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Le petit lien du Week-End

La journée type du blogueur. A part l'accès depuis un cellulaire, tout le reste est parfaitement exact (me concernant).
30915521

(Via MissTics)

En attendant Godot (et la 71ème section)

Pendant que l'on cherche activement à retrouver la trace de la 71ème section (épisode 1, épisode 2, épisode 3), quelques ressources "en vrac" pour permettre à chacun d'étoffer son opinion à propos de la crise d'évaluatite aussi aïgue que désordonnée dont souffre actuellement la maison université-recherche :

  • un numéro spécial de l'ORS consacré à l'AERES (.pdf). En page 3 on peut lire que le président de l'AERES se donne 4 ans pour "forger une culture de l'évaluation." Ce qui m'a frappé à la lecture de ce dossier (ma lecture fut, je vous l'accorde légèrement partisane), c'est l'écart entre la bonne volonté apparente des experts et personnalités de l'AERES et la précipitation avec lequelle on les embarque dans ce chantier (voir notamment page 15 où l'on apprend que "certains comités d'évaluation n'avaient pas été informés que le note qu'ils rendraient serait elle-même rendue publique" ...). Autre point frappant : l'après-évaluation. D'ici 4 ans donc, toutes les universités, toutes les formations, toutes les unités de recherche (et probablement tous les chercheurs) auront "leur" note et "leur" rapport. Prenons les universités : sur les 80 existant actuellement et après divers probables regroupements, on en trouvera environ une petite dizaine frisant l'excellence (note A), une vingtaine dans la normale (note B) et le reste en queue de peloton (note C). Que fera-t-on à ce moment là ? Quelle alternative pour ces dernières à échéance de 4 ans, c'est à dire dans un contexte d'autonomie totale ? En plus de communiquer davantage sur sa méthodologie, l'AERES ferait à mon sens oeuvre utile en s'interrogeant sur la finalité des évaluations produites.
  • un site d'information et de discussion sur l'évaluation et la bibliométrie a été ouvert à l'adresse suivante : http://evaluation.hypotheses.org. Ce site est une ressource incontournable pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet.
  • Sur la question spécifique de l'évaluation des disciplines et des revues, Jean-François Dhainaut, (président de l'AERES) a fait un certain nombre de déclarations, rapportées dans une dépêche accesible à cette adresse : http://fr.groups.yahoo.com/group/parislinguists/message/2138. Dans ladite dépêche en date du 14 Octobre on apprend notamment que "L'Aeres indique qu'elle va prochainement publier sur son site internet la "méthodologie d'approche" utilisée pour la constitution des listes (de revues) ainsi que la composition des comités qui ont élaboré ces listes". Pour mémoire la fameuse blind list des revues a été mise en ligne fin Juillet ... Mon mauvais esprit jubile à l'idée qu'une instance d'évaluation nationale et à ce point transversale omnipotente puisse à ce point être candide dans son approche en pensant que pour un tel projet, la publication de la méthodologie et des personnes en charge de l'appliquer n'est pas un préalable indispensable ... Faudra peut-être songer à monter une Agence d'évaluation de l'Agence d'évaluation ...
  • Côté SHS, Patrice Bourdelais (coordinateur SHS pour l'AERES), a publié le 19 Octobre sur le site Fabula un communiqué lénifiant : http://www.fabula.org/actualites/article26263.php
  • la commission mixte AERES / CNRS / CNU qui avait publié en juillet un classement des revues de psychologie répond - en partie - aux critiques et propose un nouveau classement : .pdf. Je vous recommande très chaudement les 6 premières pages du document qui montrent la complexité du travail entrepris et la nécessité absolue de fonctionner sur un mode ouvert d'évaluation.
  • Et pour rire (jaune) un peu, ne manquez pas l'épisode "Ubu évaluateur au pays du CNRS". Et aussi cet article là pour les plus pressés sur le sujet.

(Temps de rédaction de ce billet : 45 min.)

L'état de la blogosphère : Septembre 2008.

(Billet oublié dans la file d'attente de publication de ce blog ... oups ...)

Technorati relance son meilleur outil de communication, à savoir le "state of the blogosphere" initié par son fondateur Dave Sifry. Le "state of ..." nouvelle formule dispose d'une parution étalée sur toute la semaine, j'ai donc attendu le dernier chapitre pour vous en faire un petit résumé :-). Au programme de l'édition de Septembre 2008 on apprend :

Que les blogs dont désormais partie des "mainstream media" en terme d'audience. A titre d'illustration, il est rappelé que " 95% of the top 100 US newspapers have reporter blogs". (ce qui n'empêche pas les blogs d'être totalement absents de notre très hexagonal et Colbertien Rapport Giazzi mais c'est une autre histoire ...). Que Technorati indexe 133 millions de blogs (cf image ci-dessous) et nous indique avoir fait un grand ménage dans les Spam-blogs et autres Fakes-blogs.

Chartp0auth_2

La fin de cette introduction se conclut par une liste de citations émanant de diverses personnalités (mais comme je ne suis pas davantage rancunier que procédurier, je ne leur collerai pas un procès pour s'être inspirés des petites goodies - .pdf - accompagnant la publication d'un excellent bouquin qui vous permettra de tout savoir sur les blogs).

Sur cette première partie, voir les commentaires de FredCavazza.

Que le profil des bloggueurs reste relativement hétérogène même si le portrait robot est celui d'un homme entre 17 et 34 ans, depuis longtemps sur Internet et avec un niveau d'étude plutôt élevé. Phénomène révélateur de l'aspect "mainstream" et de l'âge de maturité des blogs, 37% des bloggeurs sont à l'ouvrage depuis au moins deux ans, 14% depuis au moins 4 ans. La moyenne de l'ancienneté des blogs indexés par Technorati est d'environ trois ans.

Chartp1tenure

La plupart des blogs sont pluri-thématiques même si les technologies se taillent la part du lion.
Chartp2topics
Et puis une très mauvaise nouvelle pour les Wikio Labs : la principale mesure de succès d'un blog est ... la satisfaction personnelle qu'en retire son auteur !! Ca va être délicat de développer un algo. là-dessus ;-)
Chartp2success

Google Books : le prix de la tranquilité (et du monopole).

(Titre alternatif de ce billet : "Les oeuvres orphelines ont désormais un père : il s'appelle Google")

Nouvel épisode décisif à plus d'un titre dans la saga Google Books. Pour bien comprendre ce qui suit, rappelons d'abord que Google Books est tout sauf une "danseuse", c'est même un projet consubstantiel à l'existence même de la firme.

Bref rappel des faits :

  • Tout commence avec l'accord passé avec des bibliothèques pour la numérisation d'ouvrages dans le domaine public. Numérisation "à fonds perdus" et numérisation initialement garantie sans publicité ni téléchargement.
  • Deuxième volet : les ouvrages sous droits. Google passe des accords avec les éditeurs pour ne donner à voir que des extraits choisis des oeuvres sous droits.
  • Troisième volet : les oeuvres orphelines : c'est ici (comme ailleurs) la règle de l'opt-out qui est choisie et imposée par Google.
  • En 2005 les deux plus grosses associations américaines d'éditeurs (AAP) et d'auteurs (Authors Guild) engagent une action en justice (.pdf) contre Google Books. En gros, elles réclament un système d'opt-in en lieu et place du système d'opt-out pour les ouvrages sous droits ET les oeuvres orphelines.

Depuis 2005 :

  • Google continue de numériser dans les bibliothèques, y compris en France.
  • Dernier rebondissement : la création du Hathi Trust pour contrer ce qui a tous les aspects d'un monopole avec les risques afférents quand ce monopole est celui d'une société commerciale (changement d'actionnariat, faillite, réorientation stratégique ...).
  • De son côté la BnF intègre désormais dans son Gallica2 des ouvrages sous droits. Voilà pour le volet bibliothèques / éditeurs.

Et donc depuis aujourd'hui 28 Octobre 2008, un accord vient d'être trouvé dans le cadre du procès opposant Google aux auteurs et éditeurs américains. Les faits en question relatés dans une syntaxe très Maîtréolassienne :

  • "recours collectif entamé par des auteurs et éditeurs, accusant Google d'avoir porté atteinte à leurs droits d'auteurs et à ceux d'autres détenteurs de droits de Livres et de Hors-textes (cliquez sur les termes pour consulter leurs définitions), en numérisant les livres en question, en créant une base de données électronique et en affichant des extraits sans l'autorisation préalable des détenteurs des droits d'auteurs concernés. Google nie les faits. Ce procès est intitulé The Authors Guild, Inc., et alii vs. Google Inc., Affaire n° 05 CV 8136 (S.D.N.Y.)" (Source)

Et donc qu'est-ce qui va changer ?

  • Tout est expliqué là en en plus c'est en français. Donc je vais pas recopier. Bon d'accord.
  • "Google pourra continuer à numériser des Livres et Hors-textes soumis aux copyrights ou droits d'auteurs, à développer une base de données électronique de livres, à vendre des abonnements à ladite base de données à des écoles, sociétés ou autres institutions, à vendre des livres aux utilisateurs et à intégrer des annonces aux pages de présentation de livres." Donc Google continuera de faire ce qu'il a toujours fait, et ce qui jusqu'ici posait justement problème. Sauf que maintenant, ça ne pose plus problème. Et voici pourquoi.
  • "Google versera aux détenteurs de droits 63 % des revenus générés par lesdites utilisations, via un registre de droits sur les livres ("Registre"), qui distribuera ces revenus aux détenteurs de droits des livres et hors-textes, énumérés dans le Registre."

Une question d'argent.

  • Au final Google déboursera 125 millions de dollars.
  • Pour les détenteurs de droits : 45 millions de dollars. "Google versera en outre la somme de 45 millions de  USD afin de résoudre les procès en cours entamés par les détenteurs de droits dont Google a numérisé livres et hors-textes sans leur permission à compter de la date à laquelle les membres du recours doivent notifier les parties s'ils souhaitent se retirer du Règlement de recours collectif ("Date limite d'exclusion")."
  • Pour mettre en place le fameux "registre" recensant les droits directs et indirects : 34,5 millions de dollars. "Google débourse la somme de 34,5 millions de USD pour l'établissement du Registre et les autres coûts liés à la gestion du Règlement de recours collectif. Le Registre permettra entre autres de situer les auteurs, éditeurs et autres détenteurs de droits et de verser auxdits détenteurs de droits les revenus générés par les utilisations de Google."
  • <Update de 5 minutes plus tard> Voir le commentaire aussi malicieux qu'éclairant d'Alain Pierrot </Update>

Préserver l'Opt-out à tout prix.
Tel était l'enjeu principal de ce procès pour Google. Il y a mis le prix. Il a gagné. 

  • "Les détenteurs de droits auront la possibilité d'interdire à Google tout usage avec présentation de leurs livres ou hors-textes. (...) Les détenteurs de livres en librairie devront mentionner sur le Registre s'ils souhaitent que leurs livres soient utilisés par Google pour l'un ou l'autre de ces usages avec présentation. Les livres épuisés seront automatiquement inclus dans tous les usages avec présentation jusqu'à mention contraire de(s) détenteur(s) de droits du livre."

OK mais CONCRETEMENT pour les usagers, ça va changer quoi ?? Plein de choses. Le billet de Dan Cohen en livre une belle synthèse :

  • Plus d'ouvrages (mais lesquels ?). Primo l'essentiel de l'accord porte sur les oeuvres orphelines ("in-copyright but out-of-print books"). C'est à dire sur une part gigantesque d'ouvrages. Et notamment d'ouvrages académiques (universitaires).
  • A moindre coût (mais lequel ?). Deuxio : le prix des marchés des "bouquets numériques" en bibliothèque risque de bouger pas mal, vu que maintenant, c'est clair, Google entre sur ce marché : "We’ll also be offering libraries, universities and other organizations the ability to purchase institutional subscriptions, which will give users access to the complete text of millions of titles while compensating authors and publishers for the service. Students and researchers will have access to an electronic library that combines the collections from many of the top universities across the country. Public and university libraries in the U.S. will also be able to offer terminals where readers can access the full text of millions of out-of-print books for free." Les éditeurs de la place (Elsevier et consorts) doivent actuellement être en pleine réunion de crise :-) Le modèle ne change donc pas : les bibliothèques achèteront un bouquet numérique accessible gratuitement pour leurs utilisateurs. Comme le souligne Dan Cohen, ce qui va changer (mais nul ne sait encore comment) c'est toute la politique documentaire et la politique d'acquisition des bibliothèques et des consortiums les représentant dans ces nouvelles négociations avec ce nouvel acteur de poids ...
  • A une échelle jamais atteinte. Tertio : Google évoque un accès computationnel à l'ensemble de la base Google Books. "In addition to the institutional subscriptions and the free public access terminals, the agreement also creates opportunities for researchers to study the millions of volumes in the Book Search index. Academics will be able to apply through an institution to run computational queries through the index without actually reading individual books." En clair : on ne pourra pas LIRE gratuitement tous les livres, mais on pourra gratuitement effectuer des recherches et des requêtes (scientifiques) sur l'ensemble du corpus Google Books. Vertigineux. Je connais des historiens, des linguistes, des informaticiens, des sociologues, des utilomanes qui devant une telle nouvelle, vont sauter au plafond comme des gamins devant une PS3. <Digression mais pas tant que ça> Je vous disais en entame de ce billet que Google Books est consubstantiel à l'histoire de la firme. De fait, à l'époque où ils étaient étudiants, Brin et Page avaient mis au point un projet de recherche pour explorer l'ensemble des ouvrages de leur bibliothèque universitaire. Ils viennent de concrétiser leur rêve à l'échelle de la planète. Je vous disais également dans d'autres billets que si Google Books était - à mon avis - si capital pour la firme, c'était probablement en tant que service-corpus servant de passerelle à d'autres services comme la traduction automatique, ou l'amélioration du requêtage et du ciblage utilisateur. En clair, avec la possibilité offerte aux chercheurs du monde entier de disposer "d'accès computationnels", toutes les requêtes seront adressées "sur" les serveurs Google, qui pourra donc lire à livre ouvert dans une partie significative des projets de recherche de l'ensemble de la planète, et pourra donc naturellement en bénéficier. Une sorte d'espionnage académico-industriel avec l'aval des différentes parties. </Digression>

Une petite analyse peut-être ?
Regardons les choses du côté de ce qu'on appelle la chaîne du livre.

  • Libraires = au mieux grands perdants, au pire petits joueurs. L'analyse proposée par Paul Courant me semble très judicieuse. Son billet est intitulé : "De la bibliothèque universelle, à la librairie universelle." Je crois que c'est clair :-) Plus globalement, les libraires ont vraiment du souci à se faire. Vraiment. V-r-a-i-m-e-n-t. Mais vous me direz, ça fait longtemps qu'ils sont avertis.
  • Bibliothèques : ni gagnants ni perdants. Les bibliothèques en général peuvent se réjouir. Elles peuvent se réjouir sur le fond(s) : il continue d'être numérisé par Google. Et se réjouir sur la forme : les nouveaux services développés, la nouvelle offre numérique ainsi constituée (cf supra), tout cela pourra être offert gratuitement à leurs usagers. Au niveau local (et national avec Gallica), la question est de savoir s'il leur restera encore beaucoup d'usagers vu le fonds et les services que va désormais offrir Google :-(( Bref, elles vont devoir se (re)positionner sur un certain nombre de services numériques et continuant de faire leur boulot ("faire collection") et en négociant avec un nouveau partenaire commercial cette fois : Google. Moralité : le facteur sonne toujours deux fois. La première c'est pour vous faire une offre de numérisation gratuite. Et la seconde, c'est pour vous vendre une offre de numérisation payante.
  • Les éditeurs : Gagnants à court terme. Perdants à moyen terme. Y'a pas photo comme disait l'autre. Les éditeurs étaient de toute façon coincés dans leur propre procès. Dès le départ de l'action en justice (2005), ils savaient que Google ne ferait pas machine arrière. Eux-mêmes d'ailleurs n'y avaient pas intérêt. L'accès et la valorisation numérique de Google Books était en effet très vite devenue leur premier rabatteur. Et quand on part à la chasse, on n'attaque pas son rabatteur en justice. Ce procès n'était donc que celui des apparences : faire bonne figure en prétextant défendre les droits des auteurs, et espérer que tout cela finirait par une négociation commerciale avec un gros gâteau pour les éditeurs et une jolie cerise que les auteurs se partageront. Cela prît certes un peu plus de temps que prévu (3 ans donc), mais au final, c'est tout de même 45 millions de dollars qui tombent. Je préfère ne pas savoir combien seront effectivement reversés aux auteurs :-( Mais la deuxième victoire des éditeurs est ailleurs : l'état américain étant incapable (au même titre que l'état Français mais pas pour les mêmes raisons) de mettre en place un registre ou une base de donnée des oeuvres orphelines, et les éditeurs n'ayant pas très envie de se coltiner ce sale et surtout coûteux boulot, c'est Google qui va "faire le job". Et c'est tout bénéf' pour lesdits éditeurs. Sauf que ce que les éditeurs ne mesurent peut-être pas encore c'est que de la même manière qu'en acceptant pour 45 millions de dollars de mettre tous les oeufs de leur numérisation dans le panier Google, en laissant Google mettre en place et gérer le Registre des oeuvres, ils se font dans le même temps déposséder de ce qui demain, leur aurait peut-être permis de gagner leur prochain procès contre la firme. "Quel prochain procès ?!?" Et ben tout simplement celui qui ne manquera pas d'arriver quand après être devenu bibliothécaire et désormais libraire, Google deviendra éditeur. Je lui laisse deux ans. Deux ans maximum.

