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Maréchal nous voilà. Mais gare au retour de bâton.

(Billet manifestement écrit sous le coup de la colère, façon grosses trombes d'eau qui font déborder la citerne. J'assume.)

Ici, à Toulouse, on refuse la titularisation à 30 stagiaires IUFM au motif qu'ils ont contesté les réformes en cours.
Là, à Paris, on conditionne la réinscription d'un lycéen (Tristan S.) à "un engagement écrit de ne pas participer à des actions de blocage du lycée".
Là, à Strasbourg, on met en place des sanctions disciplinaires staliniennes contre un employé de l'université (David R.) qui eût le tort d'être l'un des porte-parole de la contestation universitaire de l'année écoulée.
C'est écoeurant. C'est consternant. C'est révoltant. C'est l'air du temps. Faire des exemples. S'attaquer aux individus plutôt qu'aux racines du mal, plutôt qu'au groupe.
Le proviseur du Lycée Maurice Ravel (Paris 20ème), l'inspectrice générale et l'ensemble du jury académique de qualification professionnelle qui a ajourné la titularisation des 30 stagiaires, M. Alain Béretz, président de l'Université de Strasbourg, pour avoir fait ou laisser faire, tous sont les instruments de la petite France : lâcheté, rancoeur, rancune, caporalisme, prêt à penser. 
On ne saura jamais dans toutes ces affaires s'ils ont agi "sur ordre" ou s'ils ont simplement jugé bon de devancer l'appel et d'apparaître aux yeux de leurs ministères comme de zélés bras armés de la répression et de l'intimidation. Peut-être d'ailleurs ont-ils agi à contrecoeur, sous la pression. Cela ne change rien au résultat. Comme disait l'autre, "nous n'avons jamais été aussi libres que sous l'occupation."
Que tous ces gens-là comprennent bien et leurs ministères avec eux, que leur attitude n'aura qu'une seule issue : faire de la désobéissance civile et de l'indiscipline systématique des valeurs nécessaires, des vertus cardinales, et ce y compris pour des "segments sociétaux" ou des "catégories socio-professionnelles" qui n'ont pas pour habitude d'entretenir ce genre de posture, de nourrir ce genre de radicalisme.
Désobéissance et indiscipline.
Pour Tristant Sadeghi, pour David Romieux, pour les 30 stagiaires de l'IUFM de Toulouse, et pour tous les autres dont le nom ne figure pas à la une des médias ou dans l'en-tête d'une pétition ...

Faites briller les Chromes : Google OS est officialisé.

Le 2 Septembre 2008, à propos du lancement du navigateur Google Chrome, j'écrivais ceci :

  • "Après la migration en ligne des applications (bureautique ...), des services (logiciels, Saas) et des comportements (dérive des continents documentaires), le Web est devenu l'OS (operating system) de demain. Manquait encore à cet OS une interface, une fenêtre. Cette fenêtre, c'est le navigateur. (...) En Avril 1975, deux étudiants américains fondent leur société. Ils l'appellent Microsoft. 10 ans plus tard, en 1985, la première version de Windows débarque sur le marché ... En Septembre 1998, deux étudiants déposent le nom de domaine Google.com. 10 ans plus tard ..."

Presque 2 ans plus tard, le 7 Juillet 2009, Google officialise la sortie programmée de "son" OS, basé sur "son" navigateur Google Chrome :

  • "the operating systems that browsers run on were designed in an era where there was no web. So today, we're announcing a new project that's a natural extension of Google Chrome — the Google Chrome Operating System. Google Chrome OS is an open source, lightweight operating system that will initially be targeted at netbooks."

Le WebOS c'est quoi ??
Le webOS c'est la migration du "Desktop" (bureau comme interface du disque dur) vers le "Webtop" (navigateur comme interface de nos disques durs "en ligne"). Nova Spivack avait rédigé sur le sujet un article de référence qu'il n'est jamais trop tard pour relire : "The future of the Desktop".

Le WebOS c'est quand ??
Pas d'affolement. Ce sera pour la seconde moitié de 2010 selon le billet d'annonce de Google. A  moins ... à moins que Microsoft ne lui grille la priorité lors de la prochaine annonce de son prochain système d'exploitation. Laquelle annonce doit intervenir prochainement. Ce qui conduit à se poser la question de l'opportunité d'une telle annonce de la part de Google, à quelques jours de l'annonce du prochain OS de Microsoft (annonce prévue pour Lundi prochain). Car entre ces deux-là c'est naturellement une éternelle course à l'innovation. Et les effets d'annonce ... s'ils sont opportunément ciblés ...
D'ailleurs, finalement, pas besoin d'attendre 2010 pour expérimenter le WebOS : vous l'utilisez tous les jours : chaque fois que vous consultez vos mails en ligne, chaque fois que vous alimentez un compte FLickR ou DailyMotion, chaque fois que vous travaillez sur un Wiki ou échangez et partagez des documents, chaque fois que vous faîtes une recherche sur Google, chaque fois que vous activez un historique de recherche, chaque fois que vous vous identifiez en ligne pour bénéficier d'un service. Le WebOS, vous y êtes déjà !

Le WebOS de Google ressemblera à quoi ??
D'après le billet de Google, il sera Open Source (ce qui permet à la firme de bénéficier des meilleurs développements et de la meilleure diffusion possible à moindre coût), "légér" (c'est à dire qu'à la différence de ses glorieux aînés dont la longue série des Windows, il ne devrait pas nécessiter des kilo-tonnes de ressource mémoire pour lancer une application de traitement de texte). Il sera "rapide", "simple", et "sécurisé", les éternels 3S ("Speed, Simple & Secure").
L'interface sera "minimale" et l'utilisateur, comme dans Google Chrome, n'aura pas à se soucier de problèmes de virus et autres malwares, c'est Google qui se chargera de tout (en maintenant, par exemple, une liste de malwares). Voilà pour la couche de base.
Les applications seront multi-plateformes : "apps will run not only on Google Chrome OS, but on any standards-based browser on Windows, Mac and Linux thereby giving developers the largest user base of any platform."
Et je l'installe où mon webOS ? Premiers visés, les Netbooks (mini-pcs). Et naturellement l'ensemble de la gamme des cellulaires, sur laquelle Google est déjà positionné avec Android. Deux développements qui ne sont pas indiqués comme concurrents, mais qui bénéficieront nécessairement de passerelles ou de couches communes de développement. Mais pas seulement. Les ordinateurs du bureau "classiques" sont également visés.

Que retenir de tout ça ??

Ce qui est frappant à la lecture du billet de Google, c'est l'insistance mise sur les comportements et les attentes "full-web" des utilisateurs (avoir un ordinateur qui "démarre vite", consulter ses mails, partager des documents, etc ...). Frappant mais loin d'être étonnant : tout cela est la suite logique :

  • de la dérive des continents documentaires,
  • de l'essor (et de l'optimisation) des terminaux de téléphonie mobile (dont naturellement l'I-Phone),
  • de la migration "dans les nuages" de l'ensemble des nos comportements informationnels
  • et, in fine, des programmes et outils les sous-tendant.

D'ailleurs, c'est pas pour faire le malin, mais le 21 Avril 2005, Le Monde reprenait à sa une un billet intitulé : "Le jour où notre disque dur aura disparu." Notre disque dur n'a finalement pas disparu mais (c'était la thèse défendue dans l'article), il s'est entièrement déplacé. Il est aujourd'hui "dans les nuages" (cloud computing). Un peu comme dans la métaphore de l'oignon (déjà utilisée par d'illustres aînés), de couches en couches (d'abord les mails, puis les photos, puis les applications permettant de retoucher les photos, puis les "suites bureautiques", puis le stockage massif de fichiers en tous genres, puis les protocoles de travaux collaboratifs en tous genres, etc ...), de couches en couches, ne reste aujourd'hui de feu notre "environnement de travail de bureau" que l'essentiel : un bouton marche-arrêt, une interface, une clé - celle du moteur-monde -, et une porte - celle navigateur planétaire. C'est précisément cet essentiel auquel Google propose aujourd'hui de s'attaquer.

