Ne soyons pas chiches, deux petits liens pour le prix d'un :
- Perquisition à l'UMP. Une réalisation du mouvement des "jeunes socialistes" qui exploite assez finement les ressources du net. Je vous laisse juges :-)
- la carte des stéréotypes.
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Ne soyons pas chiches, deux petits liens pour le prix d'un :
Rédigé le 24 sep 2010 à 20:07 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Préambule. Le poète, l'informaticien et le moteur. Le poète Léopold Sedar Senghor écrivait : "L'encre du scribe est sans mémoire". L'informaticien Apostolos Gerasoulis (le papa du moteur de recherche Ask Jeeves) s'interrogeait en regardant défiler les 10 millions de requêtes quotidiennes d'Ask Jeeves : "Je me dis parfois que je peux sentir les sentiments du monde, ce qui peut aussi être un fardeau. Qu'arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme "amour" ou "ouragan" ?"
Le 8 septembre 2010, Google lance officiellement la fonction "Google instant search", en français dans le texte : "recherche instantanée" (nota-bene : pour un guide complet de Google Instant, voir le billet de SearchEngine Land). La nouveauté de ladite fonction tient en une ligne : les résultats de recherche s'affichent en cours de saisie de votre requête. Cela va vite, très vite, c'est - de mon point de vue - assez déroutant au premier abord mais - de mon point de vue toujours - on en prend assez vite l'habitude sans pour autant en devenir accroc (quoi qu'il soit encore un peu tôt pour savoir s'il s'agit d'un coup de poker ...).
Le scribe, la suggestion et l'auto-complétion : suggérer n'est pas prédire mais peut fortement y ressembler. Au commencement était le verbe Google Suggest, fonctionnalité reposant elle-même sur un moteur de complétion, c'est à dire un programme informatique issu - en gros hein ... - de la linguistique de corpus et permettant non pas de "prédire" quelles seront les prochaines lettres/mots que vous saisirez mais - la nuance est de taille - de vous suggérer par voie d'affichage les lettres/mots les plus fréquemment saisis sur la base de la combinaison initialement entrée. Dans le cas de Google, il s'agit de l'ensemble des requêtes de la planète, réparties, stockées et synchronisées entre les différents centres-serveurs de la firme. Autant dire que d'un strict point de vue statistique, vous avez effectivement pas mal de chances que la supposée "prédiction" tombe juste.
Et puis voilà que débarque des laboratoires de Google, Google Scribe, qui n'est "que" le déploiement sous forme d'API de la fonction Google Suggest (ce qui par exemple permet de faire tourner l'instant search sur Wikipedia ou sur YouTube, et dans plein d'autres endroits)
Pourquoi Google Instant Search ? A chaque nouveau rachat, nouveau produit ou nouvelle fonctionnalité, tout ce que la planète compte d'experts es-googologie - et il y en a beaucoup - se fendent de leur analyse pour tenter de trouver les "vraies" raisons de l'affaire. Permettez que j'y ajoute la mienne :-) L'argumentaire de Google se limite - comme souvent - au minimum syndical :
Je voie au moins 3 raisons de fond au lancement de Google Instant Search, qui s'inscrivent toutes dans la stratégie habituelle de la firme et qui correspondent également à la transformation du marché de la recherche d'information ("search market" comme disent nos amis anglo-saxons).
Primo. La téléphonie mobile. Toutes les études le montrent, les smartphones et autres tablettes et cellulaires seront, demain, le premier moyen d'accès à Internet à l'échelle de la planète. Et si vous avez déjà essayé de taper des requêtes un peu longues sur lesdits smartphones, avec vos doigts gourds et que ces derniers (les smartphones pas vos doigts) soient équipés de touches ou d'écrans tactiles, vous avez mesuré tout l'intérêt que présente une fonction permettant de vous éviter une saisie souvent délicate. De fait, la fonction "instant search", qui ne tourne pour l'instant que sur des ordinateurs, sera disponible plus tard cet automne pour les téléphones cellulaires.
Deuxio. L'achat de mots-clés. Eeeeet oui. Le nerf de la guerre. LE modèle économique - pour l'instant - indépassable de Google, l'achat de mots-clés sous forme de liens sponsorisés. Et là, si les résultats s'affichent en cours de frappe, sans que l'on ait le temps de saisir certains des mots-clés précisément achetés par telle ou telle entreprise ... là ... tout change. Ainsi, les entreprises dont le nom est suggéré en premier à la seule saisie de l'une des 26 lettres de l'alphabet (exemple en anglais ou en français), ces entreprises là jubilent. Les autres ... toutes les autres ... un peu moins.
