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Société de surveillance, panoptique et big brother d'un côté. Société de sous-veillance, little sisters et nonopticon de l'autre. L'externalisation de nos mémoires documentaires, la dissolution de la frontière entre le mo(n)de connecté et déconnecté, dissolution qui rend étrangement semblable l'architecture de villes, de nos espaces réels, avec celle des composants électroniques qui structurent chaque jour davantage notre rapport ... au réel. Le tout en 39 secondes dans une publicité qui dit beaucoup plus que ce qu'elle veut montrer.
(Via Cyber Badger Research Blog)

Microsoft renonce à Yahoo! Et après ?

Ci-dessous la reproduction (autorisée) d'une analyse d'Hervé Le Crosnier*** à propos de l'ultime épisode ayant vu Microsoft renoncer à l'acquisition de Yahoo!.
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Ayant pris la responsabilité de donner mon avis sur la fusion Yahoo!-Microsoft quelques heures après l'annonce de l'offre du numéro un du logiciel, je me dois de continuer à évaluer à chaud ce qui se cache derrière la suspension de l'offre par Microsoft intervenue ce samedi 3 mai.
Dans mon appréciation de la fusion (dont on retrouve une version retravaillée dans le numéro de mars du Monde Diplomatique - http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/LE_CROSNIER/15673) je plaçais deux points d'analyse :

  • le marché de la publicité, et la nécessité pour Microsoft de contrer la domination de Google. Dans cette optique, Yahoo! apportait deux éléments : sa force dans la publicité de bannières et son moteur de recherche qui permet d'associer plus précisément les centres d'intérêt du lecteur et la publicité.
  • la mutation des logiciels vers le mode "software as a service" et le danger que cela représentait pour les produits de Microsoft. Ce dernier doit maintenant devenir un "acteur de l'internet" à part entière. Pour cela, il a besoin d'intégrer des spécialistes reconnus des techniques spécifiques du réseau (cloud computing, développement partagé, interface utilisateur au travers des navigateurs,...). Sur ce marché, Microsoft est concurrencé de toute part, mais spécifiquement par Google et Adobe (un acteur majeur trop souvent oublié dans les analyses qui se focalisent sur la publicité).

Ces deux éléments restent d'actualité. On aurait cependant tort de limiter l'opération à la seule dimension publicitaire. Mais ces deux éléments sont aussi des forces centripètes dans le cadre d'une fusion.

Yahoo! continue à faire flèche de tout bois pour montrer que sa domination sur le marché publicitaire de marque peut s'étendre aux autres formes de publicité. Ainsi, Yahoo! a racheté IndexTools, une société d'analyse marketing en ligne au début d'avril, en plein période de tension autour de l'offre de Microsoft. C'est aussi début avril que Yahoo! a fait les premières démonstrations de AMP, son futur système de place de marché publicitaire, offrant une plus grande souplesse aux annonceurs et cherchant ainsi à rejoindre les forces de Google en ce domaine. Enfin, c'est Yahoo!-Buzz qui est largement promu en mars (http://buzz.yahoo.com/ ). Ce site s'inspire des sites de promotion par les lecteurs, comme Digg, mais évidemment décuplé par la "puissance Yahoo!" un nombre de visiteurs largement supérieur en raison de la nature multiple du portail de Yahoo (depuis le shopping jusqu'à la recherche de pages web).

Les cultures d'entreprises diffèrent largement entre Yahoo! et Microsoft. Et la fusion de ces deux structures aurait aussi un coût non négligeable (départ de chercheurs de chez Yahoo!, nécessité d'accorder des primes importantes pour garder les informaticiens clé...). Ce surcoût largement prévisible est certainement une des raisons qui incitent Microsoft à ne pas augmenter son offre sur Yahoo!

Or la quantité d'informaticiens de haut niveau disponibles sur le marché du travail est très faible par rapport aux besoins de cette industrie. Microsoft le sait, et sa capacité à maintenir dans son giron les ingénieurs de Yahoo! est un élément essentiel pour lui permettre une nouvelle stratégie sur internet. L'autre fers au feu en ce domaine est l'action de Microsoft pour simplifier l'embauche aux Etats-Unis des meilleurs informaticiens de tous les autres pays (brain drain). Bill Gates a ainsi témoigné le 12 mars devant le congrès US pour l'assouplissement des règles dites "visas H-1B" pour que l'industrie étatsunienne puisse rester dominante dans les nouvelles technologies.
Ajoutons que les techniques pour développer des "data centers", et renforcer le "cloud computing" relèvent largement de compétences qui sont encore rares. Hébergée par la Fondation Apache, le système libre Hadoop permet la diffusion d'une "culture technique" adaptée aux formes nouvelles du combat industriel de l'internet. Or, s'il est basé sur l'algorithme "MapReduce" propriété de Google, Hadoop est soutenu par deux
ingénieurs de Yahoo! C'est aussi cette capacité créer avec la communauté du logiciel libre des outils fondamentaux pour les technologies en plein boom qui intéresse Microsoft. Chaque pas que cette entreprise fait en direction du logiciel open source est entravée par une manie de la "propriété intellectuelle", qui ne s'accorde pas avec les comportements et les objectifs des développeurs du logiciel libre (qui sont aussi souvent des employés d'entreprises, parfois même de concurrents qui trouvent intérêt à une "coopétition" pour créer de nouvelles avancées).
Yahoo! serait ainsi une passerelle convaincante et pourrait instiller un peu de souplesse dans la structure de développement de Microsoft. Ce qui est essentiel, alors que Google et IBM, de longue date utilisateurs et contributeurs à Linux, font une opération commune pour doter les universités étatsuniennes de data-centers en mode nuage afin de leur permettre de former les étudiants à ces nouvelles techniques de parallélisation des logiciels.
Enfin, la question du contenu d'information plane aussi sur ce projet de fusion. Les moteurs de recherche ont tendance à se désintéresser des objets documentaires pour se focaliser sur la mise en relation et les bénéfices publicitaires associés. Or Yahoo! est un moteur de recherche particulier : son histoire de premier "portail" de l'internet le fait aussi ressembler à un média, un "point d'accès" par navigation et pas seulement par recherche comme Google.
Or les tiers-larrons qui ont été convoqués dans la négociation sont aussi des systèmes de production de contenu ayant besoin d'exister comme vecteurs de mise en relation : Murdoch d'une part et AOL de l'autre. Pour l'un comme pour l'autre, il s'agit de se positionner dans le cadre de la "délinéarisation" des médias (on va lire/écouter/regarder telle ou telle émission ou document suivant des "aggrégateurs de programmes" et non suivant le flux régulier d'un média). Ce phénomène tend à s'accélérer avec les techniques du web dit 2.0 (flux RSS, dépôts de vidéos, intégration de vidéos ou d'information au sein des pages web, systèmes de promotion "sociale",..). Chaque "article" ou "émission" devra trouver son lectorat en marge de l'audience générale de la (ou des) chaînes qui vont les diffuser. La recherche prend une place déterminante, le buzz aussi. Yahoo! n'a pas dit ses derniers mots dans ce domaine. Et Microsoft, qui n'a pas bonne presse sur l'internet, a besoin de se positionner rapidement sur ce terrain. D'autant que son propre moteur de recherche, Live Search, reste bien en deça des qualités de Yahoo! ou Google. Selon son propre responsable, Brad Goldenberg : "Aujourd'hui, 40 % des requêtes sur Live Search ne trouvent pas de réponses". La fusion est une façon pour Microsoft d'incorporer dans sa sphère d'influence les médias tels News Corp. ou AOL,... grâce à une stratégie de recherche plus affinée, et ainsi de faucher l'herbe sous le pied à Google.
Pourtant, ce 3 mai, Microsoft a "jeté l'éponge". Les prétentions de Yahoo! ont été jugées excessives. Et l'idée de se lancer dans une OPA hostile, un instant caressée par Steve Ballmer, le PDG de Microsoft, a été abandonnée. Nous touchons là une des nouvelles situations liées au numérique et à la "société de la connaissance" : l'intégration d'équipes ne peut se faire que de façon volontaire. Aussi incroyable que cela puisse paraître aux financiers habitués à considérer les salariés comme quantité négligeable. C'est ainsi que Laura Martin, analyste financière a déclaré à Bloomberg News à propos du refus de la fusion par Yahoo : "This is management putting its employees and its job security ahead of current Yahoo shareholders’ interest".