Par le petit bout de la lorgnette.
L'officialisation du lancement d'un OS Google 100% full-web bâti autour de son navigateur ne surprendra donc pas les analystes, même si certains feindront l'étonnement ou affirmeront ne pas y croire en indiquant qu'il s'agit là pour l'instant d'un simple effet d'annonce. Ce que nous raconte l'annonce de ce prochain webOS, c'est l'inversion totale de la stratégie d'équipement d'une grande firme industrielle. Les deux approches (Microsoft et Google) sont des symétries parfaitement opposées. Microsoft à toujours joué la carte de la périhérie : il s'agissait de fournir le pack complet, de négocier avec les fabriquants pour l'installation par défaut de Windows, bref de faire en sorte d'encercler totalement l'utilisateur pour pouvoir ensuite se recentrer sur les services (mises à jour, nouvelles versions, patchs, anti-virus, etc ...). La stratégie de Google est d'une immuable centralité : Le moteur de recherche était là au départ, et c'est, encore 10 ans plus tard le même moteur qui conditionne l'existence même du navigateur (grâce par exemple à la base de donnée constituée en temps réel sur les différents sites de malwares), comme c'est le même moteur de recherche qui conditionne le futur WebOS. Ce que nous raconte l'annonce de Google Chrome au-delà de l'informatique dans les nuages, c'est que cet OS sera développé pour des utilisateurs qui l'ont (déjà) choisi et resteront libres d'en choisir un autre (liberté illusoire tant ils sont déjà prisonniers consentants de l'écosystème Google). Ce qui là encore est l'exact opposé - et le principal souci - de Microsoft.
Ce qui est fascinant dans tout cela c'est que la stratégie de Google apparaît limpide, à l'unisson de l'évolution actuelle du web. Comme une métonymie assumée autant que programmatique. Comme une boucle qui s'achève. Où comme un étau qui se resserre encore davantage. Sur chacun de nous. Inexorablement.

<Update de 5 minutes plus tard> A noter également comme une magnifique et prometteuse illustration du WebOS, cette annonce d'un système d'exploitation complet et open source tenant, avec l'ensemble de ses applications (un 40aine de logiciels également open source), sur une clé USB à 5$ ... le tout dans le cadre du programme OLPC (One Laptop Per Child) ... On en reparle à la rentrée ... </Update>

Z'en parlent aussi :

Universités : quand t'as plus de thunes, va dans I-Tunes.

(l'auteur de ce billet s'excuse pour le relâchement perceptible dans le titre de ce billet, relâchement principalement dû à l'approche de la déconnexion estivale)

"Depuis quelques mois, Paris Descartes est, avec l’Université de Nice-Sophia Antipolis, le seul établissement universitaire français présenté sur le site « iTunes U », par le biais duquel notre université diffuse du matériel pédagogique, des cours et des conférences. Ce site " iTunes U Paris Descartes" est en seconde position des sites universitaires européens quant au nombre de connexions." Editorial d'Axel Kahn (président de ladite université), consultable ici.

A noter que grâce à l'énorme boulot de Sophie Pène (entre autres, mais les autres je les connais pas), Paris-Descartes est également la seule à se soucier de manière proactive (comme disent les manageurs à catogan) de la déclinaison de son identité numérique sur le net, c'est à dire à ne pas simplement faire acte de présence sur Facebook, mais à créer des services et à militer pour leur utilisation et leur dissémination (pour des exemples, voir notamment les diapos 43 à 46 de ce magnifique diaporama).

Et la question de l'été sera donc : mais qu'attendent les autres ???

L'INA brouille l'image, et c'est dommage.

Je m'étais à l'époque enthousiasmé pour le service "archives pour tous" de l'INA. Et voilà qu'incidemment je découvre plusieurs notables changements concernant la présence web de l'INA.
Primo, un nouveau "portail" public. http://www.ina.fr/ Avec un énorme bandeau de pub (uniquement pour des services de l'INA) clignotant en haut de page (beurk) et un site portail que plus rien ne distingue des sites vidéo grand public tels Dailymotion ... sauf la fadeur du choix graphique d'ensemble (fond bleu, onglets en dégradé de bleu). J'ignore si cela était ou non l'effet recherché (= qu'on ne puisse plus distinguer l'INA de Dailymotion), mais si tel est le cas, j'atteste que c'est réussi.
Plus surprenant, au-dessus de l'immonde bandeau clignotant, un lien vers " Les sites de l'Ina pour : les étudiants, les universitaires et les professionnels", lien qui renvoie vers l'ancien site de l'INA ... mais avec un nouveau nom de domaine disons ... davantage centré sur les professionnels que sur les universitaires : http://www.ina-entreprise.com/.
Et la ma déconfiture continue : l'ancienne page du service archives pour tous, est remplacée par celle-ci, beaucoup plus ... épurée ... et dans laquelle on vous demande d'entrée de choisir entre l'espace "professionnels" ou "universitaires". Les "professionnels" ont alors le choix entre le descriptif de deux service payants. Et les "universitaires" peuvent savoir comment être accrédité pour visiter l'INA ou alors consulter le catalogue. Chouette :-(( Et là je dis "Dommage" car l'ancienne page du service archives pour tous était vraiment un modèle d'érgonomie et de service dans le domaine du web public institutionnel (outre le fait qu'elle avait du coûter bonbon en conception).
Plus surprenant encore, alors que la puissance publique et les intérêts privés passent leur temps à sermonner / fliquer / terroriser l'internaute sur la reprise de contenus dont il ne détiendrait pas les droits, l'INA-entreprise met à disposition un corpus de spots publicitaires dont elle zappe carrément les droits voisins au motif de zone grise (= "on savait bien qu'il eut fallu le faire, mais c'était trop compliqué de retrouver tous les ayants droits") ... pour le moins dommage.
Bref, je suis déçu. Trèèèès déçu. Non pas tant que l'INA joue à plein sur son côté entrepreunarial (ô tempora ô mores ...) même s'il me semble que l'INA est avant tout un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), mais déçu de voir que la présence nouvelle de l'entreprise-INA sur le net soit infiniment moins efficace, conviviale et innovante que ne l'était son ancienne présence d'institution publique.
Juste un autre exemple de ma déception : il faut désormais aller plonger en bas de page (sous la ligne de flottaison du navigateur), pour retrouver la fonctionnalité ("Mon parcours") représentant en vignettage le parcours de navigation personnalisé sur le site, ce qui n'a dès lors plus aucun intérêt.

Moteur de recherche de signaux

Les moteurs de recherche sont les premiers auxiliaires de notre accès au net. Ceux-ci comptent déjà nombre de profondes mutations, tant en terme de technologie qu'en terme de modèle économique et de poids sur des pans entiers de l'activité du "monde réel". Ils ont successivement joué le rôle : 

  • de moteurs d'accès à des contenus,
  • d'indicateurs de popularité des mêmes contenus (algorithme PageRank),
  • de moteurs de recommandation et de suggestion (fonction "refine search", auto-complétion, etc ...)
  • d'outils d'indexation en temps réel (World Live Web)
  • pour dernièrement intégrer progressivement un part de plus en plus importante de sémantique dans l'affichage (microformats) et dans la recherche des contenus (web sémantisé),
  • tout en restant focalisés sur le carré magique des usages du web (Shopping. Health. Travel. Local), en valorisant et monétisant au maximum les requêtes transactionnelles.

