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Le petit lien du Week-End

Pris ! La main dans le sac moteur.
Maindedans

(Via Wischnik)

Jeudi 29 Janvier 2009 en 3 liens.

D'abord un peu de lecture.
Et puis un peu d'exercice.
Bonne journée :-)

Enseignants-chercheurs, quel est votre quotidien dans votre université ?

Tel est le titre de l'appel à témoignage publié dans le journal Le Monde avec le texte suivant :

  • "Le projet de décret modifiant le statut d'enseignant-chercheur soulève une opposition grandissante dans les universités, notamment en raison des nouvelles procédures d'évaluation qui doivent donner plus de place aux présidents d'université. Dans votre université, qui vous évalue et comment ? Les procédures de promotion sont-elles transparentes ? Les étudiants ont-ils leur mot à dire ? Une sélection des meilleurs témoignages sera publiée sur Le Monde.fr. Merci de laisser des coordonnées les plus précises possible, afin que la rédaction puisse éventuellement vous contacter pour obtenir plus de précisions."
  • Vous noterez au passage le subtil glissement sémantique entre le titre ("votre quotidien") et le chapeau ("l'évaluation comme sujet qui fâche") ... mais bon, au final une volonté d'ouverture qui permet d'oublier que parfois, le Monde a aussi "La voix de son maître" ...

Bref, vous me connaissez, comme faux-témoin je me pose là. J'ai donc témoigné en envoyant ça (contrainte : 1500 caractères).
=========================
8h30. IUT de province. Arrivée au bureau, pas de cours aujourd'hui. Chercheur. Coup de fil à deux collègues pour boucler deux articles dans des revues "de rang A". Penser à sa carrière. Evaluation. Puis 2 heures de travail sur lesdits articles. Reste une heure avant la pause, l'occasion de mettre en ligne son cours sur la pateforme de formation à distance de l'université. Enseignant. Pause déjeuner. L'occasion d'une mini-réunion de labo. Chercheur. 13h. Retour au bureau. Convocation d'étudiants de 1ère année pour "absences injustifiées". Chercheur, mais aussi un peu conseiller principal d'éducation. Dans la foulée, gestion des emplois du temps des collègues du département. Tâche très lourde et très prenante en temps. Mais il faut bien pallier les carences en personnel administratif. Chercheur, mais aussi secrétaire, directeur des études. 15h30. Coups de téléphone aux entreprises qui accueillent ses étudiants en stage. Puis visite sur place pour deux d'entre eux, pour voir si tout se passe bien, pour faire connaître notre formation. Chercheur mais aussi VRP. 17h, retour à l'IUT pour une réunion de jury de passage. Les "conseils de classe de l'université". 18h. Fin de journée. Demain même chose, avec un peu moins de tâches administratives, un peu plus de cours "en présentiel". 21h30. Les enfants sont couchés. La deuxième journée commence : répondre aux mails de ses étudiants, avancer sur ses articles, préparer cours et TP, corriger des copies. Pas eu le temps dans la journée.
=========================
Ecrit tel quel c'est vrai disons à 95% (je ne fais pas tout ça tous les jours et toujours dans cet ordre, je ne suis pas directeur des études, je m'occupe juste de l'emploi du temps d'une formation, occupation suffisant largement à me convaincre de tout mettre en oeuvre pour ne JAMAIS devenir directeur des études ... bénis soient-ils). Je me suis juste planté dans le titre. J'ai appelé ça "Une journée à l'université". Je voulais appeler ça : Le mépris.

(Temps de rédaction de ce billet : 15 minutes)

Blogueur multi-cartes ou blogueur compulsif ?

Il n'aura pas échappé à votre perspicacité que le rythme de publication d'Affordance est singulièrement en baisse.
La raison en est simple : je n'ai jamais autant bloggué. Si si. J'vous jure. Mais il y a un truc. Le truc c'est que je n'ai pas qu'Affordance comme blog. Et l'autre jour m'est venue l'idée saugrenue de me demander combien de rogntudjuuu d'autres blogs je maintenais ou contribuais à maintenir.
En voici donc une liste qui n'aura pour vous, j'en conviens, aucun intérêt, sinon d'attester que je suis un bloggueur compulsif et pour moi, dans un autre billet peut-être, de tenter d'en sonder les raisons ...

  • depuis début décembre, j'ai créé et rédigé les billets de "sauvonslesiutetaudela". 175 billets en un mois tout de même ... (même si lesdits billets ne sont que du copier-coller d'infos glanées ci et là ou directement transmises par des collègues)
  • il y a le blog de mes cours à l'IUT et un peu (mais de moins en moins) ailleurs : mises à jour minimes mais très régulières pour faire évaluer le syllabus des cours et y ajouter diverses ressources
  • il y a encore le blog de la FCPE de l'école Saint-Exupéry (dont je vous conseille vivement la lecture du dernier billet si vous avez des enfants scolarisés en primaire ...)
  • il y a ... aussi en "simultanné" de Novembre à Mars, 4 projets web développés sous wordpress (.org pas .com) pour de "vrais" clients, par les étudiants de l'IUT avec hébergement (chez Free et OVH) Je ne vous mets pas les liens vu qu'ils ne sont pas finis ...
  • il y a aussi deux blogs personnels (vie de famille, photos des enfants et tout et tout) que je maintiens assez aléatoirement
  • il y a les blogs créés pour l'occasion sans nécessiter de mises à jour régulières (quoique)
  • il y a les formations express de gens à qui j'avais dit "mais si vas-y c'est facile t'en as pour 5 minutes et si t'y arrives pas et ben tu me demandes" ... et ... qui me demandent ...
  • il y a les blogs créés pour d'autres mais que je me retrouve seul à alimenter, ou que je n'ai pas le temps d'alimenter à force d'être seul à les alimenter : ainsi une excellente revue associative, SensDessous, et un sport de combat méconnu, le Yoseikan Budo que j'exerce en amateur dans la riante bourgade de Saint-Florent des Bois.
  • et il y a naturellement Affordance, grand perdant (momentanné) de cette hypertrophie du clavier
  • il y a ceux que j'oublie ou que j'omets volontairement ...

Soit en tout, et en ne considérant que les blogs pour lesquels je suis le seul et unique rédacteur, une grosse quinzaine de blogs, principalement associatifs ou universitaires, aux rythmes de publications sensiblements différents ... + Affordance.

Moralité 1 :
Tous mes blogs ou les blogs que je crée le sont avec la plateforme Wordpress ... sauf Affordance. Moralité 2 :
J'ai un peu du mal avec le mot de trois lettres servant usuellement à exprimer le refus ou la négation mais je me soigne.
Moralité 3 :
Y'a des jours ou je passe autant de temps à me délogguer/relogguer qu'à blogguer et y'a le jour ou je vais finir par vous parler sur Affordance de la dernière compétition de Yoseikan Budo à Saint-Florent des bois, à moins que je ne me mette à blogguer là-bas sur les relations entre web implicite et dérive des continents documentaires, ce qui retarderait probablement d'autant l'obtention de ma ceinture noire (prévue pour dans 10 ans) et la crédibilité difficilement acquise dans la moiteur des vestiaires. Bref si quelqu'un connaît le widget et/ou plug-in et/ou logiciel qui permet de gérer les couples login/password de manière simple, qu'il soit ici remercié et n'hésite (surtout pas) à me faire signe en commentaire.
Moralité 4 :
Ce billet ne va en rien me permettre d'avancer sur les 719 messages qui attendent patiemment dans ma boîte mail d'être bloggués (ah oui, un jour faudra aussi que je vous raconte comment je bloggue ou comment je veille, ce qui est pour moi exactement la même chose)
Moralité 5 :
Manquerait plus que je me mette à trouver un intérêt à touitteureu ou que je redevienne addict à Face de bouc ...
Moralité 6 :
Temps de rédaction de ce billet perdu à rédiger un truc inutile au lieu de bloguer utile : 1h

Le petit lien du Week-End

Le facteur d'impact. Le vrai. Le vôtre.
Impactfacteur
(Via PhD Comics)

Les 8 milliards de Nicolas pour la recherche (le feu aux poudres - épisode 4)

Un type formidable ...
Nicolas Sarkozy. Ce type est formidable. Si si. Vraiment formidable. Et je vais vous le prouver. Partout dans le monde c'est la crise. Et pas simplement "la crise", mais bien "LA" crise, "THE" crise. Une bonne vieille grosse crise du système capitaliste. Alors forcément, l'état met la main à la poche (profonde la poche) pour en sortir des centaines de millions d'euros pour revitaliser les banques, banques qui elles, ont les deux mains sur la gorge (profonde ... la gorge). Les banques, ces fameuses et indispensables banques, rouages essentiels sans lesquels vous l'aurez compris, en plus d'être la crise ce serait le bordel. Et ça c'est hors de question. "La crise oui, la chienlit non."
Et bin figurez-vous que c'est là que Nicolas Sarkozy est vraiment fort (ou vraiment riche ...). Parce qu'en plus de trouver des centaines de milliards d'euros pour les banques, et ben figurez-vous qu'il va en trouver presque autant pour l'enseignement supérieur et la recherche. C'est plus un président, c'est même plus un hyper-président, c'est carrément la corne d'abondance. Alors voyons un peu tout cela dans le détail.
Le détail c'est la vidéo officielle diffusée officiellement sur le site Corned'abondance.fr à l'occasion du discours de lancement du comité chargé d'élaborer une "stratégie nationale de la recherche et de l'innovation". Tout un programme.
"Un discours ! Un discours !"
De ce discours on apprend ...