Que va-t-il se passer maintenant ?
Trop tôt pour le dire, mais on sent bien que cette fusion est à la fois nécessaire à Microsoft et mal vécue par Yahoo! et plus encore par son patron et fondateur Jerry Yang. Il faudra trouver un nouveau compromis. Soit accepter la crise de management de Yahoo!, avec vraisemblablement le départ de ses membres fondateurs, et certainement la perte sa culture d'entreprise... qui est pourtant une des choses dont Microsoft a besoin pour renouveler la sienne et faire face à la nouvelle situation de l'internet. Soit reposer la fusion dans un cadre élargi, avec une plus grande implication des médias et la naissance d'un nouveau type de puissance médiatique. La volonté de Time-Warner de séparer ses activités de producteurs de celle de diffuseur et le statut instable de AOL sont des indices rendant possible une telle opération. Et nul ne peut jamais prévoir où Murdoch va décider de frapper à nouveau sur la scène de l'internet.

Une chose me semble cependant certaine, c'est que le status quo ne pourra pas durer. Yahoo! isolé serait sur une pente descendante... car Microsoft devrait évidemment trouver une solution de rechange qui marginaliserait rapidement une entité comme Yahoo! Surtout au moment où sa propre stratégie est en pleine effervescence, comme souligné plus haut, mais aussi comme le montrent des initiatives telles que l'investissement de Yahoo! dans le web sémantique (avec l'adoption des microformats et des vocabulaires tels Dublin Core ou FOAF) ou son adhésion en mars à Open Social, le consortium sur les réseaux sociaux lancé par Google en opposition à Facebook, ou encore sa promotion de openID pour gérer les identités sur le web.
Rendez-vous dans les mois qui viennent pour savoir ce qu'il en sera de la fusion Microsoft-Yahoo!, mais plus rapidement pour des mouvements tectoniques entre les autres acteurs majeurs. Car le signal lancé par Microsoft en février, et le prix mis sur la table pour la transaction, ont aussi été le signal d'une grande opération de recomposition des méga-industries de l'internet. Et pas seulement de la publicité, qui si elle est importante en terme d'argent immédiatement mobilisé, ne peut suffire à expliquer ces débats, qui sont autant des stratégies globales, industrielles, culturelles et politiques, que des stratégies de captation d'un marché publicitaire, si grand et central soit-il.

Hervé Le Crosnier
Caen, le 4 mai 2008

Texte diffusé sous licence Creative Commons by-nc
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*** qui s'obstine et s'acharne à ne pas ouvrir son blog alors qu'il écrit pourtant plein de choses intéressantes et qu'il en oblige d'autres à l'ouvrir (leur blog).

De profundis.

Web de surface. Web profond. Web invisible. Ces trois expressions sont issues d'un article "culte" qui remonte à Juillet 2001 et qui est une étude de la société "Brightplanet", laquelle étude avait à l'époque permis de prouver que les ressources du web "invisible" (non-indexable et/ou non-indexé) étaient considérables au regard  de celles du web habituellement visibles. Rappelons-le, à cette époque là, les moteurs de recherche n'étaient par exemple pas capable d'indexer autre chose que du HTML, et ainsi l'ensemble des documents désormais habituels (fichiers word, acrobat, excel, powerpoint ...) passaient à la trappe. Depuis ce temps, la dérive des continents documentaires s'est mise en place (voir le petit schéma dans ce billet), les moteurs se sont rendus capables de grouper un nombre gigantesque de ressources et de documents dans la même sphère d'indexabilité, ces mêmes moteurs vont de plus en plus "racler" les fonds de tiroir à la recherche de données que l'on croyait jusqu'à lors inindexables.
Pour autant, le web "invisible" aux moteurs demeure, et reste un gisement de données et d'informations très attractif pour ces mêmes moteurs. Et c'est encore une fois Google (qui fut le premier moteur à indexer des formats de fichiers bureautiques) qui fait en la matière une percée singulièrement significative : ce dernier vient en effet d'annoncer qu'il allait être capable d'indexer (crawling) les données situées "derrière" les formulaires web. Exemple : une base de donnée immobilière vous permettant de trouver la location de vos rêves pour vos prochaines vacances. Les informations de cette base sont pour l'instant inaccessibles car elle relèvent de ce qu'on appelle le web "dynamique" (par opposition au web "statique"). Ces pages sont générées à la demande de l'internaute, suite au remplissage du formulaire idoine.
Comme rappelé dans le billet de Google annonçant la chose, les limites de ce genre d'approche sont encore considérables et relèvent aussi bien d'aspects techniques (procédure GET des formulaires ou sécurisation par mot de passe ou captcha par exemple) que d'aspects éthiques (la plupart des sociétés n'ayant pas envie que leur "base de donnée" - d'annonces immobilières par exemple - se retrouve du jour au lendemain intégralement "visible"). Google annonce donc qu'il n'indexera finalement que très peu de ces formulaires, et continuera naturellement de respecter les instructions du fichier robots.txt (qui autorise ou interdit tout ou partie de l'indexation d'un site aux moteurs de recherche).
Attendons de voir quels types d'informations remonteront ainsi dans la page de résultats de Google pour juger sur pièces, mais il n'en reste pas moins que cette nouvelle avancée dans la dérive des continents documentaires indexables et le recul qu'elle marque pour la définition (et la préservation ?) d'un web invisible est importante.

(Sources : JournalDuNet, Abondance // Temps de rédaction de ce billet : 45 minutes)

Web-média, cloud-computing, vectorialisme et modernité calculatoire

Je reproduis ci-dessous un commentaire d'Hervé Le Crosnier, en réponse à ce billet, mais qui me semble très intéressant (et pertinent) pour comprendre quels sont aujourd'hui les grand axes d'analyse qu'il faut mobiliser pour approcher au plus près les logiques à l'oeuvre dans les manoeuvres économiques auxquelles se livrent les géants du web.
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"Ce qui est en jeu est la recomposition des "vecteurs" (les vecteurs sont les entités web "dont le métier principal est d’organiser de grandes banques de données des "intentions" de leurs usagers"), qui sont autre chose que des "web-médias". Certes, l'aspect "web-média", suivant l'expression de Jean-Michel Salaün, est important. C'est la source actuelle des revenus de ces conglomérats. Mais trois autres aspects doivent êtres pris en compte simultanément :

  • le "cloud computing" : disposer d'une force de frappe informatique (réseau + serveurs + mémoire + logiciels "as a service") pour offrir des services aux particuliers (dépôts photo, logiciels de productivité,...) et les capter dans l'univers d'un des vecteurs. Attention, on n'est plus dans l'époque des "mainframes", le nombre d'usagers ne se limite pas à des "grappes de terminaux", mais se compte en millions...
  • la "modernité calculatoire" : tenter de résoudre tous les problèmes par de calcul. L'exemple achevé est évidemment 23andme et la folie eugéniste que ce projet recouvre, mais on trouve des applications de ce "modèle calculatoire" à bien d'autres activités... dont le calcul de l'appariement (des personnes entre elles - réseau social, des personnes et des publicités, des publicités et des articles, des malades et des traitements)
  • le positionnement comme futur "appareil idéologique et administratif" visant à remplacer les divers pouvoirs publics défaillants (pour des raisons qu'il serait trop long de prendre en compte ici). Cela va de la gestion du compte de santé des individus, jusqu'au capacités de créer des banques virtuelles mondialisées (PayPal qui trouve sa niche dans le paradis fiscal du Luxembourg,...). La délivrance des identifiants (openId ayant actuellement le vent en poupe), un rôle régalien auparavant, est maintenant dans la ligne de mire des vecteurs... avec les conséquences sur l'organisation de la vie sociale et politique que l'on peut imaginer (pour les craindre, si l'on est dans la logique européenne, ou les souhaiter si on a biberonné dans la logique anti-fédérale des libertariens étatsuniens).

