Le type brillant derrière le piano, c'est mon petit frère, pour pour en être pianiste n'en est pas moins bloggueur :-)
Les Nuits d'été / Concerto pour piano et violon de Haydn from Anoki Production on Vimeo.
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Rédigé le 05 fév 2010 à 13:52 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
AU COMMENCEMENT ...
Cela ressemble à de la sérendipité, ça à la goût de la sérendipité ... mais ce n'est pas nécessairement de la sérendipité. Historiquement, c'est Google qui fut le premier moteur de recherche à instrumentaliser un processus de fortuité, via le bouton "Feeling Lucky" (lequel n'a d'ailleurs rien à voir avec une quelconque sérendipité littérale, puisque ledit bouton se contente de vous amener sur le premier résultat renvoyé par le moteur de recherche). Comme nous l'expliquions en détail dans ce remarquable article co-écrit avec mes excellents collègues (:-), ce bouton est avant tout un argument marketing et un élément fondateur de la sémiotique Googléenne.
1998 : Sérendipité année zéro. Bref, depuis Google, et avec l'arrivée du web contributif, la sérendipité est aujourd'hui partout réellement présente et systématiquement agissante. Mais cette capacité à trouver de nouveaux amis en ligne, ces liens passionnants qui semblent surgir aléatoirement au détour d'un raccourcisseur d'URL sur Twitter sont-ils réellement de la sérendipité en action ? Voici quelques-unes des questions auxquelles ce billet va tenter d'apporter des réponses (ah ben tiens, je crois que c'est la 1ère fois que je fais une vraie introduction dans un billet :-)
Basiquement, la sérendipité désigne la capacité à trouver des informations qui n'étaient pas celles que l'on recherchait initialement mais qui vont cependant s'avérer utile pour résoudre le problème ou la question à l'origine de notre recherche, ou d'une recherche/d'un problème antérieur.
Sérendipité et SIC. Avant que je ne me ré-attaque au problème avec mes gentils camarades, c'est le vénérable Jacques Perriault qui avait (ré)introduit la notion de sérendipité dans le corpus des SIC (sciences de l'information et de la communication ... enfin, plus souvent de la communication que de l'information, mais ceci est un autre débat ...). Jacques Perriault donc, au tout début des années 2000, avec ce texte in fine ô combien programmatique : "Effet diligence, effet serendip et autres défis pour les sciences de l'information". Dans notre approche (celle de mes petits camarades et de moi-même), la sérendipité est un concept moteur pour penser à la fois les stratégies (machiniques) à l'oeuvre derrière l'infinité de l'arbre des possibles navigations du Web (comportements), ainsi que les stratégies mémorielles à court et moyen terme présidant à nos activités de recherche et d'accès à l'information (aspect cognitif). Soit la très sainte trinité suivante : machine - cognition - comportements (usages) qui conditionne tout un tas de choses, dont la sériation des différents phénomènes de sérendipité. Si la littérature francophone sur la sérendipité est relativement maigre, le concept est en revanche depuis longtemps très développé outre-atlantique, notamment, depuis la fin des années 60 dans les travaux d'Eugène Garfield, "père fondateur" de la bibliométrie qui développe le concept de "systematic serendipity" (notamment dans cet article "Systematic serendipity : Finding the Undiscovered Answers to Science Questions" .pdf).
Notons qu'il est à première vue assez paradoxal de retrouver l'essentiel de la littérature scientifique sur la sérendipité dans un champ disciplinaire - les études bibliométriques et scientométriques - qui a pour objectif de ramener dans la rationalité de modèles mathématiques tout ce qui pourrait de près ou de loin ressembler à de l'aléatoire et à du fortuit :-)
Sérendipité illustrée. La sérendipité dispose donc aujourd'hui de ses colloques, de ses théoriciens et historiens, de sa très sérieuse revue scientifique éponyme, de ses projets de recherche éponymes reposant sur la valeur prédictive d'icelle, de sa courbe mathématique, ses pédagogues éclairés (allez dévorer l'article de Patrick Pecatte : "Heuristique et Sérendipité : un exemple en images."). Ou d'une sérendipité, l'autre.