Il était long ce billet. Intéressant mais long. On se fait un petit résumé ?
Pas de problème. Mieux qu'un résumé, un générique de film. Dans le rôle de la mission régalienne d'établir et d'entretenir un répertoire national et/ou international des oeuvres sous droits : Google. Dans le rôle du libraire : Google. Dans le rôle du bibliothécaire qui fait collection : Google. Bientôt dans le rôle de l'éditeur : Google. Dans le rôle du prestataire commercial venant vendre (bientôt) le plus gros bouquet numérique de la planète : Google.
Le scénario était écrit et connu depuis au moins trois ans. Le film est depuis en tournage et nous en sommes aux toutes dernières séquences. Ce qu'on appelle le climax. Va y'avoir du sang, des larmes, des regrets tardifs, des incompréhensions hypocrites et malvenues. Ce qui est sûr c'est que pour ce film là, il est déjà trop tard pour lui écrire un Happy End.
Mais il n'est peut être pas trop tard pour écrire un autre scénario.   

<Update de 10 minutes plus tard et du lendemain ...>

Sergei Brin interviewé par le Wall Street Journal : le "registry" des livres n'est qu'une étape. Films et musique sont les prochaines (étapes)

Plein d'infos supplémentaires sur PCMag (mais pas le temps de traduire) :

  • "The nation's 16,500 public libraries "would be offered a free, online portal to this trove of books," Aiken said. "Patrons would be able to print an unlimited number of pages for a reasonable per page fee.""
  • "When someone purchases access to a book via Google Print, Google will receive 37 percent and the publisher and author will split the remaining 63 percent. Authors and publishers will also be charged a registry administration fee. That fee has not yet been set, but will likely be between 10 to 20 percent of their 63 percent earnings. Google will share the ad revenue earned from this endeavor in a similar 37-63 percent manner. Ads will be displayed along the side or bottom of the page, but will not be included in the actual text of the books. Meanwhile, rights holders who agree to leave their books in the database will receive about $200 per book, though that won't be paid out for several years, Drummond said. Institutional subscription fees will be based on usage. Google will track access to its data anonymously and bill customers accordingly, but specific details have not yet been announced"

Le prix de la synthèse la plus courte (et la plus claire) est attribué à l'unanimité à Michele Battisti de l'ADBS.

Peter Suber enfonce le clou du monopole étendu.

</Update>

(Sources en plus de celles sous les liens : Bibliobs, Alain Pierrot, Dan Cohen, Paul Courant, Philipp Lenssen, la page grand public sur l'accord en Français, la page plus professionnelle sur le même accord, billet du blog officiel de Google, communiqué de presse, // Temps de rédaction initial de ce billet : 2h15min // ... Probables mises à jour à suivre ... //)

Google books en 8 lettres. MONOPOLE.

Aïe. La nouvelle vient de tomber. Cela ne lui aura finalement coûté "que" 125 millions des dollars. Pas le temps pour l'instant mais j'y reviens bientôt dans un billet plus long.

Epistémologie wikipédienne : vérité et vérifiabilité sont dans le bateau du web centripète.

(Nota bene : le titre de ce billet est en compétition pour le festival du plus mauvais titre de billet dans une logique de référencement. Il concourt également dans la catégorie "comment enseigner les règles de l'écriture multimédia à ses étudiants et ne pas se les appliquer à soi-même")

Epistémologie et écosystème sont dans un bateau.
L'épistémologie désigne "l'étude de la connaissance scientifique en général". En philosophie en particulier, elle a pour objet "l'étude critique des postulats, conclusions et méthodes d'une science particulière, considérée du point de vue de son évolution, afin d'en déterminer l'origine logique, la valeur et la portée scientifique (...)."
En tant qu'écosystème informationnel, Wikipédia avance à visage découvert : elle cite ses sources, s'efforce de mettre en avant des sources fiables, "oblige" à les vérifier, s'efforce d'adopter une neutralité de point de vue. Un écosystème par ailleurs récemment analysé dans sa diversité de services, et qui donne à voir un visage relativement monolithique :

Piechartscorrected

Monolithe numérique en ligne donc, même si ce dernier connaît également depuis peu des versions "papier-like" ou même "DVD-like"

Toutes ces choses dites, le débat reste entier autour de la place qu'occupe actuellement ledit écosystème et du modèle qu'il propose. Pour clarifier ce qui suit, je rappelle en préambule tout le bien que je pense de Wikipédia. Ce qui ne m'empêche pas d'être critique.

Vérité et vérifiabilité sont dans un bateau.
Un article de Simson L. Garfinkel dans la MIT Technology Review propose une analyse intitulée : "Wikipedia ans the meaning of truth." L'article revient d'abord sur la contamination opérée par Wikipedia dans l'ensemble des sphères professionnelles et informationnelles : les journalistes s'y reportent, les étudiants y sont accrocs, les enseignants s'y mettent peu à peu, et l'encyclopédie occupe très (trop ?) souvent la première place dans les pages de résultats des moteurs de recherche. Le deuxième point abordé par l'article est celui du "contrat social" wikipédien : pour survivre, l'encyclopédie ne peut se permettre d'être bourrée d'erreurs et de contre-vérités (sinon personne ne la consulterait). La politique de publication qui s'est ainsi progressivement mise en place et la rapidité avec laquelle la plupart des erreurs sont corrigées sont le fondement dudit contrat social. Pour autant, Wikipédia ne repose pas, épistémologiquement parlant, sur une logique de vérité, mais sur une systématisation de la vérifiabilité :

  • "A la différence des lois mathématiques ou scientifiques, la vérité wikipédienne n'est pas basée sur des principes de cohérence ou d'observabilité. Pas davantage qu'elle n'est basée sur le bon sens ou l'expérimentation. Wikipedia a construit un ensemble de standards épistémologiques radicalement différents (...) qui doivent interroger ceux qui sont concernés par le sens traditionnel des notions de vérité et de précision. Sur Wikipedia, la vérité objective n'est pas la plus importante. Ce qui fait qu'un fait ou une information peut être intégrée dans l'encyclopédie est qu'il apparaisse dans une autre publication -- idéalement en Anglais et qui soit disponible en ligne. La ligne officielle de Wikipédia est d'ailleurs la suivante : "La condition d'inclusion d'un article dans Wikipédia est la vérifiabilité, et non sa vérité."."

Et Garfinkel de conclure ainsi son article :

  • "Alors qu'est-ce que la vérité ? (...) En pratique, le standard d'inclusion des articles mis en place par Wikipedia est devenu, de facto, le standard pour la vérité, et depuis que Wikipédia est la source en ligne la plus lue sur la planète, c'est également le standard de vérité que la plupart des gens utilisent quand ils font une recherche sur Google ou Yahoo. Sur Wikipédia, la valeur de vérité de la vérité est la vue concensuelle d'un sujet. (On Wikipedia, truth is received truth: the consensus view of a subject.)"

Rappelons-le ici, Garfinkel reste plutôt enthousiaste et "pro"wikipédia. La raison est simple : il fait partie du trop peu d'enseignants-chercheurs qui ne se contentent pas d'utiliser l'encyclopédie mais qui, dans leur domaine de spécialité, corrigent et complètent les erreurs ou approximations qu'ils y rencontrent.
Ce qui est en jeu dans l'article de Garfinkel, ce sont finalement les répercussions systémiques des modes opératoires qui, par effet de contamination, peuvent s'étendre de Wikipédia au Web dans son ensemble. En d'autres termes, la capacité centripète des forces qui agitent et animent ladite encyclopédie. Dans un ancien billet, j'écrivais de mon côté :

  • "Une autre des grandes forces de Wikipédia, au-delà même des processus de collaboration centrifuges qui animent la communauté des Wikipédiens, ce sont les logiques d'appropriation centripètes qu'autorise l'architecture "ouverte" de l'encyclopédie : les différents outils cognitifs qui fleurissent ces derniers temps autour du projet illustrent bien ces logiques."

Mais tout le monde n'aime pas cet effet centripète. Ainsi Nicolas Carr (qui lui, n'aime pas Wikipédia pour différentes raisons) écrit dans un billet intitulé "Le web Centripète" :

  • "Wikipedia offre un magnifique exemple du pouvoir formel qu'exerce la force centripète du web. La populaire encyclopédie en ligne est moins la "somme" des connaissances humaines (...) que le trou noir de la connaissance humaine. Son coeur : une vaste exercice de copier/coller qui bannit explicitement toute pensée originale ; Wikipédia aspire d'abord les contenus des autres sites, puis leurs liens, puis leur place dans les résultats des moteurs de recherche, puis leurs lecteurs. (...) Les articles de Wikipédia sont devenus les liens externes par défaut de beaucoup de créateurs de contenus, non pas parce que Wikipédia est la meilleure source existante, mais parce que c'est la plus connue est qu'elle est généralement "assez fiable"."

Un réquisitoire comme qui dirait "sans appel" et qui en arrive à la même conclusion que l'article de Garkinkel : le danger n'est pas dans Wikipédia, il est dans les usages naïfs de Wikipédia. Un débat vieux comme le monde (scientifique) : la découverte de la fission nucléaire n'est pas un danger. C'est son instrumentalisation (pour fabriquer des bombes) qui en est un. Wikipédia ne menace personne, sa politique de publication est parfaitement lisible et explicite. Ce qui ne la met naturellement pas à l'abri de la critique.

Wikipédia est un go-between culturel planétaire.
Parce qu'internet, parce que la surcharge informationnelle, parce que l'infobésité, parce que nos comportements connectés, parce que l'émergence de nouveaux modèles d'autorité, parce que, parce que, parce que ... Wikipédia s'est construite et a émergé dans ce contexte là. Elle n'est pas réductible à une encyclopédie classique (argument mis en avant pas ses idolâtres), pas davantage qu'elle ne l'est à une anti-encyclopédie (argument mis en avant par ses détracteurs). Elle est une forme neuve, intermédiaire, de la mise en circulation et de l'agrégation des connaissances.

La formation sur les berges du Styx.
Là où Carr et Garfinkel ont tous les deux raison, c'est que nous sommes tous des Wikipédiens, et parfois presque "malgré nous". Comme nous sommes par ailleurs tous des Googlers. Nous utilisons tous l'encyclopédie et le moteur. Nous ne comprenons pas tous comment ils fonctionnent. Nous ne les alimentons pas tous de manière consciente ou inconsciente, de manière honnête ou détournée. Mais nous les utilisons tous. Nous y sommes tous perméables. Et il n'y a que très peu de chances pour que cela change avec les prochaines générations. Celles-ci seront victime de ce que vous me permettrez d'appeler le talon corps d'Achille numérique. Keskesékessa ? Souvenez-vous d'Achille, de son corps invulnérable une fois trempé dans le Styx, et de son seul point faible, le talon par lequel sa mère le tenait lors de son immersion. Les usagers de l'écosystème numérique de demain seront tous des achilles numériques à l'envers. Ils seront entièrement perméables au mode d'accès, de représentation et d'organisation des connaissances et des informations que leur proposent dès aujourd'hui l'encyclopédie et le moteur. A ces usagers là, il reste une force. C'est leur talon d'Achille : ce petit bout d'eux-mêmes qui ne fonctionne pas uniquement sur des habitus numériques induits, et qui, ce faisant, leur permet d'interpréter ces outils avec la distance critique suffisante. Suffisante ET nécessaire. Alors le dire. Et le répéter encore : seule la formation, seule la formation à une culture de l'information permet cela. La dynamique de propagation des habitus numériques, la façon dont ils modèlent notre monde de manière aussi structurante que parfois pernicieuse, cette dynamique réduit progressivement ce talon d'Achille à une peau de chagrin. L'urgence en termes de formation est réelle. Elle est même vitale.    

(Temps de rédaction de ce billet : 2h15)

Atlas of Cyberspace.

Aujourd'hui la "cartographie" du web est devenue courante. Et ce n'est pas un hasard. Occupants maladroits ou simples visiteurs, cybersquatteurs en quête perpétuelle d'ameublement, nous "habitons" désormais littéralement le cyberespace. Nous ne pouvons donc tout simplement plus nous permettre de ne pas en avoir de carte. On ne compte plus les projets de recherche pionniers, les blogs de référence, les moteurs cartographiques, les outils aussi riches que variés. Cartographie de tout (ou à peu près) et partout. Derrière tout cela (et ceux-là), il existe un ouvrage de référence. Une bible. LE livre de chevet de tous les cyber-géo-cartographes professionnels et amateurs. C'est l'Atlas of Cyberspace de Rob Kitchin et Martin Dodge, paru en 2001, alors que Google avait 3 ans, que Rome remplaçait Sparte, que Déjà Napoléon pointait sous Bonaparte. Si la cybergéographie est aujourd'hui reconnue comme un authentique champ de recherche (à l'étranger tout au moins ...), c'est essentiellement à cet ouvrage qu'elle le doit. Et si je vous en parle aujourd'hui c'est parce que l'ouvrage en question est désormais intégralement disponible en ligne sous licence Creative Commons.  A lire donc ou à relire ... La version Haute définition de l'ouvrage est un petit bijou pour les illustrations :-))
Ce que cet ouvrage à de pionnier, s'il fallait le résumer, c'est qu'il fut le premier (?) à s'intéresser à la géographie des flux de données en tant que telle, comme on s'était auparavant intéressé à la géographie des flux humains ou financiers. Cette Cybergeographyflow là est aujourd'hui naturellement essentielle. Elle l'est d'autant plus qu'elle éclaire sous un angle impensable à l'époque, ces géographies "parentes" des flux humains et financiers. Demain peut-être elle les supplantera définitivement (cf le très à la mode et très disruptif "cloud computing"). Il faut également avoir cela en tête pour relire avec gourmandise l'Atlas du Cyberspace.
En cadeau bonus, cette photographie d'un Internet qui paraît avoir 1000 ans et qui ne date pourtant que de ... 14 années.
Cybergeo
Et oui ... Qui se souvient des Monster List de l'espace FTP, qui se souvient que la liste arborescente du CERN était à l'époque l'une des seules entrées "grand public" de l'internet ? S'il y en a qui ont le temps, il y aurait un joli travail de graphisme et de réflexion à faire pour redessiner cette carte en l'adaptant à l'Internet actuel ...
Autre aspect visionnaire de l'ouvrage, un chapitre entier (le n°4) est consacré à la "cartographie des conversations et des communautés". Je vous rappelle que nous sommes en 2001 et que (même aux Etats-Unis) personne ne sait encore ce que c'est qu'un blog ...
Un ouvrage majeur qui se termine pas ces mots : "And remember : there is no true map of cyberspace."

Et si vous êtes tentés d'approfondir la question, la bibliographie d'Eric Guichard sur le sujet est une autre ressource incontournable (même si elle date un peu). Et puis un dernier lien opur la route, signalé par InternetActu : le manifeste pour la géographie numérique, et une synthèse sur le développement de la cartographie collaborative en ligne.

(Sources : The End of Cyberspace // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures)

Facebook University

Un article intéressant de l'Atelier signale une étude de l'université de Leicester à propos du rôle joué par Facebook dans l'intégration universitaire. Le résumé de l'étude est en ligne. L'étude dispose également de son site web. Au total, 221 étudiants de première année ont été interrogés. Avec les résultats suivants :

  • "more than half (55 per cent) had joined Facebook to make new friends prior to entering university, while a further 43 per cent joined immediately after starting university. Nearly three quarters said Facebook had played an important part in helping them to settle in at university." Facebook est donc très clairement un facteur d'intégration.
  • "Over a third of respondents also said they used Facebook to discuss academic work with other students on a weekly basis, and more than half responded positively to the idea of using Facebook for more formal teaching and learning – although only 7 per cent had actually done so." Facebook n'est donc pas vraiment plébiscité pour des usages universitaires standards.
  • "But the survey also found that 41 per cent of students were against being contacted directly by tutors via Facebook. A report on the preliminary findings warns that the university will need to tread carefully if it wants to use Facebook to communicate with students for administrative or teaching and learning purposes." Facebook dispose d'un "effet de bulle". C'est à dire que pour pouvoir jouer pleinement le rôle que lui assignent les étudiants (effet d'intégration sus-cité), ces mêmes étudiants ont besoin d'un espace "déconnecté" de l'université, ou à tout le moins d'un espace qui ne soit pas le vecteur d'une communication universitaire "traditionnelle". Bref de rester dans un "entre-soi".

Je suis moi-même utilisateur régulier de Facebook. Et j'ai une liste "d'amis" intitulée "étudiants" qui compte à ce jour 73 étudiants ou anciens étudiants de l'IUT dans lequel j'officie principalement. Au regard des conclusions de l'étude ci-dessus je constate :

  • que je n'ai jamais utilisé Facebook pour "parler boulot" avec mes étudiants. Et ce pour deux raisons : primo je dispose d'autres outils ; et deuxio, j'avoue qu'à les fréquenter et à observer l'utilisation qu'ils font de cet outil, je n'avais pas besoin d'être très clairvoyant pour sentir qu'ils n'avaient pas envie que je vienne leur parler boulot "sur" Facebook. De la même manière j'ai assez intuitivement senti que si je l'avais fait, nombre d'entre eux auraient rechigné à "devenir l'ami du prof". Au final je n'interviens d'ailleurs jamais dans leurs échanges, sauf s'ils me sollicitent ou m'interpellent directement, ce qui arrive parfois, mais pas très souvent.
  • que mes étudiants (en tout cas les 73 que je suis) n'abordent quasiment JAMAIS la question de l'université (sauf quand elle est le prétexte d'une soirée, ou sauf pour en dire du mal) dans leurs discussions et leurs échanges de photos ou les liens qu'ils signalent. C'est effectivement et très clairement un espace de loisir et de détente dans lequel ils échangent principalement des photos prises lors de soirées et assorties de commentaires pour l'essentiel sur le mode de la "private joke".

