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Le marché du livre comme algorithme (suite ...)

Suite du billet de l'autre jour. Je m'étais arrêté à la page 7 du document mis en ligne par l'ARL (.pdf). Les 13 pages restantes concernent le "volet bibliothèques" de l'accord passé par Google avec les éditeurs. On y apprend que :

  • Google délivrera un PAS (Public Access Service) gratuit à toutes les "bibliothèques publiques" (nous verrons ci-après que la dénomination a son importance ...) qui en feront la demande. A partir de là il sera possible de consulter le texte intégral des ouvrages de la zone grise depuis les postes informatiques de ladite bibliothèque. 
  • Avec ce PAS, si vous voulez imprimer des pages, on Google vous demandera une somme "raisonnable" (sic) : "A user can print pages of material viewed on the PAS terminal for a “reasonable” per-page fee"
  • Pour déterminer ce qu'est une "bibliothèque publique", et pour le secteur de l'enseignement supérieur, Google se base sur la classification Carnegie. Si vous ne correspondez pas aux critères de ladite classification, Google pourra vous offrir 1 PAS pour l'équivalent de 10 000 étudiants. Si vous êtes dans les critères de ladite classification, ce sera 1 PAS pour 4000 étudiants. Et si vous en voulez plus ? "Google (...) can agree to expand the PAS service by making additional terminals available for free or an annual fee, but the settlement provides no further details on the terms for this expansion." Donc ce sera possible. Et ce sera gratuit. Ou pas. Ca dépendra. Ce sera du cas par cas. Qui à dit "diviser pour mieux régner ?". Bref, faudra négocier avec Google. 

Bilan ? C'est un PAS de plus vers un pas de trop. Je connais un certain nombre de marchands du temple de l'édition scientifique qui vont ressentir comme un léger malaise à voir l'ombre du géant de Mountain View venir s'étendre inexorablement sur leur pré carré. Car après la PAS, vient l'ISD (Institutionnal Subscription Database). Et oui.

  • l'ISD c'est le fait que chaque institution va pourvoir acheter, toujours pour les mêmes oeuvres de la zone grise, un abonnement institutionnel pour offrir l'accès à l'ensemble de ces textes à l'ensemble de ses usagers. C'est à dire le principe même des bouquets numériques que contractent actuellement les bibliothèques (universitaires notamment) avec les grands éditeurs scientifiques. Cet accès aura naturellement une durée limitée et devra être périodiquement renouvelé.
  • OK mais combien ça va coûter ces abonnements ? Et bien, là encore, c'est Google et lui seul qui va algorithmiquement fixer le prix. Enfin pas tout à fait. C'est Google et le Book Rights Registry (BRR), c'est à dire le fameux registre d'enregistrement des oeuvres encore sous droits. Sauf qu'en l'état, il faut rappeler que c'est Google qui crée et finance seul ledit BRR et que l'on ne sait rien de ce que sera sa composition ... Et donc, les critères pour déterminer le prix d'un abonnement institutionnel sont : "the pricing of similar products and services available from third parties; the scope of the books available in the ISD; the quality of the scan (sic ...); and the features offered as part of subscription." Plus loin on apprend également que le prix : "will be based on the number of full-time equivalent (FTE) users. For higher education institutions, FTE means full-time equivalent students."

Moralité : c'est ce que l'on appelle vérouiller ses positions. Phase 1 : google crée le marché. Phase 2 : Google prend le marché. Phase 3 : Google en fixe les règles. Phase 4 : Google n'a plus qu'à ramasser les copies les contrats ... Parce que dans toute cette histoire, vous n'avez pas oublié qu'au départ il y avait le projet Google Books ... un projet dans lequel des bibliothèques confiaient à Google des ouvrages dont certains font partie de la fameuse zone grise. Et c'est là que commence la lecture des dernières pages du document de l'ARL. Dans le prochain billet, je vous raconterai comment Google va réaliser le coup du chapeau. C'est à dire faire finalement payer aux bibliothèques l'accès aux ouvrages de leur fonds propre.
A suivre :-)

(Temps de rédaction de ce billet : 1h00)

Le marché du livre comme algorithme.

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Nota-Bene : je déroge à la ligne éditoriale (floue) de ce blog qui veut que je ne publie habituellement le vendredi que mes "petits liens du week-end", réservant le dimanche soir à la publication de billets plus fouillés. Mais en l'occurence, le document analysé dans ce billet vaut la peine que vous passiez une partie de votre Week-end à y réfléchir - enfin si vous avez rien de mieux à faire bien sûr - tant les enjeux sont considérables pour le monde et le marché du livre. Fin du teasing, on peut y aller :-)

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Le très récent accord historique passé par Google avec les éditeurs américains continue de faire causer sur la toile et ne laisse personne indifférent. Prosper nous signale que les mêmes éditeurs ont mis en ligne un document à destination des bibliothèques pour "expliquer" les tenants et aboutissements dudit accord : "A Guide for the Perplexed : Libraries and the Google Library Project Settlement". Ce qu'on apprend dans le document pdf mis en ligne est réellement hallucinant tant cela témoigne de la candeur avec laquelle les éditeurs ont de facto délégué à Google la capacité de faire du marché du livre, "son" marché du livre. Petite explication et extraits ...

Avec tout d'abord les nouvelles règles du jeu : 

  • pour les ouvrages libres de droits, rien ne change (=Google affiche le texte intégral et permet de le télécharger) ; 
  • pour les ouvrages sous droits mais qui ne sont plus dans le circuit commercial, Google pourra afficher jusqu'à 20% du texte, pas plus de 5 pages consécutives, et pas plus de 4 pages qui se suivent quand on fait une recherche par mot-clé à l'intérieur de l'ouvrage, et pour les oeuvres de fiction de cette même catégorie, Google ne pourrait afficher que 5% des pages et pas plus de 15 pages se suivant et jamais les dernières pages de l'ouvrage, et pour les oeuvres - toujours de la même catégorie - du genre "poésie, nouvelles, dictionnaires, encyclopédies, recueils de citations (...)"  c'est une "fixed preview" qui sera mise en place pour - au maximum - 10% de l'ouvrage, y compris dans le cadre d'une recherche par mot-clé sur les contenus de l'ouvrage.
  • pour les ouvrages sous droits et dans le circuit commercial : la règle "par défaut" est que Google n'affichera plus "que" l'information bibliographique, la page de titre, la quatrième de couverture, la table des matières et le ou les index. Terminé l'affichage de "snippets", sauf ... sauf si l'ayant droit (ou son représentant, c'est à dire l'éditeur) l'autorise. Et l'on peut raisonnablement penser que les éditeurs autoriseront cet affichage de "snippets", ne serait-ce que parce que ce feuilletage électronique est un préalable souvent indispensable à l'acte d'achat. Pour cette même catégorie d'ouvrages, s'ensuit également une liste de cas particuliers (que je n'ai pas le temps de traduire) mais qui, en gros, laissent tout de même supposer qu'au final, on continuera de pouvoir consulter des extraits des oeuvres de cette catégorie.

Et puis voici maintenant le "nouveau marché". Un nouveau marché qui confirme ce que je vous annonce depuis bientôt deux ans, c'est à dire que l'investissement de Google dans la numérisation est tout sauf une entreprise philanthropique ou un investissement à perte. Bien au contraire, la coût de la numérisation d'ouvrages libres de droits était simplement le prix du ticket d'entrée sur le marché - colossal - de la vente des ouvrages de la "zone grise". Un ticket d'entrée au prix d'autant plus faible que sur ce nouveau marché, c'est désormais Google qui est seul à fixer les règles. Toutes les règles. La nouveauté donc, c'est l'acte de naissance officiel des "fee-based services" :

  • "Users will be able to purchase online access to the full text of in-copyright, not commercially available books through an account established with Google." Nous sommes donc bien d'accords : Google devient officiellement libraire (l'accord l'ayant déjà institué éditeur puisqu'il sera seul à créer, gérer et maintenir la base dans laquelle viendront s'enregistrer et se déclarer les ayants droits potentiels des oeuvres de la zone grise). Le terrain étant ainsi déblayé, "y' plus qu'à" ... fixer les règles de ce nouveau marché.
  • Deux possibilités : soit les ayants droits identifiés et reconnus fixent leur prix, soit ... c'est Google qui le fixe algorithmiquement. "Google will set the price for all books not priced by the rightsholders based on a pricing algorithm designed to find the optimal price for each book to maximize the revenue for the rightsholder. Initially, books will be distributed in pricing “bins” in the following percentages: 5% of the books available for purchase will priced at $1.99; 10% at $2.99; 13% at $3.99; 13% at $4.99; 10% at $5.99; 8% at $6.99; 6% at $7.99; 5% at $8.99; 11% at $9.99; 8% at $14.99; 6% at $19.99; and 5% at $29.99. The algorithm will place a book in a pricing bin based on aggregate data collected with respect to similar books. Google can change the price of a book in response to sales data. Google also can change the distribution of books in the pricing bins
    over time as the prices of individual books are adjusted based on the pricing algorithm.
    " Je vous fait un dessin ? A la manière dont Apple avait fixé seul le prix du morceau de musique via sa plateforme Itunes, Google vient de fixer, seul, le prix de vente à la découpe des ouvrages de la zone grise. En gros donc, il y aura 12 tranches de prix, de 1;99 $ à 29;99 $. En gros toujours, ce prix sera fixé sur des critères auxquels seul Google a accès ("a pricing bin based on aggregate data collected with respect to similar books"). En gros toujours, Google se réserve le droit d'augmenter le prix d'un ouvrage (= de le faire changer de tranche de prix) en fonction des chiffres de vente ("sales data"), chiffres de vente dont il sera seul à disposer. 

Et voici enfin l'ultime escroquerie : le modèle de l'a-llocation. Mékeskidi ? Cette escroquerie concerne l'acte d'achat. Et bien il n'y en aura pas. Ou plutôt si. On pourra théoriquement "acheter" ces ouvrages de la zone grise. Mais on ne fera pratiquement qu'acheter un droit d'accès (très partiel cf ci-dessous) à ces ouvrages sur les serveurs de Google. Donc une location. Etant donné la puissance de frappe de Google et l'ampleur du marché ici concerné, c'est l'acte de naissance officiel d'un nouveau mode commercial : on ne pouvait jusqu'ici qu'acheter ou louer des produits quels qu'ils soient. On peut désormais effectuer des locations déguisées en achat. Pour célébrer cette naissance il faut un nouveau terme. Je propose celui "d'a-llocation." ("a" pour "acheter" et "location" pour ... location). Concrètement, voici ce qu'on peut lire dans le même document (.pdf) :

  • "After purchasing the book, the user will have perpetual online access to view the entire book from any computer." Retenez bien cette phrase là. C'est un modèle du genre. Traduite littéralement elle signifie : "Après avoir acheté le livre, l'utilisateur aura un accès en ligne perpétuel à sa totalité depuis n'importe quel ordinateur." Traduisez : on pourra donc acheter un truc qu'on ne pourra lire que sur Google via son compte Google. C'est ça la conception du "perpetual online access" selon Google.
  • "The user will be able to copy and paste up to four pages of the purchased book with a single command, but, with multiple commands, can copy and paste the entire book." On ne pourra donc disposer d'une vraie copie numérique correspondant à son acte d'achat QUE SI on fait du copier-coller. Et par défaut, on ne pourra copier-coller QUE  ... 4 pages.
  • "The user will be able to print up to twenty pages of the purchased book with a single print command, but, with multiple commands, can print out the entire book. Google will place a watermark on printed pages with encrypted identifying information that identifies the authorized user that printed the material." On ne pourra donc imprimer - par défaut toujours - que 20 pages. Et en plus on sera "pisté" (grâce aux techniques de marquage = "watermarks") au cas où il nous viendrait l'idée saugrenue d'imprimer plus de 20 pages d'un livre que l'on vient pourtant "d'acheter".
  • "The user will be able to make book annotations of the purchased book. A book annotation is user-generated text that is displayed on any Web page on which a page of a book appears. The user can share his annotations with up to 25 other individuals who have purchased the book through this service and who have been designated by the user." On pourra annoter le livre qu'on vient d'acheter, mais on ne pourrra là encore le faire que "sur" Google, et on ne pourra partager lesdites annotations que "sur" Google et avec 25 autres pigeons qui auront comme nous eu "l'impression" d'acheter ledit bouquin et que nous aurons nommément désignés (pour qu'ils puissent être à leur tour pistés et que Google puisse vérifier, via leur compte, qu'ils ont effectivement achetés l'ouvrage en question).
  • "A user who purchases a book will not see an insert if the insert’s rightsholder chooses to exclude displays of the insert. In this situation, a purchaser (or an institutional subscriber, described below) will not have access to the complete book as published." Livre à la découpe donc. En plus de se faire pigeonner avec un acte d'achat qui n'en est pas un, en plus de se faire pister, on pourra ne pas accéder à certains passages du livre, si l'ayant droit a décidé d'extraire certains passages.