Les mêmes moteurs subissent aujourd'hui une double mutation : celle de l'indexation des profils (la jonction entre moteurs de recherche et réseau sociaux se fera sans aucun doute très prochainement, posant le double problème d'un pan-catalogue des individualités humaines et de la pertinence des profils), et celle de l'indexation du micro-net et de ses micro-contenus (Twitter notamment). Là encore, et indépendamment de la sauce économique à laquelle elle s'accomodera (rachat, intégration), l'intégration de ces micro-contenus ne laisse aucun doute. Elle a d'ailleurs déjà commencée :

L'intégration se fera donc. La question est de savoir comment et pourquoi.
Sur le comment, globalement deux stratégies sont possibles : soit en "isolant" les tweets dans une partie dédiée du moteur de recherche (ce que fit Google avec les blogs en leur réservant un moteur dédié : blogsearch.google.com), soit en les intégrant et en les mixant à l'ensemble des autres résultats. La tendance étant massivement à la recherche universelle et à la fusion de l'ensemble des résultats de recherche, on peut légitimement supposer que c'est la première voie qui sera retenue.
Oui mais à vouloir tout mixer (contenus web, micro-messages, vidéos, news, images ...) on risque la confusion et cela nécessite un art avéré de l'interfaçage (la fameuse "User Experience"). Il est donc également probable que la seconde stratégie soit finalement retenue (= isoler ces contenus dans un onglet et/ou un espace dédié). Bref, on n'en sait rien et on attendra de voir.
Sur le comment toujours, mais dans son versant technique, là encore on notera deux possibilités : soit intégrer progressivement les tweets de quelques comptes (personnes, entreprises ou institutions) "labellisés" comme influents (l'approche qu'à visiblement choisi Microsoft). Soit (ce que fera certainement Google), appliquer la mécanique bien rôdée du PageRank aux Tweets de la même manière qu'aux autres contenus mais avec des niveaux de pondération légèrement différents : les backlinks (liens entrants) pouvant être "remplacés" par les RT, la popularité d'un compte Twitter étant aisément repérable au seul nombre de ses "followers" ou à la mention de son nom (précédé de l'arobase) dans l'ensemble des Tweets.
Des moteurs de recherche aux moteurs de signaux.
Ce qui est aujourd'hui en train de changer dans les notre expérience quotidienne des moteurs de recherche c'est la nature même de la relation qui nous lie à eux. Ils ne sont plus les seuls intermédiaires du début, entre "nous" et "des" contenus. Ils sont devenus des auxiliaires, des adjuvants, des assistants personnels à l'omniscience de plus en plus pregnante (via la personnalisation et la dérive des continents documentaires). Demain, quand l'intégration du micro-net sera passée dans les usages courants (comme l'est l'intégration des news, des vidéos ou des images), demain nous les utiliserons non plus comme moteurs de recherche mais comme moteurs de signaux. Nous n'y chercherons plus des contenus (c'était hier), nous n'y attendrons plus simplement une recommandation et une logique de prescription (c'est aujourd'hui), mais nous voudrons y trouver une qualification de ces contenus. Une qualification qui se voudra la symbiose entre des métriques sociales et comptables.
Un petit Tweet pour un grand bouleversement ?
C'est aux moteurs capables de nous livrer la meilleure qualification que nous souscrirons. Pour y parvenir, la prochaine mue des moteurs de recherche en fera des moteurs de signaux (un Tweet, une modification d'un profil, d'un statut ...). Et particulièrement de signaux "faibles". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si en évoquant les projets de Google en la matière (lancement d'un service de Microblogging search), Marissa Mayer parle de "Clues" (indices) et rapproche cela du Google Trends (tendances). Indices, tendances, signaux. Le meilleur moteur sera celui capable de repérer ces signaux faibles. Ce qui  - si mon analyse est avérée ... - serait à l'échelle de l'histoire des moteurs, un gigantesque bouleversement. L'ensemble des moteurs fonctionnent en effet aujourd'hui sur leur capacité à entériner des signaux forts. Toute leur algorithmie est ainsi pensée : afficher dans les premiers résultats les sites/articles/contenus les plus visibles, les plus cités, les plus commentés, les plus débattus, les plus liés. Depuis l'invention de la bibliométrie dont les fondements ont été implémentés dans l'algorithme du Pagerank, toute l'histoire des moteurs de recherche (et du succès de Google) se tient dans leur capacité à isoler le plus pregnant, le plus visible, le plus "émergé". Une visibilité que nous ne pouvons bien sûr pas "oculairement" percevoir, mais qui est (relativement) simple, limpide, perceptible et "révélable" pour les crawlers du web, comme les phéromones sont naturellement perceptibles aux fourmis. Demain, il leur faudra très probablement être capables de faire l'inverse avec les mêmes critères d'excellence : c'est à dire continuer de jouer leur rôle de localisation de sources (plus personne ne retient aujourd'hui l'adresse d'un site, on tape son nom dans Google et Google, "bookmark" universel, nous livre aussitôt l'adresse du site) ET être également capables de remonter des signaux faibles, c'est à dire des occurences documentaires à faible pertinence absolue mais à forte pertinence relative.

La réalité est pourtant plus compliquée que cela. S'il est vrai que les moteurs de recherche, dans l'héritage de la bibliométrie, ont pour but d'isoler les figures et les contenus les plus "marquants", la bibliométrie (et les moteurs de recherche) a également pour fonction de révéler les réseaux de citation et de collaboration, à savoir ces auteurs, ces contenus nettement moins cités ou liés mais qui, parce qu'ils sont à un moment ou à un autre "associés" aux plus cités, acquièrent une pertinence nouvelle. Il en ira de même pour la collecte de ces signaux faibles. La révélation et l'analyse de leur pertinence aura partie liée avec les contenus et les autorités déjà constitué(e)s, déjà repéré(e)s. En cela, les réseaux sociaux et les sites de micro-blogging constituent de précieux outils de repérage.

Alors quoi ? Alors il est très probable que la prochaine bataille de la pertinence, intégrant le micro-net et ses propriétés spécifiques (fragmentation accrue de ses contenus + "autorités" de plus en plus diluées), se jouera juste en dessous de l'habituelle ligne de flottaison des navigateurs, ligne en dessous de laquelle l'essentiel des internautes ne descend presque jamais consulter les résultats, mais ligne en dessous de laquelle se niche et se nichera toujours davantage la réelle pertinence des résultats, c'est à dire l'adéquation existant entre les signaux faibles détectés et leur corrélation aux contenus et aux autorités les plus saillantes assignées à la requête. Une pertinence qui instrumentalise une apparente sérendipité comme premier auxiliaire de la recherche

Boire le Calice (68) jusqu'à la lie.

Il des fois où l'on se dit en découvrant un outil, que "Ah ben voilà. C'est exactement comme ça qu'il faut faire. Y'a pas à chercher plus loin, faudrait que tout le monde ait le même." C'est ce qui m'est arrivé en découvrant Calice68, portail des bibliothèques du Haut-Rhin. C'est propre, c'est efficace, c'est complet, c'est convivial, c'est "2.0" mais pas trop, y'a des tags pour faciliter la recherche, une navigation à facette (suggérée et non-imposée) pour faciliter les découvertes, la possibilité de consulter les avis des bibliothécaires mais aussi des lecteurs et même ceux d'Amazon (directement importés depuis le site), et tant d'autres choses encore. C'est franchement bluffant. Et c'est avec une belle unanimité que le jury souverain composé essentiellement de moi-même, décerne à Xavier Galaup, initiateur (et maître d'oeuvre ?) du projet, le grand prix du CCCP (catalogue collectif convivial partagé).
N'y manque plus (à moins que je ne l'ai raté ...) qu'un accès direct depuis chez soi à des fonds numériques, via par exemple sa carte de lecteur, comme c'est déjà la cas à La Roche sur Yon.

