Alors que l'on ne cesse de parler de livre, de numérique, de liseuses, de smartphones ... n'oublions pas que la nature de tout dispositif de lecture est de représenter la possibilité d'une hybridation, latente ou évidente. Une affordance.
(Source)
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Alors que l'on ne cesse de parler de livre, de numérique, de liseuses, de smartphones ... n'oublions pas que la nature de tout dispositif de lecture est de représenter la possibilité d'une hybridation, latente ou évidente. Une affordance.
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Rédigé le 30 oct 2009 à 18:59 dans Biblio"Tech", Document numérique, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
... nous vient du compte Twitter de Clay Shirky
Que l'on complètera à loisir :
Et que l'on prolongera comme on le souhaite :
Médias de l'immédiat, médiations éphémères, qui n'interdisent heureusement pas, bien au contraire, l'exercice de la méditation sur leur génèse, leur histoire contemporaine et leur devenir proche, pour autant que ce dernier définisse également et grandement le nôtre, le collectivement nôtre.
Rédigé le 18 oct 2009 à 22:46 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
A écouter et/ou podcaster demain mardi 13 octobre aujourd'hui vendredi 16 Octobre, l'émission Médialogues de la Radio Suisse Romande s'intéresse au projet Europeana et à Google Books. Avec une interview de votre serviteur.
Pour archivage personnel, l'émission restera accessible ici.
Rédigé le 16 oct 2009 à 15:02 dans Agenda, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Bon bien sûr c'est un avis qui n'engage que moi, mais comme j'en suis à ma 6ème interview téléphonique en 6 jours sur le sujet ... peut-être que l'inventaire à la prévert ci-dessous permettra d'y voir un peu plus clair ... Voilà donc la les solutions (enfin les miennes) au "problème" Google Books.
Et puis aussi tant qu'on y est :
Rédigé le 15 oct 2009 à 22:20 dans Document numérique, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (18) | TrackBack (1)
Rédigé le 14 oct 2009 à 23:31 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
Préambule.
C'était il y a de cela au moins 9 ans (je n'ai plus la date exacte ni le temps de la retrouver). Du jour au lendemain, un moteur de recherche qui n'était encore "qu'un" moteur de recherche se mit à indexer non plus seulement les fichiers rédigés dans les langages standards du web (HTML), mais également les documents word, les pdf, les fichiers excel et progressivement l'ensemble des documents autrefois invisibles ou rassemblés sous le nom programmatique de "web invisible". Dans la semaine qui suivit cette bascule historique de l'histoire de l'indexation sur le net, de petits malins firent de réjouissantes trouvailles : les arborescences de serveurs regorgeaient alors de documents étiquettés "diffusion restreinte" ou même "confidentiel défense - sécurité nationale", sans que nul ne se soucie du jour où ceux-ci deviendraient banalement accessibles, tant cela paraissait aussi improbable que de voir un jour le ministère de l'intérieur se transformer en ministère de l'identité nationale (pardon ... mauvais exemple) un moteur de recherche fonctionner par télépathie. Or donc, durant cette belle semaine, des requêtes du type "note confidentielle site:.gouv.fr filetype:doc" ramenaient des documents disons ... inhabituels. J'avais moi-même à l'époque (je n'ai hélas pas tout gardé) récupéré quelques notes "confidentielles" du ministère de la santé, ainsi que de magnifiques documents estampillés "défense nationale" "diffusion interdite" dont un document word de 40 pages sur l'armement militaire de notre beau pays, avec de jolis plans de montage du genre "construisez vous même votre AMX-30 lance-flamme". En guise de bonne foi et pour que vous (et mes étudiants qui me lisent) n'aient pas l'impression qu'il s'agit là de racontars fantasmés de pseudo agent-secret de pacotille, je vous joins un extrait du plus insignifiant des documents que j'avais récupérés à l'époque (Téléchargement 01-176-cdc - copie) sur lequel vous noterez la croix "diffusion restreinte" figurant dans les premières pages (les autres, si on vous le demande, et ben je ne les ai plus, je ne les ai jamais eu, d'ailleurs je ne vous connais même pas ... pas envie d'avoir des ennuis avec la police l'Hadopi).