Ce sont donc quatre axes d'analyse qu'il faut mobiliser simultanément pour comprendre l'évolution du vectorialisme. Avec cet angle de vue, la tectonique ne se limite plus au partage de la manne publicitaire. Et de nouveaux acteurs sont dans la danse, qui ne sont pas (ou pas encore) des "web-médias", mais qui sont déjà des "vecteurs" : géants du service et du logiciel tels adobe ou IBM, compagnies de télécoms qui s'étendent sur toute la chaîne de valeur tels orange, SKT ou NTT, gestionnaires de services en réseau comme Amazon, dont la boutique en ligne est devenue minoritaire dans l'usage de ses serveurs et réseaux (pas encore de ses revenus, mais c'est la perspective de Jeff Bezos).
Il faut préciser cette portée du vectorialisme, lancer des études sur les stratégies des conglomérats (sachant que ces stratégies sont souvent élaborées a posteriori par les béhémots eux-mêmes : le capital n'est pas une "cinquième colonne" avec un plan secret, mais un organisme vivant qui s'adapte et anticipe pour mieux s'adapter...).

Petit père castrateur : pas si sûr.

Fin Novembre 2007, Denis Olivennes (alors encore PDG de la FNAC) remet à Nicolas Sarkozy son rapport sur la prévention du téléchargement illégal, recommandant notamment la mise en place de mesures d'interruption de l'accès à Internet.
Le Jeudi 10 Avril 2008, le parlement européen a adopté l'amendement suivant :

  • "Amendement 22 bis. engage la Commission et les États membres à reconnaître qu’Internet est une vaste plate-forme pour l’expression culturelle, l’accès à la connaissance et la participation démocratique à la créativité européenne, créant des ponts entre générations dans la société de l’information, et, par conséquent, à éviter l’adoption de mesures allant à l’encontre des droits de l’homme, des droits civiques et des principes de proportionnalité, d’efficacité et d’effet dissuasif, telles que l’interruption de l’accès à Internet."

La suite de l'analyse est à lire chez Philippe Aigrain.

(Voir aussi sur 01.net, et sur Ecrans les confidences d'un autre castrateur en puissance en plein déni)

Tectonique documentaire à l'oeuvre

Avant, c'était simple. Il y avait 3 moteurs de recherche : Google, Yahoo! et Microsoft. Puis cela se compliqua. Les moteurs se mirent à faire de la publicité, à vendre des liens sponsorisés, à racheter des régies publicitaires, à passer des partenariats avec des groupes médias, à racheter à vendre ou à sous-traiter tout ou partie de leur activité recherche à d'autres groupes médias ... ou à d'autres moteurs. Et puis une logique de concentration étant, dans ce secteur comme dans d'autres, la plus efficace, Microsoft fit une offre de rachat à Yahoo!. Depuis cette offre, les (effets d') annonce se succèdent, et les stratégies se complexifient. Personne ne semble aujourd'hui capable de dire quelle sera, in fine, la carte des acteurs sur le terrain de la recherche et de la publicité en ligne. D'autant que la secousse initiale (proposition de rachat de Yahoo! par Microsoft) donne déjà lieu à de nombreuses répliques sismiques.
Alors pour y voir plus clair dans tout ce fatras, je vous recommande :

Ma petite tentative de mise sous forme de schéma (à partir de l'article du monde) est moins claire ...

Diapositive1_2

mais elle permet d'observer 3 scénarios :

  • Scénario 1 : Yahoo! accepte l'offre de rachat de Microsoft seul ou celle de Microsoft allié à NewsCorp : naissance d'une entité YahooSoft. Assez improbable ou en tout cas laisse entrevoir de grosses difficultés d'intégration en terme de culture d'entreprise et de produits.
  • Scénario 2 : Yahoo! rachète AOL, laissant en échange TimeWarner entrer dans son capital à hauteur de 20% : naissance d'une entité YahooMedia avec une très forte force de frappe dans le domaine des médias (cela serait assez cohérent avec la logique portail de Yahoo!)
  • Scénario 3 : Yahoo! abandonne sa techno de recherche au profit de Google en échange d'un reversement des recettes publicitaires : assez improbable quand on regarde l'investissement et le temps que Yahoo! a mis pour bâtir une technologie de recherche qui donne des résultats à peu près aussi bons (voir ici ou ) que ceux de Google.
  • Scénario 4 = scénario 2 + scénario 3 : naissance d'une entité Yahoo!Media privée de sa technologie de recherche au profit de Google. Assez improbable pour les raisons indiquées dans le scénario 3.

Mon avis ? En observant la distribution des cartes aujourd'hui, je penche plutôt en faveur du scénario 2. Mais la détermination se fera surtout au vu des prochains résultats financiers de Yahoo!, de l'appétit des actionnaires, et de la volonté/capacité de Microsoft à accepter la surenchère.

Sur le même sujet mais beaucoup moins concis : le toujours prolixe Jean-Marie Le Ray, ainsi que l'analyse d'Olivier Ezratty (via JMS encore)

Peut-on partager ou donner de l'information sans être une pourriture communiste ?

(Nota-Bene pour mon électorat lectorat de gauche : le titre de ce billet fait juste référence à deux monuments dans leur genre : le film culte des Nuls et un article du dernier numéro de la revue First Monday)

Plus sérieusement donc, l'article "Info-communism? Ownership and freedom in the digital economy" (dernier numéro de la revue First Monday) est à lire d'urgence. Traduction approximative de son pitch :

  • "L'article met en garde contre le risque de recréer l'ancien fossé idéologique entre communisme et capitalisme en stigmatisant les "informational commons" comme autant de communistes de l'information. (...) Cet article défend l'idée selon laquelle l'argument déontologique (éthique ?) lié aux vertus du partage est une impasse qui mène droit à un communisme informationnel. La meilleure manière de défendre l'accès ouvert et la liberté de l'information est de reconnaître leur ancrage dans un libéralisme qui optimise la liberté individuelle en tant qu'objectif, et repose pour cela sur de fécondes complémentarités entre le régime de la propriété et celui des "commons"."