Tertio : le moteur de divination. Lors de sa Keynote pour le lancement de Google Instant, Eric Schmidt nous a refait le coup du moteur de divination, d'un moteur qui serait capable d'en connaître suffisamment sur nous ("avec notre accord bien sûr"
juge-t-il aussitôt utile de préciser ...) avec un moteur qui en saurait
tellement sur nous qu'il serait capable de nous fournir des
informations avant même que nous ne lui ayons adressé la moindre
question, et de devenir lyrique en annonçant que le "cloud computing and the pervasiveness of the internet is creating new
opportunities to build new platforms and create new products, and to
take search closer to the area of artificial intelligence."
... Bullshit. Habillage cosmétique et belles formules évasives (et non
pervasives) avec comme objectif avoué de faire fantasmer le chaland
grâce au maronnier du marketing de la recherche, j'ai nommée
l'intelligence artificielle. En revanche, en revanche, on peut - me
semble-t-il - trouver la clé de Google Instant dans une conférence en ligne donnée à Stanford par Dan Russell
(de chez Google) dans le cadre d'un séminaire sur les IHM (Interfaces
Homme-Machine), conférence que je vous avais déjà narrée dans un précédent billet et où l'on apprenait entre autres ceci :
Les SEO se ramassent à la SERPe. (nota-bene : SEO = search engine optimisation, désigne à la fois l'optimisation des résultats de telle ou telle page dans les moteurs de recherche et les gens dont c'est le métier. En France on appelle ça des référenceurs, mais c'est moins trendy que SEO // SERP : Search Engine Result Page ; les webmasters et/ou référenceurs font du SERP tracking - ils surveillent les pages de résultat - pour pouvoir ensuite améliorer leur SEO). Et donc, disais-je :
Les SEO se ramassent à la SERPe. Donc pour le dire différemment, l'arrivée de la recherche "instantanée" risque de sérieusement redistribuer les cartes du référencement naturel ainsi que celles du positionnement payant. D'autant que Google en a profité - le 12 septembre soit 4 jours après le lancement d'Instant Search - pour également et subitement changer les règles jusqu'ici en vigueur pour l'achat de mots-clés "concurrentiels", permettant ainsi à n'importe quelle entreprise d'acheter le nom d'une entreprise concurrente (ce qui était jusqu'ici rigoureusement interdit). Bref, même si ce n'est pas l'objet principal de ce billet, tout porte à croire que ça va saigner ...
L'auto-complétion ou l'angoisse de l'incomplétude. Il est un point commun à l'ensemble des systèmes d'informations offrant des fonctionnalités de recherche (moteurs, bases de données, etc.) C'est l'angoisse de l'incomplétude.
Black Hat Trick. Pour y faire face (à cette angoisse), Google a déployé - au moins - trois stratégies :
Comme je l'avais longuement analysé dans ce billet, les ingénieries de la sérendipité se développent aujourd'hui considérablement, et sur plusieurs axes qui vont de celui des usages (web "social") à celui des outils (algorithmies affinitaires). Le coup de dès que semble proposer la fonction "instant search" ne vient ici abolir aucun hasard. Du point de vue de l'internaute il augmente statistiquement les chances de s'orienter vers autre chose que sa requête initiale mais pas celle que le "quelque chose" en question l'intéresse effectivement. Ce n'est donc qu'une "demi-sérendipité".
On ne prête qu'aux riches. Mainstream mon ami. Nombre de billets et d'articles ont déjà remarquablement dénoncé les "dangers" que représente la fonction "instant search" pour la représentation de la diversité :
De la responsabilité du scribe : les paroles s'envolent, les écrits restent, et les moteurs tournent. Le nom de Google Scribe est mal choisi. Il n'offre en effet aucun parallèle avec le travail des scribes de la haute-antiquité. En revanche, l'homonymie est intéressante. Pour plusieurs raisons. Google n'est certes pas un scribe copiant et recopiant à l'infini les mêmes textes dans le seul souci de leur conservation. Quoi que. Quoi que ...
