Ma Photo

Qui suis-je ?

Syndication


Botte de foin


Qui êtes-vous ?



  • Track referers to your site with referer.org free referrer feed.


Qu'en faire et comment ?


  • Ce que vous voudrez à condition :


    • de citer vos sources
    • de ne pas vous enrichir
    • de ne rediffuser l'info que sous une licence identique à celle-ci







    Le crédo d'Affordance ;-)
    I am a hard bloggin' scientist. Read the Manifesto.



    Le coin des bonnes causes :


    Support The Commons
    Become A Commoner


    Le PageRank d'Affordance :
    PageRank for this page
    Son "autorité" (sic) selon Technorati :
    "L'autorité" selon Technorati

Powered by TypePad

« avril 2008 | Accueil | juin 2008 »

Créer, trouver et exploiter les blogs.

Vient donc officiellement de paraître. Pour le commander :

  • le plus simple est de se rendre directement sur la   page dédiée du site de l'ADBS. Ladite page comprend également quelques "goodies" librement téléchargeables : l'introduction de l'ouvrage, "12 conseils pour devenir un bon blogueur" et "Ils ont dit" (une compilation de citations à propos des blogs).
  • se rendre dès demain au stand de l'ADBS sur le salon I-Expo (petits veinards, vous achèterez ce chef d'oeuvre avant même que son auteur - moi - n'ait eu l'exemplaire papier définitif entre les mains)
  • aller dans une (bonne) librairie (pas nécessairement) spécialisée.

Tectonique du livre

Ca bouge. Ca bouge même beaucoup dans le monde des livres, de l'édition, du numérique et des bibliothèques. Petite revue d'effectif (en vrac ... pas le temps d'un billet d'analyse ...) :

  • l'un des bastions de la loi Lang est en train de tomber : les livres pourraient être soldés après 6 mois et non deux ans (délai actuellement de rigueur). Tout le monde est - à juste titre - en émoi comme en atteste le communiqué conjoint du SNE, du SLF et de la SGDL (communiqué de presse du 22/05/2008)
  • j'Hachette Numilog : Hachette s'offre Numilog. Hachette se distingue déjà par une politique numérique très "offensive" et très en avance, notamment du côté des manuels scolaires, et notamment outre-atlantique. Cet achat s'inscrit donc dans une continuité qui creuse l'écart avec le reste du peloton. Voir l'interview du PDG d'Hachette Livre sur le Figaro. (repéré chez Aldus et Kotkot)
  • le SNE crée une commission numérique (communiqué de presse du 21/05/2008). Il était temps diront les mauvaises langues. Le communiqué indique : "Alors que d’autres industries culturelles ont déjà été touchées par l’arrivée du numérique, le livre fait face aux mêmes enjeux tout en ayant encore le temps de réfléchir (...)" J'aimerais en être convaincu mais ce n'est hélas pas le cas (cf les points suivants de ce billet). A noter : il s'agit - notamment - pour cette commission, de pérenniser l'offre légale d'ouvrages sous droits dans le cadre de Gallica 2. A noter aussi : "La commission Numérique est présidée par Stéphanie van Duin, directrice du développement du groupe Hachette". Lequel groupe Hachette (filiale du groupe Lagardère), vient - je vous le rappelle - de racheter Numilog, principal fournisseur de la même offre légale d'ouvrages sous droits. Je vous fais un dessin ?
  • (repéré via Alain Pierrot) Microsoft arrête le service Live Book Search (recherche d'ouvrages numérisés libres de droits, le concurrent de Google Book Search) ainsi que le service Live Academic Search (le concurrent de Google Scholar) : Communiqué de presse. Il y a en fait deux niveaux de lecture dans ce communiqué : Microsoft continuera d'indexer les ouvrages et les articles de recherche, mais dans son index standard, et non plus de manière séparée. En revanche, Microsoft arrête les frais de la numérisation. C'est très clairement le côté financier qui est mis en avant. Le communiqué indique encore : "Nous prévoyons que la meilleure manière pour un moteur de recherche de rendre accessible des ouvrages numérisés est d'indexer les entrepôts créés par les éditeurs et les bibliothèques. Grâce à nos investissements (sic), la technologie pour créer ces entrepôts est désormais disponible à moindre coût pour tous ceux qui ont un intérêt commercial ou une mission de service public dans la numérisation d'ouvrages." Mon analyse (rapide ...) est que Microsoft est coincé : d'une part par l'urgence de se positionner clairement sur le secteur du "search" en particulier et du Web en général (cf le récent feuilleton à propos du rachat de Yahoo!), ce positionnement risquant d'engager dans un avenir proche de très importants frais de trésorerie, et d'autre part, le retard du projet Live Book Search par rapport à l'offre Google Book Search est trop important pour pouvoir être comblé (avec là également quelques considérations de trésorerie à prendre en compte). Donc Microsoft arrête. Pour le reste des enjeux, voir le billet d'Alain Pierrot.
  • De son côté, non seulement Google continue de déployer son arme de numérisation massive tout en piochant avec délectation, sans retenue et avec notre consentement bénédiction éclairée dans les entrepôts numérisés existants, mais en sus, il ne manque aujourd'hui plus grand chose au tableau pour pouvoir filer jusqu'à son terme la métaphore de l'ogre dévorant ses enfants. Je m'explique : pour fonctionner en "vase-clos", c'est à dire pour centraliser au maximum les accès (lock-in syndrom) tout en externalisant au minimum ses services**, il ne manque à Google qu'une seule chose, les données catalographiques (métadonnées donc) des ouvrages déjà numérisés (par lui ou par d'autres), ou en voie de l'être (par lui ou par d'autres). Or l'OCLC (organisme derrière l'outil Worldcat) vient de passer (10 Mai 2008) un accord avec Google pour partager avec lui leurs données bibliographiques, lesquelles données sont elles-mêmes gracieusement fournies par la masse des catalogueurs anonymes (en fait c'est même un peu plus compliqué que ça puisqu'il faut parfois payer pour faire "remonter" ses notices dans l'interface de l'OCLC, mais passons ...). En échange, Google continuera de faire ce qu'il fait déjà (c'est à dire renvoyer vers les sites des bibliothèques possédant les ouvrages), mais il le fera "mieux" ... Et dans l'intervalle il jouira sans entrave du petit bijou qu'il vient ainsi de s'offrir à moindre frais : c'est à dire, ne tournons pas autour du pot, l'ensemble d'une certaine idée de la chaîne du livre, depuis la numérisation des ouvrages jusqu'à leur prescription et leur délivrance aux utilisateurs, en passant par la richesse et la souplesse que confère à cet ensemble la maîtrise de la chaîne de catalogage (= notices bibliographiques). La morale de l'histoire ne dit pas ce qu'en pensent les catalogueurs qui se trouvent ainsi "employés sans être payés" (sinon de reconnaissance symbolique) par la firme de Mountain View. Mais n'est-ce pas là in fine notre lot à tous ? (Via le Chronicle of Higher Ed)
  • Et puis aussi, on a appris la disparition de la DLL (Direction du livre et de la lecture). Et alors ? Et ben alors ... allez lire Olivier Tacheau, Dominique Lahary  et l'onctueuse extrême onction de François Bon sur le sujet).

