Ma Photo

Botte de foin


Les commentaires récents

juin 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            

Affordance.info

Qu'en faire et comment ?


  • Ce que vous voudrez à condition :


    • de citer vos sources
    • de ne pas vous enrichir
    • de ne rediffuser l'info que sous une licence identique à celle-ci







    Le crédo d'Affordance ;-)
    I am a hard bloggin' scientist. Read the Manifesto.



    Le coin des bonnes causes :


    Support The Commons
    Become A Commoner


    Le PageRank d'Affordance :
    PageRank for this page
    Son "autorité" (sic) selon Technorati :
    "L'autorité" selon Technorati

Recherche et Réseaux (activités scientifiques)

Avant ...
Membre du réseau RTP-DOC

Maintenant ...

Et aussi ...

  • Membre de la commission de spécialistes (70-71ème section) de l'université de Nantes. (2007-2008)
  • Responsable de l'option "métiers du livre" à l'IUT de la Roche sur Yon (2007- ...)

Et encore ...

  • Membre du comité de programme IC 2008 (Ingénierie des connaissances)
  • Membre du comité scientifique Doc'soc 2008 (Document et société)

Contrats de recherche en cours :


Soutenance

Thèse soutenue le 27 Septembre 2002
Obtenue avec la Mention Très Honorable à l'unanimité.
Diaporama de la soutenance (.pdf) et texte de présentation (.pdf)
En présence de :

  • Membres du jury
  • Jean Pierre Balpe (professeur Université Paris 8) PRESIDENT
  • Michel Ballabriga (professeur Université Toulouse 2) 
  • Robert Boure (professeur Université Toulouse 3) 
  • François Rastier (directeur de recherche INaLF-CNRS)
  • Directeurs
  • François-Charles Gaudard (professeur Université Toulouse 2) 
  • Jo Link-Pezet (MdC HdR Université Toulouse 1)

26. LES ENJEUX DE « L’AUCTORITAS » HYPERTEXTUELLE.

A trop se diluer dans le miroitement de ses fonctions, à force de courir le risque de son effacement, l’œuvre pourrait se dissoudre si elle ne trouvait ailleurs les ressources qui lui assurent sa cohérence et son homogénéité. Pour autant que ses fonctions se diversifient et quels que soient les masques qu’il choisit de revêtir, l’auteur demeure, sous certaines conditions, une force motrice de la création littéraire. On sort ici de la sphère énonciative – qui se veut au plus près du texte – pour entrer dans la dimension sociologique. De ce point de vue, l’aspect téléologique de toute création, littéraire ou non, reste pertinent et il est sous-tendu par cette incarnation d’une volonté à l’œuvre qu’est la figure de l’Auteur.   

  • « L’auteur est véritablement un créateur, mais en un sens tout différent de ce qu’entend par là l’hagiographie littéraire ou artistique. Manet, par exemple, opère une véritable révolution symbolique, à la façon de certains grands prophètes religieux ou politiques. Il transforme profondément la vision du monde, c’est-à-dire les catégories de perception et d’appréciation du monde, les principes de construction du monde social, la définition de ce qui est important et de ce qui ne l’est pas, de ce qui mérite d’être représenté et de ce qui ne le mérite pas. » [Bourdieu 87 p.176].

Les individualités à pouvoir revendiquer le titre d’auteur tel que l’entend Bourdieu ne sont évidemment pas légion. A moins bien entendu que l’on entende par auteur, la somme de ces individualités que draine dans son sillage la notion d’« hypercortex » dont parle Lévy. Mais cela équivaudrait à retomber dans une autre mythologie, et la construction du sens sur les réseaux nous semble relever de processus plus pragmatiques.
Il reste que la plupart des œuvres hypertextuelles collaborent effectivement à l’érection de « nouveaux principes de construction du monde social », qu’ elles offrent – à des degrés de qualité divers – une vision « transformée » du monde, et qu’elles altèrent de manière parfois radicale nos catégories de perception – par l’utilisation qu’elles font des images, par les composantes temporelles et cinétiques qui deviennent des matériaux à la disposition de l’auteur … – .
Même lorsque, dans ces hypertextes, la figure de l’auteur est un programme informatique faisant office de générateur de texte, même lorsque ne lui est plus dévolue que la fonction « d’ingénieur » de texte, les contraintes qu’il définit et l’horizon de signifiance qu’il dessine sont, à ce jour, des raisons suffisantes pour ne pas pouvoir extraire définitivement de l’œuvre la composante humaine.

  • « L’auteur, caché, à l’évidence, ne conçoit pas ses textes. Prenant des décisions abstraites, il est un « ingénieur » du texte qui ne peut mesurer les fonctionnements de son ouvrage que lorsqu’est construit l’ensemble de la machine. C’est en ce sens aussi que cette littérature est inadmissible : ce, qu’au mieux, il conçoit, ce sont des virtualités de textes, quelque chose comme un schéma de littérature encore inexistante, des mises en scène plausibles de textes virtuels. Il planifie des conditions, des contraintes : rouages, calculs, prévisions ... programmes ... » [Balpe 96]

Car quelles que puissent être les performances de générateurs ou de systèmes experts fonctionnant sur les principes de l’intelligence artificielle, toutes les entreprises de génération aléatoire et non finalisée de textes restent vaines ou n’ont qu’un simple – mais cependant remarquable – intérêt technique ou rhétorique. Il leur manquera toujours cette part irréductible du libre arbitre que constitue la volonté de faire, la volonté de se mettre à l’œuvre. La technique, les potentialités littéraires offertes par l’hypertexte, demeurent entre l’artefact et l’artifice. C’est dans la claire conscience de cette limite que la figure de l’auteur acquiert une humilité nouvelle, en dehors cette fois de toute mythologie sociale ou fantasmée. « Il n’y a pas de sens préétabli, mais il y a quelqu’un pour le regretter indéfiniment. (…) Barthes (…) place l’écrivain – de fiction et de critique – dans la position d’une maîtrise qui refuse d’être un pouvoir, d’un maître qui n’oriente pas mais désoriente celui qui cherche ses leçons. » [Reichler 89 p.8]
L’auteur d’hypertexte est dans ce cas. « Je suis le monarque des choses que j’ai dites et je garde sur elles une éminente souveraineté : celle de mon intention et du sens que j’ai voulu leur donner. » [Foucault 72 p.10]
........................... « Le roi se meurt ».

25. MARQUES ET MASQUES DE L’ENONCIATION

Si l’énonciation se manifeste par les marques qu’elle laisse sur le texte, chacune d’entre elles n’est souvent que l’un des masques dont se pare une subjectivité, une instance du discours ici et maintenant produit. L’auteur – quel que soit l’aspect de son activité, de son interaction avec le texte envisagée – ne se définit que dans la co-présence d’une situation d’énonciation. « Celui qui écrit l’œuvre est mis à part, celui qui l’a écrite est congédié. » [Blanchot 55 p.10]
C’est le présent de l’écriture qui seul fait autorité, qui fait « l’autorité ». Dès que cesse ce présent, dès que le texte a fini de s’inscrire pour commencer à s’afficher dans un temps qui est maintenant celui de sa lecture, cesse également d’être opérante toute notion d’autorité, devenue parasitaire pour le déploiement du discours. Or l’hypertexte et le web rendent possible des situations de co-présence entièrement neuves.

  • « L’auteur d’un message se voit dépris de son autorité sur celui-ci. Son texte s’engage dans une dynamique provoquée par l’ajout d’autres messages. Comme en peinture ou dans les collages surréalistes en quelque sorte, la mise en présence d’éléments (textes, couleurs, formes) engendre une tension due uniquement à cette mise en présence. Il y a dans les conférences électroniques, comme à l’oral, une co-construction du sens dans l’interaction. Si cette co-construction a également lieu à l’écrit, entre un auteur et un lecteur, le lecteur n’a en général pas la possibilité de poursuivre l’élaboration du texte et d’instaurer un dialogue entre l’auteur et le lecteur (ce dernier passe alors du statut de lecteur à celui d’auteur également). » [Hert 95 p.50]

Cette possibilité est aujourd’hui avérée et en passe de devenir une modalité d’écriture à part entière. Ce qu’il reste à énoncer, ce sont les conditions de ce dialogue entre fonctions. Chacune des facettes précédemment évoquées, dans la mesure où elle se donne à voir dans un présent de l’énonciation, fonctionne comme le miroir de notre propre subjectivité. Il faut alors choisir l’orientation à donner au regard critique, pour qu’il ne s’égare pas dans le jeu de reflets réciproques que s’adressent ces fonctions entre elles et qu’il puisse à son tour nous renvoyer l’image provisoirement stabilisée d’un discours en construction, d’un « work in progress ». « Comme le remarquait Jay Bolter pour la littérature : « La tâche à laquelle nous sommes confrontés en tant qu’écrivains de ce nouveau medium est précisément de découvrir de nouvelles figures efficaces. » » [Clément 95]. Outre le fait qu’il se place délibérément en position d’écrivain et non d’auteur, les figures à découvrir que souligne Bolter sont probablement autant les artefacts rhétoriques et stylistiques propres à toute écriture, que les visages mouvants et masqués de la création littéraire.

