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« novembre 2007 | Accueil | janvier 2008 »

40 ans de l'INRIA

L'INRIA, pour son quarantième anniversaire a convié quelques conférenciers exceptionnels à venir s'exprimer sur les technologies de l'information et leur(s) révolution(s).
Vous pouvez donc entendre et voir :

  • Michel Serres : "Nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive." Il y revient longuement sur la notion d'externalisation (de nos mémoires notamment), ce qu'il appelle dans ses livres "l'exo-darwinisme de la technique". Il y développe également une notion clé : "nous changeons de politique, de religion, de langue (...) dès que nous changeons de support". Je ne vous en dis pas plus, mais la fin de sa conférence vaut son pesant de cacahuètes ... Je ne vous en donne que la formule, mais courrez entendre l'original : "L'ordinateur, c'est votre tête, la tête de Saint Denis" (evêque décapité prenant sa tête dans ses mains).
  • Bernard Stiegler : "Le réseau numérique à l'origine d'un nouveau modèle industriel." Il y parle d'une "économie de la contribution" dont le secteur culturel serait "l'avant-garde". Et il présente surtout longuement "son" logiciel de délinéarisation cinématographique baptisé "Lignes de temps". Enfin, ce que tout le monde appelle le "piratage", Stiegler le décrit comme "la création de relations symboliques entre communautés". C'est quand même plus joli vous ne trouvez pas ? :-)

De quoi commencer ou terminer ses vacances un petit peu plus intelligent qu'avant. Bonnes vacances :-)
(Via Interstices)

Membres nommés CNU 71ème section.

Pour info, parce que cela peut toujours être utile (si vous connaissez quelqu'un qui connaît quelqu'un qui ...), et parce que tout le monde ne lit pas le JO tous les jours ...
(rappel : chaque CNU est composé de membres élus - par les enseignants chercheurs - et de membres nommés - par le gouvernement)
Les membres nommés du CNU en 71ème section (sciences de l'informaiton et de la communication) sont :

  • Pour le collège des maîtres de conférences :
  • Mme Appel (Violaine), université Nancy-II.
  • M. Chante (Alain), université Montpellier-III.
  • Mme Parrini (Sylvie), épouse Alemanno, université de Nice.
  • Mlle Wrona (Adeline), université Paris-IV.
  • Pour le collège des professeurs :
  • Mme Boursin (Françoise), Ecole des hautes études en sciences de l'information et de la communication. (où je découvre l'existence de cette haute école ... ah ben non, c'est le (nouveau ?) nom du CELSA)
  • M. David (Amos), université Nancy-II.
  • M. Quoniam (Luc), université de Toulon.
  • M. Wuilleme (Bernard), université Lyon-III.

(Source : J.O n° 295 du 20 décembre 2007 page 20524, texte n° 108)

Au fait, si quelqu'un sait comment et sur quelles bases sont constituées ces "nominations", je veux bien l'info car j'avoue n'en rien savoir. (mais non c'est pas pour être candidat, je viens à peine d'envoyer ma lettre de démission de vice-président de la commission de spécialiste)

<Update> On me signale par mail à l'instant que le ministère les nomme (les membres nommés) "pour leurs hautes qualités". Ce qui concrètement veut dire qu'ils sont généralement proposés par l'un des membres élus qui est politiquement le plus proche du pouvoir en place sans autre vérification de la part des services ministèriels. Dans les textes officiels, il s'agit pour le ministère, à travers les membres nommés de corriger les inégalités géographiques, de sexe et de spécialité dans les disciplines. Suite à quelques crises internes, il avait été décidé que les présidents sortants des commissions ainsi que certains membres nouvellement élus (lesquels???) feraient des propositions au ministère. Dans les faits on s'aperçoit bien sûr que les choses ne changent guère car les propositions sont consultatives et le ministère fait ce qu'il veut, c'est à dire qu'il sert ses intérêts en nommant des amis... Moultes exemples existent de personnes contactées par l'un des membres élu d'une CNU leur dedmandant si il accepterait d'être nommé et de voter comme il le faut pour l'élection du président. Dans le contexte politique actuel (loi pécresse) il est clair que ces nominations, toutes sections confondues, ne sont peut-être pas étrangères à l'assourdissant silence qui règle dans les CNU. Ce qui - je maintiens - demeure problématique, car après la mise au pas des commissions de spécialistes, les CNU doivent s'attendre à voir leur rôle amoindri ou réduit à la portion congrue "consultative". </Update>

Séminaire Réseaux Sociaux : suite et fin.

Après l'annonce officielle et les deux teasings (ici et ), mon diaporama est comme promis disponible et téléchargeable sur Slideshare. (en téléchargeant le fichier vous récupérerez les commentaires sous certaines diapos un peu délicates à expliquer sans le son :-)

Les autres powerpoints des autres intervenants devraient être bientôt mis en ligne sur le site du Gdr-Tics.
La journée fut (de mon point de vue) une vraie réussite :

  • il y avait un public nombreux (une bonne centaine de personnes - étudiants, enseignnts, chercheurs, mais aussi plein de gens du "monde de l'entreprise"), ce qui change un peu des colloques affichés "internationaux" avec pour seule assistance les amis et la famille de l'intervenant
  • les conférenciers avaient tous bossé leurs transparents et leur problématique (ce qui change un peu des colloques où l'on vous assène la lecture d'un article sans envisager un seul instant que si c'est pour lire un article ... ben on peut le faire tranquillement chez soi)
  • les interventions se complétaient et formaient une belle harmonie de problématiques et d'approches (des communications relativement théoriques, d'autres plus illustratives, la démonstration d'outils, des exemples fournis et choisis, un questionnement diachronique pour articuler les problématiques actuelles autour des réseaux sociaux ...)
  • de réelles synergies entre les thématiques et les approches présentées (identité numérique, redocumentarisation du monde, industries culturelles, théorie des graphes). C'était tellement bien qu'on avait envie de prolonger la discussion et de bâtir des projets et des programmes de recherche tout en vidant des verres de bière. Ce qui change des colloques où on est très content ... de rentrer chez soi.

