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15 juin 2018

Commentaires

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Mathieu Rouault

Bonjour. Je me demandais si vous aviez-vous même assisté, au moins une fois, à une soirée MT180 ? Je serai tenté de parier que non. ;-)

olivier ertzscheid

Bonjour Mathieu, assisté en direct à une soirée intégrale depuis la salle, vous avez raison la réponse est non. Mais j'en ai regardé beaucoup sur le web.

V. Charvillat

Bon pitch, bien positif de ta part. Un collègue qui a lu ta missive en 180s.

Z.

La galere du financement et la perversité du marketing... Ni pitch ni soumis mais contraints. Qui écoute qui aujourd’hui ?
....

Anaïs

Je vois bien comment MTen180s peut paraître un symptome de cette manie du pitch, mais je suis pas sûre de partager tant de réserves dessus. En fait je trouve que les manifestations scientifiques qui se rapprochent de l'entertainment sont, intrinsèquement, carrément saines - même si effectivement on peut y voir le reflet de la course au clinquant qui s'intensifie et la superficialisation actuelle de la recherche, qui sont des putains de plaies; mais c'est quand même deux choses différentes. Je m'explique sur pourquoi je trouve ça bien, MTen180s et autres pitreries scientifiques.

Je suis doctorante en science fondamentale et ça m'intéresse de comprendre ce que le grand public pense de ce genre de taf qui est le mien. Souvent la première opinion des gens est que "ça ne sert à rien". Bien sûr, la première salve d'arguments là-dessus tourne autour de "c'est pas en essayant d'améliorer la bougie qu'on a inventé l'ampoule". Mais en fait, personne ne va au labo le matin en rêvant d'inventer l'ampoule: ce qui pousse les scientifiques c'est la curiosité, tout comme la curiosité pousse les non-scientifiques à ouvrir un bouquin ou regarder un docu ou voyager. H. sapiens cherche à comprendre ce qui l'entoure, et en tire du plaisir. Du coup maintenant je suis très à l'aise pour décrire mon taf, face aux utilitaristes les plus retords, comme générateur de divertissement pour la société. Je crée du savoir, parce que les gens veulent savoir. D'ailleurs je trouve qu'à la fin de chaque docu scientifique, BBC Nature et autres dont les gens raffolent, on devrait mentionner dans les crédits que toutes ces informations épatantes sont dues à des gens qui en chient dans des labos de recherche fondamentale sans aucune reconnaissance... pas à une équipe TV (malgré leur boulot formidable).

Une des nombreuses missions de la science fondamentale, c'est le divertissement.
Oui? Non? Avis?

Aldaran

Anaïs, au risque de me tromper, je ne suis pas d'accord avec vous.
Tout réduire (mot choisi) au divertissement ne me semble pas être une bonne chose.
Je suis bien loin d'être thésard ou scientifique et je n'avais jamais entendu parler de ce truc qui fait réagir Olivier de cette manière.
Mais, lorsque je l'ai découvert, j'ai reformulé, avec mes mots : « Ah. Merde. Ils ont inventé l'Eurovision pour la science, ça craint... ».

Anaïs

@ Aldaran
Ah c'est sûre que tout réduire au divertissement, ça serait dramatique. Dans le cas de la science, on réduit plutôt tout aux projets dans l'air du temps, avec des mots clés ronflants, et pas forcément de substance - de la politique, plutôt que du divertissement, mais n'est-ce pas un peu pareil des fois...

Dans Ma thèse en 180 secondes, y'a pas vraiment le temps de passer tellement de contenu scientifique au grand public, c'est clair. Mais ça a le mérite énorme de donner un visage aux thésards! J'ai remarqué que beaucoup des gens qui ne font pas confiance à la science, c'est à cause d'une vision du "eux et nous". Les scientifiques ont leur propre agenda politique, sont pas comme nous, etc. Ils ne se rendent pas compte que dans la blouse d'un scientifique ça aurait pu être eux, leur neveu, leur voisine. Pourquoi y'a pas d'énorme conspiration des scientifiques sur le changement climatique? Parce si y'en avait une, ça voudrait dire que votre neveu, votre voisine, tous ces gens normaux, en feraient partie aussi. Et puis si l'Eurovision donne envie à des gamins de devenir musicien pop, pourquoi pas leur donner envie d'être chercheur aussi?

Après, mon type de vulgarisation préféré, c'est le "speed-dating scientifique". Un petit groupe de gens du public s'assoie à une table face à un thésard ou autre, et on a 10 minutes pour discuter de notre sujet de recherche, répondre à toutes sortes de question (certaines plus personnelles que professionnelles, et c'est très bien aussi!). Une cloche sonne, les gens changent de tablée, changent de scientifique.
On transmet vraiment de l'information cette fois, ainsi que de la confiance et du contact. Et on picole.

Aldaran

Ah ! Si on picole, c'est bien ! :D
Anaïs, je comprends votre point de vue mais ne le partage pas.
Que la communauté scientifique soit repliée sur elle-même, c'est juste normal, je pense. Je crois que c'est Frédéric Lordon (de mémoire...) qui affirme même que c'est une excellente chose puisque l'isolement est nécessaire à la réflexion. Si on y ajoute la dimension du "spectacle" et du "divertissement", selon moi, ça n'a plus de sens. Dans quel but devrait-on faire ça ? Si ce n'est de tout réduire au commerce (en plus du spectacle et du divertissement qui n'en sont que les outils) ?
Pour ce qui est de donner le goût de la musique aux "gamins" à grands coups d'Eurovision... Ça ne peut pas être sérieux ! À mes oreilles, l'Eurovision et la musique n'ont pas vraiment de points communs. C'est dans ce sens que je faisais cette "comparaison"...
Merci à Olivier de nous inviter cordialement à sa table pour bavarder. Sans glaçon, pour moi, le porto !