Première remarque liminaire : ce n'est pas la première fois que les américains nous font réapparaître le spectre terrifiant du communisme dans le débat sur la notion de bien commun informationnel, mais cette fois, reconnaissons que l'argumentation de l'article est solide ;-)
L'article commence par rappeler le nom des dangereux léninistes à la tête de cette idéologie du partage et de l'ouverture : Yochaï Benkler ou Lawrence Lessig. Après avoir ensuite qualifié de "farce" l'application du vocable "communiste" au mouvement des "commons", l'auteur indique "qu'il y a deux types de justification pour défendre le mouvement des commons : la première est pragmatique, individualiste et libérale. La seconde est moraliste et collectiviste." En voilà au moins un qui n'avance pas masqué ...
Pour le reste, vous pouvez sauter le point 1 de l'article ("Red–baiting the common–ists: Frame or be framed") qui est consacré à une rapide explication de la différence entre communisme, marxisme et léninisme et stigmatise (un peu facilement) les détournements - iconographiques - de références - symboliques - auxquels se sont livrés les pionniers du mouvement open-source.
Venons-en donc au second point de l'article ("Ideological tensions in the movement") qui est plus intéressant, notamment lorsqu'il resitue les bases du mouvement initié par Richard Stallman dans la mouvance anarcho-communiste du M.I.T. (ben si, c'était tous des anarcho-communistes au MIT, vous ne le saviez pas ?)
Passons au point 3, dans lequel l'auteur pose LA question qui (le) fâche : "Le partage d'information est-il une obligation morale ?" (Is sharing information morally obligatory?). Et la position de l'auteur est là encore claire : "On ne peut pas justifier son opposition à une information "propriétaire" seulement sur la base d'un impératif éthique de partage, à moins d'étendre cet impératif éthique à toutes les ressources informationnelles et de rejoindre alors le vrai communisme" (ce qui vous l'aurez compris, est mal ...). Que dire d'autre ... si ce n'est que ce genre d'argumentaire aurait parfaitement sa place dans un discours d'Henri Guaino :-( Et cerise sur la gâteau, l'auteur nous offre un second "argument" du calibre de tous ceux qu'il a "dénoncés" jusqu'à ce point de son article : il indique que cette expansion de la vermine communiste du partage éthique "poserait de graves problèmes à l'ensemble des professions du secteur de l'information." Oui mais ... Ni Stallman (gourou marxiste), ni Benkler (crypto-léniniste), ni Lessig (anarcho-communiste) n'ont jamais prétendu, évoqué ou écrit cela ...
Venons-en donc (enfin ...) au dernier point de l'article ("Property and commons: Finding complementarities"). Etant entendu que "les commons c'est mal mais c'est fun et tout le monde aime bien", et que "le libéralisme c'est bien mais que les communistes n'en sont pas fan", l'auteur nous propose donc de réconcilier les contraires. Blague à part, ce dernier paragraphe de l'article vaut lecture (et cette fois je ne plaisante pas). Il pose les bonnes questions (ce qui m'apparaissait plutôt improbable à la lecture des parties précédentes), et rien que pour ce dernier paragraphe, cet article est effectivement intéressant. Il est intéressant parce qu'il replace le débat sur la notion de bien commun (informationnel) dans une perspective politique et sociale et plaide pour une hybridation :

  • "Commons and property are not mutually exclusive, totalizing principles for economic organization, but merely distinct methods of organizing access to resources. Historically, there has been a dynamic interaction between commons and private property. (...) Research on local music scenes in Brazil, for example, have explored how the absence of copyright on music leads to a robust private market for live performances and self–produced CDs (...). There is a growing body of research on the diffusion of hybrid business models that mix the offering of open source software with the provision of proprietary software or software–related services (...)."

Toute la question reste de savoir si ce sont des logiques de marges ou de transfert de marché qui doivent conditionner le niveau de libre dissémination des connaissances (point de vue libéral), ou si la libre dissémination des connaissances génèrera son propre écosystème économique avec une répartition sinon plus égale, du moins plus proportionnée, des revenus générés (point de vue crypto-communiste). Sur ces deux positionnements, les clivages économico-politiques ont de beaux jours devant eux. Mais se saisir de ce débat est une réelle urgence, notamment pour la communauté scientifique dans son ensemble.

(Temps kolkhozien de rédaction de ce billet : 2h00)

La fracture amicale.

"La nouvelle fracture numérique opposera les gens disposant d'un réseau d'amis et ceux sans amis. L'ancienne fracture numérique entre les riches (ceux disposant d'une connexion internet) et les pauvres continuera d'exister." La citation (repérée par TechCrunch) est de Robert Scoble. Si cette "formule" m'intéresse c'est parce qu'elle traduit assez bien la manière dont, in fine, les logiciels sociaux (qui, rappelons-le, sont bien plus que les simples "réseaux sociaux") ont durablement transformé la nature de notre rapport au web.
<Parenthèse> Dire que les logiciels sociaux ont transformé la nature de notre rapport au web, n'est pas du tout la même chose (et est à mon avis beaucoup plus juste) que d'affirmer - comme on le lit un peu trop souvent - que les réseaux sociaux ont changé la nature du web </Parenthèse>
Il me semble qu'aujourd'hui, dans l'essentiel de nos pratiques, la socialisation dans sa dimension expérientielle première, est devenue au moins aussi importante que les trois activités qui firent la spécificité du primo-web, c'est à dire la navigation-lecture (browsing), la navigation-recherche (searching) et naturellement l'écriture (au sens large de "production de contenus"). Ce qu'ont permis les logiciels sociaux c'est le transfert de logiques de socialisation grégaires depuis des espaces clos et dédiés (les forums ou groupes Usenet) vers des espaces réellement réticulés, c'est à dire largement distribués au travers du moindre espace d'écriture ou de navigation.
Cette réflexion en appelle une autre. Il n'est pas aujourd'hui sur le web d'espace de production de contenus numériques qui n'échappe à l'angle d'une analyse "conversationnelle", "socialisante". On n'écrit plus, on ne publie ou ne produit plus aujourd'hui de contenu simplement pour être présent, pour occuper un espace, ou pour être bien "positionné" mais tout au contraire pour confronter ou pour souscrire. On écrit, on publie, on produit pour engager un débat. Pour "se" confronter aux autres. Pour maintenir et établit un contact. De toutes les fonctions du langage théorisées par Jakobson, c'est la fonction phatique qui est au coeur de l'ensemble des socialisations numériques, y compris (et surtout ?) de l'écriture-socialisante qui couvre  (par exemple) l'immense majorité des productions de la blogosphère.
Comme nouveaux totems de cette dominance du phatique, citons les trackbacks ou rétroliens (qui en inversant la polarité des liens pour la première fois dans l'histoire de l'hypertexte, contribuèrent largement à disséminer ladite fonction phatique et à en faire l'un des tout premiers horizons d'attente de l'écriture numérique courante). Citons également l'incontournable et parfaitement totémique "poke" de Facebook
Pour autant, et dès que cette confrontation se trouve inscrite dans un processus collaboratif assez large impliquant un nombre significatif de personnes, on retombe très largement dans les anciens et classiques shémas auctoriaux et éditoriaux. Des shémas "étagés" dans lesquels les fonctions de représentativité et de leadership sont réaffirmées comme essentielles. La présumée "sagesse des foules" n'est que l'exercice d'une démocratie numérique rigoureusement équivalente au système politique dans lequel nous évoluons. La seule différence (de taille) vient de son amorçage : les "leaders", les "gourous", les "éditeurs", les "auteurs" ne sont pas élus dans une logique de représentativité en assumant une charge "par délégation", mais ils sont les promoteurs ... à l'origine de leur propre promotion. Une promotion dans le meilleur des cas au service d'un projet ou d'une parole, et dans le pire des cas au seul et unique service d'un égotisme forcené. Les autres, tous les autres y souscrivent au sens littéral du terme. Ils écrivent, publient, discutent, débattent "en dessous", dans les limbes palimpsestiques de ces nouveaux espaces de socialisation numérique. La fonction phatique ne prime plus. Le "poke" redevient "private joke".
Le web, quelle que soit sa dénomination ("world wide web, world live web, world life web"), sa numérotation (1.0, 2.0 ...) demeure un espace rhizomatique mais devient de plus en plus organique ; son organisation confine à l'organique. Les liens unissant des contenus y côtoient désormais les relations unissant des personnes. Cette corporéité nouvellement incarnée n'est pas simplement métaphorique. Elle traduit un changement de nature radical. L'erreur serait de croire que ce changement de nature est également un changement d'objet. Le web est et demeure une artefacture technique. L'erreur serait de ne chercher qu'à questionner cette artefacture. Le web n'est qu'un vecteur. Le changement concerne tout au contraire notre rapport individuel et intime à la socialisation. Notre rapport à l'autre.
Il y a quinze ans de cela, des scientifiques, des universitaires, se posaient la question de savoir quels documents/contenus pouvaient être numérisés. La réponse est aujourd'hui connue : il n'est aucun contenu qui ne résiste à la numérisation, rien qui ne puisse être numérisé ou numérique. Rien qui ne puisse être re-présenté "sous forme" et "au format" numérique. Pro forma. Ce qui est vrai des documents/contenus le sera-t-il également pour les individus et les relations interpersonnelles ?
Ce n'aura pas été le moindre mérite de Facebook et consorts que de permettre que ces questions soient posées. Les réponses seront là aussi évidentes. Dans 15 ans. Ou peut être moins. D'ici là nous aurons grand besoin de sociologues pour nous aider à bâtir la science du web.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h30)