  • Première info : qu'il (nicolas) avait déjà augmenté le budget des universités "comme jamais". "La dépense moyenne par an et par étudiant a aurait augmentée de 1000 euros depuis 2007". (ah bon ???? ben heu ... pas dans mon université en tout cas ...). Rappel : la France compte 1 326 000 étudiants en 2008 (source). Résultat : 1 326 000 000. 1 milliard 327 millions d'euros pour les étudiants.
  • Deuxième info : comme c'est pas suffisant (et qu'en plus c'est faux mais ça bon ben il a pas eu le temps de le dire ...), comme c'est pas suffisant donc, et ben le gars y va encore nous l'augmenter - le budget des universités - "de 37% sur la période 2009-2011". Là déjà c'est fort. C'est fort de l'annoncer mais ce serait encore plus fort de le faire v-r-a-i-m-e-n-t ...
  • Troisième info : "Plusieurs centaines de millions d'euros" seront affectés au grand jeu concours des universités (les fameux 10 projets d'excellence sélectionnés par son excellence le ministère)
  • Quatrième info : 750 millions d'euros (en plus du "plan campus de 5 milliards d'euros" ...) d'investissement supplémentaire dégagés au titre du "plan de relance" en 2009, pour financer et rénover des "équipements universitaires". Sans rire il a vraiment dit ça. Si si. J'vous jure. Je reformule pour être sur que tout le monde suit : comme c'est la crise et que plus personne n'a de thunes, on va en prendre un peu (des thunes ...) dans le vrai-faux argent du plan de relance. Je reformule encore ? Et ben c'est un double-saut périlleux virtuel de la pensée : on prend de l'argent qu'on n'a pas, dans le plan de relance qui est financé par de l'argent que l'on aura peut-être, le jour où les banques se seront relancées avec l'argent qu'elles n'ont plus. C'est clair non ? 
  • Cinquième info : il (= magic nicolas) va aussi mettre 250 millions d'euros (sur les trois prochains exercices budgétaires = sur 3 ans) pour la revalorisation des salaires des enseignants-chercheurs.
  • Sixième info : ces 250 millions d'euros viendront "en sus des 800 millions d'euros" que les mêmes enseignants-chercheurs percevront, "au titre des mesures de revalorisation générale de la fonction publique."

Bon. Et maintenant les comptes :
               1 326 000 000 (argent pour les étudiants)
            + plusieurs centaines de millions d'euros (pour les 10 projets retenus)
            + 750 000 000 (investissement)
            + 5 000 000 000 (plan campus)
            + 250 000 000 (revalorisation)
            + 800 000 000 (revalorisation fonction publique)
            -----------------------------------------------------------------
            = 8 126 000 000.

8 milliards et 126 millions d'euros (et encore je vous ai fait cadeau des "plusieurs centaines de millions d'euros vu que je savais pas combien en mettre ... mais on doit pas être loin des 9 milliards ...)".
8 milliards rien que pour nous. Rien que pour les universités. Champagne. Il est comme ça Nicolas : donnez-lui une crise mondiale et un quart-d'heure, et hophophop, il vous trouve 8 milliards d'euros pour l'université. Bizarrement, les pauvres tâcherons incultes qui dirigent les universités ne trouvent pas les mêmes chiffres ... mais qu'importe. Ils passent également moins bien à la télé. 
Voilà pour la moitié du discours. L'autre moitié se décompose entre :

  • un discours nauséeux et poujadiste sur "ces universités et ces chercheurs qui évaluent aux-même leur performance", ces chercheurs français "statutaires" qui sont "plus nombreux que leurs homologues britanniques" mais "qui publient moitié moins". Feignasses. Et pour ce qui est des prix nobel, médaille Fields et autres champs d'excellence, ce sont "les arbres qui cachent la forêt."
  • une apologie de la recherche privée ("la recherche privée doit se développer de manière massive.")

A suivre ... Le feu au poudre - épisode 5 : bientôt le 2 Février 2008 sur vos écrans dans vos universités.

<Update du surlendemain> Voir la réaction toute en sobriété du collectif Sauvons la Recherche :

  • "Nicolas Sarkozy, comme à son habitude, fonde son projet sur un diagnostic totalement mensonger qu’il habille des atours de l’évidence. La France nous dit-il, serait à la traîne en matière de recherche et d’enseignement supérieur et ce, en dépit des sommes formidables qui lui seraient consacrées. La raison de cet échec tiendrait à la vétusté de ses institutions et au conservatisme de ses personnels installés dans le confort de la fonction publique. Faut-il rappeler une fois encore que la France occupe une place tout à fait honorable dans la recherche internationale, notamment au regard des faibles moyens qui lui sont consacrés ? (sur ce point voir Le budget de de l’enseignement supérieur et de la recherche raconté à Sarkozy chapitre 9). Faut-il rappeler que l’université a vu en une génération ses effectifs doubler, sans que les moyens ne suivent, ce qui n’a pu se faire sans une certaine capacité d’adaptation de ses structures et de ses personnels ? (...) A un moment où les universités sont en ébullition du fait de la mise en place des réformes liées à la loi LRU (réforme des statuts des enseignants-chercheurs, mastérisation) le Président de la République se propose donc d’ouvrir un autre front en annonçant la disparition programmée d’un système de recherche qui a offert au pays une bonne partie de ses succès industriels, d’un système d’enseignement supérieur qui a contribué à une forme d’égalité républicaine. Face à cette nouvelle provocation d’un Président qui annonce avec un plaisir presque gourmand son intention d’en découdre, il ne faut pas en douter : nous saurons répondre présents et nous montrer à la hauteur de ses espérances dans nos réponses à sa volonté de mise en coupe de notre système d’enseignement supérieur et de recherche."

<Update de je sais pas combien de jours plus tard>

LA réponse de Sauvons la Recherche. Point par point.

</Update>

(Source : Merci à une collègue pour le lien vers l'article de Sylvestre Huet // Temps de rédaction de ce billet : 2h00)

Le feu aux poudres (3) : 22 Janvier.

Le 22 Janvier c'est la journée de mobilisation des IUT.
Mais c'est aussi penser "à demain" :
Coordination Nationale des Universités (22/01/08)

Adresse : Centre Saint Charles. 47/53 rue des bergers (Paris 15e - Métro : Lourmel, Charles Michels)

La Coordination Nationale des Universités est réunie à l’initiative de la coordination de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Elle rassemble des collègues non syndiqués, ainsi que des représentants de l’UNSA, la CGT, le FSU, le SGEN-CFDT, l’UNEF, et SUD. Les représentants nationaux de la plupart des syndicats seront présents.
Elle rassemble au 21 janvier, à 18h, quarante-huit représentations :

UNIVERSITÉS (40)
Université de Bordeaux / Université de Bourgogne / Université de Caen / Université d’Evry / Université de Franche-comté / Université du Havre / Université de Lille 1 / Université de Lille 2 / Université de Lyon 1
Université de Lyon 1 / Université de Lyon 3 / Université Paris 1 / Université Paris 3 / Université Paris 4 / Université Paris 5 / Université Paris 6 / Université Paris 7 / Université Paris 8 / Université Paris 11 / Université Paris 12 / Université Paris 13 / Université de Paris Ouest Nanterre / Université du Maine (le Mans) / Université de Marne-la-Vallée Paris-Est / Université Montpellier 3 / Université d’Orléans / Université de Picardie / Université de Poitiers / Université de Toulouse 1 / Université de Toulouse 2 / Université de Toulouse 3 / Université de Tours / Université de Rennes 1 / Université de Rennes 2 / Université de Reims / Université de Rouen / Université de Saint-Étienne / Université de Strasbourg / Université Versailles St Quentin / EHESS

ASSOCIATIONS (6)
Qualité de la Science Française (QSF) ( Sous réserve) / Collectif des enseignants précaires
Défense de l’université (majoritairement juristes) / SAGES (PRAG, professeurs ENSAM et PRCE)
Sauvons l’Université (SLU) / Sauvons la Recherche (SLR)

SOCIETES SAVANTES (2)
Société Française de Littérature Générale et Comparée (SFLGC) / Sociétés Française des Seiziémistes (SFDES)

Plusieurs membres du CNU assisteront à la Coordination Nationale des Universités

(Merci à Facebook et à Fabula pour l'info)


Le feu aux poudres (2)

C'est peu dire que tout bouge actuellement beaucoup à tous les niveaux de ce que l'on appelle parfois pudiquement le "service public d'éducation". De la maternelle (ou les "enseignants-changeurs de couches et organisateurs de siestes" ont reçu les excuses de leur ministre) au primaire (où les enseignants de fin de cycle 2 et 3 sont de plus en plus nombreux à refuser de faire remonter au ministère le bilan des "nouvelles" évaluations destinées à mettre les écoles en concurrence), dans les lycées et collèges (où les lycéens ont eu très momentanément gain de cause), dans les IUT bien sûr, et plus récemment donc à l'université (cf le précédent épisode du "feu aux poudres"). Alors à observer tout cela bouger, se remuer on se dit que cela finira bien par amener des résultats ... Et puis il y a des signaux faibles. Dernier en date desdits signaux, c'est l'ABF, l'association des bibliothécaires de France, qui prend son tour de ras-le-bol. Et croyez-moi (ils me pardonneront ici mes ci-dessous taquineries en sachant le respect que j'ai pour ce corps de métier à la si certaine mais souvent si mal reconnue nécessité), croyez-moi disais-je, quand l'ABF sort de ses gonds, quand l'ABF prend la plume pour écrire un courier à Valérie Pécresse pour s'alarmer de la disparition programmée de la "sous-direction des bibliothèques", c'est le signal de l'insurrection, de la lutte finale, la promesse que le bras vengeur et armé de la populace va bientôt s'abattre avec fracas sur le crâne sonnant creux de ces élites alitées à nos frais. Quand l'ABF entre en lutte c'est un peu comme quand le PSG marque un but : le sentiment de l'erreur d'appréciation arbitrale le dispute longtemps à l'étonnement face à l'improbable. Et l'on se dit que tout peut repartir sur de nouvelles bases.
Allez, fi de ces taquineries (j'ai besoin de me détendre entre deux AG), plus sérieusement, une (toute) petite revue de liens sur les billets et articles qui ont marqué mon attention ces derniers temps dans le cadre du démantèlement systématique de tous les fondements d'un enseignement laïque et simplement républicain.

