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« janvier 2008 | Accueil | mars 2008 »

Welcome to the World Life Web.

In 1994, in the wake of Tim Berners Lee’s work, the World Wide Web was officially born. A global web, wide in its dimensions as in its contents. Over the years, these contents have literally exploded, imposing to all of us the use of search engines to try and sort out this fertile chaos on the basis of the principle of a classification ‘by relevance’. The main issue, when initially managing the web, was developing the addressing of documents. To find them, and to find them again, the documents needed a physical address on the network. The answer was given in particular thanks to the  "http protocol" (hypertext transfer protocol) as well as via the naming system which enables to identify and classify web sites on the basis of their domain name (DNS). This addressing system is still somewhat problematic nowadays and must face the constant evolution of its contents, hence the appearance of new extensions (‘mobi’ for sites dedicated to mobile telephony, ‘museum’ for museum web sites, etc) and the open question of widening this protocol to all languages of the planet. This was the first documentary age of the web.
Then came the World Live Web, i.e. an instantaneous web, a web giving the latest published information in real time. Google News service was, as such, one of the pioneers of this second documentary age, but it also enables to refer to what is called micro contents, e.g. comments on blogs. Indeed, the relevance criterion used by search engines remains crucial, but there is also another important criterion, i.e. the capacity to account for the evolution of documents published on the web whatever they are. Where the mainstream search engines only indexed pages, the world of blogs search engines have started indexing blogs as snippets of documentary as soon as they are published, indexed and accessible.
For some time now we have entered a third documentary age, the World Life Web, in particular with the extraordinary boom of social networks (Facebook, MySpace) and of virtual worlds  (Second Life). After the addressing of documents, after their level of granularity (increasingly thinner), the main issues of this new age are the sociability and the indexable and remixable nature of our digital identity as well as its traces on the network. In these digital worlds and networks, everyone can provide the information he/she wishes and this information can equally fall within our public sphere (e.g. our occupation), our private sphere (our relations, our friends) and above all our intimate sphere (our political, religious and sexual preferences). An increasing number of social networks enable the huge catalogue of human individualities, which compose them, to be indexed by search engines. This necessarily poses the question of the relevance of human profiles. A question which is still in its beginning stages, but whose scale of problems raised can rightly make one shudder. Effectively, it is an established fact that each user of these systems, far from having at their disposal a unique profile freely granted and containing only information of a public nature  (a bit like our identity cards) have several different profiles on different sites in different public or private spheres. And that many users enter these social networks through nicknames (which mask their real identity) or avatars, also making up identities which are sometimes entertaining, sometimes reconstructed, sometimes deceptive, and often idealised, but always sketchy. The confidentiality policy of the websites gathering the generally freely granted information has already been the subject of many criticisms, mobilizing institutions and associations on the niche of the defence of a right to erase in the digital world. If it is possible to make people aware of a logic of industrialization of the private sphere which underlies these  worlds, if it is possible to appeal to their vigilance and their responsibility, it remains impossible to control what will become of the remixing of all the traces, once displayed for instance on a search engine. The questions which must be considered today are the indexable nature of the human being, the question of whether Man is or is not a document as any others, the question of  being equipped with a comprehensive and uncontrollled digital identity. This identity will be defined and has already largely been via my journey on the net, my purchases, the (controlled or not) expressions of my identity display as well as by the reflection of the whole such as it will appear remixed in the search engines, the social networks or the virtual worlds. The urgency of this question calls for another one: why ? Documents and key-words have gained a trading place. They are sold and bought on the market place of the Internet which largely regulates Google search engine. Will our digital identity traces also be mere commodities in future ? Welcome to the World Life Web.
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Traduction du texte original publié ici même et repris sur Ecrans.fr
Merci à Fabienne Portier (McF Anglais) pour la traduction, et merci également aux étudiants de l'IUT qui , sous sa responsabilité, ont durement planché sur la traduction de ce texte.

Postes de maître de conférences et blog auditions

Les postes vacants pour les aspirants Maîtres de conférences viennent d'être publiés au Journal Officiel du 28 février 2008. Le fichier Pdf contenant tous les postes est là (.pdf).
Comme je m'y étais engagé l'année dernière, et suivant le modèle de Baptiste Coulmont pour la sociologie, j'ai ouvert non pas un wiki auditions, mais un blog pour permettre de suivre le processus de recrutement et d'audition. L'adresse est la suivante : http://affordance.typepad.com/auditions2008session1/
Vous pouvez d'ores et déjà naviguer parmi les 31 postes ouverts au recrutement et à la mutation, ou bien visualiser directement les postes en université, en IUT et en IUFM.
L'idée est toute simple : pouvoir collecter et centraliser les infos sur les postes de McF en 71ème section, c'est à dire :

  • pour le recrutement : profil détaillé, infos sur le laboratoire de rattachement, les filières d'enseignement, composition de la commission de spécialiste ou des comités de sélection (selon que l'université est ou non en avance sur l'adoption de la LRU), l'ambiance, etc ...
  • pour l'audition : liste des candidats convoqués et auditionnés, présence ou non de candidats locaux, résultats et classements, etc ...

Cet outil peut également vous servir à poser des questions.
Pour y participer, c'est simple, il suffit de déposer un commentaire avec votre question ou vos informations sous le billet concernant le poste qui vous intéresse.
Je ferai tous les soirs une mise à jour en "remontant" les commentaires dans le corps du billet.
Si vous souhaitez transmettre un information sur le blog en préservant votre anonymat, envoyez-moi un mail (et je m'engage à publier votre question/information) sans divulguer votre nom.

Pour être tenu au courant des dernières modifications/informations, 2 possibilités :

  • s'y connecter tous les jours :-(
  • s'abonner au fil RSS du billet du ou des postes qui vous intéressent pour récupérer  les commentaires déposés :-)

<Update> J'ai aussi mis en ligne mon dossier de qualification, mon dossier de recrutement, et le texte qui m'avait servi de support pour les auditions, comme ça vous avez la totale :-) </Update>

Voilà :-)
N'hésitez pas à faire connaître ce petit outil dans votre communauté et auprès des diverses listes de diffusion comptant des doctorants potentiellement intéressés.
Rendez-vous dans quelques temps pour voir si cela a ou non été utile. D'ici là, bonne chance à tou-te-s.

(et à part ça, je suis bien d'accord avec vous, 32 postes, c'est navrant ...)