Conclusion ? Ce qui se met en place avec cet accord est passionnant ET révolutionnaire ET (de mon point de vue) scandaleux pour UNE raison : c'est la naissance de la littérature comme algorithmie. Plus précisément, c'est la soumission de la littérature du marché du livre à une nouvelle matrice calculatoire préemptée par Google avec l'assentiment des gardiens du temple, à savoir les éditeurs. Plus précisément encore c'est - à ma connaissance - la première fois qu'un algorithme informatique (dans toute son opacité) préside à la naissance d'un marché et en devient simultanément le seul régulateur.

De la candeur (relative) des éditeurs. Les éditeurs ont ici obtenu une victoire tactique, mais en rien stratégique. Ils ont obtenu que Google n'affiche plus "par défaut" des extraits des ouvrages en vente. La belle affaire. Ils ont oublié que le coeur du procès n'était pas l'affichage des extraits, mais la simple possibilité offerte à Google de numériser TOUS les contenus et de les tenir à sa disposition "pour le jour où ..." Alors oui, candide les éditeurs. Alors oui, dommage les auteurs qui ont laissé cette bataille leur échapper en déléguant pour l'essentiel leur représentativité aux même éditeurs. Mais non, les éditeurs n'ont pas tous les torts. Leur approche est conditionnée par les "règles du marché". Et ces règles du marché les obligent à maintenir à flot la rentabilité de leur boutique. Donc même s'ils disposent d'une vision stratégique à moyen ou long terme, ils n'ont d'autre choix que d'effectuer des choix tactiques à court terme. Ils auraient - pour préférer la stratégie à la tactique - ils auraient disais-je, eu besoin que les autres acteurs (états et institutions notamment) se mobilisent différemment (= mettent de l'argent) et surtout davantage autour de ce projet qui nous concerne tous.

Remarque annexe : ce qui est très fort dans cette approche, c'est qu'en plus de créer un marché qui n'existait pas, en plus de s'en arroger l'exclusivité, et en plus d'en fixer les règles, Google ne va fâcher aucun "concurrent", traduisez, il n'empiète pas sur les plate-bandes d'Amazon ou des autres grossistes suffisamment présents en termes de part de marché, et si un jour ces derniers décidaient de vouloir entrer à leur tour sur le marché créé et contrôlé par Google, ils n'auraient d'autre solution de de se soumettre aux règles fixées ... par le même Google.

Sur le même sujet ou presque (l'impact de l'accord passé par Google avec les éditeurs), précipitez-vous sur la lecture de cet article de l'EFF dont j'extrais le passage suivant :

  • "If approved by the court, the $125 million settlement would buy Google — and only Google — permission not just to scan books for indexing purposes, but also to expand Book Search to provide more access to the scanned books. (...) By settling rather than taking the case all the way (many copyright experts thought Google had a good chance of winning), Google has solved its own copyright problem — but not anyone else's. Without a legal precedent about the copyright status of book scanning, future innovators are left to defend their own copyright lawsuits. In essence, Google has left its former copyright adversaries to maul any competitors that want to follow its lead." Conclusion : "Those kinds of cases threaten to yield bad legal precedents that tilt the rules against disruptive innovation generally." Voir également le commentaire ce cet article sur IP-Watch.

Re-conclusion : ça y est. C'est fait. A compter du jour de la publication de ce document (.pdf), Google est éditeur et libraire. Certes il est pour l'instant uniquement éditeur et libraire des oeuvres de la zone grise. Mas avec un droit d'exclusivité qui laisse clairement entrevoir à quel point il serait aujourd'hui aberrant de considérer qu'il en restera là et s'interdira de grignoter progressivement les "autres" marchés du livre.

(Temps de rédaction de ce billet : 2 heures 15)

Le petit lien du Week-End

Dans la série "une image vaut mille mots", aujourd'hui, La crise pétrolière.
(Source : sous le lien)

C'est la lutte ... numérique.

A l'occasion du mouvement de mobilisation qui touche actuellement l'ensemble des IUT de France, j'observe avec un grand intérêt la manière dont la viralité, la réactivité et le bouche à oreille numérique sont judicieusement et assez "nativement" utilisés par les premiers concernés (les étudiants). Pour résumer, en moins de 24 heures, depuis que les étudiants ont été informés de la situation (ils n'en avaient jusque là aucune idée, et on ne saurait leur en vouloir), en moins de 24 heures donc :

  • ils ont créé un groupe Facebook qui réunit à cette heure 2 143 membres (principalement actuels et anciens étudiants). C'est peu dire que l'extraordinaire focale que constitue Facebook est un outil de communication absolument fascinant en termes de coordination d'un mouvement, aussi bien pour la rapidité de la mobilisation que pour la diffusion des informations. "Just be in". Il suffit d'y être.
  • Ce groupe Facebook ainsi que les updates systématiques de leurs "statuts" n'ont pas été sans effet sur l'augmentation vertigineuse du nombre de signatures de la pétition officielle de soutien aux IUT (30013 signataires à cette heure)
  • un forum national a également été créé par les étudiants.
  • ils ne leur manque plus qu'un blog national et ce sera parfait :-) (de nombreux blogs locaux existent déja, dont le premier a avoir été créé est celui de l'IUT A de Toulouse).

Il ne manquerait plus que leurs milliers de petites souris aillent attaquer le grand chat de Valérie Pécresse en lui posant tout plein de questions aussi chatouillantes que gratouillantes :

  • "chat Internet avec Valérie Pécresse, 4 décembre 2008 de 15 h à 16 h 15. Le chat sera accessible gratuitement à l'adresse suivante : http://www.lors.fr/chat20081204 (inactive pour l’instant). Vous pourrez commencer à déposer vos questions dès mardi 2 décembre."

(A propos du jeu du chat et de la souris ... autre illustration par l'exemple ...)

Bref, quoi qu'il advienne de ce mouvement, le Digital Natives font la preuve qu'ils savent tirer tout le meilleur parti des outils à leur disposition. Ils les utilisent comme des "insiders", des usagers "du dedans", c'est à dire avec l'angle d'usage qui leur apparaît le plus saillant. Pour Facebook c'est clairement celui de la viralité et du "stay tuned". Je trouve cela plutôt réjouissant. Il ne nous reste plus qu'à les former davantage sur les angles moins "saillants" des mêmes outils. Mais tout ce qu'ils ont déjà fait sera du temps de gagné.
Naturellement, pour gagner un combat, la lutte numérique ne saurait suffire ... il faut également ... Hein ? Ah oui c'est vrai ... Chuuuuuuuut ... 

<Update de 5 minutes plus tard> Attention !! L'UNI (syndicat étudiant d'extrême droite) tente de s'engouffrer dans la brêche et a créé 2 groupes Facebook de "soutien aux IUT". Mais ces groupes là, je ne vais pas vous donner leurs adresses :-).</Update>

Où l'on reparle de l'AERES ...

Vous vous souvenez de l'AERES et de ses critères de "bien" ou "mal-publiant" ? Vous vous souvenez du projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs ? (rappel ici).
Les réformes gouvernementales à l'oeuvre sont un puzzle qu'il n'est pas toujours aisé de déchiffrer. On y perçoit des "intentions", on y devine de potentiels "doubles effets kiss cool", on y lit des desseins politiques affichés. Et puis parfois, deux pièces du puzzle se trouvent appariées et l'on y voit (un peu) plus clair. C'est le cas ce soir avec cet article d'Educpros.
Le sujet : le nouveau mode de financement des universités. L'info : "(...) le principe de base retenu est celui d’une enveloppe de l’Etat à répartir entre les universités, au prorata de leur activité (80 % des moyens alloués, masse salariale incluse) et de leur performance 20%". "Activité" et "performance" sont des critères disons ... compliqués statistiquement, et difficilement applicables dans le contexte universitaire (surtout la "performance" ...). Bref, des critères pour lesquels il va falloir être très attentif aux modalités d'objectivation retenues. Et c'est là que réapparaissent l'AERES et la modification du statut des enseignants-chercheurs.
Deux critères sont listés comme permettant d'évaluer "l'activité" d'une université :

  • "Le nombre d’étudiants aux examens (avec la base d’inscrits en 2008)"
  • "et le nombre d’enseignants-chercheurs publiants définis par l’AERES."

Trois critères sont listés comme permettant d'évaluer la "performance" d'une université.

  • "la valeur ajoutée de la réussite en licence,"
  • "le nombre de diplômés en master"
  • "la qualité des unités de recherche évaluée par l’AERES pondérée par le nombre de publiants."

