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« mai 2008 | Accueil | juillet 2008 »

Internet sous contrôle

Pas le temps de faire un billet d'analyse de tout le remue-ménage en cours actuellement autour de la mise sous contrôle de l'Internet projet de loi Hadopi, "création et Internet") et de l'application des préconisations du rapport Olivennes. Juste vous signaler : 

Et un petit dernier pour la route et pour les gens pressés : le point de vue de JB Souffron dans le contre-journal, ou encore celui de Philippe Astor sur ZDNet.


Information. Science. Science de l'information

"Société de l'information", "économie de la connaissance". Deux expressions qui à force d'évidence se sont banalisées, seraient presque devenues la maronnier de la presse scientifique. Et pourtant ... Alors qu'en France la création du tout récent "Institut des sciences de la communication" intègre des problématiques et des axes de recherche liés aux sciences de l'information sans pourtant en compléter sa dénomination, alors qu'en France toujours, un récent "édito" de la SFSIC (société savante des sciences de l'information et de la communication) semblait découvrir à l'occasion de la tenue de son dernier congrès, que les thèmes liés aux sciences de l'information constituaient des axes de recherche de plus en plus représentés lors des communications, alors qu'en France toujours, les sciences de l'information constituent (avec la biologie) la dernière patate chaude du CNRS dont on ne sait pas très bien quoi faire ni où les caser ...
Ailleurs, dans des pays sous-développés tels que les Etats-Unis ou le Canada (pour ne citer qu'eux ...), ailleurs LA science de l'information occupe une place centrale. L'information est une science constituée, au même titre que la médecine, le droit, l'histoire, la physique. Une science constituée et nommée comme telle. Il arrive souvent dans l'histoire des sciences, que celles-ci se retrouvent littéralement submergées devant l'ampleur de l'émergence de leurs objets d'étude, devant l'ampleur du terrain théorique et expérimental à déchiffrer, à analyser, devant l'ampleur des usages à disséquer. Google, Wikipédia, les pratiques éditoriales numériques et tant d'autres sont ces objets de recherche en pleine émergence. La plupart des revues majeures anglophones leurs consacrent régulièrement des articles, et ce depuis déjà de nombreuses années. En France, cet intérêt reste, en terme de traitement éditorial comme en terme de recherche "pure", très marginal. Il serait grand temps que l'on se saisisse de ce champ de recherche, que l'on affirme la spécificité des objets qui le constituent (laquelle spécificité n'interdit naturellement pas la mise en oeuvre d'études "trans" ou "inter"disciplinaires), qu'on lui donne tout simplement la place qu'il doit avoir aux côté des autres matières nobles du panoptique scientifique, sans éternellement le réduire à une branche de la communication, sans éternellement l'envisager du seul côté des "techniques" de l'information.

Allô Google bobo

Ou quand et comment les moteurs seront médecins ...
Rappel des faits :

Et maintenant, cinquième épisode.

Moteurs bipolaires : après Microsoft Healthvault, voici venue Google Health.
Après divers atermoiements, Google Health est désormais opérationnel, et en ligne (uniquement réservé aux résidents américains pour l'instant). L'annonce officielle sur le blog de Google date du 19 Mai, et c'est Marissa Mayer (en charge du projet depuis le départ d'Adam Bosworth) qui rédige le billet de lancement (lequel billet ne nous apprend rien, à part que Google fait cela pour notre bien).
Quand on regarde la "privacy policy" du service, on tombe sur une page "a minima", parfaitement semblable à celle des autres services Google. Bien plus intéressante et la page concernant les sites tiers associés à Google Health ou souhaitant développer des services via l'API mise à disposition par Google Health (c'est à dire par exemple les compagnies d'assurance, les pharmacies, les médecins exerçant en libéral, les hopitaux et cliniques, sans oublier naturellement ... les laboratoires pharmaceutiques). A titre d'exemple, la page présentant les partenaires (sites tiers) actuels de Google Health en compte 8 dont : 4 super-pharmacies en ligne, 1 supermarché du diagnostic, et 3 cliniques - dont celle de Cleveland qui servit à la phase de test du service Google Health (cf épisode 4). Mais revenons à la page "privacy policy" des sites tiers. La première chose qui frappe est le nombre d'occurences de "l'explicit opt-in" demandé à l'usager. L'usager doit donc explicitement et en conscience mettre en ligne ses données médicales. Rappelons que pour Google et les services qu'il développe, la règle de l'Opt-in est loin d'être le socle de la culture de l'entreprise. L'essentiel des autres services tient grâce à l'opt-out (Opt-out = je prends, collecte et indexe tout, et si ovus ne voulez pas y être, vous nous le signalez).

