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De profundis.

Web de surface. Web profond. Web invisible. Ces trois expressions sont issues d'un article "culte" qui remonte à Juillet 2001 et qui est une étude de la société "Brightplanet", laquelle étude avait à l'époque permis de prouver que les ressources du web "invisible" (non-indexable et/ou non-indexé) étaient considérables au regard  de celles du web habituellement visibles. Rappelons-le, à cette époque là, les moteurs de recherche n'étaient par exemple pas capable d'indexer autre chose que du HTML, et ainsi l'ensemble des documents désormais habituels (fichiers word, acrobat, excel, powerpoint ...) passaient à la trappe. Depuis ce temps, la dérive des continents documentaires s'est mise en place (voir le petit schéma dans ce billet), les moteurs se sont rendus capables de grouper un nombre gigantesque de ressources et de documents dans la même sphère d'indexabilité, ces mêmes moteurs vont de plus en plus "racler" les fonds de tiroir à la recherche de données que l'on croyait jusqu'à lors inindexables.
Pour autant, le web "invisible" aux moteurs demeure, et reste un gisement de données et d'informations très attractif pour ces mêmes moteurs. Et c'est encore une fois Google (qui fut le premier moteur à indexer des formats de fichiers bureautiques) qui fait en la matière une percée singulièrement significative : ce dernier vient en effet d'annoncer qu'il allait être capable d'indexer (crawling) les données situées "derrière" les formulaires web. Exemple : une base de donnée immobilière vous permettant de trouver la location de vos rêves pour vos prochaines vacances. Les informations de cette base sont pour l'instant inaccessibles car elle relèvent de ce qu'on appelle le web "dynamique" (par opposition au web "statique"). Ces pages sont générées à la demande de l'internaute, suite au remplissage du formulaire idoine.
Comme rappelé dans le billet de Google annonçant la chose, les limites de ce genre d'approche sont encore considérables et relèvent aussi bien d'aspects techniques (procédure GET des formulaires ou sécurisation par mot de passe ou captcha par exemple) que d'aspects éthiques (la plupart des sociétés n'ayant pas envie que leur "base de donnée" - d'annonces immobilières par exemple - se retrouve du jour au lendemain intégralement "visible"). Google annonce donc qu'il n'indexera finalement que très peu de ces formulaires, et continuera naturellement de respecter les instructions du fichier robots.txt (qui autorise ou interdit tout ou partie de l'indexation d'un site aux moteurs de recherche).
Attendons de voir quels types d'informations remonteront ainsi dans la page de résultats de Google pour juger sur pièces, mais il n'en reste pas moins que cette nouvelle avancée dans la dérive des continents documentaires indexables et le recul qu'elle marque pour la définition (et la préservation ?) d'un web invisible est importante.

(Sources : JournalDuNet, Abondance // Temps de rédaction de ce billet : 45 minutes)

Web-média, cloud-computing, vectorialisme et modernité calculatoire

Je reproduis ci-dessous un commentaire d'Hervé Le Crosnier, en réponse à ce billet, mais qui me semble très intéressant (et pertinent) pour comprendre quels sont aujourd'hui les grand axes d'analyse qu'il faut mobiliser pour approcher au plus près les logiques à l'oeuvre dans les manoeuvres économiques auxquelles se livrent les géants du web.
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"Ce qui est en jeu est la recomposition des "vecteurs" (les vecteurs sont les entités web "dont le métier principal est d’organiser de grandes banques de données des "intentions" de leurs usagers"), qui sont autre chose que des "web-médias". Certes, l'aspect "web-média", suivant l'expression de Jean-Michel Salaün, est important. C'est la source actuelle des revenus de ces conglomérats. Mais trois autres aspects doivent êtres pris en compte simultanément :

  • le "cloud computing" : disposer d'une force de frappe informatique (réseau + serveurs + mémoire + logiciels "as a service") pour offrir des services aux particuliers (dépôts photo, logiciels de productivité,...) et les capter dans l'univers d'un des vecteurs. Attention, on n'est plus dans l'époque des "mainframes", le nombre d'usagers ne se limite pas à des "grappes de terminaux", mais se compte en millions...
  • la "modernité calculatoire" : tenter de résoudre tous les problèmes par de calcul. L'exemple achevé est évidemment 23andme et la folie eugéniste que ce projet recouvre, mais on trouve des applications de ce "modèle calculatoire" à bien d'autres activités... dont le calcul de l'appariement (des personnes entre elles - réseau social, des personnes et des publicités, des publicités et des articles, des malades et des traitements)
  • le positionnement comme futur "appareil idéologique et administratif" visant à remplacer les divers pouvoirs publics défaillants (pour des raisons qu'il serait trop long de prendre en compte ici). Cela va de la gestion du compte de santé des individus, jusqu'au capacités de créer des banques virtuelles mondialisées (PayPal qui trouve sa niche dans le paradis fiscal du Luxembourg,...). La délivrance des identifiants (openId ayant actuellement le vent en poupe), un rôle régalien auparavant, est maintenant dans la ligne de mire des vecteurs... avec les conséquences sur l'organisation de la vie sociale et politique que l'on peut imaginer (pour les craindre, si l'on est dans la logique européenne, ou les souhaiter si on a biberonné dans la logique anti-fédérale des libertariens étatsuniens).

Ce sont donc quatre axes d'analyse qu'il faut mobiliser simultanément pour comprendre l'évolution du vectorialisme. Avec cet angle de vue, la tectonique ne se limite plus au partage de la manne publicitaire. Et de nouveaux acteurs sont dans la danse, qui ne sont pas (ou pas encore) des "web-médias", mais qui sont déjà des "vecteurs" : géants du service et du logiciel tels adobe ou IBM, compagnies de télécoms qui s'étendent sur toute la chaîne de valeur tels orange, SKT ou NTT, gestionnaires de services en réseau comme Amazon, dont la boutique en ligne est devenue minoritaire dans l'usage de ses serveurs et réseaux (pas encore de ses revenus, mais c'est la perspective de Jeff Bezos).
Il faut préciser cette portée du vectorialisme, lancer des études sur les stratégies des conglomérats (sachant que ces stratégies sont souvent élaborées a posteriori par les béhémots eux-mêmes : le capital n'est pas une "cinquième colonne" avec un plan secret, mais un organisme vivant qui s'adapte et anticipe pour mieux s'adapter...).

Petit père castrateur : pas si sûr.

Fin Novembre 2007, Denis Olivennes (alors encore PDG de la FNAC) remet à Nicolas Sarkozy son rapport sur la prévention du téléchargement illégal, recommandant notamment la mise en place de mesures d'interruption de l'accès à Internet.
Le Jeudi 10 Avril 2008, le parlement européen a adopté l'amendement suivant :

  • "Amendement 22 bis. engage la Commission et les États membres à reconnaître qu’Internet est une vaste plate-forme pour l’expression culturelle, l’accès à la connaissance et la participation démocratique à la créativité européenne, créant des ponts entre générations dans la société de l’information, et, par conséquent, à éviter l’adoption de mesures allant à l’encontre des droits de l’homme, des droits civiques et des principes de proportionnalité, d’efficacité et d’effet dissuasif, telles que l’interruption de l’accès à Internet."

La suite de l'analyse est à lire chez Philippe Aigrain.

(Voir aussi sur 01.net, et sur Ecrans les confidences d'un autre castrateur en puissance en plein déni)

La fracture amicale.