Twitter : le hiératique contre le hiérarchique.

Le monde comme il Twitte.
J'utilise Twitter depuis quelques mois. Je n'ai encore pas publié de billet au sujet de ce "nouveau" moyen de communication "temps réel", mais la blogosphère regorge d'analyses sur le phénomène emblématique de la statusphère. Comme pour la dernière "killer-app" rapidement érigée en phénomène de société (il s'agissait de Facebook), on spécule aujourd'hui autour de Twitter, tantôt annoncé comme "révolutionnant l'information", tantôt devant être racheté par Facebook ou Google, tantôt nouveau héraut de la figure du pro-am. Par ailleurs, aujourd'hui tout le monde est "sur" Twitter : des ministères, des administrations des politiques, des universités, des profs (les "tweeatchers"), des étudiants, des journaux, des journalistes ... (sur la dimension académique de Twitter, voir la diapo 39 de mon intervention aux RPIST).
Twitt à Saint-Tropez.
Le monde se twiterrise et Le Monde rend compte de la twitterisation du monde. Pas une catastrophe, pas un séisme, pas un crash d'avion, pas un scandale, pas une élection politique, qui ne soit d'abord révélés et relayés "sur" Twitter. Dernier séisme en date, la mort de M.Jackson qui faillit à elle seule faire s'effondrer les serveurs de la planète (ceux de Google en tête, ce dernier croyant être victime d'une attaque devant la multiplication des requêtes et des twitts sur MJ).
WTF. Wikipédia, Twitter, Facebook : What the fuck ?
De Wikipédia (pilier d'une révolution cognitive, d'un nouveau rapport au savoir) à Facebook (pilier d'une révolution de l'intime, d'un nouveau rapport à notre "identité" en ce qu'elle à d'intime, de public et de privé), de Wikipédia à Facebook il manquait un élément. Celui d'une primo-conversation, une conversation essentielle, planétaire, synchrone, instantannée. Au mieux comme une gigantesque iségoria, au pire comme un aliénant café du commerce. La première victoire de Twitter, c'est d'être devenu (comme Wikipédia et Facebook), un révélateur. Un "corpus", un sujet d'étude scientifique. WTF sont autant de moyens pour les chercheurs (en sciences sociales notamment) de sonder le monde, de disposer d'un formidable terrain d'expérimentation pour qualifier les changements en cours de l'ère numérique. L'une des dernières études scientifiques sur Twitter est celle menée par deux étudiants de Harvard, étude à partir de laquelle Jean-Michel Salaun a bien souligne les effets d'écho entre les usages de Twitter et ceux de Wikipédia, notamment le fait que "la répartition des contributions sur Twitter est plus concentrée que sur Wikipédia, même si Wikipédia n'est pas un outil de communications. Ceci implique que Twitter ressemble plus à un outil de publication unidirectionnel qu'à un réseau de communication pair à pair."
De la hiérarchie à l'hétérarchie.
L'information est brute. Les industries de l'information ont pour métier d'y mettre de l'ordre, par le biais de l'angle choisi pour les "sujets" et par les "choix" éditoriaux. Bref l'industrie de l'information tout entière (de la presse magazine aux moteurs de recherche) est d'abord une industrie de la hiérarchisation.
Avec Twitter, ce qui domine de prime abord c'est l'aspect profondément hétérarchique, à plat, de l'information qui y circule. On parle d'hétérarchie à partir du moment où, dans une organisation, il n'y a pas de "niveau supérieur". C'est Warrren Mc Culloch, l’un des premiers cybernéticiens, qui avait créé ce terme pour décrire certains programmes informatiques. Twitter est donc, de prime abord, une hétérarchie : pas d'éditorialisation, pas de "niveau supérieur" de l'information. Donc, Twitter est littéralement illisible. Parce que sa nature est précisément de ne pas vouloir "mettre en ordre". De ne pas vouloir hiérarchiser. Et pourtant Twitter est lu. Lu par la planète entière et notamment par les médias de l'industrie de la hiérarchisation qui y puisent informations, faits, témoignages, alertes, signaux.
Quel est l'ordre de Twitter ?
Si Twitter est lu (et utilisé) par chacun d'entre nous c'est parce qu'il est néanmoins capable de briser son hétérarchie pour lui donner de la profondeur, et pour se servir de cette profondeur comme d'une hiérarchie. La plupart des medias sociaux utilisent une technique d'éditorialisation déjà largement théorisée en informatique et en sciences sociales : il s'agit de celle du filtrage collaboratif. Les moyens et les instanciations de cette technique sont innombrabbles mais son mécanisme est immuable : on agence l'information, on construit collectivement les hiérarchies éditoriales en fonction du nombre de votes (ou de liens, ou de signalements, ou de mots-clés, ou de folksonomies, ou de Hashtags) vers cette information à l'intérieur d'une communauté d'usage, et ce de manière dynamique (ré-agencement perpétuel) ou statique (à un moment donné). Le filtrage collaboratif, très utilisé notamment dans des systèmes d'information "clôts" (en entreprise par exemple) a changé de nature dès qu'il s'est retrouvé sur le web, et ouvert à des communautés pouvant compter plusieurs millions de membres. Mais revenons à Twitter. L'éditorialisation de Twitter, son filtrage collaboratif, sa profondeur hiérarchique, c'est la capacité que nous avons de construire notre communauté de Followers (littéralement suiveurs) et de décider nous-mêmes des personnes ou des thèmes que nous voulons suivre. C'est là le seul moyen de garder le contrôle et de n'être pas totalement submergé par le flot flux. Mais on le voit, il ne s'agit pas réellement de hiérarchisation (qui s'appuie sur une verticalité) mais plutôt de périphérie, d'horizontalité du cercle de suivants/suiveurs dont et avec lesquels nous décidons de tenir conversation.
De l'hétérarchie au hiéroglyphes.
Twitter débarque donc. Comme tout média, il le fait avec ses codes. Les adeptes de l'IRC des débuts se souviennent des différents modes, des différentes commandes. Les codes de Twitter sont épurés. Mais il n'en restent pas moins déroutants pour le novice : ce sont les fameux Hashtags, mots-clés précédés d'un signe dièse "#" qui pourront être agrégés pour structurer (et non hiérarchiser) une actualité (exemple, le Hashtag pour parler de la mort de M. Jackson était " #MJ "), ou bien encore des RT, ces renvois de Twitts, dans lesquels l'acronyme initial "RT" signale que l'on est en train de reprendre une information (un Twitt) déjà publiée (lequel RT est en général suivi du nom - précédé d'une arobase - du compte Twitter d'où l'on reprend l'info). Ajoutons-y la limitation des messages à 140 caractères et la retraduction systématique des adresses web en des versions abrégées (et donc illisibles), et nous obtenons le genre de truc suivant :

  • "affordanceinfo @sarko @carla RT "MJ est mort" http://bit.ly/Y45brt #WE à eurodisney #MJ #bambi #premierevictimedefredericmitterand"

Soit, vous en conviendrez, pour un individu lambda non adepte ou non-initié auxdits codes, un léger côté hiéroglyphique pour une info ainsi normalement traduisible en langage courant :

  • Olivier E affordanceinfo signale à ses amis Nicolas et Carla @sarko @carla, que Michael Jackson est mort "MJ est mort", info qui circule actuellement partout RT et qui est vérifiable à l'adresse http://www.europe1.fr/Michael-Jackson-des-millions-de-fans-pour-un-dernier-hommage/ http://bit.ly/Y45brt, et info qu'il associe spontanément # au souvenir que ses amis gardent de leur dernier week-end à Eurodisney #WE à eurodisney, tout en s'interrogeant pour savoir s'il existe un rapport de causalité directe entre la mort du chanteur et l'arrivée de Frédéric Mitterand au Ministère de la Culture #premierevictimedefredericmitterand". 