Opt-in explicite donc pour les services des sites tiers associés à Google Health. Faut-il s'en satisfaire ? Oui. Est-ce une garantie suffisante ? Non. Le secret réside dans la manière dont sera présenté l'interfaçage de cet opt-in explicite aux usagers desdits services. En effet, quand vous installez un logiciel, on vous demande habituellement aussi votre opt-in explicite : il s'agit de lire à l'écran les 1227 pages défilantes de la licence dudit logiciel. En règle générale, on fait défiler sans lire et on coche la case "OK j'ai bien lu et je suis d'accord". Fin de l'opt-in explicite. Je prends les paris que les usagers de sites à vocation médicale ne liront pas plus attentivement les conditions d'utilisation du service qu'ils ne le font pour les autres sites ou logiciels qu'ils installent et utilisent. L'opt-in explicite est une chose, le consentement éclairé en est une autre ...
Quelles sont les autres obligations pour les sites tiers ?

  • "Autoriser les utilisateurs à détruire de manière permanent leurs données stockées sur votre service ; une sauvegarde peut être effectuée pendant une courte période ("backup copies may exist for a short time"). Vous apprécierez l'exactitude temporelle de la "courte période" ...
  • "obtenir le consentement ("opt-in consent") de l'utilisateur si des données personnelles de santé sont utilisées pour de la publicitée ciblée". Petit exemple (c'est moi qui parle) : vous êtes atteint d'un cancer, vous êtes inscrits sur Google Health, votre pharmacien et les laboratoires avec lesquels il travaille sont eux aussi inscrits comme sites tiers. Ils vous proposent de donner votre consentement pour être tenu au courant des dernières avancées dans le traitement du cancer dont vous souffrez (et vous balancer au passage de la publicité ciblée pour traiter - par exemple - la dépression) : allez-vous refuser cette offre ? Non. Clairement non. Là encore donc, dans le contexte de la collecte de données médicales privées, et compte-tenu des affects entrant en compte, la règle de l'opt-in ne constitue en rien une sécurité suffisante.

Et puis comme Google est gentil, il interdit formellement aux sites tiers "d'employer des stratégies publicitaires agressives telles que les pop-up". Nous voilà rassurés. Autre obligation (conforme aux pratiques de la firme), toute "offre promotionnelle" (promotional notices) devra être labellisée comme telle (c'est à dire être indiquée comme un "lien sponsorisé").

Push & pull Medicine.

L'intérêt (et le danger potentiel) de ces services (Google Health et MS Healthvault) c'est qu'ils ont vocation à fonctionner aussi bien en mode pull (je fais remonter mes données) qu'en mode push (je les renvoie vers d'autres services). Un point sur lequel revient en détail le journal Health Management Technology : "users can pull their medication prescription records from large retail pharmacies, as well as structured medical data from EMRs, store it in their Google Health profiles and, when needed, push the data to new pharmacies or hospitals." Si l'on raisonne, comme le fait l'article cité, en termes "d'utilisabilité", l'utilisateur est effectivement gagnant. Mais si l'on se place du point de vue de l'écosystème ainsi constitué, une même société "mère", est à la fois le régulateur, l'hébergeur, et le provider (fournisseur) de ces enregistrements médicaux personnels. Pour prendre une analogie facile, l'équivalent est notre actuel système bancaire : votre salaire est directement perçu par votre banque, qui l'héberge (en prospérant dessus), qui le redistribue à des sites tiers quand vous le dépensez, et qui vous "facture" toute une série de services sur la base de cet hébergement et de cette régulation-redistribution. En filant la métaphore, la publicité ciblée sur des contenus médicaux, c'est un peu l'équivalent des "aggios" et autres "autorisations de découvert" : on vous la présente comme un service, comme une "facilité" sans vous dire que c'est naturellement là où les marges de rentabilité sont les plus importantes pour l'organisme régulateur. Bref, si vous aimez votre banquier, vous adorerez Google Health. D'autant que de la même manière que votre banquier est capable de vous localiser et de vous laisser un message personnalisé dès que vous dépassez votre découvert autorisé, Google Health prévoit aussi de vous alerter par SMS pour vous rappeler de prendre votre pilule bleue (ou rouge).

Le meilleur ami de l'hypocondriaque compulsif.