Salon de l'agriculture et de la bienséance (dialogue)

Cassetoi
A vous de choisir :-)
(Via l'Egoblog, pas pu résister non plus ... désolé ... la fatigue et le soulagement en sont la cause ... et pour ceux qui seraient aveugles, sourds et habitant la proche banlieue de Mars - ou en Vendée -, l'origine de l'histoire est )

Lost in the blogosphère

La récente baisse d'activité d'Affordance n'était pas due aux vacances mais bien à un tout autre travail. Celui de l'écriture d'un livre sur les blogs et la recherche d'information, ouvrage qui m'avait été commandé il y déjà longtemps longtemps longtemps ... par l'ADBS pour sa collection "L'essentiel sur ...". Je m'étais, il y a donc longtemps de cela, déjà très largement acquitté de ce travail d'écriture particulier, quand tout à coup, ce fut le drame. Tout perdu, rien retrouvé. Snif et re-snif. Il a fallu toute la tenacité et la force de persuasion de Jean-Michel Rauzier pour me contraindre (gentiment) à me remettre à la tâche. Ce temps de répit procuré par d'hivernales vacances vient de me permettre de mettre un point final à l'ouvrage. Ce n'est que la deuxième fois de ma courte carrière que je termine un ouvrage (le premier fut celui qui me permit précisément de faire carrière), mais c'est peu dire que le soulagement le dispute à la douce euphorie ...
Bref, contrat rempli pour l'instant. La commande était la suivante :

  • 120 000 signes, 60 pages. Un "guide pratique" traitant des blogs sur toute la chaîne : leur fonctionnement, comment on en crée, et comment (et pourquoi) les utiliser en recherche d'information.
  • Avec en prime l'interdiction de parler des fils RSS, deux autres ouvrages de la même collection y étant consacrés (dont le premier est déjà paru), ce qui constitua pour votre serviteur une contrainte parfaitement Oulipienne tant les deux (blogs & RSS) sont dans ma pratique - et dans une certaine théorie - intimement mêlés.

Je vais donc désormais faire les 1700 choses en retard auxquelles je m'étais interdit de toucher avant d'avoir mis ledit point final à cet ouvrage (parmi lesquelles : répondre aux 250 mails de mes étudiants et collègues sur des sujets allant de "l'importance cruciale" à la "écoute un peu ça tu va bien te marrer", couper des arbres dans le jardin, organiser un colloque sur l'industrie de la recommandation - hubert, françois, isabelle, michel, vous ne m'avez pas oublié hein ? -, remonter des playmobils "comme sur le modèle de la boîte" et autres essentielles futilités).

Il aura fallu pour la réalisation de cet ouvrage :

  • 2 macs,
  • une bonne centaine d'heures de boulot au total (travail de nuit essentiellement),
  • la main éternellement secourable de la Wayback Machine pour retrouver plein d'infos sur des sites qui n'existent plus mais qui furent importants pour notre sujet,
  • l'efficacité de "capture" (outil de capture d'écran sous Mac) pour en mettre tout plein de jolies (copies d'écran)

Le produit fini vient d'être remis au commanditaire avec une proposition de titre qui est la suivante :

  • "Lost in the blogosphère. Comment ... créer, chercher, trouver, exploiter ... les blogs." (les fans auront reconnu la subtile référence au "lost in hyperspace problem" de Conklin ... en même temps si vous l'avez pas reconnu, c'est pas très grave non plus hein ...)

L'avenir dira s'il sera jugé pertinent ou non. Si le coeur vous en dit vous pouvez aussi vous lancer spontanément dans un grand concours de suggestion de titres, c'est très UGC (User Generated Content, à moins qu'il ne s'agisse d'une Usine à Gogos Corvéables).
Bref, je vous tiens au courant des prochaines aventures éditoriales de "Lost in the blogosphère" pour que vous puissiez tous en temps utile vous ruer dans les bacs de vos libraires :-)
Allez petit cadeau, avant même l'imprimatur, les toutes premières lignes du bouzin :

  • « j’ai 10 ans »
    C’est le 17 décembre 1997 que Jorn Barger a contracté les mots « web » et « log » en « weblog ».
    Les blogs occupent aujourd’hui une place centrale dans notre accès quotidien à l’information. Véritable écosystème informationnel, la « blogosphère  », est largement protéiforme. Du côté des individualités, les blogs d’adolescents y côtoient les blogs de chercheurs, de citoyens, d’hommes politiques, de journalistes … Du côté des collectifs, organismes, institutions, universités, entreprises et associations ont également « pignon sur blogosphère ».
    « LA » blogosphère ?? Les moteurs de recherche en ont fait une source d’information comme une autre, mais parfois beaucoup plus présente ou représentée que certaines autres. Dans « la » blogosphère, la presse puise certaines informations, certains témoignages ; dans « la » blogosphère les entreprises tiennent boutique et en font commerce ; dans « la » blogosphère  les universitaires enseignent, chroniquent, analysent ; les adolescents s’y épanchent, s’y dévoilent, s’y racontent ; les cuisinières livrent leurs recettes ; les avocats  plaident ; les geeks  codent ; les dessinateurs de BD dessinent ; les politiques font campagne. Pas de métier, de champ professionnel, de compétence, de loisir, de passion qui n’y échappe."

Beau comme l'antique non ;-) ?

L'honneur du bandeau

Ecrans_3
L'occasion de relire ce brillant article ;-)

J'en profite d'ailleurs pour reproduire ici une réaction à l'article déposée sur le forum d'Écrans (j'ai gommé les passages par trop flatteurs pour mon ego déjà surdimensionné et mis en gras les points qui me semblent intéressants pour poursuivre le débat)

  • "Vous pointez à juste titre ce mouvement par lequel la "documentarisation" du monde (Salaün) gagne désormais l'identité. Les conséquences de ce processus sont sans doute telles qu'il est difficile de faire admettre l'importance même du phénomène à la plupart des élites "pensantes" et "dirigeantes". Car l'enjeu est aussi un glissement des pouvoirs d'indexation, de légitimation et d'organisation des savoirs et des statuts dans d'autres mains... C'est là que les représentants du monde de la documentation, des bibliothèques et de l'enseignement des sciences de l'information et de la communication ont un rôle décisif à jouer. À égale distance  du mépris de bien des philosophes pour la technique et du mépris de bien des marketteurs pour la liberté, l'égalité et la fraternité, ils peuvent articuler culture et compétences, et poser les bonnes questions sur nos outils. Ce n'est pas un hasard si les meilleurs blogs émanent de cet univers : ceux qui savent que la culture du livre ne se réduit pas à des contenus sont plus à même de mesurer ce que le document électronique est en train de transformer, jusque dans nos identités. Vaste sujet, sur lequel il faut souvent penser sans avoir ni recul, ni références, au milieu des batailles d'intérêt et des faux problèmes. Il y a en tout cas urgence, car les apprentis sorciers se multiplient. Et si la science-fiction nous a habitués à nous méfier de nos robots, elle ne nous a guère blindés contre ces doubles de nous-mêmes, qui essaiment des profils sur les réseaux..."

