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L'INA brouille l'image, et c'est dommage.

Je m'étais à l'époque enthousiasmé pour le service "archives pour tous" de l'INA. Et voilà qu'incidemment je découvre plusieurs notables changements concernant la présence web de l'INA.
Primo, un nouveau "portail" public. http://www.ina.fr/ Avec un énorme bandeau de pub (uniquement pour des services de l'INA) clignotant en haut de page (beurk) et un site portail que plus rien ne distingue des sites vidéo grand public tels Dailymotion ... sauf la fadeur du choix graphique d'ensemble (fond bleu, onglets en dégradé de bleu). J'ignore si cela était ou non l'effet recherché (= qu'on ne puisse plus distinguer l'INA de Dailymotion), mais si tel est le cas, j'atteste que c'est réussi.
Plus surprenant, au-dessus de l'immonde bandeau clignotant, un lien vers " Les sites de l'Ina pour : les étudiants, les universitaires et les professionnels", lien qui renvoie vers l'ancien site de l'INA ... mais avec un nouveau nom de domaine disons ... davantage centré sur les professionnels que sur les universitaires : http://www.ina-entreprise.com/.
Et la ma déconfiture continue : l'ancienne page du service archives pour tous, est remplacée par celle-ci, beaucoup plus ... épurée ... et dans laquelle on vous demande d'entrée de choisir entre l'espace "professionnels" ou "universitaires". Les "professionnels" ont alors le choix entre le descriptif de deux service payants. Et les "universitaires" peuvent savoir comment être accrédité pour visiter l'INA ou alors consulter le catalogue. Chouette :-(( Et là je dis "Dommage" car l'ancienne page du service archives pour tous était vraiment un modèle d'érgonomie et de service dans le domaine du web public institutionnel (outre le fait qu'elle avait du coûter bonbon en conception).
Plus surprenant encore, alors que la puissance publique et les intérêts privés passent leur temps à sermonner / fliquer / terroriser l'internaute sur la reprise de contenus dont il ne détiendrait pas les droits, l'INA-entreprise met à disposition un corpus de spots publicitaires dont elle zappe carrément les droits voisins au motif de zone grise (= "on savait bien qu'il eut fallu le faire, mais c'était trop compliqué de retrouver tous les ayants droits") ... pour le moins dommage.
Bref, je suis déçu. Trèèèès déçu. Non pas tant que l'INA joue à plein sur son côté entrepreunarial (ô tempora ô mores ...) même s'il me semble que l'INA est avant tout un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), mais déçu de voir que la présence nouvelle de l'entreprise-INA sur le net soit infiniment moins efficace, conviviale et innovante que ne l'était son ancienne présence d'institution publique.
Juste un autre exemple de ma déception : il faut désormais aller plonger en bas de page (sous la ligne de flottaison du navigateur), pour retrouver la fonctionnalité ("Mon parcours") représentant en vignettage le parcours de navigation personnalisé sur le site, ce qui n'a dès lors plus aucun intérêt.

Boire le Calice (68) jusqu'à la lie.

Il des fois où l'on se dit en découvrant un outil, que "Ah ben voilà. C'est exactement comme ça qu'il faut faire. Y'a pas à chercher plus loin, faudrait que tout le monde ait le même." C'est ce qui m'est arrivé en découvrant Calice68, portail des bibliothèques du Haut-Rhin. C'est propre, c'est efficace, c'est complet, c'est convivial, c'est "2.0" mais pas trop, y'a des tags pour faciliter la recherche, une navigation à facette (suggérée et non-imposée) pour faciliter les découvertes, la possibilité de consulter les avis des bibliothécaires mais aussi des lecteurs et même ceux d'Amazon (directement importés depuis le site), et tant d'autres choses encore. C'est franchement bluffant. Et c'est avec une belle unanimité que le jury souverain composé essentiellement de moi-même, décerne à Xavier Galaup, initiateur (et maître d'oeuvre ?) du projet, le grand prix du CCCP (catalogue collectif convivial partagé).
N'y manque plus (à moins que je ne l'ai raté ...) qu'un accès direct depuis chez soi à des fonds numériques, via par exemple sa carte de lecteur, comme c'est déjà la cas à La Roche sur Yon.

Agenda : congrès ABF 2009

Entre deux relectures de rapports avant les soutenances de stage, deux écritures d'articles et trois réunions techniques pour préparer une rentrée qui s'annonce rock'n roll (400 heures d'enseignement en moins sur les 3500 dont jouissait jusqu'à présent notre beau DUT Infocom), je serai vendredi au congrès 2009 de l'ABF. Depuis l'année dernière, LE congrès du petit monde des bibliothèques s'est doté d'un blog sur lequel (grâce à eux) vous pouvez suivre en temps quasi-réel les débats et les présentations des différents intervenants.
Or donc j'interviendrai Vendredi 12 Juin dans le cadre de la session "Bibliothèques sur le net" avec comme intitulé de présentation : "Le choix de la bibliothèque numérique : entre interface(s) et contenu(s)". En gros (et en 20 minutes) je vais tenter de montrer : 

  • en quoi le numérique amène à repenser les notions d'espace, d'usages et d'architectures d'une manière presque symétriquement opposée à ce qu'elles sont (ces notions) dans la bibliothèque physique.
  • Et de montrer que si les actuelles bibliothèques numériques sont "en-deça" des attentes c'est parce qu'elles les pensent (les mêmes notions) dans la seule continuité de la bibliothèque physique.
  • Je vais aussi tenter de montrer que pour penser "les usages, les espaces et les architectures" (c'est le thème du congrès ABF 2009) il faut partir à la conquête d'une nouvelle grammatologie algorithmique.
  • Montrer que le texte est devenu un lieu technologique bien avant que la bibliothèque ne devienne un lieu virtuel. Que cela en fut même la condition nécessaire, et que nombre de chantiers de bibliothèques numériques semblent aujourd'hui avoir oublié cette vérité première.
  • Montrer que l'enjeu de la bibliothèque numérique de demain est un enjeu d'abord essentiellement topologique : que peut-on dire de la structure globale de la bibliothèque abstraction faite de son périmètre de ressources numériques propres ou distantes ?
  • Montrer qu'il faut sortir de l'effet diligence, parce que "ce ne sont pas les conducteurs de diligence qui ont inventé les locomotives". Et que l'on a aujourd'hui toujours besoin d'inventer la bibliothèque locomotive numérique. 
  • Montrer qu'avant même (ou "au lieu de") se mettre en quête du lieu virtuel idéal de la bibliothèque numérique il faut d'abord prioritairement installer des espaces de voisinnages numériques et permettre aux professionnels de se les approprier. Et que ça ... et ben cela fait déjà près de 4 ans que moi et quelques autres nous le ressassons à satiété (ce qui est presque aussi oxymorique que dur à dire), et que si on ressasse encore pendant 4 ans et ben ... il sera trop tard. Trop tard pour la bibliothèque numérique. Et trop tard pour la bibliothèque et les bibliothécaires tout court.

Voilà. Et donc bien sûr je n'aurai pas le temps de parler du tiers du quart de ce que je viens de vous annoncer parce que je n'ai que 20 minutes et que j'ai déjà 50 slides sur mon pauvrepoint et qu'il va falloir que j'en enlève une bonne moitié. Mais c'est pas grave, ça sera toujours bon à recycler pour un article, un cours ou une formation à venir. C'est aussi pour ça que j'aime être invité dans des congrès ;-)
Allez, à vendredi si le coeur vous en dit et si vous êtes dans le coin.

(Temps de rédaction de ce billet : 30 Minutes)

Is it a bird ? Is it a plane ? No. It's a monopolistic library-bookseller.

La dernière fois que je vous avais entretenu de l'un de mes sujets de prédilection, Google Books, c'était pour me faire l'écho (et tenter l'analyse) de la dernière bombe lancée par Google sur les pauvres casques bleus du commerce du livre :

Nous étions alors en Novembre 2008, et le désormais célèbre Google Book Settlement venait de paraître. Que s'est-il passé depuis ?

Planète Opt-Out.

Le grand numérisateur a tout pris. Livres libres de droits, livres sous droits, livres dans la zone grise et oeuvres orphelines. Tout y est, ou presque. Et même s'il est toujours quasi-impossible d'estimer réellement le nombre d'ouvrage réellement numérisés et disponibles dans Google Books, la fourchette raisonnable se situe entre 7 et 10 millions d'ouvrages numérisés, pas mal pour un projet lancé en 2005.
Et l'heure est désormais aux ultimatums. Soit vous souhaitez jouer le jeu de Google et entrer dans le modèle qu'il propose et qui vous permettra d'être indemnisé pour vos oeuvres (vous avez alors jusqu'au 5 janvier 2010 pour vous déclarer), soit vous décidez de bouder, vous vous réservez le droit d'attaquer Google en justice, et là vous avez le droit de continuer à ne pas toucher d'argent ou si peu, d'entrer en résistance, et là vous avez jusqu'au 4 septembre 2009 pour le faire (la date était initialement celle du 5 mai, mais elle a été prolongée à la demande des associations d'auteurs). Comme le rappelait ActuaLitté le 21 Avril 2009, "éditeurs allemands, autrichiens et Suisses germanophones ont choisi d'accepter le contrat proposé par Google plutôt que d'entrer dans un conflit juridique". D'autres suivront. A n'en pas douter. Il n'y a guère qu'en France (et aussi un peu au Québec), que le SNE et La Martinière décident de se payer le luxe d'un affrontement juridique qui pour en être très noble n'en est pas moins voué à l'échec. Mais au pays de Cyrano, on mise beaucoup sur le panache. La prise de position du SNE est d'ailleurs assez largement ambigüe (pour ne pas dire illisible) dans la mesure ou il recommande tout à la fois aux éditeurs de participer au réglement (settlement) tout en dénonçant le fait que celui-ci est contraire aux principes du droit d'auteur en France (mais cette territorialisation du débat est-elle réellement viable, y compris juridiquement ...) et en maintenant donc une ligne d'affrontement juridique déclaré (tribune détaillée du SNE à lire en .pdf chez Légipresse).

Masse critique.
Alors que les usages de E-books émergent massivement et rencontrent un marché qui dépasse largement les seules "niches" ou certains experts voulaient le cantonner, la question de l'offre, et plus précisément du volume de l'offre s'affirme chaque jour davantage comme absolument cruciale. Et là encore, quand Google décide de faire feu, ce n'est pas quelques dizaines, ce ne sont pas 1000, quelques milliers ou quelques dizaines de milliers d'ouvrages qu'il verse au pot commun, mais bien 500 000 ouvrages libres de droits, lisibles au format E-pub pour la liseuse Sony. Et oui. Car on parle aussi désormais de plateforme technologique. A ma gauche, Amazon, son Kindle et son format. A ma droite, Google, son thesaurus (qui est aussi un trésor) de guerre, et ses partenariats avec la liseuse Sony dans un format (E-pub) non supporté nativement par le Kindle. Le combat des chefs.
Mi-mars 2009, l'e-Book Store de Sony affichait plus de 600 000 livres suite au dernier "versement" de Google. Amazon affiche de son côté plus de 230 000 titres. Il va sans dire que la granularité des deux offres est sans commune mesure, les 500 000 ouvrages de Google étant pour l'essentiel (la totalité ?) libres de droit quand ceux d'Amazon sont pour l'essentiel des ouvrages sous droits. Ceci étant dit, c'est là un bien beau produit d'appel dont on Lionel Maurel ne sait quoi penser :

  • "D’un côté, on peut y voir pour l’instant un progrès dans l’accessibilité aux œuvres du domaine public, qui vont trouver une nouvelle vie par le biais du Reader. Mais plusieurs commentaires envisagent déjà le risques qu’à moyen terme l’accès à ces e-books ne devienne payant, une fois que les liseuses auront trouvé leur public. Et dans ce cas, il y aurait une forme de “privatisation” du domaine public, préjudiciable et d‘autant plus contestable que les originaux papier de ces livres ont été fournis par les bibliothèques partenaires de Google.Notons par ailleurs que visiblement, lesdites bibliothèques partenaires n’ont absolument pas eu leur mot à dire lors de cette transaction avec Sony … une des conséquences directes de l’exclusivité exigée par Google en contrepartie de ses largesses …"

(Voir aussi le mode d'emploi pour la récupération desdits titres, mode d'emploi qui rappelle très justement l'occasion ainsi donnée à Sony d'étoffer un peu son fichier client ...)

Google'Zon & Amaz'oog : l'infanterie et l'artillerie.
L'erreur serait de penser l'opposition frontale entre Google et Amazon comme un affrontement se jouant à armes égales. Cet apparent duopole n'en est pas un. Amazon est dans une logique d'artillerie : il est à la fois son alpha et son oméga, fixant les prix d'une offre qu'il maîtrise de bout en bout pour une tablette qu'il fabrique. Soit une artillerie pensée comme une architecture en vase clôt mais à la puissance de tir phénoménale. Google est dans une logique d'infanterie. Même s'il dispose d'autant de verrous que nécessaire, il laisse les éditeurs monter au créneau et défendre ses positions en leur permettant d'établir une liste indicative de prix de vente dont il déterminera seul lequel doit être in fine retenu. Amazon contrôle son stock, son flux de marché, et fait du prosélytisme autour de sa tablette et de ses formats. Google contrôle "un" stock (qui n'est pas encore "le" stock mais pourrait bientôt le devenir), et avec le Google Book Settlement se met en position de contrôler le marché et ses flux. Sur ce terrain, c'est Google qui a l'avantage sur le long terme, car il dispose des moyens de piloter (au sens cybernétique du terme) l'ensemble de l'offre d'ouvrages sous droits en laissant l'infanterie (auteurs, libraires et éditeurs) essuyer le feu nourri et les pertes qui ne manqueront pas de subvenir dans cette période d'engagement.

Un flux de marché multi-canaux. Autre avantage de poids pour Google, son flux de marché ne se limite pas aux seules tablettes électroniques, c'est toute la chaîne des périphériques (informatiques) et des services (numériques) dont il est en capacité de se servir pour déployer son offre. Google annonce (à l'occasion de la Book Expo America) qu'il se positionnera sur ce marché (celui de la lecture et non du "livre" numérique) d'ici à la fin de l'année 2009. Mais il ne parle pas d'e-books mais bien plutôt de terminaux orientés Web ("web-enabled devices"). Plus d'un million et demi d'ouvrages libres de droits sont ainsi dès maintenant lisibles sur votre téléphone portable (et si vous n'avez pas d'IPhone, vous pouvez quand même "faire comme si" ... ici) Quand Amazon pense "structuration du marché et de l'offre", Google, selon un gimmick bien ancré dans la culture de la firme, raisonne en termes d'offre de service. Ce qui, jusqu'ici, ne lui a pas trop mal réussi ...

Éditeur dans les nuages. Quand Amazon conditionne (une partie de) son marché à l'adoption des Ebooks, Google se moque de savoir si lesdits ebooks constitueront un jour ou non un marché de masse (ou de niche suffisamment rentable). Google s'en moque parce que ce que vise Google ce n'est pas un marché, c'est un écosystème, celui du Cloud Publishing, de l'édition dans les nuages. Et faut-il rappeler qu'il est déjà leader dans le domaine du "cloud computing" ...

BVL. Bureau de vérification de la littérature. Le commandement général de cette infanterie sera assuré par l'algorithmie et l'écosystème de services de la planète Google, mais plus précisément incarné par Michael Healy, récemment nommé à la tête du BRR (Book Rights Registry), cet organisme créé de toutes pièces par Google (et financé par Google ... tant qu'à faire hein ...), et chargé de créer et d’administrer LA base de données des ayants-droits de la totalité des livres concernés par le Google Settlement. 

Le monde se réveille. Avec la gueule de bois.
Ce qui depuis 3 ans paraît évident et nécessaire aux yeux des analystes (dont très modestement votre serviteur) à savoir l'affrontement entre les deux géants Amazon et Google autour d'une offre marchande d'ouvrages n'existant qu'en leur flux numérique, apparaît aujourd'hui subitement dévoilé. Et c'est le New-York Times qui ouvre le bal dans un article daté de son édition du 31 Mai : "Preparing to Sell E-Books, Google Takes on Amazon."

J'ai mal à ma poldoc. ("poldoc" : en jargon bibliothéconomique, désigne la "politique documentaire", c'est à dire le choix des fonds accessibles) Il est un point qui est moins discuté - parce que moins "vendeur" - dans le cadre du Google Book Settlement, c'est la manière dont les ouvrages pourront être mis à disposition des bibliothèques. Et là aussi, fort heureusement, mais peut-être un peu tardivement, on commence à appeler un chat un chat. Il y eut bien sûr le lumineux papier de Robert Darnton (version originale ici) qui dit avec une profondeur d'analyse séduisante, tout le danger potentiel que représente la main mise de Google sur la prescription documentaire :

  • "Après avoir lu l'accord passé entre Google, les auteurs et les éditeurs, et s'être imprégné de sa philosophie - ce qui n'est pas une tâche facile puisque le document s'étire sur 134 pages et 15 appendices-, on en reste bouche bée : voici posées les fondations de qui pourrait devenir la plus grande bibliothèque du monde. Une bibliothèque numérique, certes, mais qui battrait à plate couture les établissements les plus prestigieux d'Europe et des Etats-Unis. De surcroît, Google se hisserait au rand de plus grand libraire commercial de la planète - son empire numérique relèguerait Amazon au rang de boutique de quartier. (...) Google Book Search est sur le point d'inaugurer la plus grande bibliothèque et le plus important magasin de livres de l'histoire. Quelle que soit la manière d'interpréter cet accord, ses dispositions s'imbriquent de manière si inextricable qu'elles s'imposent en bloc. Aujourd'hui, ni Google, ni les auteurs, ni les éditeurs, ni la cour de district de New York ne sont en mesure d'y apporter des changements notables. C'est un tournant majeur dans le développement de ce que nous appelons la société de l'information. Si nous ne rééquilibrons pas la balance, les intérêts privés pourraient bientôt l'emporter pour de bon sur l'intérêt public. Le rêve des Lumières serait alors plus inaccessible que jamais".

Il y a désormais le débat posé en termes clairs, celui de savoir si la partie "bibliothèque" du Google Book Settlement représente ou non une privatisation des "ressources" tout autant que des "fonctions" de la bibliothèque. De mon côté j'avais déjà largement insisté (et je maintiens) sur le risque réel d'un eugénisme documentaire, qui dépasse - à mon avis toujours - et de loin, le seul risque d'une privatisation (au sens anglo-saxon du terme) des fonds documentaires planétaires.

Le plus rageant dans cette affaire c'est qu'en en restant au sein de notre hexagone, on compte, ces 10 dernières années, au moins 3 ou 4 rapports pointant la nécessité stratégique de régler le problème des oeuvres orphelines (via une gestion centralisée), cette fameuse "zone grise" de la littérature, qui constitue le coeur de nombre de collections bibliothéconomiques, zone grise sur laquelle Google a irrémédiablement fait main-basse et dont nous ne commençons qu'à peine à entrevoir les potentialités économiques. C'est ce que rappelle (entre autres choses) cet article du New York Times daté du 4 Avril :

  • "While the registry’s agreement with Google is not exclusive, the registry will be allowed to license to others only the books whose authors and publishers have explicitly authorized it. Since no such authorization is possible for orphan works, only Google would have access to them, so only Google could assemble a truly comprehensive book database.
    “No other company can realistically get an equivalent license,” said Pamela Samuelson, a professor at the University of California, Berkeley, and co-director of the Berkeley Center for Law and Technology.
    "

Le lobbying comme dernière arme ? Nul ne semble aujourd'hui réellement en mesure de rivaliser avec Google sur le marché de la capitalisation (au sens propre) des savoirs et des connaissances. Et ce n'est pas, loin s'en faut une question d'argent. La meilleure preuve est le simple abandon par Microsoft de son outil de recherche de livres. Le même Microsoft qui trouve actuellement bien plus stratégique de financer une chaire de recherche "sur" le Google Book Settlement à la New York Law School institute.

Google Books, volet bibliothèques. Comme je l'écrivais plus haut, si l'actualité se concentre sur le réglement Google, lequel concerne les oeuvres orphelines et les oeuvres sous droit, cela ne doit pas faire oublier que le troisième - et historiquement premier - volet de l'entreprise de numérisation continue d'avancer à grands pas. Ainsi, le 26 Mars, Google a annoncé sur son blog être arrivé au terme du contrat de numérisation "historique" l'unissant à la bibliothèque d'Harvard. Il aura mis 5 ans. Je bloguais alors sur Urfist Infos et j'avais relayé ce qui s'annonçait déjà comme un projet "historique". 5 ans plus tard, sur les 15,8 millions de volumes libres de droit de la bibliothèque, on ne sait toujours pas, ni sur la FAQ d'Harvard, ni dans le billet du blog de Google, combien de volumes sont aujourd'hui rendus disponibles. Il nous faudra nous contenter de ceci "we have digitized and made available (...) many hundreds of thousands of public domain books". Plusieurs centaines de milliers ... On ignore combien mais on mesure l'échelle. On connaît aussi la loi de Moore et l'on observe les mutations en cours de l'objet autant que du marché-livre. Et l'on est comme groggy devant l'enjeu.

Nous y voilà. En novembre 2006, dans un article paru dans la revue Les cahiers du SLF, j'écrivais :

  • "les « moteurs de recherche » ne le sont plus qu’à la marge. Leur véritable activité, la seule génératrice de chiffre d’affaire, est celle de la monétisation publicitaire de l’ensemble du bouquet de services qu’ils offrent : de la découverte ou de la création du besoin jusqu’à sa transformation en acte d’achat, l’ensemble du circuit de consommation est ainsi réalisé en cercle fermé.  La bataille de l’information étant gagnée à leur entier bénéfice – la crise de la presse en ligne en témoigne – les moteurs entrent dans une autre guerre commerciale dont le livre n’est que l’un des premiers retranchements (...)."

Et plus loin dans le même article :

  • "la « monétisation » de l’ensemble des services offerts est inéluctable. Le lancement du tout récent Google Checkout , équivalent du site de paiement sécurisé PayPal, confirme qu’un droit d’entrée sera tôt ou tard prélevé par Google sur l'ensemble de sa panoplie de service, livres y compris. Le seule question est : à quelle hauteur ?"