Plus basique (en apparence) et dépouillé que son rival Healthvault, Google Health vous propose par défaut 4 possibilités :

  • la quatrième : trouver un docteur (classé par ville, par spécialité ...). Notez pour l'instant que cette possibilité vient en dernier ... nous y reviendrons plus tard ...
  • la troisième : trouver des services de santé (ami hypocondriaque bienvenue : les services en question te permettront de tester ton rythme cardiaque - et de te découvrir une légère arythmie - de tester ta résistance à l'effort - et de commencer à t'inquiéter pour ta retraite - , de calculer ton risque d'infarctus - et de contacter dans la foulée une société d'assurance-vie -, de te créer un pillulier électronique - un "e-pillulier" - et autres indispensables joyeusetés ...)
  • la seconde : importer ses données médicales. Le centre névralgique du système
  • la première : permet d'ajouter instantanément à son profil l'ensemble des maladies, symptômes et allergies connues de la planète, ainsi que l'ensemble des examens, médicaments et vaccins répertoriés. Il ne m'a pas fallu plus de 17 secondes pour ajouter à mon profil des "crampes abdominales" que je traite avec de l'Actigall (par voie orale), une allergie au beurre, et pour envisager une échographie pelvienne ainsi qu'une biopsie nerveuse et un bon vieil électrocardiogramme des familles, et comme il me restait encore un peu de temps j'en ai profité pour demander une sérologie aux IG-E positifs allô docteur Carter, il fibrille.

Bref vous l'aurez compris, étant donné que nous sommes tous (et certains plus que d'autres) des hypocondriaques en puissance, ce nouveau pan-catalogue de la chaîne médicale s'avérera aussi jouissif que dangereux. D'autant que ledit pan-catalogue est "drôlement bien fait" diront les optimistes, "drôlement incitatif" serais-je tenté de rajouter ... Prenons un exemple parmi d'autres : les crampes abdominales. Quand vous les ajoutez à votre profil, vous pouvez accéder à une page décrivant :

  • les symptômes
  • le traitement
  • les causes
  • les examens et tests permettant d'établir un diagnostic (lesquels tests et examens vous pouvez directement ajouter à votre profil pour les demander à votre médecin ... ou changer de médecin si le vôtre ne veut pas vous les prescrire ... ou changer de médecin ET de compagnie d'assurance si la vôtre ne les prend pas en charge ... etc, etc ...)
  • les moyens de prévention
  • les complications à prévoir (sic)
  • et, dernier de la liste ..."quand contacter un docteur". Ben oui, cela vient en dernier, vu que c'est pas précisément l'objectif du système, vous l'aurez compris (cf supra). On n'est jamais aussi bien soigné que par soi-même. En revanche, sur la base de la liste des examens, pathologies et autres symptômes et traitements que vous aurez ajoutés à votre profil, nombreux sont les docteurs (travaillant pour des compagnies d'assurance ou des laboratoires pharmaceutiques) qui vous contacteront. Push & Pull vous disais-je.

Dans le même temps, pour les mêmes crampes abdominales mais cette fois sur la partie droite de la page, vous accéderez à une sélection des actualités (Google News) sur le sujet, ainsi qu'à des articles et ouvrages (Google Scholar) sur la question. Et pour en débattre avec d'autres patients, on vous ajoute gratia pro deo, quelques liens vers des groupes de discussion sur le sujet (Google Groups).
Si j'abandonne pour un temps l'ironie, j'avoue que, malheureusement, ce genre d'écosystème médical sera perçu par beaucoup comme parfaitement bienvenu au regard de la manière catastrophique dont est de plus en plus souvent effectuée la prise en charge des patients en matière d'information et de suivi médical "éclairé".
Le risque de tout cela (sans même parler des dérives marchandes et consuméristes), c'est de s'enfermer das une logique de la médecine personnalisée risquant à terme de se substituer à l'autorité de la médecine "générale" et/ou "spécialisée. Permettez-moi une rapide caricature à vocation illustrative : la médecine personnalisée c'est exactement comme la justice personnalisée. Se faire médecine soi-même ou se faire justice soi-même. Si on touche à un cheveu de mes enfants, je sors mon lance-flamme pour ensuite éplucher les restes de l'agresseur à l'opinel. S'il y a une justice, c'est précisément pour éviter au pathos et à l'affect de rendre "leur" justice. Fin de la caricature. S'il y a une médecine "générale", c'est pour éviter que l'administration de soins et de traitements ne soit soumise qu'à la seule appréciation de celui qui les réclame.
Car oui, le plus gros problème que posent ces sites est bien celui de la crise de la notion d'autorité au profit de la notion de crédibilité. Si je suis médecin, j'ai l'autorité pour délivrer tel médicament ou pour établir tel diagnostic. Si je suis patient dans Google Health, je dispose d'une masse d'éléments crédibles (et faisant parfois autorité comme les articles de Medline se retrouvant "encapsulés" via le service Google Scholar) m'incitant à revêtir les habits d'une autorité médicale que je ne serai pourtant jamais, et ce indépendamment de ma bonne foi, de ma bonne volonté, et de l'objectivité voulue de ma lecture (de cette masse d'éléments crédibles). Si cette question de l'autorité est si essentielle, c'est parce qu'elle est elle-même l'horizon d'une autre question essentielle : celle de l'arbitrage. Ici comme ailleurs, en médecine comme en justice ou en éducation, il faut rendre des arbitrages, c'est à dire faire le choix d'investir (ou pas) dans telle (ou telle) direction pour telle (ou telle) raison. L'essence même de ces arbitrages est qu'ils se doivent d'être rendus de manière (supposément) impartiale ou à tout le moins désintéressée en n'ayant pour seul objectif que le bien commun de l'humanité (ou du groupe de population directement concerné par lesdits arbitrages).