24. LA FONCTION PLUS QUE LA NATURE

Le séculaire débat opposant nature et fonction est tout à fait révélateur de l’enjeu du bouleversement que stigmatise l’évolution de la notion d’auteur. Foucault suggérait de repérer « les emplacements où s’exerce sa fonction », Barthes évoque le « fonctionnement » de la linguistique, et les occurrences de cette idée de fonctionnalité sont encore nombreuses.
Lorsque semble disparaître ou au moins s’effacer l’un des éléments moteurs d’un mécanisme, la place qu’il laisse ainsi vacante met soudainement en lumière le rôle que cet élément jouait dans le fonctionnement et dans l’organisation générale du mécanisme en question. Le vide laissé par l’absence de l’auteur renforce l’empreinte de la fonction que celui-ci occupait. « La question que je me suis posée était celle-ci : qu’est-ce que cette règle de la disparition de l’auteur ou de l’écrivain permet de découvrir ? Elle permet de découvrir le jeu de la fonction-auteur. » [Foucault 94 p.817]
La nature profondément structurelle de l’auteur semble s’être progressivement organisée autour de fonctions plus élémentaires, alors révélatrices de l’organisation sociale qui présidait à l’élaboration de l’écrit.

  • « Le Moyen-Age, lui, avait établi autour du livre quatre fonctions distinctes : le scriptor (qui recopiait sans rien ajouter), le compilator (qui n’ajoutait jamais du sien), le commentator (qui n’intervenait de lui-même dans le texte recopié que pour le rendre intelligible), et enfin l’auctor (qui donnait ses propres idées en s’appuyant toujours sur d’autres autorités). » [Barthes 66 p.76]

La nature intrinsèque de la fonction-auteur n’existe que dans la succession des intervenants de la chaîne, et il est troublant de remarquer l’analogie existant entre les vertus explicatives de cette typologie et la réalité des fonctions auctoriales dans l’organisation littéraire hypertextuelle et plus globalement dans le web actuel.
Pour compléter cette typologie, on citera les définitions suivantes :

  • de [Chartier 85 p.268] « l’auctor est celui qui produit lui-même et dont la production est autorisée par l’auctoritas (...). Le lector est quelqu’un de très différent, c’est quelqu’un dont la production consiste à parler des œuvres des autres. »
  • et de [Bourdieu 87 p.132] « La tradition médiévale opposait le lector qui commente le discours déjà établi et l’auctor qui produit du discours nouveau. »

L’un des tout premiers volumes à poser la question de l’auteur, le dictionnaire de Furetière – 1690 – met l’accent sur la dichotomie qui existe entre l’imprimé et le manuscrit, et s’en sert comme principe classificatoire discriminant. « L’écrivain est celui qui a écrit un texte, qui peut rester manuscrit, sans circulation, tandis que l’auteur est ainsi qualifié parce qu’il a publié des œuvres imprimées (selon dict. de Furetière -1690-). » [Chartier 97 p.32]
Si l’on opère une relecture de ces typologies au vu des mécanismes actuels qui cernent la production de l’écrit, elles mettent en lumière et confèrent un statut à des entités jusque là mal définies :

  • l’activité du « scriptor » peut ainsi rendre compte des nombreuses citations intégrales de textes apparaissant in extenso ou sous la forme de renvois (liens hypertextuels) au fil des pages qui constituent le web ;
  • ces longues listes de liens, ces réseaugraphies qui n’ont d’originalité et d’autorité que dans la forme, sont le fait du « compilator » ;
  • l’activité d’annotation et de commentaire qui consiste à s’approprier un texte existant pour l’enrichir de nouveaux matériaux, de nouveaux liens hypertextuels, correspond à l’activité du « commentator » telle que définie par Barthes ;
  • enfin, « l’auctor » défini comme donnant ses propres idées en s’appuyant toujours sur d’autres autorités, rend également bien compte de la constitution d’un discours original sur le web, qui ne se fait que dans la continuité et dans l’héritage de discours précédents ou co-occurrents.

Cette typologie permet donc, non seulement d’avoir une vue originale et exacte de l’organisation réticulée de « l’autorité », mais aussi de rendre compte de l’émergence de nouvelles disciplines ainsi que de nouvelles approches critiques.

  • « Ainsi verrions-nous émerger une génétique documentaire de l’ante-génération, ne traitant que les documents servant de matière première au générateur, à côté de laquelle nous trouverions une génétique procédurale ne s’adressant qu’aux diverses versions du générateur et enfin une génétique de la réduction de la surgénération et de la mise en place du texte. Chacune de ces sous-disciplines de la génétique textuelle verrait son objet d’étude légitimé par une facette de la fonction auteur. » [Lenoble 95]

Ces aspects mis en lumière doivent nous permettre de sortir de la confusion qui fausse en le parasitant un certain type de discours critique. En voici un exemple : «L’expression sur-utilisée que le lecteur devient le ‘co-auteur’ de certains jeux d’aventures ou d’hypertextes littéraires comme ‘Victory Garden’ de Stuart Moulthrop ignore tout simplement le fait que la dichotomie ‘émetteur/récepteur’ est toujours bien présente. » [Aarseth 95] Certes la dichotomie « émetteur-récepteur » est toujours présente, mais les fonctions précédemmment décrites permettent de faire un choix entre ces deux points de vue, d’isoler la part faite, en chacun d’eux, à l’émetteur et au récepteur. Ainsi, la co-autorité qui est une topique de ce discours critique inadéquat devient infondée, dès lors qu’elle est remplacée par l’effort conjugué de deux entités distinctes : celle de l’auctor et celle du commentator par exemple.

23. DE L’AUTEUR A L’AUTORITE

Il ne faut pas avoir la prétention de pouloir se défaire d’une notion sous le prétexte qu’elle ne répond plus à la logique du support qui l’a vu naître. Certains des fondements conceptuels qui ont permis de forger cette notion restent opérants dans les œuvres hypertextuelles. Plus encore, dans ce monde où les textes évoluent constamment, ils peuvent servir de base à l’élaboration de nouveaux repères  nécessaires pour contenir l’appréhension subjective de l’immensité de la masse informationnelle disponible.

  • « L’auteur rend possible une limitation de la prolifération cancérisante, dangereuse des significations, dans un monde où l’on est économe non seulement de ses ressources et richesses, mais de ses propres discours et de leurs significations. L’auteur est le principe d’économie dans la prolifération du sens. » [Foucault 94 p.811]

La force d’anticipation du discours foucaldien est considérable. En effet, l’étude des solutions les plus innovantes proposées à l’heure actuelle pour arriver à appréhender, de manière individuelle ou collective, la densité sémiotique exponentielle qui se donne à lire sur Internet, montre que le retour à des localisations et à des classifications fonctionnant sur les bases d’une « auctoritas » identifiée est le présent du web. Ainsi, le plus célèbre des moteurs de recherche (Google) fonctionne sur un principe de classement qui distingue entre pages d’autorité (authorities) et pages pivot (hubs). L’auteur n’est donc plus ici l’incarnation d’une subjectivité, mais la représentation induite, construite a posteriori,  de principes collectifs de reconnaissance. En tant que tel, il continue d’être un recours précieux et irremplaçable dans l’analyse.
Ainsi, il apparaît qu’à chaque fois que cette notion d’auteur se trouve pensée, discutée, débattue, que cela soit dans une perspective épistémologique (Foucault) ou plus technique et pragmatique (Google), elle s’efface à chaque fois un peu plus. Pourtant, avec l’entrée de l’hypertexte dans le champ du littéraire, cette présence de l’auteur va se trouver paradoxalement réaffirmée. Dans la littérature classique, tout le processus de lecture, d’interprétation et d’appropriation subjective du texte vise à se libérer de la présence de l’auteur au profit de celle du texte. « Madame Bovary » doit exister sans Flaubert. L’auteur peut exister parce qu’il se revendique d’abord comme absent. Du point de vue de l’écriture, le premier travail de l’écrivain est là encore – sauf cas particuliers comme celui de la littérature autobiographique –  d’affranchir le texte de sa présence qui n’est plus tangible que dans des manifestations certes déterminantes et singulières, mais qui n’en sont pas moins des manifestations « de surface » : il s’agit du style de l’auteur, de l’idiolecte qui le caractérise, etc. Ainsi sans avoir besoin de prendre parti « pour ou contre » la mort de l’auteur, on peut effectivement parler d’une « autorité par contumace ».
Avec l’hypertexte en revanche, l’auteur est présent à chaque instant, présent à chaque choix, présent derrière chaque forme, derrière chaque nouvel affichage de la page lue ou rencontrée. Cette « hyper-présence » est une mise en danger de son autorité – potentielle, supposée ou effective – puisqu’elle instaure le « pacte lectoral » sur la base d’une rénégociation constante de « ce-qui-a-été-écrit, pensé, organisé » et de « ce-qui-va-se-passer, être-dit, être-écrit, être-affiché ».

22. CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCEE

Le rôle en même temps que le statut de l’auteur tel que nous les connaissons, semblent voués à une prompte disparition, certains n’hésitant d’ailleurs pas à affirmer que celle-ci a déjà eu lieu. L’origine de ce changement n’est pourtant pas à chercher dans l’irruption des nouveaux modes d’écriture qu’autorise l’hypertexte. En effet, dès 1970, alors que la littérature électronique n’en est encore qu’à ses balbutiements et qu’elle est bien loin du champ de préoccupation de la critique,

  • « L’effacement de l’auteur est devenu, pour la critique, un thème désormais quotidien. Mais l’essentiel n’est pas de constater une fois de plus sa disparition ; il faut repérer, comme lieu vide - à la fois indifférent et contraignant - les emplacements où s’exerce sa fonction. » [Foucault 94 p.789].