La polémique Véronienne (véronistique ?) autour des stéréotypes racistes - à laquelle on pourrait ajouter celle des requêtes trop "sexy" - véhiculés par l'auto-complétion ("les noirs puent" et autres joyeusetés) soulève d'importantes questions :
Des questions qui attestent s'il en était encore besoin de l'importance de la langue et du mot comme véhicule de tout pouvoir, de toute politique, de toute économie. De tout ce qui nous permet de "faire société". Se contenter d'attendre de Google qu'il nettoie mieux sa base de suggestion me semble bien loin de la réalité des enjeux soulevés.
Les technologies de complétion, appliquées à l'échelle d'une entreprise comme Google dont l'empreinte sociologique est au moins aussi importante que son emprise financière sur le secteur qu'elle domine, ces technologies ne sont pas neutres : elles interrogent directement le réagencement perpétuel des discours et des agencements d'énonciation complexes qui les produisent.
"L'encre du scribe est sans mémoire" écrivait le poète. La mémoire de Google Scribe est sans encre. Le scribe est un individu oeuvrant, sur ordre, dans une dynamique collective de perpétuation du savoir. Il n'est qu'un passeur de traces dont seul le collectif pourra ensuite "faire mémoire". Le scribe de Google est une technologie agissante, un acteur qui en le donnant à lire, choisit ce qui de nous, fera ou non mémoire, pour un temps ou pour tout le temps.
A bien y regarder, les résultats stéréotypiques de Google (au moins ceux sur les juifs et les noirs) proviennent non pas de dérapages de ses utilisateurs, pas davantage qu'ils ne trahissent un imaginaire collectif qui ferait de l'immensité d'entre nous des racistes en puissance : menées à leur terme les requêtes "les noirs puent" ou "les juifs sont radins" affichent essentiellement des messages de forums déjà bien référencés et effectivement racistes (dont ceux de l'hélas incontournable Doctissimo) et, pour le reste, des sites de "blagues" plus ou moins drôle mais dont le stéréotype constitue le principal - et souvent - le seul - ressort "comique.
Par ailleurs, et à l'appui de mon argumentaire précédent, le ratio entre les résultats "stéréotypiques" et les résultats "génériques" est, me semble-t-il suffisamment éloquent :
Ce n'est pas une réponse puisque je n'ai pas de question. La manière dont les gens utilisent les moteurs est un domaine de recherche à part entière, qui comporte de nombreuses variables, mais l'une des pratiques dominantes n'est pas celle qui consiste à poser des questions. De fait même le grand Google s'y est cassé les dents, en fermant son site Google Answers. La pratique courante pour les requêtes informationnelles (hors les requêtes navigationnelles et transactionnelles) est plutôt celle qui consiste à combiner 2 ou trois mots pour vérifier une assertion. Et si l'efficacité de Google Instant peut probablement être démontrée pour les requêtes transactionnelles (taper "acheter billet" pour vous en convaincre), elle est en revanche beaucoup plus délicate pour les requêtes informationnelles ou assertionnelles. Lesquelles requêtes représentaient tout de même, en 2006**, et de l'aveu même de Google, plus de 63% de l'ensemble.
**Si quelqu'un a des chiffres plus récents, je prends, mais là j'ai eu la flemme de chercher :-(
Perpetuum mobile. Quelques jours après le début de la rédaction de ce billet, Google a modifié les résultats de certaines de requêtes incriminées, pour les rendre plus compatibles avec la FAQ du service en question, dans laquelle on peut lire : "Enfin, la saisie semi-automatique exclut les termes relatifs à la pornographie, la violence et l'incitation à la haine."
Réponses responsables ou neutralité des réponses : that is the question. Le danger est que la responsabilité du scribe ne sera jamais compatible, de quelque manière que ce soit, avec la neutralité du moteur. Dans la place hégémonique qu'ils occupent aujourd'hui dans nos usages connectés, les noeuds hyperconnectés que sont les moteurs doivent trouver le moyen de choisir, dans certains cas, entre les deux. Toute réponse est d'abord l'exercice d'une responsabilité. N'en donner à voir que certaines, impose le risque de s'en trouver, un jour, responsable.
D'autant que la neutralité ne semble d'ailleurs plus aujourd'hui d'actualité dans l'univers de discours qui structure la présence et l'image de la firme. Et ce changement de positionnement est éclairant. Ainsi dans un récent entretien au NYTimes, Eric Schmidt déclare (c'est moi qui souligne) :
Faut-il ainsi croire que les réponses racistes stéréotypiques sont celles que l'utilisateur final préfère ? C'est, à tout le moins envisageable. L'économie de Google est une économie de média. Un média qui s'inscrit lui-même dans une économie de l'attention.