Bon, on résume ?

  • En France, les bibliothèques s'éloignent inexorablement de l'Etat (DLL requiescat in pace), alors que dans le même temps les éditeurs multipolaires (Lagardère) s'en rapprochent (dangereusement ?).
  • Ailleurs dans le monde, l'insolente réussite de Google condamne les meilleures volontés - OCLC - (et les projets alternatifs pourtant les plus crédibles) à se féliciter d'être - pardonnez le raccourci - corvéables à merci, alors même que les rivaux les plus solides (financièrement) préfèrent botter en touche (Live Book Search).
  • En ligne de fond, la loi Lang sur le prix unique du livre est patiemment mais sûrement détricotée au seul profit des éditeurs et des grandes centrales.
  • Et au final, et ben au final je ne serai pas très prompt à me réjouir de voir ainsi les destinées du livre (numérique ou non) laissées entre les mains de deux régies publicitaires : Lagardère et Google. Tout cela "me fait penser au prestige du rince-doigts ou du baise-main. Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres, ni le baise-main qui fait la tendresse."

** à l'inverse de toutes (ou presque) les autres organisations qui, elles, externalisent leur activité documentaire vers Google ou les grands firmes proposant une offre Saas (cf le dernier billet de Jean-Michel Salaun à propos de Cloud Computing)

Pub : nouvelle Licence Pro édition jeunesse

A la rentrée prochaine, une nouvelle Licence Professionnelle "Edition multisupport orientation jeunesse" ouvrira ses portes à l'IUT de La Roche sur Yon.
Pour plus d'informations voir ici.
Et le plus urgent : Pour prendre connaissance du programme détaillé de la licence et s'inscrire, c'est par là et AVANT le 6 Juin.

978-2-84365-102-1

Voili voilou. C'est le numéro ISBN de ce petit chef d'oeuvre de la littérature contemporaine qui sera bientôt disponible pour la très modique somme de 15 euros :-) Encore quelques jours de patience ...

Lostblogo_2

Journées ABES : Folksonomies

1h30 de présentation sur le thème des "Folksonomies et de l'indexation sociale", dans le cadre des journées ABES. A voir les réactions de la salle et les questions pendant la session et à la sortie, le message est apparemment bien passé (probablement lié au temps de la présentation : avoir devant soi un créneau d'une heure trente permet d'être plus pédagogue que sur les habituelles interventions formatées de 20 minutes devant un public qui pour l'essentiel "découvre" la question).
Le diaporama est en ligne et téléchargeable sur mon espace slideshare. Si vous avez des questions et/ou des commentaires dont vous n'avez pas pu me faire part après la session, les commentaires du billet sont ouverts :-)


Et maintenant, retour au bercail : 8 heures de train en perspective ... Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la cause folksonomique ;-)

Live blogging from Montpellier (Journées ABES)

(Ante-Scriptum : je vous fais un billet sans liens, vu que la connexion de l'amphi est assez capricieuse.)
(Ante-Scriptum 2 : attention : billet à haute teneur condensée en bibliothéconomie. Allergiques et non-professionnels de la profession s'abstenir)

J'arrive donc au Palais des congrès de Montpellier après 8 heures de train. Chouette. Au programme : les journées ABES (agence bibliographique de l'enseignement supérieur). Sauf que manque de bol et réseau ferré oblige, j'ai raté les deux interventions qui promettaient d'être les plus stimulantes : la conférence inaugurale de Lorcan Dempsey (OCLC) sur la nécessité de "penser  les ressources de la bibliothèque à l'échelle du web" et celle de Catherine Groult (JISC) sur le rôle de cet organisme dans la structuration de l'IST au Royaume-Uni.
J'espère que l'ABES aura prévu de mettre des actes en ligne. Me voici donc confortablement calé pour écouter Raymond Bérard (Directeur de l'ABES) nous parler pendant 2 heures du nouveau "projet" pour l'ABES : restructuration, résultat d'un audit, et redéfinition d'une nouvelle démarche projet pour l'ABES. Hosanna. Joie. Plus sérieusement (mais cela doit intéresser 3 lecteurs de ce blog), le rôle et le positionnement de ces différents organismes est essentiel à la mise en oeuvre d'un politique globale de l'IST. Le modèle en la matière est (selon moi) à chercher du côté du JISC, qui concentre les pouvoirs et les attributions d'une petite dizaine d'organismes français. Du coup, bizarrement, certaines choses vont plus vite au Royaume-Uni qu'en France ...
De l'intervention de Raymond Bérard je retiens :

  • Sudoc en 2007 : 40 millions de requêtes (tous publics confondus : professionnels et étudiants). A titre indicatif : Google représente 2,7 milliards de requêtes en France pour le 4ème trimestre 2007.
  • Il faut travailler sur le "type" des documents dans le SUDOC (manuscrits sont à part dans CALAMES, les ressources pédagogiques n'y sont pas, etc ...)
  • Le SUDOC doit-il rester franco-français ou s'élargir, au pays du Maghreb par exemple ? (ben ... s'élargir non ?)
  • La loi LRU pose des questions sur l'organisation du réseau.
  • Abes et Worldcat : l'OCLC (qui vient de racheter PICA) est donc le partenaire de l'ABES.
  • bientôt (quand ?) un - unique - portail bibliographique des thèses, pour l'instant dispersées dans le Sudoc, dans le Fichier central des thèses de Paris X ...
  • Archivage pérenne : ABES n'en fera pas. Laisse ça au CINES, à la BNF pour la culture et à la Direction des archives de France
  • Mettre le Sudoc sur Worldcat (à trancher, cf ma dernière remarque dans ce billet)