Colloque international « L’Education à la culture informationnelle »

 Colloque international « L’Education à la culture informationnelle ». Les 16 -17-18 octobre 2008 à Lille.

Extrait de l’appel à communications :
  • "Aujourd’hui, la « capacité à maîtriser l’information » est devenue une préoccupation éducative à l’échelle internationale, reconnue par des instances telles que l’UNESCO. Avec le développement des technologies de l’information et la montée d’une économie en réseaux numériques, l’intérêt s’est porté surtout sur la nécessaire connaissance des outils informatiques et des nouveaux moyens de communication. La compétence informationnelle devient ainsi un enjeu social, économique et culturel. Cependant l’explosion des ressources informationnelles, la diversification de leurs supports et vecteurs de communication, la diversité et la fiabilité des contenus proposés, renforcent aussi la nécessité de former les individus, de la maternelle à l’université, à utiliser de manière efficiente, raisonnée et critique ces ressources pour construire leur savoir et exercer leur jugement critique à travers leurs activités scolaires et leurs pratiques sociales."
Pour lire la suite et accéder aux autres informations, rendez-vous sur le site (blog) du colloque : http://ertecolloque.wordpress.com/

Pousse plus loin !

Ci-dessous les nouveaux programmes et instructions officielles de l'éducation nationale :

  • CE1 : associer chaque enfant à la mémoire d'un enfant victime du génocide du Darfour
  • CE2 : associer chaque enfant à la mémoire d'un enfant victime du génocide arménien
  • CM1 : associer chaque enfant à la mémoire d'un enfant victime du génocide rwandais
  • CM2 : associer chaque enfant à la mémoire d'un enfant victime du génocide juif
  • 6ème : remplacer l'apprentissage des tables de multiplication par l'apprentissage des principaux génocides du XXème siècle;
  • 5ème : associer chaque enfant à la mémoire d'un enfant victime de dépression en France
  • 4ème : associer chaque enfant (restant) à la mémoire d'un enfant victime du suicide en France

Ce type là a le surmoi d'une grenouille (de bénitier). Ca commence vraiment à se voir, et ça commence vraiment à être pénible.

Top'déconne au CERN

Allez, le "petit-lien-qui-fait-du-bien" du vendredi. L'histoire se passe cette fois dans le très sérieux et très renommé CERN à Genève. Un endroit sympa dans lequel on a (notamment) inventé le world wide web et bâti de monstrueux engins à faire s'entrechoquer les particules. Mais dans la bonne humeur. Parce qu'au CERN, et ce dès 1992, une groupe de filles, voisines de bureau de Tim berners Lee, entre deux chocs de protons et trois équations de physique des hautes énergies, 4 filles créaient le groupe de rock "Les Horribles Cernettes" (les initiales LHC n'étant pas sans rappeler l'engin susmentionné et dénommé Large Hadron Collider).
Et ben si. La preuve en image.
Lhc3 (cliquez pour agrandir)
Le site web des Cernettes est toujours actif, celles-ci ayant apparemment connu un revival en 2007. En attendant leur tournée d'été, ne manquez donc sous aucun prétexte les clips d'anthologie des tubes "Surfing on the web" ou "Collider". On sent bien qu'il y a quelques doctorants du CERN qui ont du se régaler à réaliser lesdits clips sur les heures attribuées à leur contrat-recherche, et après avoir longuement testé les effets du Large Hadron Collider sur les molécules du tétrahydrocannabinol. Musicalement, musicalement ... comment dire ... c'est un étrange mélange entre la soul attitude de Corinne Charby et le rock agressif et dénonciateur des Calamités. Sacré déconneurs chercheurs :-)

(Via BienBienBien qui rien que pour cette trouvaille est vraiment le meilleur blog actuel)

World Life Web sur écrans.

Mes réflexions sur les 3 âges du web (World Wide-Live-Life Web) sont désormais lisibles sur le magazine Ecrans.

(Le texte avait déjà été publié sur Affordance)

Open Access (liens en vrac ...)

Plein de choses à blogguer en attente depuis longtemps ... attendez-vous donc à quelques billets sous forme de "revue de liens". Commençons par l'Open Access :