Autorité, Arbitrage, Ecosystème.

Le graphique donnant à voir l'écosystème du site Healthvault de Microsoft est très révélateur, et ce bien au-delà du côté "l'île aux enfants" de la représentation graphique elle-même (tout le monde sourit : les patients, les médecins, les hélicoptères, les boîtes de médicaments, et le coeur du système est dessiné sous les traits d'un coffre-fort ... on peut effectivement être rassuré par l'image du coffre-fort, à condition que nous soyons les seuls à en posséder le clé et la combinaison, ce qui n'est clairement pas le cas ici ...). Bref, graphique très révélateur disais-je. Tout y est relié, tout est relié au centre du système, c'est à dire les données possédées par Healthvault : donnés médicales personnelles, dossiers médicaux publics (ceux détenus par les hôpitaux), pharmacies, compagnies d'assurance, laboratoires d'analyse. Un bien bel écosystème en vérité.

D'autorités en arbitrages se construisent donc les écosystèmes économiques, financiers, informationnels, médicaux. L'écosystème qui nous est promis par Google et Microsoft est - dans le discours tout au moins - de nature profondément schizophrénique. D'un côté ces sociétés affirment leur volonté de ne rendre aucun arbitrage : "elles" n'interviennent pas, "elles" ne font que collecter et centraliser les informations, que permettre à d'autres de déployer des services applicatifs. Mais dans le même temps, "elles" sont les seules à disposer d'une vue d'ensemble du système qu'elle administrent "malgré elles", qu'elles administrent en creux, qu'elles administrent parce qu'elles sont seules à posséder et à (re)distribuer la seule pièce de l'écosystème qui ait une valeur d'échange, la seule pièce qui puisse donc faire office de "monnaie" : les données médicales. Lesquelles données sont elles-mêmes doubles : à la fois objectivées (résultats d'examens antérieurs par exemple) et parfaitement subjectivables (la liste des "maladies que l'on pense avoir" par exemple). Ce qui ne fait que doubler leur valeur symbolique d'échange. Ainsi, dès à présent pour le gouvernement de l'ensemble (gouvernement au sens de "gouvernail", "direction" dans la pensée cybernétique), tout est mis en place dans cet écosystème pour que se trouve systématiquement renforcées la valeur d'autorité des moteurs (qui fournissent le service et capitalisent la "monnaie") et leur valeur d'arbitrage. Avec le consentement libre et éclairé l'opt-in explicite du patient de l'utilisateur.

(Sources : sous les liens ... mais aussi CisMEF, Zorgloob, Hervé Le Crosnier par mail ... // Temps approximatif de rédaction de ce billet : 4 heures)

Piloter la planète

Quand j'étais plus petit, j'aimais bien les jeux de simulation de conduite. Embarquer à bord de son avion ou de son véhicule dans le cadre de paysages imaginaires. Aujourd'hui, une nouvelle fois, via Google Earth, le monde est un plateau de jeu. Il s'agit cette fois de conduire un véhicule (vous avez le choix entre une voiture, un bus, et deux camions), directement dans Google Earth.  L'expérience est assez étonnante et derrière son aspect ludique, on imagine bien toutes les applications qui pourraient en découler pour  peu que cela soit couplé à un affichage en temps réel des données de circulation (par exemple).
(Via KJB)

Une typologie de la blogosphère

Extraite de mon dernier ouvrage sur le sujet :-)
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Juste histoire de contrer la vieillerie de la semaine ;-)
A part ça toutes les explications de cette typologie (exemples à l'appui) sont naturellement détaillés dans cet excellent ouvrage :-)

Wiki d'agrégation.

