4. HYPERTEXTES ?
La première occurrence du concept d’hypertexte date de 1965. L’auteur de ce néologisme, Théodore Nelson, est philosophe de formation. Il souffre d’une forme extrême d’un syndrome affectant les capacités d’attention, perdant sans arrêt le fil de ses pensées.
- « L’idée m’est venue en octobre - novembre 1960 alors que je suivais un cours d’initiation à l’informatique qui, au début, devait m’aider à écrire mes livres de philosophie. Je cherchais un moyen de créer sans contraintes un document à partir d’un vaste ensemble d’idées de tous types, non structurées, non séquentielles, exprimées sur des supports aussi divers qu’un film, une bande magnétique, ou un morceau de papier. Par exemple, je voulais pouvoir écrire un paragraphe présentant des portes derrière chacune desquelles un lecteur puisse découvrir encore beaucoup d’informations qui n’apparaissent pas immédiatement à la lecture de ce paragraphe. » Ted Nelson. Cité par [Baritault 90 p.190].
Comme en atteste [Funkhauser 00] :
- « Selon une note bibliographique dans Dream Machines, « L’hypertexte », un article de Nelson, apparaît dans les actes de la conférence de la Fédération Mondiale de la Documentation en 1965. Cependant, ce n’est qu’à partir de Dream Machines que le débat autour de ce concept est publié à grande échelle. »
Dix-sept ans plus tard, mais encore huit ans avant que ne se tienne à Aberdeen la première conférence sur l’hypertexte, c’est un autre auteur, lui aussi friand de néologismes qui impose son idée de l’hypertexte, dans le champ de la critique littéraire cette fois.
- « J’appelle donc hypertexte tout texte dérivé d’un texte antérieur par transformation simple (nous dirons désormais transformation tout court) ou par transformation indirecte (nous dirons imitation). » [Genette 82 p.16]
Sans point commun apparent avec l’idée de Nelson, il est intéressant de remarquer comment, au point actuel de l’évolution technologique, les deux définitions entrent sans peine en résonance, laissant entrevoir un champ épistémologique à la fois ouvert et complexe dans lequel les associations de l’un font écho aux « dérives » de l’autre.
Depuis lors, tous ceux, auteurs, critiques, théoriciens, ingénieurs, qui se sont intéressés à l’hypertexte ont proposé leur propre définition, comme s’il ne pouvait être question d’un quelconque consensus, ou comme si, plus exactement, ils éprouvaient le besoin de s’approprier de manière forte et différenciée l’un des aspects que recouvre la réalité hypertextuelle, de se positionner par rapport à cet aspect, et de le développer à l’exclusive des autres, comme une finalité en soi dans un champ disciplinaire n’évoquant souvent l’interdisciplinarité que comme un alibi permettant de mieux s’en démarquer.
Nous avons choisi d’organiser l’inventaire – non exhaustif mais clairement représentatif – de ces définitions selon trois axes.
- Le premier de ces axes est celui de la marge, de la différenciation, celui de la fin d’une certaine idée de la civilisation du « Livre » : l’hypertexte y est défini par contraste avec toutes les notions, rôles, structures et supports traditionnels, stigmatisant la nécessité de forger de nouveaux cadres théoriques.
- Le deuxième axe est celui de l’émergence qui, prenant acte des nouveaux outils à notre disposition et de la structuration achevée de nouveaux concepts, propose de s’engager résolument dans une démarche de réappropriation des codes de communication qui leur sont habituellement associés et fait de l’hypertexte plus qu’un outil technologique : une technologie de l’intelligence.
- Le troisième axe enfin, prend résolument parti pour la construction d’un nouvel environnement de la pensée, une nouvelle « écologie cognitive », sous les conditions et contraintes précédemment inventoriées.




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