Des hiéroglyphes au hiératique. Twitter ou les stratégies d'évitements de la lecture industrielle.
Ainsi Twitter, dans son affichage, dispose bien d'une dimension hiéroglyphique (pour le profane - qui s'en trouve désorienté -  comme pour l'initié - qui les manipule sans difficultés). Mais ce qui est le plus intéressant dans Twitter, ce sont les stratégies qu'il met en place pour gérer l'infobésité accrue par le temps réel sur lequel il s'efforce de se caler, et ce sans jamais faire appel à de classiques techniques de hiérarchisation (cf supra) mais en préférant faire appel à des stratégies visuelles, cognitives et scripturales d'évitement, de substitution.
Premier exemple : l'utilisation du RT, ou le fait de Re-Twitter une information (un autre Twitt). Il ne s'agit pa là de créer volontairement de la redondance (même si cela y revient in fine) mais bien plutôt de qualifier l'importance d'une information et contribuant à son effet de masse. Traduisez : si je retwitte cette info, c'est qu'elle m'apparaît importante/intéressante. Le fait de la re-twitter vise donc d'abord à lui donner du poids, pour lui permettre d'émerger de l'ensemble. Et l'on retrouve ici cette verticalité, cette hiérarchie qui semblait faire défaut à Twitter.
Deuxième exemple : les Hashtags. Ceux-ci sont le strict équivalent des Folksonomies, c'est à dire un processus de classification collaborative par des mots-clés librement choisis, mots-clés qui, comme pour les folksonomies peuvent aller de l'explicite - #iran-elections - à l'allusif - #MJ (pour Michael Jackson) -, voir au simplement farfelu - #slipsurlatête - ou à l'égocentré - #danielprendlepouvoir.
Troisième exemple : la représentation (cartographique ou imagée), la mise en scène visuelle. C'est là le plus révélateur. Les accrocs à Twitter ne peuvent très longtemps sa satisfaire d'une nombre de followers limité, eux-mêmes ne peuvent se résoudre à brider le nombre de comptes qu'ils souhaitent suivre en temps réel. Ils n'ont alors pas d'autre possibilité que d'être submergés devant l'aspect invasif et ingérable de ce déferlement. Ils passent dont par des applications tierces (Twitter en regorge ... voir notamment le point III "Outils et services" de ce billet) qui permettenr de visualiser les "points chauds" de Twitter, que ces points chauds soient thématiques ("je cherche de quoi on parle beaucoup en ce moment"), conversationnels ("je cherche les gens qui parlent le plus et/ou le mieux de ce qui m'intéresse), ou chronologiques ("je cherche de quoi on a perlé dans les dernières minutes, la dernière heure, ou la dernière semaine). Un seul exemple (au nom programmatique) dans cette dernière catégorie : le site Twitter for busy people.
Moralité : par sa limitation en nombre de caractères, par les codes scripturaux et les interfaces de vidsualisation qu'il utilise, Twitter travaille sur la dimension hiératique de la conversation comme vecteur d'information.
La définition que le Littré donne su terme hiératique est la suivante (il s'agit de la troisième acception du terme) : "Écriture hiératique, signes hiératiques, écriture cursive, qui est une abréviation de l'écriture hiéroglyphique et dont les signes sont dérivés, signe à signe, des caractères hiéroglyphiques." Définition ainsi complétée par Wikipédia : "L'écriture hiératique est en fait le deuxième niveau de simplification des hiéroglyphes, le premier étant les hiéroglyphes linéaires, qui sont des versions simplifiées des hiéroglyphes, mais qui gardent leur valeur représentative. Les caractères hiératiques, eux, ne représentent plus des objets, mais uniquement des signes arbitraires à la manière des lettres d'un alphabet."
Twitter ou l'écriture hiératique vue comme substitutive à l'absence de possibilité de lecture hiérarchisée. D'autre part, et pour reprendre une analyse déjà exposée ici, Twitter me semble, avec sa logique de "Followers",  également emblématique d'un troisième âge de la navigation hypertextuelle, celui de la souscription.

Il y a plusieurs raisons au succès actuel de Twitter.

En plus de celles précédemment décrites, voici celles qui me semblent aujourd'hui essentielles :

  • Sa simplicité.
  • Sa portabilité. = il est aisément déportable dans différents environnements (sous forme de widgets pour des site web ou de clients pour des navigateurs ou des téléphones portables, ou bien de manière plus immersive, comme ce client qui sert du support aux conversations du jeux vidéo World Of Warcraft)
  • Son effectivité. = sa capacité de résonnance (lectures industrielles) et sa capacité à créer du lien (avec l'industrie de l'écriture = les "grands" médias).
  • Son affectivité. = Twitter utilisé pour de petites conversations entre amis. Il s'agit bien ici de lien social.
  • Son unidimensionnalité. = Twitter ne contient que du texte, pas d'image, pas de son, pas de vidéo.

Industries des données ou écritures industrielles ?

En écoutant Bernard Stiegler hier sur France Culture dans l'émission "du grain à moudre", je me disais que dans la gradation technologique qui mène du Fordisme à Google, on pourrait établir le genre de hiérarchie suivante :

  • Première pèriode industrielle (1950-1980) : les technologies du "faire" (ère industrielle). La valeur, ce sont les matières premières utilisées dans les chaînes de production.
  • Seconde période industrielle (1980-1997) : les technologies de l'intelligence (l'ouvrage éponyme de Pierre Lévy est publié en 1993). C'est l'avènement du web, des réseaux comme nouvelle infrastructure industrielle. La valeur se tient cette fois dans la perpétuelle dispersion / ré-agrégation des contenus disponibles. La valeur, c'est le lien hypertexte pour le dire plus simplement.
  • Troisième période industrielle (1998-2003) : les technologies de l'accès. Dont on pourrait poser la naissance en même temps que celle de Google. La valeur est alors celle de la mémoire. Mémoire informatique externalisée. Externalisation de nos mémoires documentaires. Google c'est "La" base de donnée (pour reprendre l'expression utilisée par Stiegler dans l'émission en question)
  • Et (il me semble en tout cas), nous basculons lentement mais sûrement dans une quatrième période industrielle (2003-200?), celle des technologies de la capillarité et de l'artefact, bâties autour de mémoires informatiques industrialisées mais autour également d'une "industrialisation de l'intime" (pour reprendre l'expression d'Alain Giffard) qui se donnent - notamment - à lire dans les réseaux sociaux (en 2003, nombre de réseaux sociaux "majeurs" ont atteint un large public). Le système de valeur que se choisira cette quatrième période industrielle pourrait être directement "indexé" sur la porosité choisie, induite ou subie entre notre identité documentaire (les traces que nous laissons sur le réseau) et notre présence retournée (= la collecte et l'agrégation de ces traces telles qu'elles se donnent à lire une fois remixées par les industries des données - moteurs de recherche et réseaux sociaux en tête). Soit le passage d'une externalisation de nos mémoires documentaires à une externalisation de nos intimités mémorielles documentées. Une autre dimension essentielle de cette monnaie sera très probablement celle du synchronisme, défini comme la capacité à faire correspondre les traces de nos activités et les indices de notre présence en ligne. Les questions qui se posent sont naturellement innombrables. L'une des plus saillantes me semble être celle de l'industrialisation possible du décalage qui existe entre ce que nous sommes, ce que nous voudrions être, et ce que nous donnons à lire de nous dans nos systèmes d'écriture sur les réseaux, dans les traces documentaires et documentées que nous y laissons. C'est probablement là un nouveau "temps" pour nos systèmes d'engrammation. Davantage peut-être que des lectures industrielles (Alain Giffard encore), la préemption de l'ensemble de nos traces connectées et déconnectées par les industriels de l'accès et des données, me semble relever de stratégies d'écritures industrielles.