Donc ... Donc l'université est de plus en plus autonome. C'est à dire qu'elle a deux sources de financement : une source qui va augmenter proportionnellement, c'est à dire les sous qu'elle va chercher "avec les dents" (en vendant ou en spéculant sur son patrimoine immobilier par exemple, ou via ses droits d'inscription, autre exemple ...), et une source qui va aller en diminuant proportionnellement : l'enveloppe ministérielle. Jusque-là vous me suivez ? Bon.
L'enveloppe de l'activité. Cette enveloppe ministérielle, elle la redistribue comme elle l'entend (ce qui pose notamment de gros gros gros soucis aux IUT, mais pas qu'à eux ...). Mais cette enveloppe ministérielle (en plus de diminuer proportionnellement dans le financement global), peut également diminuer de deux autres manières. Elle peut diminuer selon l'activité de l'université : ce n'est pas complètement aberrant si l'on prend en considération le premier critère - nombre d'étudiants aux examens - on ne finance pas autant une fac avec 20 000 étudiants qu'une fac avec 200 000 étudiants. Sur le second critère ("nbre d'enseignants chercheurs publiants"), cela ne paraît pas aberrant non plus, en tout cas sur le principe. Mais seulement sur le principe. Parce que quand on regarde comment l'AERES a défini ses critères de publication, et quand on regarde en même temps le projet de modification du statut des enseignants-chercheurs, ce qu'on voit se profiler à l'horizon, c'est le cercle vicieux de "l'argent qui attire l'argent", ou pour le dire autrement, du "publiant qui attire le publiant". En gros, une université aura tout intérêt à augmenter le nombre de ses "publiants" si elle veut avoir une bonne enveloppe, mais tout en conservant le volume horaire global d'enseignement (parce que la loi l'y oblige). Pour y parvenir, elle pourra mieux payer les publiants (possibilité de nouer des contrats de droit privé dans le cadre de l'autonomie), et/ou leur garantir une activité de recherche "de grande qualité", et pendant ce temps (pour maintenir sa dotation horaire globale d'enseignement), faire trimer les mal-publiants en leur refilant toutes les heures de cours enlevées aux premiers (les publiants). Vous me suivez toujours ? Bon.
L'enveloppe de la performance. Cette enveloppe (20% de l'enveloppe totale) peut être également amputée. Critère numéro 1 de la performance : ""la valeur ajoutée de la réussite en licence," comprenez donc, la réussite en licence. Ce n'est pas une surprise et c'est même une bonne chose (vous voyez, ça m'arrive d'être d'accord avec Valérie :-). A condition bien sûr, de se donner les moyens de cette ambition de réussite. Et là ... Deuxième critère : "le nombre de diplômés en Master". Je ne sais pas pour vous, mais pour moi cela fait très fortement écho au projet de mastérisation des profs du camarade Darcos. A mon avis, va y avoir des batailles rangées dans la course à l'université qui aura masterisé le plus de profs en un minimum de temps. Et puis troisième critère : "la qualité des unités de recherche évaluée par l’AERES pondérée par le nombre de publiants." Hop. On en remet une deuxième couche ("nombre de publiants") au cas où la première n'aurait pas suffit. Et là encore, "on ne prête qu'aux riches" : il va de soi que les unités de recherche les mieux évaluées par l'AERES seront celles qui auront le plus grand nombre de publiants, et ainsi de suite.
Conclusion ? Conclusion, sur le papier, le nouveau mode de financement des universités est un pur chef d'oeuvre. A part un dangereux gauchiste saboteur de train et leader d'opinion, qui, je vous le demande, qui pourrait trouver à redire au fait qu'avant de filer de l'argent (du contribuable) à ces fainéants et nantis d'enseignants-chercheurs on va leur demander des comptes sur leur performance et sur leur activité ? Qui ? Personne. Qui va pouvoir trouver un truc à redire au fait que l'essentiel des variables mesurant la performance et l'activité sont des variables statistiques classiques (nombre de diplômés, nombre de masters, etc ...) ? Personne. Un pur chef d'oeuvre vous dis-je. Je voie d'ici Jean-Pierre Pernaud, le corps secoué d'orgasmes multiples, annoncer la nouvelle au JT, entre un reportage sur les saboteurs de l'ultra gauche et le fromage de chèvre aveyronnais.
Sauf que. Sauf que ce que l'on attendait d'un nouveau mode de financement, c'était la possibilité de se projeter sur le long terme, ou même simplement sur le moyen terme. Là on est clairement sur le court terme. Rappelons que sur 81 universités que compte le pays, 20 vont bénéficier dès Janvier 2009 de ces fameuses "compétences élargies". Et là va falloir m'expliquer comment certaines des variables retenues pas le ministère pour ses indicateurs de performance et d'activité vont pouvoir être mises en place (vu que lesdits indicateurs ne sont pas encore construits, où l'ont été dans une précipitation et un désordre absolu). Mais quand bien même. Admettons que les indicateurs et les variables soient déjà construits, admettons que l'on ait le recul suffisant pour les évaluer.
Ce que l'on attendait de ce nouveau mode de financement c'était la possibilité d'un rééquilibrage. Parce qu'il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas voir qu'aujourd'hui en France, il y a des universités ou des filières d'excellence, et il y a des universités ou des filières poubelles. Mais on sait également que lesdites universités et filières, poubelles ou d'excellence, ne le sont pas i-n-t-r-i-n-s-è-q-u-e-m-e-n-t, ne le sont pas, "par nature". Elles le sont s-t-r-u-c-t-u-r-e-l-l-e-m-e-n-t. Soit parce qu'on continue de recruter à l'aveugle des étudiants pour des filières "à concours" (sciences humaines principalement) sans que le gouvernement ne soit fichu de donner un plan pluri-annuel de création (ou de non-création) de postes, ce qui permettrait d'ajuster le nombre "d'entrants" avec le potentiel de "sortants". Soit - et surtout - parce qu'elle sont dramatiquement déficitaires en termes de taux d'encadrement et/ou de taux d'équipement (c'est la si vieille mais si réelle caricature de la fac avec un salle de 10 ordinateurs pour 5000 étudiants).
Alors oui, on attendait un rééquilibrage possible.
Alors oui on attendait une nouvelle chance offerte à chacune (des universités) de pouvoir s'aligner sur des taux d'équipement et d'encadrement minimaux.
Alors oui, on attendait que soit validée la complémentarité entre enseignement ET recherche. Parce qu'il y a dans nos universités quelques prix nobel (bons enseignants et bons chercheurs) et parce qu'il y a dans nos universités quelques buses (mauvais enseignants et mauvais chercheurs). Et parce qu'entre les deux il y a une majorité de personnes qui trouvent dans leur enseignement une praxis de leur recherche, et dans leur recherche un horizon de leur enseignement. Et parce que c'est pour cette majorité là qu'il fallait proposer des solutions (étant entendu que les prix nobel resteront toujours des prix nobels et que la plupart des buses, resteront également ... des buses).
Au lieu de cela, nous avons avec le nouveau plan de financement Pécresse l'annonce programmée d'un accroissement gigantesque des inégalités qualitatives et quantitatives entre universités, et au sein même des universités, entre enseignement et recherche, entre enseignants et chercheurs. L'autre coup de génie du gouvernement, c'est de toucher à tout (statuts, moyens, dotations, filières), pour toutes les catégories de presonnel (IATOSS, enseignants chercheurs, enseignants - cf la masterisation des profs), toucher à tout donc, et d'un coup. Une authentique parangon de méthodique déconstruction. Multiplier les fronts, pour éviter les affronts. "Eparpiller façon puzzle".

Tout cela pour dire que je serai en grève Jeudi 27 Novembre. Pas pour sauver le CNRS. Pas même pour sauver les sciences humaines et sociales. Mais juste pour défendre un métier, le mien, et l'idée que je me fais de ce métier. Juste pour défendre le droit du plus grand nombre à pouvoir disposer d'un enseignement de qualité dans le plus grand nombre d'universités possibles, et si possible à un moindre coût. Et après, peut-être que j'irai faire péter des cataineres.

Post-Scriptum anti-trolls : je suis "pour" l'évaluation des enseignants-chercheurs (et de toute façon en cherchant bien, je dois arriver à entrer au chausse-pied dans les critères de l'AERES). Et je suis aussi "pour" une refonte structurelle de l'université. Mais pas pour celles-là, pas de cette façon là.

(Temps de rédaction de ce billet : 1h20)

Journée d'action des IUT

Tout est expliqué là. Dans mon HLM IUT, c'est comme dans les autres. C'est aujourd'hui une journée nationale d'action et de mobilisation.

AVANT. Avant (= avant la loi LRU), les IUT bénéficiaient d'un budget fléché, les directeurs desdits IUT en étaient les ordonnateurs principaux (= c'est eux qui décidaient de la répartition du budget et de l'affectation des crédits, en concertation, naturellement, avec les différentes instances décisionnaires de l'IUT). Avant, ce budget était le même pour tous les IUT (en fonction, naturellement, du nombre d'étudiants). Cela permettait, notamment, de délivrer des diplômes nationaux. Vous qui regardez cela de l'extérieur, n'allez pas vous imaginer que nous étions pour autant des assistés, vivant au crochet de l'état et dans l'attente du versement de l'enveloppe divine. Cette enveloppe n'était "que" la part "service public" du financement de l'état. Mais l'autre grosse partie du financement des formations dans les IUT, ce sont les formations qui vont la chercher comme le président Sarkozy va chercher la croissance, c'est à dire "avec les dents".

AUJOURD'HUI. Aujourd'hui, avec la loi LRU, l'université dispose d'un budget aussi global qu'autonome, et le président de l'université et son CA décident du montant de l'enveloppe qu'ils donnent à leur(s) IUT(s) (= exemple : l'université de Nantes dispose par exemple de trois IUT : à la Roche sur Yon, à Saint-Nazaire, et à Nantes). L'avenir des formations est désormais étroitement lié au relationnel, à l'affectif et à la santé financière (comprenez : à la rentabilité) nous unissant à notre maison-mère autonome : l'université de Nantes. De deux choses l'une : soit ils nous aiment et ils ont des sous, et nous n'avons alors pas trop de souci à nous faire. Soit ils ne nous aiment pas et/ou ils n'ont pas trop de sous, et là ... là ... on a du souci à se faire. La loi LRU, tout le discours sur l'autonomie des universités a mis en avant la lutte contre un système clientéliste, féodal, nombriliste, bureaucratique. Et c'est exactement l'inverse qui se met en place, soit le renforcement du clientélisme et de l'opacité bureaucratique (nouveaux logiciels comptables sur lesquels les personnels sont formés à la hache pour ne citer qu'un exemple, procédures administratives qui sont d'authentiques invitations à la fraude ou au suicide médicalement assisté selon que l'on est de nature optimiste ou pessimiste, pour citer un autre exemple).

CONCRETEMENT. Concrètement, nous sommes le 25 Novembre. Concrètement je n'arrive même pas à en vouloir au président de l'université de Nantes de ne pas vouloir ou de ne pas être capable de répondre aux nombreux messages qui lui adresse (notamment) le directeur de l'IUT pour savoir ce qui va se passer non pas dans deux ans, non pas dans 6 mois, non pas dans deux mois mais dans 35 petits jours. 35 tout petits jours qui nous séparent de l'année 2009. Je ne lui en veux pas parce que je pense que lui-même ne dispose pas de toutes les informations nécessaires pour répondre. Concrètement, dans notre IUT, nous lui avons envoyé une lettre, signée par l'ensemble des personnels (IATOSS, enseignants chercheurs, Prags), lui demandant de venir nous rendre visite ce jour là (le 25 Novembre) pour nous donner des informations concrètes sur les "moyens" humains et financiers qui seront mis à disposition de l'IUT pour l'année 2009. Bref, sur le montant de l'enveloppe. Mais comme nous sommes conscients que lui-même ne dispose pas nécessairement encore de toutes les informations "chiffrées", nous avons été raisonnables, nous lui avons juste demandé si "l'enveloppe" budgétaire pour 2009 serait (au moins) la même que pour 2008. Quand je dis "nous lui avons demandé", comprenez les directeurs et les personnels des 3 IUT sous sa responsabilité (La Roche sur Yon, Saint-Nazaire et Nantes). Une demande qui ne "nous" paraît pas "aberrante" à moins d'un mois des vacances de Noël. Mais le président de l'université de Nantes n'a pas répondu. Ou plus exactement il a fait répondre que Mardi, non vraiment, il ne pouvait pas être là, ni physiquement ni en vidéo-conférence. Parce qu'il avait d'autres engagements. Il a également fait savoir qu'il venait à l'IUT le ... 16 Décembre pour une réunion et qu'à cette occasion, il acceptait de rencontrer les représentants du personnel. Le 16 décembre. Soit moins d'une semaine avant les vacances de Noël. Belle perspective. Mais pour l'arbre de Noël de l'IUT on a déjà ce qu'il faut, merci.