  • Dans Mediapart, lire la tribune d'Arnaud Monthubert (récente recrue du PS et ancien président de l'association Sauvons la Recherche). Court extrait : "Ainsi, bien que le président se soit engagé à augmenter le financement de l'enseignement supérieur et de la recherche de 1,8 milliards par an (hors "plan campus"), c'est le secteur qui supporte les plus fortes annulations de crédits en 2008 (450 millions) ! Les budgets 2008 et 2009 stagnent en euros constants, exception faite des sommes pré-affectées pour combler le retard en matière de retraites. Plus de mille emplois seront perdus en 2009 : pour la première fois sans doute dans notre histoire, des suppressions toucheront aussi les universités, dans les plus prestigieuses comme dans les plus pauvres ; pendant ce temps la précarité explose pour tous les métiers des universités et de la recherche. Quant au très contesté "plan-campus", même les parlementaires UMP doutent que les sommes réellement débloquées soient celles qui ont été promises. Le seul financement en très forte croissance est le crédit-impôt recherche des entreprises, sans qu'on ait la moindre étude fiable montrant l'efficacité de ce dispositif pour la recherche privée."
  • la tâche d'huile de la contestation qui s'étend, et les appels à des actions plus radicales qui se multiplient ... Partout en France se tiennent des AG, formelles ou informelles, dans de grands ou de petits amphis, réunissant de plus en plus de personnels et surtout de plus en plus de catégories de personnels : les IATOSS (personnels techniques et administratifs), parmi les plus essentiels au fonctionnement de l'université et de la recherche mais également parmi les plus "invisibles" parce que trop souvent les plus précaires ou les plus "exposés" à une hiérarchie, les IATOSS entrent à leur tour dans la danse.
  • Partout en france on ne compte plus les différents appels, voire même les "appels des appels", les amorces de radicalisation avec des appels à la grève illimitée ou à des démissions administratives massives, ici et là de grandes écoles montent également au créneau.
  • Partout en France, pour une pétition qui ferme, ce sont deux autres qui s'ouvrent.

Alors bien sût tout cela est brouillon, alors bien sûr tout cela est confus, alors bien sûr tout cela illustre parfaitement la stratégie connue d'un gouvernement qui se complaît à allumer toujours davantage de feux qu'ils ne pourra en éteindre en misant sur l'impossibilité de lutter en contre-feux de manière coordonnée sur tous les fronts simultanément, alors bien sûr les actions de contestation symboliques se superposent avec des actions plus classiques et d'autres plus radicales. Mais Madame la Ministre, mais Monsieur le Président, je vous le dis ce soir, il y a des signes qui ne trompent pas : en ce moment le PSG a la gagne, et vous avez sur votre bureau un courier de l'ABF. Y va y'avoir du sport.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h05 // spéciale dédicace au vainqueur de l'appel d'offre ministériel : le champ lexical de ce billet va beaucoup vous plaire :-)

Obama dans les nuages (de mots)

Obama donc. Inutile je pense d'ajouter quoi que ce soit, ma modeste contribution à l'Obamania consistera juste vous signaler ces quelques liens :

  • les nuages de mots des discours d'investiture : une splendide application mise en ligne par le NYTimes. 
  • Capitol Words : autre splendide application qui visualise par jour, par mois ou par année, et sous forme de "nuage", les mots-clés les plus utilisés par les congressistes américains avec en sus des possibilité de navigation croisée par mot-clé bien sûr mais aussi par état ou par personnalité. Un petit bijou. N'y manque plus que la possibilité de  retomber directement sur les discours eux-mêmes.

<Update de 10 minutes plus tard>
Lire également le billet de Vagabondages qui signale, entre autre, que "le site entier de la maison blanche est maintenant sous licence Creative Commons".
</Update>

Anniversaire Wikipedien.

Anniversaire Wikipédien.
On fêtait il y a peu le dixième anniversaire du dernier des mohicans annuaires et celui du premier des moteurs. C'est aujourd'hui (enfin le 15 Janvier exactement) le 8ème anniversaire de l'un des trois piliers de notre révolution cognitive, j'ai nommé, Wikipédia. Wikipédia aujourd'hui c'est 265 langues et plus de 10 millions d'articles.
Un anniversaire et des projets plein sa besace dont ReadWriteWeb nous révèle l'essentiel :

  • une intégration des contenus wikipédiens au programme Search Monkey de Yahoo! avec l'idée de faire remonter un peu de sémantique dans les résultats de recherche de Yahoo!.
  • un passage à l'échelle conséquent : de 2 Terabits de stockage début 2008, stockage "dédié" aux images, fichiers musicaux ou films, Wikipedia passe en 2009 à 48 Terabits de stockage dédié, grâce à une généreuse donation de serveurs Sun.
  • dans un autre article, Brion Vibber, CTO de la fondation Wikimedia, indique que l'un de ses objectifs à long terme est "to let users upload feature-length, high-quality videos, but in addition to capacity limits he says there are challenges related to getting files in the appropriate format and the physical movement of large files."Autre stratégie, à court-terme cette fois, un partenariat ("integration") avec des sites-média comme FLickR. La première stratégie s'inscrit clairement dans la même logique que celle de la fondation Archive.org (on je rêve d'ailleurs d'un partenariat entre ces deux acteurs). C'est de logique "institutionnelle" qu'il s'agit. La seconde option est davantage dans une logique média, qui joue - intelligemment - sur la complémentarité que rend possible la granularité des ressources du net, pour autant que ladite granularité soit sous-tendue pas une "philosophie" d'ouverture et de partage. Archive.org, Wikipedia.org, FlickRCommons ... c'est l'évidence en marche, le même effet de saisissement qui vous étreint fugitivement lorsque vous trouvez enfin la bonne pièce manquante à votre puzzle.  Mais je m'emporte, revenons à nos moutons anniversaires ...

Le mois prochain ce sont les licences creative commons qui fêteront leurs 6 ans. Une autre evidence. A force de simplicité. L'occasion également de rendre hommage à de glorieux aînés.

Pendant ce temps, Knol publie son 100 millième article knol (voir par exemple le billet d'Actulligence sur le sujet)

(Temps de rédaction de cet article : 1 heure)

Funes ou la mémoire : le web hypermnésique.

Je voudrais partager avec vous deux lectures. Sans commentaire. Sans analyse. Parce que ces deux lectures là se suffisent à elles-mêmes.
La première est celle de la vie privée de Marc L., publiée par l'excellente revue "Le Tigre".
La seconde est celle intitulée, "J'ai oublié de ne pas me souvenir", publiée par le tout aussi excellent site Anticipedia.
Commencez par lire ces deux textes. Puis replongez-vous dans le texte de J.L. Borges, "Funes ou la mémoire." On peut y lire ceci : "J’ai à moi seul plus de souvenirs que n’en peuvent avoir eu tous les hommes depuis que le monde est monde. Mes rêves sont comme votre veille. Ma mémoire, monsieur, est comme un tas d’ordure. (...) Il avait appris sans effort l’anglais, le français, le portugais, le latin. Je soupçonne cependant qu’il n’était pas très capable de penser. Penser c’est oublier des différences, c’est généraliser, abstraire. Dans le monde surchargé de Funes il n’y avait que des détails, presque immédiats." Fictions – Funes ou la mémoire – Traduction P. Verdevoye ; Folio.


Google private Life : The Wall.

Quelques infos et commentaires un peu en vrac autour de l'ogre préféré ...

Des photos et des hommes ...
Google a mis depuis quelques temps en ligne l'intégrale des photos du magazine Life, y compris les clichés non publiés par le célèbre magazine. Un appétit insatiable, un fonds documentaire qui semble inépuisable et ... un mur de fortification du "GoogleNet" qui se construit pierre après pierre. Lesdites photos par exemple ne sont pas indexables par d'autres moteurs de recherche comme le signale Philip Lenssen. On pourra m'objecter que puisque les frais incombent à Google et que l'initiative de la mise en ligne lui revient, il n'est pas aberrant que celui-ci s'arroge certains droits. Sauf que. Sauf que ces photos relèvent d'une dimension clairement patrimoniale. Elles sont un bien commun. Et à ne pas y prendre garde, en ce domaine documentaire comme en d'autres, on risque de se retrouver avec un acteur privé en situation de diffusion et d'exploitation exclusive de tout un tas de biens communs de l'humanité. On constatera que c'est dommage. Mais il sera déjà trop tard. Il existe pourtant bien d'autres approches ... Mais encore faut-il que les bibliothèques pourvoyeuses aient les moyens d'en être à l'initiative ...

"Rendre l'information universellement accessible" ... et après ?
Ce mur infranchissable aux autres (moteurs) que Google est progressivement en train de bâtir autour de son corpus, de "son" web, est symptomatique d'un renversement dans la philosophie l'idéologie de la marque, ou à tout le moins d'un retour à un principe de réalité comptable. Renversement déjà remarqué par plusieurs analystes. Je crois que le temps du "tout service, tout gratuit" chez Google sera bientôt révolu. Plus globalement, je crois également que le gimmick "rendre l'information universellement accessible" sera prochainement remplacé par un autre. Jusqu'ici Google ne nous avait pas habitué à préserver un pré carré de manière aussi ostentatoire. Attitude d'autant plus étrange que l'on ne peut pas dire que la concurrence motorisée soit à son apogée. Alors quoi me direz-vous ? La faute à la crise ? Je ne pense pas. Je pense que Google à atteint (ou n'est pas loin d'atteindre) "son" objectif : rassembler en une même sphère d'indexabilité des documents, des informations, des biens communs et patrimoniaux de l'humanité, mais également des comportements, des intentions de navigation, de l'intime (cf ma presque mondialement célèbre "théorie de la dérive des continents documentaires"). "Organiser l'information et la rendre universellement accessible". L'information EST organisée. Les dépêches de l'AFP sont estampillées "Hosted by Google", les photos de Life ne sont consultable QUE dans Google, nos emails personnels sont scannés mot après mot par Google pour pouvoir nous afficher des publicités contextuelles, dans les fables d'Esope on peut désormais lire "Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas." L'information EST organisée. Elle est effectivement universellement accessible. Universellement accessible par chacun d'entre nous SUR les serveurs de Google. SUR le GoogleNet.