Google Ins ... tants de cerveaux disponibles.
Voilà ce que déclarait David Eun, responsable des partenariats chez Google (sur la diapo 27). Bernard Stiegler a bien démontré en quoi ces médias de l'attention se reposaient sur du pulsionnel comme principal vecteur de leur stratégie de captation. Les "noirs qui puent" et autres "juifs radins" de Google Instant relèvent du même processus avoué. La réponse pulsionnelle, la réponse de l'instant, celle de Google Instant, c'est le verbe "puer" accolé à l'expression "les noirs". 8880 résultats. Alors que "les noirs et l'esclavage" en donne 128 000. La réponse qui capte l'attention n'est hélas jamais très loin de celle qui fonde et flatte nos - mauvaises - intentions, nos plus viles pulsions. A l'inverse il serait pourtant facile d'imaginer caler les réponses de Google instant sur les pages renvoyant aux expressions les plus "statistiquement" significatives, et de contribuer, ce faisant, à la neutralité du moteur. Ainsi :
Au lieu de cela, le moteur propose actuellement des résultats qui sentent le sauvetage en catastrophe et qui transpirent le politiquement correct : ainsi la requête sur les juifs propose "les juifs ... dans le coran ... en france ... d'algérie" et celle sur les noirs : "les noirs ... en couleur (sic) ... en france ... au japon ... en équipe de france"
Le poids des mots. Car telle est la réelle pulsation de la sémantique universelle après sa digestion dans le ventre de l'ogre motorisé : le pulsionnel est présent, mais il l'est à la marge ; il est "contenu". Le rationnel est - pour l'instant mais pas dans l'instant - dominant. Encore faut-il que l'ingénierie linguistique du favoritisme pulsionnel lui donne la chance de pouvoir être représenté à hauteur de ses occurrences réelles. En cela comme en d'autres sujets, les machineries de l'instant ne semblent pas être les plus appropriées.
On observe aujourd'hui la structuration et la pregnance de plus en plus fortes d'ingénieries relationnelles (principes de recommandation) en parallèle et parfois en remplacement des premières ingénieries occurentielles (principe du matching). On a déjà observé et démontré le danger que constitue une ingénierie qui se présente comme une vue objective alors qu'elle est par nature nécessairement subjectivée. Le risque est aujourd'hui celui de l'émergence d'ingénieries intentionnelles, qui nous "porteraient à croire" ou nous "prêteraient à penser" sans que nous ayons, de quelque manière que ce soit, manifesté l'un ou l'autre de ces deux désirs ...
Rédigé le 19 sep 2010 à 22:16 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Semantic web, ontologies, Sérendipité | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
Traduction en anglais avec les liens idoines de mon article "J'habite un pays. Quelques jours en sarkozie". Merci à Nicolas Belloni pour sa traduction.
====================================September 13, 2010. I turn on the radio. It is 11:30. I live in a country where the president uses the state's services to spy on a magistrate suspected of being the source of leaks to the press about a case of influence peddling involving - at least - a minister and - probably - the head of the state himself.
It is 13:00. Newsflash. I live in a country where we learn that the magistrate who was also the journalists' "source" is suddenly transferred to French Guyana .
It is 14:00. Reading the newspaper. I live in a country that the United Nations and the European parliament condemned for its policy towards Roma.
I live in a country where the Minister of the Interior issues an illegal, unconstitutional and racist circular . September 13, 2010. It is 15:00. Newsflash. I live in a country where the Minister of the Interior rewrites in haste, the same illegal, unconstitutional and racist circular .
It is 17:00. I live in a country where the Minister of Immigration and National Identity says he had no knowledge about an illegal and racist circular while his parliamentary colleagues explain that France has no lesson to receive from the European Union or the United Nations and that France will continue to solve poverty and immigration problems with illegal and racist circulars.
I live in a country where, when one ignores the circulars coming under his ministry, the others assume them and stand out for them, and the third one hastily rewrites them. Should also say that I live in a country where the Minister of Immigration and National Identity was busy getting married when we found out about this circular illegal and racist. I live in a country where we cannot do two things at once (in french "au four et au moulin"). Jean Dutour and Jean Moulin.