Mon historique de navigation m'appartient (et le reste aussi)

Tim Berners Lee s'exprime assez rarement, mais sa parole est d'or. Sa dernière entrevue sur BBCNews (à propos de l'importance d'interdire aux fournisseurs d'accès de conserver la trace de nos connections) n'apprendra rien aux spécialistes de la question, mais les exemples et les analogies choisis sont lumineux, ainsi :

  • "Je n'ai pas envie que, si je recherche des livres sur cancer, ces données soient transmises à ma compagnie d'assurance, avec le risque de voir ma police d'assurance augmenter, à cause de ces recherches"
  • "J'estime très important que mon fournisseur d'accès amène l'internet jusqu'à mon domicile, de la même manière que la compagnie untel y amène l'eau. Cet apport de connectivité doit se faire sans contrainte, sans contrôle ni surveillance des sites sur lesquels je me connecte."
  • il plaide enfin pour que la procédure d'opt-in l'emporte clairement sur ce terrain.

Un interview à mettre en balance avec les sociétés contractantes dans le cadre des projets OpenID fondation ou encore OpenSocial fondation, fondations derrière lesquelles on retrouve encore et toujours les 3 grands acteurs que sont Google, Microsoft et Yahoo! Une composition qui si elle est dans la nature même des "fondations", et même si le projet affiché offre quelques garanties (notamment celle de placer sous licence creative commons les résultats des travaux desdites fondations), ne doit pas faire oublier que le risque de la centralisation des données publiques/privées/intimes entre les mains de ces acteurs appelle à une vigilance constante et à une réaffirmation de l'importance des travaux et des approches du mouvement open source (même si là encore, la stratégie des 3 firmes a permis de réinstrumentaliser l'open source à leur profit presqu'exclusif, en s'offrant une fenêtre de rêve sur l'ingénierie de ces projets et de ces développements).

(Via Pintini // Temps de rédaction de ce billet : 55 minutes)

L'éditeur est-il soluble dans le crowdsourcing ?

Voilà à n'en pas douter de quoi rajouter de l'eau au moulin du dernier billet de Jean-Michel dont je ne reprends ici qu'une phrase hors-contexte mais significative tout de même : "Quelle étrange dynamique qui conduit à rechercher la vérité, sans pouvoir en assumer la responsabilité !". De mon côté j'avais attiré votre attention sur la problématique de la responsabilité éditoriale dans Wikipédia. Et j'en viens donc au vif du sujet et au coeur de ce billet : quel est le point commun entre Eric Dupin (Presse-citron.net), Olivier Martinez (acteur procédurier) et Florence Devouard (Wikimedia fondation) ? Et bien tous ont un problème d'éditeur.
L'affaire est donc celle qui oppose Olivier Martinez à Eric Dupin. La génèse de l'affaire et son dernier rebondissement sont lisibles et parfaitement résumés sur le site d'Ecrans. Donc Hop vous partez le lire et quand ça y est, Hop, vous revenez ici. Ca y est ? Bon.
Donc le titre de ce billet : Fuzz (le site d'Eric Dupin) est en effet un Digg-like, un de ces sites dans lequel les utilisateurs font remonter le contenu et, par leurs votes, construisent la hiérarchie des news ainsi collectées. Donc Eric Dupin n'est effectivement pas responsable de la "Une" de Fuzz, pas plus que de la hiérarchisation de toute news y figurant. Mais Eric Dupin est éditeur du site Fuzz. Et à ce titre aujourd'hui condamné.
Toute cette affaire est à la fois troublante et éclairante.
Eclairante parce qu'elle souligne que tout acte de publication implique une responsabilité éditoriale, et ce indépendamment de la longueur et de la profondeur de la chaîne des médiations qui interviennent dans le processus. L'éclairage en question porte donc dans le cas qui nous occupe, sur la désagrégation (désintermédiation) de la boucle publication-édition, une désagrégation, un délitement qui n'en ôte pas la spécificité, et qui en aucune manière ne peut aboutir à un escamotage. L'une (la publication) ne peut effacer l'autre (l'édition) et réciproquement. Toute publication doit être éditée pour "exister", et tout acte éditorial ne peut porter que sur la trace inscrite d'une publication première, originelle.
Troublante parce qu'au vu de la LEN (loi sur l'économie numérique) et des modèles actuellement dominants de nano-publication (un billet de blog, un fil twitter) versus macro-agrégation (les Digg-like et dans une moindre mesure les moteurs-remixeurs de recherche), la définition de la responsabilité éditoriale est pour le moins fluctuante (comme le souligne l'article d'Ecrans, le choix du tribunal dans l'affaire Martinez/Dupin aurait reposé sur la présence d'une rubrique baptisée "Les people", rubrique mise en place par Fuzz/Eric Dupin, et attestant donc - toujours selon les juges - de la responsabilité éditoriale d'Eric Dupin).
Le dernier point d'éclairage qu'apporte cette affaire, c'est le décalage du coup porté à Fuzz. Olivier Martinez aurait mieux fait de choisir d'attaquer l'individu à l'origine du dévoilement de sa vie privée, au lieu de s'en prendre au site ayant agrégé et relayé l'information, même si cette agrégation contribua grandement à donner une visibilité à cette information. C'est donc là encore de désintermédiation qu'il s'agit. Mais d'une désintermédiation auctoriale et non plus éditoriale. Personne ne semble se soucier en effet de l'individu à l'origine de l'information. Conclusion (temporaire) : la visibilité éditoriale devient l'autorité factuelle et engage la responsabilité civile du vecteur de visibilité (le site Fuzz).

<Update de 5 minutes plus tard>Etonnant ... le site Libération semble être affecté par le verdict de l'affaire puisqu'après avoir publié aujourd'hui même une page relayant la rumeur du mariage entre Olivier Martinez et Kylie Minogue (preuve en image n°1), il a promptement ôté ladite page de son site à l'heure (21h40) où j'écris ce billet.

Kyliemartinez_2

Ayepu

Ou comment Libération invente le mouvement perpétuel en balladant son lecteur, puisqu'en utilisant "le moteur de recherche de notre base archive" on tombe sur la copie d'écran n°1 avec l'adresse de l'article, laquelle adresse nous amène à la copie d'écran n°2 qui nous ramène ... etc ... etc ...
</Update>

<Update de 5 jours plus tard> Explication du revirement de libé sur @si.</Update>

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Les évolutions de l’information : le web collaboratif et la gestion de l’identité numérique.

Article "de commande" pour la prochaine parution de la brochure "Repère" de l'ENSSIB (qui dispose également d'un site web)

  • Le web 2.0 : partage et collaboration

Le web 2.0 désigne, pour les outils d’accès, de production et de recherche d’information, la part de plus en plus grande qui est laissée à l’utilisateur. Les blogs (plateformes éditoriales « clé en main » ), les wikis  (sites collaboratifs dont chacun peut modifier le contenu), les fils RSS (permettant de suivre les dernières nouveautés publiées sur un site), mais également ces gigantesques réservoirs de contenus que sont FLickR (pour les photos), DailyMotion ou YouTube (pour les vidéos) sont autant de sites et de technologies emblématiques de ce web 2.0. Auparavant, les contenus étaient le fait d’une communauté relativement réduite (enseignants, universitaires, entreprises, institutions …), et ils étaient mis à disposition sans ouvrir beaucoup de possibilité d’interaction et de partage. Le point commun des sites et des technologies « 2.0 » est de permettre aux internautes de partager, de participer, de « remixer », de noter, de diffuser et d’accéder à des contenus qu’ils produisent majoritairement. Le passage au web 2.0 se caractérise donc par une frontière de plus en plus floue et perméable entre les producteurs et les utilisateurs de contenus. Ce dernier point est aussi le plus controversé : l’abolition des filtres éditoriaux habituels, la prédominance de contenus « amateurs » font du monde numérique un terrain d’observation privilégié de la démocratie directe dans ce qu’elle a de meilleur (partage, réciprocité, interaction, collaboration) mais également de pire (dictature de la masse, notoriété l’emportant sur l’expertise, logiques quantitatives plutôt que qualitatives).