La recherche est le centre et les services la périphérie. Mais faut se recentrer.
Maigre rayon de soleil dans cet horizon sombrement Googlien, le même Google annonce l'abandon de son projet Palimpsest (voir ici, ou ) dont l'ambition était tout simplement de permettre aux scientifiques du monde entier de stocker gratuitement leurs données volumineuses sur les serveurs de Google, en les rendant du même coup partageables et accessibles pour les autres scientifiques du monde entier ... et accessoirement pour Google. Vous avez dit "bien commun" ?
L'abandon de ce projet n'est d'ailleurs pas isolé. Le moteur "dont le centre est partout et la circonférence nulle part", une formule qui fut à l'époque l'une des clés pour comprendre la stratégie d'entrisme de Google, semble avoir besoin de se repossitionner "autour de" ses services centraux au prix d'un nettoyage des services périphériques. Après Lively et Palimpsest, ce sont Google Video, Google Mashup Editor, Google Notebook, Google Catalogs (service qui eut son importance pour le développement de Google Book Search), Dodgeball et Jaiku qui sont abandonnés ou arrêtés par Google (voir à ce sujet les billets de Zorgloob, Francis Pisani, Philipp Lenssen ...). Google se recentre donc autour de la recherche, et en particulier de la recherche "universelle" (voir le White Paper signalé par Steven Arnold), nouvelle clé de voûte de son écosystème de services.

A quelque crise malheur est bon ...
La crise économique boursière n'est certainement pas étrangère au recentrage de l'ogre de Mountain View. Mais je crois qu'elle n'en est pas la cause profonde, elle n'en est que le déclencheur structurel. "L'occasion" de passer, en 2009, à une nouvelle étape de déploiement, peut-être à une nouvelle stratégie. Il n'est d'ailleurs pas innocent que l'on voir récemment refleurir la rumeur du Google Drive (souvenez-vous), un espace de stockage "personnel", en ligne. L'information EST organisée. L'information est universellement accessible SUR les serveurs de Google. Particuliers, entreprises mais aussi institutions et demain peut-être états s'y retrouvent. En 10 ans, les habitudes sont acquises. Pour la plupart d'entre elles irrémédiablement. Devant l'omniprésence du moteur, devant la qualité des services offerts, devant l'ancienneté des usages individuels et collectifs que l'on en fait aujourd'hui, qui, oui, qui serait prêt à lâcher Google au profit d'autres services si ce dernier proposait un accès payant à certains de ses services ? Peu de gens à mon avis. Alors bien sûr nous n'en sommes pas encore là, mais s'il fallait cette année encore jouer au jeu des prédictions, je dirai que du côté de Google, l'année 2009 sera celle de l'établissement de sa suite bureautique en ligne comme principal sideman du moteur de recherche. Et que pour s'installer définitivement dans les habitudes, il ne manque plus à la suite bureautique en ligne qu'un espace de stockage personnalisé en ligne. Je crois donc qu'on verra bientôt apparaître le fameux GDrive, dont la rumeur court depuis déjà deux ans ... GoogleNet pour l'infrastructure, GoogleWeb pour le guichet unique d'accès à l'information avec son moteur (Google) et son navigateur (Chrome qui vient de sortir de son statut "béta"), GoogleOS pour les usages, usages eux-mêmes archivés dans la ruche mondiale du GoogleDrive.

"... dont le centre est partout, et la circonférence nulle part." comme disait l'autre ...

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Et puis aussi ...
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  • Sur le sujet des photos de Life - mais sous un tout autre angle, voir la tribune d'Augustin Besnier dans Le Monde, lointain écho de préoccupations déjà abordées ici et là ...
  • De manière plus anecdotique, Google offre également la possibilité de télécharger le dictionnaire Littré développé en version open source. Il n'est certes pas le premier à le proposer mais la concentration de services offerts et l'effet de marque jouant à plein, qui se souviendra demain qu'il ne fut pas le premier à le proposer et que l'initiative ne lui en revient pas ? Qui d'ailleurs ira télécharger le Littré ailleurs que depuis Google ?
  • Et puis malgré tous les risques qu'il fait peser sur nous, il y a ces éclairs de génie, ces outils dont la puissance nous émerveille au sens propre, et qui nous laissent entrevoir toutes les potentialités des mises en abyme que permet le web : je parle ici des 14 toiles du musée du Prado qui sont visibles en très haute résolution via Google Earth. Vagabondages vous explique tout, ainsi que Le Monde (et son portfolio dédié). Je ne vais donc pas en rajouter une couche, juste un petit cadeau bonus pour d'autres approches de la perspective muséale : le mur d'images d'ArtScope, avec, (deuxième petit cadeau bonus), en toile de fond, une empreinte de plus en plus forte de ces technologies y compris pour le grand public et sur des corpus non nécessairement patrimoniaux ou artistiques, tel le site "Zoomorama", qui permet de mettre en ligne des photo en haute définition avec là encore des effets de zoom proprement vertigineux. De la larme de Saint-Jean à l'infinie navigation du monde telle qu'elle se déploie dans Google Earth, de 1435 à 2009, derrière cette technologie, derrière ces 14 toiles c'est toute la dimension et toute la puissance dilatoire du web qui se donne à lire, toute la courbure si particulière de l'espace-temps internet, de notre espace-temps numérique, de notre macroscope.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h45)

Le petit lien du Week-End

L'assiette au beurre. Numéro 144 du 2 Janvier 1904. 40 cts. En ligne. Et en plus ça n'a pas pris une ride.

(davantage ici)

Considerations participatives

A l'occasion de mon invitation de vendredi sur France Culture, j'en ai profité pour réviser un peu autour de la thématique de l'émission, dans laquelle il sera très probablement beaucoup question de web participatif et collaboratif. Voici donc, sur le sujet, un mini-florilège de billets déjà publiés sur Affordance :

  • A la question : "qui participe et comment ?"

http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/04/echelle_partici.html
et sur le cas "particulier" mais emblématique de la participation dans Wikipédia :
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2009/01/contributions-wikipediennes.html

  • A la question : "que fait-on de cette participation ?"

De belles choses :
- sagesse des foules par exemple : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2008/03/la-sagesse-des.html
- mais aussi indexation collaborative (folksonomies), navigation dans de gigantesques "silos" de documents et de connaissances ...
De moins belles choses (le côté obscur de la participation) :

- traçabilité des nos comportements et de nos "intentions", de nos réseaux sociaux, de nos cercles de connaissances : société de "sous-veillance" et profilage très ciblé de tout un chacun ...

  • A la question : "Du côté des usages, quel est le résultat "observable" ce cette culture de la participation ?" :

ma réponse : une dérive des continents documentaires : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/04/panoptique_goog.html (voir notamment l'illustration en fin de billet).

  • A la question "quel est l'enjeu de la participation et/ou des contenus générés par les utilisateurs pour les grandes sociétés marchandes du net ?"

Ma réponse : basculer d'une économie de l'attention (on prête toujours davantage attention à ce que l'on a créé ou à ce qui a été créé par des proches ou par des individus "comme" moi) à une modélisation de l'intention. Francis Pisani parle par exemple d'une "base de donnée des intentions" pour décrire le gigantisme des informations collectées et détenues par Google (ou par d'autres sites comme Facebook). Voir également la notion de "web implicite" (http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/06/le-web-implicit.html)

  • A la question "comment caractériser la culture de la participation ?"

Un passage de ce billet : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/11/ce-que-lon-cont.html
"la culture de la participation n'est pas l'apanage exclusif des réseaux sociaux. (...) la vraie bonne question à poser actuellement n'est plus uniquement celle de la fracture numérique, mais "de déplacer l'axe de la conversation sur la fracture numérique des questions technologiques liées à l'accès vers celles qui se réfèrent aux opportunités de participer et de développer les compétences culturelles ainsi que les savoir-faire sociaux nécessaires pour s'impliquer pleinement." Cette approche est celle défendue par Henry Jenkins dans son dernier rapport intitulé Confronting the Challenges of Participatory Culture: Media Education for the 21st Century (.pdf). A lire absolument. Le rapport contient notamment une très bonne définition de la "culture de la participation" : "une culture dans laquelle les critères d'expression artistique et d'engagement civique sont relativement bas ce qui encourage à créer et à participer […]. C'est également une culture dans laquelle ceux qui s'en réclament considèrent que leurs contributions comptent et sentent un certain degré de connexions sociales entre eux (au moins dans la mesure où ils attachent de l'importance à ce que les autres pensent de ce qu'ils ont créé)." Définition qui a à mon avis pour principal intérêt de ne pas faire de ladite culture de la participation l'apanage des Geeks et autres technophiles 2.0, mais de la renvoyer vers des modèles sociaux (beaucoup) plus anciens et plus prometteurs."

  • A la question "quelle granularité de la participation et des objets sur lesquels elle porte ?" 