En l’espace de deux phrases, la nuance de « l’effacement » cède la place à l’irrévocable de la « disparition ». Comme pour atténuer la brusquerie de cette disparition, Foucault incite cependant à faire de cette dernière un nouveau point de départ pour la mise en place d’une herméneutique encore diffuse, qui vise à repérer les nouveaux espaces où demeure en permanence tangible la présence et l’influence de la « fonction-auteur ». Cette logique, cette direction de la recherche, ne sera plus démentie et n’ira qu’en se confirmant.
La suppression de l’auteur est clairement désignée comme une finalité essentielle, comme un enjeu littéraire premier  « L’une des fonctions du langage, et de la littérature comme langage, est de détruire son locuteur et de le désigner comme absent. » [Genette 69 p.13] L’argumentaire structuraliste est bien entendu à l’origine de la radicalité de la formulation, mais il n’en est pas la seule explication. L’irruption de la linguistique dans le champ des études littéraires y est également pour beaucoup. Là encore, comme ce fut le cas pour le livre, l’avancée des techniques d’analyse et d’investigation et les modélisations théoriques et formelles qui y sont attachées, sonnent le glas de la mythologie sociale dont avait su se parer l’auteur et qui fit de lui l’un des derniers « intouchables » du champ littéraire.

  • « La linguistique vient de fournir à la destruction de l’Auteur un instrument analytique précieux, en montrant que l’énonciation dans son entier est un processus vide, qui fonctionne parfaitement sans qu’il soit nécessaire de le remplir par la personne des interlocuteurs : linguistiquement, l’Auteur n’est jamais rien de plus que celui qui écrit, tout comme je n’est autre que celui qui dit je : le langage connaît un « sujet », non une « personne », et ce sujet, vide en dehors de l’énonciation même qui le définit, suffit à faire « tenir » le langage, c’est-à-dire à l’épuiser. » [Barthes 84 p.66]   

En proie à une herméneutique implacable, l’auteur se vide de sa substance biologique pour devenir un simple relais de la chaîne énonciative. Il ne s’agit bien entendu ici que d’un « point de vue », d’un niveau de focalisation dans l’analyse qui se veut au plus près des mécanismes de génération langagiers, mais ce type d’approche se voit confirmé par l’instrumentalisation croissante de l’ensemble des processus de production de l’ère numérique. Plus précisément, c’est la problématique notion de l’origine qui sert de base à ce nouveau renversement de l’analyse. « Au commencement était le Verbe » : voilà pour l’axiomatique des temps bibliques. « Au commencement du Livre, était l’Auteur. » Voilà pour celle qui se met en place avec l’invention de l’imprimerie. Avec l’entrée dans l’ère numérique et l’assimilation presque complète des techniques informatiques désormais agissantes au cœur même de la textualité, force est de constater que :

  • « La notion d’origine n’a pas sa place dans la réalité électronique. La production de textes présuppose leur distribution, leur consommation et leur révision immédiate. Tous ceux qui participent au réseau participent aussi à l’interprétation et au changement de ce flot textuel. Le concept d’auteur ne meurt pas : il cesse simplement de fonctionner. L’auteur est devenu un agrégat abstrait qui ne peut être réduit à la biologie ou à la psychologie de sa personnalité. » [Barnes 95]

C’est parce qu’il devient une « simple » fonction, et au moment même où il le devient, que le concept d’auteur cesse de fonctionner, qu’il bascule de l’axe du modèle à celui de l’expérimentation. La globalité qu’il pût un temps prétendre recouvrir ne peut plus se prévaloir d’aucune indépendance par rapport au texte qu’elle produit. A mesure que l’écriture s’ouvre à ce nouvel espace réticulé de la connaissance, à mesure qu’elle se distribue sur les réseaux, personne ne saurait aujourd’hui l’aliéner à une quelconque individualité. « Donner un Auteur à un texte, c’est imposer à ce texte un cran d’arrêt, c’est le pourvoir d’un signifié dernier, c’est fermer l’écriture. » [Barthes 84 p.68] La force centripète que lui confère ce nouveau mode de propagation réticulé, rend vaine toute tentative de clôture. Alors que sous le règne de l’imprimerie, les processus d’inscription et de diffusion de l’écrit avaient pour origine une même réalité machinique qui leur imposait une mise en place successive (impression PUIS diffusion PUIS réimpression … ), la perspective de publication qu’impose le numérique est de l’ordre de l’instantané et du simultané. Et dans cette perspective, l’idée d’auteur ne suffit plus à rendre compte de l’ampleur de nouvel horizon diffusionnel, désormais devenu une constante intervenant dans l’écriture des œuvres.

21. AUTEUR(S) ET AUTORITE.

Une perspective moderniste pourrait laisser croire que l’auteur est à l’origine du livre. Que le livre est d’abord et avant tout le produit d’un ou de plusieurs auteurs, qu’il a besoin pour exister, de s’inscrire dans cette filiation. Pourtant, l’histoire des techniques littéraires oblige à renverser cette opinion.

  • « Le commanditaire d’un tableau ou d’une fresque ne veut plus une Crucifixion ou une Nativité mais un Bellini ou un Raphaël. L’artiste naît en même temps que l’auteur, création tardive et typographique de la page de garde du livre imprimé. » [Debray 92 p.325].

C’est donc bien le livre-objet dans ce qu’il a de plus pragmatique qui inaugure l’existence de l’auteur.
Les traités d’histoire littéraire ainsi que la plupart des ouvrages de bibliophilie s’accordent pour situer l’apparition de la page de titre vers 1480, quelques années après l’invention de l’imprimerie, alors qu’un « savoir livresque » est déjà constitué en tant que tel, qu’il produit de la connaissance, à son tour commentée, analysée. Cette absence d’auteur – au sens moderne du terme – remonte au livre fondateur qui n’en a nul besoin puisqu’il est l’incarnation originelle de la Parole, et dans lequel figurent pourtant déjà, au titre de commentateurs et d’exégètes, les apôtres des évangiles.
La figure de l’auteur n’apparaîtra vraiment et ne se stabilisera dans son sens qu’à compter du basculement dans la civilisation de l’imprimé. Tant que l’oralité demeure le mode prédominant de transmission et de communication, toute mention d’autorité paraît superflue : la parole racontée se régénère de manière spécifique, l’une de ses conditions premières est précisément de s’enrichir des ajouts de ceux qui la transmettent, et il importe, pour que cette chaîne de la communication ne soit pas brisée, que toute référence à une autorité stabilisée soit, sinon absente, à tout le moins dissimulée et non contraignante.
A partir du moment où la trace que laisse cette parole se déplace de l’inscription corporelle de la mémoire pour basculer dans celle, matérielle, du livre, à compter du moment où elle cesse d’être un relais pour devenir un repère, le besoin d’identifier de manière stable et définitive celui qui en est l’origine se fait toujours plus contingent.      
L’hypertexte nous offre l’occasion de saisir le déroulement complexe et historiquement enchevêtré de cette notion en même temps qu’il inaugure une distribution originale des différents aspects de cette notion plurielle. L’auteur est tour à tour : « celui qui est la cause première de quelque chose. (…) Celui qui a fait un ouvrage de littérature, de science ou d’art. (…) Dans le langage des sciences, de la médecine, celui qui soutient telle ou telle opinion. (…) Celui de qui l’on tient quelque droit. » La richesse des aspects que l’auteur paraît englober est déjà très vaste et l’hypertexte l'amplifie encore avant de le repréciser. Sur le site du Consortium W3 on trouve la définition suivante de l’auteur :  « Un auteur est une personne ou un programme qui écrit ou génère des documents HTML. Un outil-auteur constitue un cas particulier, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un programme qui génère du code HTML. »
S’il n’est pas étonnant de constater que la composante biologique n’est plus une condition sine qua non de l’écriture (comme en témoigne l’exemple des « traitements » de texte), il est en revanche problématique d’attribuer, ex abrupto, le statut d’auteur à un programme informatique et cela ne peut être fait qu’après avoir retracé le parcours qui mène de l’invention de la page de titre à celle des générateurs de textes.

20. DE L’INSCRIPTION DU LIVRE A SA « DE »-SCRIPTION

Le livre, dans sa nature si particulière d’objet, mélange en une entité unique les strates du contenu et du contenant. La part irréductible de son appréhension, vient précisément des rapports perpétuellement oscillants qu’il entretient  :

  • avec l’individualité consciente qui le feuillette d’une part,
  • avec l’inscription qu’il recueille et dont il est la trace d’autre part,
  • et enfin du rapport de cette inscription à un héritage culturel partagé.

Cette tension qui le structure en profondeur, a un temps constitué un équilibre tel que celui qui se donnait par exemple à lire dans la Summa Theologiae de Saint Thomas d’Aquin. Tant qu’il était une « somme », l’auteur et le contenu, l’inscrivant et l’inscription, bénéficiaient d’un statut d’égalité parfaite. Un homme (ou un petit collège d’individus) était le dépositaire d’un savoir – d’un état stabilisé du monde – qu’il pouvait légitimement avoir la prétention de fixer de manière définitive dans la forme du livre. Dès lors que cette indiscutable centralité dans l’espace du savoir est remise en cause, dès lors que la glose, l’exégèse, puis l’herméneutique viennent ouvertement la heurter, ce fragile équilibre se trouve remis en question au profit de forces qui s’affrontent pour le gain d’une autorité, d’un statut de référence soumis aux fluctuations du progrès, de la technique et du partage collectif de ce savoir.      