De colloques en conférences, de grands cénacles en petits comités d'initiés, j'ai répété (avec d'autres ...) depuis plus de 3 ans révolus que Google serait nécessairement libraire, bibliothécaire et éditeur. Et que, nécessairement, cela se ferait beaucoup plus vite qu'on ne pouvait le penser (avant l'obtention de leur diplôme de DUT ai-je encore pris le pari avec mes étudiants de l'IUT de la Roche sur Yon ... pari gagné ;-). Avec d'autres j'ai essayé de convaincre de la nécessité absolue d'une contre-offensive "de poids", sur trois axes :

  1. un portail de recherche fédérée regroupant l'essentiel de l'offre des libraires dits "indépendants",
  2. une réflexion de fond sur les usages, avec la mise en place d'expérimentations à couverture ou à portée nationale.
  3. une bibliothèque numérique qui ne soit pas seulement interface mais d'abord et avant tout contenus, contenus moissonnés pour être d'abord rassemblés, et pour être, ensuite seulement, distribués dans le cadre d'un bouquet de services et d'applications.

3 ans plus tard :

  • le portail de la librairie française "indépendante" n'a jamais vu le jour, et ne le verra probablement jamais. Ou alors - ce qui est pire à mon sens - il finira par voir le jour mais ne sera plus piloté par les acteurs (libraires et idéalement auteurs) mais par les fournisseurs (Hachette et d'autres ...)
  • les études de terrain portant sur les usages s'exhibent dans quelques cénacles et dîners mondains sans qu'aucune dimension stratégique réelle ne leur soit dévolue
  • Gallica intègre depuis quelques mois à peine une offre légale d'ouvrages sous droits dont l'indigence du fonds le dispute à l'inadéquation au public
  • les différents projets de bibliothèque mondiale, universelle ou interplanétaire hésitent toujours entre interface et contenus (et font hélas le plus souvent le choix de la seule interface "à rebond", laquelle vous renvoie vers les contenus ... via d'autres interfaces ...)

La proie et l'ombre. Pendant ce temps, Google avance. Pendant ce temps les dispositifs de lecture électronique, Kindle en tête, s'étendent bien au-delà de leur seul supposé "marché de niche", pendant ce temps, l'ombre tutellaire d'un omnipotent GoogleZon a remplacé la proie que constitua pour lui (et pour d'autres) une politique publique du livre et de la lecture. La récente démission de Benoît Yvert et la nomination d'un remplaçant "par interim" à la tête de la DLL et du CNL atteste du niveau de sanctuarisation à rebours de la réflexion et de l'action culturelle de ce gouvernement.

A l'horizon ...

Reste à Google au moins un épineux problème : celui de la valeur juridique de son "accord" au regard de la législation anti-trust d'une part et au regard de la législation européenne d'autre part. La commission européenne va d'ailleurs bientôt se pencher sur la chose. <Message subliminal> une bonne raison de plus pour aller voter dimanche :-) </message subliminal>

Google libraire. Google bibliothécaire. Amazon éditeur. Amis admirateurs de l'ancienne (antienne ?) chaîne-du-livre-en-un-seul-mot, vous voilà désormais affranchis. La messe est pourtant loin d'être dite. L'avenir donnera lieu a de bien beaux débats, a de bien belles analyses délicieusement partisanes, soulèvera de nouvelles questions essentielles pour ce que l'on appelle - par le tout petit bout de la lorgnette - l'avenir de la prescription documentaire, et qui n'est rien moins - sans lyrisme déplacé - que le simple avenir de la transmission des savoirs et de la culture à l'échelle de la planète. 

Compléments ...

A lire également :

(Temps de maturation de ce billet : 2 mois // Temps de rédaction de ce billet : 8 heures ... soit deux - grosses - soirées ...  // Sources : sous les liens avec une mention et un merci particulier à Virginie et Hervé pour leur veille attentive)

Biblio-fr s'arrête.

Message envoyé à l'instant sur la plus importante (17770 abonnés) et la plus ancienne (15 ans d'existence) liste de diffusion propre au monde des bibliothèques.
Dans ce monde là, la nouvelle fera grand bruit.
A titre personnel j'étais abonné à Biblio-fr depuis 4 ou 5 ans. Et je ne lisais plus les messages diffusés (me contentant du titre) depuis plus de deux ans, et ce pour les raisons expliquées dans le message ci-dessous.
Il n'en reste pas moins que l'arrêt de biblio-fr est un coup dur. Non pas tant parce que c'était dans biblio-fr que se jouait l'avenir des bibliothèques et que s'y tenaient les plus passionnants débats sur - par exemple - les bouleversements numériques en cours dans les mêmes bibliothèques.
L'arrêt de Biblio-fr est un coup dur parce que biblio-fr était un témoin, un indicateur précieux de la maîtrise (et trop souvent hélas) de la non-maîtrise des enjeux actuels des bibliothèques par ceux qui les peuplent et par ceux qui les font. L'arrêt de Biblio-fr est un coup dur parce qu'un message posté sur Biblio-fr vantant les mérites et les vertus du blog - par exemple - était 1000 fois 17 770 fois plus efficace que n'importe quel congrès ou que n'importe quelle formation, précisément parce que TOUS les bibliothécaires qui n'ont pas de blog sont étaient sur Biblio-fr.
Alors salut Biblio-fr, et merci pour tout. Et puis surtout à bientôt sous d'autres formes, car mon petit doigt me dit qu'un corpus représentant l'archive de 15 ans de messages sur une liste professionnelle est un outil précieux pour toutes celles et ceux qui s'intéressent à la cartographie du web ou à l'ingénierie linguistique (surtout qu'en l'occurence, ce corpus est déjà parfaitement "typé"). Une telle analyse de corpus nous en apprendrait probablement beaucoup sur l'identité professionnelle de ces métiers pendant les 15 dernières années.

Explorer les archives de la liste relève d'ailleurs réellement d'une nouvelle forme d'archéologie numérique. Pour exemple, la première mention de Google sur la liste date du 8 février 1999. On pouvait y lire ceci : 

Date: Sat, 06 Feb 1999 10:47:06 +0100
From: Elisabeth MENER <Elisabeth.Mener@inapg.inra.fr>
Organization: Institut national agronomique Paris-Grignon
Subject: Metatmoteur

Avvec mes excuses pour la double diffusion
Un nouveau metamoteur : Google
http://www.google.com

Issu de Stanford il est passé d'un site .edu à un site .com
Sa rapidité et sa précision : reconnaissance des caractères accentués
etc me paraissent intéressants.
Signalé dans "Le Monde", supplément d'un mercredi de la fin janvier...

Elisabeth Méner

--
correction :
Google est un moteur, pas un meta..
Article du Monde : 28 décembre 1998
Merci

Elisabeth Méner

Que la première liste de discussion sur les bibliothèques devienne une archive à vocation documentaire n'est finalement qu'un aboutissement logique ;-)
=====================================
Bonsoir à tous,

Ce message aurait dû vous arriver il y a déjà des semaines, peut-être même
des mois. Mais il n'est pas facile d'annoncer la fin d'une expérience quasi
quotidienne, d'une histoire commune, qui a bientôt 16 ans. Alors nous avons
attendu, hésité, repoussé à demainŠ Mais notre décision est prise :

Biblio-fr va s'arrêter.

Pourquoi ?
-----------
Biblio-fr n¹est plus une liste de débat, et elle a perdu la flamme qui en
faisait un événement : la construction d'une communauté virtuelle appuyée
sur une communauté réelle, un ensemble de pratiques partagées et de
contradictions assumées collectivement.

Les premiers débatteurs sont partis, ouvrant des blogs. Les bloggeurs sont
arrivés, trouvant dans le canal du mail un équivalent pour la diffusion des
états d'âme. Les rares débats (concours, horaires d¹ouverture, Wifi,
RFID,...) reviennent régulièrement, donnant de plus en plus l'impression de
tourner en rond, et leur ton s¹est modifié à tel point que des lecteurs se
plaignent du ton agressif de certains messages, et des auteurs se plaignent
d'être censurés.

Les messages de service sont devenus majoritaires. Au début les annonces
d'emplois, animations, rencontres, journées d'études, colloques, stages,
formations,... le bouillonnement d'activités des bibliothèques. Ensuite les
messages institutionnels. Les étudiants cherchant de l'aide pour faire
rapidement leurs devoirs. Puis les avis de décès (le jour de la réception du
premier, nous avons gravement hoché la tête, eu une longue discussion et
mesuré le premier changement de statut de la liste). Puis les annonces de
parutions, de marchés publics, les propositions et les recommandations de
spectacles.... Le nombre de ces messages se multipliant avec le nombre
d'abonnés, ils sont devenus envahissants, réduisant l'espace des débats. Les
services étaient à l'origine considérés comme un complément aux enjeux de
débat. Ils sont devenus le centre de biblio-fr. Mais l'initiative privée,
ouverte, est-elle nécessaire pour ce travail ? Et les messages de service
ont-ils leur place dans les boîtes aux lettres de dix-sept mille personnes ?

La modération
----------------
Modérer biblio-fr a été une décision lourde, que nous avons choisi d'assumer
bénévolement (d'abord Hervé seul, puis à deux, puis Sara seule). La
modération a rendu biblio-fr différente d¹autres listes de débat. Elle a
indéniablement permis que cela dure aussi longtemps. Avec le temps,
l'augmentation des messages, et les changements dans les rythmes de vie, la
modération est devenue moins quotidienne, instituant une diffusion par
à-coups. Sans doute moins propice au débat, mais les débats s'étaient faits
rares...

Ces à-coups de la modération entraînent des réactions de ce qu'il faut bien
nommer les « usagers » de biblio-fr. Nous ne les diffusons pas, mais elles
sont néanmoins significatives du changement de statut et d'esprit de la
liste. Tel ou telle qui se demande pourquoi son offre d'emploi n'est pas
passée, qui voudrait avoir une réponse à sa question particulière, qui voit
de la censure quand il n'y a que du débordement de pile.... Pour une large
partie des lecteurs/auteurs de la liste, biblio-fr est un service qui doit
marcher, à l'image d'une institution. Nous ne sommes ni ne serons une
institution.

Biblio-fr est une initiative privée, qui avait du sens quand il fallait
découvrir en même temps le médium, l'art d'écrire sur le mail, et la magie
de l'internet. Durant tout ce temps, les messages, vos messages, ont tiré à
hue et à dia, dessiné le paysage des bibliothèques francophones.
Aujourd'hui, le modèle d'une liste de diffusion est épuisé, c'est sur le
web, dans les blogs, les wikis, les réseaux sociaux que s'inventent les
usages et les réflexions pour demain.

Des alternatives ?
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Il y a quelques mois, nous avions réfléchi, écouté (Bertrand Calenge, « J'en
ai marre de biblio-fr »,
http://bccn.wordpress.com/2008/11/29/jen-ai-marre-de-bibliofr/ - Michel
Fingerhut, « Le temps, vite ; ou de forums, de listes de diffusion et de
blogs », http://blog.le-miklos.eu/?p=670) et pensé transformer biblio-fr,
accompagner la liste d'un site web pour alléger la modération, organiser la
diffusion et simplifier la lecture des messages : un espace pour les offres
et les demandes d'emplois (comme le font les associations professionnelles),
un espace pour les annonces de parutions et les critiques (comme le fait
Zazieweb), un espace pour les annonces de manifestations (comme le fait
aujourd'hui Calendoc), un forum pour les questions/réponses... Et bien
évidemment la possibilité de choisir son fil d'intérêt (flux RSS
thématiques, mails thématiques...).
Un site pour les services, afin de ne garder que la partie débat sur la
liste. Mais nous y avons renoncé, parce que monter un tel projet prend du
temps, parce que d'autres le font déjà, mais aussi parce qu'un tel site ne
serait pas la suite logique de biblio-fr. Du moins pas plus que si quelqu'un
d¹autre le lançait et le prenait en charge.

Un bilan positif
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Partie d'une initiative d'une trentaine de bibliothécaires connectés en
1993, biblio-fr est devenue un symbole institutionnel pour toute une
profession.

L'objectif de biblio-fr, dès sa création, était d'accompagner l'irruption
des réseaux numériques dans les professions du livre et des bibliothèques.
La liste se voulait un outil de formation permanente, horizontale, des
bibliothécaires par les bibliothécaires. Un outil d'animation critique des
évolutions du monde de l'édition et de la production documentaire. Un outil
de partage entre professionnels, par delà les différences de structures
(ville, campagne, petites et grandes bibliothèques, universités et lecture
publique,...) et par delà les hiérarchies internes à la profession (ce sont
aujourd'hui tous les acteurs et actrices de la vie des bibliothèques qui
peuvent suivre et créer l'information). Un outil de parole qui permet la
réflexion collective critique, une mise en perspective ou une remise en
cause des pratiques professionnelles, des relations aux lecteurs, des
intérêts parfois contradictoires entre les professionnels et les attentes du
public...

Cet objectif a été rempli durant une large part de l'histoire de biblio-fr.
Il n'est plus un moteur suffisant pour continuer sur le même principe.


Ce qui va se passer maintenant
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D'abord, soyons clairs : biblio-fr a été une aventure collective, dans
laquelle chaque auteur de message a eu sa part. Mais biblio-fr, comme image,
comme projet a aussi été porté par des personnes. Nous pensons qu¹il est
préférable d¹arrêter le support de la « communauté virtuelle » (la liste des
adresses, la modération) ainsi que le nom « biblio-fr ».

Nous arrêtons la diffusion des messages habituels sur la liste : ni offres
d'emploi, ni questions et réponses, ni annonce d¹animationsŠ

Nous diffuserons toutes les idées qui pourraient s'inscrire dans la suite de
l'aventure de biblio-fr : si vous voulez créer un site web, un blog, une
autre liste de débat... qui participe du projet global d'intéresser les
bibliothécaires, nous diffuserons votre message. À vous de trouver les mots,
de convaincre vos lecteurs.

Nous diffuserons les messages dans lesquels vous pourrez écrire ce que vous
avez vécu dans votre relation avec biblio-fr pour garder la trace,
constituer un livre d¹or, faire un bilan collectif.

Par ailleurs, durant cette période, nous allons travailler à la
pérennisation des quinze ans d¹archives de biblio-fr.

Comprenez que nous n'avons pas encore évalué tout ce qui pouvait se passer,
et que cette fermeture d'une aventure est aussi une nouvelle aventure. Nous
déciderons ensemble de ce qu'il conviendra de faire au mieux.


Merci à tous ceux qui ont construit biblio-fr !
------------------------------
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Aujourd'hui, il est temps de fermer la porte sur ce moment exceptionnel.

Biblio-fr a accompagné une des plus profonde révolution dans la production
et la diffusion des informations, de la culture et des connaissances. Nous
en sommes fiers, et nous en sommes heureux. À d'autres de prendre en charge
et d'accompagner la deuxième phase. Avec d'autres outils, d'autres rythmes,
d'autres attentes... Nous sommes totalement solidaires des initiatives qui
vont venir.

Tourner la page, même virtuelle, est devenu une nécessité pour que se
réinvente la flamme qui a fait vivre biblio-fr si longtemps. Grâce à vous
tous et à vous toutes qui ont fait ce média en le nourrissant de vos
connaissances et de vos interrogations, de vos rêves et de vos espoirs.

Merci à toutes et à tous pour ces années pleines d'énergie et de
découvertes.

Merci particulièrement à Serge Aumont et Olivier Salaün au Comité réseau des
universités (les lettres C R U dans biblio-fr@cru.fr). Ils ont développé le
logiciel SYMPA qui gère les abonnements, l'envoi des messages et les
archives, et mis en place une infrastructure technique qui a dû faire face à
des flux considérables ! Que leur aide, leur soutien, leur gentillesse et
leur professionnalisme soient ici appréciés par tous autant que par
nous-mêmes.

Nous rebondirons, ensemble et autrement pour l'accès au savoir et la
diffusion de la culture. Un vrai rêve de bibliothécaire.


Sara Aubry
Hervé Le Crosnier

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(Temps de rédaction de ce billet : 30 minutes // Il est ému aussi : Jean-Michel Salaun)

"Des outils numériques pour une nouvelle relation aux usagers de la bibliothèque"

C'est le titre de la journée professionnelle à laquelle je participerai demain (30 Avril) au CNFPT à Angers. On y annonce environ 80 inscrits. J'y parlerai plus précisément (?) des "Outils participatifs en bibliothèques : panorama des enjeux et des problématiques.", afin d'introduire la journée. Je serai suivi du vaillant bibliobsédé, alias Silvère Mercier, qui traitera de son côté des "Bibliothèques écosystèmes". Le reste de la journée sera riche en présentations d'expérimentations concrètes : VoD, services de référence en ligne, podcast, blogs, OPAC ouverts aux commentaires et suggestions, etc ...


Blogosphère du livre : exposé des motifs

Une belle représentation graphique de la "blogosphère du livre", réalisée à l'occasion du salon du livre.
Blogosphere
On y mesure l'incontournable centralité de François Bon, qui sait toutes les richesses à extraire des différentes périphéries du livre. Plus qu'un centre il est une sphère, "dont le centre est partout et la circonférence nulle part" ;-)

Cette carte m'a également donné l'occasion de découvrir l'excellent site du Motif, qui se définit comme suit :

  • "Le MOTif, observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France, est un organisme associé de la Région Ile-de-France mis en place pour renforcer le lien entre les professions du livre et proposer des politiques publiques pertinentes, adaptées aux évolutions en cours. (...) les professionnels ont souhaité disposer d’un espace de débat et d’un outil d’étude de l’économie et des mutations du secteur."

A voir notamment sur leur site : des études, des ressources-métier ... Un seul regret, pas (encore) de fil RSS mais une liste de diffusion.

Le marketing des archives ouvertes

J'étais l'autre jour (11 Mars) sur Toulouse à l'occasion d'un stage ENSSIB sur le "Marketing des bibliothèques". J'y intervenais de mon côté pour faire un point sur "Le Marketing des archives ouvertes".
Résultat :

Voir également la prestation (remarquable et remarquée) d'Olivier Tacheau : "Marketing des BU : Libqual + à Angers."

Google private Life : The Wall.

Quelques infos et commentaires un peu en vrac autour de l'ogre préféré ...

Des photos et des hommes ...
Google a mis depuis quelques temps en ligne l'intégrale des photos du magazine Life, y compris les clichés non publiés par le célèbre magazine. Un appétit insatiable, un fonds documentaire qui semble inépuisable et ... un mur de fortification du "GoogleNet" qui se construit pierre après pierre. Lesdites photos par exemple ne sont pas indexables par d'autres moteurs de recherche comme le signale Philip Lenssen. On pourra m'objecter que puisque les frais incombent à Google et que l'initiative de la mise en ligne lui revient, il n'est pas aberrant que celui-ci s'arroge certains droits. Sauf que. Sauf que ces photos relèvent d'une dimension clairement patrimoniale. Elles sont un bien commun. Et à ne pas y prendre garde, en ce domaine documentaire comme en d'autres, on risque de se retrouver avec un acteur privé en situation de diffusion et d'exploitation exclusive de tout un tas de biens communs de l'humanité. On constatera que c'est dommage. Mais il sera déjà trop tard. Il existe pourtant bien d'autres approches ... Mais encore faut-il que les bibliothèques pourvoyeuses aient les moyens d'en être à l'initiative ...

"Rendre l'information universellement accessible" ... et après ?
Ce mur infranchissable aux autres (moteurs) que Google est progressivement en train de bâtir autour de son corpus, de "son" web, est symptomatique d'un renversement dans la philosophie l'idéologie de la marque, ou à tout le moins d'un retour à un principe de réalité comptable. Renversement déjà remarqué par plusieurs analystes. Je crois que le temps du "tout service, tout gratuit" chez Google sera bientôt révolu. Plus globalement, je crois également que le gimmick "rendre l'information universellement accessible" sera prochainement remplacé par un autre. Jusqu'ici Google ne nous avait pas habitué à préserver un pré carré de manière aussi ostentatoire. Attitude d'autant plus étrange que l'on ne peut pas dire que la concurrence motorisée soit à son apogée. Alors quoi me direz-vous ? La faute à la crise ? Je ne pense pas. Je pense que Google à atteint (ou n'est pas loin d'atteindre) "son" objectif : rassembler en une même sphère d'indexabilité des documents, des informations, des biens communs et patrimoniaux de l'humanité, mais également des comportements, des intentions de navigation, de l'intime (cf ma presque mondialement célèbre "théorie de la dérive des continents documentaires"). "Organiser l'information et la rendre universellement accessible". L'information EST organisée. Les dépêches de l'AFP sont estampillées "Hosted by Google", les photos de Life ne sont consultable QUE dans Google, nos emails personnels sont scannés mot après mot par Google pour pouvoir nous afficher des publicités contextuelles, dans les fables d'Esope on peut désormais lire "Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas." L'information EST organisée. Elle est effectivement universellement accessible. Universellement accessible par chacun d'entre nous SUR les serveurs de Google. SUR le GoogleNet.

La recherche est le centre et les services la périphérie. Mais faut se recentrer.
Maigre rayon de soleil dans cet horizon sombrement Googlien, le même Google annonce l'abandon de son projet Palimpsest (voir ici, ou ) dont l'ambition était tout simplement de permettre aux scientifiques du monde entier de stocker gratuitement leurs données volumineuses sur les serveurs de Google, en les rendant du même coup partageables et accessibles pour les autres scientifiques du monde entier ... et accessoirement pour Google. Vous avez dit "bien commun" ?
L'abandon de ce projet n'est d'ailleurs pas isolé. Le moteur "dont le centre est partout et la circonférence nulle part", une formule qui fut à l'époque l'une des clés pour comprendre la stratégie d'entrisme de Google, semble avoir besoin de se repossitionner "autour de" ses services centraux au prix d'un nettoyage des services périphériques. Après Lively et Palimpsest, ce sont Google Video, Google Mashup Editor, Google Notebook, Google Catalogs (service qui eut son importance pour le développement de Google Book Search), Dodgeball et Jaiku qui sont abandonnés ou arrêtés par Google (voir à ce sujet les billets de Zorgloob, Francis Pisani, Philipp Lenssen ...). Google se recentre donc autour de la recherche, et en particulier de la recherche "universelle" (voir le White Paper signalé par Steven Arnold), nouvelle clé de voûte de son écosystème de services.

