génération ? Vous souvenez-vous de la TRD (tentative de redocumentarisation déviante) occasionnée ? Oui ? (sinon, allez vous rafraîchir la mémoire ici, puis revenez).
L'autre soir, dans un autre pays, un autre débat opposait Sarah Palin à Joe Biden. Et que font aujourd'hui les gens (enfin certains) pendant les débats politiques ? Et bien ils cherchent. Ils cherchent à comprendre. En France ils avaient donc cherché sur Wikipédia la vérité sur l'EPR, et comme les partisans de l'un y trouvèrent la vérité, mais que cette vérité était celle de l'autre, ils se mirent à chacun écrire leurs vérités. Sans dommage heureusement. Aux Etats-Unis, les gens ont cherché ... mais sur Google. Et Google s'est "amusé" avec son outil Google Trends, pour "voir" littéralement ce que les gens tapaient ... dans Google, au fur et à mesure de l'avancée du débat et des arguments. Le compte-rendu que fait Google de cette expérience, est - au-delà du bourrage de mou habituel de la firme - très intéressant. On y apprend d'abord que les gens utilisent énormément la fonction "define:" proposée par le moteur dès qu'ils butent sur un mot (en l'occurence "Maverick" ou "theocracy").
<Digression>M'appuyant sur un panel à peine moins représentatif que celui de Google (mes étudiants), il faut reconnaître que cette fonction (parfois assez indélicate et malgré l'existence d'une remarquable concurrence) remporte effectivement un énorme succès : c'est en effet le seul opérateur qu'ils retiennent sans que j'aie besoin de le leur répéter 17 fois. </Digression>
Donc les gens cherchent. Mais à relire le billet de Google, on s'aperçoit surtout de la fantastique opportunité que représentent pour lui ces grand-messe télévisuelles. Car pendant que les gens cherchent pour comprendre le discours, Google dispose du discours. Google est dans la situation du scientifique qui monte une "manip", une expérimentation, et qui s'efforce d'en contrôler la totalité des paramètres, des variables. Quand un candidat prononce le nom "d'Ahmadinejad" les gens cherchent
[Achmadinijad], [Akmadinijad], [Akmadinajad], [president Iran], [Iran leader]. Et alors ?
Alors avec ce genre de focale (un évènement dont on sait qu'il va - pendant une période de temps donnée - occuper l'attention d'une majorité de l'opinion), alors à cette échelle (des millions d'américains ont regardé ce débat), c'est l'occasion pour le moteur de faire ce que tous les puissants de ce monde (et aussi quelques scientifiques ...) ont un jour rêvé de faire : sentir le pouls réel de la planète, de l'opinion, disposer de données très peu "bruitées" parce que centrées sur un événement donné, dans une fenêtre de temps fixe, mesurable. Difficile en effet, si l'on ne dispose pas du cadre, du contexte fourni par le temps du débat télévisé, d'apparier les requêtes déposées ([Akmadinajad], [president Iran] ...) à une même entité référente ("Ahmadinejad"). Avec la grand-messe politique, Google tient sa source.
OK mais euh ... et alors ?
Alors vous vous souvenez de ce que racontait l'autre jour Peter Norvig (Google Chief Scientist) à propos de l'intelligence des données ? Avec ce genre d'expérimentation politique à l'échelle d'un pays, Google peut se permettre d'avancer considérablement plus vite que les outils du web sémantique. Il peut littéralement "zapper" le recours à des logiques sémantiques au profit d'un apprentissage via des logiques d'auto-renforcement. Le volume des données traitées, "l'intelligence" que leur confère ce genre d'expérimentation sont, dans l'instant et à ce volume, beaucoup plus prometteuses et plus efficientes que ne peut prétendre l'être un web sémantique (ou sémantisé) toujours en manque d'un volume de données (et de métadonnées) suffisamment vaste ou suffisamment homogène.
Oui mais ...
Oui mais le problème c'est que les données, même interprétées, même compilées à cette échelle, ne sont jamais exemptes de variables, d'imprévisibles, d'impondérables variables. Le fameux "grain de sable" capable de détraquer un immense engrenage. Tout ceci pose donc deux questions : l'architecture de Google, autant que son approche, autant que son quasi-monopole, le mettent aujourd'hui clairement en situation (délibérée ou non) de pouvoir fausser les représentations communes, et ce à l'échelle d'un pays, d'une nation. "Je me dis parfois que je peux sentir les sentiments du monde, ce
qui peut aussi être un fardeau. Qu'arrivera-t-il si nous répondons mal
à des requêtes comme "amour" ou "ouragan" ?" disait déjà Apostolos Gerasoulis (le papa d'Ask Jeeves, 4ème moteur de recherche au monde tout de même). Dans sa situation actuelle, Google peut légitimement se poser la question de savoir : "Qu'arrivera-t-il si je peux répondre ce que je crois être le mieux pour eux ?"
Quand les gens tapent [Akmadinajad], [president Iran] au moment d'un débat électoral majeur, qu'arrivera-t-il, que pourrait-il arriver si "je" les renvoyais vers des résultats même légèrement, même infinitésimalement partisans ?
Vous êtes perdus, vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?
Quand les gens ont cherché des informations sur l'EPR lors du débat télévisé français, que serait-il arrivé si on leur avait majoritairement affiché des sites renvoyant davantage à la version d'un candidat au détriment de l'autre ?
Ca y est ? Vous voyez où je veux en venir ?