  • « Je voudrais qu’un livre, au moins du côté de celui l’a écrit, ne soit rien d’autre que les phrases dont il est fait ; (...) Je voudrais que cet objet-événement, presque imperceptible parmi tant d’autres, se recopie, se fragmente, se répète, se simule, se dédouble, disparaisse finalement sans que celui à qui il est arrivé de le produire, puisse jamais revendiquer le droit d’en être le maître, d’imposer ce qu’il voulait dire, ni de dire ce qu’il devait être. Bref, je voudrais qu’un livre ne se donne pas lui-même ce statut de texte auquel la pédagogie ou la critique sauront bien le réduire ; mais qu’il ait la désinvolture de se présenter comme discours : à la fois bataille et arme, stratégie et choc, lutte et trophée ou blessure, conjonctures et vestiges, rencontre irrégulière et scène répétable. » [Foucault 72 p.10]

Les lettres composent la syllabe, les syllabes, le mot ; les mots, la phrase ; les phrases, la ligne ; les lignes, le texte ; les textes, le livre ; et la liste s’arrête là. Il devient impossible de continuer cet inventaire, pourtant bien sécurisant. On est pourtant tenté de poursuivre – comme cela fut un temps le cas : les livres, le Livre. Mais les prophètes, apôtres et autres exégètes ont cessé de gloser pour commencer à écrire et devenir des auteurs. Des auteurs qui, para-doxalement – contre la marche naturelle du discours – réclament et invoquent un anonymat pour que, comme aux immémoriaux temps bibliques, ne puisse rester à nouveau que le texte nu qui se donne à lire dans cet « objet-événement, presque imperceptible ».
A le voir ainsi pris entre ces deux sphères d’influence, on pourrait un temps douter de la réussite de l’improbable affirmation de l’existence du livre. A moins qu’il ne faille le voir – et Foucault le suggère – que comme la matérialisation momentanée d’une logique de flux qui relie ces deux points. Son appel à la « désinvolture » est bien loin de l’exigence de rigueur qui se posait aux exégètes. Elle rend pourtant admirablement compte de l’un des aspects récurrents de l’organisation hypertextuelle, avec d’un côté la masse des textes produits par des individualités (n’accédant d’ailleurs pas toutes – loin s’en faut – au statut d’auteur), et de l’autre la mécanique discursive qui sous-tend de manière transparente la constitution d’une mémoire collective faite des traces laissées par chacun.
Ainsi, au fur et à mesure de son inscription, le livre n’a de cesse de questionner ses origines. Et ce questionnement était annoncé : aux néologismes modernes qui rendent compte de notre difficulté à appréhender ses nouvelles modalités (hyperlivre, livre numérique, e-book …) font écho des étymologies et des formes sémantiques différentes qui retracent la même hésitation :

  • « Dans ‘La cité de Dieu’ de Saint Augustin, si le terme codex nomme le livre en tant qu’objet physique, le mot liber est employé pour marquer les divisions de l’œuvre, et ce, en gardant la mémoire de l’ancienne forme puisque le ‘livre’, devenu ici unité du discours (La cité de Dieu en comprend 22), correspond à la quantité de texte que pouvait contenir un rouleau. » [Chartier 96 p.34]

Du volumen au codex, en passant par le liber et autres libelli, l’histoire est celle du perpétuel retour sur elle-même de l’écriture, du questionnement sur ses origines et sur ses aboutissements. Le savoir, la connaissance, la mémoire partagée de l’humanité sont faits de ces dé-scriptions. L’hypertexte est le premier outil technique nous permettant de retracer cette histoire dans une perspective nouvelle ; l’arrière plan conceptuel qui le constitue doit permettre d’aller au plus près de ces nouvelles « conjectures » à la lumière des « vestiges » sur lesquels il se dresse. « (...) L’hypertexte et ses fictions (...) constituent une excursion au-delà du domaine du codex, un projet que nous pourrions qualifier de post-bibliocentrisme. » [Moulthrop 97a]
Si nous sommes entrés de plain pied dans l’ère du post-bibliocentrisme, la présence centrale du livre ne saurait être remise en question, tant la prégnance de la forme et des habitus qu’elle véhicule reste forte et structurante. En revanche, cette position centrale cesse d’exercer une force centrifuge. Le livre n’agrège plus l’ensemble des modes d’accès au savoir. Il ne fédère plus les différentes manières d’organiser la connaissance. Il n’est plus cet attracteur omnipotent qui assimile et transforme à son image – ou à son reflet –  toute l’étendue d’une certaine « culture ».
La force d’attraction s’inverse pour devenir « centripète », une force de propagation plus que de rassemblement, une dynamique de forme qui ouvre la voie à d’autres modes d’organisation, d’externalisation de la connaissance, à d’autres processus cognitifs d’engrammation du savoir. Le meilleur moyen d’attester de ce renversement de « tendance gravitationnelle » est d’en étudier ses premiers symptômes au travers de ces deux révélateurs que sont la place de l’auteur et celle du lecteur, entre lesquels le livre s’enferme ou se déploie et en dehors desquels sa seule valeur est celle de l’archive, du support, de la trace.


19. L’HYPERLIVRE POURL’HYPERTEXTE

La question du passage du Livre à l’hypertexte n’est pas plus la marque d’une transformation qu’elle n’est celle d’une révolution. La seule révolution est celle qui mène d’une « civilisation de l’atome » à celle du « bit » (Binary digit) . L’idée même d’évolution apparaît contestable, tant les questions et les modalités de l’une et l’autre formes, de l’un et l’autre supports, sont équivalentes et peuvent être analysées à l’aune des mêmes principes théoriques, techniques ou philosophiques.
Il y a pourtant bien eu « passage » et force est de constater l’actuelle cohabitation des livres et des hypertextes. Ce passage est de l’ordre de la « révélation », non pas au sens biblique mais au sens photographique de ce terme : à l’inverse de la révolution authentique, qui marqua le passage du volumen au codex, tout était prêt dans l’hyperlivre pour aboutir à l’hypertexte.
Diapositive1_1
Comme cela est souvent le cas dans l’histoire des hommes et dans celle des sciences, une révolution – politique, cognitive, philosophique – donne lieu à nombre de « révélations » qui revêtent toutes les oripeaux de la « nouveauté » : le semblable prend le pas sur l’identique pour permettre aux hommes, aux sciences, aux techniques, aux systèmes ou aux idées de franchir une nouvelle étape, un nouveau seuil. C’est l’éclairage combiné de ces deux aspects – révolution et révélation – qui permet de mesurer à la fois l’ampleur de l’évolution qui mena de la civilisation de l’atome à celle du bit et la nécessité de l’avènement d’une forme – l’hypertexte – qui permet aux deux de co-exister en déployant la nouveauté de l’une dans l’héritage de l’autre. 
    Si comme l’écrit [Blanchot 55 p.5] « Un livre, même fragmentaire, a un centre qui l’attire : centre non pas fixe, mais qui se déplace par la pression du livre et les circonstances de sa composition. », il en va de même pour l’ensemble des hypertextes particuliers qui tissent la toile d’Internet, avec une augmentation extraordinaire de la masse de ce centre si l’on se place du point de vue de « l’hypertexte planétaire » d’ores et déjà construit. Mais cette centralité n’offre aucune prise à l’analyse parce qu’en plus d’être mouvante, elle est souvent de l’ordre de l’intime, du personnel.
Il faut tenter de comprendre pourquoi ceux qui, depuis l’origine, ont fait œuvre d’écriture autant que d’inscription, paraissent maintenant engagés dans un processus d’engrammation de la connaissance d’un nouvel ordre. Et pourquoi ils ont, à cette fin, choisi l’hypertexte.

18. L’HYPERLIVRE AVANT L’HYPERTEXTE

Les questions que pose l’hypertexte, encore empreintes de discours techniques le plus souvent parasites, continuent pourtant de faire écho à celles-ci :

  • l’avènement d’une connaissance nomade est-il compatible avec l’évolution d’une forme destinée à la recueillir sous des modalités essentiellement sédentaires ?
  • Que devient, pour autant qu’il existe ou qu’il ait existé (tout au moins culturellement), le discours fondateur quand il est confronté à la multiplication et à la réticulation croissante de sa propre glose ou de son propre commentaire ?
  • Le Livre peut-il continuer d’être le réceptacle d’une parole révélée ou faut-il lui préférer l’inscription dans les livres de paroles profanes mais restant autorisées parce qu’elles sont l’œuvre d’une minorité d’auteurs ?
  • Et à l’heure où chacun dispose de cet accès à l’autorité, cette notion reste-t-elle pérenne ou tend-elle à se dissoudre dans la masse des individualités qui la revendiquent ? « Anonyme par excès d’auteur » …

Si ces questions continuent de se poser, c’est parce qu’elles ne sont pas la marque de l’hypertexte, mais, bien avant lui, celle de l’hyperlivre.

       

« Dès l’époque de Rembrandt, la question se posait de savoir si la Bible pouvait être publiée en         petit format. La sacralisation du texte, disait-on, ne pouvait résister à l’indignité du petit format             (libellus). Elle a en fait résisté au passage du rouleau au codex, elle a résisté à l’abandon de                 l’in-folio et, sans doute, elle résistera au passage au texte électronique.» [Chartier 97 p.88].

La question n’est pas tant de savoir s’il y aura ou non « résistance » dans la mesure où il n’est aucun texte qui n’interdise son passage vers une forme hypertextuelle. La question est en revanche celle de savoir si, du fait des processus mis en œuvre dans cette transition (et non du simple fait du changement de support), il y aura ou non une déperdition de sens et de quel ordre sera cette potentielle déperdition (esthétique, culturelle, cognitive, stylistique, temporelle, etc.). Mais pour juger de cela il faut sortir de l’analyse de la « forme-produite-à-l’issue-de-la-transformation » pour entrer dans celle de l’œuvre comme « work in progress » dont la forme est un épiphénomène déterminant, mais qui n’entretient avec elle aucun rapport de causalité : il est en effet probable que si l’ordinateur avait existé du temps des évangiles, la Bible aurait vu le jour sous une forme hypertextuelle plutôt que linéaire.