A quelque crise malheur est bon ...
La crise économique boursière n'est certainement pas étrangère au recentrage de l'ogre de Mountain View. Mais je crois qu'elle n'en est pas la cause profonde, elle n'en est que le déclencheur structurel. "L'occasion" de passer, en 2009, à une nouvelle étape de déploiement, peut-être à une nouvelle stratégie. Il n'est d'ailleurs pas innocent que l'on voir récemment refleurir la rumeur du Google Drive (souvenez-vous), un espace de stockage "personnel", en ligne. L'information EST organisée. L'information est universellement accessible SUR les serveurs de Google. Particuliers, entreprises mais aussi institutions et demain peut-être états s'y retrouvent. En 10 ans, les habitudes sont acquises. Pour la plupart d'entre elles irrémédiablement. Devant l'omniprésence du moteur, devant la qualité des services offerts, devant l'ancienneté des usages individuels et collectifs que l'on en fait aujourd'hui, qui, oui, qui serait prêt à lâcher Google au profit d'autres services si ce dernier proposait un accès payant à certains de ses services ? Peu de gens à mon avis. Alors bien sûr nous n'en sommes pas encore là, mais s'il fallait cette année encore jouer au jeu des prédictions, je dirai que du côté de Google, l'année 2009 sera celle de l'établissement de sa suite bureautique en ligne comme principal sideman du moteur de recherche. Et que pour s'installer définitivement dans les habitudes, il ne manque plus à la suite bureautique en ligne qu'un espace de stockage personnalisé en ligne. Je crois donc qu'on verra bientôt apparaître le fameux GDrive, dont la rumeur court depuis déjà deux ans ... GoogleNet pour l'infrastructure, GoogleWeb pour le guichet unique d'accès à l'information avec son moteur (Google) et son navigateur (Chrome qui vient de sortir de son statut "béta"), GoogleOS pour les usages, usages eux-mêmes archivés dans la ruche mondiale du GoogleDrive.

"... dont le centre est partout, et la circonférence nulle part." comme disait l'autre ...

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Et puis aussi ...
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  • Sur le sujet des photos de Life - mais sous un tout autre angle, voir la tribune d'Augustin Besnier dans Le Monde, lointain écho de préoccupations déjà abordées ici et là ...
  • De manière plus anecdotique, Google offre également la possibilité de télécharger le dictionnaire Littré développé en version open source. Il n'est certes pas le premier à le proposer mais la concentration de services offerts et l'effet de marque jouant à plein, qui se souviendra demain qu'il ne fut pas le premier à le proposer et que l'initiative ne lui en revient pas ? Qui d'ailleurs ira télécharger le Littré ailleurs que depuis Google ?
  • Et puis malgré tous les risques qu'il fait peser sur nous, il y a ces éclairs de génie, ces outils dont la puissance nous émerveille au sens propre, et qui nous laissent entrevoir toutes les potentialités des mises en abyme que permet le web : je parle ici des 14 toiles du musée du Prado qui sont visibles en très haute résolution via Google Earth. Vagabondages vous explique tout, ainsi que Le Monde (et son portfolio dédié). Je ne vais donc pas en rajouter une couche, juste un petit cadeau bonus pour d'autres approches de la perspective muséale : le mur d'images d'ArtScope, avec, (deuxième petit cadeau bonus), en toile de fond, une empreinte de plus en plus forte de ces technologies y compris pour le grand public et sur des corpus non nécessairement patrimoniaux ou artistiques, tel le site "Zoomorama", qui permet de mettre en ligne des photo en haute définition avec là encore des effets de zoom proprement vertigineux. De la larme de Saint-Jean à l'infinie navigation du monde telle qu'elle se déploie dans Google Earth, de 1435 à 2009, derrière cette technologie, derrière ces 14 toiles c'est toute la dimension et toute la puissance dilatoire du web qui se donne à lire, toute la courbure si particulière de l'espace-temps internet, de notre espace-temps numérique, de notre macroscope.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h45)

Elle est retrouvee.

Elle est retrouvée réouverte. Quoi ? L'éternité. Europeana.

Le petit lien du Week-End

Spéciale dédicace à mes gentil(le)s étudiant(e)s  en souvenir ou en anticipation des cours de catalogage, passés et à venir : le générateur de fiches cartonnées. Collector.

(Via Vagabondages)

Interview Télérama.fr

J'ai été interviewé l'autre jour par Sophie Lherm à propos de mon billet sur le (non)lancement d'Europeana. L'interview est écoutable, téléchargeable et podcstable sur le site de Télérama.fr.
L'occasion également de découvrir les contenus de la rubrique Podcast de Télérama.fr (que je ne connaissais pas ... n'ayant pas la télé ... shame on me).
P.S. Soyez indulgents pour le son, l'interview a été réalisée par téléphone ...

Le marché du livre comme algorithme (suite ...)

Suite du billet de l'autre jour. Je m'étais arrêté à la page 7 du document mis en ligne par l'ARL (.pdf). Les 13 pages restantes concernent le "volet bibliothèques" de l'accord passé par Google avec les éditeurs. On y apprend que :

  • Google délivrera un PAS (Public Access Service) gratuit à toutes les "bibliothèques publiques" (nous verrons ci-après que la dénomination a son importance ...) qui en feront la demande. A partir de là il sera possible de consulter le texte intégral des ouvrages de la zone grise depuis les postes informatiques de ladite bibliothèque. 
  • Avec ce PAS, si vous voulez imprimer des pages, on Google vous demandera une somme "raisonnable" (sic) : "A user can print pages of material viewed on the PAS terminal for a “reasonable” per-page fee"
  • Pour déterminer ce qu'est une "bibliothèque publique", et pour le secteur de l'enseignement supérieur, Google se base sur la classification Carnegie. Si vous ne correspondez pas aux critères de ladite classification, Google pourra vous offrir 1 PAS pour l'équivalent de 10 000 étudiants. Si vous êtes dans les critères de ladite classification, ce sera 1 PAS pour 4000 étudiants. Et si vous en voulez plus ? "Google (...) can agree to expand the PAS service by making additional terminals available for free or an annual fee, but the settlement provides no further details on the terms for this expansion." Donc ce sera possible. Et ce sera gratuit. Ou pas. Ca dépendra. Ce sera du cas par cas. Qui à dit "diviser pour mieux régner ?". Bref, faudra négocier avec Google. 

Bilan ? C'est un PAS de plus vers un pas de trop. Je connais un certain nombre de marchands du temple de l'édition scientifique qui vont ressentir comme un léger malaise à voir l'ombre du géant de Mountain View venir s'étendre inexorablement sur leur pré carré. Car après la PAS, vient l'ISD (Institutionnal Subscription Database). Et oui.

  • l'ISD c'est le fait que chaque institution va pourvoir acheter, toujours pour les mêmes oeuvres de la zone grise, un abonnement institutionnel pour offrir l'accès à l'ensemble de ces textes à l'ensemble de ses usagers. C'est à dire le principe même des bouquets numériques que contractent actuellement les bibliothèques (universitaires notamment) avec les grands éditeurs scientifiques. Cet accès aura naturellement une durée limitée et devra être périodiquement renouvelé.
  • OK mais combien ça va coûter ces abonnements ? Et bien, là encore, c'est Google et lui seul qui va algorithmiquement fixer le prix. Enfin pas tout à fait. C'est Google et le Book Rights Registry (BRR), c'est à dire le fameux registre d'enregistrement des oeuvres encore sous droits. Sauf qu'en l'état, il faut rappeler que c'est Google qui crée et finance seul ledit BRR et que l'on ne sait rien de ce que sera sa composition ... Et donc, les critères pour déterminer le prix d'un abonnement institutionnel sont : "the pricing of similar products and services available from third parties; the scope of the books available in the ISD; the quality of the scan (sic ...); and the features offered as part of subscription." Plus loin on apprend également que le prix : "will be based on the number of full-time equivalent (FTE) users. For higher education institutions, FTE means full-time equivalent students."

Moralité : c'est ce que l'on appelle vérouiller ses positions. Phase 1 : google crée le marché. Phase 2 : Google prend le marché. Phase 3 : Google en fixe les règles. Phase 4 : Google n'a plus qu'à ramasser les copies les contrats ... Parce que dans toute cette histoire, vous n'avez pas oublié qu'au départ il y avait le projet Google Books ... un projet dans lequel des bibliothèques confiaient à Google des ouvrages dont certains font partie de la fameuse zone grise. Et c'est là que commence la lecture des dernières pages du document de l'ARL. Dans le prochain billet, je vous raconterai comment Google va réaliser le coup du chapeau. C'est à dire faire finalement payer aux bibliothèques l'accès aux ouvrages de leur fonds propre.
A suivre :-)

(Temps de rédaction de ce billet : 1h00)

Europeana : 3 petits tours, et puis ...

La bibliothèque européenne, Europeana a donc été lancée le 20 Novembre (communiqué de presse.pdf). Europeana se compose actuellement de "2 millions de documents, dont des livres, des cartes, des peintures et des photographies, provenant des bibliothèques nationales et de plus de 1 000 institutions culturelles des 27 pays de l’Union européenne." Et Viviane Redding, dans le sus-mentionné communiqué de presse, lui fixe un objectif de 10 millions de documents en 2010.
Pour bien comprendre le contexte et les enjeux, un artcle de Bruno Texier fait le point dans Archimag :

  • "2,5 milliards de livres constituent le patrimoine des bibliothèques européennes. Seul 1 % de ce corpus est actuellement disponible en format numérique…"
  • Europeana restera en version "béta" (prototype donc) pendant encore deux ans.
  • "La Commission européenne a annoncé qu’elle allouera, en 2009-2010, un budget de 120 millions d’euros afin d’améliorer l’accessibilité en ligne de ce patrimoine."

Le New-York Times nous retourne aussi habilement qu'insidieusement la vieille antienne de l'hégémonie culturelle, en retenant que plus de la moitié des 2 millions de documents ont été fournis par la France, contre seulement "1 % par l'Allemagne, 1.4% par l'Espagne et seulement 10% par le Royaume-Uni."
Le BBF de son côté nous indique le communiqué de presse de l'INA (.pdf) indiquant que la totalité des documents numérisés par l'INA seront également disponibles dans Europeana. D
Dominique Lahary a par ailleurs entièrement raison de souligner l'enjeu d'Europeana pour "le web public, qui est aussi un web de service public."
Europeana c'est donc un petit peu Hourra et Hosanna. Oui mais voilà, Europeana n'a fait sur le web que trois petits tours ... et puis s'en va. Parce que figurez-vous que sitôt le site ouvert, celui-ci a été assailli par des millions d'utilisateurs. 10 millions de curieux, de bibliophiles, d'étudiants, de quidams, de citoyens se sont donnés rendez-vous pour l'inauguration. Et là, c'est le drame. Bousculade à l'entrée, serveurs en rideau. Crac boum hue. A pu Europeana. Europeana.eu aujourd'hui, c'est un temps de chargement d'une minute trente (j'ai compté ...) pour tomber sur le message suivant : "The Europeana site is temporarily not accessible due to overwhelming interest after its launch (10 million hits per hour). We are doing our utmost to reopen Europeana in a more robust version as soon as possible. We will be back by mid-December." Des sites pris d'assaut lors de leur ouverture, cela arrive. Des serveurs qui flanchent, c'est courant. Même le Grand Google a connu ce genre d'affres pour le lancement de Gmail ou d'Analytics. Mais visiblement, l'équipe de conception d'Europeana n'avait pas prévu un tel enthousiasme, une telle curiosité, une telle appétence, une telle bibliophilie planétaire. Faut dire aussi que l'annonce de l'ouverture avait largement dépassé l'étroitesse des frontières de l'union pour atteindre au communiqué de presse planétaire. Même Google s'était pour l'occasion fendu d'un billet relayant, annonçant et se félicitant de ladite ouverture de la bibliothèque numérique européenne, et en profitant pour lancer un appel du pied appuyé (à moins qu'il ne s'agisse d'un tacle sournois) :

  • "As we move ahead with Google Book Search, we look forward to finding new ways to collaborate on initiatives such as Europeana -- and taking part in what could become the biggest technological leap in disseminating knowledge since Gutenberg invented the printing press."

Dans ces conditions, difficile de faire un billet un peu fouillé sur un service inaccessible. Heureusement, quelques chanceux curieux de la première heure ont eu le temps d'apercevoir le site. L'intérieur d'Europeana ressemble donc à ça. Heureusement, on sait aussi que Gallica 2 a servi de prototypage pour le lancement d'Europeana. Et Gallica 2 est encore accessible en ligne, ce qui permet donc de se faire une petite idée de ce que sera l'intérieur d'Europeana en termes d'interface.
Europeana Europeanasearchresults
En attendant la réouverture :

  • on pourra toujours relire la génèse du projet sur La République des Lettres.
  • gloser sur le choix du logotype, avec une stylisation du "E" suivi de deux "O" (évoquant un engrenage ...), qui, si l'on applique un effet miroir au même "E" et aux deux "O" le suivant, nous donne étrangement les initiales d'une autre bibliothèque numérique mondiale : "GOO ..."
  • moquer l'incapacité à anticiper le volume de connexions à l'ouverture ou le délai envisagé pour la réouverture (3 semaines tout de même ...) ... d'aucuns ont envisagé l'hypothèse (naturellement hautement fantaisiste) que Google prête quelques-uns de ses serveurs à Europeana, ou lui propose même d'héberger son contenu ... ce qui, tout à fait sérieusement cette fois, nous renvoie à la question essentielle de l'informatique dans les nuages pour les institutions et services publics (voir par exemple ici et ).
  • prendre des nouvelles de la santé des serveurs d'Europeana sur la page dev.europeana.eu
  • se languir de la mise en ligne de cette collection exceptionnelle...

De tout cela je retiens qu'il faut prendre l'épisode du lancement raté de ce grand projet pour ce qu'il est : une fable moderne pleine d'enseignements sur la mesure et le périmètre d'un service public numérique à l'heure et à l'ère de l'accès comme clé de voûte bibliothéconomique renouvellée.

<Update> Voir aussi le débat nourri - et légèrement "trollé" - sous le billet de Jean Quatremer. Ainsi que les chiffres détaillés de Telerama.fr </Update>

Rock&Num at the BnF.

Va falloir s'y faire. Ca bouge à la Bnf. Ca bougeait déjà depuis longtemps me direz-vous. Certes ... Mais là, en plus de bouger, ça communique sur le mouvement :-) Donc :

  • Dans la BnF y'a de l'OAI (et dans Banga y'a de l'eau). Ici : "La Bibliothèque nationale de France a ouvert deux entrepôts OAI              destinés à faciliter l'accès à ses collections et à ses données.             Le premier, OAI-NUM, contient les notices de tous les documents numérisés             et accessibles via les bibliothèques numériques Gallica et Gallica2.             Le second, OAI-CAT, a pour vocation de contenir l'ensemble des notices             des documents de la Bibliothèque nationale de France, numérisés ou             non. Il contient actuellement presque 10 millions de notices." Tous les détails ici. Par ailleurs (spéciale dédicace à mes étudiants qui lisent de plus en plus mon blog depuis que j'y publie les sujets d'examen la veille desdits examens), cette page là est une excellente ressource pour notre cours sur les bibliothèques numériques).
  • Dans WorldCat y'aura le catalogue de la BnF : communiqué sur le site de l'OCLC. Pour Bruno Racine, "The Bibliothèque nationale de France is willing to increase the audience of its cultural heritage materials. We are convinced that the contribution of our entire bibliographic catalogue to WorldCat is likely to enhance the value of the library collections". Les mauvaises langues diront qu'il était temps. Les autres comprendront qu'il faut du temps.
  • Pour la numérisation de masse, y'a une vidéo. Eeeeet oui. Va falloir s'y faire. La BnF c-o-m-m-u-n-i-q-u-e sur ses opérations de numérisation de masse. Et elle le fait de manière intelligente (même si le fond musical est discutable ;-) Alors bien sûr c'est (ce n'est que) de la "comm", alors bien sûr c'est un vrai petit film promotionnel pour les partenaires de la BnF sur ladite numérisation, mais "ça parle" et "ça montre" concrètement ce qu'il y a derrière cette expression étrange qu'est la "numérisation de masse". (info glanée via Jérémie Jeanguenin, digne successeur de Katell aux manettes du blog du BBF). Reste plus qu'à mettre ladite vidéo sur YouTube histoire d'aller au bout de l'opération de communication et de viraliser un peu le machin ;-)

Ariane 2.0

Ne vous fiez pas au syntagme "deuzéro" aujourd'hui accolé à tout un tas de choses jusqu'à la nausée. Ariane 2.0 est un très bel Opac 2.0 qui allie légèreté, simplicité, force de suggestion des icônes retenues dans l'interface, plus un système de redéfinition de la requête qui rappelle la "zapette" du moteur Exalead. Bref à mon avis, du vrai web 2.0. C'est à dire ? Efficace. Juste efficace. Allez le tester, et revenez me dire. Ou mieux, dites-le leur directement.

(Via Bibliofusion)

La crise, l'éléphant, les bibliothèques et Google ...

Cela n'aura pas échappé à votre perspicacité : c'est la crise. Côté silicon vallée, itou. Côté brontosaures de l'infor(mation)(matique) : pareil. Et maintenant, fermez les yeux et imaginez ... Imaginez que certaines sociétés (Google par exemple) soient, crise oblige, obligées de se recentrer sur un coeur d'activités lucratives et de délaisser les activités sans profit immédiat. Pire. Imaginez l'inimaginable. Imaginez la faillite de Google. Ouvrez les yeux et réfléchissez : qu'adviendrait-t-il de l'énorme volume d'ouvrages publics numérisés par Google ? Certes, chaque bibliothèque disposerait encore de la copie numérique qui lui est contractuellement remise par ledit Google. Mais le temps de fédérer l'ensemble de ces ressources, de les porter en ligne derrière une interface interrogeable unique, ce temps serait considérable. Ce temps serait autant de temps perdu.
Et c'est ici qu'intervient le Hathi Trust, un "entrepôt numérique partagé" à l'initiative d'un consortium universitaire composé comme suit : University of Chicago, University of Illinois, Indiana University, University of Iowa, University of Michigan, Michigan State University, University of Minnesota, Northwestern University, Ohio State University, Penn State University, Purdue University, University of Wisconsin-Madison, University of California system. Trois de ces universités sont les leaders du projet : Michigan, Indiana, Californie.
L'ambition du projet ? Tout simplement considérable : il s'agit de rassembler les ouvrages mais également les journaux numérisés dans les bibliothèques, sur la base initiale du "corpus" Google mais en envisageant des extensions, y compris auprès d'éditeurs pour des fonds encore sous droits. Il s'agit encore de fournir une solution sécurisée de stockage, de préservation et d'accès à long-terme. Il s'agit enfin d'étendre ce processus aux entrepôts institutionnels des unviersités, à condition que la phase initiale du projet soit couronnée de succès. Bref, en un mot, un portail universel de bibliothèque. Et pas un nouveau Worldcat puisque c'est cette fois-ci bel et bien le texte intégral qui est visé et non les "seules" données bibliographiques.
A l'heure actuelle, les compteurs de la numérisation du HathiTrust annoncent les chiffres suivants :

  • 2,091,060 ouvrages  
  • 731,871,000 pages  
  • 78 terabits de données
  • 40,23 kilomètres  
  • 1,699 tonnes  
  • 332,048 volumes (~16% de l'ensemble) dans le domaine public

Ces chiffres prendraient "seulement" en compte les collections numériques de l'university du Michigan et de celle du Wisconsin, "both leaders in mass digitization efforts."
Bon d'accord c'est bien beau, mais et les autres projets de bibliothèque numérique comme l'Open Content Alliance ?
Le HathiTrust annonce que certains de ses "partenaires" sont également impliqués dans l'Open Content Alliance. Et qu'à terme, ils envisagent "d'inclure" l'OCA dans leur portail.
Bon d'accord c'est bien joli, mais, crise oblige, c'est quoi le modèle économique ?
Les partenaires apporteront une cotisation initiale calculée sur le nombre de volumes fournis, plus une cotisation annuelle pour l'entretien desdits exemplaires numériques. Le HathiTrust étant "une extension à visée non-lucrative des bibliothèques qui l'ont fondé", il espère par ailleurs que le partage des infrastructures et des stratégies de numérisation permettra d'atténuer rapidement les coûts spécifiques.
OK. Mais admettons que je veuille bénéficier de l'infrastructure HathiTrust sans nécessairement mettre en accès libre sur Internet certains de mes fonds numérisés ?
Pas de problème. Le HathiTrust mentionne la possibilité technique de mettre en place une "archive noire" (dark archive), même si ce n'est pas la voie qu'il recommande.
Bon ben ça y est, vous m'avez convaincu. Où est-ce que je peux tester cette formidable interface ?
Ah oui mais là euh comment dire, ben en fait ... nulle part. Pour l'instant. Ce qui n'empêche pas les objectifs fonctionnels d'être décrits à court, moyen et long-terme : il y aura un tourne-page, il y aura des watermarks partout (celui de l'institution d'origine, celui de l'agent numérisateur ...), il y aura des API pour adapter le bouzin aux besoins de chaque bibliothèque, il y aura du Shibboleth pour permettre aux publics handicapés d'être reconnus et de bénéficier d'un accès adapté, et ... et ... et ... et il y aura une interface publique. Ce sera une "bétâ" et elle devrait être disponible "début 2009". A moyen terme, chacun (chaque usager ou chaque institution ?) pourra créer ses propres collections. 
Là où le HathiTrust marque incontestablement des points, c'est du côté de la gestion des données bibliographiques (l'envers de la médaille numérique, trop peu mise en avant par Google). Et là c'est du lourd. Une partie des données est déjà là. Le lien avec L'OCLC (Worldcat donc) est déjà négocié, et ce dernier pourra ainsi rapidement référencer les collections du HathiTrust.   

Un petit résumé ?
Un groupement de bibliothèques importantes se regroupent au sein d'un consortium qui est aussi une agence de moyens, sur fonds propres, mais sans s'interdire de faire appel à diverses fondations. L'urgence (et la motivation) pour ce consortium, c'est de partager ses infrastructures, ses documents et ses stratégies pour élaborer un "plan B" face au projet Google. A long terme, il s'agit tout simplement de construire un portail unifié mondial (américain ?) de ressources numériques en bibliothèques : ouvrages libres de droits, rétro-numérisation presse, dépôts insitutionnels, mais là aussi sans s'interdire d'y intégrer une offre sous droits, négociée avec les éditeurs. Il s'agit de faire collection.
Une petite analyse ?
Difficile à ce stade du projet. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, toute alternative est bonne à prendre. Ce qui est sûr également c'est que toute alternative doit pour pouvoir être crédible, disposer d'une puissance de feu numérique suffisante. C'est le cas les bibliothèques membres du HathiTrust (le choix de l'éléphant comme logo n'est pas neutre). Pouvoir également disposer d'une stratégie et d'un modèle économique clair. Cela semble être également le cas. Le HathiTrust part gagnant sur au moins deux terrains déterminants :

  • par rapport à l'OCLC (worldcat) il mise sur les contenus mais sans que cela se fasse au détriment des métadonnées.
  • par rapport à l'OCA, les bibliothèques restent "entre pairs" : le partage et la mutualisation de ressources en seront probablement facilitées.