Par ailleurs je sais :

  • que les étudiants savent que je suis sur Facebook et qu'ils savent également (parce que je le leur signale en cours), que je voie "tout" d'eux, au même titre que leurs actuels ou anciens camarades de promo. Ainsi quand j'aborde dans mes cours la question de la vie privée numérique, j'attire leur attention sur le fait qu'il n'est pas dommageable (pour eux) que je tombe sur des photos dans lesquelles ils ne sont pas vraiment à leur avantage (doux euphémisme ...), ou encore dans lesquelles ils se livrent à des pratiques réprimées par la loi (moi-même à leur âge ...), mais que cela pourrait être effectivement plus gênant qu'un futur employeur (ou leur mère) tombe sur les mêmes photos. Or même après leur avoir indiqué tout cela, même après leur avoir indiqué qu'ils avaient la possibilité de "régler" leur degré d'intimité affichée pour certains de leurs amis, aucun d'entre eux n'a jamais modifié ses pratiques.

Bernard Stiegler (à la toute fin du documentaire "Pris dans la toile") confiait récemment qu'il avait posé la question à ses étudiants de l'UTC pour savoir lesquels étaient sur Facebook. La moitié "y étaient". A la question suivante "Qui trouve ça bien ?", pas une main ne se lève. Et Stiegler d'essayer de comprendre. Le résultat : ses étudiants "y étaient" parce "qu'ils considèrent qu'il est en train de se produire là quelque chose et qu'ils espèrent que ça va sortir." "C'est très positif ajoute Stiegler. Ca veut dire qu'ils attendent encore quelque chose." De mon côté, je serai tenté d'ajouter que les étudiants "y sont" également par biais d'une mimesis sociale (mes copains y sont, faut que j'y soie). Enfin (et si je peux me permettre de taquiner Bernard Stiegler tout en ignorant quels sont les rapports qu'il entretient avec ses étudiants de l'UTC), enfin disais-je, je crois que ses étudiants sont un peu comme les miens : ils ne disent pas toujours tout à leur prof ;-) Si je posais la même question aux miens, j'obtiendrais probablement le même genre de réponse.  Mais en observant leurs pratiques, l'intérêt qu'ils y trouvent est tout à fait manifeste ;-)

Conclusion ? Conclusion je crois qu'il nous faut apprendre à utiliser ces outils pour ce qu'ils induisent comme modèle d'usage et non pas pour ce qu'ils autorisent comme pratiques.

Hein ? Je m'explique. Il ne faut pas essayer à toute force d'utiliser Facebook, "tel quel" et "pour" l'enseignement ou "pour" la recherche (ce qui n'empêche pas d'en proposer l'usage si possible "éclairé", pas plus que cela n'empêche - au contraire - d'y former les collègues).

OK, il faut faire quoi alors ?? A la manière des "Youniversités" qui empruntent à YouTube la possibilité de mettre en place "le déploiement rapide d’expertises dispersées et la reconfiguration des champs" (c'est pas moi qui le dit, c'est Henry Jenkins), les "Facebookiversitiés" (beurk), les "universités sociales" (re-beurk), les "socioversités" (admettons ... faute de mieux), les socioversités donc, doivent emprunter à Facebook en particulier et aux réseaux sociaux en général :

  • leur capacité à distendre et étirer le lien social sur une dimension temporelle débordant largement le calendrier (et les horaires) universitaires
  • leur capacité à créer un "effet de bulle", un environnement, un lieu dans lequel toute désintermédiation apparente est l'occasion de réintermédiations successives dont l'ensemble est largement porteur de sens et vecteur de projet.

Ok mais heu ... c'est possible de refaire la dernière phrase sans les mots compliqués ? OoooK.

  • "Désintermédiation apparente" =  les étudiants ne sont plus "en face" du prof et réciproquement. Le prof ne s'adresse plus à un groupe physique mais à un groupe virtuel qui n'est pas nécessairement composé de ses seuls étudiants. Idem dans le sens étudiants => profs.
  • "réintermédiations successives dont l'ensemble est largement porteur de sens" : En s'adressant à ses étudiants dans cette temporalité différente et avec la souplesse de cette "place" virtuelle, le prof. (s'il est un minimum volontaire et surtout un minimum formé et/ou curieux) a la possibilité de créer de nouvelles dynamiques de médiation. D'enrichir et de documenter les différents aspects de cette médiation renouvellée. Sur cette base, ou plus précisément sur cette "intensité" (cf infra) de la médiation, se dessinera le visage des "socioversités" de demain. "et vecteur de projet" donc.

Car après tout, comme disait l'autre : "C’est par intensité qu’on voyage, et les déplacements, les figures dans l’espace, dépendent de seuils intensifs de déterritorialisation nomade, donc de rapports différentiels, qui fixent en même temps les reterritorialisations sédentaires et complémentaires." G. Deleuze.  Dans la vidéo sus-citée, Bernard Stiegler s'interroge pour savoir si nous serons prêt à nous donner les moyens de satisfaire l'attente des étudiants. Ou si d'autres le feront à notre place. Il s'interroge pour savoir si nous sommes prêts à y investir le temps et l'argent nécessaire. J'ajoute la question de savoir si nous serons préparés à l'intensité de ce voyage.

(Temps de rédaction de ce billet : 2h30)

Rock&Num at the BnF.

Va falloir s'y faire. Ca bouge à la Bnf. Ca bougeait déjà depuis longtemps me direz-vous. Certes ... Mais là, en plus de bouger, ça communique sur le mouvement :-) Donc :

  • Dans la BnF y'a de l'OAI (et dans Banga y'a de l'eau). Ici : "La Bibliothèque nationale de France a ouvert deux entrepôts OAI              destinés à faciliter l'accès à ses collections et à ses données.             Le premier, OAI-NUM, contient les notices de tous les documents numérisés             et accessibles via les bibliothèques numériques Gallica et Gallica2.             Le second, OAI-CAT, a pour vocation de contenir l'ensemble des notices             des documents de la Bibliothèque nationale de France, numérisés ou             non. Il contient actuellement presque 10 millions de notices." Tous les détails ici. Par ailleurs (spéciale dédicace à mes étudiants qui lisent de plus en plus mon blog depuis que j'y publie les sujets d'examen la veille desdits examens), cette page là est une excellente ressource pour notre cours sur les bibliothèques numériques).
  • Dans WorldCat y'aura le catalogue de la BnF : communiqué sur le site de l'OCLC. Pour Bruno Racine, "The Bibliothèque nationale de France is willing to increase the audience of its cultural heritage materials. We are convinced that the contribution of our entire bibliographic catalogue to WorldCat is likely to enhance the value of the library collections". Les mauvaises langues diront qu'il était temps. Les autres comprendront qu'il faut du temps.
  • Pour la numérisation de masse, y'a une vidéo. Eeeeet oui. Va falloir s'y faire. La BnF c-o-m-m-u-n-i-q-u-e sur ses opérations de numérisation de masse. Et elle le fait de manière intelligente (même si le fond musical est discutable ;-) Alors bien sûr c'est (ce n'est que) de la "comm", alors bien sûr c'est un vrai petit film promotionnel pour les partenaires de la BnF sur ladite numérisation, mais "ça parle" et "ça montre" concrètement ce qu'il y a derrière cette expression étrange qu'est la "numérisation de masse". (info glanée via Jérémie Jeanguenin, digne successeur de Katell aux manettes du blog du BBF). Reste plus qu'à mettre ladite vidéo sur YouTube histoire d'aller au bout de l'opération de communication et de viraliser un peu le machin ;-)

Le petit lien du week-end

Cela s'appelle "Yearbook yourself". Et pour jouer avec vous aurez besoin d'avoir sous le coude une photo de vous. Cela ne devrait ensuite pas tarder à vous donner quelques résultats humm ... disons ... croustillants :-)
Myyearbookphoto

(Merci à Jiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiim R. de m'avoir pourri toute une soirée en m'attirant sur ce très ludique site)

Web sémantique

Un diaporama de Fabien Gandon sur le sujet, diaporama présenté lors du dernier séminaire INRIA. Ce n'est certes qu'un pauvrepoint, et sans le texte qui va avec c'est naturellement parfois assez elliptique, mais pour celles et ceux qui sont déjà "un peu" versés dans les projets du web sémantique, ce support rassemble et synthétise remarquablement l'essentiel des problématiques et des standards dudit web sémantique. L'ensemble est disponible sur Slideshare.

Quizz du droit (d'auteur) et droit au Quizz.

On a beau dire, y'a des fois où un bon Quizz vaut mieux qu'un vague cours. Or donc Anne-Laure Stérin et Michèle Battisti (ADBS) viennent de mettre en ligne un beau Quizz en trois parties :

Bon je préfère ne pas vous donner mon score sur le dernier, mais pour "Les règles du droit d'auteur" j'ai eu une bonne note (pour les mauvaises langues ou incroyants, la preuve en image).
Quizzadbs

Journadocumentaliste.

Intéressante et synthétique liste de ressources permettant de chercher, trouver, vérifier, monitorer, identifier, valider ses sources.
Le débat qui suit en commentaires (entre Alain Joannes et Bibliobsession) est tout aussi intéressant sur la proximité de certaines compétences documentalo-journalistiques (d'où le titre de ce billet).

Créer, trouver et exploiter les blogs.

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ATTENTION !! Publi-rédactionnel éhontément auto-centré, vous êtes avertis
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C'était un peu avant l'été. paraissait alors l'ouvrage de votre serviteur "Créer, trouver et exploiter les blogs".
L'ouvrage, été oblige, a rencontré assez peu d'échos, même si pas mal de sites et de blogs ont relayé sa sortie. Mon éditeur m'indique pourtant que les ventes sont tout à fait satisfaisantes et que je ne l'ai donc pas mis sur la paille. Mais je ne résiste pas au plaisir de faire écho aux signalements assez louangeurs de quelques magazines incontournables de l'infodoc :

  • Archimag n°218, Octobre 2008 : "En une soixantaine de pages, l'enseignant-blogueur livre les clés permettant de comprendre et d'exploiter de façon optimale ce nouveau paradigme du web. Par le biais de l'analyse des raisons d'un tel succès - la barre des 100 millions de blogs est d'ores et déjà franchie -, de modes d'emploi, d'un panorama didactique quasi-exhaustif des outils de recherche et d'exploitation des blogs, ainsi que de plusieurs typologies transversales, Olivier Ertzscheid nous offre un compromis idéal entre simplicité pratique et profondeur de réflexion."
  • Le BBF 2008, T. 53, n°5, p.119 : "La synthèse qu'il propose ici est dense et aussi claire que possible. Contre toute attente s'agissant d'un outil réputé accessible à tous, la technicité des blogs a parfois de quoi décourager : la propension des blogueurs à remplacer le langage courant et la démarche intuitive par autre chose d'assez indéfinissable, est une barrière réelle pour le profane, fût-il par ailleurs très versé dans les techniques de la communication et les langages documentaires. C'est un grand mérite de I'auteur de clarifier tout cela. Quant à la typologie des blogs et de la blogosphère, qu'il tente au chapitre 3, elle nous semble en revanche plus discutable, en dépit de sa virtuosité conceptuelle : les catégories qu'elle définit peinent à mettre un peu d'ordre dans ce qui progresse manifestement dans le plus grand désordre. Mais c'est une remarque au passage, et qui ne retire aucun mérite à cet ouvrage pratique et réflexif à la fois."
  • Netsources n°76, Septembre-Octobre 2008 : après une pleine page détaillant le contenu de l'ouvrage "Au final, I'ouvrage d'Olivier Ertzcheid, très agréable à lire, répond bien à sa mission : il permettra à I'utilisateur néophyte de ne plus se sentir "lost in the blogosphere"... et offrira dans le même temps à I'internaute expert la possibilité de glâner ça et là quelques adresses utiles..."

Pour à votre tour vous répandre en louanges, vous n'avez que l'embarras du choix : un éditeur, un libraire du Sud, un supermarché ...

Vendredi ou l'entorse creative

Préambule : des licences creative commons en général et de celle d'Affordance en particulier.

Certains d'entre vous le savent, d'autres pas. L'intégralité des contenus de ce blog est disponible sous licence Creative Commons. Ce qui vous donne le droit de les réutiliser comme vous voulez, à condition que ce soit en citant la source, et à condition que cela reste en dehors de tout cadre commercial. Voilà les faits. Il m'arrive parfois (très rarement) de déposer certains de ses billets sur d'autres plateformes (Agoravox principalement). Cela me permet de me confronter à un autre type de lectorat que les habitués d'Affordance. Mes rares expériences en ce domaine (seulement 7 ou 8 billets publiés sur Agoravox sur les 1408 que compte ce blog), m'ont plutôt dissuadés de continuer l'expérience (vu la teneur polémique et souvent assez peu constructive des commentaires, même si, depuis mon dernier essai, la politique de modération a été entièrement revue), ou alors de publier dans ces plateformes des billets entièrement re-rédigés et re-formatés pour l'occasion (ce que je n'ai pas le temps de faire). Il m'arrive également d'être parfois sollicité par la presse "nationale". A ce moment là et pour de bonnes (diffusion beaucoup plus large de mes cogitations) ou de mauvaises raisons ("vanitas vanitatum ..."), j'effectue une entorse relative à la licence précédemment évoquée, puisque que les journaux qui publient ou republient mes billets le font dans un cadre commercial "relatif" (ainsi les articles d'Ecrans, le mag de Libé, sont librement consultables, mais les archives du Monde sont payantes). Bref, pas de quoi fouetter un labrador, de toute façon, tout reste disponible gratuitement pour les lecteurs d'Affordance (c'est l'essentiel de mon point de vue) et je ne touche pas un sou pour cette éphémère "renommée". (Nota Bene en passant : cette logique va même plus loin puisque je m'efforce également de l'appliquer à mes publications scientifiques, déposant systématiquement une version de mes articles acceptés dans des revues payantes, sur des sites d'archives ouvertes, ce qui m'a déjà valu et me vaudra probablement encore quelques - petits - conflits).

Vendredi, ou les limbes du pacifique "le lundi au soleil" des blogueurs.
Avec le lancement d'un nouvel hebdo intitulé Vendredi, me voilà dans une configuration inédite que je vous soumets (parce que vous êtes souvent de bon conseil et qu'on se dit tout :-). Le modèle économique et éditorial de cet hebdo est un peu particulier. Pour faire court il s'agit de reprendre une sélection d'articles parus sur le web, notamment dans la "blogosphère" (mais pas exclusivement). De faire un hebdo "papier" reposant uniquement sur des contenus "Internet amateurs" (c'est à dire, si j'ai bien compris, des amateurs plutôt "éclairés" - chercheurs, avocats, simples citoyens - ou dotés d'indéniables qualités rédactionnelles, mais ne disposant en tout cas pas de carte de presse). Parce que j'aime bien l'idée, parce que je crois que dans le contexte actuel (états généraux de la presse et rapport Giazzi) elle mérite en tous les cas d'être testée, parce que j'ai été sollicité par Jean-Marc Manach et que j'aime bien ce qu'il fait en général, parce qu'à l'initiative de ce projet on trouve Jacques Rosselin et que ce dernier fut en sont temps à l'initiative de Courier International, parce que Philippe Cohen (Marianne2.fr) est également de l'aventure, parce que parce que parce que ... j'ai accepté qu'ils reprennent un billet pour le prochain numéro de Vendredi (24 Octobre), et si l'occasion se représente, j'accepterai encore. Et au moment où j'ai accepté, je l'ai fait dans mon état d'esprit habituel (c'est à dire sans demander de dédommagement financier).
Mais j'ai ensuite reçu ce mail :

  • " (...) l'idée est de proposer aux auteurs que nous apprécions et dont nous sommes susceptibles de reprendre les textes de temps à autres, de signer une convention nous autorisant la republication de leurs articles ou billets; ce qui nous permet aussi d'établir, chaque mois, le montant à vous reverser, à raison de xx euros par republication (hors les citations dans les brèves, bien évidemment)"

Qui suis-je, où vais-je, et combien suis-je payé ?

Et c'est là que je suis coincé. En admettant (cas d'école) que même si la blogosphère est très large, le magazine Vendredi soit amené à reprendre les articles de certains blogueurs plus fréquemment que d'autres, et en admettant que je sois parmi ces quelques élus (cas d'école, je le répète), je suis donc en situation de tirer quelques revenus de mon blog (pas de quoi fouetter un poney je vous l'accorde, mais de quoi augmenter un tout petit peu mon pouvoir d'achat) et je fais une entorse à la "philosophie" ou en tout cas à "l'esprit" de la licence creative choisie en acceptant donc, par convention, d'être rétribué (peu et tout à fait aléatoirement) pour certains articles. Bref je deviens pigiste-joker pour un organe de presse. Une solution serait naturellement de refuser non pas d'être "repris", mais d'être payé pour cela. Or, pour bien comprendre mon état d'esprit actuel, sachez que je n'ai pas d'états d'âme à percevoir quelques dizaines d'euros de temps à autre (encore une fois rien ne dit que cela se reproduira à une fréquence suffisamment régulière pour être pécuniairement significative) vu le temps que je passe à alimenter Affordance (et comme en plus c'est la crise hein ...), le tout en "supplément" de mes activités de recherche et d'enseignement (pour lesquelles, afin que tous les éléments soient sur la table, je touche 1800 euros nets par mois).