Non non non. Il ne s'agit pas là d'une nouvelle dénomination technique, mais bien d'un site Wiki mis en place dans le cadre du concours de l'agrégation de lettres. L'initiative en revient au centre de recherches Hubert de Phalèse, "spécialisé" dans les liens entre littérature et informatique, avec comme objectif de "lancer un chantier collaboratif autour des programmes des agrégations de Lettres". Une initiative qui, outre son indéniable intérêt, est assez pionnière et symptomatique des bouleversements en cours en ce qu'elle concerne un domaine réservé (agrégation de lettres) d'habitude assez rétif à la chose numérique.
Bravo donc :-)

Dans le même genre, voir aussi cette révélation dans le compte-rendu Bookcamp d'Hubert : "Alexandre Gefen de Fabula évoque une autre expérimentation en cours. Celle de la nouvelle édition de Molière dans la Pléiade dont le texte sera disponible en ligne (sans annotation), mais avec tout le matériel documentaire ayant servit à faire les annotations, sous la forme d’un Wiki."

Blogs scientifiques

C'était le 11 Juin sur France Inter, dans le 7-9, une petite dizaine de minutes conscrées aux blogs scientifiques. L'émission reste écoutable par ici. Enro et Pierre Mounier y jouaient les guest-star avec talent.
L'occasion de signaler de nouveau quelques ressources utiles en la matière :

Et pour les aspirants blogueurs scientifiques :

Enfin, comme le rappelle Maxine Clarke dans son blog scientifique hébergé par la revue Nature :

  • "Les blogs (scientifiques) ont créé un espace pour que la plupart des gens puissent parler de science de manière informelle. Ils sont aussi un espace inespéré à disposition des scientifiques pour fournir des éléments contextuels sur leurs propres recherches et sur celles de leurs pairs dans le même champ scientifique."

S'il est aujourd'hui possible de modéliser assez précisément les contours de la blogosphère scientifique, c'est probablement dans cet espace ténu, dans cet "in-between", entre la revue par les pairs et l'échange entre pairs, curieux et amateurs éclairés que se tient la vraie valeur de la blogosphère scientifique. Dans un perpétuel aller-retour entre valorisation et vulgarisation.
Et pour clore ce rapide billet, deux voeux :

  • Voeu n°1 : qu'un grand media généraliste consacre un jour une émission de plus de 10 minutes au sujet (qui à dit "voeu pieu" ?)
  • Voeu n°2 : que je puisse un jour m'inspirer du titre de l'un des derniers billets de FredCavazza pour publier un billet intitulé : Enseigner, chercher, bloguer sont mes métiers ;-)

Le petit lien du Week-End

Il est parfois des images qui valent une thèse. C'est aussi pour cela que la lecture de certains blogs est si stimulante. Pour ces pensées partagées, pour ces analogies offertes, pour ces circuits métaphoriques qui donnent à penser. Merci Christian Fauré.

Dmoz a 10 ans.

Joyeux anniversaire (c'était officiellement le 5 Juin) au dernier dinosaure des annuaires web. Dmoz, alias l'Open Directory Project, est - d'une certaine manière - le pionnier du Web 2.0 actuel dans sa dimension collaborative : ce fut en effet le premier projet Internet d'envergure à reposer entièrement sur l'implication d'une équipe de bénévoles construisant ensemble de la valeur (Dmoz est encore aujourd'hui l'annuaire choisi par Google pour sa partie "annuaire"), pour le simple plaisir ... de construire ensemble de la valeur utile à tous.

C'est wikipédie qui l'est : vers une guerre de position.

La phase 5 de la bataille encyclopédique est engagée. Rappel des faits.

  • Round 1 : phase d'observation. Les grandes Dames encyclopédiques observent d'un oeil distant (et parfois sarcastique) l'essor de la toute petite Wikipédia.
  • Round 2 : l'offensive. Devant l'engouement suscité et le succès (ou la renommée) avérée de la petite encyclopédie qui monte qui monte ... les grandes Dames fourbissent leurs armes. Les arguments de bonne foi et - plus fréquemment - de mauvaise foi sur la ligne éditoriale, la fiabilité, la nature même du projet pleuvent.
  • Round 3 : la contre-offensive. C'est la fameuse querelle des anciens et des modernes avec la très sérieuse revue Nature dans le rôle d'arbitre et un opposition point à point entre la fiabilité des informations publiées dans Wikipedia et dans Britannica. Le résultat de cet arbitrage n'en a toujours pas fini d'être commenté mais il démontre que d'un strict point de vue qualitatif, les reproches adressés à Wikipedia ne tiennent pas.
  • Round 4 : l'alignement. Puisque le modèle contributif-collaboratif-ouvert mène la danse, puisque les usagers en redemandent, puisque l'encyclopédisme d'usage est entré dans les moeurs, les grandes Dames se décident à s'y mettre. De son côté, Wikipedia tire également les enseignements d'un encyclopédisme plus "traditionnel" et réfléchit sérieusement à des stabilisations ponctuelles de certains de ses articles en même temps qu'elle fait le choix du papier comme support de cette fixation (pour plus de détails, voir mon dernier billet sur le sujet).