Donc ?
Donc satisfaction sans réserve, ne serait-ce que pour l'expression à haute, intelligible et audible voix de l'impérieuse nécessité d'une alternative au projet Google Books. Satisfaction que les bibliothèques reprennent en main de manière concertée et conforme à leurs missions, le chantier de la numérisation de masse, afin de sortir de l'ornière prévisible vers laquelle nous amène le même Google. Satisfaction toujours pour l'aspect "malin" du projet qui retourne les clauses les plus discutables des contrats Google en faveur des bibliothèques (en gros : vous aurez votre exemplaire numérique mais apauvri, et de toute façon vous pourrez pas l'exploiter car vous n'avez pas l'infrastructure suffisante à large échelle). Satisfaction enfin et peut-être surtout, parce qu'en observant ce qui se passe du côté-ci de l'atlantique avec Gallica2 (intégration presse et ouvrages sous droits), il y a ENFIN là un formidable terreau de convergence. Ne reste plus qu'à se mettre au labour.

(Via Urfist Info // Temps de rédaction de ce billet : 2h00)

God Save the Cloud (computing)

Quelques ressources et réflexions en vrac à propos d'informatique dans les nuages (Cloud Computing).

  • ReadWriteWeb nous offre un billet sur les 5 tendances (trends) du Cloud Computing : (1) des serveurs "blades", en français "lames" (c'est à dire des serveurs dont a été viré tout ce qui est "inutile", afin d'optimiser leur puissance ... si vous avez une traduction française du terme ... je prends :-), (2) une fonctionnement plus écologique (le cloud computing et ses immenses "fermes "de serveurs et autres Data Centers sont très gourmands en énergie ... premier concerné et premier à réagir : Google), (3) Virtualisation (au sens informatique du terme), (4) passage à l'échelle (pour gérer l'inflation des données portées en ligne ... ils 'agit de pouvoir gérer plusieurs péta-octets de données), (5) équipement Linux comme couche de base (aujourd'hui et d'après l'étude citée, un serveur sur 5 tournerait sous Linux)
  • Le Guardian rappelle le point de vue de Richard Stallman sur le sujet, qui est pour le moins sans ambiguité. "C'est pire que de la stupidité", pointant le risque énorme qu'il y a à confier systématiquement nos données à des systèmes qui - même s'ils sont "ouverts" en consultation et en dépôt - restent, par nature, propriétaires. Stupide donc, ET dangereux. A croiser avec le billet "Démocratisation des données" d'Hal Varian (économiste en chef chez Google), qui est un plaidoyer pour que les entreprises (spécialement les petites et moyennes), usent et abusent de la délagation de services que rend possible Google. A terme, c'est un vrai risque de dépendance informationnelle qui se profile.
  • Le prochain OS de Microsoft pourrait s'appeler "Windows Cloud". C'est en tout cas ce que confie Steve Ballmer au Register : "We’re not driving an agenda towards being service providers but we’ve gotta build a service that is Windows in the cloud". Une manière désormais stratégiquement incontournable pour Microsoft d'achever sa mue vers un OS au moins autant en ligne que sur des machines locales. Plus précisément, ce sont deux logiques convergentes parce que diamétralement opposées qui se dessinent chez les deux géants Google et Microsoft. Google offre "naturellement" la totalité de sa gamme applicative en ligne, avec la possibilité d'une synchronisation (Gears) laissant encore possible la survivance de comportements et de consultations dé-connectées. Microsoft offre tout aussi "naturellement" une gamme logicielle "locale" avec la possibilité d'une équivalence partielle en ligne afin de cannibaliser les comportements et les consultations connectées. C'est l'idée d'un "light editing" permettant d'éditer dans des applications en ligne tout ou partie d'un document, l'essentiel (ou le reste) du document, restant édité localement. Conclusion ? Ca vaudrait peut-être le coup que la bande à Roger se remette au travail sur ces sujets, pour nous aider à penser la granularité documentaire dans une globalité réticulée d'instanciations et de comportements dont elle est désormais indissociable.
  • Précipitez-vous sur la dernière conférence d'Hervé Le Crosnier à l'EBSI. Vous en sortirez plus intelligent et surtout vous contribuerez à faire exploser les serveurs de l'EBSI, ce qui permettra à un passionnant débat de rebondir, débat que l'on peut résumer comme suit : les institutions doivent-elles céder à l'extraordinaire facilité du "Cloud Computing par délégation", si non, de quels autres choix disposent-elles, et si oui, quel est le risque ? Cette question apparaît effectivement centrale : l'informatique distribuée permet aujourd'hui (et ça ne va pas s'arranger demain), d'institutionnaliser la notion de "délégation de services (informatiques)". Rappelons que nombre d'institutions publiques (mais on pourrait faire la même analyse pour le secteur privé) se sont déjà engagées sur une pente glissante en confiant leurs contenus à des prestataires externes, et en se coupant - in fine - d'une grande partie de leur public (l'exemple le plus frappant me semble être celui de Google Books). Si en plus des contenus, elles externalisent durablement (l'externalisation durable et persistante étant le principe au coeur de la délégation de service qu'autorise l'informatique distribuée), si, disais-je, elles externalisent également leurs services ... elles ne devront pas s'étonner de se trouver un beau jour sans public, et donc sans légitimité, sans raison d'être. Une question qui est d'autant plus d'actualité que les grands acteurs du cloud computing (Google et Microsoft) entrent chaque jour un peu plus dans l'université, dans l'institution (la preuve sous les deux liens précédents).
  • Voir également sur le sujet du Cloud Computing en général, un (déjà ancien) billet de Louis Naugès, qui fixe bien le problème et les enjeux du Cloud Computing. Sans oublier, bien sûr, l'article "fondateur" d'Hervé Le Crosnier.

Google Books : un appétit de Lyon.

Impossible de faire l'impasse sur cette nouvelle d'importance. Et c'eût été dommage de la noyer dans le fatras des petits billets de rentrée ... donc ...
Cela fait déjà longtemps qu'on en parlait, c'est désormais chose faite. Le dernier petit village gaulois résistant encore et toujours au grand numérisateur d'outre-atlantique ... ne résiste plus. Google numérisera le fonds des 500 000 ouvrages de la BM de Lyon. Cela devrait lui prendre 10 ans. Voici quelques billets incontournables pour comprendre les enjeux de ce nouveau contrat : Alain Pierrot et BiblioFrance. Je rappelle simplement qu'avec le retrait de Microsoft du marché de la numérisation d'ouvrages libres de droits (arrêt du programme Live Book Search) confortant la situation de monopole de Google (exception faite de l'OCA qui n'a cependant pas les mêmes finances et donc le même rythme de croisière ni la même force de frappe), et avec les temps de disette culturelle qui se confirment chaque jour davantage, la question d'une alternative publique "crédible" ne méritera bientôt - hélas - même plus d'être posée. Faute de grives ... on pourra toujours s'occuper en relisant divers guides de bonnes pratiques pour une numérisation réussie ...

Sur ce sujet, prenez également le temps de lire la réaction en forme de coup de gueule de Jean-Claude Guédon, postée sur Biblio-fr, dont je reproduis ici un (large) extrait et que je partage entièrement (cf mes nombreuses alertes à propos du risque d'un eugénisme documentaire):

  • " (...) La numérisation à la Google est un piège. En effet, le document numérisé demeure la propriété de Google et la bibliothèque impliquée doit empêcher tout autre moteur de recherche autre que Google d'indexer sa collection numérisée. En d'autres mots, Lyon pourra consulter la version indexée en interne, et ne pourra exposer au reste du monde que du "papier numérique" (pages images). Il est vrai que nous aurons ainsi accès à des milliers de livres rares, mais ces ouvrages ne seront disponibles que sous la forme de pages-images que l'on ne pourra que lire. Toute recherche plein texte devra s'effectuer par le truchement du site de Google. Toute autre opération sur le texte sera impossible, sauf à refaire le travail de reconnaissance des caractères. Bref, le "cadeau" de Google, c'est un document numérique aussi proche du papier que possible. (...) Ce que Google recherche actuellement, c'est un monopole sur la capacité d'appliquer toute forme d'algorithmique à la documentation numérique mondiale. En bref, Google veut devenir le système d'exploitation de la documentation numérique et pourra ainsi contrôler toutes les opérations de récupération, identification, analyses sémantiques, etc. que l'on peut effectuer ou imaginer dans le monde numérique. Il y va de la mémoire collective de tous les peuples; il y va aussi de l'accès à l'information (et sa manipulation), etc. Bref, il y va de conséquences fondamentales pour la culture et la vie politique mondiale. Bravo, Lyon ! Vous voilà complice d'un magnifique holdup culturel !
    Une alternative beaucoup plus intéressante aurait été L'Open Content Alliance. C'est un peu moins efficace, un peu plus coûteux, et un peu plus lent, mais c'est entièrement libre. Malheureusement, le mirage d'une numérisation de masse rapide et gratuite conduit à ignorer ou négliger les côtés plus subtils du cadeau empoisonné de Google. Google a su produire une offre qui détient un réel pouvoir de fascination pour certains bibliothécaires. C'est regrettable, mais cela révèle aussi les limites de certains bibliothécaires, ceux qui jouent avec Google (comme l'on joue avec le feu) : ce sont de parfait spécialistes des incunables numériques et ils observent l'avenir dans leur rétroviseur (pour
    reprendre une formule bien connue de Marshall McLuhan).

    *Jean-Claude Guédon*
    *Université de Montréal*

Je ne croie pas en revanche (je n'ai jamais cru), comme l'analyse Jean-Michel, que le livre soit une danseuse pour Google, une maîtresse que l'on (qu'il) entretient à fonds perdus. Et ce pour plusieurs raisons que je vais brièvement résumer :

  • Primo, rien dans les pratiques de Google (corporate management) ne laisse place à la notion de "danseuse". Les fameux 20% de temps octroyés aux employés pour qu'ils travaillent sur des projets à eux n'ont de sens que dans la mesure où ils permettent de faire émerger des projets et des applications rentables pour la firme (Gmail, GoogleMaps ...).
  • Deuxio, en accord avec les arguments de Jean-Michel (mettre en place une barrière d'entrée suffisamment haute sur le marché de la numérisation de masse, s'attirer les faveurs d'une partie des intellectuels), le service GoogleBooks tient également une place de choix dans l'écosystème algorithmique de la firme : la base de connaissance ainsi constituée n'est probablement pas étrangère aux remarquables capacités de traduction automatique du même Google.
  • Tertio, même si, comme le note encore Jean-Michel, l'arrivée de Google sur ce marché "n'a pas modifié l'économie du livre, ni celle des bibliothèques", elle a en revanche considérablement fait bouger les lignes. Elle a contraint l'ensemble des acteurs de la chaîne du livre (des éditeurs aux auteurs en passant par les libraires et les bibliothèques) à se (re-)positionner. Davantage encore, elle a pris une place à l'horizon du débat sur la numérisation de masse au regard de laquelle chacun doit placer ses pions et redéfinir ses stratégies dans un mouvement de jeu initié là encore par le même Google et son service GoogleBooks. L'impact sur l'économie du livre et des bibliothèques pourrait dès lors être tout à fait retentissant lorsque le marché de la lecture électronique (liseuses notamment) prendra son véritable essor.

Je pourrai lister d'autres arguments mais ce serait un peu long pour un billet de rentrée, donc je résume : une danseuse qui s'inscrit dans une stratégie globale de management, un danseuse dont les effets d'optimisation sur des services tiers sont certainement importants (d'aussi loin en tout cas que l'on puisse en juger), une danseuse qui modifie les postures et les stratégies d'un ensemble d'autres acteurs, d'individus et de corporations ... ne me semble pas vraiment correspondre à la définition d'une danseuse ;-)

Dans un monde ou la circulation, le flux, prennent chaque jour davantage le pas sur l'inscrit, sur le fixe, le service GoogleBooks, plutôt qu'un danseuse, pourrait rapidement s'avérer être une pièce maîtresse dans le jeu du contrôle de l'accès aux contenus et du formattage des pratiques afférentes.

Et puis encore ... Repérés par Alain Pierrot, ces 3 articles du dernier congrès de l'IFLA dont celui consacré à l'accord de la bibliothèque de Bavière avec Google (.pdf) a retenu mon attention. Il n'offre aucun scoop mais livre une foule de détails intéressants, dont celui-ci :

  • "la coopération entre Google et la BSB implique que, pour la première fois dans l'histoire des bibliothèques allemandes, un projet de numérisation à l'échelle industrielle soit planifié techniquement et logistiquement. Une "sélection" d'ouvrages est faite uniquement en fonction de leur état - et donc la capacité de ceux-ci à être scannés dans une perspective de conservation, et selon certaines exigences de taille et de volumes dues à la technologie de numérisation propriété de Google. (...) Il faut souligner dans ce contexte que le critère "conservation", sous-jacent à la décision de déclarer un ouvrage en état satisfaisant pour être numérisé ou non, a été décidé conjointement par la BSB et Google. En cas de doute, le verdict final est toujours rendu par la bibliothèque. (...) Les normes de qualité fixées en accord avec Google comprennent également une marge de manoeuvre, comme il est d'usage dans ce genre de projets financés par des fonds privés. La BSB a eu la chance de ne pas appartenir aux membres fondateurs de ce projet, lancé par Google en 2004, mais aux membres "tardifs", qui profitent aujourd'hui des ajustements technologiques continuellement apportés par Google."

C'est la rentrée ...

Allez, hop hop hop, au boulot. Fini de lézarder. D'autant qu'il s'est passé plein de choses en deux mois ...

Côté encyclopédies :

  • la série rafraîchissante d'Ecrans sur "Inside Wikipedia". Episode 1 : Wikilove. Episode 2 : Wikipompiers. L'intégralité de la série à lire ici.
  • A ne pas manquer, le regard d'Hervé (Le Crosnier) sur l'édition papier de la Wikipedia par Bertelsman et la rémunération de ses ... 90 000 auteurs ...
  • Et puis bien sûr, lancement par Google de son projet encyclopédique baptisé Knol. Gardez patience, le prochain billet y sera entièrement consacré ;-)

Côté Moteurs (enfin ... surtout côté Google ...) :

  • A ne pas manquer : un article de Chris Anderson dans Wired sur l'âge du Petabyte et son héraut (Google). Article court, brillant et relativement impossible à résumer puisqu'il montre en une seule page quels sont les liens entre les théories scientifiques, la fin des théories scientifiques, le moteur de recherche Google, la puissance calculatoire, les avancées de la génomique, l'informatique distribuée, la nouvelle "science des données" et quelques autres trucs encore. Allez, filez le lire et vous comprendrez certainement un peu mieux la manière dont chacun d'entre nous est relié à la machine. 
  • un débat chez Google France sur l'économie numérique avec une conclusion d'Eric Besson. A écouter notamment vers la 67ème minute le point de vue des intervenants (entreprise) sur un aspect du débat autour de la net neutrality (taxation des recettes publicitaires sur internet). J'ai simplement retenu que pour Eric Besson, le fait d'envisager de "prioriser par exemple des données relatives à la télésanté" n'est pas nécessairement une atteinte au principe de neutralité du net. Pour les autres aspects - cruciaux - de la Net Neutrality, voir par exemple ce billet de Martin Lessard : "étrangler le Net".
  • Alors que Google croyait en avoir définitivement fini avec le Google Bombing, voilà-t-y-pas que le Google Bombing ressurgit dans l'outil Google Trends.
  • Pour ceux qui s'en inquiéteraient, Google se porte - toujours - financièrement très bien : chiffres complets ici et résumé sur Zorgloob. Côté "part de trafic", ça va aussi.
  • Un très bon dossier documentaire réalisé par 3 étudiants du cycle supérieur de l'INTD : "Les rapports de Google avec la justice" (.pdf). La première partie du dossier est une recension des procès et actions en justice contre Google, la seconde se focalise davantage sur l'exploitation des données personnelles. Très utile pour avoir une vision "fine" d'un justiciable pas comme les autres.
  • Dans la série "publicisons, publicisons, il en restera toujours quelques chose", LiveSearch (Microsoft) s'installe dans la motorisation de Facebook. (Rappelons pour mémoire que Google motorise - et constitue la régie publicitaire de - MySpace). Voir aussi pourquoi Jérôme Charron s'en félicite.
  • Pour les Googlophiles anglophobes, découverte de Goopilation, un blog qui traduit en français les billets de l'ensemble des blogs officiels de Google.
  • Et puis, et puis ... en septembre 2005, Google faisait disparaître de sa page d'accueil la mention du nombre de pages indexées, laissant les compteurs de notre imaginaire collectif baguenauder librement. Dans un billet en date du 25 Juillet, sur son blog officiel, Google annonce que son crawler a franchi une étape ("a milestone") : 1000 milliards d'adresses uniques détectées, ce qui, comme le rappelle Jean Véronis n'est pas la même chose que le nombre de pages indexées, mais qui est "déjà très impressionnant". Au-delà de son effet subliminal dans l'inconscient collectif (= "c'est Google qui a la plus grosse" ... base d'index), cette annonce révèle ce qui est l'un des tournants marquants dans l'histoire des moteurs de recherche : la principale difficulté, le principal objectif, n'est plus la capacité à atteindre un grand nombre de données (et à les réactualiser en temps réel), mais bel et bien la capacité à faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, entre ce qui doit être indexé et ce qui ne doit pas l'être. Soit un retour à la raison d'être et aux fondements de leur algorithmie.
  • En parlant d'algorithmie justement, du côté de Yahoo! on semble s'intéresser de près à la mode des moteurs à la carte. Mais si souvenez-vous, ces moteurs "construits par l'internaute" et faisant de chacun de nous un autarcithécaire en puissance. Yahoo! a donc lancé le service BOSS (Build Your Own Search Service). Pour ne pas répéter ce que d'autres ont très bien décrit, allez lire le billet de Jérôme Charron sur le sujet. La stratégie de Yahoo! paraît claire : étant donné que le monde compte nombre d'excellents développeurs plein de bonnes idées, et étant donné qu'actuellement aucun d'entre eux ne peut bénéficier d'un équivalent de la base d'index de l'un des grands moteurs majeurs, il s'agit donc de leur offrir un accès à cette base, de les laisser bidouiller en postulant qu'il y aura probablement dans le lot une bonne ou une très bonne idée dont on pourra alors librement s'inspirer. Et dans le cas contraire, pendant qu'ils font joujou chez Yahoo!, ils ne vont pas monter de projet concurrent ;-).
  • La dérive des continents documentaires (voir ici) se poursuit, avec cette dernière étape clé de la synchronisation de nos moments connectés / non-connectés : après GoogleDocs et GoogleReader, c'est GMail et GoogleCalendar qui devraient être accessibles via GoogleGears. Rappelons, pour tenter de clarifier la "stratégie" de Google en la matière, que la synchronisation de ces applications est l'un de piliers incontournables du "webtop" ou du "WebOS", webtop dont on reparlera plus bas dans ce billet de rentrée.
  • L'une des dernières études du PewInternet nous apprend que si en 2002 seulement un tiers des internautes utilisaient un moteur de recherche pendant leur journée connectée, ils sont maintenant la moitié à le faire (49%). Les autres "habitudes" sont (de la plus à la moins fréquente) : l'e-mail, la recherche en ligne, la consultation d'actualités ("checking news"), et la consultation de la météo.

Côté Moteurs, outils ET bibliothèques :

  • Je vous l'avais annoncé avant les vacances, la bibliothèque municipale de Toulouse est désormais sur FlickR. Pour les détails et les motivations de cette (remarquable) opération, voir le message posté sur biblio-fr. Une Flickerisation des bibliothèques qui fait flores (6 à ce jour) comme en témoigne cette nouvelle initiative lue chez André Gunthert : "la George Eastman House est le premier grand musée de photographie à mettre en ligne en libre accès dans la section des Commons de Flickr plusieurs extraits de ses collections." Sans oublier, comme le rappelle Patrick Peccatte en commentaire du billet d'André, "les institutions présentes sur Flickr qui présentent des fonds intéressants mais pas sous le régime des Commons, comme la Biblioteca de Arte-Fundação Calouste Gulbenkian." Je croie qu'il y a là l'amorce d'un mouvement de fond (et de fonds ;-), dont l'impact à moyen terme pourrait être assez semblable à celui des projets de numérisation (Google Books).
  • et puis bien sûr, l'annonce de la numérisation de la BM de Lyon par ... Google. Là encore, un peu de patience, c'est le sujet d'un prochain billet.

Côté bibliothèques ...

  • Le discours de Barak Obama : sources, références et larges extraits à lire chez Jean-Michel Salaun.
  • Côté bibliothèques ET revues : Valérie Pécresse (ministre enseignement supérieur) et son copain Bruno Racine (BnF) avaient bien caché leur jeu. Le ministère de l'enseignement supérieur vient d'annoncer le déblocage de 10 millions d'euros pur la création d'une archive pour les revues de recherche françaises. L’objectif de cette archive est de conserver sur le long terme les revues scientifiques qui ont un faible usage. Cette archive sera sous la responsabilité de la BnF qui assurera également l’accès aux articles, sur support papier ou électronique, par son service de fourniture de documents. Ah ben non désolé. Fausse alerte. C'est pas en France. C'est au Royaume-Uni. A mettre en balance avec l'approche et l'existant hexagonal.
  • Et puis les diaporamas du dernier congrès de l'ABF (blog du congrès) sont regroupés en ligne sur le site de l'ABF.

Côté livre/document/lecture numérique :

  • André Gunthert nous livre une belle analyse d'un beau concept : la lecture exportable (ou les affres d'un copyright en bout de course). De mon côté je prolongerai bien l'analyse d'André en indiquant que ce qu'il décrit à juste titre comme une lecture exportable est en fait la réalisation concrète la plus proche de l'idée originale de transclusion (chez Ted Nelson - père fondateur de l'hypertexte - la transclusion désigne des contenus non plus "inclus" mais situés simultanément à divers endroits, sans altérer pour autant leur localisation originale ... pour plus d'infos voir sous le lien précédent).
  • L'iPhone devient liseuse : Virginie Clayssen rappelle à quel point la nouvelle pourrait être d'importance pour le décollage et la structuration d'un marché du livre électronique.
  • A lire : les enjeux du livre au format de poche, une étude de 8 pages de la DEPS, qui ne se termine pas par hasard sur "la perspective numérique", au moment où l'on parle de plus en plus d'une date limite de consommation des livres sous forme papier.
  • Et pendant que l'on réfléchit de plus en plus activement ici ou là sur l'avenir de la chaîne du livre à l'heure du numérique, le rouleau compresseur continue d'avancer : Amazon met la main sur AbeBooks (via Hervé Bienvault)

Côté biblio-scientométrie

  • la face cachée de la bibliométrie existe, et plus simplement au sens figuré. Pour organiser - selon des critères bibliométriques (taux de citation / date de parution de l'article / ... )  - les résultats issus d'une interrogation de la base Medine, imaginez que la liste desdits résultats soit ... une liste de visages dont le froncement des sourcils ou le sourire (ou l'absence de sourire) seont autant d'indicateurs vous permettant d'anayser lesdits résutlats et de mieux vous y orienter. Pas clair ? OK, une image :
    Facebib
  • le site reprend en fait la théorie des visages de Chernoff (voir ici ou pour une définition de ladite théorie) en l'adaptant aux usages scientométriques et en la faisant "tourner" sur une base d'articles scientifiques (PubMed). Gadget diront certains. Sûrement. Sûrement. Aussi sûrement que cela ouvre autant de pistes du côté d'une "humanisation" littérale des résultats de recherche. La source : ici. Pour jouer avec : .