  • un ouvrage vient de paraître : Developping Open Access Journals : A Practical Guide. L'ouvrage n'est pas en Open Access mais la table des matières est disponible (.pdf) ainsi qu'une page de liens basiques mais incontournables sur le sujet
  • pendant ce temps, à l'université d'Harvard, on se prépare à voter une mesure permettant à l'université de "distribute their scholarship online, instead of signing exclusive agreements with scholarly journals that often have tiny readerships and high subscription costs." Le résultat du vote ne sera connu que demain (update sur ce billet à prévoir donc) mais le simple fait qu'une institution universitaire se prépare à franchir ce cap est très significatif du bouleversement irrémédiable qui est en train de toucher le secteur de l'édition scientifique (via le NYTimes - traduction disponible chez Hervé Bienvault - et le Chronicle). Les textes ainsi mis à disposition le seraient sur l'archive institutionnelle de l'établissement. De leur côté, les auteurs des articles garderont la totalité de leurs droits et auront naturellement la possibilité de soumettre leur article aux revues de leurs choix, y compris des revues payantes. Ce qui me semble particulièrement intéressant dans cette nouvelle, au-delà même de la portée symbolique d'un tel engagement en provenance d'une université aussi prestigieuse qu'Harvard, c'est - comme le souligne l'article du NYTimes - la mise en place d'une procédure systématique d'opt-out institutionnelle, pilotée par la bibliothèque universitaire. Soit deux règles d'or : l'opt-out tout d'abord, seule procédure apte à donner au mouvement Open Access la capacité d'atteindre un seuil critique qui obligera les éditeurs (payants) à revoir radicalement leurs politiques tarifaires, le pilotage de la BU ensuite, car d'eux-mêmes les chercheurs - pour des raisons sur lesquelles il serait trop long de s'attarder - ne prendront jamais en charge à eux seuls cette possibilité pourtant réelle d'émancipation.
  • pour rester sur le créneau des nouveaux modèles éditoriaux, notamment induits par le mouvement de l'Open Access, cet article de George Siemens, "Scholarship in an age of participation", décrit et modélise en détail ce que devrait être la publication académique "ouverte et participative" autour de 6 principes fondamentaux : "1. Two-fold model: peer-reviewed and informal commons / 2.Open reviews / 3.Meta-Reviews / 4.Discussion / 5.Annotation / 6.Journal as community". Il propose également une très intéressante modélisation du circuit de publication à l'aune de ces principes.
  • Journal (cliquez pour agrandir)
  • Pendant ce temps, d'autres jeunes mais talentueux (et "reconnus") universitaires, à  l'image de leurs glorieux aînés, appelent clairement à boycotter les "lock-down academic journals", c'est à dire les journaux n'autorisant pas (ou alors après un délai excessivement long) la mise en libre accès des articles qu'ils publient. L'universitaire en question est Danah Boyd (grande prêtresse des réseaux sociaux), et le glorieux aîné est Lawrence Lessig (professeur de Droit à Stanford, et à l'origine - avec d'autres - des licences Creative Commons) qui avait lancé un appel similaire en Mars ... 2005.
  • Pendant ce temps ... l'association européenne des universités (représentant, tout de même, 791 universités dans 46 pays) vient d'entériner une recommandation pour une obligation d'auto-archivage : en clair il faut imposer aux chercheurs de déposer leurs articles, TOUS leurs articles, dans l'archive institutionnelle de l'université (et donc il faut aussi imposer à toutes les unviersités de disposer d'une archive institutionnelle ...). Le seul "embargo" possible portant sur la date à laquelle l'article sera effectivement consultable gratuitement sur ladite archive, mais sans accepter d'embargo (des éditeurs) sur la date du dépôt. Cette approche a un avantage principal : elle permet d'indexer et de rendre disponible rapidement au moins les métadonnées de l'article. Le texte intégral de la recommandation est à lire chez Stevan Harnad himself. Cette recommandation insiste en particulier sur l'intérêt de cette approche pour le leadership des universités, un argument réel, admis par tout le monde y compris par certains détracteurs de l'Open Access, mais un argument qui laisse étrangement insensible les (quelques) décideurs et autres présidents d'université (ou vice-présidents) que j'ai eu l'occasion de rencontrer. C'est dommage, pour ne pas dire consternant, que l'institution universitaire (particulièrement en France) mette tant de temps à comprendre que la logique qui prévaut aujourd'hui dans l'ensemble des réseaux (y compris de recherche) est conditionnée, AVANT TOUT, à des logiques d'accès et de visibilité, et que l'Open Access est une formidable occasion de maîtriser et de garder le contrôle sur ce processus de mise en visibilité des résultats de la recherche. (Via OpenAccessInist)
  • Sur le même sujet, le projet Driver vient de mettre en ligne 3 ouvrages portant, pour le premier, sur un inventaire des archives en Europe, pour le deuxième sur les problématiques liées à la création, au développement et à la viabilité des réservoirs numériques, et pour le troisième sur les normes, standards et protocoles existants dans le domaine (Via Inist).
  • Pendant ce temps ... les Presses Universitaires de Cambridge publient un ouvrage intitulé Against Intellectual Monopoly. Les auteurs (deux économistes) démontrent qu'à l'inverse de l'idée habituellement admise selon laquelle le "copyright" serait nécessaire pour préserver l'innovation, il s'agit en fait davantage d'un monopole intellectuel gouvernemental qui "constitue un frein à l'innovation, à la croissance, à la prospérité et à la liberté." Bref des trucs que même Joe le Taxi Jacques Attali n'aurait pas osé écrire :-) L'ouvrage est disponible intégralement et dès maintenant en libre accès. La version papier sortira en Juillet 2008. (Via DigitalKoans)
  • Sur le même sujet mais adoptant un point de vue (beaucoup) plus large et englobant, le dernier ouvrage de Lawrence Lessig (dont on parlait plus haut) s'intitule "The Future of Ideas" est disponible en ligne, sous licence creative commons, à l'image de ses deux ouvrages précédents dont l'incontournable FreeCulture (via Pintini).

Bon ben voilà. Si après tout cela vous n'êtes pas convaincus de l'intérêt de l'Open Access, j'entre officiellement en dépression. Plus sérieusement, ce mouvement de grande amplitude (qui semble donc récemment boosté par quelques-unes des belles initiatives listées dans ce billet) va permettre, sous peu de disposer d'un fantastique réservoir planétaire interopérable de ressources documentaires scientifiques. Même les plus puissants moissonneurs ne suffiront probablement pas pour en extraire la substantifique moelle (en un temps plus court que celui de la vie d'un chercheur lambda s'entend). Attendons-nous donc de ce côté-là à voir un très probable regain d'intérêt et de développements applicatifs du côté des moteurs de recherche et des outils et interfaces de visualisation, comme en témoigne le projet annoncé d'Intute d'un moteur permettant dans un premier temps de fouiller toutes les archives institutionnelles du Royaume-Uni, et dans un second temps d'y appliquer des logiques de dédoublonnage (en deça desquelles se profilent par ailleurs des problèmes de "versioning" qui vont devenir extrêmement complexes et stimulants) et d'agrégation sémantique (clusterisation notamment).
Voilà voilà ... à la louche vous en avez pour un petit millier de pages de lecture. Bonnes vacances ;-)

Dans Politis

A lire dans le dernier numéro de Politis (n°989, 14 Février), le résultat d'une entrevue avec Christine Tréguier à propos de Wikipédia. L'article s'intitule "Les savoirs en ligne de mire". J'y reviens sur quelques-uns de mes "dadas" : encyclopédisme d'usage, babélisation des expertises, dérive des continents documentaires ... J'apprends à la lecture de l'article que Larousse devrait ouvrir en Mars son encyclopédie en ligne à des contributeurs extérieurs, des "gens de qualité qui veulent se faire connaître" avec cependant une "distinction claire entre les contenus Larousse et les autres".
Politis
Promis, après Ecrans, Libération et Politis, je vais essayer de me faire interviewer par des journaux de droite ;-)

Escadron 2.0 pour les bibliothèques

Prenez toute la fine fleur des pionniers du web 2.0 pour le monde des bibliothèques en France. Prenez ensuite la fine fleur des écoles de formation des mêmes bibliothécaires. Remuez le tout et vous obtiendrez :

  • une journée de stage sur "Les bibliothèques ont-elles besoin du web 2.0 ? Des outils au service des usagers" à l'ENSSIB
  • une bonne grosse centaine de diapositives éclairantes
  • et surtout, surtout, d'excellentes raisons pour passer votre bibliothèque en mode 2.0 ... vite.

(Via Thomas Chaimbault qui liste dans son billet tous les diaporamas)

<Update de quelques jours plus tard>
Un article de référence sur la mise en place d'une culture de la participation et du collaboratoire dans les bibliothèques  :
    Lankes, R. D., Silverstein, J. L., Nicholson, S., & Marshall, T. (2007).     "Participatory Networks: The Library as Conversation" Information     Research, 12(4) paper colis05. [Available at http://InformationR.net/ir/12-4/colis05.html]
</Update>

Blogs et revue par les pairs.