DANS LES COULOIRS. Dans les couloirs c'est le règne de l'à peu près et du grand n'importe quoi. Des personnels administratifs se demandent s'ils seront encore là à la rentrée de Janvier ou s'ils seront obligés de se coltiner des aller-retour sur Nantes, "mutualisation" et "flexibilité" oblige. Les enseignants-chercheurs sont pour la plupart (mal) renseignés sur le projet de décret modifiant leur statut et naviguent à vue, nombre d'entre eux sont encore tout occupés à se demander comment entrer dans les nouveaux critères de publication fixés par l'AERES. Ceux (les enseignants-chercheurs) qui sont "plus" ou "mieux" informés, s'inquiètent de ce retour en arrière à la fois sans précédent et sans garantie. En réunion, les "représentants du monde professionnel" (patrons d'entreprise siégeant dans les conseils d'instituts) se désolent d'assister à la casse méthodique du "seul pôle d'insertion professionnelle qui fonctionnait à peu près correctement et depuis longtemps à l'université". Ces échos ne sont pas seulement ceux de l'IUT de La Roche sur Yon. Ils sont - de ce que j'en sais - presque partout les mêmes dans l'immense majorité des IUT de France. Concrètement et "objectivement" (si le lecteur peut encore accorder quelque objectivité au blog d'un dangereux leader d'opinion désormais sous surveillance), la situation est très binaire : les IUT qui ont réussi à préserver des moyens (humains et budgétaires) constants à ce jour sont ceux dont le ou les directeurs entretenaient de bonnes relations avec le président de leur université et/ou dont les université étaient largement excédentaires financièrement ... mais là, je n'en connais aucune :-(. Pour ceux qui n'avaient pas cette chance et pour lesquels le couperet est tombé, le réveil a été rude. Très rude.

J'OBSERVE. J'observe, pour l'instant, que pour tout ce à quoi la LRU était censée apporter des réponses, c'est, en termes de résultats, l'exact opposé des effets d'annonce ministériels qui est en train de se produire. Le discours officiel vous expliquera que c'est un "temps d'adaptation nécessaire", que "la temporalité d'une réforme structurelle ne peux être mesurée à l'aune de ses effets immédiats mais doit être observé sur le moyen terme". Probablement. Mais pour l'instant c'est l'impression d'un énorme cafouillage, d'un énorme gâchis, d'un énorme bordel, d'une énorme inquiétude qui domine. J'ai depuis longtemps cessé de croire que la Ministre pouvait entendre ces inquiétudes, la loi LRU ayant acté et légitimé l'ablation du dernier sonotone qui lui permettait de garder un lien avec les formations, sur le terrain. Mais il est dommage que le président de l'université autonome de Nantes ne vienne pas au moins tenter d'apaiser ou d'entendre ces inquiétudes.

Ailleurs : mobilisation à Nice, à Grenoble, au Mans, etc ... etc ... (n'hésitez pas à signaler vos propres liens en commentaire de ce billet) 

Europeana : 3 petits tours, et puis ...

La bibliothèque européenne, Europeana a donc été lancée le 20 Novembre (communiqué de presse.pdf). Europeana se compose actuellement de "2 millions de documents, dont des livres, des cartes, des peintures et des photographies, provenant des bibliothèques nationales et de plus de 1 000 institutions culturelles des 27 pays de l’Union européenne." Et Viviane Redding, dans le sus-mentionné communiqué de presse, lui fixe un objectif de 10 millions de documents en 2010.
Pour bien comprendre le contexte et les enjeux, un artcle de Bruno Texier fait le point dans Archimag :

  • "2,5 milliards de livres constituent le patrimoine des bibliothèques européennes. Seul 1 % de ce corpus est actuellement disponible en format numérique…"
  • Europeana restera en version "béta" (prototype donc) pendant encore deux ans.
  • "La Commission européenne a annoncé qu’elle allouera, en 2009-2010, un budget de 120 millions d’euros afin d’améliorer l’accessibilité en ligne de ce patrimoine."

Le New-York Times nous retourne aussi habilement qu'insidieusement la vieille antienne de l'hégémonie culturelle, en retenant que plus de la moitié des 2 millions de documents ont été fournis par la France, contre seulement "1 % par l'Allemagne, 1.4% par l'Espagne et seulement 10% par le Royaume-Uni."
Le BBF de son côté nous indique le communiqué de presse de l'INA (.pdf) indiquant que la totalité des documents numérisés par l'INA seront également disponibles dans Europeana. D
Dominique Lahary a par ailleurs entièrement raison de souligner l'enjeu d'Europeana pour "le web public, qui est aussi un web de service public."
Europeana c'est donc un petit peu Hourra et Hosanna. Oui mais voilà, Europeana n'a fait sur le web que trois petits tours ... et puis s'en va. Parce que figurez-vous que sitôt le site ouvert, celui-ci a été assailli par des millions d'utilisateurs. 10 millions de curieux, de bibliophiles, d'étudiants, de quidams, de citoyens se sont donnés rendez-vous pour l'inauguration. Et là, c'est le drame. Bousculade à l'entrée, serveurs en rideau. Crac boum hue. A pu Europeana. Europeana.eu aujourd'hui, c'est un temps de chargement d'une minute trente (j'ai compté ...) pour tomber sur le message suivant : "The Europeana site is temporarily not accessible due to overwhelming interest after its launch (10 million hits per hour). We are doing our utmost to reopen Europeana in a more robust version as soon as possible. We will be back by mid-December." Des sites pris d'assaut lors de leur ouverture, cela arrive. Des serveurs qui flanchent, c'est courant. Même le Grand Google a connu ce genre d'affres pour le lancement de Gmail ou d'Analytics. Mais visiblement, l'équipe de conception d'Europeana n'avait pas prévu un tel enthousiasme, une telle curiosité, une telle appétence, une telle bibliophilie planétaire. Faut dire aussi que l'annonce de l'ouverture avait largement dépassé l'étroitesse des frontières de l'union pour atteindre au communiqué de presse planétaire. Même Google s'était pour l'occasion fendu d'un billet relayant, annonçant et se félicitant de ladite ouverture de la bibliothèque numérique européenne, et en profitant pour lancer un appel du pied appuyé (à moins qu'il ne s'agisse d'un tacle sournois) :

  • "As we move ahead with Google Book Search, we look forward to finding new ways to collaborate on initiatives such as Europeana -- and taking part in what could become the biggest technological leap in disseminating knowledge since Gutenberg invented the printing press."

Dans ces conditions, difficile de faire un billet un peu fouillé sur un service inaccessible. Heureusement, quelques chanceux curieux de la première heure ont eu le temps d'apercevoir le site. L'intérieur d'Europeana ressemble donc à ça. Heureusement, on sait aussi que Gallica 2 a servi de prototypage pour le lancement d'Europeana. Et Gallica 2 est encore accessible en ligne, ce qui permet donc de se faire une petite idée de ce que sera l'intérieur d'Europeana en termes d'interface.
Europeana Europeanasearchresults
En attendant la réouverture :

  • on pourra toujours relire la génèse du projet sur La République des Lettres.
  • gloser sur le choix du logotype, avec une stylisation du "E" suivi de deux "O" (évoquant un engrenage ...), qui, si l'on applique un effet miroir au même "E" et aux deux "O" le suivant, nous donne étrangement les initiales d'une autre bibliothèque numérique mondiale : "GOO ..."
  • moquer l'incapacité à anticiper le volume de connexions à l'ouverture ou le délai envisagé pour la réouverture (3 semaines tout de même ...) ... d'aucuns ont envisagé l'hypothèse (naturellement hautement fantaisiste) que Google prête quelques-uns de ses serveurs à Europeana, ou lui propose même d'héberger son contenu ... ce qui, tout à fait sérieusement cette fois, nous renvoie à la question essentielle de l'informatique dans les nuages pour les institutions et services publics (voir par exemple ici et ).
  • prendre des nouvelles de la santé des serveurs d'Europeana sur la page dev.europeana.eu
  • se languir de la mise en ligne de cette collection exceptionnelle...

De tout cela je retiens qu'il faut prendre l'épisode du lancement raté de ce grand projet pour ce qu'il est : une fable moderne pleine d'enseignements sur la mesure et le périmètre d'un service public numérique à l'heure et à l'ère de l'accès comme clé de voûte bibliothéconomique renouvellée.

<Update> Voir aussi le débat nourri - et légèrement "trollé" - sous le billet de Jean Quatremer. Ainsi que les chiffres détaillés de Telerama.fr </Update>

L'UMP rachète la crise financière mondiale.

L'UMP avait déjà trouvé la solution à la crise des banlieues, voilà qu'elle se met à racheter la crise financière mondiale. La preuve en image ...

Ump

Pendant ce temps, la presse continue de s'essayer aux technologies de l'artefact pour masquer une bague à 15 600 euros, une paille à côté des 220 000 euros (soit l'équivalent de 12 bagues de Rachida Dati) d'argent public que le ministère investit pour surveiller les leaders d'opinion.

Nous vivons donc décidément une époque formidable. Et si vous êtes encore convaincu qu'il n'y a aucun lien entre ces différentes informations, et bien ... cherchez mieux :-(

Le petit lien du Week-End

Typographes de tout poil, rions ensemble : La police des polices (de caractère) vous parle.

(Via BBBBS = BienBienBienBiensûr !)

Collusion ?

En France, le magnat des médias (Arnaud Lagardère) est aussi "l'ami" du président de la république (Nicolas Sarkozy) et le témoin de son (premier) mariage. Collusion ? Collusion.
Aux Etats-Unis, le PDG du premier moteur de recherche de la planète vient d'entrer au "conseil des sages" du président Obama (Interview vidéo d'Eric Schmidt). Goobama donc. Les accointances démocrates de l'équipe dirigeante du moteur Google ne sont plus un secret. Pas davantage que n'est secrète la position démocrate sur les enjeux de la neutralité de l'Internet. Pas davantage que n'est anodin le rôle joué par le média Internet dans la campagne présidentielle américaine. Collusion ? Difficile d'en juger pour le moment. Seule certitude : la question hier posée ("qu'arriverait-il si nous répondions mal au mot 'socialisme' ?") se reposera demain avec une acuité nouvelle.

"Les cons ça ose tout."

" ... c'est même à ça qu'on les reconnaît " disait le maître. Diego Maradona et Lutz Heilman osent tout. Le premier, nous apprend Zorgloob, a demandé (et obtenu !!!) des versions locales de Google et de Yahoo!, qu'elles ne fassent plus apparaître de résultats sur la requête "Diego Maradona." La page suivante est donc collector : à vos copies d'écran, car c'est à ma connaissance la première fois dans l'histoire de l'Internet qu'une telle disparition est opérée.
Le second (via le toujours excellent Ecrans et de ReadWriteWeb), Lutz Heilman, 42 ans, aujourd’hui député au parlement fédéral du parti die Linke (La Gauche), et ex-agent de la fameuse police secrète est-allemande (Stasi), a demandé et obtenu la fermeture immédiate et ce deux jours durant, de la version allemande de Wikipedia (enfin pas tout à fait mais presque).

Deux réflexions croisées :

  • c'est la première fois qu'un particulier obtient l'application aussi radicale et disproportionnée d'un tel "effacement".
  • seuls des états avaient jusqu'ici réussi à faire plier de tels mastodontes, et la négociation n'avait pas porté sur le terrain judiciaire mais uniquement sur le plan ... financier.
  • cela laisse songeur sur plein de plans ...

Et une morale façon "vieux con des neiges d'antan" : on n'effacera jamais les livres. On peut les censurer, les brûler, les détruire, les pilonner mais les effacer ... jamais. Et si vous voulez lire une belle histoire à ce sujet, vous pouvez vous précipiter sur Globalia.

Le petit lien du Week-End

Micro-média et granularité documentaire illustrée.