CHAPITRE PREMIER / De la mécanique du rebond à la dynamique du surgissement : sérendipitéS.
Dans un ancien billet (Nov. 2005), je m'efforçais en ces termes de décrire l'évolution de nos modes de navigation :
**Je vous épargne le Wilfing ou naviguerrance ou plus prosaïquement cyberglandouille.
Corrélons maintenant la hiérarchie précédente (Browsing => Searching => Subscribing) à une autre typologie :
La boucle (si fréquente dans les SIC) permettant de passer d'un dispositif désintermédié (= sans intermédiaires) à un dispositif réintermédié (= incluant de nouvelles médiations, de nouveaux médiateurs) permet de caractériser, au sein du processus même de sérendipité, un changement de nature important : la logique du rebond, propre aux deux premières étapes, s'efface pour laisser place à une dynamique du surgissement, dont l'efficacité - réelle - n'en demeure pas moins entièrement conditionnée à nos choix initiaux (réagencés en permanence) des contenus ou des personnes agrégées dans notre panoptique personnel.
Soit l'occasion de reposer l'éternelle question de la poule et de l'oeuf :
Comme le disait Fox Mulder, autre éminent chercheur en SIC, "la vérité est ailleurs", et probablement entre les deux. Une chose reste certaine, toute réintermédiation - a fortiori ouverte et/ou participative - entraîne nécessairement et mécaniquement une part d'aléatoire, de sérendipité, et - pour autant que l'on soit convaincu de l'apport de cette part d'aléatoire - on serait assez bien inspiré de cesser de craindre les profondes et hétérogènes réintermédiations qui se pointent à l'horizon de l'édition, de la presse (et la presse en ligne), de la chaîne du livre, etc ... pour au contraire s'en réjouir et accélérer d'autant les désintermédiations en cours comme autant de préalables parfois un peu douloureux mais pourtant si nécessaires et si urgents ...
La "sérendipité contrôlée" de Madame Popova : "ça c'est kloug, Mme Popova. Pas sérendipité." Un récent article des blogs du NYTimes parle de "sérendipité contrôlée" pour désigner je cite, ces personnes qui "filtrent des liens intéressants à destination de centaines d'inconnus pour épancher leur soif de curiosité", citant l'exemple de Madame Popova :
De fait, il n'y a ni contrôle, ni aléatoire dans le processus décrit dans ce billet du NYTimes. Juste des processus de filtrage en amont (les liens choisis par Mme Popova), et en aval (les Followers décidant de suivre le compte de Mme Popova). Si sérendipité il y a, il faut alors la chercher dans le pourcentage de chances qu'un individu X s'intéressant grosso modo aux mêmes thèmes que Mme Popova découvre son compte et s'y abonne. Mais cela est encore un autre processus ... sur lequel nous reviendrons plus tard.
Ne pas confondre participatif et contributif. Notons simplement que si les outils changent, les modalités et typologies de la participation sur le web contributif ne varient guère : la distinction entre les suiveurs et les suivis sur Twitter, entre ceux qui signalent beaucoup dans différents domaines et ceux qui signalent un peu moins mais de manière plus qualifiée ou plus thématique renvoie à l'ancienne dichotomie entre Linkers et Publishers au début de l'essor de la blogosphère. La règle wikipédienne d'une immense majorité de commentateurs et d'un très petit nombre de rédacteurs, se décline également sur Twitter comme elle se déclinait encore hier sur la blogosphère. Bref, beaucoup les gens participent beaucoup (ils "suivent" sur Twitter, corrigent sur Wikipédia, agrègent ou commentent sur les blogs), mais peu de gens contribuent réellement (en produisant ou signalant des contenus originaux). Tout cela pour dire que la seule production et/ou diffusion de contenus à des communautés non-constituées ou très largement éparses et aléatoires, ne peut suffire à parler de sérendipité, a fortiori de sérendipité contrôlée ... ou non-contrôlée.