En voilà une idée qu'elle est bonne. Prenez d'abord des blogs tenus par des scientifiques : doctorants et chercheurs (y'en a plein). Considérez ensuite que la plupart de ces blogs, parlent, notamment mais non exclusivement, d'articles scientifiques, publiés dans des revues (peer-reviewed et tout et tout). Considérez enfin qu'il serait utile aux autres scientifiques du même champ (notamment) de pouvoir prendre connaissances de ces lectures (reviews) d'articles validés par des pairs (peer-reviwed). Et voici le service Researchblogging.org qui fonctionne comme suit :

  • "Les bloggers (scientifiques) s'inscrivent sur notre service et récupèrent une simple ligne de code à coller dans leurs billets.
  • Cette ligne de code permet de mettre à jour notre service mais aussi de créer une citation de l'article concerné respectant les normes scientifiques (de citation)
  • Notre logiciel scanne les blogs enregistrés à la recherche de la ligne de code. Quand il la trouve il indexe le billet et l'affiche sur notre site, dans la catégorie qui lui correspond."

C'est en quelque sorte un méta-méta-blog. Un méta-blog étant un blog se contentant de reprendre de manière thématique les billets publiés sur d'autres blogs traitant de la même thématique (exemple). En choisissant uniquement les billets traitant d'articles scientifiques (voir "leur" définition du peer-reviewed)  sur des blogs de scientifiques (méta-métablog donc), le service atteint une réelle valeur ajoutée en permettant de "filtrer" tous les autres billets. En quelque sorte la quintessence. Pour l'instant (au 31 Janvier 2008), researchblogging ne s'appuie "que" sur 150 blogs scientifiques, dont la plupart sont eux-mêmes issus de sites portails rassemblant des blogs ... scientifiques (dont le plus "gros", Scienceblogs en rassemble déjà près de 70).
Voilà en tout cas assurément le genre de service de veille communautaire qui devrait pouvoir être systématisé pour pouvoir être intéressant ... J'imagine ce que pourrait donner un tel service à valeur ajoutée s'il était appliqué par un mastodonte comme GoogleBlogSearch (ce qui soit dit en passant ne doit pas être très compliqué puisque TOUS les blogs scientifiques faisant état d'articles publiés citent précautionneusement les références bibliographiques de l'article dont ils parlent, et que comme ces mêmes références bibliographiques sont très normées, elles devraient être facilement repérables par l'un de nos grands indexeurs en mettant en place une petite moulinette de détection ou en proposant un tag ou autre microformat idoine ... donc si quelqu'un veut déposer un "brevet sur la détection de revues d'articles évalués dans les blogs scientifiques" ... ben il n'a qu'à relire les lignes précédentes et m'appeler).
(Via Digital Koans)

"Apprendre de Wikipedia" par Henry Jenkins.

Henry Jenkins est un des illustres professeurs du MIT (oui je sais, pléonasme ...). Son dernier podcast traite de la manière dont Wikipedia peut éclairer l'usage que nous faisons des nouveaux médias. Plus précisément : "What Wikipedia can teach us about new media literacies". Cela dure une heure et quart et Jenkins développe entre autres quelques arguments que j'avais plus brièvement et moins talentueusement avancés dans ma récente entrevue à ce sujet.
Extraits (en vrac et très approximativement) :

  • Wikipédia (WP) n'est ni bonne ni mauvaise (mais elle pourrait le devenir si nous décidions de ne pas en parler à nos étudiants).
  • WP permet d'ouvrir et d'observer le procédé de constitution et de distribution des connaissances.
  • Interroge les concepts de crédibilité, d'autorité, de "large contribution", de "technologie d'appropriation", de "culture du don" et de "culture du jeu"
  • Il faut développer (c'est ce qu'ils font au MIT) des outils autour de WP permettant aux jeunes de mieux s'approprier non pas l'encyclopédie, mais les connaissances qui y circulent (notamment en y distinguant ce qui relève de la propagande et ce qui relève de l'information ou de la connaissance).

Au final un exposé qui va bien au delà de Wikipédia et resitue notamment les nouvelles compétences médiatiques ("media literacies") dans le cadre d'une culture de la participation (l'un des thèmes de recherche de Jenkins) et la fracture entre les "digital natives" et les "digital immigrants".

Le dernier Clay Shirky bientôt dans les bacs.

Clay Shirky est l'un de ces tech-gurus que seuls les américains semblant en capacité de produire en masse. Mais il n'est pas loin s'en faut, le moins intéressant de tous. Il a notamment beaucoup écrit sur les blogs, la notion de collaboration en ligne, le crowdsourcing, les tags et les ontologies (ses autres articles sont notamment consultables sur son site). Son dernier livre à paraître fin février s'intitule : "Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations". Selon un procédé éditorial désormais éprouvé, le bouquin se trouve assorti avant même sa parution d'un blog destiné à alimenter le buzz et à en livrer quelques extraits choisis. A noter que des traductions dudit ouvrage sont déjà prévues pour 2009 en Hollande, au Portugal et au Brésil, en Chine et en Corée. Si un éditeur français souhaitait se mettre sur les rangs ...

Des ressources (pédagogiques) et des hommes (pédagogues)

... en vrac :

  • Des vidéos ...
  • En français dans le Wesh : la vidéo culte sur le web 2.0 de M. Wesh, with french subtitles.
  • Commoncrafts : LE spécialiste des tutoriels-en-carton-avec-des-doigts-qui-montrent, qui après ceux sur les wikis et les flux RSS récidivent heureusement avec les blogs, les réseaux sociaux  et le social bookmarking. (Via Francis Pisani)
  • Une vidéo de six minutes réalisée par un expert sur le sujet pour une introduction au web sémantique à l'usage des non-geeks. Louable effort. (Via Nova Spivack)
  • Et puis (beaucoup) plus long et (un peu) plus compliquée que les vidéos précédentes : celle de la leçon inaugurale de Gérard Berry au collège de France, premier informaticien dans le domaine du génie logiciel à se livrer à ce genre d'exercice. Passionnante.
  • Dans la série, "des bases de données à la télé", BioMedCentral a ouvert depuis Septembre 2007 sa "chaîne" sur YouTube. Au programme : des interviews, des cours, une une belle vidéo de 3 minutes vantant les mérites de l'accès ouvert aux résultats de la science. Dans le même genre, le Babouin (de chez qui je tiens l'info) signale le site Scivee, qui veut "explorer de nouvelles manières de disséminer la science", et s'y emploie en permettant aux scientifiques de diffuser des vidéos. Scivee est d'autant plus intéressant qu'il se divise en deux parties distinctes : d'un côté des vidéos scientifiques à caractère pédagogique ou informatif, et de l'autre des PubCast (publication cast) qui associent à chaque vidéo, l'article scientifique qu'elle vient illustrer. Cette dernière catégorie est redoutablement efficace puisqu'elle permet - au choix - de faire figurer en face dudit article une interview du chercheur parlant de sa recherche et du contenu de son article, ou bien encore le film de l'expérimentation décrite dans l'article.
  • Des revues ...
  • La Criée est un blog, plus précisément "une tentative de distribution gratuite de périodiques gratuits mais non sans valeur. Elle est destinée à rendre utilisables rapidement les signets que je réunis pour alimenter AURELIE, le catalogue des périodiques électroniques du SCD de l’Université Toulouse 2." Possibilité de naviguer dans les catégories qui reprennent les 10 principales entrées de la Dewey. (Via MSEDoc)
  • Des droits ...
  • Une présentation de 6 minutes, réalisée par des bibliothécaires, pour expliquer aux chercheurs et scientifiques quels sont leurs droits (d'auteur) et comment in fine le conjuguer avec leurs devoirs (de chercheurs). (Via Pintini)

Technologies de la relation.