Le plaisir solitaire de l'auto-délation. (ou comment je me suis dénoncé à mon propre ministère)

Préambule & Rappel des faits
Le 15 Octobre 2008 paraissait au Journal Officiel de la république, un appel d'offre concernant une "veille d'opinion" pour les ministères de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. L'appel d'offre est composé de deux "lots" d'un coût global de 220.000 euros pour 2009 (100.000 pour l'Education, 120.000 pour l'Enseignement supérieur et la Recherche).Dans ledit appel d'offre on eut notamment lire :

  • "5.1.2 Sources surveillées : La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.) Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées. Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés."

Mais également :

  • Point 5.1.1. Objectifs. Le dispositif de veille vise, en particulier sur Internet, à:
  • identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles, émergents)
  • identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l'opinion
  • repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte, et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau
  • décrypter les sources des débats et leur mode de propagation
  • anticiper les risques de contagion et de crise.
  • Rapprocher ces informations et les interpréter
  • Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise
  • Alerter et préconiser en conséquence"
Il n'en fallait pas plus pour que je me fende d'un très officiel courrier à notre Ministre, que je reproduis ci-dessous. Si le coeur vous en dit et après lecture, je vous invite naturellement à en faire de même.
                                                     ===========================
                                                     Madame la Ministre, chère Valérie,

J'ai bien pris connaissance de votre appel d'offre du 15 Octobre. M'efforçant d'être en tout point un citoyen modèle, et à ce titre soucieux de préserver les finances publiques, je viens par la présente me dénoncer auprès de vos services et incite toutes celles et ceux qui correspondent au profil recherché dans votre appel d'offre à faire de même.
Afin que vous ne me preniez pas pour un dangereux fantaisiste, je tiens à caractériser très précisément la manière dont je correspond à la cible recherchée par votre appel d'offre et le caractère factuellement recevable de ma demande.
Primo : Je tiens depuis maintenant 3 ans un de ces  "sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc." Ce site (blog) est intitulé "affordance.info" et j'y commente de manière assez régulière, assez polémique et chaque fois que je le peux assez "impertinente", l'information qui concerne le secteur dans lequel j'exerce ma profession, à savoir l'enseignement et la recherche. Par ailleurs, je ne me prive pas de commenter également d'autres décisions, actualités ou événements dans des secteurs où je n'exerce pas et pour lesquels je n'ai pas nécessairement de légitimité.
Deuxio : Un certain nombre d'indices concordants me portent à croire que je suis un leader d'opinion, une nouvelle fois donc dans le coeur de votre cible qui "portera ainsi sur les médias en ligne, (...) de leaders d’opinion". En effet, j'ai longtemps tenu la première place du classement des blogs influents de la société Wikio dans la catégorie science. J'en profite pour vous signaler dénoncer deux autres collègues enseignants-chercheurs, André Gunthert et Jean Véronis, respectivement second et premier du même classement des blogueurs influents. Si j'enseigne de mon côté principalement dans un petit IUT de province et ne peut donc compromettre qu'un petit nombre d'étudiants en les exposant à une pensée déviante, le pouvoir d'influence - et donc de nuisance - de mes deux prestigieux collègues est bien plus considérable que le mien. J'invite donc une nouvelle fois vos services à s'intéresser de près à leur cas. Par ailleurs, votre appel d'offre indique également que "Le dispositif de veille vise, en particulier sur Internet, à (...) repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte, et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau." Une nouvelle fois, j'attire l'attention de vos services sur mon "potentiel d'influence" ma capacité de nuisance, qui tient principalement à mon aptitude à créer et à utiliser des réseaux de diffusion numériques et à la surexposition de mon blog.
Tertio : "La veille portera également sur (...) les blogs (...) ainsi que sur les appels et pétitions en ligne". Le site que je tiens est bien un blog, et j'ai signé et appelé à signer un grand nombre de pétitions en ligne sur des sujets aussi divers que la suppression du premier Avril (journée nationale sans humour), la politique migratoire de la France, l'évaluation des revues scientifiques. De plus, le point 5.2.2 de votre appel d'offre indique que "Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel." Or j'ai moi-même été à l'origine d'un appel à démission (je vous remets le lien pour faire gagner du temps à vos services).
Quarto : "les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés." Il m'arrive fréquemment de répandre mes idées dans d'autres supports que ce blog, y compris dans des journaux dits "citoyens" (de type Agoravox) ou dans de grands quotidiens nationaux (même si cela ne se produit pas aussi souvent que je le souhaiterais, mais diminue heureusement d'autant le risque d'exposition de la population à mon arrogant irrespect).
Dernier facteur à charge, mais non des moindres, j'ai enseigné pendant assez longtemps dans un Master d'Intelligence économique à l'université de Toulouse 1, Master pour lequel j'ai même un temps fait fonction de directeur des études. Je connais donc bien les différentes techniques de renseignement et de contre-renseignement et suis, plus que d'autres, à même de les utiliser dans une logique anti-gouvernementale.
A ce stade de la démonstration, est-il encore nécessaire de mentionner que je partage la vie d'une femme occupant de hautes fonctions syndicales dans un syndicat professionnel paramédical, ce qui me donne naturellement potentiellement accès à des rouages ministériels et des informations inaccessibles pour le grand public ?
Enfin, Madame la Ministre, je tiens à porter à votre connaissance et à celle de vos services qu'il doit être possible de m'atteindre afin de me réduire au silence, et ce sans aller jusqu'à menacer physiquement ma personne, ma famille, mes collègues ou mes étudiants (ce qui, vous en conviendrez, ferait un peu désordre). Une première stratégie (sur le long terme) consiste à inscrire dans les formations où j'enseigne l'un de vos agents assermentés qui pourra, par tout dispositif à sa convenance, établir un faisceau de preuves sur mon comportement et mes discours, vous permettant par la suite d'engager à mon encontre des procédures administratives de sanction. L'autre possibilité (sur le court terme) consiste à faire plancher l'un de vos juristes assermentés sur de probables infractions au devoir de réserve dans mes différents écrits et opinions. Il suffira alors d'exercer une pression appropriée sur le président de la faculté dans laquelle j'enseigne pour que celui-ci me trouve tout un tas d'occupations et de tâches administratives qui m'éloigneront de mes étudiants et de mes activités de recherche, bref, qui me "placardiseront" et réduiront à néant mon potentiel de dangerosité.

Croyez Madame la Ministre, à l'expression de ma sincère et très grande vigilance citoyenne. J'espère que ce courrier suscitera des vocations et qu'un grand nombre de dénonciations spontanées parviendront à vos services. Les 220 000 euros engagés dans la procédure pourront peut-être alors être réaffectés à des tâches et des actions qui si elles ne sont pas plus nobles, me sembleraient pourtant bien plus nécessaires**.

Olivier Ertzscheid, Enseignant-chercheur-blogueur-leaderd'opinionlanceurd'alerte.

** Combien de RASED pourraient être maintenus et bénéficier de personnels pour prendre en charge les enfants en très grande difficulté scolaire avec ces 220 000 euros ?? Plein.
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Conclusion
La réaction du Ministère après divulgation dans les médias de cet appel d'offre fut en gros la suivante : "Le ministère de l'Education nationale a tenu à préciser qu'il s'agissait en fait d'une surveillance qui remonte à 2006, mais qui a simplement mué, notamment cette année, vers une veille accrue sur le Net, évolution du militantisme oblige. L'équipe de Xavier Darcos précise par ailleurs que "tous les grands ministères ont un budget alloué à la veille de l'opinion"." Sur la surveillance antérieure, effectivement, je confirme. Il n'en demeure pas moins aberrant que le ministère soit incapable de commander ce travail de veille à des fonctionnaires formés pour cela (il ne manque pas en France d'universitaires spécialistes de ces questions, ou pouvant, le cas échéant, former des fonctionnaires à ces techniques aujourd'hui somme toute assez basiques et répandues). Au lieu de cela, c'est 220 000 euros/an qui partent dans les caisses d'un prestataire privé. Sur le "tous les ministères le font, pourquoi pas l'enseignement, l'enseignement sup et la recherche", et bien précisément parce que si la veille d'opinion et plus largement l'intelligence économique sont indispensables dans certains secteurs sensibles et/ou stratégiques, c'est un non-sens que de maintenir l'affirmation de leur intérêt pour les ministères concernés (éducation et recherche donc). Car la seule finalité possible de cette veille d'opinion pour ces deux ministères est, au mieux, utilisable à des fins de désinformation orchestrée, et au pire, a vocation à engager des procédures de nature coercitive pour les fonctionnaires en dépendant. Pour le dire autrement, aucun impératif économique ou stratégique ne justifie la mise en place d'un tel plan de veille confié à un organisme privé. C'est donc - au mieux - faire très peu de cas d'un prétendu dialogue social, et - au pire - ce me semble contraire a ce que devraient être les pratiques d'un état de droit.   

Sur le même sujet voir aussi : Rue89, et bien sûr le document de l'appel d'offre (Téléchargement 26772.pdf)

<Updates du soir>
  • Rappelons que le terme de "lanceur d'alerte" qui figure dans le texte de l'appel d'offre du Ministère n'est pas choisi au hasard. Loin s'en faut.
  • Comme le rappelle le Journal du Net "A la fin du mois d'octobre, un appel d'offre similaire a également été lancé par le Service d'information du gouvernement (SIG), concernant la réalisation d'une veille quantitative et qualitative sur le traitement de l'actualité gouvernementale par les médias en ligne et les blogs de journalistes." Lequel appel d'offre avait également été largement relayé dans la blogosphère, notamment chez Narvic, euh pardon, chez Narvic donc, ou chez Marianne2.
</Update>

<Edit du 19 Novembre> Voici la version du même appel d'offre, mais de l'année dernière (19 Octobre 2007) : Téléchargement Veille_opinion.pdf. Une lecture comparée des points 5.1.1 et 5.1.2 à un an d'intervalle est assez parlante sur les enjeux et les finalités des modifications apportées ... et sur l'impact des Bad Buzz présidentiels et gouvernementaux dans la nouvelle mouture de l'appel d'offre (par exemple, la surveillance des vidéos en ligne devient étrangement prioritaire :-) </Edit>

<Edit du 21 Novembre> Mieux vaut en rire ...

Tract-11
</Edit>


(Temps de rédaction de ce billet : 2 heures qui auraient pu être mieux utilisées à servir la gloire du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche des leaders d'opinion)

Destruction et formation de l'attention

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"Nous disions (...) que les établissements d'enseignements « s'effondrent les uns après les autres ». C'est maintenant vrai des  établissements bancaires, et il n'y a là aucun hasard : il s'agit d'une crise systémique où le système éducatif est détruit par une organisation industrielle consumériste caduque qui repose sur la destruction systémique de l'attention, et à cet égard, sur l'installation d'une sorte de bêtise systémique – qui détruit désormais les puissances publiques et les puissances privées. (...) Tous finalement l'accordent : la crise que traverse la planète est la preuve qu'une autre organisation sociale doit être inventée et mise en œuvre. Dans cette nouvelle société industrielle, l'éducation sera l'élément clé, et avec elle, la reconstitution de l'attention devra être pensée en relation intime avec la place et le devenir des médias."
Ars Industrialis. Débat le 15 novembre 2008 : Destruction et formation de l'attention :Considérations sur la crise systémique de l'éducation. Avec Jean-Hugues BARTHELEMY, Julien GAUTIER, Bernard STIEGLER et Guillaume VERGNE au Théâtre National de la Colline. 14 rue Malte Brun – Paris 20° - 14-17 heures - entrée libre.
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Ils n'ont certes pas besoin de pub. mais j'atteste par la présente de mon regret de ne pouvoir y assister et vous encourage (1) à vous y rendre et (2) à nous faire plein de compte-rendus ou de captations vidéos de ce qui s'y dira :-)

Nous sommes tous des américains (fauchés) et notre ministère est un Ponce Pilate numérique

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Billet d'humeur publié un lundi mais rédigé un vendredi soir (très tard) sur un (non?) événement qui a presque un an mais qui me semble assez fidèlement traduire une certaine logique ...
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Préambule. Aux Etats-Unis, les grandes firmes de l'informatique ont pignon sur rue dans les universités et dans les écoles. Elles les financent pour partie, elles les fournissent en ordinateurs et autres équipements, elles recrutent et payent des étudiants pour évangéliser sur tel ou tel produit leurs petits camarades, elles recrutent et payent des professeurs, elles leurs offrent des licences logicielles gratuites. Bref, elles "font le job" de la formation aux technologies de l'information.