"La nouvelle fracture numérique opposera les gens disposant d'un réseau d'amis et ceux sans amis. L'ancienne fracture numérique entre les riches (ceux disposant d'une connexion internet) et les pauvres continuera d'exister." La citation (repérée par TechCrunch) est de Robert Scoble. Si cette "formule" m'intéresse c'est parce qu'elle traduit assez bien la manière dont, in fine, les logiciels sociaux (qui, rappelons-le, sont bien plus que les simples "réseaux sociaux") ont durablement transformé la nature de notre rapport au web.
<Parenthèse> Dire que les logiciels sociaux ont transformé la nature de notre rapport au web, n'est pas du tout la même chose (et est à mon avis beaucoup plus juste) que d'affirmer - comme on le lit un peu trop souvent - que les réseaux sociaux ont changé la nature du web </Parenthèse>
Il me semble qu'aujourd'hui, dans l'essentiel de nos pratiques, la socialisation dans sa dimension expérientielle première, est devenue au moins aussi importante que les trois activités qui firent la spécificité du primo-web, c'est à dire la navigation-lecture (browsing), la navigation-recherche (searching) et naturellement l'écriture (au sens large de "production de contenus"). Ce qu'ont permis les logiciels sociaux c'est le transfert de logiques de socialisation grégaires depuis des espaces clos et dédiés (les forums ou groupes Usenet) vers des espaces réellement réticulés, c'est à dire largement distribués au travers du moindre espace d'écriture ou de navigation.
Cette réflexion en appelle une autre. Il n'est pas aujourd'hui sur le web d'espace de production de contenus numériques qui n'échappe à l'angle d'une analyse "conversationnelle", "socialisante". On n'écrit plus, on ne publie ou ne produit plus aujourd'hui de contenu simplement pour être présent, pour occuper un espace, ou pour être bien "positionné" mais tout au contraire pour confronter ou pour souscrire. On écrit, on publie, on produit pour engager un débat. Pour "se" confronter aux autres. Pour maintenir et établit un contact. De toutes les fonctions du langage théorisées par Jakobson, c'est la fonction phatique qui est au coeur de l'ensemble des socialisations numériques, y compris (et surtout ?) de l'écriture-socialisante qui couvre  (par exemple) l'immense majorité des productions de la blogosphère.
Comme nouveaux totems de cette dominance du phatique, citons les trackbacks ou rétroliens (qui en inversant la polarité des liens pour la première fois dans l'histoire de l'hypertexte, contribuèrent largement à disséminer ladite fonction phatique et à en faire l'un des tout premiers horizons d'attente de l'écriture numérique courante). Citons également l'incontournable et parfaitement totémique "poke" de Facebook
Pour autant, et dès que cette confrontation se trouve inscrite dans un processus collaboratif assez large impliquant un nombre significatif de personnes, on retombe très largement dans les anciens et classiques shémas auctoriaux et éditoriaux. Des shémas "étagés" dans lesquels les fonctions de représentativité et de leadership sont réaffirmées comme essentielles. La présumée "sagesse des foules" n'est que l'exercice d'une démocratie numérique rigoureusement équivalente au système politique dans lequel nous évoluons. La seule différence (de taille) vient de son amorçage : les "leaders", les "gourous", les "éditeurs", les "auteurs" ne sont pas élus dans une logique de représentativité en assumant une charge "par délégation", mais ils sont les promoteurs ... à l'origine de leur propre promotion. Une promotion dans le meilleur des cas au service d'un projet ou d'une parole, et dans le pire des cas au seul et unique service d'un égotisme forcené. Les autres, tous les autres y souscrivent au sens littéral du terme. Ils écrivent, publient, discutent, débattent "en dessous", dans les limbes palimpsestiques de ces nouveaux espaces de socialisation numérique. La fonction phatique ne prime plus. Le "poke" redevient "private joke".
Le web, quelle que soit sa dénomination ("world wide web, world live web, world life web"), sa numérotation (1.0, 2.0 ...) demeure un espace rhizomatique mais devient de plus en plus organique ; son organisation confine à l'organique. Les liens unissant des contenus y côtoient désormais les relations unissant des personnes. Cette corporéité nouvellement incarnée n'est pas simplement métaphorique. Elle traduit un changement de nature radical. L'erreur serait de croire que ce changement de nature est également un changement d'objet. Le web est et demeure une artefacture technique. L'erreur serait de ne chercher qu'à questionner cette artefacture. Le web n'est qu'un vecteur. Le changement concerne tout au contraire notre rapport individuel et intime à la socialisation. Notre rapport à l'autre.
Il y a quinze ans de cela, des scientifiques, des universitaires, se posaient la question de savoir quels documents/contenus pouvaient être numérisés. La réponse est aujourd'hui connue : il n'est aucun contenu qui ne résiste à la numérisation, rien qui ne puisse être numérisé ou numérique. Rien qui ne puisse être re-présenté "sous forme" et "au format" numérique. Pro forma. Ce qui est vrai des documents/contenus le sera-t-il également pour les individus et les relations interpersonnelles ?
Ce n'aura pas été le moindre mérite de Facebook et consorts que de permettre que ces questions soient posées. Les réponses seront là aussi évidentes. Dans 15 ans. Ou peut être moins. D'ici là nous aurons grand besoin de sociologues pour nous aider à bâtir la science du web.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h30)

Le plug-in de la redocumentarisation.

La redocumentarisation** vient de s'offrir son premier plug-in (si c'est pas le premier, vous me le signalerez en commentaires :<Edit> merci Hubert, effectivement ... </Edit>). L'idée est simple : il s'agit pour une plateforme de blog (Wordpress) de permettre d'aller piocher directement dans les photos déposés sous licence idoine (creative commons) dans une base de donnée adéquate (FlickR), et d'insérer ladite photo pour illustrer votre billet. Le billet de ReadWriteWeb explique tout cela en détail (et avec des images). Ce dispositif déjà très puissant laisse raisonnablement espérer que demain (web sémantisé + micro-formats + progrès significatifs dans la recherche d'images) il sera possible d'obtenir le même résultat non plus en tapant un terme à la recherche d'une illustration, mais en "appelant" simplement l'illustration la plus adéquate sur la base d'une analyse (indexation) à la volée du texte en regard.

<Incise pour secte pédauquienne, les autres peuvent sauter ce passage>Il s'agit donc davantage et stricto sensu (cf définition ci-après) de documentarisation que de "re"-documentarisation, mais comme l'objet supportant cette documentarisation (blog Wordpress) est sui generis un objet redocumentarisé et redocumentarisable, je considère qu'il s'agit davantage de redocumentarisation.</fin de l'incise>

On aurait à mon avis tort de voir là un simple petit gadget de plus pour bloggueurs-geeks. Ce phénomène de redocumentarisation systématique et possiblement automatisée (ou en tout cas grandement facilitée) de toute trace (texte, vidéo, audio, photo), s'applique aujourd'hui à des entrepôts gigantesques de données, mais avec une granularité remarquable. Une granularité des contenus et des micros-contenus qui, via ces macro-agrégateurs que sont les sites-entrepôts (FlickR, YouTube, Del.icio.us pour n'en citer que quelques-uns), va permettre de rendre le processus de redocumentarisation totalement transparent et parfaitement intuitif. D'ailleurs, en y repensant, la recherche universelle, dernière trouvaille en date de nos chers moteurs, n'annonçait-elle pas déjà cette redocumentarisation universelle à la portée de tous ?