Je viens de visionner la conférence (?) de Joel de Rosnay qui parle des 4 âges du web comme suit :

  • "Internet 1.0 = Internet descendant.
  • Internet 2.0 = les contenus générés par l’utilisateur.
  • Internet 3.0 = Internet intuitif, sémantique
  • Internet 4.0 = web symbiotique, pervasif"
Cela me rappelle mes propres réflexions sur les trois âges documentaires du web, réflexions détaillées dans ce billet. Le "quatrième âge" non traité dans mon billet étant celui de la redocumentarisation du monde, laquelle correspond parfaitement au web pervasif et symbiotique décrit par De Rosnay.
L'autre expression employée et qui m'a paru très stimulante est celle des "technologies de la relation", juste une expression de plus pour un homme qui dispose d'un très pédagogique sens de la formule et de la métaphore (pourvu qu'il n'ouvre pas son blog, il serait capable de me chiper ma place de ouinneur), mais une expression qui décrit bien la réalité de nombre de services du web 2.0 préparant l'avènement du web 3.0.
J'aurai un seul (léger) désaccord avec Joël de Rosnay (ainsi qu'avec nombre des analystes et prospectivistes du web) : je suis absolument convaincu que le web 4.0 précèdera le web 3.0, c'est à dire que l'internet des objets, un internet "pervasif", ubiquitaire, immersif, précèdera l'avènement du web sémantique.

(Via Savoirs en réseau)

Livre sans Issuu

Repéré chez Aldus qui le tenait lui-même de chez La Feuille , le service Issuu est un nouveau site-web-widget permettant "d'éditer", de visionner sur le mode du feuilletage, et de widgetiser un livre sur un site Web (ou dans votre blog, ou dans votre réseau social).
Hubert Guillaud est incontestablement le champion du monde toutes catégories du traquage de widgets éditoriaux et son blog regorge de liens vers d'autres services semblables. Mais le service Issuu, s'il "n'invente rien", m'a vraiment impressionné par la facilité de mise en place et la qualité ergonomique de la restitution graphique du livre. Je n'ai fait qu'un petit essai avec le seul pavé que j'avais sous la main (ma thèse) et le résultat est là (un double-click sur le widget idoine vous permettra de le visionner en taille réelle, sinon, cliquez par là) :

En dehors du domaine de l'édition "stricto sensu", ce ne sont pas les scénarios d'usage qui manquent :

  • dans le cadre de l'accès à des ouvrages précieux ou rares en bibliothèque
  • pour consulter des documents ou des supports de cours à l'université (ça changera nos étudiants de l'éternel powerpoint ou du vieux pdf qu'ils téléchargent tous mais qu'aucun ne lit ...)
  • ...

A quand un rapport Pochard pour l'enseignement supèrieur ?

Je n'ai fait que parcourir (attentivement) le rapport de la commission Pochard sur la rédéfinition du métier d'enseignant (.pdf). Il n'est pas ici de mon propos d'entrer dans les débats et querelles auxquelles ce rapport donnera probablement lieu. D'abord parce que ce rapport ne concerne que les enseignants de la  maternelle au baccalauréat, et ensuite parce que j'ai suffisamment à faire (et à dire ...) sur le métier d'enseignant-chercheur. Pourtant (et c'est l'objet de ce billet) j'ai été frappé par la qualité formelle du rapport : celui-ci est un état de l'art conséquent, chiffré et sourcé, sur la condition enseignante dans notre pays. Tous les points y sont abordés, aussi bien sous l'angle sociologique qu'économique. Les propositions du rapport sont avancées sous la forme de scénarios, et deux scénarios sont systématiquement proposés (l'un plus radical, l'autre ménageant davantage les susceptibilités). Enfin, le rapport fait l'effort de situer chacune de ces propositions et de ces scénarios dans le cadre européen, et pas simplement de manière allusive en indiquant que "de toute façon il faut changer", ou autre "parce qu'ailleurs ça fonctionne mieux", et "ailleurs ils ne fonctionnent pas pareil qu'ici". Dans le rapport Pochard, le genre de tautologie précitée cède avantageusement la place à de réels comparatifs sourcés et factuels. Bref et indépendamment du fond, c'est un outil de travail solide pour toute discussion raisonnable sur le sujet.
Bref, je rêve que le métier d'enseignant-chercheur se trouve un jour lui aussi doté de son rapport Pochard. Pour mémoire, ce dernier (le métier d'enseignant-chercheur) a jusqu'ici du se contenter :

Et je vous fais grâce de la liste des rapport intermédiaires (voir en bas de cette page si vraiment vous y tenez) centrés sur la question de l'harmonisation de l'espace européen de la recherche (réforme LMD principalement). Bref, peu ou prou un rapport par an sur l'enseignement supérieur et l'université, un rapport tous les deux ans portant spécifiquement sur le métier d'enseignant-chercheur, et pour la bonne bouche, les dernières préconisations du rapport Attali (encore), dont celles concernant l'enseignement supérieur et l'attractivité des carrières attestent une nouvelle fois d'une incapacité à penser les spécificités françaises en dehors de l'ombre tutellaire d'un modèle américain qui remplit admirablement le double office de "prêt à penser" et de Gibolin universel. (la preuve par exemple chez TomRoud, notamment dans les commentaires du billet).
Alors oui vraiment, on aurait bien besoin qu'une commission Pochard se penche sérieusement sur le métier d'enseignant chercheur ...