Suite de la journée :

  • Il va y avoir une nouvelle interface pour l'accès public au Sudoc, avec des possibilités de personnalisation (habillage de la page d'accueil), et ... des fils RSS ! Hourra et Hosanna.
  • et aussi d'autres fonctionnalités intéressantes comme "l'affichage par lot" qui permettra de regrouper et de visualiser les résultats d'une recherche en fonction de la langue, du type de document, etc.

Pour le reste de la journée, beaucoup de questions et de tensions autour du thème de "l'ouverture des catalogues". Les crispations (dont certaines sont légitimes ... mais pas toutes ...) restent très fortes. C'est là une composante élémentaire de la psychologie du bibliothécaire. Il ne faudrait pas que par manque de formation, ou du fait d'une mauvaise prise en compte par les pouvoirs publics des enjeux de cette ouverture, il ne faudrait pas que ces crispations se transforment en revendication.

(bon d'accord, c'est pas vraiment du Live blogging vu que tout cela s'est dit hier mais la batterie de mon mac avait rendu l'âme.)

Le localisme en débat.

Ca y est. J'ai trouvé LE point positif de la loi LRU. Elle aura permis, à l'occasion de la mise en place des "comités de sélection", de faire émerger un véritable débat sur le localisme. Malheureusement, le débat en restera au stade ... du débat. Et comme l'indique la petite collection de liens ci-dessous, tout porte à croire que la mise en place des comités de sélection ne résoudra rien au problème du recrutement à l'université. Bien au contraire.
Principal porte-voix de ce débat, Olivier Godechot, sociologue, qui avait déjà signé le 26 Juin 2007 une tribune dans Le Monde sur cette question.

  1. Il récidive cette fois en signant la première étude sociologique du phénomène. L'étude est à lire dans Laviedesidees.fr : "Le localisme dans le monde académique : un essai d'évaluation."
  2. Avec une réponse de 3 universitaires qui complète et nuance certains résultats de l'étude.
  3. Et la réponse-à-la-réponse d'Olivier Godechot : ce dernier texte porte essentiellement sur la méthodologie scientifique de l'étude et est donc à peu près illisible pour des non-spécialistes et n'apporte rien au débat de fond. En revanche les deux premiers textes mentionnés sont e-s-s-e-n-t-i-e-l-s.

Il n'en fallait pas plus pour déclencher un mini emballement médiatique et blogosphérique. En voici un échantillon (qui me semble) intéressant :

Biiiiiiiiiiip

Mire_p

Wikipedia vrac ...

Dans le tumulte des actuelles batailles encyclopédiques, Wikipedia continue de donner de la voix.
Côté usages pédagogiques :

  • elle devient l'outil de travail d'une université canadienne : il s'agit pour des étudiants (d'un cours de littérature) de faire accepter leurs travaux en tant "qu'articles de qualité", au prix des nombreux aller-retour "éditoriaux" et des non moins nombreuses corrections et ajustements que cela implique. Une belle logique "gagant-gagnant" puisque la somme des connaissances collectives s'en trouve augmentée, que l'exercice pédagogique est formateur et innovant, et que les lignes de l'enseignement à l'heure des Youniversités (= "l'appropriation des nouveaux médias participatifs dans la transmission des savoirs") se font de plus en plus claires.

Côté expérimentations scientifiques (Via Catalogablog) :

  • Wikipédia est utilisée pour rendre plus efficace la classification de textes, et ce en "extrayant" des données issues de Wikipedia et portant sur le "background knowledge" du contenu des documents à classifier. Référence : Boosting Inductive Transfer for Text Classification using Wikipedia by Somnath Banerjee. HPL-2008-42
  • la même démarche peut être utilisée pour mieux caractériser la catégorisation (clusterization) de courts textes (avec en ligne de mire le rangement "automatisé" de fils RSS dans un agrégateur, sur la base de ladite caractérisation). Référence : Clustering Short Texts using Wikipedia by Somnath Banerjee, Krishnan Ramanathan, and Ajay Gupta. HPL-2008-41

Côté filmographie :

Côté polémique (argumentée) :

Université Conforama

En écoutant Valérie Pécresse ce matin sur France Inter et en l'entendant parler d'ajouter "une nouvelle mission à l'université", celle de "l'insertion professionnelle", je n'ai même pas bronché. Comme si l'écrasante majorité des diplômes, cursus et formations ne formaient pas à l'insertion professionnelle ... Ce soir en recevant l'info ci-dessous par le biais d'une liste de diffusion, j'ai d'abord cru à un canular. Alors j'ai suivi quelques liens, fait une petite recherche, et là j'ai avalé une nouvelle couleuvre. L'info en question ? La naissance d'une nouvelle formation :

  • "intitulée "DM Academy" (DM :  directeurs de magasins), cycle de formation stratégique, destinée aux  salariés de cette entreprise et dispensée au sein du centre de  formation continue de La Sorbonne. Cette formation est sanctionnée par l'obtention d'un diplôme universitaire  (D.U) délivré par Paris 1-La Sorbonne." Voilà l'info reçue par mail.

Quelques liens plus loin, voici la même info publiée dans une tribune libre du site Fabula :

  • "Conforama annonce un partenariat avec l'université Panthéon Sorbonne pour créer la "DM Academy". Il s'agirait d'un nouveau "cursus unique et entièrement construit sur mesure", destiné à former des directeurs de magasins ("DM") Conforama. Le personnel devrait suivre des conférences spécifiques à "l'univers Conforama" et des "modules managériaux" dispensés par l'université Paris1."