Il faut distinguer différents niveaux de granularité dans la participation (en plus des différents modes participatifs - ouverts, semi-ouverts, déclaratifs, procéduraux ... - ) : par exemple distinguer une forme de participation scientifique pour caractériser le mouvement de l'Open Access (chercheurs qui déposent leurs articles en texte intégral et en accès gratuit) et une forme de micro-participation pour désigner les gens qui déposent de courtes vidéos sur YouTube. Autre niveau de granularité, au-delà des individus et de leurs documents ou fragments de documents, la participation touche désormais des institutions ET des collections patrimoniales et/ou institutionnelles. Des contenus qui se trouvent ainsi "dé-portés" sur le web au nom d'un démarche participative, parfois pour le meilleur (cf FlickR commons ou les institutions gardent la maîtrise des contenus), parfois pour le pire (cf Google BookSearch)
Sur cette question de la granularité du web actuel (et de la participation/collaboration qui y opère) : voir mon billet "micro, méso, macro-net : les médiasphères et le moteur" : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2009/01/micro-m%25C3%25A9so-macro-les-m%25C3%25A9diasph%25C3%25A8res-et-le-moteur.html

  • A la question "participation choisie ou participation subie ?" :

Faire attention à ce que la participation "choisie" ne se transforme pas en participation "subie". Par exemple se poser la question de savoir pourquoi les gens déposent leurs vidéos de famille sur YouTube ou leurs photos de vacances sur Flickr ? Est-ce réellement pour "participer" ? Non. C'est directement lié à la pregnance de la facilité d'utilisation de ces outils dans le cadre de nos habitus socio-numériques, c'est parce que c'est plus facile, parce que c'est plus "pratique". Oui mais au-delà de cette facilité, combien d'internautes se posent la question de savoir quels usages pourront être faits de ces traces documentaires par d'autres qu'eux-mêmes ? Peu. Très peu.

Agenda

Je serai ce vendredi 16 Janvier parmi les invités de l'émission "Place de la toile" sur France Culture.
Le thème de l'émission sera le suivant : "Une histoire du net (2) : changements (im)perceptibles du web contemporain (2002-2009)".

Le petit lien du Week-End

Lien transmis par le CPLRDGA (Collectif pour la réhabilitation du Gif Animé).
Oui.

Lettre a Xavier D.

Lettre de Philippe Meirieu à Xavier Darcos, en date du 27 décembre 2008 ... bonne lecture.
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Lettre ouverte à Xavier Darcos, Ministre de l’Education nationale
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Monsieur le Ministre,

J’ai déjà dit, à plusieurs reprises, à quel point j’estimais le professeur, l’humaniste, le lettré et le grand connaisseur de l’Éducation nationale que vous êtes. Pour autant, je n’ai jamais caché mes profonds désaccords avec vous. Nous croyons, en effet, l’un et l’autre, que l’avenir de la démocratie dépend de notre capacité à ne pas traiter nos adversaires en ennemis et à tenter de dépasser ensemble, autant que possible, nos inévitables différends pour esquisser un peu de « bien commun »… Or, aujourd’hui, Monsieur le Ministre, je suis vraiment très inquiet. L’Éducation nationale me semble gravement ébranlée : l’ampleur du désarroi des uns et la violence de la colère des autres me paraissent très largement inédites et infiniment préoccupantes.

Tout a été dit, depuis plusieurs mois, sur les dangers que faisaient courir à notre système éducatif les réductions budgétaires et les suppressions de postes déjà effectuées ou à venir. J’imagine, d’ailleurs, que vous en êtes parfaitement conscient et que vous auriez préféré bénéficier d’arbitrages plus favorables de Bercy en faveur de votre ministère. Reste que vous êtes membre d’un gouvernement qui fait de la réduction de la fonction publique une de ses priorités. À ce titre, vous participez d’une politique qui est, à mes yeux, infiniment dangereuse.

Cette politique est dangereuse, parce qu’elle sacrifie l’avenir de notre pays à des équilibres financiers à court terme dont on a vu, avec la crise récente et l’octroi par l’État de plusieurs milliards d’euros de garantie aux systèmes financiers, à quel point ils n’étaient qu’un prétexte.

Elle est dangereuse aussi, parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux, à moyen et long termes, de ses choix : coût de l’échec scolaire et de la désespérance de jeunes qui y sont assignés à résidence, coût des conflits et des gaspillages provoqués par la concurrence attisée entre l’État et les collectivités territoriales, entre les parents et l’école, entre les établissements et, peut-être bientôt, entre les enseignants eux-mêmes courant après les petits avantages que vous accordez aux uns et refusez aux autres… Là est, d’ailleurs, la véritable illusion du libéralisme : il prétend baisser les coûts et augmenter la qualité en lâchant la bride à la concurrence. On a vu ce que cela donnait dans le domaine économique et nous n’avons pas fini d’en payer le prix ! En matière scolaire, nous aurons le même effondrement en utilisant les mêmes principes et en mettant en ?uvre des mesures du même type : suppression de la carte scolaire, pilotage par les résultats, rémunération au mérite, etc.

Oubliée, ou presque, l’éducation prioritaire qui impose un travail d’accompagnement pédagogique minutieux des écoles et établissements « difficiles ». Oubliées, ou presque, les initiatives artistiques et culturelles en direction des élèves les plus défavorisés pour qu’ils accèdent aux ?uvres les plus exigeantes. Oubliés, ou presque, les mouvements pédagogiques et d’Éducation populaire qui permettent aux enseignants de trouver des appuis et de solliciter des complémentarités… La politique que vous menez s’appuie sur le présupposé implicite que la pression consumériste sur l’école va compenser tout cela ! Alors qu’en réalité, elle contribue au développement des ghettos… D’un côté, de bons établissements qui recrutent de bons élèves et se prévalent de bons résultats pour obtenir de nouveaux crédits. De l’autre les laissés-pour-compte où quelques « saints laïcs » réussissent, parfois, contre vents et marées à faire exister un peu de « véritable école ». Certes, cette situation n’est pas totalement nouvelle, mais tous les observateurs s’accordent, aujourd’hui, pour souligner qu’elle empire : non seulement la fracture scolaire ne se résorbe pas, mais elle continue de s’accroître.

Votre politique est dangereuse parce qu’en externalisant le traitement des difficultés d’apprentissage vers une multitude de structures de soutien ou en les traitant de manière technocratique à l’aide de prothèses pharmaceutiques et paramédicales, elle vide inexorablement la classe de sa substance (1). Au lieu de travailler à mobiliser tous les élèves sur les savoirs, on se résigne petit à petit au darwinisme scolaire systématique : les déversoirs sont là pour récupérer les inadaptés ! Au lieu d’ actions globales au sein de projets d’école ou d’établissements cohérent, on juxtapose des interventions individuelles pour « rectifier » les individus ! Vous prétendez lutter contre l’inégalité d’accès aux officines privées en mettant en place des stages pendant les vacances ou de l’aide personnalisée en primaire. Mais, outre que vous mettez à mal le rythme de vie des enfants, déjà bien compromis, vous enclenchez ainsi un mouvement qui conduit inexorablement à réduire l’acte pédagogique à une transmission frontale de plus en plus formelle… agrémentée d’une offre de dispositifs externes de remédiation qui, inévitablement, accroîtra les inégalités. Car, en réalité, notre système scolaire tout entier devient une usine à gaz totalement incompréhensible pour les familles populaires. Tandis que les enseignants se transforment en « guichets de service », disponibles pour les familles qui savent les instrumentaliser.

À terme, c’est toute l’institution scolaire qui risque de se réduire comme une peau de chagrin, avec l’habillage traditionnel du « retour aux fondamentaux » ! Évidemment, nul n’est hostile aux fondamentaux… Mais la question est de savoir ce qui est fondamental ! Par exemple, je fais partie de ceux qui militent, depuis toujours, pour que l’École fasse de « l’entrée dans l’écrit » une priorité absolue. Toutefois, « entrer dans l’écrit », ce n’est pas seulement savoir tracer des lettres et les agencer, maîtriser l’orthographe et la grammaire, réussir ses dictées… c’est aussi entrer dans l’intentionnalité d’une communication différée, accepter de laisser une trace de soi, renverser des contraintes de la langue en ressources pour la pensée. Cet apprentissage-là doit s’effectuer en même temps que celui des « mécanismes » de l’écriture, dans une école ambitieuse qui s’appuie sur la diversité et la coopération des élèves, qui ne passe pas son temps à « dépister » les problèmes ou les lacunes de chacun, mais qui sait repérer les points d’appui et inventer des situations stimulantes.

Car telle est bien la frontière – ténue, je l’avoue, mais absolument indispensable – entre le « dépistage » et le « repérage » : le dépistage se focalise sur les « dys » et les traite dans un paradigme phamaceutico-médicalo-

judiciaire. Le repérage, lui, est alliance avec une personne qu’on ne réduit ni à des symptômes ni à des résultats de tests ou évaluations. Le repérage classe parfois, mais connaît la fragilité infinie des étiquettes et des classifications… C’est pourquoi il laisse toujours une chance d’échapper à l’enfermement dans la pathologie et, surtout, il s’efforce de créer cette chance en imaginant des médiations qui permettent au sujet d’entrer dans la culture et de s’exhausser, par là, au-dessus de ses problèmes. (2)

Au fond, Monsieur le Ministre, votre politique décourage les enseignants parce qu’elle met à mal leur identité de « professeurs ». Dans un système où le libéralisme et la technocratie s’associent de plus en plus pour permettre le développement des stratégies individuelles de « réussite », les enseignants sont réduits à des dépisteurs, à des orientateurs, voire à des douaniers… eux qui ont la vocation de « passeurs » chevillée au corps. Résultat : le moral des troupes est au plus bas partout et les enseignants du primaire sont, eux, « au fond du trou ».