Million books Baby

L'université du Michigan vient de fêter son millionnième livre numérisé (dans le cadre du programme Google Book Search). Elle a pour l'occasion :

C'est incontestablement un jalon historique dans la grande histoire de la numérisation, histoire pour laquelle Nicolas Morin rappelle l'argumentaire massu de Google : "Getting things done". Comme le rapelle par ailleurs Paul Courant, ce n'est là qu'une étape et il reste 9 ans pour atteindre l'objectif de 7,5 millions d'ouvrages numérisés, avec toute l'organisation bibliothéconomique que cela réclame.
Du côté de l'héxagone, on attend impatiemment le prochain salon du livre pour en (sa)voir un peu plus sur Gallica 2 qui - rappelons-le - présentera aussi bien des ouvrages libres de droits, que des ouvrages sous droits, en partenariat avec les éditeurs. Dans une récente entrevue au journal Libération, Bruno Racine revient sur ce projet dont je vous parlais déjà ici. Le même Bruno Racine donne également dans la rupture décomplexée et radicale avec son prédécesseur Jean-Noel Jeaneney : après avoir, pour ce dernier (Jean-Noel), tenté de mettre en ordre de bataille les bataillons bibliothéconomiques européens face à la déferlante de l'artillerie lourde Googléenne, le ton du premier (Bruno) se veut résolument plus pragmatique et court-termiste :

  • "Selon moi, il n’y a pas de guerre de religion dans ce domaine. (...) En ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention de faire la leçon aux bibliothèques qui ont signé avec Google. La force du modèle américain est de savoir faire converger par moments l’intérêt privé avec l’intérêt public. Notre objectif doit être de faire converger ces programmes distincts." Y'à qu'à demander.

Dans le même entretien, Bruno Racine rappelle que la décision de la BM de Lyon pour la numérisation de 500 000 ouvrages anciens est imminente et pourrait inaugurer le premier partenariat Français avec Google Books. Là encore, mon petit doigt me dit que le Salon du Livre 2008 devrait être riche en effets d'annonces ...
Dans ce paysage agité, on notera avec attention que de plus en plus de bibliothèques étrangères, à l'image d'un pragmatisme initié par la British Library, signent parallèlement avec les deux principaux acteurs de cette course aux contenus : ainsi l'université de Columbia, après avoir signé en Décembre 2007 avec Google, vient de signer avec Microsoft dans le cadre de l'Open Content Alliance. Le communiqué ne donne pour l'instant aucun chiffre sur le nombre d'ouvrages concernés. On sait seulement qu'il s'agira d'ouvrages libres de droits et que :

  • "Microsoft will digitize selected portions of the Libraries’ great collections of American history, literature, and humanities works, with the specific areas to be decided mutually by Microsoft and Columbia during the early phase of the project."

Le point que je grasseye n'est pas anodin : ce n'est certes pas la première fois que les grands moteurs-numérisateurs s'intéressent, en tant que prestataires, aux collections qu'ils numériseront ("leur contenu, leur caractère encyclopédique et multilingue, leur état" ...). Mais si cette démarche se systématise et si elle dépasse la simple prise de renseignements techniques nécessaires à la prestation, bref si les moteurs-numérisateurs se font également désormais les agents zélés de la force bibliothéconomique présidant au choix des collections et ouvrages à numériser ... que restera-t-il aux bibliothécaires à part peut être à inventer une nouvelle forme de sérendipité bibliothéconomique, la prescription aléatoire :-(
Enfin, sur ces questions je vous renvoie à l'intéressante table-ronde sur "Les perspectives de l'édition face à la numérisation" (.pdf) du colloque "Pour une nouvelle dynamique de la chaîne du livre", organisé en Octobre 2007 par la SGDL.