Voilà où nous en sommes (à peu près ...) aujourd'hui. Mais il ne vous a pas échappé qu'un match ne se joue pas en 4 rounds (sauf par KO), et le cinquième s'annonce également épique. Alors que les critiques commencent à leur tour à pleuvoir sur les virage collaboratif de l'encyclopédie Larousse ( et notamment), Hubert nous apprend que Britannica se lance dans le tryptique collaboratif. Je copie-colle un extrait du billet d'Hubert :

  • "une version totalement ouverte dans sa consultation pour que les journalistes ne citent plus seulement Wikipédia, et une version qui intégrera 3 niveaux de contenus : ceux créés par les utilisateurs, par un pool d’experts et le contenu de la dernière édition de la Britannica elle-même."

Ne serait-ce ma mauvaise foi galopante, je me hasarderais à écrire que vouloir satisfaire tout le monde est parfois le plus sûr moyen de ne contenter personne. A lire l'intégralité du billet d'annonce de Britannica ainsi que l'article s'en faisant écho sur Wired, ce qui me saute aux yeux, c'est que l'argumentaire principal derrière ces mutations encyclopédiques n'est pas - ou alors à la marge - une réflexion sur la nature même du projet encyclopédique au XXIème siècle. Ce qui motive cet habillage collaboratif, le "nerf de la guerre" c'est - du côté des grandes Dames - la course à l'audimat, la course à l'attention. Derrière cette course il y a une évidence contingente : la meilleur encyclopédie du monde ne vaut rien si elle n'est pas lue. Mais à la manière des charades à tiroirs, cette contingence en cache une autre : être lu est une chose, être lu par des prescripteurs en est une autre. Or les principaux prescripteurs de l'économie de l'attention, ses principaux relais, sont aujourd'hui les journalistes et les bloggeurs. Ainsi donc derrière l'accès gratuit de Brittanica pour les "web publishers", derrière le lancement très médiatique du Larousse collaboratif, la  cible visée est transparente, évidente. Le virage collaboratif n'est au mieux qu'un habillage marketing destiné à gagner la seule vraie bataille : celle du positionnement dans les moteurs de recherche. Car derrière ce positionnement se trouve le graal : argent, renommée, notoriété et cercles vertueux - ou vicieux - associés.
Or en ce domaine, on connaît depuis longtemps les liens affinitaires qui lient la première Encyclopédie mondiale (Wikipedia) au premier moteur de recherche (Google). Je m'en suis ici même fait l'écho à de nombreuses reprises. Et cette "guerre de positions" au sens littéral du terme n'en finit pas d'affoler. Dernière polémique en date, celle des entreprises du CAC 40 ou plus exactement des agences de relations publiques qui vivent sur leurs dos, lesquelles s'émeuvent de la place prise aujourd'hui par Wikipedia dans ... les relations publiques. Le dernier article d'Ecrans est là-dessus aussi remarquable qu'édifiant : "Wikipedia terrorise le CAC 40."
Alors ? Alors Wikipedia a - à mon sens - permis d'instaurer un virage radical dans la définition du projet encyclopédique (encyclopédisme d'usage). Les autres grandes Dames ont - d'aussi loin que les articles mentionnés dans ce billet permettent d'en juger - fait l'économie de cette réflexion de fond au profit ... d'une recherche du profit.  Fait l'économie d'une réflexion sur le Projet Encyclopédique dont elles sont porteuses, pour la quête d'une viabilité économique concernant la diffusion de leur encyclopédie. Autre chose qui me frappe dans tout cela, c'est une inversion des "literacies." Jusqu'ici, les "références encyclopédiques" étaient un exercice et un passage obligé pour l'étudiant, le chercheur, l'amateur. Elles étaient "devant être recherchées". On "se" devait de les rechercher. Elles n'avaient donc pas à se soucier de marketing, faire autorité suffisait. Pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas m'étendre (faudrait une thèse là dessus) mais que les habitués de ce blog ont l'habitude de croiser, notre approche de la connaissance a changée en même temps que changeaient les modes de constitution et de transmission de cette connaissance. Le résultat c'est que les encyclopédies sont engagées aujourd'hui dans des péripéties dignes des grandes guerres d'éditeurs au moment de l'attribution d'un prix littéraire. Il faut "aller chercher" le chercheur, l'étudiant pour qu'à son tour il soit tenté de renouer avec la tradition de "la-référence-encyclopédique-mais-pas-Wikipedia." Inversion des literacies donc. Parce qu'on ne peut pas éternellement ménager la chèvre et le chou, l'autorité et la notoriété, "être à la fois Jean Dutour et Jean Moulin" comme disait l'autre. Or ce combat est perdu d'avance. Non pas que les encyclopédies n'aient pas les moyens de le mener (toute l'actualité prouve au contraire qu'elles sont toutes disposées à s'offrir ces moyens, si peu nobles soient-ils), mais ce combat n'est pas le leur. Elles n'en maîtrisent ni l'alpha, ni l'oméga. Ce combat, c'est celui des moteurs de recherche qui sont les seuls à disposer de la force de frappe nécessaire pour faire significativement bouger les choses, dans un sens ou dans un autre. Aucune agence de RP, aucun habillage collaboratif n'y changera quoi que ce soit. Quand une encyclopédie (qu'elle qu'elle soit) fait de sa quête de notoriété une ambition première, elle sacrifie nécessairement sa valeur d'autorité. Les encyclopédies qui font aujourd'hui ce pari là oublient une chose simple : la notoriété de Wikipédia est un épiphénomène. La notoriété de Wikipedia n'est qu'un épiphénomène. Cette notoriété ne s'est pas exclusivement construite sur la place manquante des autres encyclopédies dans la sphère numérique. Elle s'est construite sur une propagation massivement partagée de l'indice d'autorité accordé à l'essentiel des articles de La Wikipedia. Rendre accessible est une chose. Etre accessible (au sens propre comme au sens figuré) en est une autre.