Quelques liens plus loin, la même info mais cette fois-ci via le communiqué de presse officiel de Conforama (.pdf) :

  • "Dans un contexte concurrentiel accru et en perpétuelle évolution, Conforama s’est associé à la prestigieuse Université Panthéon Sorbonne pour créer un nouveau cursus diplômant (Bac + 5) et totalement innovant, construit à partir des enjeux stratégiques de l’enseigne. Son défi : faire des directeurs de magasin Conforama de véritables entrepreneurs du discount au service du client. Développé en partenariat avec l’Université Panthéon Sorbonne, ce cursus unique et entièrement construit sur mesure, sera officiellement lancé le 16 janvier 2008. Pendant 15 mois, ces futurs directeurs de magasin, sélectionnés conjointement avec l’Université, suivront des conférences spécifiques à l’univers Conforama, et des modules managériaux dispensés par l’Université. Ce programme sera complété par des périodes en magasin pour renforcer leurs compétences et confronter la formation reçue à la réalité du terrain."

La date de publication figurant sur le communiqué (15 Janvier 2007), la date annoncée d'ouverture du "diplôme" (16 Janvier 2008), et la date actuelle à laquelle je découvre l'info peuvent encore laisser planer une zone d'ombre sur son authenticité. Jusqu'au visionnage d'un mini-reportage daté du 28 Février 2008 sur (l'excellent) site de LibéLabo, lequel mini-reportage interviewe les principaux protagonistes de l'histoire (dont le président de Paris 1 Sorbonne).
Alors bien sûr je suis un dangereux gauchiste, et bien sur je voie tout en noir et bien sur faut pas exagérer ni voir le mal partout. Mais à la lecture de ce qui précède, on ferait preuve d'autant d'intelligence des situations qu'une amibe si on ne se posait pas la question de ce qui va suivre. Et bien je prends ici et devant témoins le pari qu'avant la fin du mandat de l'actuel président de la république (avant 4 ans donc), ce ne sont plus des universités qui délivreront des diplômes "sur-mesure" pour de grands groupes industriels (qui les rémunèrent en conséquence), mais bien de grands groupes industriels qui délivreront des diplômes reconnus et habilités par des universités qui ne seront plus que l'ombre d'elles-mêmes à force d'anôner dans un mélange de résignation et d'opportunisme dépité un pensum néo-libéral qui les vide lentement mais sûrement de leur substance. Vous n'y croyez pas ? Renseignez-vous.
Avec une question qui me tarabuste tout de même ... Quand l'université Conforama ouvrira ses portes - ben oui parce qu'un jour Conforama n'aura plus de temps à perdre à aller payer des universités pour créer des diplômes - quand l'université Conforama ouvrira ses portes, disais-je, auront-ils l'amabilité d'y embaucher Valérie Pécresse en lui délivrance une équivalence de la "DM Academy" dans le cadre d'une procédure de validation des acquis prenant en compte le temps passé au Ministère à gérer l'enseignement supérieur et la recherche comme on gère un magasin ?

Symptome ou maladie ?

Message récupéré sur une liste de diffusion professionnelle de bibliothécaires (pas biblio-fr, une autre, à l'étranger). Le message est un peu long mais il mérite une lecture attentive tant il exemplifie le malaise et/ou le décalage d'une (partie) de la profession des bibliothécaires. Mes commentaires (à chaud, donc un peu sarcastiques et navrés ...) sont insérés en gras et en rouge.

  • "J'ai constaté depuis quelques mois que je recevais de plus en plus de mails voire d'appels téléphoniques de gens qui avaient trouvé la référence de documents figurant dans le catalogue de notre bibliothèque. Serait-ce une mauvaise chose ?? Certains souhaitaient pouvoir emprunter ces documents, d'autres étaient des auteurs demandant qui une correction dans la notice, qui proposant l'acquisition de leur dernière publication... D'autres encore étaient des journalistes, des formateurs, etc. Bigre ! Horreur ! Du public ! Des usagers !!!
    Une collègue m'a informé - d'où l'urgence absolue de la formation des bibliothécaires pour éviter le syndrôme de la formation par "on-dit" - qu'on pouvait très facilement chercher un ouvrage directement sur Google, en "recherche simple", et que les réponses incluaient des catalogues de bibliothèques possédant l'ouvrage (affichage de la notice). J'ai testé l'opération avec qques ouvrages que nous avons au catalogue, et j'ai effectivement eu des réponses incluant la notice de mon catalogue, ce qui je trouve fâcheux... - vous noterez le possessif "mon" devant catalogue ... plus sérieusement, l'ouverture des catalogues (ne parle-t-on pas d'"OPAC", open PUBLIC access catalogue") est une problématique clé sont trop peu de bibliothèques se sont saisies avant que les grands indexeurs ne la rendent opératoire, emportant avec eux l'adhésion du public, tant cette ouverture des données correspond à un besoin et à une attente.
    Quelques dangers de cette situation (et il y en a sûrement d'autres auxquels je n'ai pas pensé) la paranoïa est une composante élémentaire de la psychologie du bibliothécaire :
    - Être submergé de requêtes ben oui, déjà qu'on va voir arriver de nouveaux usagers, si en plus ils ont des questions ...
    - Être harcelé par divers demandeurs inistants (sic) car c'est bien connu l'usager-demandeur est insistant, et en bibliothèque, insister, c'est du harcèlement
    - Le catalogue étant "transparent", les auteurs de vols tels que celui dont nous avions été victimes il y a quelques années trouveront d'autant plus facilement ce qu'ils cherchent, si les ouvrages sont en
    libre-accès, s'ils sont empruntés. Autre genre de vol pouvant se dérouler: les ouvrages en libre-accès qui sont épuisés en librairie et chez l'éditeur, difficiles à trouver, même sur Internet: on viendra nous les voler en biblilothèque, surtout dans celles non équipées de systèmes anti-vol
    comme la nôtre. Ne pourrait-on pas imaginer que l'usager-harceleur ne vienne simplement les lire ??
    Vous pouvez faire le test suivant: vous tappez sur Google (en recherche simple) "site:" immédiatement suivi par l'adresse de votre catalogue, sans le "http://www", et sans saisir d'espaces. De cette manière, Google fera une recherche sur ce qu'il possède de votre base
    de données dans sa propre base de données. Il affichera ce qu'il a trouvé comme nombre de notices dans votre catalogue. Ce chiffre sera faux, mais en général supérieur à très supérieur au nombre réel de notices que vous avez. Cela indique toutes les personnes qui ont obtenu des réponses à leur recherche incluant une notice de votre catalogue, les notices ayant été enregistrées à plusieurs reprises dans la "base de données planétaire" de Google.
    Est-ce que vous avez déjà été confrontés à cette situation ? Comment y répondez-vous, comment y faites-vous face ? Avez-vous eu des problèmes ? Prêtez-vous des documents à des lecteurs venant "d'ailleurs" et qui vous demandent par mail un prêt ? Ami lecteur qui vien d'ailleurs, retournes-y.
    Vos institutions qui le souhaitent ont-t-elles trouvé des mesures pour "protéger" leur catalogue de l'indexation que Google en fait, même si l'on n'a pas passé d'accord avec le moteur de recherche ? Où l'on retrouve exemplifiée la maxime : "leur thésaurus (aux moteurs de recherche) est un thesaurus" (plus d'info par ici). De fait, il suffit aux robots de Google d'accéder à une notice, pour, par le biais des fichiers liés et des hyperliens, arriver à "pomper", à récupérer et indexer une bonne partie d'un catalogue.
    "