La sérendipité chez les Jivaros : à propos des réducteurs d'URL. Le témoin emblématique de cette logique du surgissement est tout entier contenu dans l'affichage des URL réduites sur Twitter : à part quelques hashtags (mot-clés) eux-mêmes souvent délibéremment aléatoires, rien ne m'indique la nature réelle de la cible desdits liens dans une adresse du type : "http://bit.ly/Tdki5af". Rien sinon le fait qu'ils émanent de l'un des prescripteurs que j'aurai choisi (et auquel j'aurai donc souscris), ou qu'ils bénéficient déjà d'une large boucle d'écho (= qu'ils sont déjà largement repris sous forme de RT - retweet - par d'autres contributeurs). Notons d'ailleurs de manière tout à fait empirique (rien de scientifique dans cette observation) que nombre d'utilisateurs de Twitter synchronisent leurs Tweets avec leur compte Facebook (et réciproquement) : une info pourra donc ainsi bénéficier d'une boucle d'écho internalisée (publiée ET reprise sur Twitter) ou externalisée (publiée sur Twitter et reprise sur Facebook par exemple).
Nouvelle(s) infobésité(s) ou échec du filtrage ? Telle est l'une des questions soulevées par Clay Shirky dans l'une de ses interventions ("Information overload versus filter failure" / Sept. 2008). S'inscrire à ces outils du web contributif implique, pour pouvoir profiter à plein de leur potentiel de "recommandation", de sérendipité, s'inscrire à ces outils disais-je, implique - sous peine de s'effondrer sous le poids d'une infobésité galopante - de gérer très précautionneusement le potentiel de surgissement des mêmes outils, à savoir :
CHAPITRE SECOND / Quelles ingénieries pour la sérendipité ?
De fait, à observer et analyser un grand nombre de manifestations de la sérendipité dans les différents outils de recherche ou d'accès à l'information, la seule ingénierie manifeste est d'ordre relationnelle : soit en jouant sur le graphe - relationnel - d'un certain nombre d'éléments (les pages web par exemple) pour en faire remonter certains de manière plus ou moins aléatoire, soit - et c'est là le point le plus intéressant - en s'appuyant sur les recommandations ou signalements de notre réseau relationnel (ce qui est le principe même d'un site comme twitter). Ces ingénieries relationnelles peuvent alors se scinder en deux groupes :
Ces deux groupes peuvent eux-mêmes se resituer dans trois grands âges de la sérendipité sur le web.
Les trois âges de la sérendipité sur le web.
Le côté obscur de la sérendipité : Ingénieries relationnelles machiniques.
Elles relèvent uniquement du truquage : Les 5 exemples suivants en sont l'illustration sinon la preuve.
Ce sont là les industries de la recommandation à leur apogée, maximisant leur capacité à capter l'attention dans un écosystème clôt. Sauf dans le cas particulier de Google (pour des raisons évidentes liées à la nature même du moteur de recherche), tous les effets de rebond résultant de cette sérendipité se font à l'intérieur du site vecteur de sérendipité.
A noter également : si l'on croule sous les articles à la gloire de la sérendipité à propos de tout et de n'importe quoi ("sérendipité et DRH", "marketing et sérendipité", "culture de la pomme de terre et sérendipité"), on peine en revanche à trouver quelques sons de voix discordants. D'où l'intérêt de cet article du NYTimes : "Serendipity : Lost in the Digital Deluge", qui pointe le danger d'une uniformisation des pratiques ("We are discovering what everyone else is learning, and usually from people we have selected because they share our tastes.") au travers de la massification des accès et l'incapacité du numérique à rivaliser avec le monde réel sur le terrain de la sérendipité (prenant l'exemple du passant que l'on croise en train de lire un bouquin - et nous d'être surpris et attiré par ledit titre, association fortuite impossible si l'on croise quelqu'un en train de bouquiner sur un reader sony ...). L'exemple me semble assez mal choisi mais, et les 5 ingénieries relationnelles machiniques décrites ci-dessus l'illustrent, il y a un risque réel d'affaiblissement de la fortuité derrière des pratiques et des ingénieries en fait de plus en plus normées et laissant le moins de place possible à l'aléatoire s'il n'est pas entièrement tourné vers le marketing et la publicité comportementale.