Côté Science 2.0

Côté Web 2.0 ...

  • une petite bibliographie autour du web 2.0 mêlant articles scientifiques, thèses, ouvrages et études diverses, le tout accessible gratuitement.
  • Une jolie mise en image des différents services sociaux autour du web 2.0.
  • Je vous ai souvent parlé (en conclusion de ce billet par exemple) de l'inexorable avançée d'un mouvement d'externalisation de nos mémoires (intimes ET documentaires), lequel, conjugué à une informatique ambiante (everyware) et à une redocumentarisation du monde (internet des objets) et de l'homme (l'homme est un document comme les autres), donne littéralement corps à un hypercortex planétaire. Le résultat à court terme - 2040 -, et en termes beaucoup plus clairs (:-) est expliqué dans un édito du 16 Juillet de Wired, édito chroniqué, résumé et traduit sur InternetActu : "La machine unique pour les relier tous".
  • Prenez la plus grosse base de donnée iconographique gratuite de la planète (FlickR). Prenez ensuite l'une des toutes premières agences commerciales de diffusion de photo (Getty Images). Imaginez un accord entre les deux permettant à la seconde (Getty) de piocher à volonté dans la première (FlickR) pour en revendre le contenu en reversant 20 à 40% de la somme récoltée au photographe amateur. Et vous aurez un système gagnant-gagnant et un exemple très parlant de la manière dont les pro-am deviennent un incontournable levier de l'économie de la longue traîne.

Côté Web 2.0 et après ...

  • Après le Web 2.0, il y a naturellement le cloud computing. Hervé Le Crosnier signe un papier lumineux sur le sujet dans le Monde Diplo. Didier Durand signale un intéressant white paper d'évangélisation (technique) en provenance de chez Amazon : Cloud Architectures (.pdf)
  • Après le web 2.0, il y a aussi le webOS, soit la migration du Desktop (bureau comme interface du disque dur) vers le webtop (navigateur comme interface de nos disques durs "en ligne"). Nova Spivack rédige sur le sujet un article de référence qui récapitule les enjeux et les ambitions de cette nouvelle migratio numérique des contenus et des comportements associés : "The future of the Desktop".
  • Après le web 2.0, il y a l'explosion des contenus gourmands (en bande passante) : voir les chiffres de la dernière étude Cisco, rapportés par Eric Baillargeon. Et de manière corrélée, il y a un phénomène de "dés-appropriation" de plus en plus systématique des contenus demandés par les internautes : voir le billet de Techcrunch rapportant le régne annoncé du "tout streaming". Là encore une nouvelle étape de la dérive des continents documentaires, dans laquelle après avoir confié nos contenus à des sites externes (tout en gardant une possibilité d'archivage en-ligne), nous prenons de plus en plus l'habitude de consommer des contenus comme de simples services, sans appropriation réelle ni possibilité de conservation ou de stockage. Bref, nous faisons avec Internet ce que nous faisions hier avec la télé, avant que l'on invente les magnétoscopes. Sauf que sur Internet, c'est pas très facile de réinventer le magnétoscope, comme en témoigne les mésaventures du service (excelletissime) Wizzgo. Espérons avec Jean-Michel que "S'il y a beaucoup de mythes dans le Web 2.0, il y a aussi beaucoup de préjugés chez les médias traditionnels, à commencer par croire que l'on peut retarder l'expression d'une demande explosive."

Côté énervements récurrents :

  • la fausse bonne idée de l'université entreprise, à lire sur le site de SLR ... pendant ce temps, Valérie Pécresse distribue les médailles en chocolat comme autant de labels vides de sens (et de financements ...)
  • les vraies-fausses promesses de maître Darcos. (= Episode 1 : on va supprimer plein de postes, mais en échange on va revaloriser la grille des salaires. Episode 2 : on va supprimer plein de postes. Euh ... oui oui, on va aussi revaloriser la grille des salaires. Mais pas tout de suite hein ? Episode 3 : relire l'épisode 2)
  • "L'autonomie" (financière) souhaitée des université est vraiment - mais alors vraiment - une notion à géométrie variable.
  • et dans la série "faisons fonctionner de nouveaux trucs avec tous les défauts des anciens machins", je vous recommande la lecture de "l'ANR pour les nuls" sur le site de Sauvons la Recherche.
  • Tout cela nous rappelle que la loi LRU a 1 an. A lire sur EducPros, un rapide bilan des opérations. A remarquer : seulement 9 universités (sur 85) ont décidé de mettre en place les fameux comités de sélection en lieu et place des anciennes commissions de spécialistes. Ce manque d'engouement n'est pas nécessairement la preuve d'un désaveu du système proposé (par les comités de sélection). Simplement le résultat d'un calendrier de mise en place à la hussarde et le symptôme d'un très grand flou dans le "comment concrètement" faire tourner ces nouveaux comités de sélection. Le résultats c'est que la plupart des université, déjà très occupées à mettre leur CA aux nouvelles normes, n'ont pour le moment pas eu vraiment le temps de s'occuper de la mise en place de ces comités. C'est à la fin de cette année universitaire que l'on pourra réellement juger sur pièces, même si de mon côté, mon opinion est faite ... Et par souci d'impartialité, le bilan de la loi LRU, côté communiqué officiel :-)
  • Sans archive(s) pas de mémoire, sans mémoire pas d'Histoire. Le petit monde de l'archivistique est depuis peu en butte à de sévères bouleversements qui engagent tout un pan de notre mémoire collective. Voir ici et là.
  • Edvige et Cristina. La France en (très) bonne place pour les prochain BigBrother Awards. Voir (parmi d'autres) : Politis, Le Monde, le point de vue de Jean-Marc Manach, l'article d'EDRI avec les liens vers les parutions du JO et d'autres couvertures presse. Ils en parlent aussi : l'ADBS. Au moins, cette affaire aura donné lieu, sur France Inter, à un téléphone sonne d'anthologie :-(
  • Et toujours à l'affiche, "les cages de la république".

Côté People et Blogosphere :

  • ce dont tout le monde a parlé cet été c'est la guerre entre blogueurs et journalistes. Rappel des faits.
  • Le départ de Versac tout comme la sortie de route classement de FredCavazza sont d'ailleurs peut-être assez symptômatique d'un changement d'époque. Car outre-atlantique aussi, Francis Pisani nous apprend que Jason Calacanis himself annonce son retrait blogosphérique. Je suis de mon côté depuis longtemps convaincu que les blogs auront permis l'émergence de nouvelles formes de parole (et de prise de parole), côté scientifique notamment, et qu'ils se dirigent lentement mais surement vers une hybridation de plus en plus marquée (voir les exemples très éclairants choisis par Narvic).
  • Et puis le choc de l'été sur les blogs sciences de Wikio : André Gunthert dégringole à la troisième place et Jean Véronis fait une entrée fracassante directement à la seconde (place). De mémoire d'homme, seule Samantha Fox avait, à l'époque du Top 50, réussi une telle entrée. M'est avis qu'avec de tels challengeurs qui ne respectent même pas la pause estivale, ma première place va rapidement être remise en question. Assez bizarremement, ni Closer, ni Gala ni Voici n'ont fait leur "une" de cet événement pourtant incountournable.

Côté identité numérique :

  • A l'heure où la gestion de la réputation numérique est chaque jour plus centrale pour le simple quidam, elle revêt, pour le futur potentiel président des Etats-Unis une importance plus que vitale. On lira donc avec intérêt sur le blog VerbalKint, la stratégie mise en place par l'équipe de campagne de Barak Obama pour contrer les rumeurs en temps réel. Intéressant de noter également l'évolution qui, depuis la dernière élection présidentielle américaine, avait marqué l'avènement des blogs comme outils de lobbying, et qui se décline aujourd'hui sur le mode de la gestion de la réputation. Comme dans la "vraie vie" des "vrais gens" pour qui les blogs, après être devenu un outil d'expression central, sont aujourd'hui l'un des principaux axes de leur visibilité numérique et de ce qui s'y rattache.

Côté "ça peut toujours servir" :

Côté Agenda :

Côté lectures :

Côté visionnage :


Ce qui me frappe dans tout ça ...

Comme dans la nouvelle de Borges, "Funes ou la mémoire", le mouvement d'externalisation de nos mémoires, documentaires et intimes, nous mène droit vers une société à l'hypermnésie latente, activable. Avec Google dans le rôle de Funes, et de son côté, pas la moindre aspiration à s'enfermer dans une pièce vide pour ne plus rien "enregistrer".

Bonne rentrée à tou(te)s :-)

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 mois ;-)

Europa Film Treasures

Attention ... C-A-D-E-A-U !!! Vous vous souvenez de mon enthousiasme lors de la découverte de l'incroyable Ubu ? Et bien dans un genre certes différent mais tout aussi enthousiasmant, voici un nouveau petit réservoir à pépites : Europa Film Treasures (découvert via l'indispensable BienBienBien)
La recette est simple : prenez une vingtaine de cinémathèques européennes, et mettez en commun leurs trésors. Vous obtenez un site sur lequel il est très fortement déconseillé d'aller naviguer en soirée, sous peine de passer une nuit blanche. Chacun y trouvera son bonheur, du fan d'images d'archives danoises de l'empereur Guillaume II, à l'amateur de vieilleries érotiques en passant par les vacanciers cherchant un dessin animé à visionner pour leur turbulante progéniture. C-A-D-E-A-U je vous dis. Bon visionnages donc et ... bonnes vacances :-))

Les cahiers au feu ... et les fils RSS au milieu

Comme promis, un petit billet "revue de liens" pour expurger mon agrégateur avant de partir en vacances.

Côté Moteurs (et un peu au-delà) :

  • Difficile de passer à côté du "big deal" passé entre Yahoo! et Google suite à la tentative avortée de rachat de Yahoo! par Microsoft. Pour une synthèse, voir notamment ce qu'en disent Adscriptor, Techcrunch, Média & Tech, Francis Pisani, Techcrunch France, ReadWriteWeb et (plus synthétique) Le Monde. Quelques analystes avaient, dès le départ de l'affaire, souligné que l'offensive de Microsoft avait de forte chances d'échouer au profit de Google. Ce dernier tire effectivement une nouvelle fois son épingle du jeu en renforçant une position déjà outrageusement hégémonique sur le marché de la publicité en ligne. De son côté, Yahoo! sauve (provisoirement ?) les meubles en renflouant ses caisses, mais le "coup" porté par cette affaire est en train de bousculer grandement (et durabement ?) la structure (et l'autorité) de son exécutif ...
  • Microsoft (pour se remettre du fiasco Yahoo ?) vient donc officiellement de s'offrir Powerset, moteur plus sémantisé que réellement sémantique (comme je tente de l'expliquer dans les 75 000 signes rédigés pour le séminaire INRIA IST'2008). L'argumentaire mis en avant dans le billet du blog de Microsoft est celui du renforcement du moteur Live.com (qui est clairement à la ramasse par rapport à Google et Yahoo) grâce à la mise en avant de la compréhension du contexte et de l'implicite. Bref, Microsoft entre officiellement dans la course au web sémantique. 
  • On pouvait déjà faire plein de choses avec Google et ses services (ou ceux qu'il a rachetés). On peut désormais en faire encore plus. Celui-ci a en effet annoncé qu'il allait se lancer dans le marché (juteux et stratégique) de la mesure d'audience et du "média-planning". Un créneau jusqu'ici propriété quasi-exclusive de Nielsen Online et ComScore (qui en tremblent déjà ...) ou Médiamétrie dans l'héxagone. Inutile je pense d'en rajouter une couche sur le fait qu'en gagnant (ce n'est pas encore fait et comme le souligne Emmanuel Parody c'est le marché de masse qui est d'abord visé ...) le marché de la mesure d'audience, Google devient un peu plus l'alpha et l'oméga d'une certaine représentation du web. Cette nouvelle corde à son arc est cependant parfaitement "logique" pour au moins deux raisons : primo l'infrastructure dudit Google, son nombre colossal de serveurs, et l'ampleur des données qu'il recueille et dont il peut librement disposer, deuxio, l'atout stratégique et l'effet de levier que représente un outil planétaire de mesure d'audience pour (mieux) vendre (encore plus) de la publicité aux annonceurs. Le service porte le doux nom de Google Ad Planner.
  • Google (ben oui, encore ...) se lance dans une opération de communication de maintien de la neutralité du Net. A l'heure où l'on constate partout (y compris en France - loi Hadopi - et au Canada mais aussi aux Etats-Unis avec la très récente annonce d'une purge du réseau Usenet) la transformation des FAI en auxiliaires de police, Google à donc annoncé (sans fournir de date ni de nom de service, ni de détails ...) : "le développement d’outils qui permettront aux internautes de vérifier par eux-même si leur fournisseur d’accès à Internet (FAI) intervient d’une manière ou d’une autre sur leur connexion." (via Ecrans) L'alpha et l'oméga disais-je ... A propos, plus largement, de la loi Hadopi (parenthèse ci-dessus), il existe heureusement encore quelques dangereux anarchistes pour tenir un discours vivifiant et cohérent sur la question du copyright et du logiciel libre.
  • Le web invisible connaît un deuxième recul très significatif. Après l'annonce (par Google) d'une indexation possible des données contenues derrière certains formulaires de recherche, c'est désormais Adobe qui annonce que le format Flash sera indexable par les moteurs. Comprenez : Adobe va mettre à disposition de Google et Yahoo! (pourquoi pas de Microsoft ? Parce que Microsoft développe sa propre technologie concurrente à Flash : Silverlight) un player spécifique qui permettra de naviguer "dans" les sites en flash et d'en indexer certains éléments au passage. Pour le reste, voir le billet de Techcrunch d'où je tiens l'info, les Questions/Réponses de Google WebmasterCentral et la FAQ d'Adobe. La question de l'indexation (et du référencement) des sites en Flash est un vieux serpent de mer pour les référenceurs. Avec ce nouveau système, c'est un pan entier du web qui va à son tour émerger dans les pages de résultats des moteurs. Les avis des analystes sont par ailleurs assez partagés sur l'intérêt et la nouveauté relative de cette indexation.

Côté Réseaux sociaux :

  • Marc Andreessen (fondateur de Netscape et actuel gourou de Ning) rejoint l'exécutif de Facebook. Bonne pioche dans tous les cas et rapprochements probables ou nouvelle concentration à venir de ce côté là.
  • Une bibliographie sur la question des réseaux sociaux par l'une des meilleurs spécialistes de la question, Danah Boyd.
  • Un entretien avec Pierre Bellanger (PDG Skyrock) à propos du "premier réseau social d'Europe" (Skyblogs) dans lequel tombe une (de mes) idées reçues : "La totalité (des blogs) est active. Tout blog qui n'a pas été modifié ou consulté dans les derniers 90 jours est automatiquement supprimé. Près de 10 000 blogs sont ainsi fermés chaque jour, tandis qu'il s'en crée plus de 30 000. La plate-forme est un réseau vivant. Pas de cimetière de blogs ou de profils chez nous !"

Côté web 2.0 :

Côté bibliothèques :

Côté Wikis et Wikipédia :

Côté "livre et numérique" et livres numériques :

Côté Web sémantique :

Côté bibliométrie et indicateurs scientifiques :

  • un rapport sur l'usage statistique des citations (.pdf) et son résumé en français sur le site de Sauvons la recherche. Le rapport plaide clairement en faveur d'une théorie de la relativité générale des indicateurs statistiques scientifiques là où la plupart des "décideurs" y voient l'alpha et l'oméga de toute politique d'évaluation digne de ce nom. Pour les autres, il est toujours possible de faire joujou avec ce genre d'outils.

Côté lectures :

  • le dernier Livre Blanc de Christophe Asselin/Digimind sur la "Réputation Internet". Avec notamment quelques buzz digitaux disséqués et l'indication de "stratégies" pour les anticiper, les démonter, les relancer, les contrôler. Du simple veilleur au consultant en communication de crise, ce Livre Blanc devrait amplement satisfaire son lectorat.
  • LA bible du documentaliste et du bibliothécaire : le Traité de Documentation de Paul Otlet, sous-titré "Le livre sur le livre". C'était en 1934. Et on n'a guère fait mieux depuis.
  • Pour se faire plaisir (et se faire un peu peur dans la veine du 1984 d'Orwell), la dernière nouvelle de Cory Doctorrow : Little Brother. Librement téléchargeable.

Côté ressources pédagogiques :

  • Un vrai cours en ligne de Laurent Jenny sur l'Histoire de la lecture (avec bibliographie, exercices et tout et tout)
  • Prenez des textes scientifiques "fondateurs" et faîtes-les analyser par des scientifiques d'aujourd'hui pour mieux comprendre leur impact et leur inaltérable actualité : c'est la très bonne idée du projet Bibnum, pour l'instant encore à l'état de maquette, mais dont on souhaite qu'elle prenne très rapidement son essor (et qu'elle s'ouvre au-delà des 4 domaines qu'elle entend pour l'instant couvrir - math, physique, chimie, biologie -  les SHS constituant un formidable terrain de jeu pour ce genre de mise en perspective).

Et pour finir, un petit lien du Week-End :-)

Tectonique du livre

Ca bouge. Ca bouge même beaucoup dans le monde des livres, de l'édition, du numérique et des bibliothèques. Petite revue d'effectif (en vrac ... pas le temps d'un billet d'analyse ...) :

  • l'un des bastions de la loi Lang est en train de tomber : les livres pourraient être soldés après 6 mois et non deux ans (délai actuellement de rigueur). Tout le monde est - à juste titre - en émoi comme en atteste le communiqué conjoint du SNE, du SLF et de la SGDL (communiqué de presse du 22/05/2008)
  • j'Hachette Numilog : Hachette s'offre Numilog. Hachette se distingue déjà par une politique numérique très "offensive" et très en avance, notamment du côté des manuels scolaires, et notamment outre-atlantique. Cet achat s'inscrit donc dans une continuité qui creuse l'écart avec le reste du peloton. Voir l'interview du PDG d'Hachette Livre sur le Figaro. (repéré chez Aldus et Kotkot)
  • le SNE crée une commission numérique (communiqué de presse du 21/05/2008). Il était temps diront les mauvaises langues. Le communiqué indique : "Alors que d’autres industries culturelles ont déjà été touchées par l’arrivée du numérique, le livre fait face aux mêmes enjeux tout en ayant encore le temps de réfléchir (...)" J'aimerais en être convaincu mais ce n'est hélas pas le cas (cf les points suivants de ce billet). A noter : il s'agit - notamment - pour cette commission, de pérenniser l'offre légale d'ouvrages sous droits dans le cadre de Gallica 2. A noter aussi : "La commission Numérique est présidée par Stéphanie van Duin, directrice du développement du groupe Hachette". Lequel groupe Hachette (filiale du groupe Lagardère), vient - je vous le rappelle - de racheter Numilog, principal fournisseur de la même offre légale d'ouvrages sous droits. Je vous fais un dessin ?
  • (repéré via Alain Pierrot) Microsoft arrête le service Live Book Search (recherche d'ouvrages numérisés libres de droits, le concurrent de Google Book Search) ainsi que le service Live Academic Search (le concurrent de Google Scholar) : Communiqué de presse. Il y a en fait deux niveaux de lecture dans ce communiqué : Microsoft continuera d'indexer les ouvrages et les articles de recherche, mais dans son index standard, et non plus de manière séparée. En revanche, Microsoft arrête les frais de la numérisation. C'est très clairement le côté financier qui est mis en avant. Le communiqué indique encore : "Nous prévoyons que la meilleure manière pour un moteur de recherche de rendre accessible des ouvrages numérisés est d'indexer les entrepôts créés par les éditeurs et les bibliothèques. Grâce à nos investissements (sic), la technologie pour créer ces entrepôts est désormais disponible à moindre coût pour tous ceux qui ont un intérêt commercial ou une mission de service public dans la numérisation d'ouvrages." Mon analyse (rapide ...) est que Microsoft est coincé : d'une part par l'urgence de se positionner clairement sur le secteur du "search" en particulier et du Web en général (cf le récent feuilleton à propos du rachat de Yahoo!), ce positionnement risquant d'engager dans un avenir proche de très importants frais de trésorerie, et d'autre part, le retard du projet Live Book Search par rapport à l'offre Google Book Search est trop important pour pouvoir être comblé (avec là également quelques considérations de trésorerie à prendre en compte). Donc Microsoft arrête. Pour le reste des enjeux, voir le billet d'Alain Pierrot.
  • De son côté, non seulement Google continue de déployer son arme de numérisation massive tout en piochant avec délectation, sans retenue et avec notre consentement bénédiction éclairée dans les entrepôts numérisés existants, mais en sus, il ne manque aujourd'hui plus grand chose au tableau pour pouvoir filer jusqu'à son terme la métaphore de l'ogre dévorant ses enfants. Je m'explique : pour fonctionner en "vase-clos", c'est à dire pour centraliser au maximum les accès (lock-in syndrom) tout en externalisant au minimum ses services**, il ne manque à Google qu'une seule chose, les données catalographiques (métadonnées donc) des ouvrages déjà numérisés (par lui ou par d'autres), ou en voie de l'être (par lui ou par d'autres). Or l'OCLC (organisme derrière l'outil Worldcat) vient de passer (10 Mai 2008) un accord avec Google pour partager avec lui leurs données bibliographiques, lesquelles données sont elles-mêmes gracieusement fournies par la masse des catalogueurs anonymes (en fait c'est même un peu plus compliqué que ça puisqu'il faut parfois payer pour faire "remonter" ses notices dans l'interface de l'OCLC, mais passons ...). En échange, Google continuera de faire ce qu'il fait déjà (c'est à dire renvoyer vers les sites des bibliothèques possédant les ouvrages), mais il le fera "mieux" ... Et dans l'intervalle il jouira sans entrave du petit bijou qu'il vient ainsi de s'offrir à moindre frais : c'est à dire, ne tournons pas autour du pot, l'ensemble d'une certaine idée de la chaîne du livre, depuis la numérisation des ouvrages jusqu'à leur prescription et leur délivrance aux utilisateurs, en passant par la richesse et la souplesse que confère à cet ensemble la maîtrise de la chaîne de catalogage (= notices bibliographiques). La morale de l'histoire ne dit pas ce qu'en pensent les catalogueurs qui se trouvent ainsi "employés sans être payés" (sinon de reconnaissance symbolique) par la firme de Mountain View. Mais n'est-ce pas là in fine notre lot à tous ? (Via le Chronicle of Higher Ed)
  • Et puis aussi, on a appris la disparition de la DLL (Direction du livre et de la lecture). Et alors ? Et ben alors ... allez lire Olivier Tacheau, Dominique Lahary  et l'onctueuse extrême onction de François Bon sur le sujet).