Alors ? Symptome d'une profession qui ne maîtrise plus la logique d'accès et de service qui fait pourtant son coeur de métier ? Simple angoisse crispée et paranoïaque due à une méconnaissance profonde des enjeux ? Le message d'un seul ne saurait avoir valeur d'exemple pour l'ensemble d'une profession, mais comme je m'en suis fait l'écho à de nombreuses reprises, ma pratique de formateur (dans le monde des bibliothèques et de la documentation) m'incline à penser que la fracture numérique se creuse. Que faute d'être formés aux outils, les professionnels des bibliothèques s'avèrent incapables de les penser en dehors des cadres et shémas préétablis d'une logique bibliothéconomique inflexible et datée, à l'heure de la refonte planétaire d'une bibliothéconomie de masse. Et que laisser perdurer cette incompréhension, c'est le plus mauvais service à rendre à une profession qui si elle n'investit pas massivement le transformation en cours, ne verra jamais se réaliser son rêve d'archithèque et laissera dériver ses usagers autarcithécaires.

Bataille encyclopédique

L'actualité encyclopédique est relativement chargée ...

  • Afin de rivaliser avec Wikipedia, la Britannica lance une opération de communication visant à offrir un an d'accès gratuit à la totalité de l'encyclopédie : il suffit pour cela de s'inscrire ici. Pour obtenir votre abonnement cadeau, il vous faudra cependant justifier d'une activité de "web publisher", c'est à dire disposer d'un site/blog tenu régulièrement. L'idée est donc de profiter de la blogosphère (et assimilée) comme chambre d'écho, afin de ramener du traffic vers la Britannica. Je m'y suis moi-même inscrit et je teste depuis une semaine les ressources de cette grande dame. Et j'avoue rester un peu sur ma faim. Il est vrai que je n'entre pas tout à fait dans le profil de l'usager lambda d'encyclopédies, mais sur des requêtes assez spécialisées, les contenus de la Britannica apparaissent assez maigres au regard de ceux de Wikipedia. In fine, il n'est pas sur que l'opération de communication porte ses fruits étant donné qu'il est par exemple impossible d'offrir aux autres (ceux qui n'ont pas gagné un an d'abonnement gratuit) un lien vers les contenus de ladite Britannica. Bref, le contre-buzz est déjà en marche est il semble évident que la Britannica n'a pas compris la logique de sérendipité qui sous-tend l'économie de l'attention. (voir aussi l'article d'Ecrans)
  • beaucoup plus pertinente (à mon avis) est l'initiative de Larousse qui vient de lancer son encyclopédie contributive. L'article d'Ecrans sur le sujet est limpide et j'en reprends donc les grandes lignes pour ce qui concerne le "modèle" de cette riposte à la Wikipédia : "accès libre à son dictionnaire encyclopédique validé (150 000 articles et 10 000  objets multimédias). Pour consulter l’encyclopédie, il faut s’inscrire et il est possible de fournir ensuite des textes ou des images, tout en restant propriétaire de son œuvre. (...) Chaque volontaire est invité à créer son espace personnel, qui dispose d’une messagerie. Contrairement à Wikipedia, les anonymes sont bannis et les contributions sont sanctuarisées une fois écrites. Pas question d’aller mettre son grain de sel sur un article d’internaute déjà publié." L'interface est en sus beaucoup plus agréable de celle de la Britannica et les futurs contributeurs sont bien guidés, avec par exemple la possibilité d'indiquer un niveau de lecture de leur article (expert, grand public ou junior). Côté contenus en revanche, c'est la même déception (subjective) que pour la Britannica. Une déception certainement biaisée par mon habitude de consultation de Wikipédia, mais les possibilités de navigation me semblent bien en-deça d'une logique d'écriture de contenus multimédia.

Moralités :

  • Dans l'absolu, il est heureux que les marchands d'encyclopédie tentent de devancer les initiatives des marchands/moteurs de recherche. On avait en la matière plutôt été habitué à constater une habitude de suiveurs. Or ces initiatives interviennent alors que, parmi d'autres, le projet Knol de Google en est encore à l'état d'annonce. Quant à savoir si l'amorçage collaboratif prendra ...
  • Dans l'absolu toujours, et alors même que les encyclopédies "classiques" se mettent au numérique - elles y étaient déjà timidement entrées - et surtout au numérique collaboratif, on observe que le leadership du collaboratif numérique (Wikipédia donc) va tenter l'expérience du papier (essentiellement pour renflouer sa trésorerie) une expérience dont on mesurera les enjeux en lisant le billet de Jean-Michel Salaun.

Service de presse : Wikipédia

J'ai reçu il y a déjà longtemps l'ouvrage "Wikipedia : média de la connaissance démocratique" paru chez FYP éditions. Il s'agit d'un ouvrage à plusieurs mains (12 au total) avec Marc Foglia comme contributeur principal. Voici mes notes de lecture ...