  • La gestion de l’identité numérique.

Contexte : En lien avec l’avènement du web 2.0, l’usager est aujourd’hui au cœur, non seulement des contenus circulant sur le Net, mais également des préoccupations des grands acteurs propriétaires de ces sites, qui, pour rentabiliser leur modèle économique et continuer d’offrir un accès le plus souvent gratuit à ces services, ont besoin de connaître le plus finement possible leurs utilisateurs, afin de leur proposer des publicités contextuelles parfaitement ciblées. L’une des grandes nouveautés du web actuel est qu’un très petit nombre de sociétés collectent (via les services qu’elles offrent) et ont la possibilité de recouper un très grand nombre d’informations sur chacun d’entre nous : ces informations relèvent aussi bien de notre sphère publique (notre métier par exemple), de notre sphère privée (nos relations, nos amis), que de notre sphère intime (nos préférences politiques, sexuelles ou religieuses).
Ne pas confondre identité et identifiants :
La question de l’identité numérique doit être distinguée de celle des identifiants que nous utilisons pour accéder à différents services. Sur ce dernier point, différents projets existent pour tenter de proposer un standard d’identification unique qui via un seul login et mot de passe, permettrait de s’enregistrer sur toute une gamme d’applications et de pouvoir les utiliser (OpenID …)
Qu’est-ce que l’identité numérique ? Une collection de traces.
L’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audio ou vidéo, messages sur des forums, identifiants de connexion …) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau. Cet ensemble de traces, une fois qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche, peut parfois produire des résultats gênants (et ce malgré le recours assez fréquent à des pseudonymes d’identification). Ainsi, la pratique consistant à taper le nom de quelqu’un dans un moteur de recherche pour voir quels sont les premiers résultats qui ressortent est devenue de plus en plus courante, notamment dans le cadre d’un recrutement. La question est d’autant plus importante que l’on parle aujourd’hui de « natifs numériques » (digital natives), c’est à dire d’une génération qui utilise différents services web dès sa prime enfance.
Que faire après coup ?
Si vous souhaitez voir disparaître certains contenus vous concernant, vous avez la possibilité de vous adresser d’abord aux gestionnaires des sites qui disposent desdits contenus. Cela peut concerner la suppression d’une vidéo ou de photos, mais également de messages sur différents forums de discussion. La deuxième étape est de s’adresser directement aux moteurs de recherche : ceux-ci conservent en effet souvent dans leur « cache » une version des contenus précédemment supprimés. Il faut alors leur demander la suppression de ces contenus.
Comment rester maître de son identité numérique ?
L’idéal pour maîtriser son image numérique consiste à en devenir l’acteur principal. Ainsi, si vous tenez un blog sous votre nom, si vous achetez « votre » nom de domaine pour votre site web, si vous y déposez votre CV, ce sont ces éléments d’information qui devraient apparaître en premier dans les moteurs de recherche. Mais on ne peut pas demander à des adolescents alimentant leur skyblog ou leur MySpace aujourd’hui de penser à l’image que cela renverra d’eux dans 10 ou 15 ans. Les règles du bon sens demandent donc de conserver les identifiants utilisés lors de la création d’un contenu ou d’un service, pour pouvoir, le moment venu, supprimer ce contenu ou ce service. Eviter également de déposer des messages ou des contenus qui pourraient s’avérer nuisibles à notre image quelque soit le service utilisé et son niveau de « confidentialité » affiché. Enfin, avoir présent à l’esprit cette idée qu’une réputation numérique se construit de la même manière qu’une réputation « non-numérique » - c’est à dire patiemment et sur la durée - est encore le meilleur moyen d’agir en conséquence.

Olivier Ertzscheid. Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication.
Université de Nantes.
25 Mars 2008.

Téléportation "n -1" et synchronisation cardinale.

Je voudrais revenir rapidement sur deux des derniers billets publiés sur le blog officiel de Google.

  • Le premier annonce une fonctionnalité dénommée "téléportation" (on reconnaîtra là le goût et le talent prononcé de Google pour le marketing). Il s'agit en fait de l'opérateur classique de recherche à l'intérieur d'un site (opérateur "site:"), opérateur qui remporte toujours un franc-succès quand je le présente à mes étudiants comme un "moteur embarqué" permettant de fouiller n'importe quel site. Google vient donc de rendre possible cette interrogation, directement depuis la page de résultats, via l'apparition d'une fenêtre de recherche ("compobox") dédiée juste en dessous de la mention du site. L'air de rien, cette fonctionnalité renforce l'effet de stagnation qui maintient les utilisateurs un temps de plus sur le site Google, retardant d'autant leur arrivée sur le site cible. L'enjeu est évidemment  d'entretenir l'économie de l'attention qui est d'autant plus "rentable" pur le moteur si l'utilisateur reste dans son giron/cocon le plus longtemps possible.
  • Search_subset_2
  • le deuxième billet annonce ce que j'ai déjà présenté comme la quatrième étape de la dérive des continents documentaires, c'est à dire la mise en place d'une synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line). C'est sur Google Calendar que (dans un premier temps) cette fonctionnalité vient s'ajouter. Concrètement cela ne semble pas tonitruant : il s'agit de pouvoir synchroniser Google Calendar avec Microsoft Outlook ... et réciproquement. Techniquement, c'est une (petite) révolution dans le domaine de la cardinalité des applications web (dont Google Gears avait annoncé les prémisses). Dans le jargon informatique, la cardinalité désigne : "le nombre minimum et maximum de possibilités que chaque classe contient dans la relation liant 2 ou plusieurs objets." (Wikipédia) Je m'étais longuement intéressé au problème de la cardinalité des liens hypertextes dans le cadre de ma thèse. Il s'agissait dans ce cadre de "la possibilité d’établir des liens hypertextuels non plus mono-directionnels mais multi-directionnels (depuis un ou plusieurs documents, vers un ou plusieurs autres), leurs ancres faisant alors office de pivot, de point central." La cardinalité des liens est un problème crucial qui traverse toute la littérature scientifique sur l'hypertexte. Elle est un peu l'alpha et l'oméga d'un très vaste ensemble de problématiques liées, dont celle du versioning ("Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle, les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées.") Bref bref bref, je vais pas vous refaire ma thèse dans un billet de blog (s'il y a des amateurs, elle est disponible ici). Donc Google vient de proposer à la synchronisation de nos activités connectées et déconnectées, une cardinalité nouvelle.

Moralité ?
ESPACE.
Après avoir (avec d'autres) fusionné l'ensemble des données publiques, privées et intimes en une sphère d'indexabilité unique (dérive des continents documentaires), contribuant ainsi (et via ses ambitions génomiques) comme aucun autre à l'émergence d'une problématique nouvelle (indexabilité de l'humain), cet effort redoublé pour accroître la cardinalité de nos rapports (sychrones ou asynchrones) à l'information lui permet de s'attaquer à la question centrale ... du TEMPS.
CQFD. Espace-temps. En se rendant progressivement maître de notre espace-temps numérique, l'utilisation du terme "téléportation" par Google n'est peut-être pas simplement une figure de style ...

La gratuité selon Anderson : de l'économie du don au commerce de la reconnaissance.