Et demain ? Avec l'internet des objets ("everyware"), avec le web des données, avec la sémantisation des protocoles de recherche et d'interactions en ligne, avec la frontière abolie entre l'intime, le privé et le public, avec le réagencement permanent et la rémanence sans cesse accrue des synchronismes entre le monde réel et le monde numérique ... l'ère qui s'ouvre devant nous verra probablement la fusion des "anciens" agencements machiniques supportant nos lectures industrielles (moteurs de recherche et réseaux sociaux) en un seul nouvel agencement symbolique, une seule entité, une seule monade calculatoire - qui restera diversement instanciée. Le risque est d'y voir se dissoudre, autour de logiques de souscription quasi-incantatoires, ces agencements collectifs d'énonciation qui bâtirent le web. Une dissolution au profit (et nécessairement "for-profit") de la génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées.
Economie des écritures industrielles.
Je note par ailleurs en même temps que je l'écris, que la "génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées" est une définition qui semble parfaitement circonscrire le périmètre et l'enjeu de l'affichage des publicités contextuelles et ciblées (Adwords et Adsense). Depuis déjà 10 ans, l'industrie des données met toutes ses forces dans la bataille pour ne jamais tarir la source des ces écritures industrielles. Elle peut ajourd'hui y déverser en temps réel l'intimité de nos mémoires documentaires et documentées. C'est peut-être la clé d'un web à venir, un web implicite mais dont l'implicite ne s'analysera plus seulement à l'aune des artefact techniques proposés.

Le web (implicite ?) de demain est celui que construisent aujourd'hui les agencements algorithmiques qui permettent la génération auto-entretenue d'écritures industrielles singularisées.

Pauvrepoint en 10 points

Ppt10lecon

Rencontres RPIST 2009.

Me voici de retour de Nancy où j'étais invité par l'Inist pour causer de la question de l'identité numérique des chercheurs.
Et voici donc le diaporama slideshare avec Ô merveille les notes correspondant à chaque diapo (regarder l'onglet "Notes" sous la présentation depuis le site Slideshare)
Mes fans et mes plus grand détracteurs pourront observer que l'ADBJP ("association pour la défense du bandeau jaune dans les pauvrepoints") a encore frappé.

J'intervenais juste après Hervé Le Crosnier, ce qui n'est jamais chose facile, surtout quand ce dernier a passé la soirée à vous répéter que "il fallait faire le show", le tout en patientant 1h30 dans un ersatz de pizzeria en buvant du gris de toul et en lapidant mentalement le serveur qui, quand il n'apportait pas une assiette de pâtes en lieu et place d'une pizza Roma après une demi-heure de commande, se souvenait soudain (après une autre demi-heure d'attente) que j'avais aussi pris une salade en entrée. Bon. Globalement on a l'air de pas s'en être trop mal sortis ... mais vous pourrez très bientôt juger sur pièce étant donné que la vidéo des interventions sera prochainement disponible sur le site des RPIST.
A part ça, bonne nouvelle, pour le prix d'une chambre dans un hôtel IBIS, vous avez droit à une connexion internet gratuite. La dernière fois ça m'avait coûté 15 euros pour une heure de connexion (pourrie). Vive les hôtels Ibis donc.
Vous pouvez aussi consulter le hashtag RPIST sur Twitter pour voir tout ce qu'en ont retenu les participants qui ne dormaient pas (et qui avaient réussi à pirater le Wifi local).
Voila. Voila.
A part ça toujours, mais dans un prochain billet, je reviendrai vous parler du "off" de ces rencontres. Je vous raconterai comment j'ai voyagé dans le train à côté d'un consultant qui intervenait pendant les rencontres, et qui expliquait doctement à son associée (sa secrétaire ?) que le pauvrepoint qu'elle lui avait préparée n'allait pas du tout, et qu'il n'allait pas parler de revues.org parce que ce n'était pas dans la cible stratégique (ou un truc comme ça ...) et que "ah bon tu leur as déjà envoyé le powerpoint ? Ah bon c'est embêtant ça." Délicieux voyage vous dis-je. Je viendrai également vous reparler de la manière dont l'Inist vend 15 euros des articles (les miens notamment) déposés dans une archive ouverte (archivesic par exemple) et pour certains sous licence creative commons "attribution - non-commercial", le tout dans une interface qui ne néglige pas les publicités sponsorisées du moteur Google, donnant à celle-ci (l'interface), l'air de ces entrées d'agglomérations défigurées par de gigantesques panneaux publicitaires (si vous n'avez pas la patience d'attendre mon billet, vous pouvez déjà vous mettre celui relayant l'étrange politique tarifaire de l'Inist sous la dent).
Et puis dans la série ça n'intéresse personne, sachez que pendant qu'Hervé Le Crosnier était assailli par ses fans, le valeureux Dominique Cardon et moi-même nous sommes faits refouler (temporairement) du buffet sous prétexte qu'il fallait d'abord le prendre en photo (le buffet).
Sachez aussi que le même Hervé Le Crosnier à réussi à me convaincre (il est fort) d'arrêter de faire figurer le "temps de rédaction de ce billet" à la fin des billets d'Affordance. Pas de taylorisation de la recherche. Merci hervé :-)
Enfin une pensée spéciale pour ce verbatim recueilli au moment de mon départ : "Je suis contente de vous avoir rencontré en vrai. Parce que je vous imaginais petit et gros." Pour quelqu'un venu parler du nécessaire contrôle de leur identité numérique par les chercheurs, cela valait la peine d'être souligné ;-)

L'évidence même.

L'index de Google est - ou devrait être - un bien commun de l'humanité. Et à ce titre nous appartenir collectivement. Merci à Pierre Mounier d'avoir souligné cette évidence. Preuves à l'appui.

Agenda : rencontre RPIST 2009

Je serai demain et Mardi à Nancy aux Rencontres des professionnels de l'information scientifique et technique.
Voici le titre de mon intervention :
"Science identifiée et scientifiques identifiables : questions et enjeux autour de la maîtrise de l’identité numérique pour les chercheurs et leurs institutions."
Et le résumé :
Qu’appelle-t-on « identité numérique » ? Quelle est sa déclinaison académique ? Que peuvent apporter les réseaux sociaux au débat scientifique et à la diffusion/construction des connaissances ? Quel niveau d’initiative, de contrôle, de présence et de service en attendre ou en exiger ?
La maîtrise et gestion de l’identité numérique sont aujourd'hui des problématiques saillantes du web contributif. Au travers des moteurs de recherche et des réseaux sociaux notamment, de nouveaux vecteurs de socialisation et de transmission des informations et des connaissances se mettent en place.
Dans ce contexte, et dans des lieux virtuels de communication fonctionnant de plus en plus en temps réel, les espaces de la parole et de la communication scientifique - qu’elle émane des individus ou des institutions - doivent trouver de nouvelles dynamiques.
Comment conforter la place de la parole scientifique dans l’iségoria moderne du web ? Comment l’institution et les individus doivent-ils prendre en charge les nouvelles visibilités documentaires offertes par le réseau ? Quels sont les espaces restant à investir ? Quels en sont les outils ? Que proposent-ils ?
Notre exposé s'efforcera d'apporter quelques éléments de réponse à ces questions, en interrogeant les problématiques inhérentes à ces nouveaux modes de socialisation, à ces nouvelles "sociabilités numériques".