Pour conclure et le dire autrement, ce premier plug-in de la redocumentarisation ouvre la voie à une petite révolution documentaire : celle du passage à un âge où nous produirons simultanément et "nativement" un contenu (texte, image, vidéo), la documentation associée, et quelques-unes des redocumentarisations possibles s'y rattachant. Ce qui ne sera rien d'autre que la suite logique de la vidéo de M. Wesh ... "We'll need to rethink a few things ..." We'll need to rethink documents.

**Pour ceux qui lisent ce blog en diagonale (et pour quelques-uns de mes étudiants), définition de la redocumentarisation par Jean-Michel Salaün :

  • "Pour définir la re-documentatisation, il faut commencer par s'entendre sur le terme «documentarisation». Documentariser, c'est ni plus ni moins traiter un document comme le font (...) les professionnels de la documentation (...) : le cataloguer, l'indexer, le résumer, le découper, éventuellement le renforcer, etc. (...) L'objectif de la documentarisation est d'optimiser l'usage du document en permettant un meilleur accès à son contenu et une meilleure mise en contexte.
    Le numérique, par nature, implique une re-documentarisation. Dans un premier temps, il s'agit de traiter à nouveau des documents traditionnels qui ont été transposés sur un support numérique en utilisant les fonctionnalités de ce dernier. Mais le processus ne se réduit pas à cette simple transposition. En effet, bien des unités documentaires du Web ne ressemblent plus que de très loin aux documents traditionnels. Dans le Web 2.0 (...) la stabilité du document classique s'estompe et la redocumentarisation prend une tout autre dimension. Il s'agit alors d'apporter toutes les métadonnées indispensables à la reconstruction à la volée de documents et toute la tracabilité de son cycle. Les documents traditionnels eux-mêmes, dans leur transposition numérique, acquièrent la plasticité des documents nativement numérique et peuvent profiter des possibilités de cette nouvelle dimension.
    " in La redocumentarisation : un défi pour les sciences de l'information.

(Temps de rédaction de ce billet : 45 minutes)

L'éditeur est-il soluble dans le crowdsourcing ?

Voilà à n'en pas douter de quoi rajouter de l'eau au moulin du dernier billet de Jean-Michel dont je ne reprends ici qu'une phrase hors-contexte mais significative tout de même : "Quelle étrange dynamique qui conduit à rechercher la vérité, sans pouvoir en assumer la responsabilité !". De mon côté j'avais attiré votre attention sur la problématique de la responsabilité éditoriale dans Wikipédia. Et j'en viens donc au vif du sujet et au coeur de ce billet : quel est le point commun entre Eric Dupin (Presse-citron.net), Olivier Martinez (acteur procédurier) et Florence Devouard (Wikimedia fondation) ? Et bien tous ont un problème d'éditeur.
L'affaire est donc celle qui oppose Olivier Martinez à Eric Dupin. La génèse de l'affaire et son dernier rebondissement sont lisibles et parfaitement résumés sur le site d'Ecrans. Donc Hop vous partez le lire et quand ça y est, Hop, vous revenez ici. Ca y est ? Bon.
Donc le titre de ce billet : Fuzz (le site d'Eric Dupin) est en effet un Digg-like, un de ces sites dans lequel les utilisateurs font remonter le contenu et, par leurs votes, construisent la hiérarchie des news ainsi collectées. Donc Eric Dupin n'est effectivement pas responsable de la "Une" de Fuzz, pas plus que de la hiérarchisation de toute news y figurant. Mais Eric Dupin est éditeur du site Fuzz. Et à ce titre aujourd'hui condamné.
Toute cette affaire est à la fois troublante et éclairante.
Eclairante parce qu'elle souligne que tout acte de publication implique une responsabilité éditoriale, et ce indépendamment de la longueur et de la profondeur de la chaîne des médiations qui interviennent dans le processus. L'éclairage en question porte donc dans le cas qui nous occupe, sur la désagrégation (désintermédiation) de la boucle publication-édition, une désagrégation, un délitement qui n'en ôte pas la spécificité, et qui en aucune manière ne peut aboutir à un escamotage. L'une (la publication) ne peut effacer l'autre (l'édition) et réciproquement. Toute publication doit être éditée pour "exister", et tout acte éditorial ne peut porter que sur la trace inscrite d'une publication première, originelle.
Troublante parce qu'au vu de la LEN (loi sur l'économie numérique) et des modèles actuellement dominants de nano-publication (un billet de blog, un fil twitter) versus macro-agrégation (les Digg-like et dans une moindre mesure les moteurs-remixeurs de recherche), la définition de la responsabilité éditoriale est pour le moins fluctuante (comme le souligne l'article d'Ecrans, le choix du tribunal dans l'affaire Martinez/Dupin aurait reposé sur la présence d'une rubrique baptisée "Les people", rubrique mise en place par Fuzz/Eric Dupin, et attestant donc - toujours selon les juges - de la responsabilité éditoriale d'Eric Dupin).
Le dernier point d'éclairage qu'apporte cette affaire, c'est le décalage du coup porté à Fuzz. Olivier Martinez aurait mieux fait de choisir d'attaquer l'individu à l'origine du dévoilement de sa vie privée, au lieu de s'en prendre au site ayant agrégé et relayé l'information, même si cette agrégation contribua grandement à donner une visibilité à cette information. C'est donc là encore de désintermédiation qu'il s'agit. Mais d'une désintermédiation auctoriale et non plus éditoriale. Personne ne semble se soucier en effet de l'individu à l'origine de l'information. Conclusion (temporaire) : la visibilité éditoriale devient l'autorité factuelle et engage la responsabilité civile du vecteur de visibilité (le site Fuzz).

<Update de 5 minutes plus tard>Etonnant ... le site Libération semble être affecté par le verdict de l'affaire puisqu'après avoir publié aujourd'hui même une page relayant la rumeur du mariage entre Olivier Martinez et Kylie Minogue (preuve en image n°1), il a promptement ôté ladite page de son site à l'heure (21h40) où j'écris ce billet.

Kyliemartinez_2

Ayepu

Ou comment Libération invente le mouvement perpétuel en balladant son lecteur, puisqu'en utilisant "le moteur de recherche de notre base archive" on tombe sur la copie d'écran n°1 avec l'adresse de l'article, laquelle adresse nous amène à la copie d'écran n°2 qui nous ramène ... etc ... etc ...
</Update>

<Update de 5 jours plus tard> Explication du revirement de libé sur @si.</Update>

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Les évolutions de l’information : le web collaboratif et la gestion de l’identité numérique.

Article "de commande" pour la prochaine parution de la brochure "Repère" de l'ENSSIB (qui dispose également d'un site web)

  • Le web 2.0 : partage et collaboration

Le web 2.0 désigne, pour les outils d’accès, de production et de recherche d’information, la part de plus en plus grande qui est laissée à l’utilisateur. Les blogs (plateformes éditoriales « clé en main » ), les wikis  (sites collaboratifs dont chacun peut modifier le contenu), les fils RSS (permettant de suivre les dernières nouveautés publiées sur un site), mais également ces gigantesques réservoirs de contenus que sont FLickR (pour les photos), DailyMotion ou YouTube (pour les vidéos) sont autant de sites et de technologies emblématiques de ce web 2.0. Auparavant, les contenus étaient le fait d’une communauté relativement réduite (enseignants, universitaires, entreprises, institutions …), et ils étaient mis à disposition sans ouvrir beaucoup de possibilité d’interaction et de partage. Le point commun des sites et des technologies « 2.0 » est de permettre aux internautes de partager, de participer, de « remixer », de noter, de diffuser et d’accéder à des contenus qu’ils produisent majoritairement. Le passage au web 2.0 se caractérise donc par une frontière de plus en plus floue et perméable entre les producteurs et les utilisateurs de contenus. Ce dernier point est aussi le plus controversé : l’abolition des filtres éditoriaux habituels, la prédominance de contenus « amateurs » font du monde numérique un terrain d’observation privilégié de la démocratie directe dans ce qu’elle a de meilleur (partage, réciprocité, interaction, collaboration) mais également de pire (dictature de la masse, notoriété l’emportant sur l’expertise, logiques quantitatives plutôt que qualitatives).