Le dernière "Une" du magazine Wired ne va pas du tout plaire à Denis Olivennes (pour qui "la gratuité, c'est le vol"). Chris Anderson (rédac'chef dudit magazine et auteur de la fameuse analyse de la longue traîne) n'y va pas par 4 chemins en titrant : "La gratuité est l'avenir de l'économie." ("Why 0,00$ Is the future of business").
L'argument préalable est le suivant : "Il est désormais clair que tout ce que le numérique touche tend vers la gratuité". Chris Anderson s'interroge sur l'actuelle gratuité des contenus et services les plus plébescités (moteurs de recherche, wikipedia, etc ...). Il y rappelle que nous évoluons dans une économie du don ("gift economy"). Et il pointe un certain nombre scénarios possibles :

  • "Scenario 1: Low-cost digital distribution will make the summer blockbuster free. Theaters will make their money from concessions — and by selling the premium moviegoing experience at a high price." Un scenario que rend possible l'effondrement des coûts d'équipement et d'infrastructure (bande passante, serveurs ...)
  • "Scenario 2: Ads on the subway? That's so 20th century. By sponsoring the whole line and making trips free, the local merchants association brings grateful commuters to neighborhood shops." A mon avis la métaphore le plus parlante : "Des pubs dans le métro ? C'était le 20ème siècle. En sponsorisant toute la ligne et en rendant les transports gratuits, les marchands locaux ramènent des passagers reconnaissants dans leurs commerces de proximité". Dit autrement, "l'économie du don" appelle le "commerce de la reconnaissance".

La suite de l'article propose une intéressante typologie des modalités de la gratuité :

  • "freemium" : concerne les contenus et certains services. Cela consiste à offrir le service (ou le contenu) "de base" et à vendre (si possible assez cher) le service ou les contenus "complets" (la version "premium"). Ce modèle est très courant, notamment dans le champ de l'édition scientifique avec son système de barrière flottante (gratuité des contenus passée une certaine date d'ancienneté), très répandu également dans le domaine de l'offre de services logiciels.
  • "Publicité" : inutile d'y revenir. LE modèle du gratuit-financé-par-la-publicité. Une sorte de seconde nature sur le web. Mais on peut également penser aux journaux gratuits. Comme le rappelle Anderson, "Toutes ces approches reposent sur le principe que la gratuité construit des audiences avec des centres d'intérets divers et de besoins exprimés que les publicitaires paieront pour les atteindre."
  • "Subventions croisées" : on vous offre un produit (ex : un lecteur DVD) qui vous engagera à en acheter d'autres (des DVD)
  • "Coût marginal zéro" : c'est l'exemple de la musique en ligne : entre sa reproduction numérique et sa distribution sur les réseaux peer to peer, le coût marginal est vraiment très proche du zéro absolu.
  • "Labor exchange" : quand vous votez pour des articles sur Digg ou sur Yahoo!Answers ou sur tout autre site du même type, vous créez de la valeur pour ces sites ou pour des sites tiers.
  • "Économie du don" : mouvement open-source.

Chris Anderson revient ensuite sur cette "économie de l'abondance" qui sert de point d'orgue à l'économie de "l'attention" et à celle de la "réputation". Et de présenter Google comme la parangon (et la banque centrale) de cette économie :

  • "Grâce à Google, nous disposons maintenant d'un moyen pratique pour convertir la la réputation (PageRank) en attention (traffic) et en argent (publicités)."Thanks to Google, we now have a handy way to convert from reputation (PageRank) to attention (traffic) to money (ads). Tout ce que vous pouvez convertir de manière consistante en monnaie, est également une forme de monnaie, et Google joue le rôle d'une banque centrale pour ces nouvelles économies."

Une vidéo postée sur YouTube du même Chris Anderson accompagne l'article.

L'ouvrage de Chris Anderson défendant cette thèse et intitulé "FREE", paraîtra (gratuitement ?) en 2009.

<Update> A compléter par le lecture de ce billet sur les modèles d'affaire du web 2.0 publié sur Internet Actu </Update>

(Source : Nonfiction.fr // Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Docteur Google : quelle médecine pour demain ?

Prologue ...
Les moteurs, tous les moteurs, caressent depuis longtemps déjà le rêve d'être médecins. Après la bataille de l'information (gagnée "contre" la presse), après la bataille de la connaissance (sur laquelle ils disposent pour l'instant d'un très net avantage quantitatif "contre" les bibliothèques), la bataille du génome. Après s'être rendus maîtres de la base de donnée des intentions, c'est désormais, bien plus que du graphe social, du génome de l'humanité qu'ils sont en quête. Et leurs moyens ne sont pas ceux d'un Quichotte.

Ce qu'il y a derrière la médecine 2.0
Retour sur quelques problématiques essentielles de la "médecine 2.0" ou "quand les moteurs seront médecins" ...
Il faut d'abord noter que ce ne sont pas les applications (informatiques) qui manquent d'applications (médicales). ReadWriteWeb liste son top 20. On y découvre trois catégories de sites :

  • côté patients :
    • des sortes de forums pharmaco-hospitaliers à la sauce 2.0 (Patientlikeme) dans lesquels il est possible de trouver "ceux qui souffrent de la même maladie que moi" ou "ceux qui prennent le même traitement que moi".
    • des sites de stockage en ligne de l'ensemble de ses informations et données médicales (voir  par exemple le descriptif du site "Mivitals" sur Techcrunch)
  • côté praticiens : ils ne sont pas en reste avec Sermo qui permet à plus de 50 000 médecins et cliniciens d'échanger autour de cas pratiques et cliniques.
  • côté patient qui cherche un médecin : le site Vitals est proprement hallucinant (pour nos esprits étriqués de la vieille europe, mais tout à fait révélateur d'une certaine forme de pragmatisme orwellien anglo-saxon : le principe est que les patients peuvent soit y noter des médecins qu'ils sont allé consulter (ou non ...), soit s'en servir pour trouver des médecins (et voir s'ils sont ou non bien notés). Mais la fiche signalétique du médecin lambda ne s'arrête pas là : il est en effet possible pour tout médecin référencé dans la base de donnée de Vitals, d'avoir accès à ses affiliations (hopitaux ou cliniques dans lesquels il travaille ou a travaillé), à son cursus universitaire (quelle faculté a-t-il fréquenté et dans quelle "option"), à des informations "disciplinaires" (si le médecin à déjà dû faire face à des sanctions ou des procès, ou si de "mauvaises pratiques" ont été relevées par des patients), ses publications scientifiques, les langues qu'il parle, et les assurances médicales qu'il accepte ... C'est proprement hallucinant tant le décalage est immense avec les quelques tentatives françaises de jouer la compétition entre hôpitaux et entre praticiens sous couvert de transparence et d'information du patient.

La "santé 2.0" dispose même déjà de sa conférence au titre programmatique : "Connecting consumers and Providers". Vous aurez noté que "consumer" n'est pas davantage une traduction de "patient" ou de "malade" que "provider" ne l'est de "médecin" ... L'avantage c'est qu'au moins on sait où l'on met les pieds (nickelés) ...
Cette même médecine 2.0 hérite de nombre des avantages et des problèmes du sceau "2.0" parmi lesquels celui de la crédibilité, de l'autorité. Ces dernières problématiques pouvant s'avérer littéralement "vitales" dans le cas, par exemple, des blogs médicaux qui fleurissent aujourd'hui sur le net. Sur ce sujet (=ce que le "2.0" apporte à la médecine), je vous recommande ce diaporama exhaustif et incontournable (repéré grâce à Techcrunch)

Médecine 2.0 : une question de sphères de données.
Avant d'en revenir à nos chers moteurs, il faut bien comprendre que la clé de la médecine 2.0, ce sont les données. Exactement de la même manière que les données sont la clé du web 2.0. Et ces données sont de plusieurs ordres, appartenant à différentes sphères (sur l'origine desdites sphères, cf ma petite théorie de la dérive des continents documentaires) :

  • Sphère intime : Données "médicales". C'est le fameux "dossier médical". Vos traitements, vos prescriptions, l'historique de vos pathologies. La sphère est ici celle de l'intime.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Elles peuvent être publiques comme dans le cas des 4 services évoqués plus haut, avec la règle de l'opt-in (ce sont les principaux intéressés qui doivent alimenter leurs "fiches"). De "l'extime" (= de l'intime tourné vers l'extérieur) si l'on préfère.
  • Sphère publique collective : Données cliniques : elles rassemblent les articles et les données issus de bases de données en médecine et dans les domaines connexes. Ces données factuelles, ces protocoles d'expérimentations, ces articles scientifiques doivent être impérativement publics (dans une logique d'opt-out), et idéalement gratuits, pour que tous les praticiens qui en ont besoin - notamment dans les pays émergents ou en voie de développement - puissent y avoir accès dès que cela est nécessaire (sur ce sujet, vous pouvez d'ailleurs vous précipiter signer la pétition de soutien à la Cochrane Library, explications sur l'intérêt de la chose dans Urfist-Info).
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Votre génome. Son séquençage. Et toutes les applications (médicales ou non) qui y sont liées.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population, collectées par des sociétés ou des organismes n'ayant pas de vocation médicale affichée ou prépondérante.