Info ou Intox ? Or donc on apprennait (ici, là, et aussi là) le 23 septembre que Google se mettrait bientôt (dans 15 jours, c'est à dire de manière imminente ...) à indexer les documents GoogleDocs. C'est à dire que des documents de travail, de la documentation personnelle se retrouveraient subitement possiblement mélangés au milieu des résultats de recherche du moteur. Vous pouvez relire les 3 liens sus-mentionnés (C-Net, Zdnet et Journal du Net), vous verrez que l'annonce semble officielle : c'est "Google qui annonce", "le groupe qui indique que", "Google qui écrit dans un billet de blog". Sauf que. Sauf que sur le blog officiel de Google ou dans sa page consacrée aux communiqués de presse : rien. C'est en fait Marie, une employée de Google, qui sur un forum d'aide aux utilisateurs de GoogleDocs, a posté l'information. Mais à cette heure, aucune confirmation de la firme. Alors Info ou Intox ? Si c'est une info, c'est une nouvelle étape (hélas depuis longtemps prévisible) de la lente dérive des continents documentaires. Mais quand bien même cela serait de l'intox, cela renforce l'imaginaire courant prêtant - par ailleurs à raison - un appétit de Danaïde à l'ogre de Mountain View.
L'indexation comme monstrueuse monstration. Depuis déjà longtemps j'ai expliqué et décrit le phénomène de dérive des continents documentaires. Autour d'une idée simple : les trois sphères jadis distinctes du public, du privé et de l'intime, des documents relevant de nos sphères publiques, privées et intimes, sont aujourd'hui rassemblés en une même sphère d'indexabilité, et ce d'une manière de plus en plus synchrone et - c'est nouveau - transparente aux autres avec - c'est également nouveau - notre plein assentiment. Les nouvelles traçabilités et les nouvelles transparences documentaires dont atteste l'épisode narré ci-dessus pourraient aller jusqu'à abolir une nouvelle frontière, celle de l'intentionnalité de publication. L'indexation n'est plus - comme aux temps jadis - l'occasion d'une mise à l'index de textes jugés subversifs ou non-conformes aux dogmes édictés, l'indexation n'est plus - comme dans le cadre des systèmes informatiques du 20ème siècle - l'occasion d'articuler le couple repérage-extraction (= "je cherche => je trouve"), l'indexation telle que pratiquée par Google et les autres acteurs de nos lectures industrielles, est une monstration qui confine à la monstruosité au sens premier du terme, c'est à dire un processus "dont l'apparence, voire le comportement surprennent par son écart avec les normes d'une société." La quête de Google en même temps que l'aboutissement de la dérive des continents documentaires c'est la constitution d'une nouvelle Pangée dont il serait le seul support. L'écriture. la Trace. Toutes les écritures. Toutes les traces.
Et le web se retourna. Le dernier joujou de la firme de Mountain View est baptisé SideWiki :
Comme souvent avec Google, les fonctionalités en apparence les plus anodines (sous réserve qu'elles soient ensuite effectivement adoptées par les internautes, mais elles le sont généralement ...), les fonctionalités en apparence les plus anodines sont porteuses de profonds bouleversements qui ne font longtemps qu'affleurer la surface des choses avant de la remodeller à leur image. En l'occurence, grâce à SideWiki, grâce à la possibilité offerte à "tout le monde" de commenter "n'importe quoi", le web change de nature "sémiotique". Plus précisément nous sommes conviés à assister à un nouvel effondrement sémiotique : l'espace des signifiants directement liés à une énonciation affirmée ou revendiquée comme telle (c'est à dire les contenus produits par "un" auteur identifié comme tel et "s'engageant" éditorialement en son nom propre ou en celui de la collectivité au sein de laquelle il s'exprime), cet espace des signifiants se densifie, se déplace, change de nature. L'exception (qui était jusqu'alors celle de Wikipédia et des Wikis en général) deviendrait possiblement la règle. Non pas que ces nouvelles "marginalia" ne soient amenés à écraser quantitativement les contenus "centraux", mais elles instituent un déplacement significatif du positionnement de toute énonciation située.
La vérité est ailleurs et le cauchemar est dans les marges. Dans le meilleur des cas on assistera à une évolution semblable à celle qui, pour le livre imprimé, ramena progressivement l'explosion de la glose dans l'espace calibré et normalisé des notes infra-paginales (cela prit quand même quelques siècles ...). Dans l'autre cas ... dans l'autre cas le bouleversement pour certains sites institutionnels ou marchands pourrait bien rapidement virer au cauchemar. La légitimation d'une telle pratique, par Google, via son outil SideWiki, peut-être rapprochée de celle d'un bâtiment institutionnel qui serait en permanence taggué sans avoir même la possibilité d'effacer lesdits tags. Ou bien encore de cet individu qui n'aurait d'autre choix que d'entendre et de voir en permanence ce qui se dit de lui. Le refus une nouvelle fois réaffirmé de toute intimité, de toute fermeture au monde, de toute fermeture à l'autre ; l'ouverture, permanente, rémanente, non pas de l'écriture, mais de toutes "les" écritures. La préemption de toute part d'intime au nom de l'accomplissement en tous temps et en tous lieux assouvi de nos désirs d'extimités numériques. Une logique qui est celle de l'épuisement énonciatif à moyen (court ?) terme :
Imaginons que le web n'ait pas été bâti sur son modèle actuel mais qu'il soit né d'un Wiki et nous aurons une idée des possibles engendrés par SideWiki.