Google et les 140 classes de collégiens.

En France, l'éducation à la culture informationnelle est, suite à la volonté acharnée de quelques-uns, de plus en plus l'objet de discussions, de colloques, de publications. En France, on a (péniblement) mis en place des dispositifs aux noms abscons mais à l'efficacité qui commence à être prouvée : B2i, C2i, et tutti quanti. En France, le Sénat, dans sa session ordinaire du 22 Octobre 2008, a diffusé un rapport d'information sur l'impact des nouveaux medias sur la jeunesse (Téléchargement r08-0461.pdf). A la page 123 dudit rapport, on peut lire le compte-rendu de l'audition de Mr Olivier Esper et Mme Myriam Boublil, respectivement "chargé des relations institutionnelles" et "directrice de la communication", chez ... Google Inc. L'audition se conclut comme suit :

  • "M. Olivier Esper a enfin souhaité faire la présentation des initiatives de Google France en matière d'éducation aux médias : le tour de France des collèges, qui consiste en des actions d'apprentissage de l'utilisation d'Internet à des élèves, le soutien des actions d'e-Enfance (hébergement de leurs vidéos sur Youtube et campagne publicitaire gratuite sur Internet) et ChercheNet, jeu concours monté en partenariat avec la Délégation aux usages de l'Internet, qui vise à éduquer à la création de contenus et au respect de la propriété intellectuelle.

Intrigué par ce "Cherche Net", et quelques clics plus tard, je tombe sur le communiqué de presse de Google France, dans lequel j'apprends qu'il ne s'agit pas vraiment d'un tout petit projet puisqu'il concerne tout de même "140 classes de collégiens de 6ème et 5ème des départements du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine, du Morbihan, des Côtes-d’Armor, de la Sarthe, du Maine-et-Loire, de la Loire-Atlantique, de la Mayenne et de la Vendée." Le titre du communiqué de presse est le suivant : "Calysto lance Cherche Net avec Google et la DUI". Pour information, Calysto est une société de conseil, la DUI est une excroissance du pouvoir politique (ministère de l'enseignement supérieur principalement), et Google est ... Google.

Et maintenant les faits : le fond du projet Cherche Net.

Sur la page du communiqué de presse, je retiens les informations suivantes :   

  • "A l'initiative de Google France, et avec le soutien de la Délégation aux Usages de l'Internet, Calysto mènera dans les collèges de Bretagne et des pays de Loire, une opération inédite et ludique d'éducation à Internet et ses usages pour les enfants : le jeu concours Cherche Net. (...) Cherche Net a pour vocation de (...) mettre en pratique les informations enseignées aux enfants sur l'Internet, (...) :
  • comment rechercher efficacement sur Internet ?  Comment éviter de tomber sur des contenus choquants ? Comment utiliser des outils de retouche d'image ? Comment créer un blog ?
  • les sensibiliser et  les éduquer aux règles à respecter sur Internet (sécurité, droit d'auteur, droit à l'image…)
  • valider leurs compétences du B2i (Brevet informatique et internet)
  • favoriser une démarche collaborative et une prise de conscience collective
  • développer leur curiosité et leur créativité."

Et maintenant, reprenons ...

  • Qui ? "A l'initiative de Google France" : c'est assez troublant. Ce genre d'initiative est normalement attendu de la DUI, dont la mission est - sauf erreur de ma part - "la formation et l'accompagnement au TIC" (sic). C'est d'autant plus troublant que derrière la mention "à l'initiative de", il faut naturellement comprendre et lire "avec le financement de". Donc si on résume : Google est à l'initiative du projet, le finance, le fait réaliser par une société de service (Calysto) et demande sa bénédiction à la DUI (à moins que la bénédiction de la DUI ne lui soit acquises dès avant)
  • Quoi ? On va donc apprendre aux collégiens "comment rechercher efficacement sur Internet". Il serait à la fois plus honnête et plus exact d'indiquer qu'on va leur apprendre "comment chercher efficacement sur Internet avec Google." Ce qui est déjà une bonne chose. Mais ce qui n'est pas tout à fait la même chose. On va également apprendre aux collégiens "Comment utiliser des outils de retouche d'image ?" Alors là j'avoue que j'en reste baba. Dans le même temps, je mesure la force de mes prophéties auto-réalisatrices concernant les technologies de l'artefact. Et je m'en désole.
  • Pourquoi ? Pour "valider leurs compétences du B2i (Brevet informatique et internet)" Et ben voilà. C'est Google qui va valider le B2i. OK. Et demain, on l'envoie valider quoi ?? Le bac ? La licence ? La première étoile de ski ? Et puis aussi on va faire ça pour "favoriser une démarche collaborative et une prise de conscience collective et développer leur curiosité et leur créativité." Et pour en faire de bons clients. Bien souples. Bien captifs. Bien formés formattés.  

Moralité courte.

A l'initiative de Google et sur les fonds de Google, Google forme les futurs utilisateurs et clients de Google là où ils sont, c'est à dire dans les collèges. Il les forme à l'utilisation de Google et des outils de Google. Il le fait avec l'aval du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (dont la DUI est l'émanation directe), ce dernier se vautrant dans le confort de la figure d'un Ponce-Pilate numérique (dont on connaît la propension à "s'en laver les mains").

Moralité longue

C'est parfois dans les "petites" opérations de communication que se donnent le mieux à lire les grands desseins ministériels ... Car soyons clair, ce n'est en l'occurence pas Google (ni Calysto) que je blâme (quoi que pour Calysto ...). A tout prendre, j'aime autant que ce soit eux qui se chargent du boulot plutôt que la DUI et ses experts nommés. Ce qui est particulièrement irritant me fout dans une rogne noire c'est de constater l'incurie des "pouvoirs publics" à l'échelon national à capitaliser sur les réseaux de compétence e-x-i-s-t-a-n-t-s, leur refus castrateur de leur octroyer quelques maigres subsides pour permettre à ces mêmes réseaux de compétence d'opérer un passage à l'échelle, pour leur permettre de démultiplier leur offre de formation, bref pour leur permettre de faire ce que s'apprête à faire Google, mais en le faisant mieux (et probablement pour moins cher).

Pour être plus clair, il existe en France dans les universités, les lycées et les collèges toutes les structures nécessaires à la réflexion (déjà bien avancée) et à l'action (chroniquement en manque de moyens). Nous disposons :

Alors pour passer ma rogne, je fais un rêve. Celui de voir un jour l'auto-complaisance ministérielle et ses effets d'annonce à la consistance d'étouffe-chrétien se resaisir, décrocher son téléphone, convoquer non pas des blogueurs influents mais des gens capables, leur demander où ils en sont de leur réflexion, leur demander quelles sont leurs préconisations, leur demander quels sont leurs besoins ... et leur donner les moyens de gagner un pari. Un pari formidable. Celui de l'entrée réussie d'une classe d'âge dans la société de l'information. Et puis je me réveille. Et je vois le temps qui passe. Et je voie le temps perdu. Et le Cheval à Phynances qui galope, et la Machine à Décerveler qui fait son office (et réciproquement). 

Conclusion : nous sommes tous des américains.
Le projet Cherche Net date de Décembre 2007. J'en ignore les résultats. Je ne les ai pas trouvés sur le site de la DUI. Le site Cherchenet.fr n'est de toute façon plus en ligne. La seule trace qui en subsiste est celle-ci. Le nom de domaine est par ailleurs disponible si vous êtes tentés par une spéculation hasardeuse (plénonasme ?). J'ignore s'il sera reconduit cette année. Mais le projet Cherche Net n'était que la partie émergée de l'iceberg. Aujourd'hui, les mêmes perpétuent le tour de France des collèges et des écoles. Avec les mêmes partenaires, plus quelques autres. C'est du Cherche Net  mais à l'échelle industrielle. Du biberonnage dès le berceau. Voilà pour l'existant. Voilà pour hier et aujourd'hui. Et demain ? Demain aux Etats-Unis en France, les grandes firmes de l'informatique auront pignon sur rue dans les universités et dans les écoles. Elles les financeront pour partie, elles les fourniront en ordinateurs et autres équipements, elles recruteront et paieront des étudiants pour évangéliser sur tel ou tel produit leurs petits camarades, elles recruteront et paieront des professeurs, leurs offriront des licences logicielles gratuites. Bref, elles "feront le job" de la formation aux technologies de l'information.
Demain ce sera Ubu Roi. UBU : Université des Baudruches Unanimes. ROI : retour sur investissement à la hauteur du désinvestissement constaté. Ubu roi vous dis-je. 

(Temps de rédaction de ce billet : 3h30 - oui je sais c'est long, non je n'avais rien de mieux à faire vendredi soir)

Enseignants chercheurs : projet de décret.

Donc ça y est, le projet de décret modifiant le statut et le rôle des enseignants-chercheurs est sur les rails. Très rapide analyse ... Ce qui va changer :

  • Les enseignants chercheurs aiment l'entreprise, laquelle le leur rend bien. "(...) Ils organisent leurs enseignements au sein d’équipes pédagogiques et en liaison avec les milieux professionnels. Ils établissent à cet effet une coopération avec les entreprises publiques ou privées. (...) Ils contribuent à la coopération entre la recherche universitaire, la recherche industrielle et l’ensemble des secteurs de production. " Bien sûr on le faisait déjà, mais là c'est une volonté ... "affichée", "inscrite".
  • Les enseignants-chercheurs aiment les bibliothécaires. Ils ne sont d'ailleurs pas à l'abri de leur piquer leur fond de commerce : "Ils participent à la diffusion de la culture et de l’information scientifique et technique. Ils assurent, le cas échéant, la conservation et l’enrichissement des collections confiées aux établissements et peuvent être chargés des questions documentaires." Remarquable ellipse qui dit tout en ne disant rien, mais qui, à mon avis, dira beaucoup à certains. <Update de quelques jours plus tard> Cela n'a pas loupé :-) Voir l'analyse beaucoup plus pertinente que taquine d'Olivier Tacheau</Update>
  • Les enseignants-chercheurs aiment le conseil d'administration de leur université car il est tout puissant. "Le conseil d’administration ou l’organe en tenant lieu, définit les principes généraux de répartition des services entre les différentes fonctions des enseignants-chercheurs. Il fixe également les équivalences horaires applicables à chacune de ces activités ainsi que leurs modalités pratiques de décompte." Et ben oui. Différentes fonctions : Enseignement, recherche, administration. C'est pas nouveau. Ce qui va être aussi nouveau que variable et invariablement compliqué ce sont les "modalités pratiques de décompte", autrement dit l'équation "1 heure d'enseignement = x heure(s) de recherche = y heure(s) administrative".
  • Là où ça va faire mal, mais alors vraiment mal, attention, c'est là : Plus tu cherches bien, moins tu enseignes : "Le président ou le directeur de l’établissement arrête les décisions individuelles d’attribution de services des enseignants-chercheurs dans l’intérêt du service, après consultation, du directeur de la composante et du directeur de l’unité de recherche concernés. Le tableau de service de chaque enseignant-chercheur lui est transmis en début d’année universitaire et est adapté pour chaque semestre d’enseignement. Il peut comporter un nombre d’heures d’enseignement inférieur ou supérieur au nombre d’heures de référence mentionné au I en fonction de la qualité des activités de recherche" Et plus loin : "Les principes généraux de répartition des obligations de service et les décisions individuelles d’attribution de services ne peuvent conduire à dégrader le potentiel global d’enseignement (...)" Il y a donc des garanties. La garantie que certains personnels ET certains établissements feront plus ou moins de recherche et/ou d'enseignement. Et surtout la garantie que certains enseignants-chercheurs "mal-cherchants" devront se coltiner les heures d'enseignement dont seront dispensés leurs collègues "bien-cherchants". J'vous raconte pas l'ambiance ... (voir à ce sujet le billet d'Olivier Le Deuff, et quelques autres cités en fin de ce billet).
  • Attention, ça va faire piquer : "Dans le cas où il apparaît impossible d’attribuer le service de référence à ces personnels, le président ou le directeur de l’établissement leur demande de compléter leur service dans un autre établissement public d’enseignement supérieur de la même académie sans paiement d’heures complémentaires." Et ben oui. Exemple : je suis recruté pour faire de l'anglais à l'IUT de Saint-Nazaire. Mais je n'ai que quelques heures. Je vais donc me cogner également des heures à l'IUT de La Roche sur Yon et un peu à la fac de Nantes. Et je vais garder le sourire. Eeeet oui.
  • Concernant l'épineux (aïe) chapitre de l'évaluation : "Article 7-1 – Les enseignants-chercheurs établissent, au moins tous les quatre ans, un rapport d’activité remis au président ou directeur de l’établissement qui en assure la transmission au Conseil national des universités." On connaît déjà les critères pour l'évaluation de la partie recherche (épisode 1, 2, 3, 4) ... Les CNU vont avoir du pain sur la planche. Va falloir sérieusement songer à augmenter leurs effectifs ...