  • La gestion de l’identité numérique.

Contexte : En lien avec l’avènement du web 2.0, l’usager est aujourd’hui au cœur, non seulement des contenus circulant sur le Net, mais également des préoccupations des grands acteurs propriétaires de ces sites, qui, pour rentabiliser leur modèle économique et continuer d’offrir un accès le plus souvent gratuit à ces services, ont besoin de connaître le plus finement possible leurs utilisateurs, afin de leur proposer des publicités contextuelles parfaitement ciblées. L’une des grandes nouveautés du web actuel est qu’un très petit nombre de sociétés collectent (via les services qu’elles offrent) et ont la possibilité de recouper un très grand nombre d’informations sur chacun d’entre nous : ces informations relèvent aussi bien de notre sphère publique (notre métier par exemple), de notre sphère privée (nos relations, nos amis), que de notre sphère intime (nos préférences politiques, sexuelles ou religieuses).
Ne pas confondre identité et identifiants :
La question de l’identité numérique doit être distinguée de celle des identifiants que nous utilisons pour accéder à différents services. Sur ce dernier point, différents projets existent pour tenter de proposer un standard d’identification unique qui via un seul login et mot de passe, permettrait de s’enregistrer sur toute une gamme d’applications et de pouvoir les utiliser (OpenID …)
Qu’est-ce que l’identité numérique ? Une collection de traces.
L’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audio ou vidéo, messages sur des forums, identifiants de connexion …) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau. Cet ensemble de traces, une fois qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche, peut parfois produire des résultats gênants (et ce malgré le recours assez fréquent à des pseudonymes d’identification). Ainsi, la pratique consistant à taper le nom de quelqu’un dans un moteur de recherche pour voir quels sont les premiers résultats qui ressortent est devenue de plus en plus courante, notamment dans le cadre d’un recrutement. La question est d’autant plus importante que l’on parle aujourd’hui de « natifs numériques » (digital natives), c’est à dire d’une génération qui utilise différents services web dès sa prime enfance.
Que faire après coup ?
Si vous souhaitez voir disparaître certains contenus vous concernant, vous avez la possibilité de vous adresser d’abord aux gestionnaires des sites qui disposent desdits contenus. Cela peut concerner la suppression d’une vidéo ou de photos, mais également de messages sur différents forums de discussion. La deuxième étape est de s’adresser directement aux moteurs de recherche : ceux-ci conservent en effet souvent dans leur « cache » une version des contenus précédemment supprimés. Il faut alors leur demander la suppression de ces contenus.
Comment rester maître de son identité numérique ?
L’idéal pour maîtriser son image numérique consiste à en devenir l’acteur principal. Ainsi, si vous tenez un blog sous votre nom, si vous achetez « votre » nom de domaine pour votre site web, si vous y déposez votre CV, ce sont ces éléments d’information qui devraient apparaître en premier dans les moteurs de recherche. Mais on ne peut pas demander à des adolescents alimentant leur skyblog ou leur MySpace aujourd’hui de penser à l’image que cela renverra d’eux dans 10 ou 15 ans. Les règles du bon sens demandent donc de conserver les identifiants utilisés lors de la création d’un contenu ou d’un service, pour pouvoir, le moment venu, supprimer ce contenu ou ce service. Eviter également de déposer des messages ou des contenus qui pourraient s’avérer nuisibles à notre image quelque soit le service utilisé et son niveau de « confidentialité » affiché. Enfin, avoir présent à l’esprit cette idée qu’une réputation numérique se construit de la même manière qu’une réputation « non-numérique » - c’est à dire patiemment et sur la durée - est encore le meilleur moyen d’agir en conséquence.

Olivier Ertzscheid. Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication.
Université de Nantes.
25 Mars 2008.

Faut-il stabiliser Wikipédia ?

L'édito de Bertrand le Gendre sur le site du Monde en date du 15 Mars, laissait entrevoir le pire : "Faut-il brûler Wikipédia ?" Le genre de titre incendiaire à vous mettre en émoi toute la communauté des Wikipompiers. Heureusement, il ne fallait y voir qu'une accroche vendeuse : le fond de l'article propose enfin le bon éclairage du phénomène (tout au moins en ce qui concerne le traitement par la presse quotidienne du phénomène wikipédia) : regarder WIkipédia comme une "nouvelle écologie de la connaissance" et non pas comme un épouvantail (épouvantable ?) éditorial planétaire. Et donc en écho à ce bel édito, Florence Devouard répond sur son blog à quelques questions qui sont au coeur de la capacité qu'aura Wikipédia à faire vivre et prospérer ladite écologie, sans se surexposer aux pathétiques effets de serre assouliniens. Cette question c'est celle de la "protection en édition" et de la stabilisation de certains articles. Le billet de Florence Devouard permet de replacer cette question dans "l'histoire" de l'encyclopédie et ouvre de nouvelles pistes dont les résonnances théoriques sont nombreuses et fécondes pour ceux qui s'intéressent aux documents numériques en général et aux processus éditoriaux les régentant en particulier :

  • La mise en place de différents "flags" (=drapeaux) qui sont les "bandeaux d'alertes" (non neutre, manque de source, ébauche etc...), et le système des "articles de qualité" (processus d'identification de BONS articles sur Wikipédia, par la communauté; articles identifiées en haut à droite des articles par une petite étoile dorée) si elle se systématise, pose la question croisée de l'émergence et de la validation par une communauté de pairs.
  • la question de la version qui doit être visible par défaut (celle flagguée et qualitativement "certifiée" ? la plus récente ?) renvoie aux interrogations sur le versioning, qui est le coeur de la dimension palimpsestique avérée de l'ensemble des documents et des documentations numériques.
  • La question enfin du droit et de la responsabilité éditoriale du flaggueur : dans le contexte mouvant et dans la temporalité particulière du numérique, dans un projet dont l'inachèvement programmé  est consubstantiel à son existence même, le processus de sélection et de validation peut-il être empreint de la même notion de responsabilité que dans un processus éditorial plus classique ?

Beaucoup de questions, peu de réponses pour l'instant, mais bien des perspectives passionnantes qui se confirment. En ce qui me concerne (et pour autant qu'on me demande mon avis), je pense que Wikipédia ne peut pas faire - et elle ne le fait d'ailleurs pas - l'économie d'une systématisation de cette "stabilisation", de ce fléchage des versions "les plus établies". Par ailleurs je pense que sa dynamique propre doit laisser au premier plan ce "work in progress", laissant se déployer un encyclopédisme d'usage. A chacun de faire son chemin. Plus les sous-bassements invisibles de la "Wikipédia stabilisée" seront nombreux et systématisés, plus ils auront capacité à se présenter "en référence" tout en s'effaçant devant la dynamique du projet, plus le lecteur avancera dans la sécurité, tout en préservant cette inclinaison particulière de la sédimentation encyclopédiste à la mode de Wikipédia.