Chapeau donc a Evelyne Broudoux (aka "grande rêtresse de l'autoritativité") et à Ghislaine Chartron pour l'organisation de cette journée et le travail mené dans le cadre du groupe "Acteurs et production numérique éditoriale".

Teasing n°2 ... Lundi 17 Décembre ... Réseaux sociaux au CNAM

c'est donc demain au CNAM.
A la question : "L'Homme est-il un document comme les autres ?" (titre de mon intervention), je répondrai : OUI. A cause du complexe de l'antilope :
Diapositive17

Googlepedia s'appellera "Knol", ou comment monétiser l'autorité

Le dernier billet du blog officiel de Google annonce le lancement prochain, sur invitation seulement, d'une béta version de "knol". Qu'est-ce que "knol" ? Pour mémoire, rappelons que Google, après avoir gagné la guerre de l'information en s'étant de facto positionné comme un guichet unique (dans les usages courants tout au moins) sur l'ensemble des services "informationnels" aujourd'hui disponibles, Google depuis 2004 s'est lancé dans une bataille autrement plus délicate mais également plus essentielle : la bataille de la connaissance. Sa première offensive concerna la connaissance "labellisée", "inscrite", faisant autorité et disposant d'auteurs "in nomine" : ce fut le projet GoogleBooks. Un projet qui donna chair et corps à la notion de "société de la connaissance" qui n'existait jusqu'à lors que dans les arrières cours de la commission européenne ainsi que dans les travaux de quelques scientifiques (Pierre Lévy notamment mais pas exclusivement).
La deuxième offensive est aujourd'hui lancée : "knol" (contraction de "Knowledge") se veut un service encyclopédique "à la manière de wikipédia" qui ne dit pas son nom.
Le mieux est encore de traduire la description dudit service telle qu'elle est livrée sur le blog de Google. Extraits choisis donc (et traduits) :

  • Un projet en quête d'auteurs / d'autorité
  • "Notre but est d'encourager les personnes qui connaissent bien un sujet à écrire un article de référence ("authoritative article") sur ce sujet."
  • "L'idée clé du projet est de mettre les auteurs sur le devant de la scène. (...) Nous pensons que savoir qui a écrit un article aidera de manière significative les usagers à faire un meilleur usage du web."
  • "Un "knol" sur un sujet particulier a vocation à être la première chose que doit lire quelqu'un qui cherche quelque chose à ce sujet sur le web."
  • La toute puissante infrastructure frappe encore
  • "un "knol" est juste une page web (...) Google fournira les outils faciles à utiliser de création et d'édition et hébergera gratuitement les contenus." <= ce dernier point est important pour ne pas dire crucial quand on connaît les difficultés d'hébergement auxquelles est confrontée Wikipédia.
  • Politique éditoriale : pas de politique éditoriale
  • "tous les sujets seront couverts : concepts scientifiques, information médicale, histoire, géographie, produits ("information products"), loisirs ..."
  • "Les gens pourront proposer des commentaires, des questions, des contenus additionnels. Tout le monde pourra voter pour un "knol" ou donner ses impressions. Les knols inclueront des références bibliographiques et des liens vers des informations complémentaires" => c'est ici une différence de taille avec Wikipedia puisque le contenu des articles de sera apparemment pas éditable.
  • Autorité = monnaie
  • "A bon vouloir de l'auteur, un "knol" pourra inclure de la publicité. (...) Google lui reversera alors une part substantielle de ces revenus publicitaires." L'indication de cette part "substantielle", ainsi formulée, peut laisser penser qu'elle sera supérieure à celle traditionnellement reversée via les offres publicitaires standards de Google. Ce qui là non plus n'est pas sans risque, une société commerciale se trouvant de facto en situation de rétribuer des auteurs (scientifiques ou non) sur la base de la notoriété qui sera accordée à leur(s) article(s), ce qui entraînera mécaniquement une course à l'écriture d'articles susceptibles d'être les plus lus, les plus vus, et donc les mieux rétribués. Je vais endosser une nouvelle fois ma panoplie de Cassandre, mais imaginez ce que peut donner un tel système non-régulé dans le cadre, par exemple, des publications en pharmacie ou en médecine, quand on connaît déjà les dérives de certaines publications dans ce domaine, largement sponsorisées par des grands groupes industriels et pharmaceutiques ... (l'exemple choisi par Google pour illustrer son projeet Knol n'est d'ailleurs pas innocent : il s'agit d'un article de médecine traitant de l'insomnie, rédigé par un auteur "faisant" autorité - une prof. de l'université de médecine de Stanford). Si le modèle marchand de la bibliothèque (GoogleBooks) est porteur de grands dangers (prime à l'accès, pas de roulement des fonds, aucune représentativité de l'état des connaissances à l'instant "t", etc.), le modèle marchand de l'encyclopédie - et plus globalement du cycle de validation de l'autorité - l'est tout autant, et peut-être davantage.

Conclusions ?

  • Primo, l'analogisme avec Wikipedia, ou plus précisément avec les projets dérivés en quête d'autorité (Véropédia, Citizendium) est trop frappante pour ne pas être soulignée. Avec son projet knol, Google réalise stricto sensu le projet initial de wikipedia (baptisé Nupedia) : une encyclopédie "populaire" par la couverture des sujets autorisés (= non-exclusivement scientifiques), et reposant sur des experts. C'est bien connu, les bonnes idées n'appartiennent à personne. Mais tous les obstacles ayant fait avorter le projet initial de Larry Sanger (difficulté à mobiliser des experts, difficultés de stockage et d'hébergement ...) sont d'emblée solutionnés par l'effet de la marque Google, et par ses infrastructures hors du commun.
  • Deuxio : Citizendium va avoir du mal à se faire une place au soleil dans l'ombre d'un tel géant ...
  • Tertio : ce lancement de "knol" par Google renvoie à une vision assez fine des attentes de ses utilisateurs.  On avait déjà remarqué la place très particulière et prépondérante - près de 30% des premiers résultats - qu'occupaient les liens Wikipédia dans les résultats des principaux moteurs (voir notamment ici, ici et récemment ), ce qui était en soi la meilleure confirmation possible de l'intérêt du "projet encyclopédique". En développant son propre service, Google régle en une seule fois deux problèmes : celui de l'accusation qui pouvait lui être faîte de survaloriser les liens en provenance de Wikipedia, et - surtout - celui de voir ses utilisateurs sortir de la sphère Google pour s'en retourner sur l'encyclopédie wikipédia, à peine y étaient-ils entrés (dans la sphère Google) : le public est ainsi encore plus captif qu'auparavant, et Google à tout loisir de monétiser, d'analyser et de profiler nos navigations numériques.
  • Quatrièmement : Google va même plus loin en inversant ce risque potentiel (celui de voir ses utilisateurs captifs "migrer" vers un autre service) : "Google ne demandera aucune exclusivité pour ses contenus et les rendra accessibles à tous les autres moteurs de recherche", qui seront donc gentiment invités pour accroître leur propre "pertinence" à renvoyer ... vers un service Google ...
  • Cinquièmement : c'est l'avènement d'une nouvelle forme d'encyclopédisme. Un encyclopédisme non plus savant mais "d'usage" : "L’accès aux documents n’est plus subordonné aux modes de classement et d’organisation. Ce sont les modes de classement et d’organisation qui sont inférés de l’accès au document et de l’analyse de son contenu. On parlera d’un encyclopédisme d’usage à partir du moment où ces parcours de recherche, d’accès et de consultation sont récupérés et réinjectés dans l’organisation de la bibliothèque virtuelle (Internet en est évidemment le premier exemple) pour organiser, à l’aune de ces parcours, les nouvelles données devant être
    classifiées.
    " (p.307 de ma thèse) Le danger ne vient donc pas de ce nouvel avatar du projet encyclopédique, mais de la logique marchande qui le conditionne.
  • sixièmement : le défi que s'apprête à relever Google est d'importance et nous concerne tous, bien au-delà du simple enjeu technologique qui le sous-tend : il s'agit de savoir quelle est la meilleure manière possible de croiser autorité ET notoriété, autrement dit de savoir quelle place accorder à l'autorité au sein d'un principe de classement et d'une représentation du monde reposant essentiellement sur un indice de notoriété. Cet enjeu tient en une phrase dans le billet de Google, mais il prime à mon sens sur tous les autres : "Notre boulot au département "Search Quality" sera de classer (to rank) les knols de manière appropriée quand ils apparaîtront dans les résultats de recherche". En ce domaine, la transition d'un PageRank à un modèle de type TrustRank ne sera pas aisée. Sauf à croire que le test de Turing est résolu, et qu'un "simple" agencement machinique est aujourd'hui en capacité de tracer les frontières de l'autorité dans l'accès de chacun à la connaissance.   

Il ne reste plus qu'à attendre pour voir si l'effet Google jouera à plein, et si "knol" sera le nouveau pilier d'une révélation cognitive en comptant déjà 3. En attendant, il est clair que la stratégie de Google est bien cadrée : "standing on the shoulders of giants" comme l'affirme l'incipit du service Google Books. Asseoir l'autorité de Google (et de ses services) sur la question de la mise en avant "des autorités".

Voir aussi ce qu'en disent : Didier Durand, Read/WriteWeb, Jean-Michel Salaun, Google Blogoscoped (qui insiste également sur les risques de l'impact de ce service sur la neutralité de la recherche)

<Update PUB>Télérama a bien aimé mon billet</Update>
 

Teasing ... Lundi 17 Décembre ... Réseaux sociaux au CNAM

Il n'est peut-être pas trop tard pour vous inscrire ...
De mon côté, je peaufine ma présentation sur le thème "L'homme est un document comme les autres" ...

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Zéro recrutement à l'université en 2008-2009

Suite à mon billet "Je pense à eux" (qui s'est retrouvé dans la check-list envoyée aux abonnés du journal Le Monde ainsi que sur l'un des forums du MoDem, d'où probablement une bonne part des récents pics de visite sur Affordance), dans lequel j'indiquais qu'aucun recrutement ne se ferait à l'université à la rentrée 2008-2009, j'ai reçu pas mal de mails me demandant des précisions sur mes "sources".
Mais comme vous le savez, un bon journaliste ne dévoile jamais ses sources, sinon hop à la DST en garde à vue et si tu craches pas le morceau tu verras plus ta femme et tes filles. Bon ben alors d'accord, je vais vous donner des noms. Mais non, je plaisante, je ne suis pas journaliste :-)
Voici donc ce qui me permet d'affirmer qu'il n'y aura pas de création de poste à l'université pour la rentrée 2008-2009.
Fin Juillet, les présidents d'université reçoivent chaque année les directives administratives concernant le mouvement de recrutement de la rentrée. Cette année (2007-2008) les directives pour la rentrée (2008-2009) sont parvenues très, mais alors très très tardivement aux présidents. Quand elles furent enfin là, il s'aperçurent que, via la procédure ministérielle habituelle, ils pouvaient déclarer des vacances de postes (départs en retraite), mais ne pouvaient demander aucune création de poste. Et quand ils ont demandé pourquoi, on leur a répondu qu'il n'y aurait aucune création de poste à la rentrée et qu'ils devaient s'estimer heureux que l'on ne leur en supprime pas (comme dans le secondaire ...).
Voilà, vous en savez autant que moi. Et j'ai protégé mes sources ... Ah pardon, il faut que je vous laisse, on sonne à la porte ...

Hors-sujet (?)

C'est la triste chronique d'une indignation qui a, en ce moment, une fâcheuse tendance à devenir tristement quotidienne.

Et dans un autre genre, le ciseau d'or de la censure est attribué à Jean-Robert Pitte, président de l'université Paris 4, grand défenseur de la loi LRU, qui n'a rien trouvé de mieux que de couper le courant pour empêcher la diffusion du film "Universités, le grand soir".
Nous vivons une époque formidable.
A part ça ma suggestion d'une démission collective de tous les membres de commission de spécialistes commence à faire son chemin. Elle sera notamment débattue dans diverses AG ce week-end à Paris (eeeeeeeeet oui, n'en déplaise à Jean-Pierre Pernaud, des AG continuent de se tenir dans les universités, rassemblant nombre d'enseignans-chercheurs, mais rassure-toi Jean-Pierre, elles se tiennent le week-end pour ne pas prendre les étudiants-usagers en otage).

Ontologies

La notion d'ontologie est depuis déjà quelques siècles au coeur de la pensée philosophique. Elle est depuis ses débuts au coeur du domaine de l'ingénierie des connaissances. Elle est enfin depuis très récemment vivement débattue dans le cadre de la mise en place d'un web sémantique.
Les trois ressources suivantes vous permettront, chacune à leur manière d'en approcher les enjeux :

  • "Comment les ontologies ont changé ma vie" est une remarquable parabole illustrant les reltions complexes qui unissent des objets et des univers de discours et de relations tentant de rendre compte de leur nature profonde. C'est aussi un petit bijou d'humour pédagogique :-)
  • "Ontologies informatiques" est un texte scientifique de Fabien Gandon (INRIA / W3C) en 5 parties publié sur le site )i(nterstices qui propose une découverte de la notion d'ontologie et de ses applications.
  • Et puis il faut enfin voir et/ou revoir la vidéo Information (r)evolution de Michael Wesh, qui parvient à mettre en abîme à sa manière si particulière et si pertinence, la dialectique de l'ordre et du chaos qui au coeur même des ontologies et de leur entreprise de description du monde, de notre monde. Une vidéo qui permet également de mieux comprendre pourquoi la question ontologique est au coeur des mécanismes d'inscription, de partage, de création et d'organisation du web de demain.

Monsieur le président, je vous fais une lettre ...

(Le site de Sauvons la recherche étant ces derniers temps victime de son succès - c'est à dire souvent inaccessible - je republie ici une contribution postée là-bas.)

Nous sommes nombreux, enseignants-chercheurs, à faire partie de commissions de spécialistes, ces mêmes commissions qui seront supprimées dès cet été. La rentrée universitaire 2008-2009 se fera, c’est désormais acté, et c’est totalement et malheureusement inédit, sans aucune création de poste d’enseignant-chercheur. J’invite donc l’ensemble des collègues à lire et proposer des corrections à la lettre de démission ci-dessous, avant de l’envoyer (massivement ?), pour celles et ceux qui la trouveront pertinentes, à leur président d’université et au président de la commission de spécialiste dans laquelle ils siègent, avec "copie pour information" au président de leur section CNU. Si cette démarche suscite suffisamment d’intérêt et de réactions, elle pourrait avoir un impact médiatique et administratif relativement fort, et notamment obliger les CNU à prendre clairement position sur cette question, leur actuel assourdissant silence étant la source de bien des (tristes) interrogations ...

Cette lettre restera affichée en ligne pendant une semaine, après quoi, si aucun autre mouvement d'ampleur n'est décidé, je l'enverrai aux personnes mentionnées dans le courrier.


                        Monsieur le président de l’université de Nantes,
                        Monsieur le président de la commission de spécialistes 70-71ème section,

Pour information, copie adressée à Madame la présidente du Conseil national des universités en 71ème section (Sciences de l'information et de la communication) 

                                                                    Monsieur,

Je viens par la présente vous demander de prendre acte de ma démission de mon poste de vice-président de la commission de spécialistes de 70-71ème section de l’université de Nantes. Dans le cadre de la nouvelle loi dite "d’autonomie des universités" ou loi LRU, les commissions de spécialistes seront dissoutes. Parmi les raisons invoquées, le localisme et le copinage sont autant de travers depuis longtemps déjà dénoncés dans le cadre du fonctionnement de ces commissions. Ces imperfections, si elles pouvaient donner lieu à quelques inacceptables abus, restaient cependant largement minoritaires. Et les remèdes et solutions alternatives étaient depuis déjà longtemps connus. Mais la nouvelle loi n’en tient aucun compte. Bien au contraire, elle érige en système et rend malheureusement encore plus incontournables l’ensemble des travers sus-cités, elle les aggrave de manière inédite en reléguant l’essentiel - la confrontation scientifique avec ses pairs - au rang de l’accessoire, et elle introduit dans le système de recrutement un risque réel et dangereux de précarisation. Au lieu de préserver ce qui fait l’essence même du postulat d’excellence du recrutement universitaire, au lieu de proposer des logiques d’évaluation permettant, toujours au travers du regard de ses pairs, d’améliorer la qualité de l’enseignement et de la recherche ainsi que de ceux qui la font, au lieu de prendre le problème du localisme et du clientélisme en amont en interdisant par exemple aux universités de recruter des candidats "locaux", la loi LRU préfère renforcer l’arbitraire sans offrir aucune garantie d’indépendance ou de lisibilité supplémentaire sur le processus de recrutement des enseignants-chercheurs.
Par ailleurs, il semble désormais acquis qu’aucune création de poste ne se fera lors de la rentrée universitaire 2008-2009.
En conséquence, prenant acte du sursis de quelques mois qui est accordé aux commissions de spécialistes, prenant acte de la mascarade des discours ministériels qui, tout en reconnaissant l’importance du taux d’encadrement des étudiants pour la réussite de leurs études, s’obstine à refuser les moyens humains nécessaires à une telle réussite, je vous demande, Monsieur le président, de prendre acte de ma démission du poste de vice-président de la commission de spécialistes 70-71ème section à compter de ce jour.

Souhaitant qu’une autre politique d’enseignement et de recherche soit encore possible, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de l’université de Nantes, mes salutations scientifiques et citoyennes.

Raison d'état

Il y a des jours, où, pour le croire, il faut avoir la télé.