En cadeau-bonus et en amuse-bouche, voici la bibliographie de l'intervention :

Le diaporama sera comme d'habitude mis en ligne sur Slideshare, dès qu'il sera terminé, c'est à dire dans la nuit précédant l'intervention ;-)
===============================
By the way ... et même si ce n'est pas le sujet de mon intervention de mardi, j'aimerais bien que quelqu'un m'explique l'étrange politique tarifaire de l'Inist (qui est l'un des principaux diffuseurs de l'IST dans notre bel hexagone) ... politique aussi étrange que le choix du moteur Google CSE et l'affichage systématique de liens sponsorisés sur un site public de diffusion de l'IST ... J'aimerais bien aussi que toutes celles et ceux qui ont payé 15 euros pour avoir accès aux articles de votre serviteur en profitent pour demander leur remboursement sine die.
Inist

Lesdits articles (et quelques autres) étant disponibles gratuitement sur ArchiveSic. Bref, le sujet retenu pour ces rencontres est effectivement bien choisi : "Nouveaux modes de publication scientifique. Relations avec les éditeurs". Messieurs les éditeurs ... tirez les premiers.
J'essaierai de poser la question aux principaux concernés entre deux petits-fours :-)

Wikipédia : l'emblème du web 2.0

La vidéo de ma dernière intervention à Poitiers pour parler de Wikipédia est désormais disponible en ligne (le pôvrepoint est lui aussi visible ici ou )
Grand merci au service audiovisuel de la MSHS de l'université de Poitiers et n'hésitez pas parcourir les autres ressources disponibles sur leur chaîne Internet.

<p>&lt;p&gt;&amp;lt;object style=&amp;quot;width:320px;height:260px&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;param name=&amp;quot;movie&amp;quot; value=&amp;quot;http://uptv.univ-poitiers.fr/web/data/flvplayer.swf?file=http://chronos.campus.univ-poitiers.fr/flv/wikipedia-ertzcheid.flv&amp;amp;width=320&amp;amp;height=260&amp;amp;image=http://uptv.univ-poitiers.fr/web/data/vignettes/s068141348.gif&amp;amp;usefullscreen=false&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;param name=&amp;quot;quality&amp;quot; value=&amp;quot;high&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/object&amp;gt;&lt;/p&gt;</p>

Wikipedia et les encyclopédies collaboratives : censurer ou former ? - Wikipédia ou l'emblème du web 2.0

Intervenant(s) : Angel Clémares. Olivier Ertzscheid.

Date de publication : 27/05/2009

Durée : 00h 35min 47s

UPtv, la chaîne internet de l'Université de Poitiers

Un peu de poésie urbaine.


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Trouvé là.

Du "cloud computing" au "home computing" : comment le web devînt fractal.

Cloud computing.
On connaissait déjà depuis quelques temps l'âge d'or, les promesses (et les dangers) du "cloud computing", de l'informatique dans les nuages. Le réseau internet repose depuis son invention sur une architecture "client-serveur". Le cloud computing permet à chacun de nous d'être les innombrables "clients" (au double sens du terme) d'une gigantomachie dans laquelle Google, Amazon et quelques autres s'affrontent à grands coups de datacenters et autres "fermes de serveurs". C'est là le climax d'une polarisation extrême de l'architecture client-serveur.
Home computing.

Imaginons maintenant que la polarisation s'inverse et qu'au lieu de disposer de quelques giga-serveurs centralisant l'offre de contenus et de données de la planète internet toute entière, nous retrouvions une architecture dans laquelle chacun d'entre nous demeurerait client mais disposerait à part égale de la possibilité de devenir un serveur. Une sorte de forme réinventée et légèrement décalée de l'architecture peer-to-peer (ou le passage par un point nodal externe aux clients connectés reste obligatoire). Imaginons donc que chacun de nos ordinateurs personnels, via son navigateur, puisse devenir son propre serveur et ainsi proposer à des tiers d'accéder librement à son contenu (téléchargement d'images, de films, de musique) voir même auto-héberger des pages web. C'est la prouesse (?) que vient de réaliser le navigateur Opera avec le lancement d'une nouvelle version de son navigateur baptisée "Opera Unite".

Le WebOS enfin réalisé ?

Il y a belle lurette que la guerre des navigateurs fait rage. Il n'est donc pas impossible que cette sortie soit d'abord un coup marketing pour permettre à Opera de sortir de la zone de confidentialité dans laquelle Internet Explorer, Chrome et Firefox le relèguent. Mais. Mais je viens de tester et d'installer Opera Unite avec un camarade de jeux qui a bien voulu en faire de même. Et le fait est que c'est totalement bluffant.
L'avènement de l'informatique dans les nuages a fait du webOS un enjeu central pour les grands acteurs de l'internet. Comme je l'écrivais dans ce billet :

  • "Après la migration en ligne des applications (bureautique ...), des services (logiciels, Saas) et des comportements (dérive des continents documentaires), le Web est devenu l'OS (operating system) de demain. Manquait encore à cet OS une interface, une fenêtre. Cette fenêtre, c'est le navigateur."

Fractale_1 Le web fractal. Le webOS était donc réalisé, incarné, sur la scène et sous les auspices des quelques géants du cloud computing, de l'informatique distribuée, "dans les nuages", mais tout aussi massivement distribuée que commercialement vérouillée.
Si la poursuite des essais d'Opera Unite demeure concluante, si celui-ci tient toutes ses promesses, c'est à un nouvel avatar du web qu'il va falloir nous habituer. Un web parfaitement et rigoureusement fractal. Chaque navigateur de chaque ordinateur connecté au réseau devenant son propre client, son propre serveur, son propre client-serveur, son propre internet. C'est là tout l'enjeu du Home Computing.

Quelques réflexions à chaud : vers une nouvelle partition des flux numériques.

  • Tout comme le cloud computing adressait - au sens strict - d'énormes problèmes de confidentialité, ses principaux acteurs disposant de tous les moyens et de toutes les ressources pour constituer une base de donnée des intentions à l'échelle planétaire.
  • Si Opera Unite s'installe dans les pratiques, les marchés des industries culturelles et les projets ubuesques "Hadopi-like" risquent fort de n'avoir pas 6 mois mais bien 10 ans de retard. R.I.P. Hadopi. R.I.P. Christine Albanel. R.I.P. Pascal Nègre. Ce pourrait être un électrochoc comparable à celui que représenta l'avènement de peer-to-peer il y a de cela quelques - courtes - années.
  • Dans une telle configuration, impossible - sauf pour Opera ... - de contrôler quelque flux que ce soit, sauf à imposer des fichiers mouchards à tous les ordinateurs individuels de la planète, ou sauf à transformer tous les FAI (fournisseurs d'accès à Internet) en zélés délateurs doublés de Vidocqs des réseaux.
  • Cette nouvelles architecture fractale du Home Computing va également poser, non plus aux autorités politiques, commerciales ou judiciaires, mais bien aux utilisateurs eux-mêmes, d'énormes problèmes de confidentialité et de sécurisation de leurs données personnelles. En poussant à peine un peu les scénarios imaginables, on pourrait même se retrouver dans une situation diamétralement inverse à celle que nous connaissons actuellement, situation dans laquelle les particuliers confieront (pour des raisons de sécurité) leurs données importantes aux des acteurs majeurs du cloud computing, pour laisser le home computing transformer leurs ordinateurs personnels en simples terminaux d'échanges. Une virtualisation totale de l'échage et du stockage numérique, mais avec une nouvelle "partition" (au sens informatique du terme) des espaces et des termes mêmes de l'échange. 