Imaginons encore que le web n'existe pas sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui, celle d'un agencement collectif et complexes d'énonciations "situées", mais qu'il ait été conçu et se soit développé dans un seul et unique palimpseste éditorial éternellement mouvant et "in-situable" ...
La modernité du "lecteur" de Barthes est d'autant plus frappante si on lui substitue la figure des lectures industrielles. Celui qui tient alors "rassemblées dans un même champ toutes les traces dont est constitué l'écrit", n'est autre que le grand scriptuaire, Google lui-même. Tel semble être l'enjeu de cette nouvelle Pangée que Google façonne en interaction permanente avec chacun de nos comportemetns connectés. Redéfinir l'acte même d'écriture en faisant de son indexation la condition première de son existence, c'est à dire, in fine, la condition première de son énonciation. L'existence précède l'essence affirmait Sartre ; l'indexation précède l'énonciation semble vouloir démontrer Google. C'est une nouvelle mythologie de l'écriture qui nous attend comme horizon d'attente de cette nouvelle Pangée. Barthes toujours.
S'essayer à ses désirs, décomplexer l'écriture comme d'autres décomplexent le libéralisme ou moralisent le capitalisme. Redéfinir l'acte d'écriture et, ce faisant, redéfinir également l'acte de lecture : lectures industrielles certes, mais industries également "structurelles" à défaut d'être simplement structurées, régulées :
Sémiologie à la petite semaine. De cette nouvelle Pangée, Google a d'ailleurs la forme : les sémiologues vous le diront, le nom de Google est doublement programmatique. Par la quantité mathématique qu'il désigne (le Gogol) mais également par la rotondité de sa graphie même. Le G de Gaïa-Google dispose de toute la rondeur de la terre, rondeur amplifiée d'abord horizontalement par le redoublement du "oo" puis ensuite verticalement par la graphie du "g" qui s'amuse également à singer l'infini en son symbole mathématique. Nouvelle profondeur de l'écho du doublement des voyelles initiales. Le "l", est la seule trace de verticalité qui tranche avec cette rondeur et s'en distingue également en étant - avec le "o" jaune central - la seule couleur non redoublée, une verticalité qui, davantage qu'une direction, est l'empreinte d'un axe. Celui autour duquel tourne la planète Google.
L'indexation comme bras armé d'une nouvelle sous-veillance ? Sous-veillance. Le panoptique inversé. Les indices sont légion. Au moins autant que les entrées d'index de Google. Derniers en date, une application pour Iphone permettant de fouiller une gigantesque base de donnée regorgeant d'informations personnelles et intimes (si tant est qu'un casier judiciaire relève de l'intime). Cette base de donnée c'est celle d'Intelius, un site dont je vous avais parlé il y a très longtemps sur UrfistInfos (là et là). Sur Intelius on trouve ce genre d'informations pour un individu lambda :
Autre application pour Iphone et autre sous-veillance alarmante, le site Everyblock.com qui liste un nombre impressionnant d'informations "de proximité" sur votre quartier ("block") : taux de criminalité, derniers permis de construire déposés, dernières visites des services de l'hygiène dans tel ou tel restaurant ou telle ou telle piscine municipale, mais également le nombre et le type des appels en direction des services de police (tant d'appels pour agression, tant d'appels pour braquage, etc ...), j'en passe et des plus gratinés. De l'annonce des prochains travaux de voirie aux informations sur le taux de criminalité de tel quartier ou de telle rue, toutes ces données "publiques" sont allègrement remixées, l'ensemble formant un angoissant panopticon personnalisable, géolocalisable, bref, un panopticon sur-mesure. "Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule" disait l'autre. Qui inventera l'application "Panoptique" pour I-Phone ?
