L’hypertexte naît à la croisée de deux siècles dont le second vient à peine de s’ouvrir. Dans la première moitié du 20ème siècle, où il prend naissance, il est pour Otlet comme pour Bush un moyen de répondre à la question de l’accès aux savoirs dans une perspective essentiellement individuelle. Dans la première moitié du 21ème siècle, où il se déploie, la question de l’accès est pour partie réglée, chacun pouvant disposer de connexions aux différents réseaux sur lesquels se déploie la connaissance. Il pose dès lors le problème amont de l’organisation possible de cette connaissance, pour faciliter non seulement son accès et son repérage, mais également et surtout, maintenir et augmenter la possibilité de constituer une connaissance mondiale, à l’échelle de l’humanité.
L’hypertexte n’est pas un épiphénomène de nature informatique assimilable ou réductible à l’une des sphères de la réalité qui l’emploie. Qu’il s’agisse de la science de l’information – depuis les propositions d’Otlet aux manipulations qu’autorise désormais la Gestion Electronique de Documents (GED) – ou des pratiques littéraires dans leur ensemble – depuis les expérimentations de l’Oulipo aux hyperfictions contemporaines – l’hypertexte est un mode d’organisation des discours et des pratiques radicalement nouveau. Il conditionne et transforme de facto l’ensemble de nos rapports à la connaissance. Il est encore à la recherche des moyens qui lui permettront de rendre pérennes ces bouleversements.
Cette nouvelle configuration verra la naissance de nouvelles formes d’organisation (sociales, interpersonnelles, théoriques, philosophiques …). Parce qu’elles changent constamment de niveau d’échelle, s’agrégeant et se développant de manière rhizomatique, ces nouvelles formes d’organisations ont déjà commencé à mettre en place une nouvelle écologie cognitive que le discours critique se doit d’investir.



Commentaires