Or, vous savez comme moi que ces enseignants du primaire ont toujours été les « fers de lance » de l’Éducation nationale. Investis dans leur métier comme dans le champ social et politique, ils n’ont pas démérité. En faisant d’eux la cible de toutes les attaques, en remettant brutalement en question leur culture professionnelle construite dans l’idéal républicain, en les rendant seuls responsables de l’échec scolaire, vous avez commis une injustice. Non que notre école primaire ne puisse progresser, mais parce qu’il est impossible d’ignorer les nouveaux défis auxquels ces enseignants ont à faire face aujourd’hui : recompositions familiales, difficultés sociales de toutes sortes, surexcitation psychique des enfants chauffés à blanc par le capitalisme pulsionnel, etc. Vous avez pointé du doigt des situations scolaires « relâchées », en oubliant à quel point c’est toute notre société qui devient dangereuse pour les enfants et les adolescents en développant un environnement profondément toxique et contraire aux exigences d’attention, de concentration et de réflexion qui permettent de « faire l’École ». Vous avez désigné des boucs émissaires, quand il aurait fallu impulser un sursaut éducatif à la Nation tout entière. Vous avez laissé entendre que, sous la coupe de pédagogistes irresponsables, les instituteurs auraient fabriqué des cohortes de dyslexiques, quand il aurait fallu profiter des compétences pédagogiques élaborées depuis longtemps dans l’enseignement primaire pour faire de la maîtrise de l’écrit une grande cause nationale... Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les nouveaux « hussards » se rebellent ! Il faut absolument les entendre. Au plus vite. Avant que vos subordonnés trop zélés, avec moins d’humanité et plus d’intransigeance que vous-même, ne mettent un peu partout le feu aux poudres. C’est une constante malheureuse, en effet, de notre système scolaire que cet empressement des cadres intermédiaires à anticiper et à radicaliser les intentions supposées du chef en croyant s’acheter ainsi une assurance-vie. Il vous faut absolument les calmer ! Au risque de jacqueries sans fin ou, bien pire encore, d’un découragement généralisé du corps enseignant tout entier.

En réalité, je crains que ce dernier ne soit en train de perdre son identité : des hommes et les femmes qui avaient l’ambition de participer à un projet national fort se sentent réduits progressivement à un ensemble de prestataires de service plus ou moins arrosés d’heures supplémentaires et de primes diverses. À cet égard, votre décision de supprimer les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres et de laisser s’installer une multitude de masters assortis d’un concours réduit à des épreuves académiques - sans aucune formation validée attestant de la capacité à transmettre des savoirs à des élèves concrets - est une catastrophe. Quand on célèbre partout les vertus de la formation par alternance, vous la supprimez pour les professeurs. Quand on travaille, dans le monde entier, sur l’acquisition de vraies compétences professionnelles, vous les passez par pertes et profits. Quand on aurait besoin de professeurs maîtrisant aussi bien les savoirs qu’ils doivent transmettre que les conditions pédagogiques de cette transmission, vous minimisez les premiers et ignorez les secondes. Quand on s’accorde sur la nécessité de faire de la scolarité obligatoire un continuum cohérent, vous contribuez à creuser le fossé entre le premier et le second degré. Quand on observe, dans les collèges et les lycées, les immenses difficultés pédagogiques des professeurs, vous laissez entendre qu’au-delà de l’école primaire, les savoirs académiques suffisent. Quand il faudrait redonner à l’École de la République une unité symbolique forte tout en prenant en compte la diversité des élèves, vous laissez le système de formation se déchirer et la formation s’atomiser… tout en éloignant cette dernière des situations concrètes d’enseignement. Certes, les IUFM n’étaient pas parfaits, mais leur disparition risque de condamner bien des enseignants à osciller entre la dépression (pour eux) et la répression (pour leurs élèves). Il est peut-être encore temps d’arrêter le massacre… mais il faut faire vite ! Rien ne serait plus grave pour notre avenir collectif que de laisser croire à l’opinion publique que le métier d’enseignant est, avec celui de mage, le seul qui ne nécessite ni techniques maîtrisées, ni projet construit dans la durée et inscrit dans une réflexivité collective. Professionnellement et symboliquement, une démocratie qui dénie à ses professeurs leur identité de « transmetteurs-émancipateurs » est gravement menacée.

Mais je sais que tout cela compte assez peu aujourd’hui au regard de votre « abandon » de la réforme du lycée, particulièrement médiatisé en raison des risques politiques toujours très élevés dès lors que les lycéens descendent dans la rue. Je partage assez largement l’analyse que vous avez faite pour engager cette réforme ainsi que les principes que vous avez énoncés : faire de la classe de seconde un moment de découverte et d’exploration des possibles, donner une culture commune solide à tous et favoriser un choix réfléchi en matière d’orientation, améliorer le suivi des élèves, les former au travail personnel et en équipe, à la recherche documentaire, à la démarche expérimentale… Tout cela est, en effet, tout à fait indispensable. Mais vous avez mené les travaux préparatoires de cette réforme au pas de charge, sans véritable explication ni concertation. Au passage, vous avez cédé aux conservatismes en laissant ouverte la possibilité de constitution d’ « options lourdes » et de filières déguisées en seconde. Vous avez brouillé les cartes et laissé se construire l’alliance de ceux qui pensaient que vous n’alliez pas assez loin et de ceux qui pensaient que vous alliez trop loin… Puis, au bout du compte, vous avez été obligé de faire marche arrière et, soudainement acquis aux vertus de la démocratie participative, vous annoncez maintenant la tenue de véritables « États généraux lycéens » ! L’organisateur que je suis de la consultation lycéenne de 1998 est pris, là, entre des sentiments contradictoires : étonnant revirement pour qui avait dénoncé, alors, « la duperie de cette mascarade », « le gigantesque défouloir lycéen », « le happening baba-cool » qui, confondant « parler et penser », avait abouti au « triomphe du dérisoire (3)… Mais promesse, peut-être, d’un vrai travail, dès lors qu’on ne confond pas « États généraux » et « sondage d’opinion » et qu’on fait réfléchir ensemble, autour d’une même table et des mêmes problèmes, tous les partenaires concernés : enseignants, cadres éducatifs, élèves, parents, régions... Nous avons, en effet, suffisamment perdu de temps avec ces tractations bilatérales, dont les résultats sont ensuite savamment combinés par des technocrates, et qui n’engendrent que frustrations, malentendus et parties de bras de fer sans fin. La réforme, la vraie, impose qu’on change radicalement de méthodologie, qu’on renonce à piloter en surfant sur de fragiles équilibres jusqu’à ce que tout l’édifice tout entier s’écroule.

Mais, en réalité, plus encore que d' « États généraux du lycée », c'est de véritables « États généraux de l'Éducation » dont nous avons besoin, afin de remettre à plat l'ensemble des projets éducatifs du gouvernement, de construire une véritable alternative républicaine cohérente, articulant tous les degrés du système scolaire et universitaire avec la « formation tout au long de la vie », clarifiant les responsabilités de chaque partenaire, interrogeant tout autant le rôle des médias que celui des familles... afin de dégager des principes d'actions sur lesquels s'adosser pour penser notre avenir. Il faut cesser de juxtaposer des réformes dictées par le seul souci de réduire l'importance de la fonction publique, de faire des économies à court terme ou de satisfaire tel ou tel lobby proche du pouvoir. Il faut se demander à quelles conditions nos enfants peuvent affronter sereinement le monde, en comprendre les problèmes et construire ensemble une société plus solidaire. Il faut se redonner des finalités claires qui puissent servir de référence à toutes les initiatives éducatives (4). Bref, il faut identifier ce que pourrait être un « socle commun » de l'éducation républicaine... et non simplement, comme nous l'avons aujourd'hui, un « socle commun » de l'enseignement minimal. Y êtes-vous prêt Monsieur le Ministre ?

-o0o-

J’ai eu la chance, personnellement, de dialoguer avec vous de manière approfondie (5). Certes, tous les malentendus entre nous n’ont pas été levés : vous continuez toujours, semble-t-il, à me considérer assez largement comme un « pédagogue libertaire » qui fait toujours prévaloir l’intérêt spontané de l’enfant sur la transmission de la culture… alors que je n’ai cessé d’expliquer que tout mon travail pédagogique consistait précisément à chercher comment mobiliser l’élève sur des enjeux culturels forts ! Vous imaginez que je récuse l’autorité de l’enseignant, alors que j’ai toujours cherché à la fonder (6) ! Vous pensez que je nie l’intérêt des exercices d’entraînement systématique, alors que je cherche comment les rendre vraiment efficaces ! Cela dit, nous avons de vrais désaccords. En matière pédagogique, vous semblez dénier, en effet, cette réalité que les pédagogues se coltinent depuis toujours : il y a des élèves qu’aucune injonction ni menace de sanction ne peuvent mettre au travail, des élèves qui, malgré toutes nos bonnes intentions, « ne veulent pas ». Cette « résistance » à notre projet peut engendrer résignation, rejet ou exclusion ; mais elle peut aussi, en articulant le principe d’éducabilité et la confiance dans la possibilité d’un sujet à engager sa liberté d’apprendre, stimuler notre inventivité pédagogique pour offrir à nos élèves les situations les plus variées et mobilisatrices possibles (7). C’est là, de toute évidence, un point de clivage fort entre nous… Mais nous divergeons aussi sur notre conception du rôle de l’État en matière éducative, sur le métier de professeur, sur l’articulation entre l’école et la société…

Pourtant, nous tenons l’un et l’autre à sauvegarder l’héritage républicain de l’Éducation nationale. Et nous savons que, pour le sauvegarder, il faut le transformer. Mais pas le démanteler ! Or, aujourd’hui, vous ne pouvez pas ignorer qu’une très grande partie des enseignants considère que vous êtes le maître d’?uvre de ce démantèlement, dont le maître d’ouvrage est à l’Élysée. Il ne suffira pas de vous récrier pour les apaiser. Il faut vraiment et radicalement changer de politique… Pas pour cultiver l’immobilisme, mais parce que les défis éducatifs d’aujourd’hui requièrent une mobilisation collective sans précédent. Et pour que nos enfants soient vraiment instruits et formés, démocratiquement, à participer à une société démocratique.