Et donc ?? Donc disons, pour faire simple, qu'en acceptant cela, pour le moment, et pour ce journal particulier, je change (me semble-t-il) légèrement sinon la nature de cette publication (mon blog), du moins le "contrat éditorial et lectoral" qui le caractérisait jusqu'à lors. En clair : vous êtes toujours sur un blog de chercheur, ce blog est toujours sans autre filtre éditorial que celui de la subjectivité assumée par son auteur, mais ledit chercheur vient d'accepter d'être (occasionnellement) rétribué par un organe de presse, organe certes innovant mais organe tout de même. Vous me direz il y a encore une grande marge avant que je me mette à publier des publis-rédactionnels vantant les mérites de la Seat Laguna de Mitsubishi, mais ... "mais tout de même","en cherchant bien", "s'il l'a déjà fait une fois", et patati et patata ...

Alors à votre avis :

  • je me fais des noeuds tout seul ? Si c'est le cas, TAPEZ 1 (prends l'oseille et tais-toi)
  • ce sont de vraies questions ? Si c'est le cas TAPEZ 2 (t'étais "juste" chercheur, tu deviens juste "un peu" - plus ? -  journaliste/vulgarisateur scientifique).

Ceux qui ont tapé 1 peuvent arrêter ici la lecture de ce billet.

Vers un lissage des espaces de publication.
Pour les autres (ceux qui ont tapé 2), au-delà de tout cela, reste entière la question de savoir si cette "carotte" potentielle impactera à terme le mode de publication et le rédactionnel d'Affordance (non à 99,9%) ou d'autres blogs/sites (je n'en sais rien mais suspecte que "oui, probablement, pour certains en tout cas"). Question subsidiaire encore, si le modèle Vendredi prend (ce que je lui souhaite), va-t-on vers un lissage des espaces de publication existants et des autorités afférentes : citoyens / journalistes / auteurs ? Et si oui, ce lissage est-il une bonne chose ? Pour préciser ma pensée, et en mettant cette fois de côté le cas particulier d'Affordance et des blogs tenus par des scientifiques en général, il est un grand nombre de rédacteurs dans la blogosphère auxquels il ne manque que la carte de presse pour s'installer journalistes : <Polémique> le travail souvent minutieux d'écriture qu'ils effectuent, la vérification et le croisement souvent tout aussi minutieux de leurs sources, la qualité du rédactionnel et du style, la fréquence et/ou la régularité de publication, l'expertise métier dont ils peuvent se prévaloir ... tout cela leur permettrait (à mon sens) de ne pas prétendre "abusivement" à l'obtention d'une carte de presse (pas plus abusivement en tout cas que Jean-Pierre Pernaud). </Polémique> Dans le même temps, et c'est aussi un peu cela qui fait l'intérêt des médias "de niche" vis à vis des médias "mainstream" (à mon sens toujours), dans le même temps disais-je, le fait de ne pas disposer de carte de presse est également une liberté formelle importante, du genre de celle qui constitue une ligne de démarcation intellectuelle servant de repère aux lecteurs des uns (bloggueurs) et des autres (journalistes). Nul ne nous oblige en effet à être en permanence "en situation de journaliste" ou à tout le temps "jouer" au journaliste : on a le droit à l'erreur (les journalistes aussi me direz-vous), le droit à la mauvaise foi, à la mauvaise humeur, le droit de décréter un jour avoir une ligne éditoriale à tenir et le droit tout aussi imprescriptible de s'y soustraire le lendemain.
A partir de là, il y a deux manière de traiter le problème : soit façon "café du commerce" sur la vieille antienne "tous citoyens, tous journalistes", soit avec talent et sous différents angles problématiques (Ecosphère, Novövision, etc ...). Dans cette optique, l'initiative lancée par Vendredi devrait rapidement permettre d'y voir un peu plus clair dans les stratégies éditoriales à l'oeuvre sur le net et dans la blogosphère. Comme serait tenté de le dire le chercheur qui sommeille en moi, voilà qui interroge sérieusement le paradigme éditorial en amont (filtrage et sélection) comme en aval (réécriture et distribution), en synchronie (phénomène du temps-réel) et en diachronie (fixation de la durée lié au support papier), dans son unicité (le choix éditorial d'un seul ou de quelques-uns) et dans sa pluralité relative (la blogosphère et le web sont en fait ramenées à 600 sources suivies par Vendredi).

Tactique de la citation et stratégie de la présence. Ou réciproquement.
Je voie encore une problématique intéressante dans ce lancement : l'écriture "pour le web" est pour l'instant majoritairement une écriture pensée dans une stratégie de présence. Il faut "occuper l'espace" (virtuel) du Net. Une écriture de la présence : il faut être présent dans les résultats des moteurs. Une écriture du placement : il importe d'être bien placé, bien référencé. Or ce que nous enseigne l'héritage de l'écriture scientifique, c'est la manière dont s'est progressivement constituée une écriture de la citation. Il ne s'agit cette fois plus "seulement" d'occuper la place, mais bien d'être (bien) cité par d'autres, parce que c'est là le meilleur moyen ... d'occuper la place. Dans l'écriture scientifique, la présence est une tactique et la citation une stratégie. Dans l'écriture blogosphérique mainstream, la citation est une tactique (les hyperliens), et la présence une stratégie**. Un phénomène que confirme d'ailleurs la dernière étude de Jean (Véronis) qui fait état d'un très faible taux d'utilisation des liens hypertextes dans les billets de blogs (à peine un lien tous les 12 billets**** ...). De fait, le travail de réécriture (ou plus exactement d'adaptation au média papier) que vont se coltiner les journalistes de Vendredi sera peut-être dont moins ardu que prévu. 

Au final, ce que permettra peut-être de synthétiser rapidement l'initiative Vendredi, c'est la symbiose de ces écritures, de ces deux logiques éditoriales : écrire pour être présent, et écrire pour être cité (d'autant que l'on n'écrit naturellement plus de la même manière quand on sait que l'on sera, peut-être, cité dans un autre contexte que celui du rédactionnel initial). Une fois cette symbiose réalisée (si elle se réalise), peut-être verra-t-on émerger un nouveau pacte éditorial, ou ... ou peut-être ne fera-t-on que retomber dans un schéma aussi ancien que connu : celui des spécialistes qui expertisent, celui des journalistes qui reformulent et interprètent, et celui des lecteurs qui lisent.

Et moi, CQFD, j'ai gagné ma poignée euros si ce billet est cité dans un prochain numéro de vendredi ;-)

** sur la différence entre tactique et stratégie, voir par exemple ici.

**** </Digression> un lien tous les 12 billets ... j'avoue en être tombé de ma chaise à la lecture de ces résultats :-( J'ignore à quoi cela est dû, mais de mon côté je ne conçois pas de rédaction de billets sans déployer de liens externes (je suis très souvent frustré par la lecture de blogs - par ailleurs excellents - mais qui ne renvoient qu'à eux-mêmes). A l'époque un outil comme PubSub (qui fut, sauf erreur de ma part, le grand précurseur des outils de classement blogosphériques façon Wikio), un outil comme PubSub fournissait de très intéressantes statistiques détaillées sur les blogs répertoriés dans sa top-list, notamment concernant les liens entrants et sortants (la preuve en image). D'ailleurs, si Jean me lit (bonjour Jean), dans la série des bonnes idées à mettre en oeuvre pour les WikioLabs quand les journées feront 48 heures, je verrai bien une reprise de ces fonctionnalités à l'intérieur de Wikio. </Digression>

Sur le sujet (du lancement de Vendredi et de l'intérêt ou du non-intérêt de son modèle éditorial), voir aussi : InternetActu pour le clin d'oeil amical et les infos discutées en commentaire du billet, Marianne2 pour un reportage la veille de la sortie, Ouinon pour l'opinion de quelqu'un qui n'y croit pas et qui dit pourquoi, le fil Twitter de Joel (Ronez) qui n'y croit pas non plus, Ecrans pour le pitch, Novövision pour plein d'autres bonnes questions.

P.S. : concernant la "poignée d'euros" évoquée dans ce billet, inutile de me poser la question en commentaire (je vous connais ;-). J'ai demandé à l'équipe de Vendredi si je pouvais communiquer ce chiffre, ils m'ont répondu qu'ils ne le souhaitaient pas, principalement "pour éviter un buzz autour de cet aspect-là de la cuisine interne de Vendredi." J'avoue ne pas bien comprendre ce mystère (d'autant que la somme est minime), mais je me plie aux volontés de mon ex-futur-probable-employeur-occasionnel :-)))

(Temps de rédaction de ce billet : 4h30 heures ... mais pas d'affilée)

Le web en son reflet motorisé : Google invente le monopolien.

Le 11 Avril 2008 sur son blog Webmaster Central, Google annonçait qu'il allait désormais se donner les moyens d'indexer certaines données disponibles "derrière" un formulaire, faisant ainsi reculer encore un peu le périmètre du web invisible. Comme je l'avais souligné au moment de cette annonce, un certain nombre de paramètres restaient encore dans le flou (quels formulaires ? sur quels sites ? comment ?). Six mois plus tard, sur le même blog, Google vient d'annoncer sa solution partielle au problème : cela s'appelle le First Click Free. Et comme souvent avec Google, c'est une très bonne idée, une idée par ailleurs très simple ... mais une idée que lui seul est en mesure de proposer et d'implémenter de manière significative du fait de sa situation quasi-monopolistique, une idée qui met également en péril une certaine conception du Net. Mais revenons au First Click Free.
De quoi s'agit-il ?
Les webmasters proposant du contenu protégé (par exemple sur le modèle payant par abonnement, comme les grands quotidiens de presse), auront la possibilité d'ouvrir leurs pages "privées" au crawler du moteur. Résultat ? Ce contenu sera indexé par Google, et l'internaute qui arrivera sur cette page depuis Google, y aura accès. Et oui. L'internaute qui arrivera sur cette page depuis Google. Pas "depuis un autre moteur". Google offre comme garantie que l'internaute qui souhaitera consulter les pages liées au contenu ainsi "dé-protégé" ne pourra pas le faire. C'est donc la technique bien connue des marchands d'aspirateurs du siècle dernier qui est retenue : celle du pied dans la porte. Le problème, c'est que ladite fonctionnalité instaure de facto un web à deux vitesses, qui semble contraire au principe que Google se fait par ailleurs fort de défendre, celui de la neutralité du Net en tant que réseau, en tant qu'infrastructure. Pour bien comprendre et sans faire trop long sur le sujet, rappelons que derrière la problématique de la neutralité du Net, la question est de savoir si les fournisseurs d'accès ont ou non la possibilité d'élargir ou de restreindre "sur mesure" la bande passante dédiée à certains sites. Naturellement, dans le cas des First Click Free, Google ne se positionne pas sur le créneau de l'infrastructure (ce qui lui permet de continuer à "militer" pour le maintien d'une neutralité du net), mais sur celui (c'est son métier) des contenus.
Alors en quoi est-ce contraire au principe de neutralité du Net ?
Et bien jusqu'ici, les moteurs se différenciaient par deux points : leur algorithmie, et leur infrastructure technologique leur permettant d'indexer le plus grand volume possible d'informations disponibles et de mettre à jour leur base d'index. Pour le dire différemment, si certains contenus étaient disponibles sur certains moteurs et pas sur d'autres, ce n'était en rien dû au fait que les éditeurs de ces contenus avaient ou non passé un "contrat d'indexation" avec tel ou tel moteur, mais simplement au fait que les routines d'indexation de tel moteur étaient plus efficaces que celles de tel autre. Avec First Click Free, la donne est radicalement changée. Pour la première fois à l'échelle du Net, des éditeurs vont pouvoir contractualiser l'accès à des parties payantes de leur site, avec un seul acteur au détriment des autres.
Tempête dans un verre d'eau ?
Pas vraiment. On savait déjà que les moteurs aimaient bien tisser des liens d'affection, soit avec des services dépendant directement de leur propre écosystème (ex : les vidéos de YouTube et les blogs de Blogger sont légèrement surpondérés dans les résultats de Google), soit avec des services tiers desservant prioritairement leur propre modèle économique (Ebay, Amazon ...). On savait également que les mêmes moteurs prospéraient sur des liens d'affiliation (offre Google Adsense).
Après les liens d'affiliation et d'affection, voici venue le temps des monopoliens.
Ce qui est explicitement proposé aux webmasters (pardon d'insister un peu lourdement), c'est l'indexation exclusive de certains contenus. Jusqu'ici, l'ouverture d'un contenu à un moteur, signifiait également l'ouverture de ce même contenu à tous les autres acteurs de la recherche d'information.
Quelle est la cible ?
Poser la question des (monopo)liens, c'est nécessairement poser la question de la cible d'un tel service. Pas besoin en l'occurence d'aller chercher bien loin. Si certains sites de particuliers ou certains portails d'entreprises peuvent être intéressés par cette visibilité accrue sur des contenus jusqu'ici inaccessibles, c'est (à mon avis) très clairement la presse en ligne qui est visée. Souvenez-vous en la matière de la complexité de l'indexation des contenus de la presse par Google (service Google News). Après les procès intentés par les sites de presse dans différents pays, après les accords passés avec certaines agences, Google ne se contente plus de son pourtant déjà très remarquable coup du chapeau. Prenons la question du côté d'un site de presse généraliste national ; les données sont les suivantes : je veux que mon contenu (y compris une partie de mon contenu payant) soit indexé et visible sur les moteurs de recherche. Je veux cela parce que je n'ai pas le choix et que je ne peux pas me passer du traffic généré par les moteurs. J'avais donc jusqu'ici le choix entre "garder mes contenus fermés à l'indexation" (et donc me priver du traffic qu'ils auraient pu générer), ou "donner mes contenus ouverts" (et là aussi me priver du traffic généré puisque les internautes consulteront lesdits contenus sur Google News plutôt que sur mon propre site). Avec les monopoliens, j'aurai désormais la possibilité d'amener du traffic vers mon site, en contrôlant la visibilité de mes contenus, sans risquer de voir mon audience sur lesdits contenus "déportée" vers les moteurs de recherche et leurs services d'agrégation d'actualités. Cette proposition de Google va donc probablement ravir ou à tout le moins donner du grain à moudre à ceux qui planchent en ce moment sur l'avenir de la presse.
Monopoliens sous conditions.
Si vous n'êtes pas encore convaincus que c'est bien la presse en ligne qui est directement visée, les conditions (Guidelines) fixées par Google (bé oui, en plus il fixe des conditions) devraient achever de vous convaincre. Pour ceux qui choisiront de mettre en oeuvre ces monopoliens, il faudra : (1) "que les internautes qui arriveront sur ces pages puissent voir le texte intégral du contenu", (2) "que le contenu affiché soit identique à celui offert à l'indexation du GoogleBot", (3) "que si la source liée est un article affiché sur plusieurs pages" (ce que font fréquemment tous les sites de presse) "il soit possible de consulter l'intégralité de l'article en une seule page sans qu'on lui demande (à l'usager) de s'enregistrer ou de payer".
Un nouveau contrat de dupe ?
Concrètement, en autorisant ainsi Google à indexer certaines données "privées / payantes" de leurs sites, et même si Google donne comme garantie que les usagers ne pourront pas aller au-delà du contenu ainsi autorisé, rien n'est en revanche garanti sur le comportement du GoogleBot ... à partir du moment où celui-ci disposera du mode d'accès à l'ensemble des contenus payants du site, il y a de fortes chances pour qu'il ne se prive pas de les indexer à des fins que pour l'instant lui seul connaît (même s'il est naturellement toujours possible de "re"-sécuriser des contenus mais vu le volume et l'architecture des grands sites de presse, il y a de grandes chances pour qu'un certain nombre de pages "fuitent" ainsi vers le moteur, et étant entendu que ce qui intéresse Google ce sont précisément ces contenus d'actualité qui lui restaient partiellement fermés).
Et donc ?
Et donc là encore, comme il le fit déjà avec GoogleBooks pour la partie concernant les ouvrages encore sous droits, Google avance, Google fait sans cesse reculer les frontières de l'indexation, Google alimente son coeur de métier sur des logiques tenant à proprement parler de la dévoration. Ceci doit d'autant plus nous interpeller qu'à mon avis (côté obscur de la force) nous n'avons jamais été aussi près de voir émerger demain un authentique GoogleNet se substituant au réseau Internet tel que nous le connaissons aujourd'hui, et que (côté optimiste de la force) d'autres sont en passe de montrer qu'il est possible d'être à la fois visionnaire et tout aussi "malin" que le Cronos du Net.

(Via Google Blogoscoped // Temps de rédaction de ce billet :1h30)

La 71ème section en folie : droit de réponse d'Arnaud Mercier.