Big bang, big crunch et big bisou III

La meilleure analyse de l'affaire du Week-End n'est pas à lire dans les colonnes de vos quotidiens nationaux ou dans vos blogs favoris, mais dans un mail d'Hervé Le Crosnier envoyé sur quelques listes de diffusion et que je relaie ici (puisqu'Hervé est toujours SBF - sans blog fixe ...)
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La nouvelle vient de tomber ce vendredi midi : Microsoft vient de faire une offre de 44,6 Milliards de dollars pour Yahoo! Bon moment pour capturer dans ses filets un Yahoo! en perte de vitesse et surtout en manque de stratégie (l'offre précédente, en mai dernier portait alors sur 50 Milliards de dollars. -10% en huit mois). Yahoo! vient de licencier, et sous la forme discrète des communiqués économiques, Microsoft, prévoit de dégraisser encore ("la fusion des entreprises créerait des synergies permettant d'économiser un million de dollars par an").
Pour autant, ce deal est loin d'être ni acquis (depuis deux ans que l'on en parle, l'échéance est toujours repoussée), ni facile (la culture des deux entreprises est largement différente, ce qui rendra vraisemblablement la fusion peu efficace). L'offre de Microsoft est néanmoins significative des divers mouvements des principales plaques tectoniques de l'internet dans la situation actuelle. Ceux que j'appelle les "vecteurs", dont le métier principal est d'organiser de grandes banques de données des "intentions" de leurs usagers (le terme est de John Battelle). Revendre vos intentions à l'industrie de l'influence est, depuis le succès de Google et la croissance à deux chiffres de la publicité sur internet, le moteur principal, tant des innovations techniques que des stratégies de  rachat des firmes.
Dans le domaine publicitaire, la mobilité est une grande force. Rien n'est plus sensible à "l'air du temps" que la publicité. Une entreprise jeune comme Google y trouve plus de place que Microsoft, ou même Yahoo! qui a trop essayé de décalquer le modèle des médias autour de sa stratégie de "portail" (pour ne point parler de AOL, autre opportunité pour Microsoft).
La publicité "comportementale" en vogue, qui s'appuie sur la catégorisation des individus et l'insertion de l'influence dans le coeur même de l'information, favorise les méthodes "dispersées" plutôt que les stratégies de masse. Google, avec ses "adSense" proposées dans des millions de blogs peut jouer ce modèle, là où le succès de Yahoo! reste attaché à la fidélité (comportement de relation aux médias) des lecteurs pour ses "services en ligne" (de la vidéo à la musique ou au shopping bien plus que la recherche documentaire). C'est aussi, dans le même registre, une opportunité qui pourrait permettre à eBay de surmonter sa crise et de s'ouvrir comme véritable "vecteur" et non plus seulement "place de marché".
"Dis-moi ce que tu achètes, et je te montrerais ce que tu acheteras" est le crédo actuel, qui remplace la logique de "renforcement des marques". C'est une stratégie adaptée au pilotage à court terme qui semble s'emparer de l'économie mondiale (répercussion de l'inflation chinoise, fin des produits à très bas coût et prise de conscience, certes fragile, mais réelle, des dangers de l'externalisation des coûts écologiques).
Vendre maintenant, pour avoir les moyens de tenir la traversée du désert et rebondir sur les marchés à haute valeur ajoutée du futur ("nous avons gagné de l'argent à réchauffer la planète, nous en gagnerons à la refroidir"). Ce court terme induit néanmoins des concentrations économiques et des opérations techniques de grande ampleur, à la hauteur du saut vers l'inconnu que représente le numérique.
Si la stratégie est risquée pour Microsoft, notamment en raison de l'opposition "personnelle" de Jerry Yang, le fondateur de Yahoo!, elle semble néanmoins la seule possible. Il faut pour toutes ces entreprises surfer sur la vague de la publicité "contextuelle" et étendre son modèle aux autres médias.
Le centre de recherche sur la publicité AdLab de Microsoft n'a guère produit de nouveautés en ce domaine, se contentant de la géolocalisation, au départ appuyée sur la connaissance des usagers de Microsoft par le biais de leur système d'exploitation, mais depuis rendue accessible à tous par l'usage des numéros IP et des cellules de GSM. De son côté, Yahoo! a acheté à tour de bras les entreprises innovantes pour insérer de la publicité "évolutive" (i.e. différente en fonction du nombre de fois où l'utilisateur aura vu la même promotion) ou la contextualiser dans les médias continus, comme la vidéo et la musique (rachat de BlueLithium en août 2007, Right Media en mai 2007, ouverture d'un service de musique financé par la pub en janvier 2008...)
Pendant ce temps, Rupert Murdoch se frotte les mains. Sa stratégie de partir des empires des médias pour gagner l'internet (rachat de Ask, le moteur de recherche, après celui de MySpace, le réseau social, puis actuellement stratégie d'ouverture des API aux développeurs externes, MySpace suivant le chemin de Facebook). Le Wall Street Journal lui permet de jouer sur les deux tableaux : un accès premium payant (qui pourrait se passer de la manne des revenus réguliers de l'abonnement des entreprises à ce journal ?) et l'attraction d'un nouveau public par des extraits gratuits financés par la pub.
Ce marché de la publicité numérique est aussi assez majeur pour suggérer une ré-orientation des entreprises de ce secteur. Ainsi Publicis, dont la filiale Digitas vient de racheter "Communication Central Group" une des principales agences chinoises pour produire à bas coût (tant que ça dure) des publicités déclinées pour suivre le mood des lecteurs, tel qu'il est défini par ce qu'il consulte. Et aussi pour ouvrir le "marché chinois, russe ou brésilien", dont les économies en plein boom vivront avec une publicité "directement numérique, au travers des mobiles et de l'internet".
N'oublions pas non plus l'activité multisectorielle des opérateurs de télécoms : devenir vecteur quand on maîtrise déjà une "économie de compteurs" semble une opération doublement gagnante... même si l'investissement technique représente un gap important : avoir un moteur de recherche adapté au web, mais aussi, et certainement surtout, aux médias (vidéo et son) et au mobile (présentation adaptée, doublée de la gélocalisation et de l'échange par auto-reconfiguration de réseaux sociaux de proximité - "twitter like"). De ce point de vue, la relance du moteur de Orange en décembre dernier ne remplit pas toutes les conditions. Alors que le site d'Orange est le troisième site le plus visité en France, son moteur culmine entre 1 et 2 % des recherches...
Ajoutons aussi que la constitution de vecteurs qui peuvent disposer à la fois des revenus publicitaires, de la maîtrise des contenus et, même si on n'en parle pas assez, de l'autonomie de leurs infrastructures (serveurs et de plus en plus réseaux) fait par ailleur peser le risque d'une balkanisation de l'internet.
Le débat sur "la neutralité du réseau" a suscité chez les grands vecteurs, qui ont pris la tête de la campagne, la volonté de s'affranchir des "common carriers" qui ont fait le succès de l'internet (construction coopérative, chacun apportant sa contribution au réseau global, ce qui a permis, malgré les nombreuses annonces catastrophiques, de rendre très rares les phénomènes d'engorgement).
Le projet annoncé puis repoussé, puis ré-annoncé d'un "GooglePhone" et d'un réseau mobile autonome est un indice que ce fer reste sur la forge, prêt à servir. D'autant qu'il pourra s'appuyer sur la multiplicité des "data centers" de Google aux quatre coins du monde (aujourd'hui les pays asiatiques sont en concurrence pour accueillir le prochain...). Une stratégie d'implantation de centres serveurs et d'un backbone autonome que suit aussi Amazon, même si son activité de "libraire en ligne" n'a pas besoin d'une telle capacité de calcul (aujourd'hui, c'est l'usage des web services, en attendant la diffusion de la musique, qui est devenu principal au sein du réseau de Amazon).
Bref, la bataille des gros bras des industries convergentes, dont la fusion (ou l'OPA inamicale) de Microsoft et Yahoo! telle qu'annoncée ce matin est l'indice du jour, doit nous rappeler que l'internet est à la fois le produit de l'investissement personnel, non-marchand des millions d'internautes, qui le nourrissent en données et en idées, et aussi le produit de l'investissement bien matériel, en espèces sonnantes et trébuchantes, pour obtenir le contrôle des "vecteurs", mélange détonnant de contenus et de tuyaux, d'une économie de dispersion multicentre et de la concentration des petites rivières, de la vente d'espace (publicitaire) et de la construction d'un espace réseau (matériel)...
Pas seulement un nouveau modèle économique, mais bien une économie entière qui ré-organise le monde des informations, de la communication... mais surtout demain le monde de la production et l'organisation de la vie publique. Avec de nouveaux béhémots industriels capables de dessiner à la place des citoyens les formes de "régulation" et de contrôle... si nous n'y prenons garde.

Hervé Le Crosnier
Caen, le 1 février 2007
licence Creative Commons by-nc

Sources et approfondissement :
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Microsoft Bids $44.6 Billion for Yahoo
The New York Times, 1 février 2008
http://www.nytimes.com/2008/02/01/business/01cnd-yahoo.html

With Yahoo deal off, what next for Microsoft?
By Elizabeth Montalbano, IDG News Service, 05/08/07
http://www.networkworld.com/news/2007/050807-with-yahoo-deal-off-what.html

It’s an Ad, Ad, Ad, Ad World
By Louise Story; The New York Times, 6 août 2007
http://www.nytimes.com/2007/08/06/business/media/06digitas.html

Avec Smart Ads, Yahoo veut créer des publicités à la volée
Estelle Dumout, ZDNet France, 4 juillet 2007

Sur l'impact de l'internet sur le mode de production, y compris
des biens matériels, voir le site de la P2P Foundation
p2pfoundation.net/

Et puis mon mémoire de HDR qui parle (entre autre..) de la
notion de vectorialisme
Réseau, bibliothèques et documents numériques : architecture
informatique et construction sociale
http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00204139/fr/

En ce domaine, la lecture de la science-fiction est toujours
une pratique qui ouvre les yeux :
Cory Doctorow : EnGooglés (traduction de Scroogled)
http://cfeditions.com

Neal Stephenson - Le Cryptonomicon - Payot SF (3 tomes)