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(1) Ces prothèses pharmaceutiques et paramédicales, souvent utilisées de manière « sauvage », n’ont rien à voir, bien sûr, avec une prise en charge sérieuse des enfants en détresse pour lesquels les solutions globales font terriblement défaut.

(2) Voir, sur ce sujet, mon intervention : « Dépister ou éduquer, faut-il choisir ? Entre management des différences et pédagogie du sujet » : http://www.meirieu.com/ARTICLES/bruxelles_depister.htm

(3) Xavier Darcos, L’art d’apprendre à ignorer, Paris, Plon, 2000, pages 39 à 48. Xavier Darcos expliquait aussi, dans ce livre, que le ministre de l’époque « acculé, fit comme les autres : consulter. (…) On oublia le collège, alors que c’est lui qui cristallise actuellement tous les problèmes les plus aigus. On se tourna vers les lycéens… » (ibid., page 38). Il semble bien que le ministre d’aujourd’hui oublie encore le collège !

(4) Nous avons tenté d'engager ce travail avec Pierre Frackowiak dans notre ouvrage commun : L'éducation peut-elle être encore au coeur d'un projet de société ?, La Tour d'Aigues, Editions de l'Aube, 2008.

(5) Xavier Darcos et Philippe Meirieu, Deux voix pour une École, Paris, Desclée de Brouwer, 2003.

(6) Cf. mon texte récent : « Sur quoi fonder l’autorité des enseignants dans nos sociétés démocratiques ? » : http://www.meirieu.com/ARTICLES/maitre_serviteur_public.htm
(7) C’est ce que j’ai nommé « le moment pédagogique » dans mes travaux. Cf. La pédagogie entre le dire et le faire, Paris, ESF éditeur, nouvelle édition 2007.

Le feu aux poudres.

Et pour une fois ce n'est pas moi qui le dis, c'est la très vénérable et très respectable CPU (conférence des présidents d'université). Dans une lettre adressée à Nicolas Sarkozy datée du 5 Janvier 2009, l'équipe nouvellement élue de la CPU enfonce les clous sur lesquels plusieurs d'entre nous tapaient depuis déjà plusieurs mois : les universités sont au bord de l'explosion. Ce qui n'est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c'est que cette fois ce ne sont pas (uniquement) les étudiants mais bien les personnels qui sont à deux doigts d'entrer en résistance, de passer de la colère à la révolte.
Il faut bien reconnaître que dans le milieu éducatif, de la maternelle au supérieur, les coups de boutoir gouvernementaux ne manquent pas. Mais il faut aussi reconnaître que les universités vont se coltiner quelques coups assez emblématiques : statut des personnels (on ne parle pour l'instant que de la modification du statut des enseignants-chercheurs mais les personnels IATOSS seront mangés de la même manière), casse des concours de recrutement des enseignants du secondaire, vraie-fausse autonomie, remise en cause de la laïcité (accord France-Vatican sur le reconnaissance des diplômes) ... et puis bien sûr les fondamentaux du Prince : calendrier intenable et incohérent, multiplication des fronts de conflit, bref, la routine. La lettre ouverte de la CPU est sobrement intitulée : "Chronique d'une crise annoncée dans les universités". Quelque chose me dit que la fin du mois de Janvier devrait être assez chargée du côté de "l'agenda social". 

Juste quelques morceaux choisis pour vous inciter à lire l'intégralité de la lettre

  • Sur le statut des enseignants-chercheurs : "Une modulation des services qui transformerait l’augmentation du temps d’enseignement en sanction pour recherche insuffisante, voire en compensation pour des suppressions de postes constatées et annoncées, et qui cristalliserait par ailleurs les inégalités entre domaines et entre filières, créerait des dommages irréparables au sein des communautés universitaires, sans pour autant augmenter significativement la capacité de recherche du système d’enseignement supérieur français." (voir aussi la tribune publiée dans Le Monde du 5 Janvier, limpide)
  • Sur la "masterisation" des enseignants du secondaire : "Mais la précipitation dans laquelle s’est engagée cette réforme et l’absence de réponse aux questions que nous posons depuis des mois sur les stages, sur les conditions d’entrée dans le métier ou sur le financement des études des futurs maîtres, rendent la situation aujourd’hui intenable : d’un côté les universitaires ont travaillé depuis l’été au niveau national, comme dans les académies, sur des projets de maquette et de l’autre les programmes de concours auxquels ces masters sont censés préparer n’ont été connus qu’en décembre. La formation des enseignants est trop importante pour l’avenir des connaissances et des compétences de la nation pour que soit refusé le temps d’une réflexion nationale et d’une vraie coordination entre les deux ministères concernés. Nous insistons tout particulièrement sur la prise en charge financière des étudiants, et ce pour une raison stratégique."
  • sur l'accord France-Vatican : "Selon cet accord, les diplômes délivrés par les instituts catholiques contrôlés par le Vatican seront reconnus en France au même titre que les diplômes délivrés par les universités publiques. Non seulement cet accord porte sur les diplômes canoniques, ce qui peut se concevoir mais mériterait discussion, puisque les diplômes canoniques font partie du champ initial des instituts catholiques, mais aussi sur les formations profanes, ce qui est proprement inacceptable." Remember l'instituteur et le curé ...

A noter également que du côté de l'AERES (bébé gouvernemental de chapeautage de la recherche) on ne prend même plus la peine d'avancer masqué et l'on déclare benoîtement que "L’habilitation des formations doit disparaître si les universités sont vraiment autonomes." Air connu ... les diplômes nationaux n'ont jusque là permis de former que des crétins eux-mêmes seulement capables de former d'autres crétins pour obtenir des diplômes nationaux qui leur permettront de former ... ad libitum.

Pendant ce temps, au ministère, la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) publie, concernant les doctorants, des "notes d'information" qui ressemblent bigrement à des notes d'objectifs ... et je ne vous parle même pas des post-doc ...

Juste pour mémoire, quelques courts extraits de la tribune du Monde signalée plus haut :

  • "Faire dépendre le service d'enseignement de critères d'évaluation de la recherche - pour l'instant incertains -, c'est risquer d'assimiler l'activité noble qu'est l'enseignement à une sanction. Cela revient en tout cas à introduire entre les deux missions des enseignants-chercheurs une hiérarchie : ou bien un bon enseignant n'a nul besoin de s'adonner à des recherches, ou bien un chercheur peu productif suffit à faire un enseignant performant."
  • "Ce projet est ensuite inacceptable parce que, à supposer qu'on admette le principe d'une modulation des services liée à une évaluation permanente de l'activité de recherche, les modalités proposées pour cette modulation ne garantissent nullement contre l'arbitraire. Le pouvoir de décision serait en effet aux mains du président d'université (ou du directeur d'établissement) et du conseil d'administration, le second étant conçu par la loi LRU comme un instrument du premier."
  • "Ce projet est enfin inacceptable parce que, en vidant de son contenu le statut de fonctionnaires d'Etat des universitaires, il porte une grave atteinte aux libertés académiques sans lesquelles il n'y a pas d'universités dignes de ce nom. Depuis des années, le ministère de l'enseignement supérieur s'attaque à la ressource la plus précieuse de l'universitaire : son temps d'autonomie. C'est grâce à lui qu'il peut féconder son enseignement par ses lectures, ses recherches, ses échanges avec d'autres spécialistes, en France et à l'étranger."

<Update du soir>
A la suite de la publication de la tribune du Monde, signée par treize universitaires, beaucoup de collègues ont souhaité manifester leur soutien à ce texte en proposant de les signer. C'est la raison pour laquelle ce texte est désormais proposé à la signature de toute personne, universitaire ou chercheur, qui en partage les idées et le contenu. L’objet de la pétition est de demander le retrait du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Adresse de la pétition :  http://petitions.alter.eu.org/universite
</Update>

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Elle est retrouvee.

Elle est retrouvée réouverte. Quoi ? L'éternité. Europeana.

Contributions wikipediennes

(nota-bene : suite à la nouvelle mouture de Typepad, les titres des billets d'Affordance seront désormais sans accents, désolé pour les puristes ...)

Il est un vieux débat autour du web 2.0 en général et de Wikipédia en particulier, c'est celui de l'échelle réelle de collaboration et de contribution qui structurent ces deux univers. En d'autres termes, qui contribue "réellement" et qui en profite "simplement".

Un article du Silicon Alley Reminder revient sur une étude déjà commentée ici en Octobre 2006 à propos du nombre de contributeurs réellement actifs dans Wikipédia. L'étude signalée en 2006 indiquait que "50% des modifications sont faites par seulement 0,7% des utilisateurs … soit 524 personnes" et que "les 2% les plus actifs (1400 personnes) ont fait 73.4% de tous les modifications." Pour aboutir à ce résultat, Jimmy Wales avait à l'époque comptabilisé le nombre de modifications ("edit") réalisées sur les articles. La conclusion était que quelques "insiders" (ou "heavy editors") étaient responsables de l'essentiel du contenu de l'encyclopédie.
L'article du Silicon Alley Reminder propose de ne pas compter les "modifications" (edit) d'articles mais plutôt leur nombre de signes (lettres). Et le résultat (à nuancer étant donné que ladite étude est - de l'aveu même de son auteur - simplement empirique) est radicalement différent de celui de Wales : on s'aperçoit que les plus "gros" contributeurs en "nombre de signes" sont plutôt des "outsiders" (utilisateurs non-réguliers), les "heavy editors" se contentant de faire de nombreux "edit" mais essentiellement pour des questions de mise en forme et de calibrage ou de rectification.
OK mais et alors ???
Alors la question qui est ici posée est celle de la nature même du projet d'encyclopédie collaborative. Dans l'hypothèse 1 (celle de Wales), Wikipédia serait en fait une encyclopédie "comme les autres", avec un très petit nombre d'encyclopédistes labellisés et actifs. La seule différence - mais de taille - avec un projet encyclopédique classique étant que lesdits encyclopédistes n'ont pas été choisis ou recrutés es qualites. Soit disons 80 % d'un fonctionnement encyclopédique traditionnel et 20 % d'un fonctionnement "en rupture" avec les modèles éditoriaux traditionnels.
Dans l'hypothèse 2 (celle du Silicon Alley Insider), c'est la situation exactement inverse qui est décrite. Le coeur du projet Wikipédien est serait bien celui d'une collaboration ouverte reposant sur la contribution d'usagers "extérieurs" et non-nécessairement réguliers ou accrocs pour fournir les connaissances et les informations, collaboration ouverte "complétée" par un travail d'édition plus traditionnel (correction, mise en forme, etc ...) effectué cette fois par quelques "heavy editors". Soit 80% de collaboration et 20% de fonctionnement éditorial "classique".