Quelques liens pour une découverte plus approfondie de l'outil et des enjeux :

(Sources : sous les liens // Temps de rédaction de ce billet : 2 heures, tests du navigateur non-inclus :-)


Iran net

Published on 16/Jun/2009

"La république islamique d'Iran continue d'étendre et de consolider ses systèmes techniques de filtrage, qui sont parmi les plus étendus au monde. Un système centralisé pour le filtrage de l'internet a été mis en place qui accroît davantage le filtrage déjà effectué au niveau des fournisseurs d'accès à Internet (FAI). L'Iran emploie désormais sa propre technologie pour identifier et bloquer les sites dissidents, réduisant ainsi sa dépendance à l'égard des technologies de filtrage du monde occidental. (...) Les "agences de régulation" chargées de policer l'internet continuent de s'étendre. (...) Conjointement à l'expansion de la surveillance, cette augmentation des "régulations" exacerbe une athmosphère qui encourage l'auto-censure et dissuade de toute pensée dissidente. Le blocage des sites web de partis politiques durant les les élections présidentielles de 2009 a redonné de l'énergie aux opposants à la censure de l'internet en Iran et a attiré l'attention du monde sur le problème du contrôle de la presse."

Version originale disponible ici : http://opennet.net/research/profiles/iran

Suit également un tableau rappelant quelques indicateurs-clés

Iran

L'occasion de (re)découvrir le formidable travail de l'OpenNet Initiative

Les petits liens du Week-end.

L'incontournable UbuWeb dispose désormais d'un blog : http://ubuweb.tumblr.com/. Hourra.
L'inénarrable Martine est de retour avec son générateur. Hourra.

Agenda : congrès ABF 2009

Entre deux relectures de rapports avant les soutenances de stage, deux écritures d'articles et trois réunions techniques pour préparer une rentrée qui s'annonce rock'n roll (400 heures d'enseignement en moins sur les 3500 dont jouissait jusqu'à présent notre beau DUT Infocom), je serai vendredi au congrès 2009 de l'ABF. Depuis l'année dernière, LE congrès du petit monde des bibliothèques s'est doté d'un blog sur lequel (grâce à eux) vous pouvez suivre en temps quasi-réel les débats et les présentations des différents intervenants.
Or donc j'interviendrai Vendredi 12 Juin dans le cadre de la session "Bibliothèques sur le net" avec comme intitulé de présentation : "Le choix de la bibliothèque numérique : entre interface(s) et contenu(s)". En gros (et en 20 minutes) je vais tenter de montrer : 

  • en quoi le numérique amène à repenser les notions d'espace, d'usages et d'architectures d'une manière presque symétriquement opposée à ce qu'elles sont (ces notions) dans la bibliothèque physique.
  • Et de montrer que si les actuelles bibliothèques numériques sont "en-deça" des attentes c'est parce qu'elles les pensent (les mêmes notions) dans la seule continuité de la bibliothèque physique.
  • Je vais aussi tenter de montrer que pour penser "les usages, les espaces et les architectures" (c'est le thème du congrès ABF 2009) il faut partir à la conquête d'une nouvelle grammatologie algorithmique.
  • Montrer que le texte est devenu un lieu technologique bien avant que la bibliothèque ne devienne un lieu virtuel. Que cela en fut même la condition nécessaire, et que nombre de chantiers de bibliothèques numériques semblent aujourd'hui avoir oublié cette vérité première.
  • Montrer que l'enjeu de la bibliothèque numérique de demain est un enjeu d'abord essentiellement topologique : que peut-on dire de la structure globale de la bibliothèque abstraction faite de son périmètre de ressources numériques propres ou distantes ?
  • Montrer qu'il faut sortir de l'effet diligence, parce que "ce ne sont pas les conducteurs de diligence qui ont inventé les locomotives". Et que l'on a aujourd'hui toujours besoin d'inventer la bibliothèque locomotive numérique. 
  • Montrer qu'avant même (ou "au lieu de") se mettre en quête du lieu virtuel idéal de la bibliothèque numérique il faut d'abord prioritairement installer des espaces de voisinnages numériques et permettre aux professionnels de se les approprier. Et que ça ... et ben cela fait déjà près de 4 ans que moi et quelques autres nous le ressassons à satiété (ce qui est presque aussi oxymorique que dur à dire), et que si on ressasse encore pendant 4 ans et ben ... il sera trop tard. Trop tard pour la bibliothèque numérique. Et trop tard pour la bibliothèque et les bibliothécaires tout court.

Voilà. Et donc bien sûr je n'aurai pas le temps de parler du tiers du quart de ce que je viens de vous annoncer parce que je n'ai que 20 minutes et que j'ai déjà 50 slides sur mon pauvrepoint et qu'il va falloir que j'en enlève une bonne moitié. Mais c'est pas grave, ça sera toujours bon à recycler pour un article, un cours ou une formation à venir. C'est aussi pour ça que j'aime être invité dans des congrès ;-)
Allez, à vendredi si le coeur vous en dit et si vous êtes dans le coin.

(Temps de rédaction de ce billet : 30 Minutes)

Les petits liens du Week-End

Je suis depuis toujours fasciné par les illusions d'optique. Du coup, je ne rate jamais le championnat du monde des illusions d'optique. Je vous recommande tout particulièrement le premier prix de cette année : "The break of the curveball".

Et puis dans la série "l'illusion d'optique de la pensée", vous aimerez sûrement le Lefebvroton, générateur automatique de communiqués de presse de Frédéric Lefebvre.

Le coup de gueule du Vendredi.

Et ben voilà. Après la rubrique désormais hebdomadaire du "petit lien du Week-End" qui me permet de vous faire partager les curiosités et amusements, je vais être contraint d'en ouvrir une nouvelle, le "coup de gueule du vendredi". C'est parti.

Titres alternatifs possibles de ce billet :

  • Nadine Morano, je te vois.
  • Nadine Morano est secrétaire d'état chargée de la famille mais elle attaque en justice des gens qui citent Dorothée.
  • Nouvelles figures du terrorisme à l'heure d'internet.
  • Nadine Morano est une pizza margarita.
  • Nadine Morano est une menteuse.

Nadine Morano est une menteuse. Nadine Morano est une pizza margarita. Nadine Morano est une blonde. Nadine Morano est une lampe halogène. Nadine Morano est un ficus benjamina.
Sur ces 5 affirmations, il en est de fausses, et il en est de vraies. J'attends maintenant avec une gourmande impatience ma convocation par la brigade de répression de la délinquance contre la personne pour "injures publiques envers un membre du ministère" sur Internet.
Et je vous invite tout naturellement à faire de même, c'est à dire à écrire et à faire savoir que Nadine Morano est une menteuse (ou une pizza margarita ou une blonde ou une lampe halogène ou un ficus benjamina).

Pourquoi ?

Pour qu'après les dangereux "épiciers anarcho-terroristes qui lisent des livres", après les redoutables "profs de philo qui parlent fort dans une gare en prononçant le nom du président de la république(?)", voici venu le temps, non pas des rires et des chants, mais des dangereuses "mères de famille qui citent Dorothée dans des commentaires de vidéos sur DailyMotion" et qui sous cet ubuesque chef d'inculpation sont convoquées par la brigade de répression de la délinquance contre la personne pour injures publiques envers un membre du ministère.

Nous vivons une époque formidable. 

Post-scriptum : Primo, Nadine Morano est une menteuse, deuxio, "Sarkozy je te vois", tertio "L'insurrection qui vient" est un excellent ouvrage à diffuser le plus largement possible." J'ai bon monsieur le commissaire ?

Martinemorano

Post-post-scriptum : pour trouver matière a un coup de gueule ô combien plus important mais malheureusement moins vendeur (ou "buzzeur"), on se reportera utilement ici.

<Update de qques heures plus tard> Depuis ce matin et alors que les échos de l'affaire "Nadine Morano est une menteuse" font le tour du net et des journaux, les commentaires sous la vidéo incriminée explosent : plus de 500 en quelques heures, dont certains gratinés et pour le coup réellement injurieux !! Comme le signale Loran en commentaires, va y avoir du monde au tribunal ;-) </Update>