Bon, on résume ?

  • En France, les bibliothèques s'éloignent inexorablement de l'Etat (DLL requiescat in pace), alors que dans le même temps les éditeurs multipolaires (Lagardère) s'en rapprochent (dangereusement ?).
  • Ailleurs dans le monde, l'insolente réussite de Google condamne les meilleures volontés - OCLC - (et les projets alternatifs pourtant les plus crédibles) à se féliciter d'être - pardonnez le raccourci - corvéables à merci, alors même que les rivaux les plus solides (financièrement) préfèrent botter en touche (Live Book Search).
  • En ligne de fond, la loi Lang sur le prix unique du livre est patiemment mais sûrement détricotée au seul profit des éditeurs et des grandes centrales.
  • Et au final, et ben au final je ne serai pas très prompt à me réjouir de voir ainsi les destinées du livre (numérique ou non) laissées entre les mains de deux régies publicitaires : Lagardère et Google. Tout cela "me fait penser au prestige du rince-doigts ou du baise-main. Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres, ni le baise-main qui fait la tendresse."

** à l'inverse de toutes (ou presque) les autres organisations qui, elles, externalisent leur activité documentaire vers Google ou les grands firmes proposant une offre Saas (cf le dernier billet de Jean-Michel Salaun à propos de Cloud Computing)

Journées ABES : Folksonomies

1h30 de présentation sur le thème des "Folksonomies et de l'indexation sociale", dans le cadre des journées ABES. A voir les réactions de la salle et les questions pendant la session et à la sortie, le message est apparemment bien passé (probablement lié au temps de la présentation : avoir devant soi un créneau d'une heure trente permet d'être plus pédagogue que sur les habituelles interventions formatées de 20 minutes devant un public qui pour l'essentiel "découvre" la question).
Le diaporama est en ligne et téléchargeable sur mon espace slideshare. Si vous avez des questions et/ou des commentaires dont vous n'avez pas pu me faire part après la session, les commentaires du billet sont ouverts :-)


Et maintenant, retour au bercail : 8 heures de train en perspective ... Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la cause folksonomique ;-)

Live blogging from Montpellier (Journées ABES)

(Ante-Scriptum : je vous fais un billet sans liens, vu que la connexion de l'amphi est assez capricieuse.)
(Ante-Scriptum 2 : attention : billet à haute teneur condensée en bibliothéconomie. Allergiques et non-professionnels de la profession s'abstenir)

J'arrive donc au Palais des congrès de Montpellier après 8 heures de train. Chouette. Au programme : les journées ABES (agence bibliographique de l'enseignement supérieur). Sauf que manque de bol et réseau ferré oblige, j'ai raté les deux interventions qui promettaient d'être les plus stimulantes : la conférence inaugurale de Lorcan Dempsey (OCLC) sur la nécessité de "penser  les ressources de la bibliothèque à l'échelle du web" et celle de Catherine Groult (JISC) sur le rôle de cet organisme dans la structuration de l'IST au Royaume-Uni.
J'espère que l'ABES aura prévu de mettre des actes en ligne. Me voici donc confortablement calé pour écouter Raymond Bérard (Directeur de l'ABES) nous parler pendant 2 heures du nouveau "projet" pour l'ABES : restructuration, résultat d'un audit, et redéfinition d'une nouvelle démarche projet pour l'ABES. Hosanna. Joie. Plus sérieusement (mais cela doit intéresser 3 lecteurs de ce blog), le rôle et le positionnement de ces différents organismes est essentiel à la mise en oeuvre d'un politique globale de l'IST. Le modèle en la matière est (selon moi) à chercher du côté du JISC, qui concentre les pouvoirs et les attributions d'une petite dizaine d'organismes français. Du coup, bizarrement, certaines choses vont plus vite au Royaume-Uni qu'en France ...
De l'intervention de Raymond Bérard je retiens :

  • Sudoc en 2007 : 40 millions de requêtes (tous publics confondus : professionnels et étudiants). A titre indicatif : Google représente 2,7 milliards de requêtes en France pour le 4ème trimestre 2007.
  • Il faut travailler sur le "type" des documents dans le SUDOC (manuscrits sont à part dans CALAMES, les ressources pédagogiques n'y sont pas, etc ...)
  • Le SUDOC doit-il rester franco-français ou s'élargir, au pays du Maghreb par exemple ? (ben ... s'élargir non ?)
  • La loi LRU pose des questions sur l'organisation du réseau.
  • Abes et Worldcat : l'OCLC (qui vient de racheter PICA) est donc le partenaire de l'ABES.
  • bientôt (quand ?) un - unique - portail bibliographique des thèses, pour l'instant dispersées dans le Sudoc, dans le Fichier central des thèses de Paris X ...
  • Archivage pérenne : ABES n'en fera pas. Laisse ça au CINES, à la BNF pour la culture et à la Direction des archives de France
  • Mettre le Sudoc sur Worldcat (à trancher, cf ma dernière remarque dans ce billet)

Suite de la journée :

  • Il va y avoir une nouvelle interface pour l'accès public au Sudoc, avec des possibilités de personnalisation (habillage de la page d'accueil), et ... des fils RSS ! Hourra et Hosanna.
  • et aussi d'autres fonctionnalités intéressantes comme "l'affichage par lot" qui permettra de regrouper et de visualiser les résultats d'une recherche en fonction de la langue, du type de document, etc.

Pour le reste de la journée, beaucoup de questions et de tensions autour du thème de "l'ouverture des catalogues". Les crispations (dont certaines sont légitimes ... mais pas toutes ...) restent très fortes. C'est là une composante élémentaire de la psychologie du bibliothécaire. Il ne faudrait pas que par manque de formation, ou du fait d'une mauvaise prise en compte par les pouvoirs publics des enjeux de cette ouverture, il ne faudrait pas que ces crispations se transforment en revendication.

(bon d'accord, c'est pas vraiment du Live blogging vu que tout cela s'est dit hier mais la batterie de mon mac avait rendu l'âme.)

Symptome ou maladie ?

Message récupéré sur une liste de diffusion professionnelle de bibliothécaires (pas biblio-fr, une autre, à l'étranger). Le message est un peu long mais il mérite une lecture attentive tant il exemplifie le malaise et/ou le décalage d'une (partie) de la profession des bibliothécaires. Mes commentaires (à chaud, donc un peu sarcastiques et navrés ...) sont insérés en gras et en rouge.

  • "J'ai constaté depuis quelques mois que je recevais de plus en plus de mails voire d'appels téléphoniques de gens qui avaient trouvé la référence de documents figurant dans le catalogue de notre bibliothèque. Serait-ce une mauvaise chose ?? Certains souhaitaient pouvoir emprunter ces documents, d'autres étaient des auteurs demandant qui une correction dans la notice, qui proposant l'acquisition de leur dernière publication... D'autres encore étaient des journalistes, des formateurs, etc. Bigre ! Horreur ! Du public ! Des usagers !!!
    Une collègue m'a informé - d'où l'urgence absolue de la formation des bibliothécaires pour éviter le syndrôme de la formation par "on-dit" - qu'on pouvait très facilement chercher un ouvrage directement sur Google, en "recherche simple", et que les réponses incluaient des catalogues de bibliothèques possédant l'ouvrage (affichage de la notice). J'ai testé l'opération avec qques ouvrages que nous avons au catalogue, et j'ai effectivement eu des réponses incluant la notice de mon catalogue, ce qui je trouve fâcheux... - vous noterez le possessif "mon" devant catalogue ... plus sérieusement, l'ouverture des catalogues (ne parle-t-on pas d'"OPAC", open PUBLIC access catalogue") est une problématique clé sont trop peu de bibliothèques se sont saisies avant que les grands indexeurs ne la rendent opératoire, emportant avec eux l'adhésion du public, tant cette ouverture des données correspond à un besoin et à une attente.
    Quelques dangers de cette situation (et il y en a sûrement d'autres auxquels je n'ai pas pensé) la paranoïa est une composante élémentaire de la psychologie du bibliothécaire :
    - Être submergé de requêtes ben oui, déjà qu'on va voir arriver de nouveaux usagers, si en plus ils ont des questions ...
    - Être harcelé par divers demandeurs inistants (sic) car c'est bien connu l'usager-demandeur est insistant, et en bibliothèque, insister, c'est du harcèlement
    - Le catalogue étant "transparent", les auteurs de vols tels que celui dont nous avions été victimes il y a quelques années trouveront d'autant plus facilement ce qu'ils cherchent, si les ouvrages sont en
    libre-accès, s'ils sont empruntés. Autre genre de vol pouvant se dérouler: les ouvrages en libre-accès qui sont épuisés en librairie et chez l'éditeur, difficiles à trouver, même sur Internet: on viendra nous les voler en biblilothèque, surtout dans celles non équipées de systèmes anti-vol
    comme la nôtre. Ne pourrait-on pas imaginer que l'usager-harceleur ne vienne simplement les lire ??
    Vous pouvez faire le test suivant: vous tappez sur Google (en recherche simple) "site:" immédiatement suivi par l'adresse de votre catalogue, sans le "http://www", et sans saisir d'espaces. De cette manière, Google fera une recherche sur ce qu'il possède de votre base
    de données dans sa propre base de données. Il affichera ce qu'il a trouvé comme nombre de notices dans votre catalogue. Ce chiffre sera faux, mais en général supérieur à très supérieur au nombre réel de notices que vous avez. Cela indique toutes les personnes qui ont obtenu des réponses à leur recherche incluant une notice de votre catalogue, les notices ayant été enregistrées à plusieurs reprises dans la "base de données planétaire" de Google.
    Est-ce que vous avez déjà été confrontés à cette situation ? Comment y répondez-vous, comment y faites-vous face ? Avez-vous eu des problèmes ? Prêtez-vous des documents à des lecteurs venant "d'ailleurs" et qui vous demandent par mail un prêt ? Ami lecteur qui vien d'ailleurs, retournes-y.
    Vos institutions qui le souhaitent ont-t-elles trouvé des mesures pour "protéger" leur catalogue de l'indexation que Google en fait, même si l'on n'a pas passé d'accord avec le moteur de recherche ? Où l'on retrouve exemplifiée la maxime : "leur thésaurus (aux moteurs de recherche) est un thesaurus" (plus d'info par ici). De fait, il suffit aux robots de Google d'accéder à une notice, pour, par le biais des fichiers liés et des hyperliens, arriver à "pomper", à récupérer et indexer une bonne partie d'un catalogue.
    "

Alors ? Symptome d'une profession qui ne maîtrise plus la logique d'accès et de service qui fait pourtant son coeur de métier ? Simple angoisse crispée et paranoïaque due à une méconnaissance profonde des enjeux ? Le message d'un seul ne saurait avoir valeur d'exemple pour l'ensemble d'une profession, mais comme je m'en suis fait l'écho à de nombreuses reprises, ma pratique de formateur (dans le monde des bibliothèques et de la documentation) m'incline à penser que la fracture numérique se creuse. Que faute d'être formés aux outils, les professionnels des bibliothèques s'avèrent incapables de les penser en dehors des cadres et shémas préétablis d'une logique bibliothéconomique inflexible et datée, à l'heure de la refonte planétaire d'une bibliothéconomie de masse. Et que laisser perdurer cette incompréhension, c'est le plus mauvais service à rendre à une profession qui si elle n'investit pas massivement le transformation en cours, ne verra jamais se réaliser son rêve d'archithèque et laissera dériver ses usagers autarcithécaires.

Après Zazie, voici bibliothèque dans le métro.

(suite de l'épisode 1)
Toujours envoyé par Marion, étudiants à l'IUT de La Roche sur Yon et actuellement en stage à Madrid.
Avec son commentaire : "Les bibliothécaires contre-attaquent"
Bibliometro1 Bibliometro2_2

Boston public library sur FlickR

Après la Library of Congress, c'est au tour de la Boston Public Library d'ouvrir son compte FlickR. On y trouve cette fois des collections de photographies mais aussi des collections de cartes postales, des affiches, ainsi qu'une hallucinante collection de Fore-Edge Paintings (des peintures réalisées sur la tranche feuilletable des livres).
Le début d'une heureuse épidémie (allô le service expositions de la BnF ?), et la confirmation du mouvement de balancier entre monde réel et services virtuels.
(Via HangingTogether)

Carte des salons du livre en France

Je reprends ici une info noyée dans la masse d'un précédent billet. Il s'agit d'une carte des salons du livre en France. La carte compte aujourd'hui 78 salons recensés. Pour découvrir en détail la génèse de cette carte et les possibilités de collaboration et d'amélioration, tout est indiqué sur le site du département Infocom de La Roche sur Yon.


Merci à Bibliofrance, LaFeuille et Irène Delse de s'en être fait l'écho. A votre tour, ne vous privez pas de faire un peu de pub à cette carte, en mentionnant le lien vers le site des étudiants à l'origine de cette carte, cela leur fera plaisir :-)

P.S. : vous pouvez profiter des commentaires pour me suggérer d'autres TPs à réaliser avec mes étudiants de l'année prochaine (les cours de recherche documentaire avec la promo actuelle étant terminés) :-)

Pub de bib

La bibliothèque du congrès annonce qu'elle se lance dans une campagne de publicité. Les affiches (1, 2, 3) seront disposées dans le metro. Le coût de cette campagne est entièrement pris en charge par des fonds privés.
Où l'on observe un intéressant mouvement de balancier visant à externaliser les ressources de la bibliothèque sur les sites fréquentés par les usagers (projet FlickR de la LoC), ET à aller chercher les usagers là où ils sont (métro) pour les ramener dans la bibliothèque.

Métiers multimédia du livre.

J'enseigne (principalement) dans un IUT. Une formation professionnalisante en 2 ans. Dans cet IUT j'enseigne (uniquement) dans le département Information et communication. Dans ce département il y a deux options : "communication des organisations" et "métiers du livre". J'assure pour cette dernière option différents enseignements (décrits sur mon "blog du cours").
Au moment ou les étudiants de seconde année vont nous quitter pour rejoindre leur lieu de stage, en sus des enseignements "traditionnels" liés aux métiers du livre (documentation, bibliothéconomie, indexation et catalogage ...), ils ont également réalisé :

Et je ne parle là que des cours que j'assume ou auxquels je participe directement. Comme le montrent les exemples choisis ci-dessus, toutes ces réalisations "techniques" ont un lien naturel, évident et - j'espère -  fécond avec l'option qu'ils ont choisi (métiers du livre donc). La plupart de ces étudiants (une bonne moitié si l'on regarde les statistiques des dernières années et les stages qu'ils ont choisi cette année) travailleront demain dans des bibliothèques. Ils ne sont pas informaticiens, mais aujourd'hui ils connaissent les outils, aujourd'hui ils ont appris à découvrir la simplicité (relative) de leur mise en oeuvre. Aujourd'hui ils connaissent les possibilités. Aujourd'hui ils ont découvert (quelques-uns) de leurs usages. Demain ils pourront dialoguer ou se battre pour leur mise en oeuvre. Tout cela pour indiquer :

  • que vous devriez vous empresser de les embaucher en CDI parce qu'ils sont au top :-)
  • que je crois profondément à l'hybridation technique incontournable et nécessaire qui est dès aujourd'hui, le salut professionnel des métiers du livre.
  • que le "M" de "Métiers du livre" ne vaut plus grand chose s'il ne se conjugue pas avec le "M" de "Multimédia".
  • que ces étudiants sont prêts à déployer ces compétences.
  • que la majorité d'entre eux a compris l'urgence de leur mise en oeuvre.

Tout cela pour déplorer que la formation professionnelle et la formation continue des professionnels du livre (en bibliothèque principalement) laisse encore si peu de place à ces espaces d'hybridation ou les considère comme parfaitement inessentiels. Tout cela pour rappeler que "Le risque de se livrer à l'inessentiel est lui-même essentiel." (Maurice Blanchot).
Bon stage à tous et toutes. 

E-Books comparés, e-books à maturité

Le site Couperin (consortium d'achat pour les bibliothèques) vient de mettre en ligne un comparateur permettant de mettre en balance les différents agrégateurs (= fournisseurs) auprès desquels les bibliothèques font habituellement leur marché.
Les critères de comparaison sont les suivants : Présentation de l'éditeur, Durée du contrat, Modalités d'accès, Fonctionnalités des plateformes, Modalités d'acquisition, Statistiques d'usage, Assistance technique aux utilisateurs, Formations proposées aux utilisateurs, Marketing de l'éditeur, Possibilités de tests, Stratégie de l'éditeur.
<Update> Voir aussi en commentaire ce wiki permettant de comparer les liseuses (e-readers) </Update>
Pendant ce temps, François Bon via la plateforme Publie.net propose (grâce à un partenariat avec la BPI) la lecture intégrale des textes sur accès réservé et annonce l'ouverture du dispositif aux bibliothèques et universités qui le souhaitent. On les espère nombreuses.
Inexorablement, et c'est tant mieux, les derniers tabous de la lecture numérique sont en train de tomber : les modèles économiques s'affinent, les stratégies ne sont plus timorées ou le simple décalque de celles applicables au marché papier, les usages sont de plus en plus mûrs, les usagers de plus en plus en demande. Une maturité des usages qui traduit la fin de l'effet de mode : Mark Nelson dans le numéro de Mars/Avril 2008 d'Educause publie d'ailleurs un article à ce sujet. En s'appuyant sur un certain nombre d'étude statistiques, Mark Nelson se lance dans un exercice de prospective à 5 ans. Dans 5 ans :

  • "today’s K–12 students will be showing up at colleges and universities with substantively different cultural attitudes towards e-books than today’s students.
  • A commercially viable e-reader will be on the market.
  • New learning technologies are nearing the tipping point of maturity.
  • Standards for e-books are emerging.
  • IP issues will be mostly resolved either through technology (DRM) or business models."

Mark R. Nelson, “E-Books in Higher Education: Nearing the End of the Era of Hype?” ECAR Research Bulletin, vol. 2008, issue 1 (January 8, 2008)

Lahary superstar

(et puisse-t-il me pardonner la familiarité de mon titre)
Dominique Lahary est passé maître dans l'art de la présentation powerpoint. Sa dernière en date n'échappe pas à la règle. Elle s'intitule "Bibliothécaire en prospective" (.pdf) et elle est une photographie exacte, pertinente, drôle et dynamisante (dynamitante ?) des angoisses "du" métier.
Je ne vous en livre que l'une des dernières diapos, qui vient conclure la "fable de la sauterelle et du crapaud" :

  • "soyons dans le champ de vision des décideurs, soyons, à leurs yeux, quelque chose qui bouge dans leur paysage. Ainsi nous obtiendrons des moyens parce que nous ferons partie de leur stratégie."

A méditer, comme l'ensemble des points évoqués dans son diaporama. J'en connais d'ailleurs quelques-uns qui appliquent ce principe à la lettre et qui, s'ils continuent de bouger autant, vont rapidement se retrouver multi-millionnaires ;-)

(Via le site de l'ABF)

Zone de résistance

(Disclaimer : ceci n'est pas un poisson d'avril, de toute façon, moi les blagues, je suis contre)

La bibliothèque est une zone de résistance. Dans les deux sens du terme.
Historiquement tout d'abord, la bibliothèque publique, moderne, est une zone de résistance au sens noble du terme. Elle est le lieu permettant à chacun de se forger suffisamment d'esprit critique pour être ensuite capable, si nécessaire, d'entrer en résistance contre les totalitarismes de la pensée, totalitarismes qui en annoncent souvent d'autres. Mais aujourd'hui, et bien plus prosaïquement tristement, la bibliothèque est certaines bibliothèques sont aussi une zone de résistance dans la mauvais sens du terme. Zone de résistance au changement. Résistance au changement institutionnel. Institution de la résistance au changement. Résistance au changement du côté technologique (cf le billet hallucinant mais hélas encore très réaliste d'Hubert), et résistance au changement d'image (ou comment la CGT se prend les pieds dans le tapis bibliothéconomique).
Bref, heureusement que l'on sait qu'il est de plus en plus de bibliothèques gauloises qui résistent à la résistance au changement, mais à lire les deux billets sous les liens, on se dit que, pour certaines, la route sera encore longue ...

Poisson d'avril.

Halalalalalalala. Et moi qui me faisait un malin plaisir à répéter que hophophop, pas de poisson d'avril qui sitôt publié ne serait identifié comme tel, trop facile, on a l'habitude en ce 1er Avril de voir fleurir chez les sociétés les plus prestigieuses différents poissons plus ou moins crédibles, plus ou moins travaillés. Et pourtant. Pourtant je me suis fait avoir. Comme un bleu. Faut dire aussi que ledit poisson d'Avril avait été lancé bien avant le premier Avril (pas très fair-play ... si tout le monde se met à fêter le premier Avril le 12 Mars, ça va devenir compliqué de démêler le vrai du faux). Bref, le poisson d'Avril en question c'est l'installation d'une console Wii à la BU d'Angers, information promptement relayée ici-même avec tout l'enthousiasme qui sied à une telle annonce. Ben oui, sauf que ... c'était pour rire. Pour le reste et les questions ouvertes qu'aura permis de poser cette annonce, le mieux est d'aller lire le billet de Daniel Bourrion.
"Bravo les gars donc", dit-il piteusement, "jurant mais un peu tard ..."

Persee 2.

Après Gallica 2, voici venu Persée 2, nouvelle version du portail de revues en sciences humaines dévoilée lors du salon du livre. Comme tout ce qui se termine par 2, dans Persée 2 il y a 2 fois plus de jolies couleurs, 2 fois plus de fonctionnalités "sociales", et surtout 2 fois plus de fonds documentaires annoncés mais ... mais ... mais après mes premiers tests, le nouveau fonds "travaux de recherche" reste désespérément vide ... dommage ...