Côté effets d'annonce jusqu'à présent non suivis des faits :

  • Valérie Pécresse avait déclaré : "Je souhaite que la préparation des outils numériques soit reconnue à part entière comme un acte pédagogique, y compris dans le statut des enseignants-chercheurs." Ce n'était qu'une déclaration. C'est dommage. Car c'était - à mon avis - une bonne idée.
  • Du rapport Schwartz, il ne reste au final (et en l'état) pas grand chose. Et c'est dommage. Car ledit rapport contenait au moins deux bonnes idées que je rappelle ici pour mémoire : lisibilité et transparence accrue des modalités du recrutement, et "Créer une habilitation à diriger les enseignements sur le modèle de l'habilitation à diriger les recherches". Seule l'idée de "Permettre la modulation du temps de service des enseignants-chercheurs en fonction des trois grands domaines : enseignement, recherche et ... administration." est donc actée dans ce projet de décret mais avec un niveau de flou qui, conjugué à l'autonomie précipitée des universités, ne manquera pas de déclencher des situations aussi ubuesques que contre-productives.
  • On avait également promis à grand renfort de médias de valoriser les Maîtres de Conférences. Mis à part les quelques très rares élus (une centaine au maximum) qui pourront bénéficier dès le début de leur carrière d'une bourse de recherche avec des crédits confortables et des allègements d'obligations de service (les fameuses "chaires"), une lecture attentive de ce projet de décret montre que ce sont les professeurs des université qui sont, et de loin, les plus chouchoutés en terme de statut, de possibilités d'avancement et de décharges de service.

Conclusion : Flexibilité et clientélisme sont les deux mamelles de ce projet de décret (et encore, je vous ai épargné le commentaire des 4 pages qui concernent uniquement la notion de "délégation de services", mais vous en conseille la lecture attentive ...). Une flexibilité désordonnée, inféodée aux desideratas des conseils d'administration, eux-même inféodés aux présidents d'université (à moins que ce ne soit l'inverse). Mais le plus dramatique à mon sens, c'est que l'enseignement sera le grand perdant de ce nouveau statut s'il est adopté en l'état. Cette activité apparaît clairement comme "secondaire", non-noble, le genre de truc que l'on refile à ceux qui ne sont pas capables de faire de la recherche. Je pense que c'est une erreur stratégique et un contresens majeur qui dit bien deux choses : la vision que le ministère éponyme a de l'enseignement public, et la méconnaissance profonde de ce qui se passe DANS les cours des universités.

Le projet de décret en intégralité : Téléchargement decret08-statut-ec-.pdf

Et puis aussi sur le sujet :

  • sur Rue89 un texte qui dit bien la réalité de la réforme concernant les IUT.
  • sur le "débat dans le débat" concernant le démantèlement programmé (et déjà bien avancé) du CNRS, je vous recommande la lecture de ce texte qui commence ainsi : "Le gouvernement est en passe de réaliser un vieux rêve de la droite : évider le Cnrs, à défaut de pouvoir le supprimer. Pourquoi tant de haine à l’encontre de cet organisme, accusé de tous les maux et qualifié, sans rire, de « dernière institution soviétique au monde » ? Vraisemblablement parce qu’il porte la double tare d’avoir été créé une première fois par le Front populaire et refondé à la Libération par le général de Gaulle. Pour les idéologues d’une certaine droite cette origine condamne le Cnrs à être le repaire de Nimbus de gauche, déconnectés du monde contemporain."
  • Sur la question spécifique des modulations de service et des primes, lire le rappel des faits effectué par le site SLR.
  • Côté syndicats, c'est l'effervescence. Le point de vue du SNESup me semble assez juste sur le fond : "une conception usurière de l'enseignement supérieur"
  • Et puis côté coulisses, dans les seuls vrais tuyaux de la seule vraie autonomie, il risque aussi d'y avoir du sport.
  • Et pour équilibrer la balance, voir aussi l'angélisme gouvernemental, un texte qui résiste à peu près 1min30 à une analyse sérieuse de la situation.

Par ailleurs, le classement des revues à la mode de l'AERES continue d'émouvoir. Oh rassurez-vous, uniquement de dangereux gauchistes rétifs à toute forme d'évaluation parce que notoirement incompétents et uniquement soucieux de préserver leurs privilèges acquis et n'ayant par ailleurs absolument aucune expérience en matière de publication scientifique ou d'édition de revues scientifiques de rang :

  • André Gunthert : "La science des quotas". Extrait : "La liste des revues les classe en trois rangs: A, B et C. Mais au lieu que le rang A donne un compte réel des meilleures publications internationales, on lui a fixé arbitrairement un quota de 25%. On comprend bien que la logique à l'oeuvre est strictement comptable. Le gouvernement-des-caisses-vides étant dans l'incapacité notoire de revaloriser le salaire des chercheurs (dont toutes les études s'accordent à dire qu'il est scandaleusement bas), il va répartir des lots de consolation aux plus méritants pour pouvoir afficher une politique de la recherche agressive."
  • C. Bouillaud, "The State We’re In. le classement des revues par l’AERES"

notamment ...

(Sources sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures)

Les petits liens du Week-End

C'est ce soir sur Arte. Et c'est inéluctable.

Et puis bien sûr, Barak Obama :

Quoi de nouveau sous les moteurs ?

Revue de liens éparpillés "façon puzzle" comme dirait l'autre.

  • Google indexe désormais les documents scannés. 2 conclusions : le web invisible recule encore, la puissance de frappe "made in Google" sur toutes les étapes de la numérisation (institutionnelle, personnelle, en amont, en aval ...) augmente (encore) d'un cran. L'info est disponible sur le blog officiel de Google et commentée (notamment) chez Christophe Asselin.
  • Google dispose de plus de 2 millions de serveurs répartis sur une trentaine de centres de calcul (datacenters). Information et commentaires chez Didier Durand. Informatique dans les nuages donc, mais façon cumulonimbus.
  • Google hébergerait 10,5 millions de sites web sur les 182 millions que compte le Net. Info et commentaires chez Olivier Andrieu.

Nota bene : de ces deux dernières infos, je retiens que l'hypothèse d'un GoogleNet comme "second réseau" est de moins en moins invraisemblable.

  • L'informatique distribuée (ou "dans les nuages") est décidémment à la mode puisqu'Exalead vient de lancer CloudView, "sa" solution Cloud Computing permettant à une entreprise d'accéder et d'agréger l'ensemble de ses données internes et externes.
  • Microsoft de son côté a lancé Microsoft Azure, une nouvelle version instance de sa plateforme Windows, avec un credo : des services indépendants de l'infrastructure. Finalement, le cloud computing n'est que la déclinaison "système" d'un état de fait depuis longtemps avéré dans la gestion des "contenus" : différencier la gestion du fond (= les contenus) de la gestion de la forme (= gabarits, templates). Je vais peut-être avoir l'air d'enfoncer une porte ouverte, mais il est amusant de constater que cette petite micro-évolution dans la gestion des documents (gestion différenciée des contenus et des gabarits) était largement annonciatrice d'une macro-transformation dans la gestion des données (= gestion différenciée des services et de l'infrastructure = cloud computing). Moralité : en observant finement l'évolution des "documents" on peut arriver à inférer ce que seront les grandes orientations prises dans la gestion des données et des services.
  • Google (encore) : une vidéo qui en 4 minutes, met en scène l'évolution de la page d'accueil la plus célèbre du monde.
  • Google (toujours) offre désormais la possibilité de s'abonner par RSS aux résultats de son moteur de recherche à l'aide de la fonction Google Alerts (qui ne tourne pour l'instant que sur Google News).Nota bene : il faut d'abord créer une "alerte" puis aller la modifier ("manage alert") et demander la création du fil rss correspondant ("Feed").
  • Microsoft motorise désormais Facebook pour la recherche web. Cela ne marche pour l'instant qu'aux Etats-Unis, mais cela est un signal fort de l'effet vortex recherché par les stratèges du site de réseau social. Stratégie identique (et cependant concurrente) à celle des moteurs de recherche qui eux aussi s'efforcent de maintenir le plus longtemps possible l'utilisateur dans leur périmètre de services. Sur le même sujet, voir aussi le commentaire de Techcrunch.
  • Et puis parce qu'il n'y a pas que Google, Microsoft et Exalead dans la vie, voici un petit nouveau baptisé "SearchCube" qui est en fait une application de présentation des résultats de recherche sous forme de rubiks cube animé (sur la base des résultats de Google et de Thumbshots.org). Sympa. Sans plus mais sympa.

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 1 heure)

Temps de rédaction ... de ce mois-ci.

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Billet un peu long pour répondre à une simple question qui m'est souvent posée par mail ou en commentaire : "mais pourquoi donc ajouter un "temps de publication" à la fin de chaque billet ?"
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41 billets pour le mois d'Octobre 2008. Temps de rédaction total : 28h30min. Soit un temps moyen passé sur un billet de : 41 minutes.
Ceci n'inclut pas la temps passé à veiller et à lire différentes choses sur le Net ou dans de bons vieux ouvrages et journaux papier. Lequel temps est au moins équivalent à celui de la rédaction des billets.
Sur une année, cela fait, à la louche 348 heures. Plus au moins 348 heures à fureter, collecter, annoter, lire, etc.
Tout cela pour dire que compte tenu de mon statut (Maître de conférences : je dois 192 heures équivalent TD sur l'année - en heures effectives, cela fait beaucoup plus -, plus autant d'heures de recherche - là j'en fais honnêtement un peu moins, sauf à considérer que l'alimentation de ce blog fait partie intégrante de mon activité de recherche, ce qui est précisément l'une des questions soulevées dans ce billet), tout cela pour dire, disais-je, que compte-tenu de mon statut, ce blog est un authentique deuxième métier qui me prend au moins autant de temps que celui pour lequel je suis chaque mois grassement rétribué (1800 euros net).
J'avoue ne pas trop savoir qu'en penser ... mais je pense que :

  • un jour se posera la question de savoir si le jeu en vaut la chandelle (ce jour là sera le jour où je m'amuserai un peu moins à cet exercice/astreinte de publication)
  • un jour se posera la question de "ceci au détriment de cela" (ce jour là sera le jour où on m'annoncera que comme je ne fais pas suffisamment de "recherche labellisée et reconnue par mes pairs", on va doubler ma charge d'enseignement et mes charges administratives)
  • un jour se posera (sérieusement) la question de quel intérêt, pour qui, pour quelle reconnaissance ? (reconnaissance institutionnelle s'entend, la reconnaissance et la gloire publique m'étant déjà largement acquises ;-)

(Temps de rédaction de ce billet donc : 30 minutes :-)

Politburo motorisé : Goobama ou MicroCain ?