17. ENTRE MYTHOLOGIE ET BIBLIOCENTRISME

Les livres et les hommes ont toujours cheminé ensemble. A la fois réceptacle, reflet et socle de l’histoire et du savoir des hommes, l’histoire du livre et des civilisations sont en interaction constante. Ces deux histoires relèvent de la même temporalité. Il est troublant de constater à quel point leur similarités intègrent jusqu’à leurs contradictions les plus profondes.
Au commencement de cette évolution parallèle, les livres s’agrègent le plus souvent au sein d’un seul : le Livre fondateur. Les peuples quant à eux, occupent l’espace de la civilisation qu’ils construisent de deux manières : nomade ou sédentaire. Mais dans l’un et l’autre cas, ils puisent dans le Livre la force d’asseoir leur sédentarité ou celle d’accompagner leur nomadisme.  Et ce qui est de l’ordre du sédentaire, de l’inscription immuable dans le Livre, est bien souvent la marque des peuples nomades comme le souligne [Eco 96] :

  • « (…) Régis Debray fit remarquer que le fait que  la civilisation hébraïque soit fondée sur un Livre n’était pas indépendant du fait qu’elle soit une civilisation nomade. (...) Si vous voulez traverser la mer rouge, un rouleau est un instrument plus pratique pour enregistrer la connaissance. Une autre civilisation nomade – la civilisation arabe – était fondée sur un livre, et privilégia l’écriture sur les images. »

Seule une forme capable de résoudre ou tout au moins d’absorber la contradiction entre nomadisme et sédentarisation, peut prétendre rendre compte d’une connaissance dont la nature est d’être « cumulative » : c’est-à-dire oscillant constamment entre du fixe, du linéaire, de l’avéré et du mouvant, du dynamique, de l’évolutif.
Par bien des aspects, la problématique du Livre est non seulement reliée mais également semblable à celle de la connaissance, c’est-à-dire de l’ensemble des moyens mis à disposition de l’humanité pour comprendre son histoire et son évolution. L’une et l’autre font maintenant face à une contradiction qu’il leur faut résoudre, si l’une ne veut pas disparaître au profit de l’autre. Première face de cette réalité double, celle du bibliocentrisme.

  • « La création du monde commençant à s’éloigner, Dieu a pourvu d’un historien unique contemporain, et a commis tout un peuple pour la garde de ce livre, afin que cette histoire fût la plus authentique du monde et que tous les hommes pussent apprendre par là une chose si nécessaire à savoir, et qu’on ne pût la savoir que par là. » [Pascal 62 p.221]

Le livre est la mémoire de l’humanité. Nos bibliothèques modernes n’ont pas d’autre finalité que celle-là et tous les projets d’engrammation du savoir qui accompagnent l’histoire de l’humanité, même les plus utopistes, de Paul Otlet aux encyclopédistes en passant par Gabriel Naudé ou les plus récents projets de l’UNESCO concernant une bibliothèque mondiale, sont d’ordre bibliocentristes.

A l’inverse, les lectures offertes par le livre de la nature, sont celles de la glose et de l’exégèse, c’est-à-dire celles de la pluralité des significations face à l’unicité fondamentale et fondatrice du sens.
« S’il est admis que l’ordre du Livre divin est défectueux, faut-il en conclure que Dieu nous a légué un livre absurde ? A moins qu’Il n’ait voulu marquer que c’est dans l’absurde que réside le mystère ? (…) Dieu, avec son livre raté, nous enseigne, peut-être, que le livre est impossible.» [Jabès 91 p.138]

16. DES HOMMES DU LIVRE AUX LIVRES DES HOMMES

Le livre, de l’unicité qui en faisait le socle inébranlable d’un savoir constitué en tant que somme (summa), devient, par l’affirmation de sa pluralité d’objet, le point d’appui et le pivot de ramifications qui le dépassent mais qui seules peuvent rendre compte d’un ensemble de connaissances désormais disponibles.
Diapositive1
S’il est une constante dans l’histoire de l’humanité et de son rapport à la connaissance, c’est celle de l’alternance structurelle entre des périodes de sacralisation des objets de connaissance et d’autres de remise en cause, de basculement de ces mêmes objets vers la sphère du profane. Ainsi, bien qu’érudit et humaniste, c’est d’abord un bibliothécaire – un homme des livres – Gabriel Naudé, qui est l’un des premiers à stigmatiser ce basculement : dès 1644, son Advis pour dresser une bibliothèque vise clairement à la désacralisation de l’objet-livre, répercutant en cascade cette désacralisation sur les savoirs dont il est porteur, et ouvrant ainsi la voie aux encyclopédistes à venir.
En revenant sur cette période charnière de transformation des modes de constitution et d’accès à  la connaissance, [Damien 95 p.64] qualifie les livres de « cathédrales de l’indiscernable ». Cette image fait écho aux paroles de Frolo dans Notre-Dame de Paris : « Ceci tuera cela. Le livre tuera l’édifice. »  A son tour, il renverse la perspective : les cathédrales sont l’émanation du Livre, origine de toutes choses.
La circularité qui permet de replacer le livre au centre de l’édifice qu’il a servi à ériger, dans l’enceinte cloisonnée et offerte au regard des « hommes du livre », consume du même coup le sens dont il est porteur en lui offrant une nouvelle résonance. Le livre devient l’origine et la raison de toutes choses, ce par quoi l’architecture de l’édifice qui le contient devient potentiellement accessible. L’appareillage critique peut se mettre en place ; le dogme peut – doit – céder la place à l’herméneutique. Le nouvel édifice qui se construit alors n’est plus celui du sens mais celui des significations. L’unicité du premier fait place à la multiplicité des secondes. La posture devient mouvement. « D’impénétrables voies » deviennent d’indiscernables chemins.
Le livre doit désormais supporter tout le poids des implications qu’il était sensé contenir, et la forme seule du liber ne suffit plus. S’il veut être à même de juguler la fissure qu’il a fait naître et qui s’étend inexorablement, il doit s’ouvrir, s’étendre, se ramifier pour ne pas éclater, pour ne pas s’effondrer sous son propre poids. « Le livre c’est la totalité insoutenable. » [Jabès 75 p.17]. S’impose alors la nécessité de briser cette forme fixe pour trouver de nouvelles modalités.
Pour continuer à déverser sa parole sur le monde, il doit faire le choix du réseau comme mode de propagation. Les évangiles sont les premières manifestations de ce niveau réticulaire qui travaille le Livre. Avec la glose et l’exégèse, ils sortent de cette forme fixe pour trouver de nouveaux vecteurs d’expansion, de nouveaux relais de propagation. Au même moment, avec la physique galiléenne et copernicienne, le monde entre, avec les difficultés que l’on connaît, dans l’ère de l’héliocentrisme. La terre, support physique de l’humanité, n’est plus au centre de l’univers, et l’humanité n’est pas encore prête (le sera-t-elle jamais ?) à faire l’économie du centre. Privée de son premier support physique, elle fait alors déjà le choix de la virtualité, de l’immatériel. Elle place le livre au centre de ce nouveau repère et elle n’aura dès lors de cesse de tout faire pour aggraver sa masse, pour augmenter sa pondération, pour alourdir d’abord de gloses, de commentaires et ensuite de nouveaux et d’innombrables textes, ce nouveau noyau atomique, pour tenter de le stabiliser dans son rôle de centre.

15. L’AMALGAME DES SUPPORTS

Au cœur des problématiques actuelles de l'hypertexte se trouve la notion d’hyperlivre et autres livres numériques, ultimes avatars du Livre fondateur. Preuve semble faite que l’ordinateur – dans sa forme actuelle – a rencontré les limites que lui fixaient ses détracteurs. Il semble inapte à permettre l’accomplissement d’une « lecture » parce que précisément il est trop obsédé par le livre pour pouvoir s’en détacher :

  • « L’ordinateur, aujourd’hui, est obsédé par le livre, avec ses dispositifs de ‘lecture’ en amont, avec ses ‘imprimantes’ en aval, avec ses ‘livres électroniques’ sur disquettes ou sur disques compacts désormais, qui transforment cet instrument de mémorisation et de classement en une ‘machine’ à entrées multiples, productrices de ‘textes’, au sens étymologique de ce terme (ce qui est tissu de mots). » [Donguy 95]

Cette « métaphore cognitive » attachée à l’ordinateur est révélatrice de la persistance sémantique des aspects et concepts d’ordre littéraire autour desquels sont construites des disciplines traditionnelles (herméneutique, critique structuraliste …) ou émergentes (linguistique computationnelle, …). Et elle ne  semble pas près d’être remplacée au profit d’un habitus sémantique plus « contemporain » mais bien au contraire se renforcer avec l’avancée des recherches.
Alors que le grand public commence à peine à s’habituer à l’idée d’un livre électronique – c’est-à-dire d’un support suffisamment calqué sur de l’acquis pour pouvoir être utilisé à l’identique – qui lui permettra de se familiariser avec des modalités d’interaction par contre totalement nouvelles, des concepts comme ceux de l’e-ink (encre électronique) et autres puces de silicium souples pouvant être insérées de manière transparente dans le tramage d’une feuille de papier font leur apparition. Ils laissent augurer que la différence fondamentale entre les moines copistes ou les scribes de la Haute-Egypte et le lecteur ou l’auteur du XXIème siècle ne se fera pas au niveau de la ritualisation des postures marquant le rapport au sens, mais, de manière plus fine, plus insidieuse, plus transparente et plus déterminante, dans la perception même du sens et de ce qui en demeurera saisissable du fait de la complexification et de la densification technique dans laquelle il est engagé. Il est même tout à fait probable que les bibliophiles de l’ère numérique continueront d’apprécier le grammage d’un papier ou l’empreinte d’une encre.
Si le retour au livre – aussi contradictoire qu’il puisse apparaître dans le siècle du virtuel et du numérique – semble aujourd’hui aussi logique que nécessaire, ce n’est pas pour des raisons de commodité cognitive ou de massification commerciale. C'est parce qu’il est à ce point inscrit dans  notre « capital » cognitif qu’il détermine la configuration des outils destinés à le remplacer ou à le supplanter.
La persistance de l’écrit, du texte – « ce qui est tissu de mots » – est un indicateur fort qui suffit à garantir  la pérennité d’une certaine forme de savoir comme organisation du sens – ce qui est issu de mots – .
Mais qu’est alors que recouvre réellement l’entité-livre ?

