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2. HYPERTEXTE & CYBERESPACE

Pour définir le « cyberespace » dans son désormais classique "Neuromancien", Gibson (p.64) le décrit en 1985 comme une « hallucination consensuelle vécue quotidiennement en toute légalité par des dizaines de millions d’opérateurs. » Voilà sans doute l’essence du choc culturel que constitue l’avènement d’Internet et du mode si particulier de navigation qui lui est associé. Car dans la vision littéraire prémonitoire de Gibson comme dans les aspects les plus pragmatiques de notre réalité quotidienne, l’hypertexte apparaît comme le principe fédérateur de toute une série complexe d’interactions entre des êtres, des documents et des idées ; il inaugure et caractérise du même coup une réalité nouvelle des organisations : à un certain niveau d’échelle et indépendamment de toute méthode d’analyse, tous les éléments qui composent l’hypertexte sont reliés ; cette homogénéité absolue, cet irrévocable déterminisme connexionniste, par les collaborations et les interactions fortuites ou délibérées qu’il occasionne, est sinon une chance, du moins un formidable terreau de questionnements touchant à la plupart des domaines connus de la connaissance.

Comment dès lors ne pas se demander dans quelle mesure ces interactions, ces collaborations, suivent ou non une direction commune ?
En quoi révèlent-elles une cohérence ?
De quel type de savoir, d’entité (« hypercortex ») sont-elles révélatrices ?
Comment, devant ce qui a tous les traits d’un apparent chaos ne pas se mettre en quête de principes organisateurs ?
Voilà quelques-unes des motivations qui inaugurèrent le questionnement à lire dans cet ouvrage.

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