Salon du livre 2008 : Louez des livres pour une heure ...

Scoop n°1 ...
Nous sommes à quelques heures de l'ouverture du Salon du livre, un salon qui au-delà des polémiques de rigueur, devrait permettre d'avancer sur plusieurs points liés au livre, au numérique, au livre numérique ... et à leurs usages. Parmi ces points, la fameuse offre légale d'ouvrages sous droits, promise dans le cadre d'Europeana. La société Numilog (l'un des agrégateurs partie prenante de l'offre précédente), vient de lancer un dispositif de feuilletage en ligne (Numilog-reader) permettant l'accès partiel à des ouvrages sous droits avec la possibilité d'y rechercher en "plein-texte", exactement à la manière de ce que propose Google Book Search donc, mais avec en plus un système de location des ouvrages (sous droits et récents) à l'unité. Le communiqué de presse en date du 12 Mars (Téléchargement CP-Numilog.pdf) précise que :

  • "Les extraits consultables peuvent représenter, selon les éditeurs, jusqu'à 50 % de l'ouvrage."
  • "Au-delà du feuilletage gratuit, les internautes pourront consulter le livre en ligne pendant de courtes durées d'une heure ou de vingt-quatre heures. Les premiers prix pour cette location seront respectivement de 1 € de l'heure et de 2,5 € des 24 heures." Le dit service est baptisé "Books on demand".
  • "33 éditeurs ont ainsi choisi Numilog comme e-distributeur"

Seule inconnue à l'heure où j'écris ces lignes, le nombre d'ouvrages qui sera effectivement accessible.
Ce dispositif de feuilletage est d'ores et déjà disponible dans la version 2 de Gallica (voir un exemple concret ici). Toujours selon le même communiqué de presse :

  • "Les fonctionnalités de feuilletage et de location (...) seront proposées à la fois dans le cadre de Gallica 2 et sur tout le site de Numilog. Lorsque l'internaute sera un visiteur de Gallica 2, des liens lui seront proposés non seulement vers la librairie Numilog, mais également vers les sites d'autres librairies en ligne (...) afin soit d'acheter et de télécharger la version "ebook" à des formats variés (PDF, PRC) sur ces librairies partenaires, soit d'acheter la version imprimée quand elle est disponible."
  • et last but not least : "La démarche du projet Gallica 2, que partage Numilog, est en effet d'associer tous les libraires qui le souhaitent à ce nouveau canal de promotion et de vente des livres."

Au-delà des lignes d'affrontement que ne manquera pas de faire (re)naître ce communiqué, c'est, me semble-t-il, la première alternative crédible à GoogleBook Search, qui prend - enfin - en compte des usages partout avérés, ce qui n'est déjà pas si mal ... Pour autant, elle doit encore prouver qu'elle sera une alternative efficace :

  • inconnue sur le nombre de titres disponibles ou à tout le moins la "volumétrie" visée,
  • inconnue sur la "ligne éditoriale" d'une telle entreprise, même si à la lecture des noms des 33 éditeurs engagés, la littérature académique et les manuels universitaires y occuperont certainement une grande place,
  • inconnue sur l'adhésion ou le refus des libraires et des autres éditeurs,
  • efficacité également à confirmer sur l'accès aux dits ouvrages via le moteur de recherche de Gallica.

(Source : communiqué de Numilog arrivé dans ma boîte mail // Temps de rédaction de ce billet incluant quelques petits tests sur les sites mentionnés : 2 heures)

Téléportation "n -1" et synchronisation cardinale.

Je voudrais revenir rapidement sur deux des derniers billets publiés sur le blog officiel de Google.

  • Le premier annonce une fonctionnalité dénommée "téléportation" (on reconnaîtra là le goût et le talent prononcé de Google pour le marketing). Il s'agit en fait de l'opérateur classique de recherche à l'intérieur d'un site (opérateur "site:"), opérateur qui remporte toujours un franc-succès quand je le présente à mes étudiants comme un "moteur embarqué" permettant de fouiller n'importe quel site. Google vient donc de rendre possible cette interrogation, directement depuis la page de résultats, via l'apparition d'une fenêtre de recherche ("compobox") dédiée juste en dessous de la mention du site. L'air de rien, cette fonctionnalité renforce l'effet de stagnation qui maintient les utilisateurs un temps de plus sur le site Google, retardant d'autant leur arrivée sur le site cible. L'enjeu est évidemment  d'entretenir l'économie de l'attention qui est d'autant plus "rentable" pur le moteur si l'utilisateur reste dans son giron/cocon le plus longtemps possible.
  • Search_subset_2
  • le deuxième billet annonce ce que j'ai déjà présenté comme la quatrième étape de la dérive des continents documentaires, c'est à dire la mise en place d'une synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line). C'est sur Google Calendar que (dans un premier temps) cette fonctionnalité vient s'ajouter. Concrètement cela ne semble pas tonitruant : il s'agit de pouvoir synchroniser Google Calendar avec Microsoft Outlook ... et réciproquement. Techniquement, c'est une (petite) révolution dans le domaine de la cardinalité des applications web (dont Google Gears avait annoncé les prémisses). Dans le jargon informatique, la cardinalité désigne : "le nombre minimum et maximum de possibilités que chaque classe contient dans la relation liant 2 ou plusieurs objets." (Wikipédia) Je m'étais longuement intéressé au problème de la cardinalité des liens hypertextes dans le cadre de ma thèse. Il s'agissait dans ce cadre de "la possibilité d’établir des liens hypertextuels non plus mono-directionnels mais multi-directionnels (depuis un ou plusieurs documents, vers un ou plusieurs autres), leurs ancres faisant alors office de pivot, de point central." La cardinalité des liens est un problème crucial qui traverse toute la littérature scientifique sur l'hypertexte. Elle est un peu l'alpha et l'oméga d'un très vaste ensemble de problématiques liées, dont celle du versioning ("Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle, les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées.") Bref bref bref, je vais pas vous refaire ma thèse dans un billet de blog (s'il y a des amateurs, elle est disponible ici). Donc Google vient de proposer à la synchronisation de nos activités connectées et déconnectées, une cardinalité nouvelle.

Moralité ?
ESPACE.
Après avoir (avec d'autres) fusionné l'ensemble des données publiques, privées et intimes en une sphère d'indexabilité unique (dérive des continents documentaires), contribuant ainsi (et via ses ambitions génomiques) comme aucun autre à l'émergence d'une problématique nouvelle (indexabilité de l'humain), cet effort redoublé pour accroître la cardinalité de nos rapports (sychrones ou asynchrones) à l'information lui permet de s'attaquer à la question centrale ... du TEMPS.
CQFD. Espace-temps. En se rendant progressivement maître de notre espace-temps numérique, l'utilisation du terme "téléportation" par Google n'est peut-être pas simplement une figure de style ...

Docteur Google : quelle médecine pour demain ?

Prologue ...
Les moteurs, tous les moteurs, caressent depuis longtemps déjà le rêve d'être médecins. Après la bataille de l'information (gagnée "contre" la presse), après la bataille de la connaissance (sur laquelle ils disposent pour l'instant d'un très net avantage quantitatif "contre" les bibliothèques), la bataille du génome. Après s'être rendus maîtres de la base de donnée des intentions, c'est désormais, bien plus que du graphe social, du génome de l'humanité qu'ils sont en quête. Et leurs moyens ne sont pas ceux d'un Quichotte.