14. L'HYPERTEXTE DANS L'HERITAGE DU LIVRE

Tous les concepts qui gravitent autour de l’hypertexte sont affectés par cette notion (le "livre"), qui exerce sur eux une attraction d’ordre « gravitationnelle » : elle regroupe, elle « tient ensemble » et elle fédère les forces en présence. Elle établit des distances et des pondérations.
La première sphère de ce qui constitue notre « réalité littéraire » à être affectée par l’hypertexte est donc celle du livre. Pour des raisons historiques tout d’abord. Nous vivons en effet dans la civilisation du livre, qui, constitué à la fois comme medium et comme message, est l’incarnation privilégiée de toute littérature tout en entretenant avec elle des rapports métonymiques complexes qui font que si la littérature EST d’ordre livresque, c’est initialement parce que le livre EST la littérature.
La forme même de l’objet livre conditionne notre rapport au savoir. Ainsi, le passage du volumen au codex permit l’instauration de nouvelles formes de lecture, plus critiques, comme l’exégèse par exemple. Cette première révolution fut suivie par celle de l’invention de l’imprimerie qui lui conféra toute son amplitude. Mais au-delà de ses modalités pratiques, techniques et socio-cognitives, l’héritage culturel dont le livre est porteur l’inscrit dans une trajectoire complexe. C’est le récit de l’évolution de ces relations individuelles et collectives, au monde du savoir et de la connaissance, au travers de ce filtre que constitue la « forme-support » qu’est le livre, que nous voulons entreprendre ici.

13. TOPOLOGIE DES RESEAUX ? LE LIEU.

La question est ici de savoir en quoi la « topologie » des réseaux qui se dessine sous nos yeux inaugure l’affirmation d’un nouveau type de lien social. C’est en comprenant de quelle manière et selon quelles règles chaque individu (ou chaque communauté d’individus) par son positionnement, fait le choix de s’exprimer ou de se taire, de prendre part ou d’observer, que nous disposerons de quelques-unes des « clés » de ces dispositifs visant à faciliter ou à rationaliser l’accès et le partage de la connaissance à une échelle qui se prétend celle d’un hypercortex planétaire.

Ainsi, l’hypertexte, qui renouvelle au moyen de ses « liens » l’héritage Du Livre, modifie à mesure qu’il les construit, les lieux d’où l’on accède à la connaissance et ceux depuis lesquels elle s’organise et prend naissance.
Ce que l’hypertexte permet de révéler du fonctionnement de la pensée humaine (en tentant de reproduire ses vertus associatives) est en train de changer profondément et durablement la manière dont les systèmes et les organisations sociales se constituent et se développent. Ce que certains fossoyeurs d'une économie du savoir baptisent déjà du nom "d'économie de la réputation".

12. TRANSPORTER LES DISCOURS ? LE(S) LIEN(S)

Une fois « réglée » la question de l’héritage de formes anciennes, il apparaît que l’ensemble de ces discours (que nous nommerons pour l’instant information) peut être caractérisé de manière plus pertinente par l’homogénéité de son organisation d’ensemble, que par l’hétérogénéité de ses supports ou par celle de la nature des informations qui le composent.
Cette homogénéité qui peut apparaître comme un avantage du point de vue de l’organisation de la connaissance, devient rapidement un inconvénient du point de vue de l’accès individualisé et différencié à cette même connaissance et des modalités que peuvent alors prendre les contributions de chacun pour l’enrichir tout en préservant sa cohérence.
C’est le Lien qui « produit, transforme et transporte » chaque élément de discours. C’est l’étude systématique de l’ensemble des possibles permettant de lier entre elles deux ou plusieurs unités d’information qui permettra de proposer des solutions (informatiques, théoriques ou « idéales ») pour optimiser les processus de navigation en atténuant les effets de désorientation et de surcharge cognitive.
A cette fin nous proposerons une typologie inédite des liens hypertextuels prenant en compte les nœuds d’information et les processus de liaison (ancres). L’étude de ces processus s’efforcera d’intégrer des notions rhétoriques.
Ainsi pour une entité « A » (document, personne, texte, œuvre ou tout autre type d’information ou de discours)  liée à une entité « B » elle-même liée à une entité « C » on disposera d’éléments de réponse aux questions suivantes :

  1. Existe-t-il un lien entre A et C ? Si oui, de quelle nature ? Remplit-il une fonction particulière ?
  2. Comment décrire ce lien « virtuel », son influence et ses implications sur les entités liées ?
  3. Cette configuration est-elle figée, ou met-elle nécessairement en place un feedback dynamique qui, du fait du lien entre A et C modifie en retour ceux initialement établis entre A et B, et B et C ? Ce type de boucle récursive, si elle est avérée, peut-elle être reproduite à l’infini ?

Initialement perçue comme problématique, l’homogénéité de l’information peut devenir une solution en termes d’accès, à la condition de pouvoir disposer de représentations partagées de la nature de ces processus de liaison.

11. MODE DE CONSTITUTION ? LE LIVRE

L’histoire de l’hypertexte, celle de ses modes de constitution, est évidemment complexe. Pour autant, elle s’inscrit dans le cadre d’un héritage culturel, sémiotique et anthropologique clair : celui du livre.
Après avoir servi de socle culturel à de nombreuses civilisations pour ensuite n’être le plus souvent qu’un support, qu’une forme, que certains prétendent d’ailleurs remise en question par l’hypertexte, l’histoire du livre lègue au discours critique un certain nombre de critères méthodologiques. Ceux-ci permettent de mieux comprendre comment, après être passé de modes d’organisation et de transmission ou d’accès au savoir pour l’essentiel de nature linéaire (séquentielle) vers d’autres de nature cette fois plus hiérarchiques (tabulaires), l’hypertexte stigmatise une transition entre des structures se déployant sur une échelle allant de modèles arborescents à d’autres rhizomatiques.
Du livre à l’hypertexte donc, ou si l’on veut, de la ligne au rhizome, en passant par le réseau.

En prenant l’angle critique qu’offre l’analyse des hypertextes littéraires, nous proposerons une série de modèles d’organisation arborescents rendant compte de la nature nouvelle de l’énonciation  et tenterons de mieux « organiser » la compréhension souvent floue de la réalité couverte par le terme de « littérature informatique ». Dans le même temps, nous proposerons également une organisation de l’ensemble des formes que peut prendre le discours dans un contexte hypertextuel, et préférerons cette notion de forme, de « pattern » (modèle) à celle de « genre ».

Derrière ces vues arborescentes choisies pour leur aspect synoptique, nous montrerons que l’hypertexte dispose bien de modes de constitution spécifiques. Nous aurons également déterminé certains invariants : tel type de discours se déploiera préférentiellement autour de certains types de structures énonciatives, la conjonction des deux permettant d’identifier, par différenciation, une forme particulière d’hypertexte et de statuer sur son origine en la rattachant à un contexte de production issu de l’une des « branches » de la littérature informatique.

10. TOUT EST LA.

Les trois questions auxquelles, selon [Lévy 90 p.209], devrait pouvoir répondre une écologie cognitive serviront de fil conducteur à cet ouvrage.

  • « Quel est le mode de constitution de cet hypertexte (l’ensemble des messages et des représentations circulant dans une société) ? Quelle est la topologie des réseaux où circulent les messages ? Quels types d’opérations produisent, transforment et transportent les discours et les images ? »

9. GENESE

L’hypertexte naît à la croisée de deux siècles dont le second vient à peine de s’ouvrir. Dans la première moitié du 20ème siècle, où il prend naissance, il est pour Otlet comme pour Bush un moyen de répondre à la question de l’accès aux savoirs dans une perspective essentiellement individuelle. Dans la première moitié du 21ème siècle, où il se déploie, la question de l’accès est pour partie réglée, chacun pouvant disposer de connexions aux différents réseaux sur lesquels se déploie la connaissance. Il pose dès lors le problème amont de l’organisation possible de cette connaissance, pour faciliter non seulement son accès et son repérage, mais également et surtout, maintenir et augmenter la possibilité de constituer une connaissance mondiale, à l’échelle de l’humanité.
L’hypertexte n’est pas un épiphénomène de nature informatique assimilable ou réductible à l’une des sphères de la réalité qui l’emploie. Qu’il s’agisse de la science de l’information – depuis les propositions d’Otlet aux manipulations qu’autorise désormais la Gestion Electronique de Documents (GED) – ou des pratiques littéraires dans leur ensemble – depuis les expérimentations de l’Oulipo aux hyperfictions contemporaines – l’hypertexte est un mode d’organisation des discours et des pratiques radicalement nouveau. Il conditionne et transforme de facto l’ensemble de nos rapports à la connaissance. Il est encore à la recherche des moyens qui lui permettront de rendre pérennes ces bouleversements.
Cette nouvelle configuration verra la naissance de nouvelles formes d’organisation (sociales, interpersonnelles, théoriques, philosophiques …). Parce qu’elles changent constamment de niveau d’échelle, s’agrégeant et se développant de manière rhizomatique, ces nouvelles formes d’organisations ont déjà commencé à mettre en place une nouvelle écologie cognitive que le discours critique se doit d’investir.