Silren

@ Anaïs et Aldaran
La dérive de ce genre de show n’est-il pas non plus de renforcer la compétition entre individus au détriment de leur coopération ? Sans compter qu’on personnifie un processus de recherche qui, je suppose comme tout travail reste une aventure collective, non ?
À cette logique du palmarès, du talent individuel, de la réputation, du seul contre tous et de l’atomisation ne peut-on imaginer la mise en scène (s’il faut en passer par là) de l’intelligence collective et de la coopération ? Ne peut-on mettre en spectacle l’utilité sociale et l’intérêt général d’une recherche plutôt que le mérite et la carrière d’un individu ?

aldaran

Oué... cette foutue compétition ! J'adorerais la voir disparaître en même temps que l'argent.
Mais ce serait contraire à l'esprit de la Start-up Nation, du reste de cette planète et de tous les premiers de cordées fiers de l'être, non ?

Sylvain

Bravo pour ce texte :)

C'est amusant car j'écrivais le suivant il y a deux jours :

Notre société est à l'ère de la mise en scène.
Internet en est le meilleur allié.
Il permet de partager immédiatement une mise en scène.
De diffuser sa propre mise en scène et celles des autres.
Autres qui partagent, "aiment".
Si cela se cantonnait au plan individuel, ce serait déjà dommage.
Mais cette ère de la théâtralisation a gangrené le journalisme.
Certains y résistent mais ils sont largement minoritaires.
Cette ère de la mise en scène a gangrené le monde politique.
L'apogée, le summum, c'est le Président de la République qui passe son temps à se mettre en scène.
"C'est ainsi que fonctionne la politique de nos jours, et ça date d'avant Internet."
Peut-être, mais le phénomène s'est considérablement aggravé, et Internet l'exacerbe.
Or, pendant que l'on commente abondamment une mise en scène, on perd du temps.
C'est du temps que l'on ne passe pas à s'informer, à débattre de sujets plus importants.
Plus on se concentre sur les mises en scène, moins on se concentre sur le reste.
Certes, il arrive qu'une mise en scène pose aussi une question importante.
Mais la plupart du temps ce n'est pas le cas.
D'autre part, cette question ne nécessitait sans doute pas une telle mise en scène.
A qui s'en prendre ?
Ceux qui mettent en scène en ont compris la force de diversion.
Ils ont aussi compris qu'ils peuvent utiliser ce système pour mieux convaincre.
Et ils ont totalement intégré que c'est la meilleure façon de manipuler les gens.
Les gens ? Ils adorent la mise en scène, pour la plupart. Ils n'y résistent guère.
Parfois ils voient très bien les ficelles qui sont tirées, mais cela les amuse quand même.
C'est un divertissement permanent. Et il y a une recherche de divertissement permanent.
Si les gens vont moins au théâtre, c'est peut-être parce qu'ils ont un théâtre permanent sous les yeux.
L'inquiétude c'est que la politique soit devenue un divertissement.
L'inquiétude c'est que le journalisme soit devenu un divertissement.
Dans ces conditions, notre société malade ne se donne guère les chances de se rétablir.

On peut donc rajouter : L'inquiétude c'est que la science devienne un divertissement...

Ioana

Bonjour, merci pour ce billet qui me plaît bien :) Petite typo:
Wharolienne -->
Warholienne (cela vient d'Andy Warhol évidemment)

Ioana

guilhem

Oh Oh ! Cet article est savoureux !

(Je le vois un peu tard le flux rss -ou mon lecteur- était dans les fraises).

Je suis doctorant en sciences fondamentale et ça me rend malade tout ce battage pour cet évènement (beaucoup plus que les initiatives de vulgarisation sérieuses).

Ce qui me fait le plus mal c'est que c'est effectivement une compétition. Combien de mails ai-je reçu du collège doctoral qui ressemblaient à ça:

"2 lauréats (le 1er prix du jury et le prix du public) seront sélectionnés lors de la finale locale pour représenter les couleurs de notre belle université à la demi-finale nationale!"

Voilà, la soumission à la start-up-isation de l'université est maintenant un sport compétitif.

Même les TED talks, tout superficiels qu'ils sont, donnent plus de temps pour développer une pensée. Mais surtout, TED est une entreprise commerciale qui produit du "divertissement culturel". Très bien. Pourquoi pas. On aime tous se divertir. Ce qui est grave c'est quand l'université s'en empare comme si c'était une priorité, alors que c'est probablement la chose la plus inconséquente qu'elle peut faire.

Ce qui me fait peur c'est que beaucoup de gens internalisent cette norme. Cette semaine j'ai vu que les étudiants de master organisaient un "Mon stage en 360secondes". J'ai bon espoir qu'ils se retrouvent juste avec quelques bières pour se raconter leurs voyages (scientifique) mais j'avoue que le titre m'a fait tiquer.

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Where is the information we have lost in Google ?

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Ertzscheid Olivier, « Titre du billet », Affordance.info, ISSN 2260-1856. Date de publication. [En ligne] http://affordance.typepad.com/adresse-du-billet.html

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Ertzscheid, Olivier (date de publication du billet). “Titre du billet”. Affordance.info [carnet de recherche]. ISSN 2260-1856. Date de consultation. http://affordance.typepad.com/adresse-du-billet.html

Style MLA
Ertzscheid, Olivier “Titre du billet”. Affordance.info (souligné) ISSN 2260-1856. Date de publication. [carnet de recherche]. Date de consultation. http://affordance.typepad.com/adresse-du-billet.html

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