De la divulgation au contrôle. Et réciproquement. Naturellement, la mise à disposition de ces informations dans le cadre d'applications aussi grand public que quotidiennes est effrayante, effarante. Elle institue le risque du contrôle en même temps qu'elle le légitime. Double contrainte. Le risque incarné par des sociétés comme Intelius et autres Everyblock.com est celui de la divulgation. Or sans contrôle la divulgation n'est rien. Ou si peu. Les sociétés comme Intelius sont des agrégateurs. Elles vont puiser à des sources différentes et elles agrègent selon un angle choisi (une personne, un quartier, un type de crime sexuel). Elles vont chercher ailleurs des données existantes. La vraie valeur de contrôle, de gouvernance (au sens cybernétique du terme) réside dans la traçabilité de l'ensemble de nos écrits (numériques compris). Elle consiste à avoir la possibilité de passer d'un stade observation extérieure, externe, à la possibilité de l'injonction, à un stade d'observance. Avec Google les données sont chez lui et non ailleurs. Avec Google les informations et les données ne préexistent pas, elles se construisent en permanence, sur ses serveurs, sous ses yeux. Google ne va pas chercher les données, nous les lui envoyons. C'est cette traçabilité hébergée et acceptée (ou seulement "tolérée" mais la nuance n'est hélas plus réellement significative), qui offre des possibilités de recoupement. <Parenthèse> Assez paradoxalement, l'information personnelle que les gens sont les plus réticents à divulguer est ... leur photo. Alors qu'une photo (sauf il est vrai dans le cas du délit de faciès) est, de loin, ce qui donne de nous le moins à voir. Mais nous vivons encore dans une société de l'image qui n'a pas achevée sa mue. Les principaux prédateurs de notre sphère privée et intime sont quasiment impuissants devant une photographie. Elle ne leur apprend rien de nous ou si peu. Elle n'entre pas (pour l'instant ... mais ils y travaillent) dans leur compétence d'indexabilité. Elle se contente de l'illustrer. </Parenthèse>. Elle seule (la traçabilité) permet de donner du sens. De passer de l'observation distante à l'observance pregnante. Intelius divulgue des données et des informations sans possibilité de contrôler ce qui sera fait de ces dernières (c'est d'ailleurs en ce sens que la démarche est a-morale et exempte d'un minimum d'éthique). Google contrôle la divulgation des données et des informations. A tout le moins est-il dès aujourd'hui en situation de pouvoir le faire. Voilà pourquoi il me semble que l'on peut parler à son encontre d'un risque de totalitarisme informationnel sans être taxé d'anti-modernisme chronique ou - pire - de Finkelkrautisme aggravé.
Féodalisme statistique et inféodation algorithmique. Toutes les données collectées par Google le sont à des fins statistiques et algorithmiques. Tel est un tout cas le motto de la firme. La statistique, c'est l'orthographe des écritures industrielles. L'algorithmie est leur grammaire. Comme l'orthographe, la statistique est prévisible. Mais Google et l'échelle statistique à laquelle il culmine (loi des grands nombres) entend bien transmuer cette prévisibilité en prédictibilité. Comme l'orthographe qui a vocation d'être un marqueur de fautes, cette nouvelle soupe primitive de la statistique algorithmique entend être un marqueur de prétendues déviances. L'algorithmie conjuguée à la statistique donne naissance à une étrange grammaire désincarnée, à une nouvelle martingale, propice à tous les fantasmes, et porte-ouverte à toutes les déviances. Récemment à la une du Boston Globe et de quelques autres grands médias, le projet Gaydar est capable de déterminer si vous êtes "gay" uniquement en analysant statistiquement vos réseaux affinitaires (= qui sont vos amis) sur tel site de réseau social. Voilà la martingale. La vérité est ailleurs : le projet Gaydar est capable de déterminer un pourcentage statistique des probabilités pour qu'un individu soit Gay en analysant les réseaux d'amitiés dans lesquels il s'inscrit (et les affinités sexuelles explicitement déclarées desdits réseaux d'amitiés). Ce qui n'est pas tout à fait la même chose que la martingale suscitée. Dit de manière plus abrupte : plus vous avez d'amis gays et plus la probabilité statistique pour que vous le soyez vous-même est élevée. Ce qu'entend mesurer et démontrer le projet Gaydar, c'est précisément les dangers de ce type d'extrapolation, extrapolations staitstiquement "vérifiables" à l'échelle des macro-collectifs humains (milliers de personnes disposant elles mêmes de milliers d'amis), mais extrapolations intimement infondées dès que l'on tente de les ramener à l'échelle d'un individu. La prédictibilité statistique est l'arme de tous les totalitarismes : elle escamote l'existence pour prédire (ou réécrire) l'essence. Elle réinstaure un arbitraire d'autant plus insupportable qu'il se pare des atours de la vérifiabilité. Le comportement d'une foule est modélisable. Celui d'un banc de poisson est "prédictible". Mais rapportées à un individu ou à un petit groupe d'individus, ces analyses cessent naturellement de fonctionner. Le fait social ou culturel en tant que tel n'est heureusement pas transposable à l'ensemble des individualités qui le composent.