8. UN NOUVEAU RAPPORT A LA CONNAISSANCE

L’essor des techniques, la possibilité pour chacun d’accéder à une masse considérable de connaissances, la transversalisation de nombreux domaines scientifiques avec l’apparition de « passerelles » expérimentales ou méthodologiques entre des disciplines jusqu’à lors sans lien (physique et biologie fondent la biophysique, informatique et biologie fondent la bio-informatique), ont engagé l’humanité dans un rapport à la connaissance qui n’est assurément plus du même ordre que celui dont relevait la Summa Theologiae de Saint Thomas d’Aquin (savoir théologique totalisable et maîtrisable par un individu ou par un petit nombre d’individus, tour à tour penseurs, érudits, humanistes) ou que permettait de caractériser l’approche encyclopédique (spécialisation des sciences et des techniques, où chacune est étudiée en-soi et pour-soi par un petit collège d’experts ou de spécialistes : l’approche encyclopédique naît de l’importance de maintenir agrégée, « en cohésion » cette somme de savoirs fragmentaires).

7. UN NOUVEL ENVIRONNEMENT POUR LA PENSEE

Les meilleures définitions sont souvent celles a contrario. «L’hypertexte ne peut pas être imprimé. » [Moulthrop 95]. Si l’hypertexte demeure principalement un outil, il est avant tout un outil médiatique. Et son pendant, son média le plus directement inverse est l’imprimé. L’impression d’un véritable hypertexte (nous laisserons pour le moment de côté les récits arborescents ou combinatoires) le prive de son essence : « il s’agit d’un concept unifié d’idées et de données interconnectées, et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d’ordinateur. » T. Nelson.
Une fois avérée l’évidence de l’outil, une fois constatée son inscription indélébile dans notre sphère de réalité, l’hypertexte se dote de résonances d’ordre philosophique. « L’hypertexte est peut-être une métaphore valant pour toutes les sphères de la réalité où des significations sont en jeu » [Lévy 90 p.29].
S’il est un concept fondateur c’est aussi parce qu’il offre de conjuguer de manière originale la sphère du technologique et celle de l’intelligence. « L’hypertextualité est plus une révolution technologique qu’intellectuelle : mais comme l’a démontré Mc Luhan, l’une devient l’autre avec le temps. » [Pickering 94]
C’est dans cet espace médian que les prochaines conquêtes intellectuelles sont probablement à faire et déjà à l’œuvre. Quelles que soient les contrées épistémologiques dans lesquelles l’humanité avance, elle est perpétuellement en quête de sens. L’essor de la technologie lui en fournit sans cesse de nouvelles, tout en modifiant radicalement et parfois définitivement les espaces déjà conquis.

« L’hypertexte est le destin de la pensée ». Leroy-Gourhan.

Il ne reste qu’un pas à franchir pour que la technique – émanation de l’outil – trouve son inscription au cœur du biologique, pour qu’elle devienne une incarnation de « la logique du vivant ». Il semble dès lors normal de laisser le dernier mot à celui qui est à l’origine de l’expression réunissant en un même syntagme ces deux pans fondamentaux de notre existence : « L’homme numérique ». « Hypertexte : technique qui reproduit partiellement le fonctionnement du cerveau humain en établissant des liaisons entre plusieurs informations. » [Negroponte 95 p.18]

Voilà donc pour ce que nous avons tenu à présenter sous la forme d’un « florilège » hypertextuel afin que le lecteur dispose de la vue la plus large possible des questions que soulève l’hypertexte et que, dans le même temps, il puisse commencer à distinguer les principes d’organisation que nous allons maintenant détailler et qui constituent le socle de notre thèse : quels sont les nouveaux lieux, les nouveaux agencements, les nouveaux espaces ouverts à la pensée, lorsque des modalités de liaison entièrement nouvelles investissent et transforment les cadres traditionnels de nos habitus ?

6. L’HYPERTEXTE : UNE TECHNOLOGIE DE L’INTELLIGENCE

De nouveaux moyens sont à notre disposition pour nous permettre de faire face à cette refonte des codes de la communication qui nous étaient jusqu’alors familiers. Ils s’offrent comme autant de nouveaux supports, de nouveaux concepts visant à rendre tangible la réalité que recouvre l’organisation hypertextuelle. 
Le premier est celui du connexionnisme qui nous place directement au cœur de la problématique hypertextuelle, considérant celle-ci comme la « simple » connexion de mots et de phrases. « [l’hypertexte est] une structure indéfiniment récursive du sens. Une connexion de mots et de phrases dont les significations se répondent et se font écho par-delà la linéarité du discours. » Lévy. Les liens et les nœuds hypertextuels correspondent à la mise en place de nouveaux signaux, de nouveaux signes qui – à l’image de la tabularité du codex venant remplacer la linéarité du volumen – jettent les bases d’une véritable herméneutique hypertextuelle, et de sa rhétorique propre.
Cette pensée connexionniste n’a de sens que si elle prend appui sur le support informatique, qui est la matrice première de l’essor de l’hypertexte. Mais là encore, même lorsque nous l’abordons par ce qui paraît être sa caractéristique principale, il semble une nouvelle fois, sinon se dérober à l’analyse, du moins faire ressortir une hybridation fondamentale.

  • « D’un point de vue informatique, l’hypertexte est en effet un hybride qui transgresse les frontières établies. Il s’appuie sur la méthode des bases de données, mais substitue aux techniques traditionnelles d’interrogation des voies d’accès direct aux données. Il s’appuie aussi sur un schéma de représentation des connaissances, un type de réseau sémantique qui mêle des matériaux textuels peu organisés avec des opérations et des processus plus formels et automatisés. Il s’appuie enfin sur des procédés d’interfaçage intuitif, quasi-gestuel. » [Laufer & Scavetta 92 p.58]

Pour saisir toute la force de cette notion, il importe de ne jamais oublier qu’avant tout, l’hypertexte a été conçu comme un « outil », même si cet outil a eu, par la suite, des répercussions fondamentales sur notre perception de la réalité (qu’elle soit littéraire, technique, cognitive ou sociale).

  • « L’hypertexte n’est pas une vision excentrique, un projet de recherche académique ou une théorie littéraire : c’est un outil et une affordance utilisé par des millions de gens (...) et tendant à l’être encore plus largement dans le futur. En lui-même, aucun outil ne peut changer le monde ; mais les changements dans le travail et la communication que les outils rendent possible peuvent être source de grands bouleversements.  » [Moulthrop 96]

Moulthrop isole bien la direction de l’expansion du phénomène hypertextuel qui va de l’invention de l’outil à la refonte des codes de communication et des modes de travail. Pourtant, son postulat de départ est historiquement faux. Oui, l’hypertexte fut une vision « excentrique », d’abord présente chez Otlet, puis chez Wells, chez Bush et enfin chez Nelson. Oui, l’hypertexte – à tout le moins le réseau Internet sur lequel il repose – fut un projet académique de recherche développé par le gouvernement de la défense américain, puis repris au niveau européen et qui aboutit à la mise en place des réseaux de communication tels que nous les connaissons aujourd’hui. Oui, l’hypertexte fut également une théorie littéraire (que l’on se souvienne de Genette …) reprise et enseignée dans les universités (Stanford, Paris VIII …) au même titre que le structuralisme ou d’autres. Ces aspects se développèrent conjointement et de manière croisée. Le point de vue de Moulthrop reste cependant particulièrement pertinent, parce qu’il met l’accent sur le processus, sur la dynamique de ces interactions, impossibles sans l’avènement de l’outil.