<Update du lendemain> Sur le même sujet, voir le billet de Didier Durand qui revient sur l'article d'Ecrans et la - pathétique - "stratégie" de l'agence EuroRSCG. </Update>

Le petit lien du week-end

Sur la base d'un authentique rapport scientifique, l'émission "Le dessous des cartes" (Arte) se livre à un remarquable (et angoissant) exercice d'illustration de ce que pourrait être ... notre monde en l'an 3000.

Rennes 1 blogue. L'université de provence aussi. Et la vôtre ??

Trop peu d'universités proposent encore systématiquement à leurs personnels de tenir un blog hébergé, à l'adresse de l'université. Bref, un blog "institutionnel". C'est donc l'occasion de souligner l'effort et l'initiative de l'université de Rennes 1, qui vient de mettre à disposition de ses personnels la possibilité de blogguer, via la plateforme DotClear. L'initiative est visible à cette adresse : http://blogperso.univ-rennes1.fr/
Il y manque encore un moteur de recherche en page d'accueil pour fouiller dans l'ensemble des blogs disponibles, mais dans l'attente, Google permet d'avoir une vue satisfaisante du nombre de blogs créés et de leur contenu. On découvre ainsi qu'un fichier OPML (remis à jour toutes les nuits) contenant l'ensemble des blogs créés est disponible. De mon exploration rapide de l'ensemble de ces blogs, je retiens qu'ils semblent majoritairement utilisés pour la mise à disposition de ressources auprès des étudiants.
Sur le même sujet (blogs et enseignement supérieur) on notera que la présence des blogs en tant qu'outils de vulgarisation scientifique s'impose lentement mais sûrement.
Espérons que des initiatives telles que celle de Rennes1 ou du pionnier René D. Blogs feront rapidement école, en visant au-delà du simple (mais utile, pratique et nécessaire) "blog de cours" notamment pour toutes les raisons déjà évoquées ici.
Par ailleurs, si vous doutez encore de l'intérêt des blogs, d'intéressantes lectures sont à votre disposition ;-)
<Update de 5 minutes plus tard> J'ai fait un rêve. Le rêve que toutes les universités offrent à leurs enseignants la possibilité de blogguer. Le rêve qu'un moteur de recherche fédéré permette de fouiller parmi l'ensemble de cette blogosphère francophone scientifique, par rubrique, par thématique, par section scientifique. Le rêve que les universités se saisissent de cette chance.