A moitié vide. Ou à moitié pleine. Deux éternelles manières d'aborder les choses. Soit l'on observe les technologies ou plus précisément les environnements numériques avec une relative "empathie" et il est pour cela nécessaire de se placer à une échelle macro, soit on mesure les mêmes environnements en se plaçant au niveau de l'individu et en y appliquant une sorte de principe de précaution numérique. Ce qui, dans le premier cas, relève, par exemple, des tentatives de redocumentarisation déviantes (guerres d'édition dans Wikipédia) devient dans le second cas ce que Joël de Rosnay appelle "le danger du révisionnisme numérique". Les écritures roboratives et collaboratives peuvent à tout moment basculer dans l'ombre des écritures robotisées (les mêmes qui inaugurent les lectures industrielles), dans l'ombre des écritures de la collaboration, basculer des indispensables prothèses mémorielles qu'elles constituent, à de bien plus sombres et (de) sinistres mémoires.
Moralité. "L'idée lui vint que la vraie caractéristique de la vie moderne était, non pas sa cruauté, son insécurité, mais simplement son aspect nu, terne, soumis." Georges Orwell, 1984.
Réfvérences :
Rédigé le 13 oct 2009 à 00:03 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (1)
Texte d'Hervé Le Crosnier originellement publié le 12 Octobre 2009 sur Vecam : http://vecam.org/article1122.html
Le prix Nobel d’économie a été décerné ce matin à Elinor Orstrom, qui
travaille sur les Communs, cette forme spécifique de propriété et de
gouvernance qui place les décisions collectives des « communautés » au
centre du jeu socio-économique. Cette question des Biens communs a
longtemps été ignorée par la science économique, par la politique et
par les mouvements sociaux, mais elle est en passe de redevenir un
« outil pour penser » majeur.
Le prix Nobel d’économie a été décerné ce matin à Elinor Orstrom et Oliver Williamson. Leurs travaux, quoique très différents, portent non plus sur la modélisation économique, mais sur le « retour au réel ». Ils prennent en compte des interactions humaines en s’échappant du modèle de la « rationalité économique » qui prévaut dans les constructions mathématiques à la mode au cours de la décennie précédente. Après la reconnaissance du travail de Paul Krugman l’an passé et de Mohamed Yunus l’année précédente, c’est à une ré-orientation globale de la recherche en économie que nous assistons. L’économie n’est plus cette théorie univoque qui servirait de hochet aux politiciens en mal d’instruments de pression sur les peuples (le « There is no alternative » de Margaret Tatcher, repris sous toutes ses formes par nos dirigeants néo-libéraux de tous bords depuis presque trente ans). Les décisions des humains de construire ensemble leur mode de production et de trouver des règles qui ne ressemblent pas à l’imagerie du marché afin d’autogérer leur actions communes pourraient revenir au centre de la réflexion.
En soi, ce simple fait serait une bonne nouvelle. Ajoutons que Elinor Orstrom est aussi la première femme récompensée par un Prix Nobel d’économie... pour des travaux sur l’organisation collective de la vie. Mais c’est pour d’autres raisons encore qu’il faut se féliciter aujourd’hui de la décision de Stockholm.
Elinor Orstrom travaille sur les Communs, cette forme spécifique de propriété et de gouvernance qui place les décisions collectives des « communautés » au centre du jeu socio-économique. Or cette question des Biens communs, qui a longtemps été ignorée par la science économique, par la politique et par les mouvements sociaux, est en passe de redevenir un « outil pour penser » majeur, qui ouvre de nouvelles portes, et qui est en adéquation avec les questions du siècle qui débute (crise écologique, irruption des réseaux numériques, économie de la connaissance, modification profonde des régimes de production, redéfinition des droits de propriété immatérielle...). L’extension du travail immatériel et du numérique à l’échelle du monde et dans toutes les activités humaines souligne l’émergence centrale d’un nouveau type de bien commun, articulé autour de la connaissance et de l’information, et des règles collectives de fonctionnement en réseau.