Ce qu'il y a derrière la médecine 2.0
Retour sur quelques problématiques essentielles de la "médecine 2.0" ou "quand les moteurs seront médecins" ...
Il faut d'abord noter que ce ne sont pas les applications (informatiques) qui manquent d'applications (médicales). ReadWriteWeb liste son top 20. On y découvre trois catégories de sites :

  • côté patients :
    • des sortes de forums pharmaco-hospitaliers à la sauce 2.0 (Patientlikeme) dans lesquels il est possible de trouver "ceux qui souffrent de la même maladie que moi" ou "ceux qui prennent le même traitement que moi".
    • des sites de stockage en ligne de l'ensemble de ses informations et données médicales (voir  par exemple le descriptif du site "Mivitals" sur Techcrunch)
  • côté praticiens : ils ne sont pas en reste avec Sermo qui permet à plus de 50 000 médecins et cliniciens d'échanger autour de cas pratiques et cliniques.
  • côté patient qui cherche un médecin : le site Vitals est proprement hallucinant (pour nos esprits étriqués de la vieille europe, mais tout à fait révélateur d'une certaine forme de pragmatisme orwellien anglo-saxon : le principe est que les patients peuvent soit y noter des médecins qu'ils sont allé consulter (ou non ...), soit s'en servir pour trouver des médecins (et voir s'ils sont ou non bien notés). Mais la fiche signalétique du médecin lambda ne s'arrête pas là : il est en effet possible pour tout médecin référencé dans la base de donnée de Vitals, d'avoir accès à ses affiliations (hopitaux ou cliniques dans lesquels il travaille ou a travaillé), à son cursus universitaire (quelle faculté a-t-il fréquenté et dans quelle "option"), à des informations "disciplinaires" (si le médecin à déjà dû faire face à des sanctions ou des procès, ou si de "mauvaises pratiques" ont été relevées par des patients), ses publications scientifiques, les langues qu'il parle, et les assurances médicales qu'il accepte ... C'est proprement hallucinant tant le décalage est immense avec les quelques tentatives françaises de jouer la compétition entre hôpitaux et entre praticiens sous couvert de transparence et d'information du patient.

La "santé 2.0" dispose même déjà de sa conférence au titre programmatique : "Connecting consumers and Providers". Vous aurez noté que "consumer" n'est pas davantage une traduction de "patient" ou de "malade" que "provider" ne l'est de "médecin" ... L'avantage c'est qu'au moins on sait où l'on met les pieds (nickelés) ...
Cette même médecine 2.0 hérite de nombre des avantages et des problèmes du sceau "2.0" parmi lesquels celui de la crédibilité, de l'autorité. Ces dernières problématiques pouvant s'avérer littéralement "vitales" dans le cas, par exemple, des blogs médicaux qui fleurissent aujourd'hui sur le net. Sur ce sujet (=ce que le "2.0" apporte à la médecine), je vous recommande ce diaporama exhaustif et incontournable (repéré grâce à Techcrunch)

Médecine 2.0 : une question de sphères de données.
Avant d'en revenir à nos chers moteurs, il faut bien comprendre que la clé de la médecine 2.0, ce sont les données. Exactement de la même manière que les données sont la clé du web 2.0. Et ces données sont de plusieurs ordres, appartenant à différentes sphères (sur l'origine desdites sphères, cf ma petite théorie de la dérive des continents documentaires) :

  • Sphère intime : Données "médicales". C'est le fameux "dossier médical". Vos traitements, vos prescriptions, l'historique de vos pathologies. La sphère est ici celle de l'intime.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Elles peuvent être publiques comme dans le cas des 4 services évoqués plus haut, avec la règle de l'opt-in (ce sont les principaux intéressés qui doivent alimenter leurs "fiches"). De "l'extime" (= de l'intime tourné vers l'extérieur) si l'on préfère.
  • Sphère publique collective : Données cliniques : elles rassemblent les articles et les données issus de bases de données en médecine et dans les domaines connexes. Ces données factuelles, ces protocoles d'expérimentations, ces articles scientifiques doivent être impérativement publics (dans une logique d'opt-out), et idéalement gratuits, pour que tous les praticiens qui en ont besoin - notamment dans les pays émergents ou en voie de développement - puissent y avoir accès dès que cela est nécessaire (sur ce sujet, vous pouvez d'ailleurs vous précipiter signer la pétition de soutien à la Cochrane Library, explications sur l'intérêt de la chose dans Urfist-Info).
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Votre génome. Son séquençage. Et toutes les applications (médicales ou non) qui y sont liées.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population, collectées par des sociétés ou des organismes n'ayant pas de vocation médicale affichée ou prépondérante.

C'est sur les bases du projet collectif ou politique (ou marchand ... ou les trois ...) qui soutiendra et "pensera" l'articulation de ces différentes sphères que se construira la médecine du siècle prochain.
Comme l'ont montré les points de rappels précédents, qu'il s'agisse des données, de la prescription, de la mise en relation, du stockage, sur tous ces points essentiels de la périphérie médicale, les moteurs de recherche sont évidemment les mieux placés pour proposer rapidement aux individus (et aux États ...) une offre médiale 2.0 "clé en main".

Ceux qui sont derrière la médecine 2.0
Après bien des effets d'annonce de la firme de Mountain View (pour un récapitulatif de sa stratégie, voir ce billet), c'est finalement Microsoft qui lui grilla la politesse avec le lancement de son service Healthvault, dont je vous disais plein de bien dans ce billet. Mais là où le site Healthvault ressemble encore aujourd'hui à une (jolie) usine à gaz toute pleine des logos de ses sponsors, et là où Healthvault reste encore avant tout un moteur de recherche d'informations et de données médicales, Google vient de reprendre l'avantage en déployant le premier partenariat terrain dans lequel un moteur de recherche (en tant qu'entité commerciale) se fait le principal et unique intermédiaire dans la chaîne de la prescription et du soin. Soit, vu sous un autre angle, une désintermédiation programmée et actée de l'acte médical.

La première pierre ...
Ce dont je parle c'est le partenariat avec la Cleveland Clinic. Un partenariat qui fera date, comme le fit celui des premières bibliothèques contractantes du programme Google Book Search (pour mémoire : Harvard, University of Michigan, New York Public Library, Oxford et Stanford). Les patients de cet organisme (la Cleveland Clinic) bénéficient déjà d'un accès à un dossier médical informatisé. Comme l'indique le billet du blog officiel de Google, ce partenariat vise donc à "tester notre modèle de partage de données." En clair (je reprends ci-dessous et traduis les points signalés dans le billet annonçant le partenariat) :

  • "les patients de la clinique pourront importer leurs données médicales dans un leur compte Google." C'est donc bien d'un changement de sphère qu'il s'agit : on passe de la gestion de données médicales "dans et par" un organisme habilité (une clinique), à la gestion des mêmes données "dans et par" une firme privée commerciale sans compétence médicale.