  • L'introduction dit bien l'enjeu et la difficulté de cerner le phénomène Wikipédia : "sans doute faudrait-il inventer un mot pour désigner celui qui n'est ni lecteur, ni auteur, ni éditeur, ni usager, et tout cela à la fois. L'inadéquation de notre langage est le signe que quelque chose de nouveau est apparu."
  • Un grand nombre d'angles d'analyse sont abordés dans l'ouvrage, dont celui du fondement "politique" de Wikipédia : "Le libéralisme collectif est une forme de rationalisme avant d'être un collectivisme."
  • L'occasion également de rappeler quelques évidences avec un joli sens de la formule : "En inaugurant un système de production low cost avec lequel aucune encyclopédie existante ne peut rivaliser, elle a bouleversé les circuits traditionnels de l'édition encyclopédique."
  • Plus loin également et sur un autre coeur de polémique : "L'évaluation scientifique se métamorphose en consultation collective."
  • Jolie formule également à propos de la fondation Wikimedia, celle d'un "ordre mendiant de la connaissance."

Côté polémique, l'idée qui m'a le plus fait "cogiter" est celle avancée par l'auteur principal d'un "flat knowledge" (p.124) pour désigner un "savoir qui ne fait aucune priorité entre ses éléments". L'argument est ici correctement présenté et débattu mais on y retrouve la vieille antienne des anti-wikipédia se désolant de retrouver en un même corpus des articles sur la critique de la raison pure et sur Jean-Claude Van Damme. De mon côté je crois tout au contraire que rien n'est plus en relief que Wikipédia. Je crois même qu'aucune réalisation intellectuelle humaine depuis l'aube des temps ne peut s'enorgueillir d'un tel niveau de relief, de profondeur. Cette profondeur n'a rien de philosophique, elle est tout au contraire symptomatiquement pragmatique. C'est une profondeur de projet. Une profondeur d'écriture. La profondeur du formidable palimpseste à l'échelle planétaire que recouvre le projet Wikipédien. "Un palimpseste technologique à la démesure de la Babel mythologique." si vous m'autorisez l'auto-citation :-) Bref rien de plat en la matière. La platitude est en revanche à chercher - et c'est d'ailleurs dans cette direction que nous amène l'ouvrage, mais pas assez explicitement à mon sens - la platitude est en revanche à chercher, disais-je, du côté des usages. De la focale sans profondeur de champ que nous mettons en place en utilisant le moteur de recherche du site Wikipédia. Mais une fois dans LE contenu, le relief s'impose à nous dans toutes les dimensions du texte et dans toutes les possibilités d'exploration de l'hypertexte.
Au final donc, deux regrets :

  • l'ouvrage est complété par les résultats d'un sondage Opinion Way sur la perception de Wikipedia, sondage qui ne nous apprend rien (mais alors vraiment rien) et dont les résultats ont du tomber alors que l'ouvrage était déjà dans les rotatives vu la manière dont il est mis en page.
  • l'absence d'une bibliographie explicite (les références sont noyées à la fin de l'ouvrage au milieu des notes) avec à plusieurs reprises des affirmations qui gagneraient à être plus directement "sourcées".

Mais un ouvrage qui se lit vite et bien, et dont - ce qui n'est pas le moins important - la lecture est agréable nonobstant les inévitables cassures qu'entraîne son écriture à plusieurs mains. Le tout avec une argumentation parfois un peu rapide mais toujours stimulante et qui ne tombe jamais dans le travers de la polémique inutile.
Merci donc au service de presse de FYP éditions :-)

Après Zazie, voici bibliothèque dans le métro.

(suite de l'épisode 1)
Toujours envoyé par Marion, étudiants à l'IUT de La Roche sur Yon et actuellement en stage à Madrid.
Avec son commentaire : "Les bibliothécaires contre-attaquent"
Bibliometro1 Bibliometro2_2

Les petits liens du Week-End

Pour (sou)rire :

Pour le plaisir :

Revue de presse

Dans le magazine "courrier cadres" de ce mois-ci (Mai 2008) un dossier sur la gestion de sa réputation en ligne, avec quelques citations de votre serviteur.

It's all in our database.

Société de surveillance, panoptique et big brother d'un côté. Société de sous-veillance, little sisters et nonopticon de l'autre. L'externalisation de nos mémoires documentaires, la dissolution de la frontière entre le mo(n)de connecté et déconnecté, dissolution qui rend étrangement semblable l'architecture de villes, de nos espaces réels, avec celle des composants électroniques qui structurent chaque jour davantage notre rapport ... au réel. Le tout en 39 secondes dans une publicité qui dit beaucoup plus que ce qu'elle veut montrer.
(Via Cyber Badger Research Blog)

Ca s'en va et ça revient ...

Il s'en va : Nicolas Morin. Le bougre m'avait déjà extorqué une oraison funèbre. Voilà qu'il récidive. Tout en passant partiellement la main. Espérons le faux-départ et attendons le vrai-retour.
Il revient : Jérôme Charron. L'incontournable Motrech (blog consacré aux moteurs de recherche) reprend du service en charmante compagnie.
Moralité : un fil RSS s'éteint, un autre s'éveille.

La musique se vend comme du savon à barbe ...

Et les livres ?

Img_1792_2 Img_1794

Photos prises par une étudiante de l'IUT actuellement en stage à Madrid et envoyées dans un mail se terminant ainsi "De quoi alimenter le débat sur le marché du livre !". Isn't it ?

(à suivre ...)

 

Microsoft renonce à Yahoo! Et après ?