5. L’HYPERTEXTE OU LA FIN D’UNE CERTAINE IDEE DU LIVRE

Aucun champ disciplinaire ne se construit ab nihilo, il doit d’abord se démarquer d’un héritage de notions et de méthodes. Dans le cas de l’hypertexte, cet héritage premier est clairement celui du texte comme référent culturel inamovible depuis le moyen-âge et l’invention de l’imprimerie. L’hypertexte, comme en atteste son étymologie, demeure un texte, mais : « (…) un texte modulaire dynamique, lu de manière non-séquentielle, non-linéaire, composé de ‘nœuds’ ou fragments d’information, qui comprennent des ‘liens’ associés à d’autres nœuds. » [Poyeton 96]. Comme [Moulthrop 95] fut l’un des premiers à le souligner, l’hypertexte fait écho à la vision de Barthes : « Bien que tout document hypertextuel reste un objet limité et définissable, cet objet s’apparente davantage à la notion de « texte » chez Barthes – un réseau dynamique d’idées, indéfini dans ses limites et changeant à travers le temps – qu’à une « œuvre » littéraire téléologiquement fermée. »  Voilà sans doute l’une des raisons de la difficulté critique à saisir d’une manière autrement qu’intuitive la nature profonde du phénomène hypertextuel : « Un vrai hypertexte est une sorte d’image de la textualité plutôt que l’une de ses réalisations. » [Bennington 95]

D’autres préfèrent aborder l’hypertexte sous l’angle de la lecture qui peut en être faite :

  • « Sera désigné comme hyperdocument tout contenu informatif informatisé dont la caractéristique principale est de ne pas être assujetti à une lecture préalablement définie mais de permettre un ensemble plus ou moins complexe, plus ou moins divers, plus ou moins personnalisé de lectures. (...) Un hyperdocument est donc tout contenu informatif constitué d’une nébuleuse de fragments dont le sens se construit, au moyen d’outils informatiques, à travers chacun des parcours que la lecture détermine. » [Balpe 90 p.6]

Ce postulat ainsi posé, il devient évident que quelle que soit la forme hypertextuelle choisie, nous serons toujours dans le cas de figure suivant : « L’hypertexte est un système infiniment dé-centrable et re-centrable dont le point de focalisation provisoire dépend du lecteur. » [Landow 92 p.11]. Il semble donc que ce soit le lecteur qui fasse l’hypertexte et non l’inverse. D’autant que l’hypertexte fournit l’occasion d’une percée méthodologique qui radicalise ce genre de point de vue :

  • « L’hypertexte est une manière d’interagir avec les textes et non un outil spécifique pour un but unique. Vous ne réalisez ce qu’est – ou ce que peut être – l’hypertexte qu’en en consultant un pendant une demi-heure. Une fois pris dans sa nature interactive, vous commencez alors à imaginer un immense éventail d’applications possibles.» M. Heim.

Après s’être construit sur les bases d’une textualité à tout le moins étendue, l’hypertexte semble alors s’offrir à l’analyse sous l’angle des interactions qu’il autorise avec les textes. « L’hypertexte est un document virtuel - qui n’est jamais globalement perceptible - dont l’actualisation d’une des potentialités est conditionnée par l’effectivité de la lecture » [Claeyssen 94]. Se dessine ainsi progressivement une vectorisation nouvelle du schéma de la communication, où la place de la lecture et du lecteur migre de l’aval vers l’amont de la production littéraire.
A force d’aller toujours plus avant dans la proximité des trois entités qui fondent la notion d’hypertextualité (texte – auteur – lecteur), celles-ci se rapprochent sans pourtant jamais se confondre. Ce qui change, ce n’est pas la perception que nous avons des fonctions dévolues à chacune d’elles, mais la perception des rapports organisationnels qui les lient. D’une organisation fonctionnant sur un schéma pyramidal classique à deux dimensions (avec le texte comme sommet et le lecteur et l’auteur comme base), l’hypertexte marque le passage vers un espace multidimensionnel dont ces trois entités sont autant de formes possibles et mouvantes.

  • « Selon une première approche, l’hypertexte numérique se définirait donc comme une collection d’informations multimodales disposée en réseau à navigation rapide et ‘intuitive’. (...) Suivant une seconde approche, complémentaire, la tendance contemporaine à l’hypertextualisation des documents peut se définir comme une tendance à l’indistinction, au mélange des fonctions de lecture et d’écriture (...) qui a pour effet de mettre en boucle l’extériorité et l’intériorité, dans ce cas l’intimité de l’auteur et l’étrangeté du lecteur par rapport au texte. » [Lévy 88 p.42]

Ce qui se joue ici n’est rien moins que la redéfinition de l’intertextualité vécue comme « la perception par le lecteur de rapports entre une œuvre et d’autres qui l’ont précédée ou suivie », et qui ne saurait désormais être envisagée sans prendre en compte la notion d’interaction. « L’hypertexte peut s’envisager comme un système à la fois matériel et intellectuel dans lequel un acteur humain interagit avec des informations qu’il fait naître d’un parcours et qui modifient en retour ses représentations et ses demandes. » [Clément 95]
La figure de la récursivité est l’aboutissement logique d’un cycle d’interactions mené à terme. Les apports de la cybernétique – notamment l’idée de feedback – seront incontournables pour rendre compte de ce continuum. « Espace ouvert de complexités disponibles à des infinités de parcours qui, eux-mêmes, instantanément, s’y inscrivent comme autant de nouvelles données constitutives. » [Balpe et al. 95 p.9]
La tendance générale des questionnements liés à l’hypertextualité constitue souvent un aveu d’impuissance devant l’aspect insaisissable de cette dernière, devant l’incommensurable totalité dont elle prétend rendre compte. « Les mathématiciens et les informaticiens emploient ‘hyper’ pour désigner ce qui dépasse trois dimensions (hypercube, hyperespace et même hypertemps). Notre vue ne peut percevoir que trois dimensions : ce qui est hyper n’est donc plus percevable à l’œil nu. C’est bien le cas des hypertextes. » [Otman 96]
Certes un hypertexte n’est plus percevable à l’œil nu. Mais qu’en est-il des textes « classiques » ? La forme même du codex  rend la saisie visuelle globale d’une œuvre impossible. Qui peut prétendre avoir parcouru d’un seul regard Le Rouge et le Noir, L’Assommoir, ou Madame Bovary ? Tout au plus peut-on embrasser d’un seul coup d’œil le réceptacle de ce texte, c’est à dire le livre. Mais le livre n’est pas le texte.
Pour ne pas rester sur ce qui ressemble à un constat d’échec, il faut être capable de changer nos repères. A l’instar de la quasi totalité de nos mathématiques qui n’auraient aucun sens s’il fallait les démontrer dans un espace euclidien à deux dimensions, l’hypertexte offre à l’analyse critique ces nouveaux repères, ces dimensions supplémentaires, non-euclidiennes de la pensée. Il permet de saisir la dynamique de transformation et de réorganisation qui affecte l’ensemble des processus de communication et pour lesquels la perspective offerte conjointement par la littérature et les sciences de l’information et de la communication se révèle particulièrement éclairante.

4. HYPERTEXTES ?

La première occurrence du concept d’hypertexte date de 1965. L’auteur de ce néologisme, Théodore Nelson, est philosophe de formation. Il souffre d’une forme extrême d’un syndrome affectant les capacités d’attention, perdant sans arrêt le fil de ses pensées.

  • « L’idée m’est venue en octobre - novembre 1960 alors que je suivais un cours d’initiation à        l’informatique qui, au début, devait m’aider à écrire mes livres de philosophie. Je cherchais un moyen de créer sans contraintes un document à partir d’un vaste ensemble d’idées de tous types, non structurées, non séquentielles, exprimées sur des supports aussi divers qu’un film, une bande magnétique, ou un morceau de papier. Par exemple, je voulais pouvoir écrire un paragraphe présentant des portes derrière chacune desquelles un lecteur puisse découvrir encore beaucoup d’informations qui n’apparaissent pas immédiatement à la lecture de ce paragraphe. » Ted Nelson. Cité par [Baritault 90 p.190].

Comme en atteste [Funkhauser 00] :

  • « Selon une note bibliographique dans Dream Machines, « L’hypertexte », un article de Nelson, apparaît dans les actes de la conférence de la Fédération Mondiale de la Documentation en 1965. Cependant, ce n’est qu’à partir de Dream Machines que le débat autour de ce concept est publié à grande échelle. »

Dix-sept ans plus tard, mais encore huit ans avant que ne se tienne à Aberdeen la première conférence sur l’hypertexte, c’est un autre auteur, lui aussi friand de néologismes qui impose son idée de l’hypertexte, dans le champ de la critique littéraire cette fois. 

  • « J’appelle donc hypertexte tout texte dérivé d’un texte antérieur par transformation simple (nous dirons désormais transformation tout court) ou par transformation indirecte (nous dirons imitation). » [Genette 82 p.16]

Sans point commun apparent avec l’idée de Nelson, il est intéressant de remarquer comment, au point actuel de l’évolution technologique, les deux définitions entrent sans peine en résonance, laissant entrevoir un champ épistémologique à la fois ouvert et complexe dans lequel les associations de l’un font écho aux « dérives » de l’autre.
Depuis lors, tous ceux, auteurs, critiques, théoriciens, ingénieurs, qui se sont intéressés à l’hypertexte ont proposé leur propre définition, comme s’il ne pouvait être question d’un quelconque consensus, ou comme si, plus exactement, ils éprouvaient le besoin de s’approprier de manière forte et différenciée l’un des aspects que recouvre la réalité hypertextuelle, de se positionner par rapport à cet aspect, et de le développer à l’exclusive des autres, comme une finalité en soi dans un champ disciplinaire n’évoquant souvent l’interdisciplinarité que comme un alibi permettant de mieux s’en démarquer.

Nous avons choisi d’organiser l’inventaire – non exhaustif mais clairement représentatif – de ces définitions selon trois axes.

  • Le premier de ces axes est celui de la marge, de la différenciation, celui de la fin d’une certaine idée de la civilisation du « Livre » : l’hypertexte y est défini par contraste avec toutes les notions, rôles, structures et supports traditionnels, stigmatisant la nécessité de forger de nouveaux cadres théoriques.
  • Le deuxième axe est celui de l’émergence qui, prenant acte des nouveaux outils à notre disposition et de la structuration achevée de nouveaux concepts, propose de s’engager résolument dans une démarche de réappropriation des codes de communication qui leur sont habituellement associés et fait de l’hypertexte plus qu’un outil technologique : une technologie de l’intelligence.
  • Le troisième axe enfin, prend résolument parti pour la construction d’un nouvel environnement de la pensée, une nouvelle «  écologie cognitive », sous les conditions et contraintes précédemment inventoriées.