De son côté, l'annonce relayée sur le site de la clinique indique qu'entre 1500 et 10000 patients seront concernés et parle, à propos du susmentionné changement de sphère, d'un "live clinical delivery setting".  La même clinique annonçant que "le but ultime de cette expérimentation" est "de permettre aux patients d'interagir avec de multiples praticiens, services de santé et pharmacies." Un objectif que l'on retrouve mot pour mot dans le billet du blog officiel de Google qui indique travailler avec "beaucoup de compagnies d'assurance, de groupes médicaux, de pharmacies et d'hôpitaux." Ce "modèle de partage de données" dont parle Google est donc bien, pour moitié au moins, à destination de compagnies dont l'intéressement aux problématiques de santé n'a rien à voir avec le cadre du soin (compagnies d'assurance et pharmacies dans une moindre mesure).  Dit autrement, si l'intérêt pour le patient reste à démontrer et si l'intérêt pour l'avancée de la médecine restera nul, l'intérêt financier pour les groupes d'assurance et les grands groupes pharmaceutiques n'est lui, plus à démontrer ...

La deuxième pierre ...
Sept jours après l'annonce de ce partenariat, soit le 28 février, un nouveau billet du blog officiel Google pratique l'art consommé du teasing en délivrant parcimonieusement quelques copies d'écran du toujours annoncé et jamais encore entrevu service Google Health (d'où le qualificatif de Vaporware qui lui est octroyé par Techcrunch). Ladite copie d'écran permet d'avoir la confirmation que Google Health balaiera bien toute l'étendue des services de la médecine 2.0 telle que décrite plus haut : il sera possible d'y importer ses données médicales personnelles, d'y trouver un docteur,  d'y consulter ses ordonnances, ses traitements, et d'ajouter des informations à son profil Google Health tout en naviguant sur le net. Le lancement du service est prévu "dans les prochains mois", probablement à l'issu de l'expérimentation avec la Cleveland Clinic.
Naturellement, les compagnies d'assurance et autres enseignes pharmaceutiques n'auront pas accès à votre profil Google Health. Mais. Mais il est évident que comme pour d'autres services, Google proposera des liens sponsorisés pour les profils Google Health, et il est plus que probable que les mêmes compagnies d'assurance et groupes pharmaceutiques disposeront également de leur "espace" Google Health, un espace vers lequel vous pourriez être orientés en suivant le lien "discover more health tools for managing your health", lien disponible en place centrale sur la page de votre profil Google Health.
La deuxième pierre c'est donc celle de la publicité, coeur inamovible de l'appétence et de la compétence googléenne.

La cathédrale du génome planétaire.

Si le lancement du site Google Health s'inscrit dans une stratégie marketing court-termiste (?), un rapide coup d'oeil en arrière sur les sphères concernées par la médecine 2.0 nous permet d'y voir plus clair dans la stratégie à long terme de la firme de Mountain View. Reprenons donc (rapidement) :

  • Sphère intime : Données "médicales". Tout est prêt. Les dossiers médicaux existent. Ils sont numérisés et accessibles en ligne dans l'enceinte médicale (hôpital ou clinique) et demain via un compte standard sur un moteur de recherche.
  • Sphère personnelle publique : Données "sociales" sur les patients et les praticiens. Là encore tout est prêt. Le seul changement concernera la centralisation de l'ensemble de ces informations sur des moteurs comme Google ou Microsoft (une centralisation qui passera d'ailleurs probablement par le rachat de quelques compagnies pionnières et/ou bien établies et/ou disposant d'une base de donnée suffisamment conséquente)
  • Sphère publique collective : Données cliniques. Idem que pour le point précédent. Même s'il faudra collectivement être particulièrement vigilant pour maintenir, sur ces données, un droit d'accès libre et gratuit partout et pour tous.
  • Sphère personnelle privée : Données "génomiques". Vos gènes. Là encore, les avancées vont bon train, la société 23andMe s'y distingue, et Google est partenaire/actionnaire de ladite société. Le séquençage complet génotypage (cf ce commentaire) de votre génome coûte aujourd'hui 999 $.
  • Sphère collective privée : les mêmes données génomiques, à l'échelle non plus de l'individu mais d'une population. La voilà, la stratégie à long terme. Et voici pourquoi ...

Bloomberg nous apprend que le plus grand projet de séquençage du génome (100 000 personnes "visées" avec un objectif de 1000 personnes la première année pour un coût de 50 millions de $) vient d'être lancé par des scientifiques d'Harvard. L'objectif est d'avancer dans la connaissance et le traitement des maladies. Et que dans ce projet, Esther Dyson (de la société 23andMe) est embauchée, et que ... Google et Orbimed (une firme d'investissement dans le domaine de la santé) en seront les financeurs.
Pour la recherche, pour le traitement de ces maladies, et pour l'instant, c'est un cercle vertueux. Google est l'une des seules sociétés à avoir l'infrastructure informatique (la capacité de calcul) et les ressources financières pour porter ce genre de projet. Pour nos sociétés, c'est autre chose ; que sur ce genre de projet, toute la zone de décision, d'initiative, de pilotage et de contrôle (front et back-office) "échappe" ainsi à la sphère publique, à la sphère politique (au sens étymologique du terme) est le signe avant-coureur de bien des possibles et irréversibles dérives. D'autant que de l'aveu même des dirigeants de ces sociétés qui fleurissent aujourd'hui sur le créneau de la génétique personnelle, si le premier objectif est de gagner de l'argent en vous vendant le code de votre génome (sphère personnelle privée), le second objectif, le "vrai", est "to collect a large database of genetic information and then come back to you over time with invitations to provide specific health data and participate in research." Sphère collective privée.

Les moteurs de séquençage sont à la manoeuvre. Efforçons-nous collectivement de rester à la barre.

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 3 heures et 12 minutes // Nombre de sites/billets consultés pour sa rédaction : une grosse vingtaine).

Welcome to the World Life Web.