<Update du soir> Signalé par Marlène en commentaire, l'université de Provence blogue aussi. Sa plateforme (open source). Sa belle page d'accueil (articles les plus lus, blogs les plus actifs, billets lesp lus commentés ...). Sa liste de ses blogs. (si vous connaissez d'autres universités qui blogguent, signalez-les en commentaire ...) </Update>

Changement de médiasphère

Régis Debray à propos des blogs en particulier et de la démocratie d'opinion en général.

  • "nous avons changé de médiasphère" ==> "apparition d'une opinion réticulaire qui ne répond plus à un système hiérarchique, pyramidal = révolution médiologique"
  • "mise à l'horizontale des autorités, mise à niveau des célébrités, mise à niveau des crédibilités" Cf Autorité VS notoriété
  • "Julliard insiste sur le nouveau "sourire" de la démocratie quand j'y voie plutôt une nouvelle grimace"
  • "chaque medium court-circuite la classe des médiateurs issus du medium précédent" d'où l'agitation perpétuelle autour des blogs et du journalisme sur le mode du "ceci tuera-t-il cela ?".

Jacques Julliard à propos des blogs :

  • "l'ére des publics. Qu'est-ce qu'un public ? C'est la foule à distance"
  • "la blogosphère c'est pas l'ère des foules, c'est l'ère des publics." Pour Régis Debray c'est plutôt "l'ère des individus".

Le reste (2 heures de débat) à écouter ici ou à lire en partie dans Le Monde de ce Week-End.

LRU + comités de sélection = démission.

Ben voilà. Le décret instituant et cadrant la mise en place des comités de sélection est paru au Journal Officiel du 10 Avril 2008.
Après relecture attentive, celui-ci confirme l'essentiel de mes craintes. Ainsi au bout de 3 mois d'atermoiements, voici copie de la lettre que j'ai adressé il y a 15 jours au président de mon université, au président de la commission de spécialiste à laquelle j'appartiens j'appartenais, avec copie au président de ma section CNU.

<Update> Cette lettre a également été publiée (sans les noms des destinataires) sur le site de Sauvons la Recherche </Update>

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Monsieur Yves Lecointe, président de l’université de Nantes,
Monsieur Christian Orange, président de la CS 70-71ème section,

Copie pour information à :
Monsieur Jean Davallon, président du Conseil national des universités en 71ème section.

Monsieur le président,

Je viens par la présente vous demander de prendre acte de ma démission de mon poste de vice-président de la commission de spécialistes de 70-71ème section de l’université de Nantes. Dans le cadre de la nouvelle loi dite "d’autonomie des universités" ou loi LRU, les commissions de spécialistes seront dissoutes et remplacées par les comités de sélection tels que décrits dans le décret n°2008-333 paru au Journal Officiel du 10 Avril 2008. Ces comités de sélection constituent de mon point de vue un recul démocratique inacceptable, notamment en supprimant le processus électif jusqu’ici en vigueur, pour le remplacer par de simples « nominations ». Ces nouveaux comités de sélection relèguent l’essentiel - la confrontation scientifique avec ses pairs - au rang de l’accessoire, et ils avalisent le risque réel et dangereux de précarisation auquel doit aujourd’hui faire face le système de recrutement universitaire.
Au lieu de proposer des logiques d’évaluation permettant, toujours au travers du regard de ses pairs, d’améliorer la qualité de l’enseignement et de la recherche ainsi que de ceux qui la font, au lieu de prendre le problème du localisme et du clientélisme en amont en interdisant par exemple aux universités de recruter des candidats "locaux", la loi LRU préfère renforcer l’arbitraire sans offrir aucune garantie d’indépendance ou de lisibilité supplémentaire sur le processus de recrutement des enseignants-chercheurs.
Par ailleurs, il semble désormais acquis qu’aucune création de poste ne se fera lors de la rentrée universitaire 2008-2009, seuls étant remplacés une minorité des nombreux départs à la retraite.
En conséquence, prenant acte du sursis de quelques mois qui est accordé aux commissions de spécialistes, prenant acte de l’actuelle hypocrisie qui, tout en reconnaissant l’importance du taux d’encadrement des étudiants pour la réussite de leurs études, s’obstine à refuser les moyens humains nécessaires à une telle réussite, prenant acte du recul de la démocratie élective à l’université, je vous demande, Monsieur le président, de prendre acte de ma démission du poste de vice-président de la commission de spécialistes 70-71ème section à compter de ce jour.

Souhaitant qu’une autre politique d’enseignement et de recherche soit encore possible, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de l’université de Nantes, mes salutations scientifiques et citoyennes.

Olivier Ertzscheid.
Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication.