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« juin 2007 | Accueil | août 2007 »

Ce que l'on sait des réseaux sociaux.

On sait :

  • ce qu'ils sont : "Un site de réseau social est une catégorie de site web avec des profils d'utilisateurs, des commentaires publics semi-persistants sur chaque profil, et un réseau social public naviguable ("traversable") affiché en lien direct avec chaque profil individuel." (Danah Boyd)
  • que 2003 est la date clé de l'explosion de ces réseaux avec le lancement (entre autres) de MySpace, Friendster et LinkedIn (même si dès 1988 AOL disposait déjà de la notion de "profils publics" accessibles selon différents centres d'intérêt) (Via le Wiki Public de Danah Boyd sur l'histoire et la constitution des réseaux sociaux)
  • que les jeunes en raffolent. D'après une récente étude, "96 % des adolescents américains participent à un réseau social au moins une fois au cours d'une semaine. Les filles y seraient d'ailleurs plus nombreuses que les garçons." (Via Technaute)
  • qu'ils reproduisent les schémas sociaux habituels. A chaque "classe" son réseau social. tels les Jets et les Sharks de WestSide Story, des réseaux sociaux initialement "élitistes" (Facebook était au départ destiné aux étudiants de Harvard) "recrutent naturellement" du côté des classes moyennes et au-delà, pendant que MySpace tant sur la forme (l'habillage du site) que sur le fond (son public) agrège naturellement un public plus "underground", moins "bourgeois", plus "large" et plus "jeune". (Via InternetActu se faisant l'écho de cette étude de Danah Boyd). En complément, ce serait près de 85% des tennagers qui seraient inscrits sur MySPace contre seulement 7% sur Facebook. (Via ZDNet)
  • que les gens participent peu. Plus exactement que très peu de gens participent beaucoup et que beaucoup de gens participent très peu. Comment le sait-on ? (Via Le Semeur) en croisant le fait que 35% desi nternautes américains publient des contenus en ligne avec la règle des 1% (2/3 des contenus produits proviennent de 1% des utilisateurs actifs). Dès lors, l'échelle de participation globale de l'ensemble des réseaux sociaux disponibles est probablement déployée sur le modèle de la longue traîne, avec énormément de participants "étalés" en fin de traîne, dans des réseaux sociaux "de niche". <Update> pour une sériation plus fine selon l'âge et le type d'activité, voir ce billet d'InternetActu) </Update>
  • que la monétisation des services est leur modèle économique. (Via Toile-Filante) Beaucoup d'entre eux proposent un modèle d'intéressement aux acteurs, via différentes modalités de rétribution financière, et ce quel que soit le "coeur de média" (vidéo, son, image, "contacts" ...) du réseau concerné. Parmi les principaux modèles de rétribution on citera :
    • celui, bottom-up, de la prime à l'accès, ou de la prime au vote : vous touchez de l'argent si votre média (texte, article, vidéo, photo, etc) arrive en page d'accueil du site ou est parmi les plus téléchargés/accédés/votés. Le modèle du genre et le plus emblématique est YouTube qui "a décidé de partager ses recettes publicitaires avec les “top users” sélectionnés dans la liste “most subscribed”." (Via Martin Lessard)
    • celui, top-down, du reversement par le site "hôte" d'une partie des gains générés via une régie de type "Google Adsense".
    • celui, "middle-middle" (??) qui propose une rémunération moins importante à plus de monde via un certain nombre de palliers
    • celui enfin, beaucoup plus classique et éditorialisé du "pigiste-citoyen", tel CitizenBay ou OhMyNews : vous écrivez un article, soumettez une "news" et si elle est sélectionnée, vous êtes payé.
  • qu'il faut distinguer entre réseaux généralistes et réseaux spécialisés. Le site Techcrunch en propose la définition suivante : "un réseau social généraliste a pour première vocation de rester en contact, un réseau social spécialisé repose sur un intérêt commun." On pourrait donc ici calquer sur cette analyse la dichotomie souvent présente au coeur des pratiques de gestion de la connaissance (Knowledge Management) distinguant entre communauté de pratique (réseaux spécialisés tels LibraryThing) et communauté d'intérêt (réseaux généralistes). Et que les réseaux spécialisés peuvent eux-mêmes êtres scindés entre réseaux sociaux spécialisés "à large spectre" (LibraryThing) et réseaux spécialisés "de niche". Sur ces derniers, voir notamment l'ensemble des billets de Fred Cavazza sur la question.

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  • Qu'il y a probablement quelque chose de culturel dans leur logique de déploiement et d'adoption à l'échelle de la planète connectée, comme le montre cette carte. (Via Francis Pisani)

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  • Que la privauté de ces espaces publics ou semi-publics pose problème. Comme l'analyse Danah Boyd (encore ...) dans cet article (.pdf), 4 paramètres contribuent particulièrement à la confusion entre espace public et espace privé :
    • la persistance : ce que vous dîtes à 15 ans sera encore accessible quand vous en aurez 30 ...
    • la "searchability" (littéralement, capacité à être recherche/retrouvé) : avant les réseaux sociaux, votre mère ne pouvait pas savoir où vous étiez en train de faire la fête avec vos amis ou ce que vous pensiez d'elle. Maintenant ... c'est possible.
    • la "reproductibilité" : ce que vous avez dit/publié/posté/photographié/filmé peut être recopié et replacé dans un univers de discours totalement différent.
    • les "audiences invisibles" : la médiation particulière que constituent ces réseaux sociaux et la conjugaison des trois critères précédemment cités fait que la majorité des publics/destinataires est absente au moment même de la médiation (= la transmission du message = par exemple, la publication d'un message texte),créant ainsi un effet non pas simplement de voyeurisme mais une temporalité numérique particulière.
  • que le paradoxe des "réseaux sociaux privés" (en gros : on utilise des réseaux sociaux en y déversant avec impudeur nombre de données très personnelles et on réclame en même temps un droit à une "privauté" qui apparaît comme nécessairement antagoniste ou contradictoire avec la nature du service offert.) peut pour une bonne part s'expliquer par les 4 critères listés précédemment. Et pour faire plaisir à Manuel Z. (du collectif des opposants à l'identité numérique;-), je crois que la problématisation liée à l'illusion de privauté des espaces numériques publics ou semi-publics est effectivement plus riche que celle de la "simple" identité numérique.
  • qu'ils constituent un écosystème de recommandations croisées nécessaire au développement pérenne d'une économie de l'accès. A moyen terme, ces réseaux sociaux pourraient n'être que le premier étage, la base de plus en plus large et stratifiée d'une économie globale de l'attention ou de l'accès, laquelle ne pourra parvenir à monétiser confortablement l'ensemble des services lancés qu'au prix d'un maillage suffisant de ce premier étage, celui d'un écosystème de recommandations croisées. En d'autres termes, (la stratégie de) l'adressage  - au sens littéral des carnets d'adresse que permettent de partager nombre de réseaux sociaux - est la clé (de l'économie) de l'accès.

Et puis surtout, grâce à cette carte, on sait où ils sont ;-) (Via Serial Mapper)

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Comment cela ? Vous en voulez encore ?!??

Je vous conseille également l'ouvrage su sociologue Pierre Mercklé, Sociologie des réseaux sociaux, qui date un peu (2004) mais permet de bien resituer d'importantes problématiques avec comme horizon d'analyse le débat concernant le fait que ces réseaux sociaux pourraient constituer, ou non, "un nouveau paradigme sociologique, une « troisième voie » théorique entre le holisme et l’individidualisme sociologique."

Il me semble aujourd'hui en tout cas incontestable que l'essor et les modalités de déploiement et d'adoption de ces réseaux attestent que la prochaine grande collection documentaire vécue comme utopie motrice, sera celle de la collection des individualités humaines. Et que face à cet enjeu, les sciences de l'information et de la communication d'une part, et la sociologie et la psychologie sociale d'autre part, ont entre leurs mains de bien beaux terrains d'analyse.

Il faudra également faire preuve de vigilance si l'on ne veut pas que l'explosion sociologiquement passionnante des usages du "Lifelogging"  (le lifelogging désigne "notre intimité augmentée d’information : ce sont là nos objets et nos actions qui sont enregistrés, disponibles et qu’on peut analyser et monitorer à distance") ne bascule pas dangeureusement vers un "lifemarketing" ou un "lifeprofiling" reposant entre les mains de quelques multinationales.

Archives sonores de la BPI

La BPI vient de mettre en ligne ses archives sonores (essentiellement des conférences). Encore peu de documents pour le moment, mais déjà quelques incontournables (tout au moins sur les questions dont traite ce blog) :

Un fil RSS est disponible sur le site permettant de se tenir informé des derniers ajouts.

Elsevier dans Scholar

Google Scholar est le site gratuit d'accès à des contenus scientifiques le plus fréquenté et le plus accédé.
Elsevier est le premier éditeur de revues scientifiques.
Elsevier dispose d'une offre spécifique (ScienceDirect) et de son propre moteur de recherche (Scirus).
Pour gagner plus d'argent, Elsevier a besoin que de plus en plus de gens accèdent à ses revues dans le cadre d'une offre payante. Et elle a donc besoin que son offre d'appel (certains articles disponibles gratuitement) et l'ensemble de ses revues disposent de la meilleure visibilité possible.
Elsevier ne pouvait donc logiquement pas se passer d'un accord avec Google Scholar. Le basculement du fonds des revues Elsevier est désormais acté. La communauté des chercheurs et universitaires en sortira incontestablement gagnante. Pour l'instant.
(Via PintiniBlog)

Putain, 2 ans !

Avant de goûter un repos bien mérité (si, si), un billet en forme de bilan pour tirer quelques enseignements de cette deuxième année de blogging en solitaire. C'est toujours la même dialectique qui fixe la ligne éditoriale d'affordance, entre paillasse et machine à café.

Après deux ans, ce blog est devenu l'une des composantes principales de mon métier, au même titre que mes cours ou que mon activité de recherche, cours et recherche qu'il (ce blog) nourrit de manière régulière (et réciproquement).

Côté chiffres, 2 caps symboliques ont été franchis cette année :

  • celui des 1000 commentaires (1176 exactement ... souvenez-vous du grand jeu concours organisé à l'occasion)
  • celui des 200 000 visiteurs (231 000 exactement)

Un troisième cap approché, celui des 1000 billets (celui que vous êtes en train de lire étant le 993ème)

Je continue toujours autant de prendre du plaisir (et du temps, beauuuuuuuuuuuucoup de temps) à alimenter Affordance. 
Le seul côté désagréable (mais c'est pas la mine non plus) ce sont les sollicitations quasi-quotidiennes d'agences de relations publiques qui depuis qu'Affordance est entré au Top 50 des blogs les plus influents (pour mémoire, voir par ici et par ), ne cessent de me proposer qui des bannières publicitaires, qui des affiliations commerciales, qui des communiqués de presse. J'avoue ne même plus prendre le temps de répondre. J'avais initialement pensé que mes refus circonstanciés les décourageraient, mais elles sont coriaces.
Pas mal d'appels également du côté des journalistes. C'est toujours intéressant de discuter avec eux sur un sujet, cela force "l'universitaire" à sortir du discours "universitarisé". Même si au final, les demi-heures répétées d'entretien téléphonique se soldent le plus souvent par la reprise d'une phrase hors-contexte et non nécessairement représentative desdites demi-heures.

C'est aussi beauuuuuuuuuuuuucoup de sollicitations pour des formations, tous horizons et tous types de structures confondues. Je ne peux naturellement pas répondre à tous les appels, mais cela rappelle l'urgente nécessité de démultiplier la capacité de veille et de relai de formation d'organismes comme les Urfists.

C'est aussi un relationnel parfois étrangement bouleversé. La fin de "l'anonymat du chercheur" pour quelques colloques au cours desquels à la lecture de la première diapo d'un rituel pauvrepoint sur laquelle (diapo) figure l'adresse d'Affordance on voit la salle chuchoter et quelques regards s'éveiller.

Autre bouleversement dans le domaine relationnel, celui des relations interpersonnelles du genre "dîner mondain" ou "dîner de gala" (les universitaires sont assez friands de dîner de gala à la clôture de chaque colloque) dans lesquels les gens vous "attendent au tournant" ou plus simplement s'attendent à ce que vous leur livriez "l'une de ces analyses dont vous avez le secret" ou "un point de vue éclairé" sur tel ou tel machin. Seulement voilà, l'activité d'écriture du blog (c'en est une) englobe une part de solitude et de silence propice à la réflexion et à l'analyse. Ce qui n'est pas le cas (pour moi en tout cas) du dîner mondain. En même temps, je n'en fais pas tant que ça, des dîners mondains ;-)

Et puis il y a la qualité de vos retours. Sur plus de 1000 commentaires - ce qui reste un chiffre très raisonnable, je n'ose imaginer comment mes collègues bloggueurs bien plus influents gèrent les 40 ou 50 commentaires qui pleuvent à la fin de chacun de leurs billets ... - sur plus de 1000 commentaires disais-je, pas un seul troll à signaler. Juste des remarques, des compléments, des demandes de précision,des rappels à l'ordre. La micro-communauté participative d'Affordance fonctionne, et c'est là une des principales raisons du crédit temps que je continue de lui accorder. Quant à la ma macro-communauté de lecteurs assidus mais non participatifs, j'avoue que c'est là ma plus grande frustration : celle de ne pas vous connaître bien que vous sachant (relativement) nombreux (150 à 250 visiteurs uniques/jour les bons jours).

Cette année fut aussi celle des classements ... et de l'influence. Au grand jeu du nombrilisme 2.0, Affordance.info se classe donc à l'heure où j'écris ce billet :

Bref, un pouvoir d'influence qui me met en situation de conquérir la finlande sans coup férir :-)

Une "notoriété" qui, loin de faire autorité, m'amuse, mais qui m'étonne surtout au regard des problématiques certes un tant soit peu "éditorialisées" ici mais qui hormis quelques billets d'humeur sur l'éternel marronier du net, relèvent quand même dans leur majorité de problématiques de recherche "stricto sensu" (redocumentarisation, document numérique, recherche documentaire, etc ...).

Il est donc maintenant grand temps de prendre quelques vacances. Au plaisir de vous retrouver dès la fin Août.