I live in a country where a former executive of the Socialist Party, now the Minister of National Identity of a right-wing government, marries a young Tunisian student in the Department of Immigration, said marriage is solemnized by a former Minister of Justice herself "an immigrant" and who - before her disgrace - long served as a "visible minority" quota of the right-wing government. I live in a country where even the symbols are complicated.
I live in a country where a case involving a Minister is assigned to the prosecution rather than a judge, the prosecutors being accountable only to ... the Minister.
I live in a country where the newspapers explaining all this are directed by dangerous leftists with a dark Trotskyist past and whose only motivation is to attempt to the integrity and the honor of Nicolas Sarközy de Nagy-Bosca. I live in a country where, when a few months apart two and two and half millions of workers went down the streets to defend their rights, they are, according to the police, not representative of anything.
I live in a country where thousands of schoolchildren will not have in front of them anyone else than students who are told that the teaching profession can be learned in a few hours of training.
I live in a country where education, public health, access to health care for everyone and especially for the poorest is every day more difficult, more distant.
It began long ago. I remember. May 18, 2007. I turn on the radio. The 7pm news report. I live in a country that gives itself a Ministry of Immigration and National Identity. Like a ball of hate, arrogance, lies, and stupidity that we take great care to unroll and unfold again. News Flash. I live in a country where we deport children right out of school . News Flash. Again. I live in a country where we deport even a poly-disabled teenager . I live in a country where at every new flash, I have to pinch myself to say that I did not dream, that this will stop, that reason will prevail.
I think of those, I think about the struggles. The ones that allowed that three words appear on the pediments of town halls. I think about the cracked pediments. I think about their meaning, lost in those cracks. I think about those who, once upon a time, lived in the country of human rights.
I live in a country. I live in a country where I wish, too often, I was just transient.
Rédigé le 17 sep 2010 à 19:57 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Rédigé le 17 sep 2010 à 19:49 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
13 septembre 2010. J'allume ma radio. Il est 11h30. J'habite un pays dans lequel le président de la république utilise les services de l'état pour faire espionner un magistrat suspecté d'être à l'origine de fuites dans la presse sur une affaire de trafic d'influence touchant - au moins - un ministre et - probablement - le chef de l'état lui-même.
Il est 13h. Flash Info. J'habite un pays dans lequel on apprend que le magistrat qui fut aussi la "source" des journalistes est, soudainement, muté en Guyane.
Il est 14h. Lecture du journal. J'habite un pays que l'ONU et que le parlement Européen condamnent pour sa politique menée à l'égard des Roms.
J'habite un pays dans lequel le ministre de l'intérieur édicte une circulaire illégale, inconstitutionnelle et raciste. 13 Septembre 2010. Il est 15h. Flash Infos. J'habite un pays dans lequel le ministre de l'intérieur réécrit à la hâte, la même circulaire illégale, inconstitutionnelle et raciste.
Il est 17h. J'habite un pays où le ministre de l'immigration et de l'identité nationale dit n'avoir aucune connaissance d'une circulaire illégale et raciste pendant que ses collègues parlementaires expliquent que la France n'a pas de leçons à recevoir de l'Europe ou de l'ONU et qu'elle continuera de régler le problème de la pauvreté et de l'immigration avec des circulaires illégales et racistes.
J'habite un pays ou pendant que l'un ignore les circulaires relevant de son ministère, les autres les assument et les revendiquent, et le troisième les réécrit à la hâte. Faut dire aussi que j'habite un pays ou le ministre de l'immigration et de l'identité nationale était occupé à se marier quand on a découvert cette circulaire illégale et raciste. J'habite un pays où on ne peut pas être à la fois au four et au moulin. Jean Dutour et Jean Moulin.
J'habite un pays dans lequel un ancien cadre du parti socialiste désormais ministre de l'identité nationale d'un gouvernement de droite, se marie avec une jeune étudiante tunisienne, au ministère de l'immigration, ledit mariage étant célébré par une ancienne garde des sceaux elle-même "issue de l'immigration" et ayant - avant sa disgrâce - longtemps servi de quota de minorité visible d'un gouvernement de droite. J'habite un pays dans lequel même les symboles sont compliqués.
J'habite un pays dans lequel une affaire touchant un ministre est confiée au parquet plutôt qu'à un juge d'instruction, ledit parquet n'ayant de comptes à rendre qu'au ... ministre.