Dans la série "le politique et son reflet motorisé", et dans une quête éperdue de notoriété mise à mal, je vais donc sacrifier à la tradition médiatique. <Teasing> A la fin du billet que vous êtes en train de lire, vous connaîtrez, en avant-première mondiale, le résultat de l'élection présidentielle américaine. </Teasing>

Préambule.
Les rapports entre le politique et la représentation du monde que donnent à voir les moteurs sont de plus en plus étroits, de plus en plus complexes, de plus en plus décisifs. C'est un poncif que de souligner le rôle que joue le net dans les élections américaines aujourd'hui, et qu'il jouera sans nul doute demain à l'échelle de la vie démocratique planétaire, pour le meilleur ou pour le pire. Dans un billet d'Octobre 2006 j'écrivais déjà :

  • "il serait alarmant que Google puisse ne serait-ce qu'envisager de prendre le contrôle d'une centralisation du vote, par la biais des machines électroniques à voter. Ce scénario n'a aujourd'hui rien plus rien de fantaisiste. Google dispose des financements, des appuis politiques et de l'architecture informatique qui lui permettraient d'organiser le vote planétaire à l'échelle de chaque pays le désirant. (...) Nos sociétés occidentales n'hésitent par ailleurs plus (...) à confier à des sociétés privées la gestion d'intérêts et d'énergies fondamentales, qui sont le bien commun des 6 milliards d'êtres qui peuplent la planète. Hésiteront-elles longtemps avant de lui confier la démocratie ?"

A l'heure ou les médias du monde entier ont tous leurs sens numériques entièrement braqués sur l'élection en train de se jouer aux USA, regardons ce que la chose numérique apporte comme éclairage et comme décryptage à la chose politique.

Realnumerik et/ou Realpolitik.
Le billet de ReadWriteWeb, "Your election Day Web Toolkit",  nous offre une vue exhaustive de cette boîte à outils numérique : informations en temps réel sur le vote en cours, vote participatif sitôt filmé et sitôt posté sur YouTube, groupes de microblogging décryptant les résultats là encore en temps réel, sondages divers et variés, et bien sûr, marketing et merchandising citoyen avec de grandes enseignes vous offrant un café tiède ou un nuggets moisi si vous entrez chez eux en hurlant "j'ai voté".

Moteurs et politiques : une affaire de résultats.

Mais au-delà du gadget et de l'insondable sondage, les moteurs savent également offrir de très beaux outils de décryptage et de suivi des résultats. Dans cette catégorie, la palme revient probablement au "Political Dashboard" de Yahoo!. A l'heure où j'écris ce billet, seules les projections de vote sont naturellement accessibles, mais vous avez la possibilité de créer votre propre scénario en cliquant sur les différents états pour en faire changer la couleur politique et disposer donc d'autant de scénarios et de résultats que possible. 
Google n'est naturellement pas en reste et se fend d'un billet sur son blog officiel pour détailler l'ensemble de "son" dispositif : une GoogleMaps qui permettra de visualiser les résultats, une page Google News dédiée avec un affichage en colonne des résultats état par état, etc.

Là où cela se complique ...
Jusque là, au final, pas grand chose de nouveau, sauf que chacun peut se rejouer en solo et dans son salon la grand messe télévisuelle des soirées électorales, avec des joujous capables de déclencher une soudaine moiteur intime chez le chroniqueur politique d'astreinte ou la directeur d'institut de sondage sur le pont. Là où cela se complique c'est quand on en arrive aux authentiques stratégies motorisée d'un vote (prétendûment ?) à valeur ajoutée.

De nouveaux espaces synoptiques
L'exemple le plus frappant est celui du canal vidéo créé sur YouTube pour l'occasion et baptisé : Video Your Vote. 596 vidéos sont pour l'instant (4 Novembre, 22h, heure française) répertoriées. Là encore, une carte GoogleMaps sert de support, d'accrochage, aux vidéos envoyées par des citoyens (ou des personnalités), lesquelles vidéos sont répertoriées et visualisables selon un certain nombre de thèmes : les "Notable voter" par exemple, personnalités diverses (mais essentiellement politiques) qui se fendent de leur propre reportage sur eux-mêmes et leur vote ; plus intéressantes, les vidéos des "First Time Voter" (sous la catégorie "voting perspectives") qui font part de leur état d'esprit. Beaucoup plus étonnante, la catégorie "Voter Intimidation". Et oui. "Voter Intimidation" On y découvre des vidéos qui dénoncent des tentatives d'intimidation plus ou moins graves, dont l'essentiel provient de groupes de pression ou de lobbys politico-industrialo-religieux. Mais on trouve également dans la même catégorie une "interview" (?) de Sally Morgan, étudiante à l'université de Virginia Tech (?) qui raconte comment on (?) a tenté de l'intimider dans sa faculté. On a donc d'un côté des vidéos amateur dont la valeur sociologique est avérée, mais pour lesquelles on ne peut disposer d'aucune valeur de vérité propre (cf mes points d'interrogation dans la phrase précédente), et de l'autre côté, mises sur le même plan dans le même dispositif, des reportages "classiques" de médias "traditionnels", dé-portés sur YouTube. Là encore me direz-vous, rien de nouveau : toute soirée électorale combine les micro-trottoirs anecdotiques avec les analyses politiques plus "sourcées". Mais ce qui change ici c'est l'industrialisation du processus. Alain Giffard (parmi d'autres, dont B. Stiegler) a parfaitement décrit cette industrialisation de l'intime. Ce même intime qui est à l'oeuvre dans l'isoloir, dans cet acte politique fondateur. Tout cela est pour le moins troublant et mériterait à lui seul une analyse complète. Dernière catégorie sur laquelle je vous invite à jeter un oeil dans la chaîne Video Your Vote, c'est la catégorie "Polling Place Problems" et la sous-catégorie "Machine Problems". Aux USA, les machines à voter sont en place dans un très grand nombre d'états. On y découvre de courtes vidéos aussi hallucinantes qu'effrayantes qui, après les ambiguités de la mal-bouffe et du fast-food, nous font découvrir les immenses dangers de demain : ceux du fast-vote, du mal-vote. L'industrialisation du processus de vote se surajoute à celle de l'intime pour lui ôter, à terme, sa valeur propre.

Du passé ne faisons plus table rase.
Les candidats sont naturellement les plus exposés à l'éléphantesque mémoire des moteurs. L'outil Google Citation (tournant - pour l'instant - sur Google News) est capable d'extraire les phrases qu'ils ont prononcé pendant les 5 dernières années sur une thématique donnée et de les resituer en contexte (exemple ici). Autre exemple, l'indexation "textuelle" des vidéos des candidats. Même si peut-être moins que d'autres ils ont, dans l'exercice de leur fonction, le droit à l'oubli numérique, il va falloir réfléchir à l'impact que cet accès direct, permanent et traçable à leurs mémoires aura sur leurs ... discours. La mémoire et la mer l'amer comme disait l'autre

Vers une logique de panoptique.

L'ensemble de ces dispositifs, de ces artefacts, de ces cartes synoptiques s'enrichissent rapidement et nécessairement d'une dimension supplémentaire à la problématique bien plus lourde : celle d'une dérive panoptique inévitable. C'est la logique du genre. Nous filmons, ils enregistrent. Pour en revenir à l'analogie avec les soirées électorales d'antan, dans les dispositifs offerts par les moteurs, toute l'éditorialisation est camouflée. Elle semble avoir disparue (aucun chroniqueur, analyste ou journaliste n'est là pour "faire des choix" de reportage ou de questions à poser ou à ne pas poser), mais elle est plus que jamais présente. Saut qu'il ne s'agit plus d'une éditorialisation à priori mais a posteriori. Ce que changent les moteurs, c'est la temporalité du "moment" politique. La valeur ajoutée maximale de ce moment est, pour les usagers, le temps des sondages qui le précèdent et naturellement celui du temps présent de l'élection. Mais la valeur ajoutée maximale pour les moteurs est tout autre. Elle est dans l'éditorialisation rendue a posteriori possible de ces milliers de données, de comportements et de requêtes collectés de manière cadrée, de manière expérimentale et quasi-scientifique.

"Qu'arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme 'socialism' ?"

Car avant et parfois même pendant le vote, les gens cherchent. Et l'on sait ce qu'ils cherchent. Là encore le blog officiel de Google nous livre les requêtes les plus courantes. Je m'attarde 5 minutes sur les 10 sujets politiques les plus recherchés ("Top Political Topics") :

  1. debate
  2. Social Security
  3. presidential debate
  4. polls
  5. voter registration
  6. gas prices
  7. oil prices
  8. FDIC
  9. electoral college
  10. Socialism

Le "socialisme" est donc le 10ème mot-clé le plus recherché en ce moment par les américains. Outre que cela ferait probablement plaisir à la cellule communication du PS français, cela nous en dit déjà beaucoup sur "l'angoisse" et "l'incompréhension" de l'amérique républicaine face à ce fléau. Mais ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas tant la requête que le résultat de cette requête dans Google. Première étape : la fonction Google Suggest est là encore riche d'enseignements.

Socialism     

C'est bien le socialisme d'Obama qui inquiète, qui intrique, qui est la chose recherchée. Deuxième étape : les résultats. Wikipédia, Dictionary.com, la Britannica, un site de bibliothèque numérique en économie. Les 4 premiers résultats donnent donc dans une "neutralité" de bon aloi. Le cinquième résultat est déjà plus surprenant : une page personnelle d'un "socialiste indépendant". Le premier site offrant un rapport direct entre la requête ("socialism") et le contexte de la requête (élection américaine) arrive en 9ème position et il s'agit d'un site clairement républicain. A tout cela il faut ajouter que ladite page de résultat n'est pas nécessairement celle qui sera affichée en réponse à toutes les requêtes déposées sur ce seul mot-clé. En effet, nombre d'internautes utilisent le moteur Google en étant identifiés sur leur compte Google (gmail par exemple). A partir de là (principe de la personnalisation persistante : diapos 29 et 39 à 42), les "préférences" et l'historique de recherche de l'internaute sont convoqués pour proposer un remix personnalisé de résultats. Autant dire que les républicains qui cherchent des infos sur "Obama le socialiste" trouveront dans lesdits résultats de quoi largement alimenter leur socialophobie. Tout cela nous ramène donc aux préoccupations du précédent billet sur le sujet : "qu'arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme 'socialism' ?" Ou comment passer du nez de Cléopâtre au socialisme d'Obama : la face du monde en sera peut-être changée. Pour le meilleur ... ou pour le pire.

Et maintenant chose promise chose dûe : le résultat du vote en avant première mondiale.

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2h15)