La question des « Communs » est au coeur de l’histoire du capitalisme. La première grande révolte populaire fondatrice de nos conceptions actuelles du droit, dans l’Angleterre du XIIIème siècle, avait pour cause l’expropriation des Communs. En mettant la main sur les forêts et les terres communales, le Roi Jean et les Barons jetaient dans le dénuement le plus total ceux dont la survie même dépendaient de ces terres ouvertes aux récoltes de tous : veuves ayant le droit de ramasser le bois de chauffage, paysans laissant paître les moutons, ramasseurs de champignons et de miel,... L’enclosure des Communs allait susciter de grands mouvements populaires, et des figures fortes marquant l’imagination comme « Robin des Bois ». Une armistice fut trouvée dans l’élaboration de deux traités en 1215 : la Grande Charte et la Charte des Forêts. Le premier consacrait ce que nous appelerions aujourd’hui les Droits politiques et sociaux et offrait la garantie de procès équitables et la nécessité de placer l’autorité royale sous le régime collectif de respect du droit. Et le second se consacrait aux « droits économiques et sociaux » en définissant les droits des usagers des forêts, les communs de l’époque. Dès lors cette question des communs a traversé toutes les révoltes populaires, tout comme elle a traversé toutes les tentatives d’élaborer un droit et des lois qui équilibrent les sociétés en respectant les humains qui la composent. En sens inverse, à la suite de Peter Linebaugh, on peut relire l’histoire de la colonisation, de l’esclavage et de la prolétarisation comme une volonté perpétuelle du capital de réduire les communs et d’imposer le règne de la marchandise, à la fois pour dégager de nouveaux espaces au profit, mais aussi pour limiter les capacités d’auto-organisation des populations.
Du côté scientifique, la notion de Communs reçu une attaque particulièrement pernicieuse en 1968, quand le socio-biologiste Garrett Hardin publia son article « la tragédie des communs ». Dans ce modèle abstrait, Hardin considérait l’usage abusif de paturages communs par des bergers, chacun cherchant à y nourrir le plus grand nombre d’animaux... au point de réduire la quantité d’herbe disponible. Ce modèle du « passager clandestin », qui profite d’un bien disponible sans s’acquiter de devoirs envers la communauté, reste le modèle abstrait de référence ; un modèle simpliste qui colle parfaitement avec l’idéologie libérale. Avec de telles prémisse, la conclusion de Hardin s’imposait : « le libre usage des communs conduit à la ruine de tous ». Or Elinor Ostrom et Charlotte Hess, dans leur ouvrage majeur « Understanding knowledge as a commons » réduisent en poudre ce modèle qui a pourtant fait couler tant d’encre. Pour elles, le modèle de Hardin ne ressemble aucunement aux communs réels, tels qu’ils sont gérés collectivement depuis des millénaires, à l’image des réseaux d’irrigation ou des pêcheries. Pour Hardin, les communs sont uniquement des ressources disponibles, alors qu’en réalité ils sont avant tout des lieux de négociations (il n’y a pas de communs sans communauté), gérés par des individus qui communiquent, et parmi lesquels une partie au moins n’est pas guidée par un intérêt immédiat, mais par un sens collectif.
Le grand apport d’Elinor Orstrom est dans cette distinction entre les « Communs considérés comme des ressources » et les « Communs considérés comme une forme spécifique de propriété ». Cette conception prend de plus en plus d’importance avec l’intégration des préoccupations écologiques dans l’économie. La notion de Communs devient attachée à une forme de « gouvernance » particulière : il s’agit pour la communauté concernée de les créer, de les maintenir, les préserver, assurer leur renouvellement, non dans un musée de la nature, mais bien comme des ressources qui doivent rester disponible, qu’il faut éviter d’épuiser. Il n’y a de Communs qu’avec les communautés qui les gèrent, qu’elles soient locales, auto-organisées ou ayant des règles collectives fortes, y compris des Lois et des décisions de justice. Les Communs sont des lieux d’expression de la société, et à ce titre des lieux de résolution de conflits.
La théorie des Communs connaît un nouveau regain depuis la fin des années 1990, quand on a commencé à considérer les connaissances, les informations et le réseau numérique internet lui-même comme un nouveau Commun, partagé par tous les usagers, et auprès duquel chaque usager a des droits (libre accès au savoir, neutralité de l’internet, production coopérative, à l’image de Wikipedia,...) comme des devoirs. Il existe une différence majeure entre ces Communs de la connaissance et les Communs naturels, qui a été pointée par Elinor Orstrom : les biens numériques ne sont plus soustractibles. L’usage par l’un ne remet nullement en cause l’usage par l’autre, car la reproduction d’un bien numérique (un fichier de musique, un document sur le réseau, une page web,...) a un coût marginal qui tend vers zéro. On pourrait en déduire que ces Communs sont « inépuisables », et qu’une abondance numérique est venue. Or si l’on considère les Communs comme un espace de gouvernance, on remarque au contraire que ces nouveaux Communs de la connaissance sont fragiles. Il peuvent être victimes de ce que James Boyle appelle « les nouvelles enclosures ». Les DRM sur les fichiers, l’appropriation du réseau par les acteurs de la communication, la diffusion différenciée des services selon la richesse du producteur, l’appropriation privée des savoirs (brevets sur la connaissance) ou des idées et des méthodes (brevets de logiciels), le silence imposé aux chercheurs sur leurs travaux menés en liaison avec des entreprises,... sont autant de dangers qui menacent ces nouveaux Communs au moment même où leurs effets positifs sur toute la société commencent à être mis en valeur.