J'habite un pays dans lequel les journaux qui expliquent tout cela sont dirigés par de dangereux gauchistes à l'obscur passé trotskyste et dont la seule motivation est d'attenter à l'intégrité et à l'honneur de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa. J'habite un pays où, quand à quelques mois d'intervalle, 2 puis 2,5 millions de salariés descendent dans la rue pour défendre leurs droits, ils ne sont, selon la police, représentatifs de rien du tout.
J'habite un pays ou des milliers d'écoliers n'auront plus devant eux
que des étudiants à qui l'on a expliqué que le métier d'enseignant
pouvait s'apprendre en quelques heures de formation.
J'habite un pays où l'éducation, la santé publique, l'accès aux soins pour chacun et surtout pour les plus pauvres est, chaque jour, plus difficile, plus lointain.
Cela avait commencé il y a longtemps déjà. Je me souviens. 18 Mai 2007. J'allume ma radio. Le flash de 19 heures. J'habite un pays qui se dote d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Comme une pelote de haine, de morgue, de mensonge, et de bêtise que l'on s'applique à dérouler et à dérouler encore. Flash info. J'habite un pays où l'on expulse des enfants à la sortie de l'école. Flash info. Encore. J'habite un pays où l'on expulse même des poly-handicapés. J'habite un pays dans lequel à chaque nouveau flash d'information, je dois me pincer pour me dire que je ne rêve pas, que tout cela va s'arrêter, que la raison va l'emporter.
Je pense à ceux, je pense aux luttes. Qui ont permis que 3 mots figurent aux frontons des mairies. Je pense aux frontons fissurés. Je pense au sens, perdu dans ces lézardes. Je pense à ceux qui ont, un temps, habité le pays des droits de l'homme.
J'habite un pays. J'habite un pays dans lequel je voudrais, trop souvent, ne faire que passer.
<Update> "Ah not'môssieur, ah not'bon maître, pourquoi ont-ils tué ... Jaurès" </Update>
Rédigé le 13 sep 2010 à 22:30 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (36) | TrackBack (2)
Rédigé le 10 sep 2010 à 21:04 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Prologue. Mettons les différents cas de figure suivants :
Et si tu insultes le chef de l'état sur le web ? C'est plus compliqué.
Si tu insultes le chef de l'état sur un site internet, si par exemple tu écris (ce qui suit n'est qu'un exemple, une illustration, et donc pas une insulte hein?), si par exemple tu écris, disais-je : "Nicolas Sarkozy est un trou du cul", a priori tu encours également des poursuites pénales pour insulte (ou outrage, j'en sais rien, je suis pas Maître Eolas), vu que la loi s'applique aussi sur le web. Mais ...
Mais si tu écris que : "la page classée première pour la requête 'trou du cul' sur Google est le compte facebook officiel du président de la république", ou - autre exemple - si tu écris, "il s'agit cette fois de désigner Nicolas Sarkozy comme un trou du cul", ou bien encore, "grâce à cela, Nicolas Sarkozy est un trou du cul", tu n'insultes pas le chef de l'état, tu relates ou participes à une forme de catharsis collective visant à détourner volontairement le fonctionnement des algorithmes de pertinence que les moteurs de recherche utilisent pour classer leurs résultats, tu fais du Google Bombing.
Plus subtil :
Kesako Google Bombing ?
Le Google Bombing, comme l'écrit Wikipédia, est "une technique de référencement visant à influencer le classement d'une page dans les résultats du moteur de recherche Google. Elle exploite une caractéristique de l'algorithme PageRank qui accorde un certain poids au texte avec un hyperlien vers une page. Si plusieurs sites utilisent le même texte pour pointer sur la même cible, Google additionne ce poids et il devient possible de faire apparaître la page cible dans les résultats d'une recherche sur le texte contenu dans les liens pointant vers elle." La suite de la page Wikipédia regorge d'exemples en tous genres. Je vous y renvoie.
Dernière bombe en date donc, celle renvoyant, sur la requête "trou du cul" à la page Facebook officielle de Nicolas Sarkozy. N'en fallait pas davantage aux médias internationaux de tous poils (sic) pour se faire l'écho de cet outrage par la bande. Joint au téléphone dans l'après-midi par une journaliste de l'AFP qui était tombée sur cet ancien article d'Affordance, notre conversation s'est transformée en dépêche AFP, laquelle s'achève sur un contresens dommageable que je vais ci-après m'efforcer de corriger (sans acrimonie aucune pour la journaliste en question : nous étions tous deux pressés par le temps, et l'entretien s'est fait dans l'urgence de l'événement, du coup je n'ai certainement pas été assez clair ... et comme j'ai un blog pour rectifier le tir, j'en profite :-)
Retour sur la dépêche AFP.