Agenda : séminaire INRIA 2008

Je participerai au séminaire INRIA 2008. J'ai été contacté pour intervenir dans ce séminaire pour proposer une vue prospective sur les moteurs de recherche. J'en suis ravi car en plus d'y être en très bonne et experte compagnie, les ouvrages qui paraissent à l'occasion de ce séminaire "résidentiel" qui se déroule tous les deux ans, "font référence" et sont venus régulièrement enrichir ma bibliothèque quand j'étais encore jeune doctorant.
Voici le programme officiel du séminaire qui se tiendra du 29 septembre au 3 octobre 2008 (ce qui vous laisse amplement le temps de vous inscrire :-)
Le titre :
METADONNEES : MUTATIONS ET PERSPECTIVES
Le Pitch : Alors que la majorité des ressources documentaires (textes, sons, images, données...) sont maintenant "en ligne", la question de leur accès se pose de façon toujours plus difficile. Pour que la recherche d'information gagne en pertinence et pour que l'accès aux ressources numériques soit facilité, index, thésaurus, taxonomies, ontologies et autres formes  de langages documentaires co-existent dans un web qui devient de plus en plus sémantique. Il nous semble important de faire le point à l'occasion du prochain Séminaire INRIA "IST et informatique".
Où, quand, pour qui : Ce séminaire au lieu du 29 septembre au 3 octobre 2008 (lieu non encore défini). Ils s'adresse aux documentalistes, bibliothécaires et plus largement aux professionnels confrontés aux problèmes de visibilité de leurs ressources en ligne. Les personnes désirant recevoir des informations complémentaires lors de l'ouverture des inscriptions peuvent le signaler en adressant un message à :
ist2008@inria.fr
Programme : 

  • Langages  de représentation : cartographie et usages. Sylvie Dalbin /  ATD
  • Moteurs de recherche : les tendances (modèle  économique, aspects techniques et sociétaux). Olivier Ertzscheid /  Université de Nantes
  • Analyse des usages pour améliorer l'accès aux ressources. Anne Boyer / Université de  Nancy 2
  • Vocabulaires contrôlés et normes. Sylvie Dalbin  / ATD
  • Modèles  économiques du web et des métadonnées. François  Moreau / Cnam
  • Les langages du Web sémantique. Bernard Vatand / Mondeca
  • Audiovisuel  et métadonnées. Bruno Bachimont / Ina ­ Utc
  • Le web du futur. Fabien Gandon / INRIA ­ W3C

Affordance

(Pour archivage et repérage personnel)

Bilan :

  • Cap des 300 000 visiteurs franchis
  • Après une courbe stagnant depuis 10 mois entre 200 et 300 visiteurs uniques quotidiens, le cap du millier de visiteurs uniques quotidiens est franchi et régulièrement dépassé depuis une dizaine de jours. Les raisons : beaucoup de visites en provenance de chez FredCavazza (merci Fred) concernant les récentes annonces de Google, une apparition dans la Checklist électronique du journal Le Monde (sur la question de la réforme de l'université), et naturellement la très récente actualité pipol du dîner chez Valérie Pécresse.
  • 1168 Notes
  • 1691 commentaires
    • avec quelques pénibles trolls injurieux suite à mes derniers billets sur l'université,
    • mais je conserve les commentaires ouverts et non modérés pour préserver l'espace de parole de ceux qui usent de l'anonymat par contrainte et non par choix, et qui le font de manière consctructive,
    • quitte à bannir définitivement l'adresse IP desdits trolls :-)
  • 220 trackbacks (trop peu à mon sens au regard de l'intérêt de la chose, mais c'est hélas effectivement de plus en plus laborieux de mettre en place un trackback, y compris sur ses propres billets ... dommage ... très dommage)
  • 12 à 15 heures par semaine dédiées exclusivement à Affordance (fourchette basse, temps de débroussaillage/lecture/digestion des fils RSS et temps de rédaction des billets inclus)
  • 397 messages dans ma boîte mail portant la mention "à blogguer".
  • De moins en moins de billets courts pour de simples signalements
  • De plus en plus de billets longs (voire très longs au regard du format blog "habituel")

Constats :

  • Activité de plus en plus chronophage en amont, aspect largement compensé par l'énorme gain de temps en aval pour la confection de nouveaux cours, de nouveaux articles scientifiques, de nouvelles conférences.
  • ma boîte mail dans laquelle je stocke tous mes repérages intéressants sur la toile (en vue d'en faire un jour peut-être un billet), remplit pleinement son rôle de filtre éditorial "temporel", elle explique également l'allongement de la longueur des billets (j'essaie de ne rédiger des billets que quand je peux m'appuyer sur au moins deux ou trois sources convergentes traitant ou tournant autour de ce qui me semble pouvoir être rassemblé sous une même problématique)
  • la conviction chaque jour plus forte que sur ces thématiques (traitées par affordance) et sur d'autres (NTIC au sens large), il y a de la place et du boulot à temps plein pour tout un tas de gens, dans le cadre d'une parole scientifique citoyenne assumée exposée, et qu'il serait peut-être temps que l'institution se penche attentivement sur ces questions. 

Autorité, notoriété et représentativité : devine qui vient dîner ?

Bon ben voilà, c'est fait. C'était donc mardi soir qu'une quinzaine de bloggueurs se sont rendus à l'invitation de Valérie Pécresse.
A lire leurs différents compte-rendus on apprend pêle-mêle que les sujets abordés furent très, mais alors très très larges :

  • "fracture numérique" (mais il n'y avait aucun auteur du rapport de la FING sur la question)
  • "taux d'équipement des ménages" (mais il n'y avait aucune ménagère)
  • "taux d'équipement des étudiants" (mais il n'y avait aucun étudiant)
  • "identité numérique" (mais il n'y avait aucun intervenant du séminaire du 17 Décembre au CNAM, ah ben si, moi, mais j'ai décliné l'invitation ...),
  • "prééminence de Google" (mais il n'y avait ni Jean Véronis, ni Jean-Michel Salaün)
  • "internet mobile", "internet des objets" (mais il n'y avait aucun journaliste d'InternetActu ni aucun des experts interviewés dans leurs incontournables colonnes sur ces sujets)
  • "industrie du jeux vidéo" (mais il n'y avait aucun industriel travaillant dans ce secteur)
  • "la diffamation sur le net" (mais il n'y avait aucun avocat ni aucun spécialiste des questions juridiques) ...