C'est sur les bases du projet collectif ou politique (ou marchand ... ou les trois ...) qui soutiendra et "pensera" l'articulation de ces différentes sphères que se construira la médecine du siècle prochain.
Comme l'ont montré les points de rappels précédents, qu'il s'agisse des données, de la prescription, de la mise en relation, du stockage, sur tous ces points essentiels de la périphérie médicale, les moteurs de recherche sont évidemment les mieux placés pour proposer rapidement aux individus (et aux États ...) une offre médiale 2.0 "clé en main".

Ceux qui sont derrière la médecine 2.0
Après bien des effets d'annonce de la firme de Mountain View (pour un récapitulatif de sa stratégie, voir ce billet), c'est finalement Microsoft qui lui grilla la politesse avec le lancement de son service Healthvault, dont je vous disais plein de bien dans ce billet. Mais là où le site Healthvault ressemble encore aujourd'hui à une (jolie) usine à gaz toute pleine des logos de ses sponsors, et là où Healthvault reste encore avant tout un moteur de recherche d'informations et de données médicales, Google vient de reprendre l'avantage en déployant le premier partenariat terrain dans lequel un moteur de recherche (en tant qu'entité commerciale) se fait le principal et unique intermédiaire dans la chaîne de la prescription et du soin. Soit, vu sous un autre angle, une désintermédiation programmée et actée de l'acte médical.

La première pierre ...
Ce dont je parle c'est le partenariat avec la Cleveland Clinic. Un partenariat qui fera date, comme le fit celui des premières bibliothèques contractantes du programme Google Book Search (pour mémoire : Harvard, University of Michigan, New York Public Library, Oxford et Stanford). Les patients de cet organisme (la Cleveland Clinic) bénéficient déjà d'un accès à un dossier médical informatisé. Comme l'indique le billet du blog officiel de Google, ce partenariat vise donc à "tester notre modèle de partage de données." En clair (je reprends ci-dessous et traduis les points signalés dans le billet annonçant le partenariat) :

  • "les patients de la clinique pourront importer leurs données médicales dans un leur compte Google." C'est donc bien d'un changement de sphère qu'il s'agit : on passe de la gestion de données médicales "dans et par" un organisme habilité (une clinique), à la gestion des mêmes données "dans et par" une firme privée commerciale sans compétence médicale.

De son côté, l'annonce relayée sur le site de la clinique indique qu'entre 1500 et 10000 patients seront concernés et parle, à propos du susmentionné changement de sphère, d'un "live clinical delivery setting".  La même clinique annonçant que "le but ultime de cette expérimentation" est "de permettre aux patients d'interagir avec de multiples praticiens, services de santé et pharmacies." Un objectif que l'on retrouve mot pour mot dans le billet du blog officiel de Google qui indique travailler avec "beaucoup de compagnies d'assurance, de groupes médicaux, de pharmacies et d'hôpitaux." Ce "modèle de partage de données" dont parle Google est donc bien, pour moitié au moins, à destination de compagnies dont l'intéressement aux problématiques de santé n'a rien à voir avec le cadre du soin (compagnies d'assurance et pharmacies dans une moindre mesure).  Dit autrement, si l'intérêt pour le patient reste à démontrer et si l'intérêt pour l'avancée de la médecine restera nul, l'intérêt financier pour les groupes d'assurance et les grands groupes pharmaceutiques n'est lui, plus à démontrer ...

La deuxième pierre ...
Sept jours après l'annonce de ce partenariat, soit le 28 février, un nouveau billet du blog officiel Google pratique l'art consommé du teasing en délivrant parcimonieusement quelques copies d'écran du toujours annoncé et jamais encore entrevu service Google Health (d'où le qualificatif de Vaporware qui lui est octroyé par Techcrunch). Ladite copie d'écran permet d'avoir la confirmation que Google Health balaiera bien toute l'étendue des services de la médecine 2.0 telle que décrite plus haut : il sera possible d'y importer ses données médicales personnelles, d'y trouver un docteur,  d'y consulter ses ordonnances, ses traitements, et d'ajouter des informations à son profil Google Health tout en naviguant sur le net. Le lancement du service est prévu "dans les prochains mois", probablement à l'issu de l'expérimentation avec la Cleveland Clinic.
Naturellement, les compagnies d'assurance et autres enseignes pharmaceutiques n'auront pas accès à votre profil Google Health. Mais. Mais il est évident que comme pour d'autres services, Google proposera des liens sponsorisés pour les profils Google Health, et il est plus que probable que les mêmes compagnies d'assurance et groupes pharmaceutiques disposeront également de leur "espace" Google Health, un espace vers lequel vous pourriez être orientés en suivant le lien "discover more health tools for managing your health", lien disponible en place centrale sur la page de votre profil Google Health.
La deuxième pierre c'est donc celle de la publicité, coeur inamovible de l'appétence et de la compétence googléenne.

La cathédrale du génome planétaire.

Si le lancement du site Google Health s'inscrit dans une stratégie marketing court-termiste (?), un rapide coup d'oeil en arrière sur les sphères concernées par la médecine 2.0 nous permet d'y voir plus clair dans la stratégie à long terme de la firme de Mountain View. Reprenons donc (rapidement) :

  • Sphère intime : Données "médicales". Tout est prêt. Les dossiers médicaux existent. Ils sont numérisés et accessibles en ligne dans l'enceinte médicale (hôpital ou clinique) et demain via un compte standard sur un moteur de recherche.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Là encore tout est prêt. Le seul changement concernera la centralisation de l'ensemble de ces informations sur des moteurs comme Google ou Microsoft (une centralisation qui passera d'ailleurs probablement par le rachat de quelques compagnies pionnières et/ou bien établies et/ou disposant d'une base de donnée suffisamment conséquente)
  • Sphère publique collective : Données cliniques. Idem que pour le point précédent. Même s'il faudra collectivement être particulièrement vigilant pour maintenir, sur ces données, un droit d'accès libre et gratuit partout et pour tous.
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Là encore, les avancées vont bon train, la société 23andMe s'y distingue, et Google est partenaire/actionnaire de ladite société. Le séquençage complet génotypage (cf ce commentaire) de votre génome coûte aujourd'hui 999 $.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population. La voilà, la stratégie à long terme. Et voici pourquoi ...

Bloomberg nous apprend que le plus grand projet de séquençage du génome (100 000 personnes "visées" avec un objectif de 1000 personnes la première année pour un coût de 50 millions de $) vient d'être lancé par des scientifiques d'Harvard. L'objectif est d'avancer dans la connaissance et le traitement des maladies. Et que dans ce projet, Esther Dyson (de la société 23andMe) est embauchée, et que ... Google et Orbimed (une firme d'investissement dans le domaine de la santé) en seront les financ