Soit pour résumer :

  • hypothèse 1 : les encyclopédistes sont des gens "à/de l'intérieur"
  • hypothèse 2 : les encyclopédistes sont des gens "à/de l'extérieur"

La fonction crée l'organe.
Au delà des chiffres et des pourcentages, ce débat est important voire essentiel car il reflète et illustre notre rapport au savoir dans un environnement numérique. L'hypothèse 1 serait la preuve qu'au-delà de la forme (innovante) du Wiki, le projet encyclopédique n'a pas réellement changé de nature dans son mode de fonctionnement. L'hypothèse 2, de mon point de vue beaucoup plus séduisante et beaucoup plus réaliste (même si elle demande à être confirmée), indique a contrario qu'en sus du changement de nature de l'objectif encyclopédique, il y a bien également un changement de nature du mode de contribution et d'accumulation des savoirs. Wikipédia procède donc bien d'une nouvelle forme et d'une nouvelle ambition pour le projet encyclopédique du XX1ème siècle, nouvelle forme et nouvelle ambition qui ont su, pour partie, asseoir la rupture qu'elles proposent sur des schémas de fonctionnement éditoriaux ayant déjà fait la preuve de leur efficacité. Et ce n'est pas l'un des moindres intérêts de ce projet que de constater que cette stratégie n'a pas été bâtie et pensée en amont du projet lui-même, mais qu'elle s'est organiquement déployée au fur et à mesure de son avancement. Work in progress. Et si l'on observe Wikipédia comme un organisme numérique en croissance, on vérifie une fois de plus la formule de Lamarck selon laquelle "La fonction crée l'organe."

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Et pour compléter cette petite réflexion (et accessoirement expurger mon agrégateur), une petite revue de liens autour de l'encyclopédie collaborative.

  • et tout d'abord une excellente idée : "Un chercheur, qui soumet un article à la revue RNA Biology, devra également écrire un résumé de ses travaux dans Wikipédia." Source et suite de l'info sur Prosper et ReadWriteWeb.
  • ensuite un article de Pascal Duplessis : "Wikipedia : un objet-problème en information documentation." Rapide extrait pour vous donner envie : "Qui, sans en avoir été longuement averti, peut-il appréhender l’extraordinaire complexité dont fait preuve le deus ex machina à l’œuvre derrière la scène de tout article encyclopédique collaboratif ? Comment imaginer ne serait-ce que le perpétuel mouvement de création et de re-création de l’édifice puisqu’il se fige à l’instant même où on le regarde ? Pour en faire prendre conscience aux élèves, il faudrait un logiciel de type morphing où l’on verrait en l’espace de quelques secondes merveilleuses l’article se développer et se réduire sous l’effet erratique des contributions, varier ses formes du simple au caricatural, laisser et abandonner ses traces, et vivre et mourir en quelques palpitations de son être documentaire."
  • voir également mes voeux de bonne année 2009

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Retour vers le futur : Bonne année 2009.

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"Dans Wikipédia, la rédaction de 2009, ou plutôt de l'article 2009, a commencé le 18 avril 2004 à 11 heures 12. Cet article a depuis été développé, organisé et plusieurs fois enrichi, vandalisé, corrigé, raccourci, au fil de plus de 370 modifications, toutes archivées. L'histoire de cet article et de ces modifications, cette histoire de presque cinq ans, est donnée à voir ici en moins d'une minute : http://www.lecdi.net/video-wikipedia-2009/video-wikipedia-genese-de-l-article-2009.htm"
Message transmis par Philippe Martin, webmaster et créateur de Lecdi.net
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Sans attendre, dès aujourd'hui, écrivons ensemble ce dont demain portera trace.

Bonne année à tous et toutes :-)

Micro, méso et macro-net : les médiasphères et le moteur.

(billet inspiré par quelques rapides tests sur Whostalkin, découvert chez Steve Rubel)

En ce temps-là ...
En ce temps là
, la vie était plus belle simple : on avait les annuaires, les moteurs et les méta-moteurs.
En ce temps-là l'unité de publication était la page (web).
En ce temps-là, ceux qui publiaient sur le net ne publiaient (généralement) QUE sur le net, pas dans les grands médias. Et ceux qui écrivaient dans les grands médias ne publiaient pas sur le net.
En ce temps là, ce qui était écrit, restait écrit, restait fixé.
Et puis ...
Et puis les annuaires disparurent. Ne restèrent que (quelques) méta-moteurs et surtout les moteurs et surtout LE moteur.
Et puis les unités de publication se réduisirent, se fragmentèrent. L'unité ne fut plus seulement la page mais également le billet (de blog), voire le fil (de discussion sur un forum ou de commentaires sur un blog) ou le micro-fil (twitter limite l'unité de publication à 140 caractères). Une unité de publication parfois simplement confinée à une unité de présence en ligne, laquelle unité de présence est elle-même composée des traces éparses (profilaires ?) de notre social stream tel qu'il se constitue par exemple au travers de nos différents profils sur différents réseaux sociaux,
Et puis les instances d'énonciation éditoriales se floutèrent. Publier ici n'empêcherait plus de publier là. Les journalistes écrivent "dans" le web, les blogueurs écrivent "dans" les journaux, passent à la télé. Certains journaux ne sont faits que de reprises d'écrits de blogs (vendredi.info), certains blogs (maître Eolas) jouissent d'une crédibilité supérieure à certains journaux.
Et puis ce qui était écrit par l'un devînt modifiable par l'autre, par tous les autres (Wikipédia). L'auteur, l'autre. Figure gemellaire de l'hypertextualité. Agencements collectifs d'énonciation. La trace céda la place à sa propre traque.
Voilà ce qui changea. Ce qui ne change pas en revanche, pour vous, pour moi, c'est le besoin de s'y retrouver (au sens propre mais également et de plus en plus souvent au sens figuré également ...), d'y trouver parfois simplement "quelque chose", plus rarement "ce que l'on cherche".

Editorialement parlant, on dispose donc désormais de trois "médiasphères" :

  • le micro-net de type twitter mais également composé de nos traces profilaires,
  • le meso-net de type "blogs" individuels et non-institutionnels, ainsi que de la longue cohorte des pages personnelles
  • et le macro-net de type journaux ou chaînes de télé implantés sur le web (libération, le figaro, l'Obs ...)

Machiniquement parlant, pour rendre compte de ce nouveaux paysage éditorial du net, on ne dispose pourtant plus que des seuls moteurs qui, de plus en plus souvent, mal étreignent à force de trop embrasser.
Idéalement, il faudrait pouvoir disposer d'un moteur pour chacune de nos trois médiasphères. Car il va sans dire que la spécificité éditoriale de chacune d'entre elles conditionne à la fois la nature des recherches qui y sont effectuées mais également la nature, la granularité documentaire des résultats qui y figurent. Et l'on se prend à rêver d'un retour des moteurs à curseurs avec un même moteur permettant de régler le "grain" de la recherche depuis les macro-médias du macro-net jusqu'aux micro-médias du micro-net. 

Aujourd'hui, on dispose de :

  • Nano-moteur : pour chercher dans le micro-net. Exemple : WhosTalkin?
  • Meso-moteur : pour chercher dans le meso-net. Exemples : Blogsearch, Technorati, Wikio.
  • Macro-moteur : pour chercher dans le macro-net. Exemple : Google et Google News.

Cette granularité est inédite à cette échelle, et il y a fort à parier que 2009 lui donnera ses lettres de noblesse, l'enracinant comme une composante à part entière du Giant Global Graph. Alors que l'étage supérieur, le macro-net, apparaît aujourd'hui stabilisé, ayant atteint un rythme de croissance optimal, le micro-net et le meso-net continuent d'exploser, sur le même type d'échelle logarithmique que le web à ses débuts. Après la croissance des blogs, c'est aujourd'hui la croissance des réseaux sociaux et des sites de micro-blogging. La valeur de ces deux espaces, du dernier particulièrement, réside dans leur nature conversationnelle. Une conversation certes souvent tenue par des idiots et pleine de bruit et de fureur, mais également une conversation qui aiguille, qui stimule, qui signale, et qui est en tout état de cause le complément aujourd'hui indispensable de la plénitude du net comme médiasphère. Bref une conversation qui mérite d'être indexée et suivie pour pouvoir être ensuite accédée de manière asynchrone, dans la verticalité qu'impose le couperet d'une recherche et non plus simplement dans la linéarité d'un échange.

Signalons pour finir que cette granularité se superpose à une autre granularité préexistante et depuis déjà longtemps consubstantielle au net : la granularité des médias (vidéos, images, audio, texte) qui le composent. C'est à la croisée de ces chemins, à la croisée de cette granularité bipolaire que devront se positionner les acteurs de la recherche d'information pour répondre aux besoins de l'usager du web de 2009 et d'au-delà.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h00)