Première inexactitude.
Il ne s'agit pas du "système d'exploitation" du moteur de recherche mais bien de son algorithme, c'est à dire du programme informatique lui permettant de classer les pages par ordre de pertinence.
Deuxième inexactitude.
Les chiffres donnés à la journaliste l'étaient davantage au titre d'une parabole explicative que d'un authentique exemple. De fait, personne n'est capable d'indiquer (même très approximativement) combien de sites sont nécessaires à la fabrication d'une Google Bomb. On sait juste qu'il en faut ... beaucoup, et que cela dépend d'au moins deux critères :
Et un gros contresens.
Vrai : il est effectivement très simple techniquement d'éliminer ce genre de liens. Mais faux : Google ne s'en tient plus à sa politique de laisser faire. Il y eut en fait plusieurs temps dans la gestion du Google Bombing par Google lui-même :
La vérité est ailleurs.
Sauf à travailler chez Google et à être en charge du dossier, personne ne sait vraiment ce qu'il en est. On peut simplement être certain que :
On résume ?
Bon ben alors y'a quoi d'nouveau dans c't'affaire ??
Ce qui est nouveau dans l'affaire c'est qu'il s'agit, à ma connaissance, de la première fois que le support de la cible attaquée (Nicolas Sarkozy) n'est pas un site institutionnel (elysee.fr) mais la page "officielle" du premier des réseaux sociaux occidentaux. Plusieurs remarques s'imposent alors :
Quels enseignements en tirer ?
P.S. : concernant la réaction de Google, je vous renvoie à la précédente dépêche AFP sur le sujet dans laquelle la firme indiquait : "Nous ne soutenons pas cette pratique, ni aucune autre visant à altérer l'intégrité de nos résultats de recherche, mais en aucun cas cette pratique n'affecte la qualité générale de notre moteur de recherche dont l'impartialité reste, comme toujours, au centre de notre action", a souligné Google.
<Update> Ce mercredi 8 septembre, la bombe a été désamorçée par Google. Ne figurent plus que les sites faisant mention du Google Bombing. </Update>
Rédigé le 06 sep 2010 à 23:13 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux | Lien permanent | Commentaires (10) | TrackBack (0)
Il date un peu mais je ne m'en lasse pas. C'est un mélange de strip-tease (l'émission documentaire) et des meilleures caméras cachées de Lafesse (lhumoriste). C'est une méditation de 3 minutes et 17 secondes sur la notion de vie privée qui vaut toutes les meilleures thèses sur le sujet. C'est l'expression d'un paradoxe. C'est drôle. C'est là.
Rédigé le 03 sep 2010 à 21:40 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Demain, c'est dans tous les journaux (sauf dans celui de Jean-Pierre Pernaud), demain, 16 000 étudiants en Master vont se retrouver "en responsabilité". C'est à dire avec la charge d'une classe, 18 heures par semaine. Une classe c'est - en moyenne - 30 élèves. Soit 16 000 x 30.
Demain, 480 000 élèves vont avoir, 18 heures par semaine, un professeur qui ne saura de son métier que l'enseignement disiplinaire théorique qu'il a acquis en master. Un peu comme si la connaissance des ingrédients nécessaires à la fabrication d'une baguette vous rendaient automatiquement boulanger. Un peu comme si la connaissance des éléments composant un moteur vous faisaient garagiste. Un peu comme si la compétence d'enseigner, le métier de transmettre relevait de la seule immanence.
Moi, demain, si j'étais l'un des 960 000 parents des 480 000 élèves qui vont se retrouver devant les 16 000 enseignants immanents fraîchement sortis des cerveaux jumeaux de Xavier Darcos et Luc Chatel, je serais très très très, mais alors très très très en colère. Au moins autant que sont en colère et désemparés les 16 000 immanents qui n'avaient rien demandé, si ce n'est de pouvoir bénéficier d'une formation au métier qu'ils avaient choisi.
Voici venu le temps de la formation sur le tas. A n'en pas douter, la véritable violence scolaire est sous nos yeux.
Bonne rentrée.
Rédigé le 01 sep 2010 à 22:53 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
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