La palme du compte-rendu le plus complet est attribuée à Eric Dupin. Celle du compte-rendu le plus pertinent est attribuée à Sébastien Billard. Celle du compte-rendu le moins journalistique pour l'unique détenteur d'une carte de presse est attribuée à Gilles Klein (tâcle amical cher Gilles, mais quand on est journaliste et au coeur de l'événement, faut essayer d'i-n-f-o-r-m-e-r les lecteurs, et à ce titre nous indiquer "qu'il n'y avait pas de fromage" mais que vous avez "grignoté un bout de fromage en rentrant" ne me semble pas particulièrement pertinent, pas davantage d'ailleurs que de tenter d'enduire d'erreur vos lecteurs en me réduisant à un enseignant gréviste contre la LRU, ce qui n'était vraiment pas la motivation de mon refus, ce que vous auriez pu facilement découvrir si vous aviez fait votre boulot de journaliste, puisque je m'en suis longuement expliqué chez un autre - journaliste, mais c'est vrai qu'avec tous ces bloggueurs qui bossent mieux que les journalistes, y'a plus vraiment besoin de journalistes, hein ?)

Pour les autres, vous irez vous faire votre propre avis , , , et encore .

Je maintiens qu'il est dommage de s'en tenir à un panel hétéroclite. Ce n'est d'ailleurs probablement pas le fruit du hasard si parmi les points communs de l'ensemble des compte-rendus on trouve le suivant : "il faudrait des rencontres avec des thématiques plus ciblées avec de vrais spécialistes dans chacunes des questions." Ce qui ne remet pas en cause les qualités individuelles des convives, mais qui laisse effectivement en suspens la question : "sur ces sujets pourquoi eux plutôt que 35 autres millions de français qui ont aussi un avis là-dessus ?", et surtout "pourquoi eux et pas des chercheurs, des spécialistes "reconnus" et non simplement "connus", des collectifs comme la FING, des associations comme le forum des droits de l'internet, des journalistes, des avocats, etc ... ?)
S'il suffit d'avoir une opinion sur un sujet pour se retrouver à dîner chez un ministre, lesdits ministères vont devoir sous-traiter leurs repas aux restos du coeur, et va falloir songer à agrandir l'assemblée nationale pour pouvoir y caser tout le monde ... Je maintiens donc que la confusion entre autorité et notoriété est ministériellement validée. Et que c'est bien dommage. Et que cela re-re-re-repose la question de savoir ce qu'est un amateur, un amateur éclairé, un spécialiste, un expert, un auteur (mais Evelyne Broudoux n'était pas invitée) ... et surtout de décider de la légitimité politique de chacun d'entre eux (ce qui n'a - subtile mais ô combien importante nuance - rien à voir avec la légitimité de chacun dans le débat politique, cette dernière étant un principe - théoriquement - fondateur de notre démocratie.) Plus dommageable encore que la confusion entre notoriété et autorité, ce que donne à voir ce dîner chez la ministre, c'est l'escamotage complet de la notion de représentativité. Or seule l'autorité peut et doit - dans certaines conditions - se dispenser de toute notion de représentativité. Mais donner le sentiment que la notoriété "hériterait" d'une valeur de représentativité me semble la pire des directions à prendre dans la sphère politique. Sauf, naturellement, à ne savoir / vouloir / pouvoir faire que de la politique "spectacle". Autorité, notoriété, et représentativité : une bien belle triangulation du désir politique.

Eric Dupin conclue joliment - mais assez ingénument -  son billet (je grasseye) : "On peut imaginer que notre dîner d'hier soir n'était qu'une petite partie d'un magma qui va constituer la base de réflexion et d'action d'un ministère pour les mois à venir. Comme une sorte de longue traîne de la politique." On peut aussi imaginer que si ledit modèle politique qu'on nous propose est l'équivalent du modèle économique de la longue traîne, ça va pas tarder à être un beau bordel :-(

Quelle grève pour le 6 Décembre 2007 ?

Suite à l'appel d'un certain nombre de fédération syndicales, et pour lutter contre la mise en place de la loi LRU, ainsi que pour toutes les autres raisons listées notamment dans ce billet, je serai donc en grève demain, Jeudi 6 Novembre. Mais une grève active, car je reste convaincu qu'après la longue liste des cortèges qui se sont succédés ces derniers temps, on ne réussira pas à mobiliser sous ce mode d'action là suffisamment d'enseignants chercheurs.
Je me déclarerai donc gréviste (= je ne serai pas payé), mais je serai présent en cours, avec mes étudiants. Mon cours de recherche documentaire consistera à réaliser une bibliographie et une revue de presse sur la loi LRU. Grève active donc.
Je crois que nous avons besoin d'inventer de nouveaux moyens d'actions, qui ne pénaliseront que les responsables politiques, sans se retourner contre les étudiants ou d'autres catégories de personnel. Voilà pourquoi les modalités décrites dans mon billet et dans le texte d'Igor Babou sur le site de Sauvons la Recherche (voir aussi les réactions) devraient être étudiées de près.
Et pourquoi je vous raconte tout ça ? Et bien parce que j'ai beau chercher dans les médias papier, télé, et radio, je n'entends guère qu'un lancinant discours dominant façon "tout va bien, les conflits sociaux sont terminés, c'est bientôt noêl, ne pensez plus conflits, pensez confits". Et que ça devient pénible, péniiiiible ... Et vu que ce blog est lu dans les hautes sphères, sachez donc tout là haut, qu'ici, tout en bas, le mécontentement gronde, gronde, gronde ...

<Update>Pour ceux qui manquent d'inspiration, ne manquez pas le kit du petit gréviste illustré :-) </Update>

(P.S. : mes excuses aux lecteurs qui pourraient trouver que ces derniers temps Affordance à sérieusement tendance à sortir de sa ligne éditoriale habituelle. J'en suis conscient, mais je suis aussi conscient que maintenant peut être plus qu'hier, il est important de faire entendre certaines voix, et de se faire l'écho de certaines inquiétudes. Par ailleurs, comme disait l'autre, "je suis moi-même la matière de mon blog" :-)

Formation de bibliothécaires au web 2.0 à la BPI

J'étais hier à la BPI pour présenter le "web 2.0" à un aréopage des bibliothécaires de ladite BPI dans le cadre des Mardis de la BPI (après-midi de formation et d'information réservée à ces mêmes personnels).