(Via Homo Numericus)

Y'a d'la Wii dans la BU

Un affrontement sur la Wii avec le bibliothécaire de service en cas de pénalité liée au retard ou à l'endommagement d'un livre emprunté dans une BU (bibliothèque universitaire). Une vraie campagne de communication. C'est à Angers que cela se passe. Et ces gens là ont tout compris en redéfinissant de la sorte la notion de service et d'accueil dans la bibliothèque. C'est dans le coeur de métier des bibliothèques que réside actuellement tout le danger et les risques liés aux mutations en cours dans la chaîne du livre. Redéfinir la périphérie des services est l'une des meilleures solutions pour sauver ce même coeur de métier.
Il y a urgence.

Bibliosphère dans la (net)vibe.

Repéré par JMS et effectivement incontournable. Attention tout de même, c'est vraiment un truc d'obsédé.

Salon du livre 2008 : Louez des livres pour une heure ...

Scoop n°1 ...
Nous sommes à quelques heures de l'ouverture du Salon du livre, un salon qui au-delà des polémiques de rigueur, devrait permettre d'avancer sur plusieurs points liés au livre, au numérique, au livre numérique ... et à leurs usages. Parmi ces points, la fameuse offre légale d'ouvrages sous droits, promise dans le cadre d'Europeana. La société Numilog (l'un des agrégateurs partie prenante de l'offre précédente), vient de lancer un dispositif de feuilletage en ligne (Numilog-reader) permettant l'accès partiel à des ouvrages sous droits avec la possibilité d'y rechercher en "plein-texte", exactement à la manière de ce que propose Google Book Search donc, mais avec en plus un système de location des ouvrages (sous droits et récents) à l'unité. Le communiqué de presse en date du 12 Mars (Téléchargement CP-Numilog.pdf) précise que :

  • "Les extraits consultables peuvent représenter, selon les éditeurs, jusqu'à 50 % de l'ouvrage."
  • "Au-delà du feuilletage gratuit, les internautes pourront consulter le livre en ligne pendant de courtes durées d'une heure ou de vingt-quatre heures. Les premiers prix pour cette location seront respectivement de 1 € de l'heure et de 2,5 € des 24 heures." Le dit service est baptisé "Books on demand".
  • "33 éditeurs ont ainsi choisi Numilog comme e-distributeur"

Seule inconnue à l'heure où j'écris ces lignes, le nombre d'ouvrages qui sera effectivement accessible.
Ce dispositif de feuilletage est d'ores et déjà disponible dans la version 2 de Gallica (voir un exemple concret ici). Toujours selon le même communiqué de presse :

  • "Les fonctionnalités de feuilletage et de location (...) seront proposées à la fois dans le cadre de Gallica 2 et sur tout le site de Numilog. Lorsque l'internaute sera un visiteur de Gallica 2, des liens lui seront proposés non seulement vers la librairie Numilog, mais également vers les sites d'autres librairies en ligne (...) afin soit d'acheter et de télécharger la version "ebook" à des formats variés (PDF, PRC) sur ces librairies partenaires, soit d'acheter la version imprimée quand elle est disponible."
  • et last but not least : "La démarche du projet Gallica 2, que partage Numilog, est en effet d'associer tous les libraires qui le souhaitent à ce nouveau canal de promotion et de vente des livres."

Au-delà des lignes d'affrontement que ne manquera pas de faire (re)naître ce communiqué, c'est, me semble-t-il, la première alternative crédible à GoogleBook Search, qui prend - enfin - en compte des usages partout avérés, ce qui n'est déjà pas si mal ... Pour autant, elle doit encore prouver qu'elle sera une alternative efficace :

  • inconnue sur le nombre de titres disponibles ou à tout le moins la "volumétrie" visée,
  • inconnue sur la "ligne éditoriale" d'une telle entreprise, même si à la lecture des noms des 33 éditeurs engagés, la littérature académique et les manuels universitaires y occuperont certainement une grande place,
  • inconnue sur l'adhésion ou le refus des libraires et des autres éditeurs,
  • efficacité également à confirmer sur l'accès aux dits ouvrages via le moteur de recherche de Gallica.

(Source : communiqué de Numilog arrivé dans ma boîte mail // Temps de rédaction de ce billet incluant quelques petits tests sur les sites mentionnés : 2 heures)

Disséminer ou périr.

En novembre 2007 s'est tenu à l'université de Berkeley un séminaire intitulé "L'université comme éditeur". Les actes ne sont malheureusement pas (encore) disponibles mais un document de compte-rendu (.pdf) rappelle quelques conclusions importantes de ce séminaire :

  • "il faut distinguer la dissémination informelle de la publication formalisée."
  • "il faut s'inscrire au plus près des disciplines pour proposer des modèles de publication et de dissémination différents."
  • "il faut accorder une reconnaissance aux diverses formes de dissémination qui émergent dans l'université et proposer un large spectre de formes alternatives de publication, de modèle d'affaire, et de revue par les pairs."

Sur ce dernier point (à mon avis essentiel), Ghislaine Chartron dans son article "Une économie renouvelée de la publication scientifique"** indiquait déjà que "Les évolutions de la publication scientifique concernent également un ensemble de pratiques innovantes portées directement par les usagers, par exemple les nouvelles revues, les archives, les bloc-notes de chercheurs. Cette innovation ascendante ne peut plus être ignorée dans les transformations en cours".
Outre les bloc-notes (blogs) de chercheurs et d'enseignants et les archives institutionnelles, le séminaire de Berkeley ajoute la diffusion de cours et de conférences sous forme de podcast parmi les actions essentielles de dissémination.
Le paysage (complexe) qui se dessine est donc le suivant : à l'adage toujours applicable aux chercheurs du "Publish or Perish", correspond désormais pour leurs structures de rattachement un adage semblable : "Disséminer ou périr". Un tableau qui ne fonctionne pas en opposition mais en hybridation : si de nombreuses universités (via leurs "presses" notamment) prenaient déjà en charge nombre d'actions de publication, de plus en plus de chercheurs sont aujourd'hui les éléments moteurs d'opérations de dissémination.  Dans un cas (dissémination) comme dans l'autre (publication), le succès de l'un (université ou chercheur) dépend : de la bonne volonté, des compétences affirmées ou construites et de la détermination "politique" de l'autre (chercheur ou université). Or c'est précisément cette logique d'hybridation réciproque qui est complexe à mettre en place. Un juste dosage entre une politique de formation volontariste et des mesures incitatives (obligation de dépôt) devraient permettre d'y arriver.

Ce séminaire s'inscrit dans un projet d'envergure du Center for Studies in Higher Education et de la fondation Andrew Mellon, projet qui vise à proposer (notamment) une typologie des modes actuels de publication et d'évaluation. Divers autres documents complémentaires sur ce projet sont disponibles (.pdf) : "planning proposal",  "final report" et nouveau "project proposal"


**
Ghislaine Chartron, "Une économie renouvelée de la publication scientifique" in Perspective documentaire en éducation 62:21-29, (2006-09-01), en ligne.

(Source : Prosper // Temps de rédaction de ce billet : 40 minutes)

Open Access (liens en vrac ...)

Plein de choses à blogguer en attente depuis longtemps ... attendez-vous donc à quelques billets sous forme de "revue de liens". Commençons par l'Open Access :

  • un ouvrage vient de paraître : Developping Open Access Journals : A Practical Guide. L'ouvrage n'est pas en Open Access mais la table des matières est disponible (.pdf) ainsi qu'une page de liens basiques mais incontournables sur le sujet
  • pendant ce temps, à l'université d'Harvard, on se prépare à voter une mesure permettant à l'université de "distribute their scholarship online, instead of signing exclusive agreements with scholarly journals that often have tiny readerships and high subscription costs." Le résultat du vote ne sera connu que demain (update sur ce billet à prévoir donc) mais le simple fait qu'une institution universitaire se prépare à franchir ce cap est très significatif du bouleversement irrémédiable qui est en train de toucher le secteur de l'édition scientifique (via le NYTimes - traduction disponible chez Hervé Bienvault - et le Chronicle). Les textes ainsi mis à disposition le seraient sur l'archive institutionnelle de l'établissement. De leur côté, les auteurs des articles garderont la totalité de leurs droits et auront naturellement la possibilité de soumettre leur article aux revues de leurs choix, y compris des revues payantes. Ce qui me semble particulièrement intéressant dans cette nouvelle, au-delà même de la portée symbolique d'un tel engagement en provenance d'une université aussi prestigieuse qu'Harvard, c'est - comme le souligne l'article du NYTimes - la mise en place d'une procédure systématique d'opt-out institutionnelle, pilotée par la bibliothèque universitaire. Soit deux règles d'or : l'opt-out tout d'abord, seule procédure apte à donner au mouvement Open Access la capacité d'atteindre un seuil critique qui obligera les éditeurs (payants) à revoir radicalement leurs politiques tarifaires, le pilotage de la BU ensuite, car d'eux-mêmes les chercheurs - pour des raisons sur lesquelles il serait trop long de s'attarder - ne prendront jamais en charge à eux seuls cette possibilité pourtant réelle d'émancipation.
  • pour rester sur le créneau des nouveaux modèles éditoriaux, notamment induits par le mouvement de l'Open Access, cet article de George Siemens, "Scholarship in an age of participation", décrit et modélise en détail ce que devrait être la publication académique "ouverte et participative" autour de 6 principes fondamentaux : "1. Two-fold model: peer-reviewed and informal commons / 2.Open reviews / 3.Meta-Reviews / 4.Discussion / 5.Annotation / 6.Journal as community". Il propose également une très intéressante modélisation du circuit de publication à l'aune de ces principes.
  • Journal (cliquez pour agrandir)
  • Pendant ce temps, d'autres jeunes mais talentueux (et "reconnus") universitaires, à  l'image de leurs glorieux aînés, appelent clairement à boycotter les "lock-down academic journals", c'est à dire les journaux n'autorisant pas (ou alors après un délai excessivement long) la mise en libre accès des articles qu'ils publient. L'universitaire en question est Danah Boyd (grande prêtresse des réseaux sociaux), et le glorieux aîné est Lawrence Lessig (professeur de Droit à Stanford, et à l'origine - avec d'autres - des licences Creative Commons) qui avait lancé un appel similaire en Mars ... 2005.
  • Pendant ce temps ... l'association européenne des universités (représentant, tout de même, 791 universités dans 46 pays) vient d'entériner une recommandation pour une obligation d'auto-archivage : en clair il faut imposer aux chercheurs de déposer leurs articles, TOUS leurs articles, dans l'archive institutionnelle de l'université (et donc il faut aussi imposer à toutes les unviersités de disposer d'une archive institutionnelle ...). Le seul "embargo" possible portant sur la date à laquelle l'article sera effectivement consultable gratuitement sur ladite archive, mais sans accepter d'embargo (des éditeurs) sur la date du dépôt. Cette approche a un avantage principal : elle permet d'indexer et de rendre disponible rapidement au moins les métadonnées de l'article. Le texte intégral de la recommandation est à lire chez Stevan Harnad himself. Cette recommandation insiste en particulier sur l'intérêt de cette approche pour le leadership des universités, un argument réel, admis par tout le monde y compris par certains détracteurs de l'Open Access, mais un argument qui laisse étrangement insensible les (quelques) décideurs et autres présidents d'université (ou vice-présidents) que j'ai eu l'occasion de rencontrer. C'est dommage, pour ne pas dire consternant, que l'institution universitaire (particulièrement en France) mette tant de temps à comprendre que la logique qui prévaut aujourd'hui dans l'ensemble des réseaux (y compris de recherche) est conditionnée, AVANT TOUT, à des logiques d'accès et de visibilité, et que l'Open Access est une formidable occasion de maîtriser et de garder le contrôle sur ce processus de mise en visibilité des résultats de la recherche. (Via OpenAccessInist)
  • Sur le même sujet, le projet Driver vient de mettre en ligne 3 ouvrages portant, pour le premier, sur un inventaire des archives en Europe, pour le deuxième sur les problématiques liées à la création, au développement et à la viabilité des réservoirs numériques, et pour le troisième sur les normes, standards et protocoles existants dans le domaine (Via Inist).
  • Pendant ce temps ... les Presses Universitaires de Cambridge publient un ouvrage intitulé Against Intellectual Monopoly. Les auteurs (deux économistes) démontrent qu'à l'inverse de l'idée habituellement admise selon laquelle le "copyright" serait nécessaire pour préserver l'innovation, il s'agit en fait davantage d'un monopole intellectuel gouvernemental qui "constitue un frein à l'innovation, à la croissance, à la prospérité et à la liberté." Bref des trucs que même Joe le Taxi Jacques Attali n'aurait pas osé écrire :-) L'ouvrage est disponible intégralement et dès maintenant en libre accès. La version papier sortira en Juillet 2008. (Via DigitalKoans)
  • Sur le même sujet mais adoptant un point de vue (beaucoup) plus large et englobant, le dernier ouvrage de Lawrence Lessig (dont on parlait plus haut) s'intitule "The Future of Ideas" est disponible en ligne, sous licence creative commons, à l'image de ses deux ouvrages précédents dont l'incontournable FreeCulture (via Pintini).

Bon ben voilà. Si après tout cela vous n'êtes pas convaincus de l'intérêt de l'Open Access, j'entre officiellement en dépression. Plus sérieusement, ce mouvement de grande amplitude (qui semble donc récemment boosté par quelques-unes des belles initiatives listées dans ce billet) va permettre, sous peu de disposer d'un fantastique réservoir planétaire interopérable de ressources documentaires scientifiques. Même les plus puissants moissonneurs ne suffiront probablement pas pour en extraire la substantifique moelle (en un temps plus court que celui de la vie d'un chercheur lambda s'entend). Attendons-nous donc de ce côté-là à voir un très probable regain d'intérêt et de développements applicatifs du côté des moteurs de recherche et des outils et interfaces de visualisation, comme en témoigne le projet annoncé d'Intute d'un moteur permettant dans un premier temps de fouiller toutes les archives institutionnelles du Royaume-Uni, et dans un second temps d'y appliquer des logiques de dédoublonnage (en deça desquelles se profilent par ailleurs des problèmes de "versioning" qui vont devenir extrêmement complexes et stimulants) et d'agrégation sémantique (clusterisation notamment).
Voilà voilà ... à la louche vous en avez pour un petit millier de pages de lecture. Bonnes vacances ;-)

Escadron 2.0 pour les bibliothèques

Prenez toute la fine fleur des pionniers du web 2.0 pour le monde des bibliothèques en France. Prenez ensuite la fine fleur des écoles de formation des mêmes bibliothécaires. Remuez le tout et vous obtiendrez :

  • une journée de stage sur "Les bibliothèques ont-elles besoin du web 2.0 ? Des outils au service des usagers" à l'ENSSIB
  • une bonne grosse centaine de diapositives éclairantes
  • et surtout, surtout, d'excellentes raisons pour passer votre bibliothèque en mode 2.0 ... vite.

(Via Thomas Chaimbault qui liste dans son billet tous les diaporamas)

<Update de quelques jours plus tard>
Un article de référence sur la mise en place d'une culture de la participation et du collaboratoire dans les bibliothèques  :
    Lankes, R. D., Silverstein, J. L., Nicholson, S., & Marshall, T. (2007).     "Participatory Networks: The Library as Conversation" Information     Research, 12(4) paper colis05. [Available at http://InformationR.net/ir/12-4/colis05.html]
</Update>

Million books Baby

L'université du Michigan vient de fêter son millionnième livre numérisé (dans le cadre du programme Google Book Search). Elle a pour l'occasion :

C'est incontestablement un jalon historique dans la grande histoire de la numérisation, histoire pour laquelle Nicolas Morin rappelle l'argumentaire massu de Google : "Getting things done". Comme le rapelle par ailleurs Paul Courant, ce n'est là qu'une étape et il reste 9 ans pour atteindre l'objectif de 7,5 millions d'ouvrages numérisés, avec toute l'organisation bibliothéconomique que cela réclame.
Du côté de l'héxagone, on attend impatiemment le prochain salon du livre pour en (sa)voir un peu plus sur Gallica 2 qui - rappelons-le - présentera aussi bien des ouvrages libres de droits, que des ouvrages sous droits, en partenariat avec les éditeurs. Dans une récente entrevue au journal Libération, Bruno Racine revient sur ce projet dont je vous parlais déjà ici. Le même Bruno Racine donne également dans la rupture décomplexée et radicale avec son prédécesseur Jean-Noel Jeaneney : après avoir, pour ce dernier (Jean-Noel), tenté de mettre en ordre de bataille les bataillons bibliothéconomiques européens face à la déferlante de l'artillerie lourde Googléenne, le ton du premier (Bruno) se veut résolument plus pragmatique et court-termiste :

  • "Selon moi, il n’y a pas de guerre de religion dans ce domaine. (...) En ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention de faire la leçon aux bibliothèques qui ont signé avec Google. La force du modèle américain est de savoir faire converger par moments l’intérêt privé avec l’intérêt public. Notre objectif doit être de faire converger ces programmes distincts." Y'à qu'à demander.

Dans le même entretien, Bruno Racine rappelle que la décision de la BM de Lyon pour la numérisation de 500 000 ouvrages anciens est imminente et pourrait inaugurer le premier partenariat Français avec Google Books. Là encore, mon petit doigt me dit que le Salon du Livre 2008 devrait être riche en effets d'annonces ...
Dans ce paysage agité, on notera avec attention que de plus en plus de bibliothèques étrangères, à l'image d'un pragmatisme initié par la British Library, signent parallèlement avec les deux principaux acteurs de cette course aux contenus : ainsi l'université de Columbia, après avoir signé en Décembre 2007 avec Google, vient de signer avec Microsoft dans le cadre de l'Open Content Alliance. Le communiqué ne donne pour l'instant aucun chiffre sur le nombre d'ouvrages concernés. On sait seulement qu'il s'agira d'ouvrages libres de droits et que :

  • "Microsoft will digitize selected portions of the Libraries’ great collections of American history, literature, and humanities works, with the specific areas to be decided mutually by Microsoft and Columbia during the early phase of the project."

Le point que je grasseye n'est pas anodin : ce n'est certes pas la première fois que les grands moteurs-numérisateurs s'intéressent, en tant que prestataires, aux collections qu'ils numériseront ("leur contenu, leur caractère encyclopédique et multilingue, leur état" ...). Mais si cette démarche se systématise et si elle dépasse la simple prise de renseignements techniques nécessaires à la prestation, bref si les moteurs-numérisateurs se font également désormais les agents zélés de la force bibliothéconomique présidant au choix des collections et ouvrages à numériser ... que restera-t-il aux bibliothécaires à part peut être à inventer une nouvelle forme de sérendipité bibliothéconomique, la prescription aléatoire :-(
Enfin, sur ces questions je vous renvoie à l'intéressante table-ronde sur "Les perspectives de l'édition face à la numérisation" (.pdf) du colloque "Pour une nouvelle dynamique de la chaîne du livre", organisé en Octobre 2007 par la SGDL.

BiblioGame

Alors là vraiment je suis content. Parce que je ne sais pas si vous avez remarqué mais le monde des bibliothèques sort de plus en plus fréquemment des clous institutionnels qui ont longtemps pesé sur lui comme une gangue. Voilà déjà quelques temps que le bibliothécaire est devenu le chantre de l'auto-dérision via un jubilatoire guide du bibliothécais sans peine. Qu'il nous a initié aux arcanes bibliothéconomiques avec un subtil et nécessaire décalage, qu'il a publié le calendrier 2008 de ses propres stéréotypes, qu'il s'est fait coquin, libidineux. Les 3 "S" du Succès (d'audience) : Sexe, Sarcasme et Stéréotypes. Qu'il est loin mon pays qu'il est loin le cliché du (de la) bibliothécaire vêtu(e) seulement de son austérité et d'un pull en laine à grosse maille.
Il ne manquait plus aux bibliothécaires qu'à devenir des gamers. Des accros de jeu d'arcade. Et bien - et ce sera le lien du week-end - c'est désormais chose faite. Et doublement s'il vous plaît.
Dans le premier jeu, "I'll get it", vous êtes un étudiant qui travaille en bibliothèque et doit répondre au mieux aux attentes d'usagers pressés et irrascibles (qui a dit pléonasme ?).
Dans le second (moins fun mais très addictif), "Within Range", vous devez remettre en rayon, dans un temps limité, des piles de bouquins, en suivant le plan de classification de la bibliothèque du Congrès.
Les deux jeux sont développés en flash et sont une initiative des bibliothèques de l'université Carnegie Mellon. Et moi je sais ce que je vais faire pendant mes cours d'indexation et de bibliothéconomie avec mes jeunes étudiant(e)s :-))
Et en cadeau bonus : la même page vous propose des liens vers deux autres bibliogames online : Quarantined (jeu de rôle avec questions bibliothéconomiques à l'appui), Information Literacy Game (mélange entre "questions pour un champion" et le jeu de l'oie).
Tous ces jeux sont le résultat d'un très sérieux colloque organisé en Juillet 2007 par les non moins sérieuses ALA et ACRL et baptisé "Gaming, Learning and Libraries".
Same player, shoot again :-)

Une offre légale d'ouvrages sous droits ?

On apprend dans BiblioFrance que lors du prochain salon du livre (Mars 2008), il devrait être (enfin) possible de consulter légalement des extraits numériques d'ouvrages commercialisés, soit "une offre légale d'ouvrages sous droits" pour reprendre les termes du communiqué du ministère de la culture. Cette consultation se fera dans le cadre de la mal-nommée Europeana (mal nommée car pour l'instant seule la Hongrie, le Portugal et la France y tiennent boutique), et devrait concerner (toujours selon le même communiqué) près de 9000 titres d'ouvrages récents. Ce projet "pilote" concerne :

  • 18 éditeurs :  Agone, Albin Michel, Arthème Fayard, Climats, EDP Sciences, Flammarion, Gallimard, La Découverte, Lavoisier, Magnard, Nathan, Perrin, Presses universitaires de France, Quae, Retz, Robert Laffont, Univers Poche et Salvator ;
  • et 3 agrégateurs : Cyberlibris, Editis Groupe et Numilog.