Ces Communs de la connaissance ont donné lieu à l’émergence de nombreux mouvements sociaux du numérique, à des pratiques communautaires dépassant les cercles restreints pour peser sur toute l’organisation de la société en limitant l’emprise du marché et des monopoles dominants sur cette nouvelle construction collective du savoir. On peut citer ainsi le mouvement des logiciels libres ; celui des scientifiques défendant l’accès libre aux publications de recherche ; les paysans opposés à la mainmise sur les semences ; les associations de malades oeuvrant pour la pré-éminence du droit à la santé sur les brevets de médicaments ; les bibliothécaires partisans du mouvement pour l’accès libre à la connaissance ; les auteurs et interprètes qui décident de placer leurs travaux sous le régime des « creative commons » ; les rédacteurs de projets collectifs qui construisent des documents partagés sous un régime de propriété ouvert, garantissant la non-appropriation privée, à l’image de Wikipédia ou de Music Brainz ; ce sont même des organismes publics qui partagent leurs données pour des usages libres, commela BBC pour la musique et les vidéos, ou PBS le grand réseau de radio public des Etats-Unis. Avec l’internet, cette notion des Communs de la connaissance connaît à la fois un profond intérêt scientifique et pratique, mais voit aussi un nouveau terrain d’expérimentation. Le réseau numérique est à la fois un outil pour la production de ces communs numériques, et une source de règlement des conflits ou de partage des méthodes d’organisation garantissant la maintenance des communs ainsi construits.
En rapportant la question des Communs à cette double dimension, de la gouvernance d’architectures humaines et de biens collectifs d’une part et de la mise à disposition pour tous et le partage des outils et des connaissances d’autre part, les travaux scientifiques sur les biens communs, dont Elinor Orstrom est une figure majeure, ouvrent des portes nouvelles aux mouvements sociaux du monde entier. En témoigne le récent appel « Pour la récupération des biens communs » issu du Forum Social Mondial de Belèm de janvier 2009.
L’attribution du Prix Nobel d’économie à Elinor Orstrom est donc une excellente nouvelle pour le développement d’une réflexion politique et sociale adaptée aux défis et aux enjeux du 21ème siècle.
Caen, le 12 octobre 2009
Hervé Le Crosnier
(Texte diffusé sous licence Creative commons v3 – attribution.)
Pour approfondir la réflexion, quelques pointeurs sur la question des Communs, notamment des communs de la connaissance :
Rédigé le 12 oct 2009 à 20:00 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (1)
Voilà (quelques-unes) des questions et problématiques auxquelles un étudiant de DUT Infocom à La Roche sur Yon est capable de répondre après 8 heures de cours (magistraux) sur la question de l'écriture multimédia :
Les étudiants profitent également en ce moment même des deux heures généreusement allouées pour rédiger un "guide de bonnes pratiques" comprenant une dizaine de règles simples à destination de rédacteurs web novices.
Au cours de leur formation, nombre d'entre eux, qu'ils aient choisi l'option "métiers du livre" ou "communication des organisations" sont également amenés à réaliser de vrais sites web sous SPIP ou Wordpress. N'hésitez donc pas pour les embaucher sur des projets web comprenant du rédactionnel. Ils sont (seront) au top :-)
Rédigé le 08 oct 2009 à 10:37 dans Document numérique, Métier | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
C’est l’histoire d’un blog de chercheur comme le monde en compte aujourd’hui quelques milliers. Espace d’écriture hybride, entre atelier scientifique et échos du quotidien, entre paillasse et machine à café. Rien ne change. Parfois simples signalements de ressources glanées sur le net, parfois analyses plus fouillées, ces notes, billets et notules n’ont rien d’original. Ils sont le travail que chacun d’entre nous effectue au quotidien. Le fil d’Ariane d’une éternelle triangulation entre notre laboratoire, nos enseignements et le monde comme il va. Tout change. Ils sont lus. Ils existent dans l’espace public du débat, scientifique ou non. Lus par d’autres collègues, par nos étudiants, par de simples curieux, par des spécialistes ou des professionnels, de notre discipline ou venant d’autres champs. Ils créent un espace de débat et d’interaction nouveau. Un espace que les revues, dans leur forme actuelle, ne peuvent intégrer. Une temporalité, une réactivité que les colloques et conférences, par leur périodicité et leurs géographies distantes, ne peuvent instaurer. Des accélérateurs. Ces débats, ces espaces et ces nouvelles temporalités sont aujourd’hui absolument nécessaires. Ce temps court des blogs scientifiques ne met aucunement en péril le temps long de l’activité scientifique. Il l’inaugure