Ci-dessous la reproduction (autorisée) d'une analyse d'Hervé Le Crosnier*** à propos de l'ultime épisode ayant vu Microsoft renoncer à l'acquisition de Yahoo!.
====================================
Ayant pris la responsabilité de donner mon avis sur la fusion Yahoo!-Microsoft quelques heures après l'annonce de l'offre du numéro un du logiciel, je me dois de continuer à évaluer à chaud ce qui se cache derrière la suspension de l'offre par Microsoft intervenue ce samedi 3 mai.
Dans mon appréciation de la fusion (dont on retrouve une version retravaillée dans le numéro de mars du Monde Diplomatique - http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/LE_CROSNIER/15673) je plaçais deux points d'analyse :

  • le marché de la publicité, et la nécessité pour Microsoft de contrer la domination de Google. Dans cette optique, Yahoo! apportait deux éléments : sa force dans la publicité de bannières et son moteur de recherche qui permet d'associer plus précisément les centres d'intérêt du lecteur et la publicité.
  • la mutation des logiciels vers le mode "software as a service" et le danger que cela représentait pour les produits de Microsoft. Ce dernier doit maintenant devenir un "acteur de l'internet" à part entière. Pour cela, il a besoin d'intégrer des spécialistes reconnus des techniques spécifiques du réseau (cloud computing, développement partagé, interface utilisateur au travers des navigateurs,...). Sur ce marché, Microsoft est concurrencé de toute part, mais spécifiquement par Google et Adobe (un acteur majeur trop souvent oublié dans les analyses qui se focalisent sur la publicité).

Ces deux éléments restent d'actualité. On aurait cependant tort de limiter l'opération à la seule dimension publicitaire. Mais ces deux éléments sont aussi des forces centripètes dans le cadre d'une fusion.

Yahoo! continue à faire flèche de tout bois pour montrer que sa domination sur le marché publicitaire de marque peut s'étendre aux autres formes de publicité. Ainsi, Yahoo! a racheté IndexTools, une société d'analyse marketing en ligne au début d'avril, en plein période de tension autour de l'offre de Microsoft. C'est aussi début avril que Yahoo! a fait les premières démonstrations de AMP, son futur système de place de marché publicitaire, offrant une plus grande souplesse aux annonceurs et cherchant ainsi à rejoindre les forces de Google en ce domaine. Enfin, c'est Yahoo!-Buzz qui est largement promu en mars (http://buzz.yahoo.com/ ). Ce site s'inspire des sites de promotion par les lecteurs, comme Digg, mais évidemment décuplé par la "puissance Yahoo!" un nombre de visiteurs largement supérieur en raison de la nature multiple du portail de Yahoo (depuis le shopping jusqu'à la recherche de pages web).

Les cultures d'entreprises diffèrent largement entre Yahoo! et Microsoft. Et la fusion de ces deux structures aurait aussi un coût non négligeable (départ de chercheurs de chez Yahoo!, nécessité d'accorder des primes importantes pour garder les informaticiens clé...). Ce surcoût largement prévisible est certainement une des raisons qui incitent Microsoft à ne pas augmenter son offre sur Yahoo!

Or la quantité d'informaticiens de haut niveau disponibles sur le marché du travail est très faible par rapport aux besoins de cette industrie. Microsoft le sait, et sa capacité à maintenir dans son giron les ingénieurs de Yahoo! est un élément essentiel pour lui permettre une nouvelle stratégie sur internet. L'autre fers au feu en ce domaine est l'action de Microsoft pour simplifier l'embauche aux Etats-Unis des meilleurs informaticiens de tous les autres pays (brain drain). Bill Gates a ainsi témoigné le 12 mars devant le congrès US pour l'assouplissement des règles dites "visas H-1B" pour que l'industrie étatsunienne puisse rester dominante dans les nouvelles technologies.
Ajoutons que les techniques pour développer des "data centers", et renforcer le "cloud computing" relèvent largement de compétences qui sont encore rares. Hébergée par la Fondation Apache, le système libre Hadoop permet la diffusion d'une "culture technique" adaptée aux formes nouvelles du combat industriel de l'internet. Or, s'il est basé sur l'algorithme "MapReduce" propriété de Google, Hadoop est soutenu par deux
ingénieurs de Yahoo! C'est aussi cette capacité créer avec la communauté du logiciel libre des outils fondamentaux pour les technologies en plein boom qui intéresse Microsoft. Chaque pas que cette entreprise fait en direction du logiciel open source est entravée par une manie de la "propriété intellectuelle", qui ne s'accorde pas avec les comportements et les objectifs des développeurs du logiciel libre (qui sont aussi souvent des employés d'entreprises, parfois même de concurrents qui trouvent intérêt à une "coopétition" pour créer de nouvelles avancées).
Yahoo! serait ainsi une passerelle convaincante et pourrait instiller un peu de souplesse dans la structure de développement de Microsoft. Ce qui est essentiel, alors que Google et IBM, de longue date utilisateurs et contributeurs à Linux, font une opération commune pour doter les universités étatsuniennes de data-centers en mode nuage afin de leur permettre de former les étudiants à ces nouvelles techniques de parallélisation des logiciels.
Enfin, la question du contenu d'information plane aussi sur ce projet de fusion. Les moteurs de recherche ont tendance à se désintéresser des objets documentaires pour se focaliser sur la mise en relation et les bénéfices publicitaires associés. Or Yahoo! est un moteur de recherche particulier : son histoire de premier "portail" de l'internet le fait aussi ressembler à un média, un "point d'accès" par navigation et pas seulement par recherche comme Google.
Or les tiers-larrons qui ont été convoqués dans la négociation sont aussi des systèmes de production de contenu ayant besoin d'exister comme vecteurs de mise en relation : Murdoch d'une part et AOL de l'autre. Pour l'un comme pour l'autre, il s'agit de se positionner dans le cadre de la "délinéarisation" des médias (on va lire/écouter/regarder telle ou telle émission ou document suivant des "aggrégateurs de programmes" et non suivant le flux régulier d'un média). Ce phénomène tend à s'accélérer avec les techniques du web dit 2.0 (flux RSS, dépôts de vidéos, intégration de vidéos ou d'information au sein des pages web, systèmes de promotion "sociale",..). Chaque "article" ou "émission" devra trouver son lectorat en marge de l'audience générale de la (ou des) chaînes qui vont les diffuser. La recherche prend une place déterminante, le buzz aussi. Yahoo! n'a pas dit ses derniers mots dans ce domaine. Et Microsoft, qui n'a pas bonne presse sur l'internet, a besoin de se positionner rapidement sur ce terrain. D'autant que son propre moteur de recherche, Live Search, reste bien en deça des qualités de Yahoo! ou Google. Selon son propre responsable, Brad Goldenberg : "Aujourd'hui, 40 % des requêtes sur Live Search ne trouvent pas de réponses". La fusion est une façon pour Microsoft d'incorporer dans sa sphère d'influence les médias tels News Corp. ou AOL,... grâce à une stratégie de recherche plus affinée, et ainsi de faucher l'herbe sous le pied à Google.
Pourtant, ce 3 mai, Microsoft a "jeté l'éponge". Les prétentions de Yahoo! ont été jugées excessives. Et l'idée de se lancer dans une OPA hostile, un instant caressée par Steve Ballmer, le PDG de Microsoft, a été abandonnée. Nous touchons là une des nouvelles situations liées au numérique et à la "société de la connaissance" : l'intégration d'équipes ne peut se faire que de façon volontaire. Aussi incroyable que cela puisse paraître aux financiers habitués à considérer les salariés comme quantité négligeable. C'est ainsi que Laura Martin, analyste financière a déclaré à Bloomberg News à propos du refus de la fusion par Yahoo : "This is management putting its employees and its job security ahead of current Yahoo shareholders’ interest".