On ne peut pour l'instant :

  • que se réjouir suite à cette note d'intention et en prendre acte.
  • que s'interroger sur le reste : les ouvrages sous droits y seront-ils consultables intégralement ou sous forme d'extraits ? Comment se fera le prêt (copies chronodégradables ?) ? Quelle sera la montée en puissance et le taux de renouvellement du service ? Quelle ouverture aux autres éditeurs ? Sous quelles conditions ? A quelle échéance ? Quel financement pérenne ?  etc, etc ... (quelques infos mais essentiellement sous forme de questions ouvertes dans le document mentionné à la fin de ce billet)

Restera aussi à voir si l'ogre de Mountain View peut encore s'immiscer dans la partie (souvenez-vous ...) ... ou s'il prépare déjà sa riposte à cette contre-offensive (tardivement) annoncée ...
Et puis une dernière chose enfin : cette heureuse initiative, si elle fera le bonheur des gros poissons embarqués, risque de mettre à mal le projet (en est-ce encore un ?) d'un portail de la librairie indépendante, et de crisper les positions entre les petits (libraires, éditeurs) et les gros.

Voir aussi le billet de François Bon qui renvoie vers la très complète revue de problématiques autour du livre numérique de Denis Zwirn (PDG de Numilog) : "Etude en vue de l'élaboration d'un modèle économique de participation des éditeurs à la bibliothèque numérique européenne" (.pdf).

La bibliothèque du congrès et FlickR : des accès desaxés

3000. C'est le nombre de photos que la bibliothèque du Congrès vient de mettre en ligne sur ... FlickR. Oui, oui. Vous avez bien lu. Sur FlickR. Après les ouvrages dans Google Books, les fonds iconographiques des bibliothèques (et non des moindres ...) sur FlickR. A méditer d'urgence.
Non, la LC (Library of Congress) n'a pas réalisé un site en flash hébergé sur ses serveurs et accessible depuis son propre site. Non elle n'a pas monté son exposition virtuelle. Elle est pourtant des quelques bibliothèques de la planète qui peuvent se permettre ce genre de fantaisie sans rencontrer de blocages financiers majeurs. Mais elle ne l'a pas fait. A la place, elle est allée mettre ses donnés, là ou sont les usagers. Ces mêmes usagers qui quand ils cherchent de l'information ... vont sur Google, qui quand ils cherchent des bouquins ... vont sur Amazon ... et qui quand il veulent voir des photos ... vont sur FlickR.
Ce que traduit cette (heureuse) initiative c'est la simple reconnaissance par le monde des bibliothèques de la logique de l'accès qui prévaut aujourd'hui pour l'ensemble des industries culturelles, dont elles - les bibliothèques - font partie (même si c'est le plus souvent à leur corps défendant).

A la question : "pourquoi la LC met-elle ses photos sur FlickR ?", la réponse de la FAQ du projet est limpide :

  • "Pour partager ces collections photographiques avec ceux qui ne visitent pas notre site"
  • "Pour mieux comprendre en quoi l'indexation sociale pour nous apporter des idées d'amélioration de nos services et de nos fonds"
  • "Pour accroître notre expérience et notre implication dans des communautés web partageant des centres d'intérêts communs avec les collections de bibliothèques."

C'est à mon avis incontestablement la bonne direction à suivre. Il faut aller chercher les usagers là où ils sont. Et si l'on peut être sûr d'une chose, c'est que les usagers ne sont pas sur les sites des bibliothèques. En tout cas certainement pas de prime abord, certainement pas de "prime accès". Mettre à disposition des fonds documentaires professionnellement construits et administrés, sur des services privés mais publiquement accessibles et massivement accédés, autoriser les publics, TOUS les publics, à indexer à leur tour ces fonds documentaires quelle que soit leur nature, laisser les publics se les approprier (l'un des objectifs du projet est de permettre aux usagers d'indexer, de tagguer ces images), c'est probablement le meilleur moyen de recréer le désir ... d'aller en bibliothèque.
De son côté le service FlickR a compris tout l'intérêt stratégique de tels partenariat, et il vient en conséquence d'ouvrir un espace "FlickR Commons", destiné précisément aux organismes publics.

Rendons-donc grâce au maître Yoda de la Force bibliothéconomique et méditons, jeunes padawans que nous sommes, son lumineux enseignement :

  • "ce qu’on a de plus intéressant ce ne sont pas nécessairement des interfaces, mais des données; et il faut aller mettre nos données là où sont les usagers, en leur permettant de se les approprier."

CQFD.

(Source : le blog de la LC & Maître Yoda Morin. Autres points de vue : Descripteurs - qui insiste sur l'aspect animation et valorisation patromoniale du projet - Ecrans)

"Aujourd'hui le livre numérique est un fichier ..."

"... demain ce sera une base de données".
Explications à suivre via l'exposé (filmé) d'Hubert Guillaud lors de la dernière Bouquinosphère.
(Via François Bon)

Fini les vacances, c'est la rentrée ...

Côté moteurs/wikipédia/knol :

  • On a donc pas mal parlé avant et pendant les vacances du projet de Google concernant son "encyclopédie" Knol : dans Ecrans, Florence Devouard s'inquiète à raison en rappelant que 50 % du traffic vient directement de Google. Google Blogoscoped y revient également en soulignant l'argument selon lequel Google ne pouvait plus accepter de voir partir tout ce traffic "non-monétisé" vers un site (wikipedia) indiquant qu'il refuserait toujours la publicité.
  • Voir aussi la rapide analyse comparative de ReadWriteWeb entre Knol, Wikia, Wikipedia et Mahalo autour des trois mamelles de l'argent, de l'attention (comme vecteur de monétisation) et de l'altruisme (comme contribution à la somme des connaissances disponibles).

Côté réseaux sociaux, moteurs de recherche et scientométrie :

  • Medline nous avait déjà habitués à son goût des interfaces innovantes. En voici une nouvelle baptisée GoPubMed qui permet, sur la base d'une recherche de faire émerger des "réseaux sociaux" à partir des noms d'auteurs d'articles et de leurs adresses de courier électronique (Via Cismef). En fait, plutôt qu'un réseau social (ce qui est l'argumentaire marketing du lancement de ce nouveau service), c'est bien de scientométrie qu'il s'agit, c'est à dire de la capacité, via un moteur sémantique, de repérer des collaboratoires, des "collèges invisibles", et de cerner en un instant sur un thème donné, l'état des publications en la matière et les chercheurs les plus en vue. Exemple : en entrant le terme "stuttering" (bégaiement) et en cliquant (à gauche dans la rubrique "What") sur "Hot topics", vous visualisez :
    • un "top 20" des auteurs ayant le plus publié sur le sujet
    • un "top 20" des publications classées par pays
    • un "top 20" des journaux dans lesquels on trouve le plus de publications en rapport avec le bégaiement
    • une courbe temporelle vous permettant de visualiser la progression (ou le recul) du nombre de publications par an sur ce sujet
    • une visualisation sous forme de graphe des réseaux de collaboration entre auteurs (répondant à la question "qui publie avec qui ?")
  • c'est à tomber par terre. Et on se prend à rêver d'un tel outil dans le cadre d'un moteur généraliste majeur à vocation scientifique (maiiiis non, pas forcément celui-là, il y a aussi celui-là). Pour mieux comprendre la puissance d'un tel outil : allez le tester, et lisez le communiqué de presse (.pdf).

Côté moteurs tout court :

  • le 7 janvier 2007, il y a donc de cela exactement un an, Jimmy Wales annonçait le lancement de Wikia, le moteur de recherche dont les résultats seraient validés par des humains. Et bien exactement un an plus tard, on nous annonce le lancement de Wikia (en version béta) pour demain, le 7 Janvier 2008 donc. A ce sujet, voir la revue de presse de Christophe Asselin. Le site de la "communauté" wikia est ici, et comme on peut le lire dans le wiki du projet, Wikia compte s'appuyer sur tout l'éventail des technologies de recherche à valeur ajoutée, à savoir la sémantique (= catégorisation), le "réseau social", l'indice de "réputation", et une infrastructure "distribuée". Lancement demain donc, et affaire à suivre de près pour ce nouveau "moteur de recherche open-source collaboratif".

Côté Bibliothèque "2.0" (ou pas ...)

  • Une conférence qui s'est tenue début Novembre à Berkeley sur le sujet des bibliothèques "2.0" avec les supports de présentation accessibles en ligne (supports présentés parfois sous forme classique - un bon vieux powerpoint - parfois sous forme "2.0" - un wiki). Pas de grande nouveauté mais cela vaut le coup de visionner la conférence inaugurale de Meridith Frakas qui embrasse bien la situation (.ppt)
  • l'un des derniers rapports du Pew Internet nous apprend (via 01.net) qu'outre-atlantique, la première raison de fréquentation des bibliothèques est ... le fait d'y trouver une connexion Internet. De quoi largement réalimenter de vieux démons débats, tant sur le taux d'équipement desdites bibliothèques dans notre bel hexagone, que sur la place des technologies d'accès dans ces enceintes et le taux de formation et d'encadrement qui est dévolu à leurs personnels.

Côté Folksonomies & Indexation sociale

Côté néologismes :

  • Saluons l'arrivée de la Zemblanité, exact opposé de la sérendipité et qui désigne "la faculté de faire de façon systématique des découvertes malheureuses, malchanceuses, attendues et n'apportant rien de nouveau." La génèse du concept et sa présentation détaillée sont disponibles sur Urfist-Infos.
  • Saluons (Via Francis Pisani) l'arrivée  de la "mobiquité" : mobilité + ubiquité. Un néologisme qui traduit bien la place de plus en plus importante qu'occupe dans notre société et dans nos comportements informationnels, l'informatique nomade et/ou ambiante.
  • Reste à savoir si ces deux néologismes entreront au panthéon linguistique aux côtés de la blingocratie.

Côté copyright, Fair-Use et autres creative commons

  • Un rapport intitulé : "Recut, Reframe, Recycle: Quoting Copyrighted Material in User-Generated Video" (.pdf). La question posée est de savoir si dans le cadre des sites de médias participatifs donnant lieu à divers remixages (exemple : YouTube), les détournements, parodies, et autres mashups de diverses oeuvres de fiction relèvent - ou non - du cadre du Fair Use (= usage équitable) et échappent donc à la législation du copyright. La réponse du rapport est claire : Oui. Il y a dans ces "oeuvres" de nouveaux éléments (détournement, transformation, remixage) qui les inscrivent dans le cadre de la constitution d'une culture populaire. "Video remix culture does not violate copyright." Les auteurs du rapport rappellent également qu'il est important de sensibiliser aussi bien les "auteurs" que les "remixeurs-amateurs" à la notion de propriété intellectuelle et d'usage équitable, pour que les premiers soient conscients de la richesse que ces remixages peuvent (parfois) apporter à leurs oeuvres, et pour que les seconds travaillent et s'amusent dans le respect de l'oeuvre des premiers. A noter : le site de présentation de l'étude est très bien fait, puisqu'en sus du téléchargement de l'étude proprement dite, il propose également une courte vidéo en rappelant les principales problématiques et conclusions, et propose également de télécharger un fichier excel du corpus de vidéos utilisées. Il propose enfin, pour chaque type de remixage (détournement, critique, débat, illustration, etc ...) les 5 vidéos les plus parlantes. Certaines d'entre elles sont réellement ... parlantes.
  • Et puis vraissemblablement à ne pas rater (je ne l'ai encore pas visionné en entier, mais il est plein d'interviews avec Yochai Benkler et ne peut donc pas être mauvais :-) un documentaire sobrement intitulé "Steal this Film" qui décrypte les enjeux liés à la notion de propriété intellectuelle et plus largement de "diffusion" dans le contexte actuel. Pour les plus pressés, plein d'extraits sur Google Vidéo, pour les autres téléchargement dans plein de formats possibles directement sur le site du documentaire. Il y en a même qui se sont déjà attelés au sous-titrage en français.

Côté traces documentaires identitaires (ou identité numérique si vous préférez) :

  • nos comportements informationnels laissent de plus en plus de place à l'égotisme forcené. Au service de cet égotisme on compte d'ailleurs de plus en plus d'outils tendant à l'illustrer (les divers outils de classement façon "top 50 de quelque chose"), à le renforcer (économie de la réputation), à en faire naître le besoin (via des interfaces navigo-ludiques dont vous êtes le centre et la circonférence), ou à en faire l'alpha et l'oméga d'un modèle économico-sociétal (facebook). C'est l'éternelle histoire de la poule et de l'oeuf.
  • Got dans ses petites cases, nous gratifie d'un éclairant billet sur FOAF (Friend Of A Friend) dont on aimerait effectivement penser que le modèle réellement ouvert qu'il incarne soit l'avenir des protocoles tournant derrière la plupart des réseaux sociaux. Mais je ne peux hélas pas m'empêcher de penser qu'il y a encore bien du chemin à parcourir ... l'heure étant plutôt pour les grosses cylindrées à la centralisation des profils propriétaires ... ce qui doit nous inciter encore davantage a faire plus de place aux initiatives alternatives et technologiquement éprouvées (dont FOAF).

Côté ressources pédagogiques :

Côté voeux, bonnes résolutions et oracles divers :

  • il y a ceux qui ne croient plus aux blogs sous leur forme actuelle (Jean-Michel Salaun et Jean Véronis) ... mais qui continuent heureusement de blogguer :-) De mon coté je reste sur le créneau de l'enthousiasme (peut-être un peu candide), même si - à l'instar des deux précédemment cités - je constate ici et là une raréfaction des pépites blogguesques, nombre de trouvailles ayant visiblement du mal à tenir sur la longueur, ce qu'on aurait du mal à leur reprocher tant il est vrai qu'en dehors d'un projet affirmé de publication (journal, auto-fiction, carnet de recherche, formation à distance), l'exercice du blog est une gymnastique chronophage, et que "le temps de blogguer" n'est pas nécessairement la chose la mieux partagée du monde. Il n'en demeure pas moins qu'en repensant à ce qu'était la pêche informationnelle d'avant et d'après le temps du blog, ce "format éditorial" a tout de même été l'occasion d'entendre de bien belles voix, et de découvrir de fort pertinentes analyses. L'avenir dira ce la forme blog deviendra, mais les potentialités, l'univers de discours offert par une petite quantité de ces "nanopublications" reste pour l'instant et de mon point de vue, essentiel.
  • il y a ceux qui comme Fred Cavazza, se livrent à leur petit exercice de prospective du nouvel an, et ceux qui comme Francis Pisani, font une revue de presse des principaux exercices du genre.

Et mes prédictions à moi ?

  • A l'instar de ce que décrit Christian Fauré à propos du service Twine, je crois que l'ensemble des acteurs majeurs de la recherche d'information (Google, Yahoo! Microsoft) et quelques-uns de leurs challengers (Exalead, Facebook) vont prendre de plus en plus nettement le grand virage de l'hybridation. Une hybridation entre :
    • des espaces et des services collaboratifs,
    • des technologies sémantiques ou sémantisées de représentation et d'agrégation des connaissances,
    • et des algorithmies de recherche "pures" (ou recherche universelle).
  • Je crois que la diversité des contenus va (enfin) atteindre un équilibre longtemps espéré entre le "texte seul" et la vidéo et l'image.
  • Je crois enfin que l'une des grandes questions en terme de recherche (notamment pour les sciences de l'information et de la communication) sera la mise au jour des nouvelles autorités cognitives qui s'articulent aujourd'hui de manière encore un peu floue derrière la monétisation (ou la non-monétsation) des services à base de connaissance (Knol, Wikipedia).
  • De mon côté je retiens comme éléments et tendances majeures de l'année écoulée : les deux nouvelles étapes de la dérives des continents documentaires que sont :
    • d'une part, la synchronisation transparente entre nos activités informationnelles connectées (on-line) et déconnectées (off-line),
    • et d'autre part, la sphère croissante d'indexabilité (notion de "graphe social" pour faire simple) de l'humain au travers de ses innombrables traces documentaires éparses sur le(s) réseau(x).
  • Ce qui me semble frappant au-delà de tout c'est l'avénement imminent et probable d'une nouvelle génération d'algorithmes ayant capacité à représenter sur un même plan des documents toujours plus fragmentaires, des traces identitaires toujours plus documentées, et à transformer toutes ces traces d'attention en vecteurs d'intentions, pour le plus grand bonheur des grandes industries culturelles et des quelques acteurs qui dominent actuellement le marché (et ce au-delà du discours geignard et misérabiliste que s'obstinent à tenir les mêmes industries culturelles). En un mot comme en cent : la redocumentarisation du monde. Il est certain qu'il va falloir être très très très attentif aux Network sciences, car elles seront le creuset plus que probable de cette nouvelle génération d'algorithmes et de modes de représentation, et qu'à mon sens, elles seules ont aujourd'hui la capacité à réunir en un même cadre d'analyse les fronts de recherche les plus innovants, les techniques d'indexation et de représentation du vivant au sens large.
  • Voilà pour le côté vivifiant et optimiste de la chose. Côté pessimiste (mon éternel côté cassandre :-); je crains que nous ne soyons confrontés à une échéance majeure, celle de la médecine personnalisée et/ou médecine "2.0" et/ou médecine désintermédiée. La montée en puissance et la position désormais établie de ces nouveaux prescripteurs planétaires que sont les moteurs de recherche d'une part, la mise à la portée du grand public des technologies de génomique (notamment à des fins d'auto-diagnostic) d'autre part, les rapprochements entre les premiers (moteurs de recherche) et les secondes (sociétés de génomique), et enfin l'engouement de plus en plus explicite chez tous les grands acteurs de l'industrie médicale (et notamment pharmaceutique) pour des modèles de diffusion et d'accès reposant sur du gratuit financé par la publicité va nécessiter, pour le moins, de grands chantiers didactiques si l'on veut éviter d'aller à coup sûr ... droit dans le mur. Va falloir se trouver dare dare un José Bové de la santé comme bien commun de l'humanité. Sinon ...

Bonne année à vous tous :-)

Formation de bibliothécaires au web 2.0 à la BPI

J'étais hier à la BPI pour présenter le "web 2.0" à un aréopage des bibliothécaires de ladite BPI dans le cadre des Mardis de la BPI (après-midi de formation et d'information réservée à ces mêmes personnels).

Mon intervention est consultable en ligne sur Slideshare (et vous pouvez récupérer le fichier .ppt)

Après moi intervenait l'un des responsables informatiques de la BPI avec un constat attristant : rien n'est prévu dans le cadre du web 2.0, la BPI ne dispose pour l'instant que d'un seul fil RSS qu'il met lui-même à jour manuellement directement dans le fichier XML (si, si ...). Un nouveau site devrait voir le jour en 2008, qui devrait comprendre quelques vrais fils RSS automatiques pour les principales rubriques. Minimum syndical donc et avec un grand retard sur nombre d'autres bibliothèques, mais il est vrai que pour des structures de cette taille, le moindre ajout d'une ligne de code dans une application s'avère rapidement et administrativement kafkaïenne. C'est à peine s'il ne faut pas demander un audit et rédiger trois appels d'offre pour aller prendre un café :-( Bref, ce que je trouve surtout dommage, c'est que ce genre de structure soit contrainte de passer par tout un tas de prestataires externes, qui leur vendent des sites web et des portails documentaires bridés et non-évolutifs parce que non-ouverts. D'autant que je suis prêt à prendre les paris que toutes les compétences informatiques existent en interne pour déployer de tels outils. Avoir toute liberté de les utiliser serait un gain de temps (et d'argent ...) plus que précieux. Et si tel n'était pas le cas, ce serait encore plus navrant qu'une institution comme la BPI ne dispose pas en interne de toutes les compétences nécessaires au déploiement d'un site internet adapté, de "son" site Internet 2.0. Il serait grand temps que chaque bibliothèque se trouve dotée d'une vraie cellule TICE ou Multimedia, avec des vrais bibliothécaires informaticiens, c'est à dire des gens formés en informatique et sensibilisés aux politiques culturelles et bibliothéconomiques, ou des gens formés à ces dernières, et dotés de réelles compétences en informatique. Et que l'on arrête le bricolage, les usines a gaz et la soviétisation de la gestion de projet. Mon sentiment de frustration fut d'autant plus fort qu'il paraissait être partagé par le responsable informatique en question ainsi que par une bonne partie de la cinquantaine de bibliothécaires présents.
Mon autre étonnement vînt de quelques réactions assez emblématiques, après ma présentation, du type :
"mais c'est quoi un wiki, c-o-n-c-r-è-t-e-m-e-n-t ?", "bon d'accord mais à quoi ça sert à part le côté gadget ?", "et comment fait-on pour s'assurer que tout le monde ne va pas écrire n'importe quoi dedans ?". Attention : on a parfaitement le droit de ne pas savoir ce que c'est qu'un wiki tout en étant bibliothécaire à la BPI. Mais ... pour enseigner aussi bien des techniques web 2.0 (wikis, blogs, RSS) ET des compétences documentaires et bibliothéconomiques (langages de classification, catalogage) à des étudiants d'IUT se destinant à des carrières dans les bibliothèques, il me semble qu'il y a tout de même un très gros effort à faire du côté des politiques de formation. Superposer une fracture technologique a une fracture générationnelle n'est jamais bon. Pour être dans le vent, un "grenelle de la formation en bibliothèque" serait le bienvenu pour sortir de l'impasse actuelle dans laquelle s'engage tout un pan de la filière "dite" culturelle, impasse en bout de laquelle, soit dit en passant, le gouvernement actuel est déjà prêt à tirer les barbelés après y avoir fait entrer tout le monde, pour être bien sûr que plus personne n'en sorte. La bibliothèque d'aujourd'hui (le retard pris est déjà suffisamment criant), en plus de tout le reste, me semble avoir un besoin urgent d'autre chose, d'autres services, d'autres expérimentations, d'autres propositions, d'autres modalités de lecture "publique". Ne pas lui donner les moyens de le faire revient à se tirer une balle dans le pied et à entrer en claudiquant dans une économie ou une société de la connaissance. Aux Etats-Unis, au Canada, les métiers des bibliothèques sont reconnus comme des secteurs stratégiques, s-t-r-a-t-é-g-i-q-u-e-s, et il serait là encore grand temps que notre ministre de la culture et celle de l'enseignement supérieur et de la recherche fasse autre chose que de s'efforcer de transformer des stéréotypes persistants en caricatures durables !!!

Dernière frustration enfin, mais bien plus positive, celle de n'avoir pas eu le temps d'échanger davantage autour de questions qui furent posées et qui me paraissent essentielles : par exemple sur les questions de validation, ou bien encore sur les différences entre "le temps de la bibliothèque" et le temps des outils web 2.0.
Merci donc au service formation de la BPI pour son accueil, aux participants pour leurs stimulantes et révélatrices questions, et bon courage pour le virage du web 2.0 :-)

Wikis de bibliothèques

Le wiki "The blogging libraries wiki" propose une liste de wikis de bibliothèques (anglo-saxonnes) classée par type : Academic Libraries, Public Libraries, School Libraries, Special Libraries, Internal Blogs, Library Associations, Library Directors.
Pour la liste des bibliothécaires (anglo-saxons) qui blogguent, c'est sur LisWiki que cela se passe.