et le complète. Il en est l’indispensable adjuvant. C’est un temps qui fait trace, qui donne corps. Du temps gagné également grâce à l’organisation et la structuration que permettent les plateformes de publication. Le rubriquage thématique et la périodicité automatique de l’archivage temporel permettent de rassembler rapidement les diverses notules en vue de la préparation d’un nouveau cours, d’une nouvelle conférence, d’un nouvel article. Notules enrichies bien au-delà de l’espace-temps habituel des seuls collègues de la discipline, ou du laboratoire de rattachement. Nouveaux agencements dynamiques du discours scientifique en train de se construire. Chaînon manquant. Les blogs de chercheurs n’ont plus aujourd’hui à faire la preuve de leur intérêt scientifique et sociétal. Vulgarisateurs et pédagogues ils n’ont d’autre ambition que d’exposer la science en train de se faire. Documentés et sourcés, ils offrent au lecteur une parole toujours située, ce qui ne l’empêche pas d’être différemment orientée. Dans l’isegoria foisonnante de nos démocraties numériques, la place de cette parole authentifiée a vocation d’essentiel. En prise avec la société civile et les débats qui l’agitent, ils sont l’instrument permettant d’abolir l’emprise de certaines contre-vérités et approximations, de certaines désinformations manifestes. Science 2.0. La formule est un gimmick marketing qui ne doit pas faire oublier le changement profond et pérenne des pratiques ainsi dénommées. « Séminaire permanent » reposant sur une « culture de l’expérience » comme l’écrit André Gunthert sur son blog (http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/09/15/807-why-blog), l’activité de blogging scientifique n’est rien d’autre qu’une activité de recherche et d’écriture qui autorise, qui entretient et qui induit nécessairement autant qu’intrinsèquement toute une série d’apprentissages et de collaborations périphériques, périphéries chaque jour plus centrales dans les rapports qu’entretiennent science et société, chaque jour plus déterminantes dans la conduite de nos métiers. Les communautés inter ou trans-disciplinaires laissent place à des communautés d’intérêt et de pratiques au moins autant fécondes. Observation participante. Les blogs de chercheurs sont, réflexivement et par nature, d’extraordinaires objets d’étude pour les SIC en ce qu’ils cristallisent des problématiques allant du lissage des différents espaces de publication aux nouvelles granularités de la diffusion des idées, de l’économie de la citation aux stratégies d’énonciation, de l’analyse des activités expertes à la place de la parole scientifique dans la société civile, du rôle des technologies numériques aux processus de médiation les accompagnant. Demain. Demain, il faut le souhaiter, c’est l’ensemble des enseignants-chercheurs qui tiendront un blog. Ce qui fut longtemps l’exception deviendra la règle. On aura mesuré les gains possibles en terme d’intégration des nouveaux doctorants, de visibilité de nos laboratoires et de nos travaux, de fertilisation croisée entre différents champs scientifiques, et l’on se sera donné les moyens de généraliser ces gains à l’ensemble de la communauté scientifique. Alors de nouveaux glissements se feront sentir dans la tectonique de l’énonciation scientifique. Alors de nouveaux artefacts émergeront. Aujourd’hui. La force des blogs scientifiques est d’être à l’unisson des bouleversements qui affectent l’ensemble de nos pratiques informationnelles connectées, tout en préservant ou en ré-instaurant la distance nécessaire à leur analyse. Hier. Pointés du doigt il y a encore deux ou trois ans de cela (sur l’air de « allons voyons mon cher collègue, cela n’est pas sérieux »), aujourd’hui souvent plébiscités par les médias ou placés sous les feux de la rampe de l’un de ces nombreux classements dont est friande la société civile (sur l’air du « palmarès mensuel des meilleurs blogs de chercheurs »), demain les blogs seront simplement devenus un élément nécessaire et constant de l’écosystème de la publication scientifique et du fonctionnement académique. Une banalisation souhaitable et par ailleurs déjà observable. Puisse le travail mené depuis déjà 4 ans sur Affordance.info y contribuer.
Olivier Ertzscheid. Maître de conférences à l’université de Nantes. A l’origine - avec d’autres collègues - du lancement du premier blog francophone collaboratif dans le domaine de l’information scientifique et technique. Auteur du blog scientifique « Affordance.info » (http://www.affordance.info).
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Texte de commande, à paraître d'ici quelques mois ... je vous laisse deviner où ;-)
Rédigé le 04 oct 2009 à 20:00 dans Francoblogsciences, Métier | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
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