In 1994, in the wake of Tim Berners Lee’s work, the World Wide Web was officially born. A global web, wide in its dimensions as in its contents. Over the years, these contents have literally exploded, imposing to all of us the use of search engines to try and sort out this fertile chaos on the basis of the principle of a classification ‘by relevance’. The main issue, when initially managing the web, was developing the addressing of documents. To find them, and to find them again, the documents needed a physical address on the network. The answer was given in particular thanks to the  "http protocol" (hypertext transfer protocol) as well as via the naming system which enables to identify and classify web sites on the basis of their domain name (DNS). This addressing system is still somewhat problematic nowadays and must face the constant evolution of its contents, hence the appearance of new extensions (‘mobi’ for sites dedicated to mobile telephony, ‘museum’ for museum web sites, etc) and the open question of widening this protocol to all languages of the planet. This was the first documentary age of the web.
Then came the World Live Web, i.e. an instantaneous web, a web giving the latest published information in real time. Google News service was, as such, one of the pioneers of this second documentary age, but it also enables to refer to what is called micro contents, e.g. comments on blogs. Indeed, the relevance criterion used by search engines remains crucial, but there is also another important criterion, i.e. the capacity to account for the evolution of documents published on the web whatever they are. Where the mainstream search engines only indexed pages, the world of blogs search engines have started indexing blogs as snippets of documentary as soon as they are published, indexed and accessible.
For some time now we have entered a third documentary age, the World Life Web, in particular with the extraordinary boom of social networks (Facebook, MySpace) and of virtual worlds  (Second Life). After the addressing of documents, after their level of granularity (increasingly thinner), the main issues of this new age are the sociability and the indexable and remixable nature of our digital identity as well as its traces on the network. In these digital worlds and networks, everyone can provide the information he/she wishes and this information can equally fall within our public sphere (e.g. our occupation), our private sphere (our relations, our friends) and above all our intimate sphere (our political, religious and sexual preferences). An increasing number of social networks enable the huge catalogue of human individualities, which compose them, to be indexed by search engines. This necessarily poses the question of the relevance of human profiles. A question which is still in its beginning stages, but whose scale of problems raised can rightly make one shudder. Effectively, it is an established fact that each user of these systems, far from having at their disposal a unique profile freely granted and containing only information of a public nature  (a bit like our identity cards) have several different profiles on different sites in different public or private spheres. And that many users enter these social networks through nicknames (which mask their real identity) or avatars, also making up identities which are sometimes entertaining, sometimes reconstructed, sometimes deceptive, and often idealised, but always sketchy. The confidentiality policy of the websites gathering the generally freely granted information has already been the subject of many criticisms, mobilizing institutions and associations on the niche of the defence of a right to erase in the digital world. If it is possible to make people aware of a logic of industrialization of the private sphere which underlies these  worlds, if it is possible to appeal to their vigilance and their responsibility, it remains impossible to control what will become of the remixing of all the traces, once displayed for instance on a search engine. The questions which must be considered today are the indexable nature of the human being, the question of whether Man is or is not a document as any others, the question of  being equipped with a comprehensive and uncontrollled digital identity. This identity will be defined and has already largely been via my journey on the net, my purchases, the (controlled or not) expressions of my identity display as well as by the reflection of the whole such as it will appear remixed in the search engines, the social networks or the virtual worlds. The urgency of this question calls for another one: why ? Documents and key-words have gained a trading place. They are sold and bought on the market place of the Internet which largely regulates Google search engine. Will our digital identity traces also be mere commodities in future ? Welcome to the World Life Web.
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Traduction du texte original publié ici même et repris sur Ecrans.fr
Merci à Fabienne Portier (McF Anglais) pour la traduction, et merci également aux étudiants de l'IUT qui , sous sa responsabilité, ont durement planché sur la traduction de ce texte.

Technologies de la relation.

Je viens de visionner la conférence (?) de Joel de Rosnay qui parle des 4 âges du web comme suit :

  • "Internet 1.0 = Internet descendant.
  • Internet 2.0 = les contenus générés par l’utilisateur.
  • Internet 3.0 = Internet intuitif, sémantique
  • Internet 4.0 = web symbiotique, pervasif"
Cela me rappelle mes propres réflexions sur les trois âges documentaires du web, réflexions détaillées dans ce billet. Le "quatrième âge" non traité dans mon billet étant celui de la redocumentarisation du monde, laquelle correspond parfaitement au web pervasif et symbiotique décrit par De Rosnay.
L'autre expression employée et qui m'a paru très stimulante est celle des "technologies de la relation", juste une expression de plus pour un homme qui dispose d'un très pédagogique sens de la formule et de la métaphore (pourvu qu'il n'ouvre pas son blog, il serait capable de me chiper ma place de ouinneur), mais une expression qui décrit bien la réalité de nombre de services du web 2.0 préparant l'avènement du web 3.0.
J'aurai un seul (léger) désaccord avec Joël de Rosnay (ainsi qu'avec nombre des analystes et prospectivistes du web) : je suis absolument convaincu que le web 4.0 précèdera le web 3.0, c'est à dire que l'internet des objets, un internet "pervasif", ubiquitaire, immersif, précèdera l'avènement du web sémantique.

(Via Savoirs en réseau)

Livre sans Issuu

Repéré chez Aldus qui le tenait lui-même de chez La Feuille , le service Issuu est un nouveau site-web-widget permettant "d'éditer", de visionner sur le mode du feuilletage, et de widgetiser un livre sur un site Web (ou dans votre blog, ou dans votre réseau social).
Hubert Guillaud est incontestablement le champion du monde toutes catégories du traquage de widgets éditoriaux et son blog regorge de liens vers d'autres services semblables. Mais le service Issuu, s'il "n'invente rien", m'a vraiment impressionné par la facilité de mise en place et la qualité ergonomique de la restitution graphique du livre. Je n'ai fait qu'un petit essai avec le seul pavé que j'avais sous la main (ma thèse) et le résultat est là (un double-click sur le widget idoine vous permettra de le visionner en taille réelle, sinon, cliquez par là) :

En dehors du domaine de l'édition "stricto sensu", ce ne sont pas les scénarios d'usage qui manquent :

  • dans le cadre de l'accès à des ouvrages précieux ou rares en bibliothèque
  • pour consulter des documents ou des supports de cours à l'université (ça changera nos étudiants de l'éternel powerpoint ou du vieux pdf qu'ils téléchargent tous mais qu'aucun ne lit ...)
  • ...

Interruption ambiante

On connaissant déjà les concepts permettant de désigner la place de plus en plus grande qu'occupent les terminaux (connectés ou non) dans nos vies publques et privées : informatique "ambiante", "pervasive", "nomade", "ubiquitaire" (ubiquitous computing), etc ...
David Armano propose sur son blog un nouveau (?) concept intéressant et complémentaire de ceux décrits ci-dessus. C'est celui de "l'interruption ambiante".

Ambient_2

Traduction rapide et résumée de son billet :

  • "Nous traversons une période d'interruption ambiante. Fini le temps où nous passions d'une chaîne de télé à l'autre quand les publicités venaient interrompre un programme. (...) une nouvelle forme d'interruption est née, qui vient maintenant directement de nos proches ("peers"). Elle est pervasive, subtile et ambiante ; elle est partout autour de nous et se manifeste sous diverses formes au travers des différentes technologies et de divers terminaux. (...) Regardez-vous en train de travailler sur votre ordinateur ou d'utiliser votre smartphone. Nous avons donné à nos amis et à nos marques favorites la permission de nous "interrompre" au travers d'emails, de texte, de messagerie instantannée, de réseaux sociaux. (...) C'est ce que j'appelle l'interruption ambiante : nous pouvons lui prêter attention ou l'ignorer. L'ignorer ? Pas vraiment. Que se passe-t-il en effet quand nous atteignons la limite d'interruptions ambiantes que nous pouvons supporter ? Le résultat est différent pour chacun de nous. Nous les esquivons de différentes manières et utilisons différentes techniques de filtrage. (...) Peut être trouverons nous un jour une manière cynique de gérer ces interruptions ambiantes, comme nous l'avons trouvée pour les interruptions publicitaires télévisuelles."

Si cette approche me semble intéressante c'est parce qu'au-delà de la réalité des usages qu'elle parvient à traduire (le "poke" de Facebook semble ici parfaitement emblématique), elle entre en résonance avec la notion d'une économie de l'attention et plus précisément avec ce qu'en dit Jean-Michel Salaun dans quelques-uns de ses billets, par exemple celui-ci :

  • "Il existe une économie de l'attention tirée par la logique de la diffusion, tout comme une économie de l'attention tirée par celle de l'accès. L'une et l'autre s'adressent aux mêmes clients (les annonceurs, les agences, les régies), mais s'appliquent sur des activités différentes. Il y a donc concurrence, et même antagonisme."

Soit une équation dont les nombreuses inconnues se résolvent peu à peu :

  • Conditions d'une économie de l'attention optimale = Informatique ambiante, pervasive et ubiquitaire + logiques (spécifiques ou héritées) de diffusion et d'accès + interruption ambiante (cette dernière notion pouvant faire office de variable d'ajustement).