Dans la quête éperdue de la 7ème compagnie 71ème section, j'ai pointé ce qui m'apparaissait comme un dysfonctionnement méthodologique important (sur le fond : hétérogénéité des critères retenus et de la composition des comités de constitution des listes disciplinaires, et sur la forme : absence non-justifiée de certaines sections et disciplines scientifiques). Arnaud Mercier (celui qui coordonne la - future - liste des revues 71ème), qui avait déjà répondu à mon premier billet, vient de déposer en commentaire du second un texte qui me semble (enfin) éclairer le processus. Je reproduis donc ci-dessous ce commentaire dans son intégralité  (j'y ajoute simplement mes remarques/réponses en rouge).
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Cher collègue bonjour
empruntant parfois moi-même les voies du mauvais esprit ironique, je ne saurais vous en faire grief a priori. Mais je me vois contraint de préciser que je ne le fais que lorsque je suis bien informé, pointant alors, en connaissance de cause, ce qui m'apparait comme des dysfonctionnements. Je suis au regret de constater que votre approche déroge passablement à cette règle de prudence, en assénant des commentaires goguenards faute d'informations. Je veux bien endosser que nous sommes parfois responsables du manque d'information donné, mais il est difficile d'informer sur des processus en cours
<Je ne voie pas en quoi, d'autant que le débat est déjà largement enclenché dans l'ensemble des champs scientifiques, et pas seulement en 71ème section> et qui sont contrairement à ce que vous semblez croire, contradictoires et même conflictuels entre nous.
Je voudrais d'abord pointer une contradiction dans votre posture : vous vous désolez de ce que les revues infocom ne figurent pas encore dans la liste, car j'ai laissé du temps au temps pour que la concertation vienne à maturité ; et de l'autre côté vous raillez la précipitation de publication de la liste. L'AERES aurait dû, j'en conviens préciser dans une note liminaire que la liste se construisait au fur et à mesure, mais si vous regardez le site, dans la colonne de gauche, il y a bien les listes par discipline, ce qui en creux signale celles qui n'y sont pas encore.
<Vous répondez vous-même à ce que vous indiquez être la "contradiction dans ma posture" (cf la partie grasseyée de votre réponse). Quant à indiquer que tout "manque d"information" est en fait "de l'information en creux", cela me semble un peu spécieux comme argument ... Mais je laisse les lecteurs juger>
Comme votre grande sagacité a permis de le révéler à tous, je ne suis en rien un spécialiste de STAPS. Voilà pourquoi je me suis fait aider de collègues de la discipline, bénéficiant notamment d'un "expert renforcé", que j'ai enfin réussi il y a une semaine à faire passer au rang de délégué scientifique. Les STAPS ne m'auront donc été attribuées que durant une année, durant laquelle j'ai profité de mon extériorité pour arbitrer entre les courants et les disciplines, sans risque d'être accusé de parti-pris. je tiens à votre disposition l'ensemble des courriels reçus par ceux avec qui j'ai travaillé ou pour qui j'ai eu à organiser expertiser, et qui ont unanimement salué mon action, exprimant même parfois le regret de me voir quitter la fonction. Un esprit d'ouverture et d'équilibre, le souhait d'associer les compétences sans exclusive, peut contribuer à compenser un déficit de compétence spécifique.
<J'en suis ravi. Là encore, pour vous qui vivez cela de l'intérieur, ces éléments d'explication semblent peut-être inutiles. Mais je peux vous assurer que pour les collègues en STAPS qui découvrent et ont pour seul élément d'information la liste des experts de l'Aeres, vos explications tombent à pic.>
Toujours concernant le focntionnement de l'AERES, je crois utile de vous rassurer sur mon collègue Ronald Schusterman, il est délégué scientifique (tout court), ce qui veut dire qu'il a à ses côtés des délégués scientifiques-adjoints, un par discipline ou presque. Il supervise leur travail en somme. Vous voilà rassuré je pense, ainsi que vos lecteurs.
<Effectivement, en revanche l'inquiétude des collègues en lettres ne l'est pas ... mais je leur laisse le soin de l'exprimer ...>
Pour l'état actuel de la procédure, nous travaillons sur un projet de liste, discuté par les 10 experts constituant la commission (tous professeurs en infocom, travaillant ou non dans des revues, étant ou ayant été au CNU, ayant pour plusieurs conduit des études et travaux sur la publication scientifique et les revues..)
<Je ne vais pas abuser en vous demandant les noms ... je pense qu'ils seront rendus publics en même temps que la liste des revues ...> Bref, un petit panel de collègues, tous déjà sollicités pour être experts à l'AERES. Le Président du CNU est informé de nos échanges, sachant que nous avons pris comme base de départ la liste assez consensuelle que le CNU avait pris soin d'élaborer. Nous la rediscutons et l'élargissons aux revues non francophones, ce qui fait d'ailleurs par ricochet, que le CNU travaille à son tour à élargir sa liste à des revues étrangères. <Hourra et hosanna :-) > Je ne sais si le double processus aboutira à une liste totalement commune. je n'en suis pas certain car les logiques d'évaluation ne sont pas identiques <ceci est à mon avis un gros problème, mais c'est un autre débat>. Le CNU juge les productions individuelles de chaque chercheur. L'AERES évalue la production de chaque unité. C'est bien pourquoi l'AERES a refusé la pression du chiffre, en édictant comme règle pour être publiant, des critères plus souples que ceux de feue la DS06 du ministère. En effet, il faudra avoir en 4 ans, deux publications validantes, dans les revues classées ou dans des ouvrages collectifs de qualité (qui ne comptaient pas avec la DS06), ou via des livres scientifiques bien sûr. Plus quelques modalités particulières pour tenir compte de l'idiosyncrasie de chaque discipline (avant, l'édition annotée d'une Pléiade ne comptait pas pour un collègue de littérature, alors que cela pouvait représenter 3 ou 4 ans de travail et un vrai apport au savoir). je me permets donc d'affirmer sereinement que notre communauté n'a rien perdu avec l'arrivée de l'AERES, bien au contraire. D'autant que la section SHS a refusé massivement l'application des critères bibliométriques "à l'américaine", car non petinents. La mobilisation contre l'AERES et le classement des revues me paraît donc relever du fantasme et de la mauvaise information (nous devons du coup y avoir notre part de responsabilité). Je trouve que le ton avec lequel vous évoquez des faits que vous ignorez ne contribue pas à dissiper ces erreurs de jugement. <Le ton, je vous l'accorde est polémique. Mais vous savez tout le rôle que la polémique joua - en d'autres siècles - dans l'avancée des idées. Par ailleurs s'il peut surprendre un lecteur "de passage",  les lecteurs réguliers de ce blog y sont habitués. Il aurait été effectivement différent si j'avais décidé d'interpeller officiellement l'AERES. Mais ce ton - et accessoirement ce modeste blog scientifique - me semble avoir permis, grâce à mes interpellations complétées de vos réponses, de disposer d'éléments d'informations qui permettront ensuite à chacun de se forger son propre point de vue. Ce qui, dans le contexte actuel, me semble suffisant pour légitimer ma posture ;-) et soyez certain que c'était là le seul but poursuivi par mes billets.> Vous glissez régulièrement du légitime questionnement, faute d'infos suffisantes, au jugement en méconnaissance de cause. Je me permets donc en toute cordialité et franchise de venir sur votre blog rétablir quelques vérités et apporter quelques précisions.
J'attends avec impatience de lire vos critiques (peut-être même fondées, qui sait...) le jour où la liste des revues sortira, ainsi que le texte explicatif de notre procédure et de nos principes consensuels
<je puis dès aujourd'hui vous en donner l'assurance :-) > ; ce qui ne devrait plus trop tarder j'espère. Mais je préfère le temps de la concertation et de la maturation, à toute forme de précipitation.
Je vous adresse, ainsi qu'à vos lecteurs, mes plus cordiales salutations et vous prie de croire à l'esprit de dévouement pour le bon fonctionnement de notre discipline et de la procédure d'évaluation de l'AERES, qui, je tiens à le dire, n'a suscité quasiment aucune critique pour la première campagne que j'ai conduite. Sachez pour conclure que l'AERES se juge elle-même perfectible. c'est ainsi que l'habitude prise par la DS 06 de noter un laboratoire d'une seule note a été reprise. Face aux critiques émises, et que nous avons jugées judicieuses, l'ensemble des délégués a établi une nouvelle grille de notation en 4 notes, de façon à rompre avec une note unique apparaissant comme un peu trop couperet parfois. Ce processus est rendu possible grâce à notre aptitude collective à l'autocritique et à la vigilance critique de chacun, dont ce blog est une contribution parmi d'autres. Mais à la condition toutefois de savoir toujours s'exprimer avec pertinence et en connaissance de cause.

Arnaud Mercier
délégué scientifique adjoint pour l'information communication à l'AERES

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Un sincère merci donc à Arnaud Mercier pour sa réponse et le travail qu'il mène, lequel, le le conçois aisément, ne doit pas être très facile ... Attendons désormais la fameuse liste ... et soyez assuré qu'à sa parution, Affordance contribuera "à notre aptitude collective à l'autocritique et à la vigilance critique de chacun." ;-)

Le petit lien du Week-End

Alors là celui-là, quand vous y aurez goûté ...
C'est un générateur de rébus.
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On commence par un facile : Affordance.info
Affordance
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Plus dur ... et celui-là je vous le laisse deviner :-)
Fautpas

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Ca y est ? Vous êtes accrocs ? Bon et bien dites-vous bien que derrière tout ça se dissimule un authentique travail de recherche :-)

Vous avez deux heures.

Demain, une soixantaine d'étudiants de première année d'IUT infocom à La Roche Sur Yon plancheront pendant deux heures sur le sujet suivant ...
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SUJET : Le président de la Bibliothèque Nationale de France et le directeur exécutif de Google sont conviés à un débat télévisé sur le thème de "l'accès à l'information et à la connaissance". La première phrase de ce débat est la suivante (prononcée par le président de la BnF) : "Si depuis des siècles les Hommes accèdent à l'information, c'est grâce aux livres et aux bibliothèques. Votre Google n'a que 10 ans."
En vous appuyant sur les éléments vus en cours, et sans vous interdire de mettre en avant votre point de vue à condition que celui-ci soit argumenté ... écrivez la suite de ce débat :-)
CONSIGNES :
- Pour désigner le président de la BnF, utilisez le sigle : "Bnf"
- Pour désigner le directeur exécutif de Google, utilisez le sigle : "Goo"
- Vous avez le droit d'utiliser des didascalies
- Vous avez le droit de faire poser des questions par un présentateur que vous appellerez : "Jean-Pierre P." ou "JPP"
- Les phrases suivantes doivent se retrouver dans le débat (mais pas nécessairement dans cet ordre) :
PHRASE 1 Goo : "Vous ne trouverez aucun bibliothécaire capable d'indexer, de trier et de hiérarchiser chaque jour plusieurs millions d'informations ! Notre algorithme lui, en est capable."
PHRASE 2
Goo : "Vous choisissez à la place des gens. Nous, nous leur donnons ce qu'ils veulent."

La meilleure copie ou les "meilleurs extraits" des "meilleures copies" seront (après accord de leur auteur) publiés sur mon blog "Affordance.info".
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Pour info : le synopsis du cours est disponible. Les étudiants ont été avertis que le partiel porterait surtout surles thèmes abordés lors des derniers cours. Le Jeudi soir est, à La Roche sur Yon comme ailleurs, traditionnellement réservé aux soirées étudiantes. Je ne prends donc qu'un risque mesuré à diffuser le sujet la veille ;-)

Ariane 2.0

Ne vous fiez pas au syntagme "deuzéro" aujourd'hui accolé à tout un tas de choses jusqu'à la nausée. Ariane 2.0 est un très bel Opac 2.0 qui allie légèreté, simplicité, force de suggestion des icônes retenues dans l'interface, plus un système de redéfinition de la requête qui rappelle la "zapette" du moteur Exalead. Bref à mon avis, du vrai web 2.0. C'est à dire ? Efficace. Juste efficace. Allez le tester, et revenez me dire. Ou mieux, dites-le leur directement.

(Via Bibliofusion)

Lier ou ne pallier, là est la question.

Intéressant débat chez Christian Fauré à propos de l'intérêt (ou de l'absence d'intérêt) d'une formalisation des liens hypertextes (tellement intéressant que j'ai moi-même mis 400 pages à ne pas régler définitivement la question). Le billet de Christian est lisible ici, mon commentaire est , Jean-Michel Salaun en a profité pour s'inviter (il a bien fait) et amorcer à son tour un débat avec Christian : .

(Nota Bene pour le lecteur scrupuleux : les ancres hypertextuelles de ce billet sont particulièrement mal choisies, mais c'est justement ça l'objet du débat)

Impudente impudeur

André (Gunthert) semble avoir trouvé le moyen de me passer devant au classement Wikio. Il fait rédiger ses billets par des experts du buzz du moment !! L'économie mondiale s'effondre ? Paf, il convoque Jacques Sapir qui se fend de deux bilets lumineux sur le sujet (1 et 2). Tout le monde parle du jeu/enquête SocioGeek ? Paf, c'est l'initiateur dudit jeu, Dominique Cardon himself, qui vient tenir tribune chez André dans un billet article titré "Pourquoi sommes-nous si impudiques ?" (nota bene : le débat amorcé en commentaire du billet de Dominique Cardon est également intéressant et révélateur de la diversité des approches de l'identité numérique)
Je m'en vais donc de ce pas mettre un courriel au conseiller scientifique de Wikio pour attirer son attention sur ces sournoises pratiques.

D'ici là courrez lire l'article Pourquoi sommes-nous si impudiques ? :-)

Parole authentique versus parole instrumentalisée : le pouvoir communicationnel des blogs

Nolwenn Le Hénaff, "Parole authentique versus parole instrumentalisée : le pouvoir communicationnel des blogs", thèse en SIC sous la direction d'Yves Chevallier. Septembre 2008. En ligne : http://halshs.archives-ouvertes.fr/SHS/tel-00329927/en/.
C'est donc le titre de ce qui est - à ma connaissance - la première thèse française sur la "blogosphère". Je n'ai pas lu le document, je me garderai donc d'en faire une quelconque critique, mais on m'a signalé que j'y figurais en bonne place parmi les différents objets d'étude ;-)
Quelques-uns des commentateurs de ce blog y sont également cités (pour vous retrouver, faîtes une recherche sur mon nom dans le pdf).
Ne vous privez en tout cas pas de signaler ici vos commentaires et remarques ou autres fiches de lecture sur ce document.

Open Access Day

C'est aujourd'hui :-)

Oaday_header

Tout est expliqué sur le site éponyme.

La crise, l'éléphant, les bibliothèques et Google ...

Cela n'aura pas échappé à votre perspicacité : c'est la crise. Côté silicon vallée, itou. Côté brontosaures de l'infor(mation)(matique) : pareil. Et maintenant, fermez les yeux et imaginez ... Imaginez que certaines sociétés (Google par exemple) soient, crise oblige, obligées de se recentrer sur un coeur d'activités lucratives et de délaisser les activités sans profit immédiat. Pire. Imaginez l'inimaginable. Imaginez la faillite de Google. Ouvrez les yeux et réfléchissez : qu'adviendrait-t-il de l'énorme volume d'ouvrages publics numérisés par Google ? Certes, chaque bibliothèque disposerait encore de la copie numérique qui lui est contractuellement remise par ledit Google. Mais le temps de fédérer l'ensemble de ces ressources, de les porter en ligne derrière une interface interrogeable unique, ce temps serait considérable. Ce temps serait autant de temps perdu.
Et c'est ici qu'intervient le Hathi Trust, un "entrepôt numérique partagé" à l'initiative d'un consortium universitaire composé comme suit : University of Chicago, University of Illinois, Indiana University, University of Iowa, University of Michigan, Michigan State University, University of Minnesota, Northwestern University, Ohio State University, Penn State University, Purdue University, University of Wisconsin-Madison, University of California system. Trois de ces universités sont les leaders du projet : Michigan, Indiana, Californie.
L'ambition du projet ? Tout simplement considérable : il s'agit de rassembler les ouvrages mais également les journaux numérisés dans les bibliothèques, sur la base initiale du "corpus" Google mais en envisageant des extensions, y compris auprès d'éditeurs pour des fonds encore sous droits. Il s'agit encore de fournir une solution sécurisée de stockage, de préservation et d'accès à long-terme. Il s'agit enfin d'étendre ce processus aux entrepôts institutionnels des unviersités, à condition que la phase initiale du projet soit couronnée de succès. Bref, en un mot, un portail universel de bibliothèque. Et pas un nouveau Worldcat puisque c'est cette fois-ci bel et bien le texte intégral qui est visé et non les "seules" données bibliographiques.
A l'heure actuelle, les compteurs de la numérisation du HathiTrust annoncent les chiffres suivants :

  • 2,091,060 ouvrages  
  • 731,871,000 pages  
  • 78 terabits de données
  • 40,23 kilomètres  
  • 1,699 tonnes  
  • 332,048 volumes (~16% de l'ensemble) dans le domaine public

Ces chiffres prendraient "seulement" en compte les collections numériques de l'university du Michigan et de celle du Wisconsin, "both leaders in mass digitization efforts."
Bon d'accord c'est bien beau, mais et les autres projets de bibliothèque numérique comme l'Open Content Alliance ?
Le HathiTrust annonce que certains de ses "partenaires" sont également impliqués dans l'Open Content Alliance. Et qu'à terme, ils envisagent "d'inclure" l'OCA dans leur portail.
Bon d'accord c'est bien joli, mais, crise oblige, c'est quoi le modèle économique ?
Les partenaires apporteront une cotisation initiale calculée sur le nombre de volumes fournis, plus une cotisation annuelle pour l'entretien desdits exemplaires numériques. Le HathiTrust étant "une extension à visée non-lucrative des bibliothèques qui l'ont fondé", il espère par ailleurs que le partage des infrastructures et des stratégies de numérisation permettra d'atténuer rapidement les coûts spécifiques.
OK. Mais admettons que je veuille bénéficier de l'infrastructure HathiTrust sans nécessairement mettre en accès libre sur Internet certains de mes fonds numérisés ?
Pas de problème. Le HathiTrust mentionne la possibilité technique de mettre en place une "archive noire" (dark archive), même si ce n'est pas la voie qu'il recommande.
Bon ben ça y est, vous m'avez convaincu. Où est-ce que je peux tester cette formidable interface ?
Ah oui mais là euh comment dire, ben en fait ... nulle part. Pour l'instant. Ce qui n'empêche pas les objectifs fonctionnels d'être décrits à court, moyen et long-terme : il y aura un tourne-page, il y aura des watermarks partout (celui de l'institution d'origine, celui de l'agent numérisateur ...), il y aura des API pour adapter le bouzin aux besoins de chaque bibliothèque, il y aura du Shibboleth pour permettre aux publics handicapés d'être reconnus et de bénéficier d'un accès adapté, et ... et ... et ... et il y aura une interface publique. Ce sera une "bétâ" et elle devrait être disponible "début 2009". A moyen terme, chacun (chaque usager ou chaque institution ?) pourra créer ses propres collections. 
Là où le HathiTrust marque incontestablement des points, c'est du côté de la gestion des données bibliographiques (l'envers de la médaille numérique, trop peu mise en avant par Google). Et là c'est du lourd. Une partie des données est déjà là. Le lien avec L'OCLC (Worldcat donc) est déjà négocié, et ce dernier pourra ainsi rapidement référencer les collections du HathiTrust.   