Avec Wikipédia, nous avons encore la possibilité de contrôler, "d'éditer". Et être capable d'éditer, c'est encore être capable d'éditorialiser, et donc de contextualiser, de diversifier, de distancier. Avec Google nous sommes le nez dans le guidon, le nez dans le miroir, nous n'avons plus que la seule liberté de souscrire à l'ordre de la liste affichée de résultats. Alors bien sûr Google n'oriente pas les résultats en fonction de tel ou tel candidat. Bien sûr la question n'est pas là. La question est de savoir s'il est ou non aujourd'hui déraisonnable de poser de telles questions. Je pense que non. La question est de savoir combien de temps encore la neutralité des données, la neutralité de Google pourra résister aux sirènes de la puissance du politique. A mon avis plus pendant très longtemps. Une question annexe est de se demander s'il ne devrait pas être obligatoire de mettre l'ensemble de ces données à disposition de scientifiques confirmés et ("si possible" aujourd'hui ou "s'il
en reste" demain) non salariés de Google (ou d'une autre holding de
l'infotainment) ? Ou au moins de permettre auxdits scientifiques d'y mettre un peu plus que le bout de leur nez, ne serait-ce que pour avoir la certitude que Google ne sera pas tenté, un jour, de se poser la question "Qu'arrivera-t-il si je peux répondre ce que je crois être le mieux pour eux ?".
(Source : ReadWriteWeb, qui souligne et titre "Google has change political debate for ever" // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures et 15 minutes)
<Update de plusieurs jours plus tard> Google s'intéresse également aux prochaines élections au parlement européen </Update>
Rédigé le 12 oct 2008 à 20:52 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (1)
=======================================
Où il est question de "technologies de l'artefact", "d'éthique hacker", de "perte du sens", "d'intelligence des données", de "traçabilité positive" et de quelques autres babioles ...
=======================================
Ecrans nous offre un beau panorama d'outils relevant du champ des technologies de l'artefact. Fake is a Fake vous permet de détourner (presque) n'importe quel site officiel. L'outil est à la fois robuste et astucieux : il utilise la plateforme Wordpress avec des thèmes (gabarits) reprenant la charte graphique des grands quotidiens (Le Figaro, New-York Times ...) de sites institutionnels (Maison Blanche, Elysée ...) ou événementiels (Pékin 2008 ...).
Dans une autre catégorie, permettant celle-là d'atténuer les technologies de l'artefact par le développement d'une heuristique "technologisée" de la preuve, Logo-Wiki (qui s'inspire de Wiki Scanner) permet de suivre les "Big brother Editors" de Wikipedia, en remplaçant le logo de l'encyclopédie, par celui de la compagnie ou de l'institution à l'origine d'une modification d'article. Pour une démo, voir ici.
Et donc ??
Tout cela fait écho a ce qui s'est raconté lors des dernières rencontres d'Ars Industrialis et notamment à l'intervention d'Alain Mille : il est (heureusement) encore possible d'inventer une ingénierie "positive" de nos traçabilités numériques. Echo également à l'intervention de Peter Norvig indiquant que l'avenir était à une formule du web contenant de moins en moins de "code" et de plus en plus de "données" (le fameux "less code, more data"). Or seul le code, seule l'écriture peut donner "un" sens à l'alignement et à l'empilement des données. Leur seul recoupement ne leur confère que "du" sens, différemment interprétable, différemment "compilable", différemment instrumentalisable, et en tout cas seulement lisible de ceux qui peuvent et pourront disposer d'une agrégation, d'une représentation suffisamment vaste desdites données. Donc accepter de se priver du "code", de le laisser tomber en désuétude, reviendrait - pour nos sociétés numériques - à s'interdire l'écriture et tout ce qu'elle autorise : le détournement parfois, l'explicitation souvent. Et à l'heure où le web se dirige effectivement vers une "intelligence des données", il faut redonner ses lettres de noblesse à l'écriture, au code. A ce titre, le rôle des Hackers est tout à fait salutaire. Ils disposent pour l'instant d'une maîtrise suffisante du code pour interpréter les données d'une manière "différante". Ce faisant, ils offrent une alternative à la fois possible et crédible - parce qu'incarnée - à l'agglomérat mainstream de données dans lequel nous engluent chaque jour davantage les multinationales du net, dans lequel nos pratiques, coupées de l'écriture, nous engluent tout autant. Et c'est probablement dans cette articulation complexe que le Web 2.0 prend sa vraie mesure : en nous offrant des outils nous permettant de ne nous soucier que des contenus, il nous conforte dans l'illusion d'entretenir une écriture alors que nous n'entrons que des données. Web2dizzaster (également repéré par Ecrans) illustre parfaitement ce paradoxe : quand les contenus s'effaceront, quand les données s'effondreront sous leur propre poids, seule subsistera l'écriture, le code. Mais cette écriture en sera réduite à sa plus simple expression : elle ne sera plus qu'ornementale. Et il y aura longtemps qu'en acceptant d'en perdre la maîtrise, nous en aurons perdu la profondeur, nous en aurons perdu le sens.
Et donc pour résumer le tout en une deux trois phrases ? Il faut que le Skywriting (et pas seulement académique ou universitaire) trouve sa place dans l'univers du Cloud Computing. Que "l'écriture dans le ciel" rivalise de présence avec "l'informatique en nuage." Attendons nous sinon, à de très fortes précipitations dans la manière dont nous y prêterons (notre) attention, dans la manière dont cela modèlera toute une économie de l'attention.
// Temps de rédaction de ce billet : 45 minutes //
Rédigé le 06 oct 2008 à 19:57 dans Document numérique,