Que va-t-il se passer maintenant ?
Trop tôt pour le dire, mais on sent bien que cette fusion est à la fois nécessaire à Microsoft et mal vécue par Yahoo! et plus encore par son patron et fondateur Jerry Yang. Il faudra trouver un nouveau compromis. Soit accepter la crise de management de Yahoo!, avec vraisemblablement le départ de ses membres fondateurs, et certainement la perte sa culture d'entreprise... qui est pourtant une des choses dont Microsoft a besoin pour renouveler la sienne et faire face à la nouvelle situation de l'internet. Soit reposer la fusion dans un cadre élargi, avec une plus grande implication des médias et la naissance d'un nouveau type de puissance médiatique. La volonté de Time-Warner de séparer ses activités de producteurs de celle de diffuseur et le statut instable de AOL sont des indices rendant possible une telle opération. Et nul ne peut jamais prévoir où Murdoch va décider de frapper à nouveau sur la scène de l'internet.

Une chose me semble cependant certaine, c'est que le status quo ne pourra pas durer. Yahoo! isolé serait sur une pente descendante... car Microsoft devrait évidemment trouver une solution de rechange qui marginaliserait rapidement une entité comme Yahoo! Surtout au moment où sa propre stratégie est en pleine effervescence, comme souligné plus haut, mais aussi comme le montrent des initiatives telles que l'investissement de Yahoo! dans le web sémantique (avec l'adoption des microformats et des vocabulaires tels Dublin Core ou FOAF) ou son adhésion en mars à Open Social, le consortium sur les réseaux sociaux lancé par Google en opposition à Facebook, ou encore sa promotion de openID pour gérer les identités sur le web.
Rendez-vous dans les mois qui viennent pour savoir ce qu'il en sera de la fusion Microsoft-Yahoo!, mais plus rapidement pour des mouvements tectoniques entre les autres acteurs majeurs. Car le signal lancé par Microsoft en février, et le prix mis sur la table pour la transaction, ont aussi été le signal d'une grande opération de recomposition des méga-industries de l'internet. Et pas seulement de la publicité, qui si elle est importante en terme d'argent immédiatement mobilisé, ne peut suffire à expliquer ces débats, qui sont autant des stratégies globales, industrielles, culturelles et politiques, que des stratégies de captation d'un marché publicitaire, si grand et central soit-il.

Hervé Le Crosnier
Caen, le 4 mai 2008

Texte diffusé sous licence Creative Commons by-nc
=======================================

*** qui s'obstine et s'acharne à ne pas ouvrir son blog alors qu'il écrit pourtant plein de choses intéressantes et qu'il en oblige d'autres à l'ouvrir (leur blog).

Quoi de neuf sous le moteur ?

Bien des choses en somme ... Côté fonctionnalités tout d'abord :

Côté algorithmes ensuite, avec tout d'abord deux outils intéressants pour les praticiens d'une veille sociétale et/ou marketeurs en herbe et/ou les fans de Gala et de Closer.

  • Microsoft lance le X-Rank, un algorithme reposant sur le "volume de recherche" (= la fréquence des noms de personnalités les plus recherchés) qui vous permettra de savoir si Britney Spears est aujourd'hui plus "populaire" que Cindy Sanders.
  • Jean Véronis aboutit au même résultat mais en transformant les "entités nommées" en Buzz du jour.
  • Google lance le VisualRank à l'occasion de la conférence WWW 2008. Il s'agit "d'une sorte de PageRank" appliqué à la recherche d'images : "In this paper, we cast the image-ranking problem into the task of identifying “authority” nodes on an inferred visual similarity graph and propose an algorithm to analyze the visual link structure that can be created among a group of images." L'article scientifique présentant leur approche est disponible : "PageRank for Product Image Search" (.pdf) L'indexation image est un secteur stratégique essentiel pour le futur de la recherche d'information, particulièrement dans la tendance actuelle d'une recherche globalisée et universelle. (Via EcransTechnaute et Blogoscoped). Notez que ledit VisualRank n'est pas encore opérationnel sur le site Google Images. On attendra donc un peu avant de pouvoir juger sur pièces.

Côté économie enfin :

  • Google et IBM, deux petites start-up promises à un bel avenir, unissent leurs forces pour - à terme - dominer outrageusement le secteur du cloud-computing, perspective dont Hervé Le Crosnier vous parlait déjà ici,  et que Jean-Marie Le Ray reprend et commente .
  • l'incontournable suspense pour savoir "qui" se paiera Yahoo! et surtout "quand" (et "combien") ... la blogosphère motorisée ne parle (presque) que de ça. Outre les analyses déjà mentionnées ici et , la dernière à avoir retenue mon attention est celle de Marc Andreessen, partiellement traduite par Jean-Marie Le Ray (l'analyse de Marc Andreessen se poursuit, in english only, ici). Avec le dernier épisode en date : le refus de Microsoft de faire encore monter les enchères devant le refus de Yahoo! de se laisser acheter à ce prix-là. Ne surtout pas croire qu'il s'agit là de la fin de l'histoire ... (voir aussi l'analyse d'Homo-Numericus)