Un petit résumé ?
Un groupement de bibliothèques importantes se regroupent au sein d'un consortium qui est aussi une agence de moyens, sur fonds propres, mais sans s'interdire de faire appel à diverses fondations. L'urgence (et la motivation) pour ce consortium, c'est de partager ses infrastructures, ses documents et ses stratégies pour élaborer un "plan B" face au projet Google. A long terme, il s'agit tout simplement de construire un portail unifié mondial (américain ?) de ressources numériques en bibliothèques : ouvrages libres de droits, rétro-numérisation presse, dépôts insitutionnels, mais là aussi sans s'interdire d'y intégrer une offre sous droits, négociée avec les éditeurs. Il s'agit de faire collection.
Une petite analyse ?
Difficile à ce stade du projet. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, toute alternative est bonne à prendre. Ce qui est sûr également c'est que toute alternative doit pour pouvoir être crédible, disposer d'une puissance de feu numérique suffisante. C'est le cas les bibliothèques membres du HathiTrust (le choix de l'éléphant comme logo n'est pas neutre). Pouvoir également disposer d'une stratégie et d'un modèle économique clair. Cela semble être également le cas. Le HathiTrust part gagnant sur au moins deux terrains déterminants :

  • par rapport à l'OCLC (worldcat) il mise sur les contenus mais sans que cela se fasse au détriment des métadonnées.
  • par rapport à l'OCA, les bibliothèques restent "entre pairs" : le partage et la mutualisation de ressources en seront probablement facilitées.

Donc ?
Donc satisfaction sans réserve, ne serait-ce que pour l'expression à haute, intelligible et audible voix de l'impérieuse nécessité d'une alternative au projet Google Books. Satisfaction que les bibliothèques reprennent en main de manière concertée et conforme à leurs missions, le chantier de la numérisation de masse, afin de sortir de l'ornière prévisible vers laquelle nous amène le même Google. Satisfaction toujours pour l'aspect "malin" du projet qui retourne les clauses les plus discutables des contrats Google en faveur des bibliothèques (en gros : vous aurez votre exemplaire numérique mais apauvri, et de toute façon vous pourrez pas l'exploiter car vous n'avez pas l'infrastructure suffisante à large échelle). Satisfaction enfin et peut-être surtout, parce qu'en observant ce qui se passe du côté-ci de l'atlantique avec Gallica2 (intégration presse et ouvrages sous droits), il y a ENFIN là un formidable terreau de convergence. Ne reste plus qu'à se mettre au labour.

(Via Urfist Info // Temps de rédaction de ce billet : 2h00)

Blogosphère scientifique

Quelques ressources et quelques commentaires en vrac ...

  • Intute publie une série de 4 billets consacrés à la blogosphère scientifique (1, 2, 3, 4). Une petite mine qui pointe vers plein de ressources dont j'extrais ci-dessous quelques pépites.
  • Dans le billet sur l'état de la blogosphère scientifique au Royaume-Uni, il rappelle l'existence de l'excellent CrookedTimber, à ma connaissance le seul blog qui rassemble des chercheurs de différents pays et de différentes spécialités autour de thématiques en sciences humaines et sociales. Côté blogosphère institutionnelle, Intute signale l'existence de l'initiative du JISC qui met à disposition des blogs (sous wordpress) et des Wikis (sous mediawiki), ainsi que l'impressionnante communauté de l'université de Warwick, cf ci-dessous
  • Je m'attarde donc sur le portail blog de l'université de Warwick, à mon avis un modèle du genre. Quantitativement tout d'abord : 5616 blogs hébergés. Qualitativement ensuite : il est possible d'accéder à la liste des blogs par département, laquelle liste permet elle-même d'accéder aux blogs d'étudiants, d'enseignants, et de chercheurs. On peut aussi naturellement accéder aux blogs via un annuaire et via un système de tags. Un must vous dis-je. A côté de ce truc, seule l'initiative de Paris 5 (ex Renée D. Blogs) me semble tenir la route (même si je trouve l'interface un peu plus confuse).
  • J. Bradford DeLong est professeur d'économie à Berkeley. Il publie dans le Chronicle of Higher Ed un article intitulé : "Can blogging derail your career ?" Malgré son titre, l'article est en fait un plaidoyer pour les blogs et se termine ainsi : "A great university has faculty members who do a great many things — teaching undergraduates, teaching graduate students, the many things that are "research," public education, public service, and the turbocharging of the public sphere of information and debate that is a principal reason that governments finance and donors give to universities. Web logs may well be becoming an important part of that last university mission." A l'heure de l'autonomie financière des universités, il serait peut-être temps de sauter sur l'occasion en augmentant le salaire des universitaires bloggueurs ;-)
  • Le Times Higher Education publie de son côté un article dans lequel tout un tas de bloggueurs expriment en une ligne ou deux ce que le blog a apporté à leur activité scientifique.
  • Côté ressources francophones, on trouvera sur le site du TGE-Adonis ("Très Grand Equipement Adonis" ... avec un nom comme ça allez défendre l'humilité de la recherche ...) un bref et descriptif retour sur trois initiatives de portails de blogs scientifiques déjà chroniqués ici : ScienceBlogs, ResearchBlogging et Scientificblogging.
  • Et puis heureusement il y a ce texte lumineux d'André Gunthert, dont je vous livre un extrait de la conclusion, our le cas où il vous aurait échappé : "Une science aimable. (...) la pratique du blog contribue à modifier la sociologie des sciences, les équilibres établis et les hiérarchies patinées par les ans. L'avenir nous dira si c'est en profondeur. A titre personnel, je sais ce que cet outil m'a apporté de féconde liberté. Elle (cette pratique) ne m'a rien coûté, qu'un peu de temps, qui est du temps sauvé de l'oubli. La science qu'on m'a donné à connaître lorsque je faisais mes humanités était arrogante, dominatrice et sûre d'elle. Celle que j'ai aimé plus tard (...) n'avait rien à voir avec cette morgue d'un autre âge. C'est celle-là que montre le blog: plus proche de la réalité de mon travail, de mes doutes et de mes erreurs, de mes bonheurs de chercheur devant la trouvaille ou le plaisir de comprendre. A ceux-là, le blog a ajouté la joie du partage, qui comble mon appétit de pédagogue. Pas de regrets? Oh si! Un seul: celui de ne pas avoir disposé de cet outil depuis vingt ans."

(Initialement via Pintini // Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

On a (toujours) perdu la 71ème section ... mais on la cherche activement.

Suite à mon billet de l'autre jour à propos du classement des revues de l'AERES, j'ai reçu un message d'Arnaud Mercier en commentaire dudit billet. Le commentaire dit ceci :

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Bonjour
en ma qualité de délégué scientifique à l'AERES pour l'infocom,
je puis vous rassurer et vous dire que depuis début juillet
j'ai lancé un processus interne de concertation pour établir
une liste de revues validantes pour notre discipline.
Du coup, d'autres disciplines ont sorti leur liste avant,
mais nous ne sommes pas absents, juste un peu en retard.
Retard qui va se combler dans les le mois qui vient.
Cordialement. A. Mercier
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Je remercie tout d'abord Arnaud Mercier de son commentaire (et, incidemment, d'être un lecteur d'Affordance). Qu'il me permette donc de lui répondre dans ce billet plutôt qu'en commentaire du précédent, afin que l'ensemble des lecteurs puisse bénéficier de cet échange. J'avoue Mr Mercier (la faute à mon mauvais esprit chronique ...) ne pas être entièrement du tout convaincu par votre message. Voici pourquoi :

  • L'AERES a publié sur son site la liste "des revues scientifiques du domaine des sciences humaines et sociales" le 28 Juillet 2008 (date à laquelle, par ailleurs, la majorité des enseignants chercheurs est parti en vacances après les jurys qui traînent en général jusqu'au 14 Juillet ...). De fait, toutes les disciplines y sont, sauf les sciences de l'infocom, les lettres et arts et les STAPS. Rien dans le texte de présentation que l'AERES fait figurer sur ladite page n'indique une omission : la liste est présentée comme complète. Elle ne l'est pas.
  • Rien non plus dans l'ensemble du site de l'AERES ne mentionne qu'en terme de calendrier, Infocom, Staps et les lettres et les arts se seraient vues dotées d'un calendrier particulier.

Comme l'indique votre CV (.pdf), vous êtes titulaire d'un doctorat de Sciences Politiques, d'une habilitation à diriger les recherche en Infocom, et (dans la liste des délégués scientifiques de l'AERES), en charge des sciences de l'infocom ... et des STAPS, disciplines dont on ne dira jamais assez la complémentarité voire l'évidente proximité épistémologique (ça y est, mon mauvais esprit me reprend). STAPS et Infocom, improbable mariage évaluatif ... D'où ma question : si votre compétence en Infocom est assurée, votre expertise dans le champs des STAPS n'apparaît en tout cas pas au premier plan dans votre CV ... Or il me semble que la discipline des STAPS ne manque pourtant pas d'enseignants-chercheurs ... il est étonnant qu'aucun d'entre eux ne soit ici représenté ... Comment l'expliquer ?

Mais revenons à nos moutons. Vous conduisez donc l'évaluation de deux disciplines disons ... assez différentes. Seul un autre des délégués scientifiques de l'AERES est en semblable posture : votre collègue Ronald Shusterman, qui évalue de son côté les Arts, les lettres, et les langues et sociétés des cultures étrangères ... Gros gros gros boulot en perspective puisque cet intitulé rassemble les sections 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 18. J'espère que son indemnité d'évaluateur est proportionnelle à la charge de travail qu'il va devoir fournir (hors d'ici mauvais esprit ...). 

Mais revenons-en à votre commentaire. Vous me dites : "d'autres disciplines ont sorti leur liste avant, nous sommes juste un peu en retard". Bizarre ... Ce ne sont pas les disciplines qui ont "sorti leur liste", mais bien l'AERES qui a sorti la liste "au nom" des disciplines, avec des procédures de concertation et de consultation qui, comme je le rappelais dans mon billet précédent sur le sujet, sont pour le moins hétérogènes, pour ne pas dire hétéroclites :-( Vous me dites également "j'ai lancé un processus interne de concertation début Juillet". Deux interrogations : est-il possible d'en savoir plus sur l'internalité dudit processus ? C'est à dire qui sera consulté pour bâtir la liste de ces revues ? D'après les informations dont je dispose, beaucoup de disciplines des SHS ont éffectivement été conviées début Juillet à une réunion avec l'AERES pour se mettre d'accord sur une liste de revues. D'après mes informations également, nombre de présidents de CNU (ceux qui ont eu la chance d'être conviés), ont été assez "surpris" par la précipitation de ce dossier. Or si l'ensemble des disciplines consultées ont donc bénéficié du même calendrier (lancement de l'opération début Juillet) et des mêmes délais (publication de la liste des revues fin Juillet), je ne comprends donc (toujours) pas ce qui fait que la 71ème section n'y figure pas. Sauf à considérer que les interlocuteurs conviés par l'AERES ont fait preuve de nonchalance ou d'indolence, fait d'autant plus étonnant qu'est maintenant avérée la proximité épistémologique de notre champ avec les activités physiques et sportives ;-)

Au final : en 10 jours, la pétition pour le retrait de la liste des revues de l'AERES compte déjà 1800 signatures d'enseignants-chercheurs. Ce qui ne me semble pas tout à fait anecdotique (d'autant que ce nombre doit être ramené aux nombre d'enseignants chercheurs en SHS). Je suis convaincu de votre bonne foi dans la mission qui vous a été confiée (à défaut d'être convaincu par la méthodologie retenue), et je pense (et souhaite) qu'effectivement, d'une manière ou d'une autre, les sciences de l'information et de la communication feront bientôt leur apparition dans la liste de l'AERES (je suis par ailleurs beaucoup moins confiant pour les sections confiées à votre collègue Ronald Shusterman ...). Je continue pourtant de regretter la dimension hâtive, approximative, aléatoire, hétérogène d'un dispositif d'évaluation à visée nationale, lequel va, dès demain, considérablement impacter nos missions au quotidien et qui, en son état actuel, n'a pour seule conséquence que de mettre les laboratoires en effervescence autour de logiques scientifiquement assez peu constructives (labos dans lesquels chacun se met à compter frénétiquement ses publis, qui renonçant à certaines charges d'enseignement pour avoir plus de temps pour sa recherche, qui délaissant ses tâches administratives pour se consacrer là encore à ses publis, le tout dans un climat déléthère lisible dans le regard que "ceux-qui-ne-sont-pas-publiants" adressent à "ceux-qui-le-sont-déjà"). Je rappelle enfin que je ne suis en rien hostile à l'évaluation et que j'ai eu à d'autres reprises l'occasion d'appeler de mes voeux l'établissement d'une liste de revues pour la 71ème section, ladite liste étant - entre autres - un paramètre qui, s'il est conjugué à d'autres, devrait permettre de rendre plus transparent le fonctionnement des CNU dans les procédures de qualification ou d'avancement. Sachez enfin que mon étonnement devant l'absence de la 71ème section dans la liste AERES n'a d'égal que celui que je ressens à l'écoute de l'assourdissant silence des "institutions" concernées, à savoir le CNU 71ème et la SFSIC (s'ils m'entendent, ces colonnes leurs sont ouvertes ...)

Dans l'impatiente attente de vos nouveaux éclaircissements sur cette affaire ...

Cordialement.

Olivier Ertzscheid. Maître de conférences en sciences de l'information physique et de la communication sportive :-)

Le politique et son reflet motorisé : jusqu'ici ... tout va bien.

Vous souvenez-vous du débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ? Vous souvenez-vous, dans ce débat, de l'épisode sur l'EPR de 3ème génération ? Vous souvenez-vous de la TRD (tentative de redocumentarisation déviante) occasionnée ? Oui ? (sinon, allez vous rafraîchir la mémoire ici, puis revenez).
L'autre soir, dans un autre pays, un autre débat opposait Sarah Palin à Joe Biden. Et que font aujourd'hui les gens (enfin certains) pendant les débats politiques ? Et bien ils cherchent. Ils cherchent à comprendre. En France ils avaient donc cherché sur Wikipédia la vérité sur l'EPR, et comme les partisans de l'un y trouvèrent la vérité, mais que cette vérité était celle de l'autre, ils se mirent à chacun écrire leurs vérités. Sans dommage heureusement. Aux Etats-Unis, les gens ont cherché ... mais sur Google. Et Google s'est "amusé" avec son outil Google Trends, pour "voir" littéralement ce que les gens tapaient ... dans Google, au fur et à mesure de l'avancée du débat et des arguments. Le compte-rendu que fait Google de cette expérience, est - au-delà du bourrage de mou habituel de la firme - très intéressant. On y apprend d'abord que les gens utilisent énormément la fonction "define:" proposée par le moteur dès qu'ils butent sur un mot (en l'occurence "Maverick" ou "theocracy").
<Digression>M'appuyant sur un panel à peine moins représentatif que celui de Google (mes étudiants), il faut reconnaître que cette fonction (parfois assez indélicate et malgré l'existence d'une remarquable concurrence) remporte effectivement un énorme succès : c'est en effet le seul opérateur qu'ils retiennent sans que j'aie besoin de le leur répéter 17 fois. </Digression>
Donc les gens cherchent. Mais à relire le billet de Google, on s'aperçoit surtout de la fantastique opportunité que représentent pour lui ces grand-messe télévisuelles. Car pendant que les gens cherchent pour comprendre le discours, Google dispose du discours. Google est dans la situation du scientifique qui monte une "manip", une expérimentation, et qui s'efforce d'en contrôler la totalité des paramètres, des variables.  Quand un candidat prononce le nom "d'Ahmadinejad" les gens cherchent [Achmadinijad], [Akmadinijad], [Akmadinajad], [president Iran], [Iran leader]. Et alors ?
Alors avec ce genre de focale (un évènement dont on sait qu'il va - pendant une période de temps donnée -  occuper l'attention d'une majorité de l'opinion), alors à cette échelle (des millions d'américains ont regardé ce débat), c'est l'occasion pour le moteur de faire ce que tous les puissants de ce monde (et aussi quelques scientifiques ...) ont un jour rêvé de faire : sentir le pouls réel de la planète, de l'opinion, disposer de données très peu "bruitées" parce que centrées sur un événement donné, dans une fenêtre de temps fixe, mesurable. Difficile en effet, si l'on ne dispose pas du cadre, du contexte fourni par le temps du débat télévisé, d'apparier les requêtes déposées ([Akmadinajad], [president Iran] ...) à une même entité référente ("Ahmadinejad"). Avec la grand-messe politique, Google tient sa source.
OK mais euh ... et alors ?
Alors vous vous souvenez de ce que racontait l'autre jour Peter Norvig (Google Chief Scientist) à propos de l'intelligence des données ? Avec ce genre d'expérimentation politique à l'échelle d'un pays, Google peut se permettre d'avancer considérablement plus vite que les outils du web sémantique. Il peut littéralement "zapper" le recours à des logiques sémantiques au profit d'un apprentissage via des logiques d'auto-renforcement. Le volume des données traitées, "l'intelligence" que leur confère ce genre d'expérimentation sont, dans l'instant et à ce volume, beaucoup plus prometteuses et plus efficientes que ne peut prétendre l'être un web sémantique (ou sémantisé) toujours en manque d'un volume de données (et de métadonnées) suffisamment vaste ou suffisamment homogène.
Oui mais ...
Oui mais le problème c'est que les données, même interprétées, même compilées à cette échelle, ne sont jamais exemptes de variables, d'imprévisibles, d'impondérables variables. Le fameux "grain de sable" capable de détraquer un immense engrenage. Tout ceci pose donc deux questions : l'architecture de Google, autant que son approche, autant que son quasi-monopole, le mettent aujourd'hui clairement en situation (délibérée ou non) de pouvoir fausser les représentations communes, et ce à l'échelle d'un pays, d'une nation. "Je me dis parfois que je peux sentir les sentiments du monde, ce qui peut aussi être un fardeau. Qu'arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme "amour" ou "ouragan" ?" disait déjà Apostolos Gerasoulis (le papa d'Ask Jeeves, 4ème moteur de recherche au monde tout de même). Dans sa situation actuelle, Google peut légitimement se poser la question de savoir : "Qu'arrivera-t-il si je peux répondre ce que je crois être le mieux pour eux ?"
Quand les gens tapent [Akmadinajad], [president Iran] au moment d'un débat électoral majeur, qu'arrivera-t-il, que pourrait-il arriver si "je" les renvoyais vers des résultats même légèrement, même infinitésimalement partisans ?
Vous êtes perdus, vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?
Quand les gens ont cherché des informations sur l'EPR lors du débat télévisé français, que serait-il arrivé si on leur avait majoritairement affiché des sites renvoyant davantage à la version d'un candidat au détriment de l'autre ?
Ca y est ? Vous voyez où je veux en venir ?
Avec Wikipédia, nous avons encore la possibilité de contrôler, "d'éditer". Et être capable d'éditer, c'est encore être capable d'éditorialiser, et donc de contextualiser, de diversifier, de distancier. Avec Google nous sommes le nez dans le guidon, le nez dans le miroir, nous n'avons plus que la seule liberté de souscrire à l'ordre de la liste affichée de résultats. Alors bien sûr Google n'oriente pas les résultats en fonction de tel ou tel candidat. Bien sûr la question n'est pas là. La question est de savoir s'il est ou non aujourd'hui déraisonnable de poser de telles questions. Je pense que non. La question est de savoir combien de temps encore la neutralité des données, la neutralité de Google pourra résister aux sirènes de la puissance du politique. A mon avis plus pendant très longtemps. Une question annexe est de se demander s'il ne devrait pas être obligatoire de mettre l'ensemble de ces données à disposition de scientifiques confirmés et ("si possible" aujourd'hui ou "s'il en reste" demain) non salariés de Google (ou d'une autre holding de l'infotainment) ? Ou au moins de permettre auxdits scientifiques d'y mettre un peu plus que le bout de leur nez, ne serait-ce que pour avoir la certitude que Google ne sera pas tenté, un jour, de se poser la question  "Qu'arrivera-t-il si je peux répondre ce que je crois être le mieux pour eux ?".

(Source : ReadWriteWeb, qui souligne et titre "Google has change political debate for ever" // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures et 15 minutes)

<Update de plusieurs jours plus tard> Google s'intéresse également aux prochaines élections au parlement européen </Update>

Le petit lien du week-end : une blague de chercheur, par des chercheurs, pour des chercheurs.

Ah ben là j'avoue que j'ai bien ri (en même temps je suis plutôt bon public). Prenez donc tout plein d'experts, enfermez-les dans un bureau en leur demandant de plancher sur un nouveau logo pour le CNRS. Vous obtiendrez ça. Extasiez-vous, exclusivitivisez-vous sur Tf1, autocongratulez-vous et promotionnez-vous. Après tout vous l'avez bien mérité. 
Logo_cartouche_copie_copie

Maintenant, retournez-le, et vous lirez ça. 

Cnrs2

Maintenant rappelez vos experts, et foutez leur votre pied au CNRS, pardon au CULS :-)
(Via SLR)

"Political Streams" ou du classement comme représentation.

Microsoft via ses "labs" lance son interface de visualisation en temps (quasi)réel des tendances, politiques en l'occurence. Cela s'appelle Political Streams et vous propose de voir quels sont les "gens", les "articles" (presse), les billets (blogs), et les pays qui sont au centre de "l'attention" planétaire. L'ensemble s'appuie sur les contenus de Freebase. Tout laisse penser que l'actuel Political Streams se déclinera bientôt sous d'autres formes : Society Streams, Sports Streams, etc ... C'est en tout cas ce que l'on se dit en parcourant la page du projet. On note enfin pour ceux qui n'en seraient pas encore convaincus, que la visualisation, que le rendu visuel en un espace étroit (mais dynamique) d'un ensemble gigantesque de données, est sinon l'avenir, à tout le moins une piste très très très explorée par les différents moteurs de recherche. Les autres projets qui occupent la une des LiveLabs - Seadragon, Photosynth - sont pour l'essentiel dédiés à la représentation de larges corpus en temps réel pour en dégager des motifs, des patterns, des tendances. Voilà pourquoi les classements, tous les classements (de celui de Shangaï à celui de Wikio), passionneront toujours les scientifiques, tous les scientifiques. Parce que toutes les visualisations, toutes les représentations, débutent toujours par un classement. Parce qu'un classement, c'est le début, c'est le niveau 1 de la représentation (le degré zéro de la représentation étant celui de la liste - cf Goody). Un classement est déjà plus, beaucoup plus que la simple liste dont il conserve pourtant l'apparence. Un classement c'est la mise en place de principes dynamiques d'organisation qui révèlent du sens (quand les classement sont bien faits) plutôt que de nous le laisser le construire seuls avec nos listes, ou qui ne révèlent qu'eux-mêmes (quand les classements sont mal faits).

(Info initiale repérée sur DataMining)

Quand on veut ...

... on peut. Moralité : mettez de l'atome dans vos formations.

(Via EducPros)

Mon Web Appeal est de 67%

C'est pas moi qui le dis. C'est une enquête sociologique dont je suis le héros. La preuve en image.
Webappeal

Vous aussi vous voulez jouer ?
Blague à part, c'est une vraie enquête sociologique, menée par Dominique Cardon, avec l'aide d'Orange Lab, de Faber Novel et de la Fing (+ de détails ici). Donc c'est pour la bonne cause, et en plus c'est une belle réalisation multimedia.

Technologies de l'artefact et traçabilité "positive" : l'écriture dans le ciel est-elle soluble dans l'informatique en nuage ?

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Où il est question de "technologies de l'artefact", "d'éthique hacker", de "perte du sens", "d'intelligence des données", de "traçabilité positive" et de quelques autres babioles ...
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Ecrans nous offre un beau panorama d'outils relevant du champ des technologies de l'artefact. Fake is a Fake vous permet de détourner (presque) n'importe quel site officiel. L'outil est à la fois robuste et astucieux : il utilise la plateforme Wordpress avec des thèmes (gabarits) reprenant la charte graphique des grands quotidiens (Le Figaro, New-York Times ...) de sites institutionnels (Maison Blanche, Elysée ...) ou événementiels (Pékin 2008 ...).
Dans une autre catégorie, permettant celle-là d'atténuer les technologies de l'artefact par le développement d'une heuristique "technologisée" de la preuve, Logo-Wiki (qui s'inspire de Wiki Scanner) permet de suivre les "Big brother Editors" de Wikipedia, en remplaçant le logo de l'encyclopédie, par celui de la compagnie ou de l'institution à l'origine d'une modification d'article. Pour une démo, voir ici.
Et donc ??
Tout cela fait écho a ce qui s'est raconté lors des dernières rencontres d'Ars Industrialis et notamment à l'intervention d'Alain Mille : il est (heureusement) encore possible d'inventer une ingénierie "positive" de nos traçabilités numériques. Echo également à l'intervention de Peter Norvig indiquant que l'avenir était à une formule du web contenant de moins en moins de "code" et de plus en plus de "données" (le fameux "less code, more data"). Or seul le code, seule l'écriture peut donner "un" sens à l'alignement et à l'empilement des données. Leur seul recoupement ne leur confère que "du" sens, différemment interprétable, différemment "compilable", différemment instrumentalisable, et en tout cas seulement lisible de ceux qui peuvent et pourront disposer d'une agrégation, d'une représentation suffisamment vaste desdites données. Donc accepter de se priver du "code", de le laisser tomber en désuétude, reviendrait - pour nos sociétés numériques - à s'interdire l'écriture et tout ce qu'elle autorise : le détournement parfois, l'explicitation souvent. Et à l'heure où le web se dirige effectivement vers une "intelligence des données", il faut redonner ses lettres de noblesse à l'écriture, au code. A ce titre, le rôle des Hackers est tout à fait salutaire. Ils disposent pour l'instant d'une maîtrise suffisante du code pour interpréter les données d'une manière "différante". Ce faisant, ils offrent une alternative à la fois possible et crédible - parce qu'incarnée - à l'agglomérat mainstream de données dans lequel nous engluent chaque jour davantage les multinationales du net, dans lequel nos pratiques, coupées de l'écriture, nous engluent tout autant. Et c'est probablement dans cette articulation complexe que le Web 2.0 prend sa vraie mesure : en nous offrant des outils nous permettant de ne nous soucier que des contenus, il nous conforte dans l'illusion d'entretenir une écriture alors que nous n'entrons que des données. Web2dizzaster (également repéré par Ecrans) illustre parfaitement ce paradoxe : quand les contenus s'effaceront, quand les données s'effondreront sous leur propre poids, seule subsistera l'écriture, le code. Mais cette écriture en sera réduite à sa plus simple expression : elle ne sera plus qu'ornementale. Et il y aura longtemps qu'en acceptant d'en perdre la maîtrise, nous en aurons perdu la profondeur, nous en aurons perdu le sens.

Et donc pour résumer le tout en une deux trois phrases ? Il faut que le Skywriting (et pas seulement académique ou universitaire) trouve sa place dans l'univers du Cloud Computing. Que "l'écriture dans le ciel" rivalise de présence avec "l'informatique en nuage." Attendons nous sinon, à de très fortes précipitations dans la manière dont nous y prêterons (notre) attention, dans la manière dont cela modèlera toute une économie de l'attention.

// Temps de rédaction de ce billet : 45 minutes //

Top 50.

Le nouveau classement Wikio d'Octobre est sorti. Paris-MatchBlog fait sa une sur "Affordance : la fin d'une suprématie", France SoirBlog préfère pointer les causes structurelles du phénomène en mettant à la Une "La crise des subprimes backlinks." De son côté, Closer Blog préfère jouer la carte trash, jugez-vous même : "Le professseur Aixtal : les mains dans le classement, la tête dans la pastis." Bref, voilà donc 8 mois qu'Affordance occupait la tête du classement "Science" (en fait depuis la création du classement Science). Imaginez un peu : 8 mois, 32 semaines. Même Lou Bega, recordman historique du Top 50 avec son Mambo n°5 n'avait pas fait mieux, se contentant de 20 semaines de présence en tête des ventes (je le sais, j'ai vérifié). Et soudain c'est le drame. Depuis le classement d'Octobre 2008, Affordance est numéro 2. Ce qui est naturellement impensable. Je ne conçois pas l'activité scientifique en dehors d'une surexposition médiatique constante et d'une compétition acharnée dans la course à l'info. Le résultat donc, c'est qu'Affordance ne pouvant dignement se contenter d'un poulidorisme bloguesque va entamer sa mue et changer de thématique afin de conquérir une nouvelle première place : celle des blogs de mytiliculture. La rubrique devrait être inaugurée le mois prochain dans Wikio. Amis mytiliculteurs, tous à vos blogs et que le meilleur gagne.

<Blague à part> Jean Véronis a fait un gros boulot de mise à plat de l'algorithmie Wikio. La blogosphère entière bruisse encore des débats agitant les principes de ladite mise à plat. Le mieux est donc encore de se reporter directement à ses billets (1 et 2). Sur le fond, je regrette et déplore depuis déjà longtemps (voir ici, ou ) que les rétroliens qui constituèrent une vraie révolution dans l'écologie de l'hypertexte "grand public" soient aujourd'hui quasiment tombés en désuétude. La faute aux spammeurs bien sûr, mais aussi (et peut-être surtout) aux plateformes de blogs (dont celle qui m'héberge) qui ont rendu cette pratique concrètement inexploitable en bloquant et en compliquant à l'extrême jusqu'à leur possibilité d'existence. Bref, il serait appréciable de remettre au goût du jour cette pratique de trackback équitable. </blague à part>

God Save the Cloud (computing)

Quelques ressources et réflexions en vrac à propos d'informatique dans les nuages (Cloud Computing).

  • ReadWriteWeb nous offre un billet sur les 5 tendances (trends) du Cloud Computing : (1) des serveurs "blades", en français "lames" (c'est à dire des serveurs dont a été viré tout ce qui est "inutile", afin d'optimiser leur puissance ... si vous avez une traduction française du terme ... je prends :-), (2) une fonctionnement plus écologique (le cloud computing et ses immenses "fermes "de serveurs et autres Data Centers sont très gourmands en énergie ... premier concerné et premier à réagir : Google), (3) Virtualisation (au sens informatique du terme), (4) passage à l'échelle (pour gérer l'inflation des données portées en ligne ... ils 'agit de pouvoir gérer plusieurs péta-octets de données), (5) équipement Linux comme couche de base (aujourd'hui et d'après l'étude citée, un serveur sur 5 tournerait sous Linux)
  • Le Guardian rappelle le point de vue de Richard Stallman sur le sujet, qui est pour le moins sans ambiguité. "C'est pire que de la stupidité", pointant le risque énorme qu'il y a à confier systématiquement nos données à des systèmes qui - même s'ils sont "ouverts" en consultation et en dépôt - restent, par nature, propriétaires. Stupide donc, ET dangereux. A croiser avec le billet "Démocratisation des données" d'Hal Varian (économiste en chef chez Google), qui est un plaidoyer pour que les entreprises (spécialement les petites et moyennes), usent et abusent de la délagation de services que rend possible Google. A terme, c'est un vrai risque de dépendance informationnelle qui se profile.
  • Le prochain OS de Microsoft pourrait s'appeler "Windows Cloud". C'est en tout cas ce que confie Steve Ballmer au Register : "We’re not driving an agenda towards being service providers but we’ve gotta build a service that is Windows in the cloud". Une manière désormais stratégiquement incontournable pour Microsoft d'achever sa mue vers un OS au moins autant en ligne que sur des machines locales. Plus précisément, ce sont deux logiques convergentes parce que diamétralement opposées qui se dessinent chez les deux géants Google et Microsoft. Google offre "naturellement" la totalité de sa gamme applicative en ligne, avec la possibilité d'une synchronisation (Gears) laissant encore possible la survivance de comportements et de consultations dé-connectées. Microsoft offre tout aussi "naturellement" une gamme logicielle "locale" avec la possibilité d'une équivalence partielle en ligne afin de cannibaliser les comportements et les consultations connectées. C'est l'idée d'un "light editing" permettant d'éditer dans des applications en ligne tout ou partie d'un document, l'essentiel (ou le reste) du document, restant édité localement. Conclusion ? Ca vaudrait peut-être le coup que la bande à Roger se remette au travail sur ces sujets, pour nous aider à penser la granularité documentaire dans une globalité réticulée d'instanciations et de comportements dont elle est désormais indissociable.
  • Précipitez-vous sur la dernière conférence d'Hervé Le Crosnier à l'EBSI. Vous en sortirez plus intelligent et surtout vous contribuerez à faire exploser les serveurs de l'EBSI, ce qui permettra à un passionnant débat de rebondir, débat que l'on peut résumer comme suit : les institutions doivent-elles céder à l'extraordinaire facilité du "Cloud Computing par délégation", si non, de quels autres choix disposent-elles, et si oui, quel est le risque ? Cette question apparaît effectivement centrale : l'informatique distribuée permet aujourd'hui (et ça ne va pas s'arranger demain), d'institutionnaliser la notion de "délégation de services (informatiques)". Rappelons que nombre d'institutions publiques (mais on pourrait faire la même analyse pour le secteur privé) se sont déjà engagées sur une pente glissante en confiant leurs contenus à des prestataires externes, et en se coupant - in fine - d'une grande partie de leur public (l'exemple le plus frappant me semble être celui de Google Books). Si en plus des contenus, elles externalisent durablement (l'externalisation durable et persistante étant le principe au coeur de la délégation de service qu'autorise l'informatique distribuée), si, disais-je, elles externalisent également leurs services ... elles ne devront pas s'étonner de se trouver un beau jour sans public, et donc sans légitimité, sans raison d'être. Une question qui est d'autant plus d'actualité que les grands acteurs du cloud computing (Google et Microsoft) entrent chaque jour un peu plus dans l'université, dans l'institution (la preuve sous les deux liens précédents).
  • Voir également sur le sujet du Cloud Computing en général, un (déjà ancien) billet de Louis Naugès, qui fixe bien le problème et les enjeux du Cloud Computing. Sans oublier, bien sûr, l'article "fondateur" d'Hervé Le Crosnier.

Le petit lien du Week-End

Un petit lien qui ne sert à rien (mais c'est pas grave, c'est le principe).
Une jolie représentation interactive fractale en 3D.

On a perdu la 71ème section !!

Dans la suite logique de mon avant dernier billet (mais cela m'avait échappé), l'AERES a publié en Juillet 2008, LA liste des revues scientifiques du domaine des sciences humaines et sociales. Oui mais voilà : des Sciences de l'information et de la communication (alias la 71ème section) ... nulle trace !!! Donc de deux choses l'une : soit les sciences de l'information et de la communication ne font pas (plus ?) partie des sciences humaines et sociales (auquel cas il faudrait nous en avertir et nous expliquer pourquoi ...), soit ben ... soit c'est un oubli et c'est pas très sérieux ...
En attendant on pourra toujours se replier sur la liste (très franco-française, très restreinte et sans distinction de rang) du site du CNU. A moins que l'on n'apprenne dans un prochain rapport de l'AERES que le CNU de la 71ème section a été dissous.

<Update du soir> Vérification faite, la 71ème section n'est pas la seule manquante. Et concernant celles (les sections scientifiques) qui y sont représentées, on observe également des modalités d'évaluation différentes. Essayons d'y voir plus clair parmi ces modalités d'évaluation des chercheurs en sciences humaines et sociales ... En gris dans ce billet, un petit bonus sur ce que la constitution des modes d'évaluation d'une discipline nous apprennent ... de la discipline elle-même :-)

Droit : Pas encore de liste. comme l'explique justement le préambule de l'AERES, le droit est une discipline particulière. Donc pas de liste de revues, mais l'appel à constituer une liste de revues choisies par des "experts" (lesquels ? En provenance des CNU ?) en fonction des critères suivants :

  • La "gouvernance" éditoriale de la revue (critère 1) = 5 points répartis comme suit : Existence d’un comité de lecture [2 points], Composition du comité de lecture [1 point], Procédure de sélection des articles [0, 1 ou 2 points]
  • Diffusion et visibilité de la revue (critère 2) = 3 points (il s’agit d’un plafond) ; il faut satisfaire trois des cinq critères suivants : L’ancienneté de la revue, Diffusion sur Internet, Régularité éditoriale, Constance du niveau scientifique moyen, Présence de contributions et/ou de résumés en (au moins) une langue étrangère
  • La qualité scientifique de la publication (critère 3) = 12 points répartis comme suit :
  • L’originalité scientifique (il faut satisfaire deux des trois sous-critères suivant) : Valeur ajoutée scientifique (0, 3 ou 6 points), Transversalité (1 point), Diversité bibliographique / innovation méthodologique (1 point)
  • Le degré d’approfondissement scientifique (0, 2 ou 5 points)

Et voilà. Quelques additions plus tard on obtiendra : Une classification en trois groupes : A (supérieur à 15 points), B (entre 7 et 14 points), C (inférieur à 7 points). Moralité : c'est pas les qualifications pour le championnat du monde de la déconne. C'est du DROIT. Carré. Mathématique. Force critère fait loi.

Sciences politiques : La liste des revues est constituée.
Par qui l'a-t-elle été ? Par "2 représentants de l’Aeres ; 2 représentants du CNU section 04 ; 2 représentants de la section 40 du Comité national du CNRS ; 2 représentant de l’AFSP ; 2 présidents de comités de visite Aeres." Et d'ajouter : "Les principales institutions et associations disciplinaires ont donc été parties prenantes de l’élaboration du classement." Moralité : on décide en haut mais comme on vous dit qu'on a consulté des gens représentatifs, ben ... vous avez rien à dire. Sciences "politiques" donc :-)

Côté psycho : la liste est également constituée. La psychologie fait partie des champs les plus "avancés" dans le domaine de l'évaluation. Elle est également très gâtée par la profusion des revues relevant de son champ ... Comment l'a-t-telle été ? "La commission conjointe AERES/CNRS/CNU (...), en présence du représentant de l’AERES, a établi une première classification des revues de psychologie. Son travail avait pour objectif de proposer aux comités d’évaluation de l’AERES, aux responsables des unités de recherche (UMR et EA) et à la communauté des enseignants-chercheurs et chercheurs en psychologie un outil commun d’évaluation et d’auto-évaluation des publications sous forme d’articles scientifiques." Moralité : en psycho, on est psychologue. Des grands pontes se réunissent, décident, ET (c'est là qu'on voit la psychologie ...) proposent leur décision aux moins grands pontes et aux enseignants-chercheurs lambda en incluant les notions eminemment psychologiques "d'outil commun" et "d'auto-évaluation" pour laisser à ces derniers (les enseignants-chercheurs lambda) l'impression qu'ils gardent un peu la main sur leur avenir. L'important c'est d'y croire.

Economie / Gestion : la liste est constituée. Et qui c'est-y qui l'a constituée ? "La liste (...) est, après concertation avec plusieurs instances, celle proposée par le comité national de la recherche scientifique (section 37)." Moralité : ben ... c'est de l'économie ... on va pas non plus perdre du temps (donc de l'argent) à consulter des gens et à leur demander leur avis. Y'a des instances de régulation (la section 37 du CNRS), et elles font leur boulot (sinon on les vire).

Sociologie / Démographie : la liste est constituée. Comment et par qui ? "La liste de revues de sociologie a été établie avec le concours d’une vingtaine d’experts qui ont travaillé plusieurs mois (un sociologue qui dit ou écrit un truc sans avoir travaillé plusieurs mois est un démographe), en prenant pour point de départ le travail initial réalisé par le CNRS en 2004. Au terme de ces échanges une réunion a rassemblé quelques experts, le président de la section 19 du CNU (un sociologue respecte la pyramide des âges et des pouvoirs ainsi que le cercle vertueux des réunions qui concluent des échanges lesquels préfigurent eux-même souvent la nécessité de la tenue de réunions qui ...), les représentants de la direction SHS du CNRS qui avaient de leur côté procédé à un travail similaire et les représentants de l’AERES. (un sociologue aime bien laisser les gens travailler pour ensuite leur faire valider son travail à lui)"

Sciences de l'éducation : y'a une liste constituée ... mais y'a aussi surtout l'indication que la constitution de cette liste s'est faite dans la douleur et sans l'assentiment des parties prenantes (sauf l'AERES). C'est en tout cas ce que veut dire la "Déclaration commune Présidents des Comités de visite AERES et de la Présidence et Vice-Présidence du CNU (Sciences de l’Education 70e section)" Moralité : les sciences de l'éducation sont fans du méta-discours. Mais au moins leur CNU dit qu'il n'est pas d'accord et qu'il y a déjà des listes de revues qui sont constituées, et que de toute façon c'est tout pourri ce truc d'évaluation parce qu'on voit bien que c'est les individus qu'on évaluera au final et pas simplement les "structures" comme le dit l'AERES. Bref, le CNU de 70ème section dit des (méta)trucs. Ca changera rien au résultat, mais au moins il l'aura dit.

Philosophie, Histoire des sciences : la liste est constituée. Et là, là ... là on sent bien que les philosophes et autres épistémologues sont des gens craints par les instances décisionnaires de l'AERES. En effet, autant le texte explicitant les critères et les modes de choix pour les autres disciplines (cf les petits extraits ci-dessus) ne s'embarassait pas de trop grandes précautions oratoires, autant celui destiné aux philosophes et épistémologues est à hurler de rire tellement chaque argument avancé est aussitôt suivi d'une atténuation visant à en restreindre toute la portée effective. Jugez-vous même : "Il s’agissait, de façon toute provisoire, d’établir un outil destiné aux comités d’évaluation de l’AERES (...)", " Il s’agissait également de reprendre les listes ERIH, déjà utilisées par certains évaluateurs, et fréquemment contestées ( ...)", "Les représentants de l’AERES sont conscients des difficultés et objections (...)", et encore "Cette liste est donc publiée à titre d’essai, et munie d’un certain nombre de précautions d’usage" ... Je m'arrête là ... mais vous aurez compris la moralité : "Faut pas faire chier les philosophes, ni les épistémologues. Ils seraient capables de nous mettre le cochon de la discorde dans le maïs de l'évaluation."

Pour les disciplines ci-dessous : Rien de rien ... ni sur le pourquoi du choix des revues. Ni sur ceux qui les ont choisies.

Restent donc les disciplines dont l'AERES n'a apparemment pas eu le temps de s'occuper ...

  • Sciences et techniques des activités physiques et sportives (la gym quoi). Rien de rien. Le peu que je connais de ce champ me laisse croire que ses chercheurs publient généralement dans des revues relevant des sciences de l'éducation ou de la sociologie (du sport). Ceci étant, la section 74 n'apparaît pas, en l'état, comme évaluable. Donc évacuable ?
  • Langues et cultures régionales (section 73). Pas évaluable ... donc évacuable ?
  • Arts : plastiques, du spectacle, musique, musicologie, esthétique,       sciences de l'art (section 18). Pas évaluable ... donc évacuable ?
  • Littératures (ancienne, comparée, slave, balte, romane, anglaise ... sections 8 à 15) : Pas évaluables ... donc évacuables ?

Et restent enfin deux cas particuliers dont on appréciera le rapprochement à sa juste valeur :

  • celui de la Théologie et Sciences religieuses (sic). Pas de liste (enfin si mais à partir d'autres listes d'autres champs ...). Pas de page. Moralité : Dieu est mort.  :-)))))))))
  • celui de mes chères SIC (sciences de l'info et de la comm). Comme pour la Théologie, la page est créée (Dieu créa la page ...) mais elle est vide. Donc c'est (peut-être) prévu. Mais c'est surtout pas fait.

Moralité ??

Post-scriptum : Si vous êtes perdus dans les sections, reportez-vous ici. Pour les collègues qui se réveilleraient soudainement, l'application de ces principes est effective à l'entrée dans votre quadriennal. Pour être considéré comme publiant, vous devez avoir 2 publi en 4 ans si vous êtes enseignant-chercheur, ou et 4 publis en 4 ans si vous n'êtes que chercheur (dans des revues de rang variables selon votre discipline).

</Update du soir>

</Update de quelques jours plus tard> En ben voilà ... ça n'aura pas trop tardé ... "Pour le retrait complet et définitif de la liste des revues de l'AERES". Fermez le ban. Pour ceux que cela intéresse : OUI j'ai signé la pétition. Et pourtant OUI je suis pour l'évaluation, OUI je considère que c'est un minimum de pouvoir disposer, champ par champ, d'une liste de revues françaises ET internationales classées par rang. Et OUI je considère qu'établir ces listes de revues à la va-comme-je-te-pousse, sans concertation, tantôt en consultant les CNU, tantôt sans les consulter, tantôt en consultant d'autres instances, tantôt sans consulter personne ou presque, avec une méthodologie plus qu'approximative et différente dans chaque champ, OUI je considère que les éléments rappelés ci-avant sont autant de raisons suffisantes pour signer ladite pétition</Update>

(Temps de rédaction de ce billet (incluant l'update) : 3 heures)

La polygamie est génétique.

"The spitoon". Littéralement "le crachoir" est une lecture très instructive. Il s'agit du blog "corporate" de la société "23andMe", dont je vous ai souvent parlé, et qui est spécialisée dans le séquençage du génome pour les particuliers. Pourquoi une lecture instructive ? Parce que l'un de leurs derniers billets est tout simplement intitulé : "Empreintes génétiques de la polygamie". Et ben oui. Vous ne le saviez pas, mais la polygamie est génétique. L'argumentaire est exactement le même que celui de Sergei Brin annonçant l'autre jour sa maladie de Parkinson : on prend un article ou une étude scientifique sérieuse. Et on extrapole. De chaque hypothèse, on fait une certitude. L'article scientifique n'indique évidemment jamais que la polygamie est génétique. Il démontre même l'inverse. Il étudie le polymorphisme du chromosome X est propose la polygénie dans certaines populations et certaines cultures comme  une hypothèse expliquant certaines de ces variations de forme. Une fois cela mouliné dans la machine à décérébrer biotech le billet du crachoir, cela devient : "il y a un gène de la polygamie", sous-entendu : contactez-nous et nous vous dirons si vous l'avez ou non. Naturellement, 23andMe ne propose pas à la fin de son billet de faire votre profil génétique de polygame. Tout simplement parce qu'ils en sont incapables, et surtout parce que cela est impossible. Mais l'essentiel (pour eux) est fait : après lecture de leur billet, sans bien sûr prendre le temps d 'aller lire l'article scientifique mentionné, vous aurez intégré le fait "qu'un article scientifique établit une origine génétique de la polygamie". Votre conscience vous titillera un peu moins la prochaine fois que l'homme marié que vous êtes reluquera en plein rue une blonde acidulée au décolleté plongeant ("mince, revoilà mon gène de polygame qui se manifeste"), et surtout, surtout, vous serez devenu un énième client pour l'essor de ces sociétés biotech.

Le plus dangereux dans tout cela ? La banalisation de ce genre de discours. Souvenez-vous de ces chefs d'état affirmant leur "croyance" dans l'origine génétique de la pédophilie. Et maintenant fermez les yeux et imaginez ... imaginez qu'un chef d'état soit l'ami d'un capitaine d'industrie (exemple). Imaginez que ce capitaine d'industrie soit le mari (et le principal financeur) de la gérante d'une société biotech de séquençage personnalisé du génôme (exemple). Imaginez enfin que l'on puisse vivre dans une société dont le ministre de l'immigration veut instaurer des test ADN pour les immigrés (exemple). Et maintenant ... je vous laisse imaginer la suite.

(Temps de rédaction de ce billet : 1h30)

Je mesure donc je publie ...

Publish or perish. On parle beaucoup ces derniers temps de scientométrie et d'évaluation de la recherche.
Concernant la réforme des universités tout d'abord. Le dernier rapport de l'AERES met les labos de recherche des universités en ébullition : chacun compte ses publis et les publis de ses collègues et autant vous dire que si l'effet recherché par cette grille de lecture était de déclencher une saine émulation, c'est parfaitement raté ...
Même au CNRS (où les gens ont le temps de publier ... ce qui est hélas de moins en moins le cas à l'université, tâches administratives et d'enseignement obligent), l'heure est à la fronde. Voilà pour l'agitation "politique" autour de l'évaluation. Côté scientifique, plusieurs articles et rapports permettent d'avoir une vue plus claire de la situation :

  • "The first mover advantage in scientific publication", publié au début du mois sur ArXiv, montre que quel que soit le champ scientifique concerné, les modèles mathématiques sous-jacents à l'évaluation du facteur d'impact offrent une très nette prime au premier entrant. Un article publié au début d'une thématique scientifique recevra, de toute façon, un nombre significativement plus élevé de citations que les autres. Prime à l'antériorité donc, qui n'est pas nécessairement synonyme de qualité.
  • "Characteristics of Open Access Web Citation Network: A Multidisciplinary Study, presented at COLLNET 2008 (Berlin, July 28-August 1, 2008)"(.pdf) s'intéresse à la manière dont sont cités les publications des journaux en Open Access. Voir le compte rendu de Gabriel sur Urfist Info.
  • La VRS (Vie de la recherche scientifique) publie un numéro dont le dossier central est consacré aux questions d'évaluation : n⁰374 (.pdf). Voir aussi le compte-rendu qu'en fait l'un des auteurs sur son blog.
  • Un numéro entier de la revue Ethics in Science and Environmental Politics est là encore consacré à l'évaluation et aux indicateurs. L'ensemble des articles de ce numéro sont disponibles en accès libre. J'en retiens principalement 3. Primo : "Challenges for scientometric indicators: data demining, knowledge flows measurements and diversity issues" (.pdf) qui plaide pour un "déminage" des données bibliométriques (jolie référence au "data mining") et une ouverture à de nouveaux indicateurs rendant compte de la dynamique actuelle et des nouveaux modes de publications. Deuxio : "Google Scholar as a new source for citation analysis" (.pdf) qui montre la relative priximité des métriques issues de l'ISI (facteur d'impact) et le service offert par Google Scholar (en écho, on pourra relire mes propres considérations sur le sujet). Tertio : "Validating research performance metrics against peer rankings" (.pdf), de Stevan Harnad. Il y revient sur les "promising new online
    metrics such as download counts, hub/authority scores and growth/decay chronometrics" et revient sur l'opportunité offerte par le "UK Research Assessment Exercise 2008" (évaluation nationale de la recherche au Royaume-Uni), programme dans lequel "a full spectrum of metrics can be jointly tested, field by field, against peer rankings."

Et puis si vous n'avez pas le temps pour toutes ces lectures, alors n'en faites qu'une seule : "Du mauvais usage de faux-indicateurs" (.pdf) : une note de recherche passionnante de Yves Gingras dont je vous livre quelques extraits de la conclusion :
Biblio
Et plus loin :
Biblio2

(Temps de rédaction de ce billet : 1h15)

Recherche vers le futur ...

A l'occasion de ses 10 ans, Google met en place un petit outil qui vous permet de fouiller le web ... d'il y a dix ans. L'occasion d'un petit exercice d'ego-surfing toujours instructif.
==> 6 résultat en 2001 (dont certains assez croustillants ...)
Egosurf
==> 11 500 résultats en 2008 (dont certains toujours aussi croustillants mais très très très loin dans les pages de résultats)
Egosurf1

Au final un petit gadget sympathique mais qui est également la meilleure preuve que "Tout ce vous avez dit ou écrit sur Internet durant les 35 dernières années pourra être utilisé contre vous."

(Via Zorgloob)