Mon intervention est consultable en ligne sur Slideshare (et vous pouvez récupérer le fichier .ppt)

Après moi intervenait l'un des responsables informatiques de la BPI avec un constat attristant : rien n'est prévu dans le cadre du web 2.0, la BPI ne dispose pour l'instant que d'un seul fil RSS qu'il met lui-même à jour manuellement directement dans le fichier XML (si, si ...). Un nouveau site devrait voir le jour en 2008, qui devrait comprendre quelques vrais fils RSS automatiques pour les principales rubriques. Minimum syndical donc et avec un grand retard sur nombre d'autres bibliothèques, mais il est vrai que pour des structures de cette taille, le moindre ajout d'une ligne de code dans une application s'avère rapidement et administrativement kafkaïenne. C'est à peine s'il ne faut pas demander un audit et rédiger trois appels d'offre pour aller prendre un café :-( Bref, ce que je trouve surtout dommage, c'est que ce genre de structure soit contrainte de passer par tout un tas de prestataires externes, qui leur vendent des sites web et des portails documentaires bridés et non-évolutifs parce que non-ouverts. D'autant que je suis prêt à prendre les paris que toutes les compétences informatiques existent en interne pour déployer de tels outils. Avoir toute liberté de les utiliser serait un gain de temps (et d'argent ...) plus que précieux. Et si tel n'était pas le cas, ce serait encore plus navrant qu'une institution comme la BPI ne dispose pas en interne de toutes les compétences nécessaires au déploiement d'un site internet adapté, de "son" site Internet 2.0. Il serait grand temps que chaque bibliothèque se trouve dotée d'une vraie cellule TICE ou Multimedia, avec des vrais bibliothécaires informaticiens, c'est à dire des gens formés en informatique et sensibilisés aux politiques culturelles et bibliothéconomiques, ou des gens formés à ces dernières, et dotés de réelles compétences en informatique. Et que l'on arrête le bricolage, les usines a gaz et la soviétisation de la gestion de projet. Mon sentiment de frustration fut d'autant plus fort qu'il paraissait être partagé par le responsable informatique en question ainsi que par une bonne partie de la cinquantaine de bibliothécaires présents.
Mon autre étonnement vînt de quelques réactions assez emblématiques, après ma présentation, du type :
"mais c'est quoi un wiki, c-o-n-c-r-è-t-e-m-e-n-t ?", "bon d'accord mais à quoi ça sert à part le côté gadget ?", "et comment fait-on pour s'assurer que tout le monde ne va pas écrire n'importe quoi dedans ?". Attention : on a parfaitement le droit de ne pas savoir ce que c'est qu'un wiki tout en étant bibliothécaire à la BPI. Mais ... pour enseigner aussi bien des techniques web 2.0 (wikis, blogs, RSS) ET des compétences documentaires et bibliothéconomiques (langages de classification, catalogage) à des étudiants d'IUT se destinant à des carrières dans les bibliothèques, il me semble qu'il y a tout de même un très gros effort à faire du côté des politiques de formation. Superposer une fracture technologique a une fracture générationnelle n'est jamais bon. Pour être dans le vent, un "grenelle de la formation en bibliothèque" serait le bienvenu pour sortir de l'impasse actuelle dans laquelle s'engage tout un pan de la filière "dite" culturelle, impasse en bout de laquelle, soit dit en passant, le gouvernement actuel est déjà prêt à tirer les barbelés après y avoir fait entrer tout le monde, pour être bien sûr que plus personne n'en sorte. La bibliothèque d'aujourd'hui (le retard pris est déjà suffisamment criant), en plus de tout le reste, me semble avoir un besoin urgent d'autre chose, d'autres services, d'autres expérimentations, d'autres propositions, d'autres modalités de lecture "publique". Ne pas lui donner les moyens de le faire revient à se tirer une balle dans le pied et à entrer en claudiquant dans une économie ou une société de la connaissance. Aux Etats-Unis, au Canada, les métiers des bibliothèques sont reconnus comme des secteurs stratégiques, s-t-r-a-t-é-g-i-q-u-e-s, et il serait là encore grand temps que notre ministre de la culture et celle de l'enseignement supérieur et de la recherche fasse autre chose que de s'efforcer de transformer des stéréotypes persistants en caricatures durables !!!

Dernière frustration enfin, mais bien plus positive, celle de n'avoir pas eu le temps d'échanger davantage autour de questions qui furent posées et qui me paraissent essentielles : par exemple sur les questions de validation, ou bien encore sur les différences entre "le temps de la bibliothèque" et le temps des outils web 2.0.
Merci donc au service formation de la BPI pour son accueil, aux participants pour leurs stimulantes et révélatrices questions, et bon courage pour le virage du web 2.0 :-)

N'importe quoi.

Après la médecine automatique sans médecins (Google, Microsoft), voici venue la justice robotisée (France-Télécom, merci Orange). Et demain ... l'enseignement sponsorisé (Nathan, Lagardère ...) ?? Remarquez que l'on avait déjà frôlé de près la démocratie robotique. Cette industrialisation systématique, cette main-mise de quelques opérateurs privés sur l'ensemble des poumons de notre démocratie et de notre citoyenneté va finir par virer au cauchemar.  D'autant qu'elle est avalisée par ceux-là même (nos gouvernants) qui sont censés la défendre.
Il serait peut-être temps de se réveiller ...

<Update> J'ajoute - est-ce bien nécessaire - la récente tribune d'Edwy Plenel (qui est comme tout le monde le sait un dangereux gauchiste médiatiquement incompétent et totalement étranger aux logiques du pouvoir) pour le lancement de l'initiativ Mediapart :

  • "il (le site Mediapart) cherche à inventer une réponse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui minent l’information en France, sa qualité et son utilité, son honnêteté et sa liberté. Notre présidentialisme exacerbé, (...) impose son agenda à l’information, son omniprésence aux médias et son oligarchie financière aux entreprises de presse. Dans cette culture politique-là, un(e) journaliste est forcément un adversaire qu’il faut séduire ou réduire, vaincre dans tous les cas."

</Update>

Je pense à eux.

Il est 20 heures. Je suis dans le train qui me ramène de Paris, suite à mon intervention aujourd'hui à la BPI pour une formation sur le web 2.0. Si j'avais accepté, je devrais normalement être, à cette heure, en train de me rendre à l'invitation de Valérie Pécresse pour son dîner de comm., et me régaler des fastes de bouche ministériels au lieu de me safisfaire d'un sandwich SNCF qui est toujours aussi épais que dans la chanson de Renaud, mais qui est surtout beaucoup plus cher qu'à l'époque ... J'ai bien fait de refuser cette invitation. Je crois que je n'aurais pas eu le coeur à débattre de manière feutrée des nouvelles technologies. Parce que je pense à eux.
Je pense à eux. Doctorants aujourd'hui et docteurs demain. Après 3 ans de recherche, après avoir pour leur immense majorité passé brillamment tous les barrages de la sélection et de l'excellence dans le cadre de leurs études universitaires, après le rude exercice de la soutenance, après de plus en plus souvent un à trois ans de post-doc, ils attendent impatiemment, comme je l'ai moi-même attendu il y a trois ans de cela, la parution du Journal Officiel contenant la liste des postes à pourvoir dans les universités pour devenir Maître de conférences. Ils se lancent alors dans l'étude des profils de poste, essaient de récupérer des infos, d'obtenir des contacts, ils rassemblent leurs articles, leurs publications, se lancent dans la rédaction de leur dossier de recrutement qu'il enverront sur les postes sélectionnés, en espérant être à leur tour sélectionnés. Mais pas cette année. Pas cette année. Sur l'ensemble des diplômes de doctorat délivrés, sur l'ensemble des post-doc, pas un seul ne remplira cette fois de dossier, pas un ne consultera le Journal Officiel, pas un ne se ruinera en fais de port pour acheminer les volumineux dossiers, pas un ne se ruinera davantage en frais de transport SNCF pour se rendre sur les lieux de sa convocation. Parce que la ministre et le président l'ont dit et redit : il n'y aura pas cette année de création de poste à l'université. Pas une. Zéro absolu. Il faut réduire le nombre de fonctionnaires. C'est du jamais vu dans l'histoire de l'université. Il y eut des années fastes, d'autres le furent nettement moins. Depuis déjà quelques années, le nombre de postes offerts au recrutement était très maigre. Mais cette année, RIEN. ZERO. NIB. QUE TCHI. NADA. QUE DALLE.

Alors même que l'on nous annonce et que l'on vérifie dans diverses facultés que le mouvement étudiant est en train de vivre ses dernières heures, la majorité des enseignants-chercheurs n'ont pas pu, pas su, prendre à temps le relai de ce mouvement et l'accompagner. Pourtant nombre d'entre eux vont cette année et les suivantes, partir à la retraite. Mais pas un seul diplômé n'entrera cette année (2008-2009, prochaine et première campagne de recrutement après l'adoption de la loi LRU) à l'université pour y transmettre le savoir qu'il a acquis, pour exercer le métier pour lequel il a été formé. PAS UN SEUL.
D'ailleurs c'est ce qui est indiqué sur le tout nouveau tout beau site de l'enseignement supérieur et de la recherche, à la rubrique emploi :

  • "Les docteurs ont de plus en plus vocation à s'insérer dans les entreprises : le secteur public de l'enseignement supérieur et de la recherche ne doit donc plus être considéré comme le seul  débouché des docteurs."

Ce qui dans la réalité des faits pour cette année et probablement les suivantes pourrait s'écrire ainsi :

  • "Les docteurs ont presque exclusivement vocation à s'insérer dans les entreprises (oui mais, les entreprises n'ont pas presque exclusivement vocation à recruter des docteurs, elles préfèrent - c'est leur droit - des ingénieurs) : le secteur public de l'enseignement supérieur et de la recherche ne doit donc plus être considéré comme un débouché pour les docteurs."

L'université, l'enseignement supérieur n'est pas la seule touchée. L'autre grande sacrifiée c'est la justice, comme en témoigne une nouvelle fois le récent billet de Maître Eolas qui se termine ainsi :

  • "Il est regrettable qu'en dépit des recommandations formulées dans les précédents avis budgétaires, le ministère de la justice n'accompagne toujours pas ses projets de réforme d'une étude d'impact précise permettant au législateur de s'assurer que les moyens humains seront suffisants pour les mettre en oeuvre."

Alors peut-être y aura-t-il tout de même des recrutés, mais ils le seront dans le cadre de la nouvelle loi : c'est à dire essentiellement par le fait du Prince (le président de l'université), à des taux de rémunération fluctuants, et pour l'essentiel sous la forme de contrats de droit privé. Ce qui est d'une part une systématisation de la précarisation totalement inédite, et ce qui, d'autre part, est un déni de l'essence même du fonctionnement universitaire, à savoir la confrontation avec ses pairs, sur la base inamovible de thématiques et de travaux de recherche.
Il n'est pourtant peut-être pas trop tard. Contrairement à ce qu'en disent les mass-médias, universités, étudiants et personnels n'ont pas, partout sur le territoire, baissé les bras. En témoignent de nombreuses initiatives :

Au delà des grèves, au delà des pétitions, au delà des journées banalisées, au delà appels (nécessaires) à de nouveaux états-généraux de la recherche en concertation avec tous les acteurs, au delà de la non négociable nécessité d'ouvrir des postes dans le cadre d'un plan pluri-annuel, il faut trouver de nouveaux moyens d'action pour forcer la ministre à se remettre autour de la table. Celui auquel je pense est assez simple : il s'agit, sur une période donnée (et éventuellement reconductible), pour tout enseignant-chercheur (professeur ou maître de conférences) de s'engager à ne faire que le travail qui entre dans le cadre de la définition de son poste, à savoir de l'enseignement et de la recherche. Et laisser tomber toutes les autres tâches de nature administrative, quelle que soit la nature et l'importance de ces tâches. Ne plus comptabiliser les absences, ne plus remplir aucun imprimé administratif, ne plus se mettre en quête de contrats de recherche, ne plus assurer la direction des études, la direction de département, d'UFR ou le suivi des dossiers administratifs très lourds de contrats-recherche. Juste son laboratoire et sa salle de classe. Rien de plus.
Je reste curieux d'avoir votre avis là dessus. Plus que jamais, les commentaires sont ouverts. 

Happy birthday Creative

Cc_party

(Via Lawrence Lessig)