Heureusement il y a findus les ingénieries relationnelles humaines.
Le retour du Jedi : Ingénieries relationnelles humaines.
Si, pour les précédentes (ingénieries relationnelles machiniques), c'était l'intériorité qui primait (le système ne renvoyant qu'à lui-même ou à des sites tiers sous son contrôle), les secondes (ingénieries relationnelles humaines) peuvent d'abord se caractériser par leur extériorité. Leur principe même est de permettre de s'affranchir d'un espace de navigation dédié (tel site, tel réseau social) pour offrir au "taux de rebond" de la sérendipité une amplitude maximale.
L'étau du rebond. Plus précisément, là où le taux de rebond est - en terme de référencement, de marketing et de SEO - une métrique qu'il faut s'efforcer de contenir à la baisse, on pourrait définir la sérendipité instrumentalisée (c'est à dire mise en place à dessein) comme "l'ensemble des techniques permettant, pour un individu, un site ou un écosystème de marque/produit, de pousser au maximum leur taux de rebond".
Pour donner leur plein rendement, les ingénieries relationnelles humaines de la sérendipité ont besoin d'exister, sinon dans une obscurité, du moins dans un relatif clair-obscur numérique. A ce titre, l'hétérarchie de Twitter, son système à contrainte (140 caractères ne permettant généralement pas de caractériser suffisamment une information ou un signalement), l'opacité totale (au sens d'indéchiffrabilité) de ses URL raccourcies, et sa réticence à injecter du sens (de la hiérarchie) dans les relations "suivis-suiveurs" (following / followers), en font l'outil paradigmatique d'une sérendipité "primitive".
On résume un peu ?
D'abord, la sérendipité "réelle", telle que théorisée par Merton, trouve de moins en moins sa place dans le monde numérique. Twitter est, pour l'instant, la seule exception semblant confirmer cette règle. Ensuite, les ingénieries de la sérendipité sont en plein essor et tendent à structurer et à légitimer une "économie de la sérendipité" pour reprendre l'expression de Didier Durand. En d'autres termes ...
Le moteur social, c'est comme la voiture électrique : ce sont les constructeurs qui décident. Pas les consommateurs, ni les technologies. Car le moteur social, qui semblait pourtant si prometteur à l'été 2005, n'existe toujours pas en 2010, et ce malgré les récentes annonces (Juillet 2009) de Google en la matière. Pour autant, l'ensemble des moteurs de premier plan se sont, chacun à leur manière, "socialisés", en partie le biais des options de personnalisation, en partie grâce à l'interpénétration des différents outils de leurs écosystèmes, en partie grâce aux techniques de data-mining transférées dans l'immensité du web des données. Soit l'asservissement à une algorithmie de plus en plus englobante, de plus en plus "impliquante" du potentiel de fortuité des recommandations sociales telles qu'elles transparaissent dans les outils-supports de leurs médiations (ce qui n'est déjà pas si mal, je vous l'accorde).
"La sérendipité est comme une pertinence seconde." Je laisse la conclusion de ce billet à André Gunthert, interviewé par Hubert Guillaud sur InternetActu :
J'ajoute simplement, en paraphrasant Mallarmé, que la question est peut-être aujourd'hui de savoir si "Un coup de sérendipité, jamais, n'abolira la pertinence." Ou pas. J'ajoute aussi que si "la sérendipité est une pertinence seconde", et que si elle "se substitue à la réponse exacte", ce n'est pas seulement lié au fait qu'il y ait "toujours une réponse", mais - à mon avis - au moins autant à l'importance que les ingénieries de l'aléatoire occupent aujourd'hui dans le développement de l'écosystème des outils de recherche et d'accès à l'information. J'ajoute enfin qu'il serait intéressant de mener une étude sur la pregnance cognitive de cet état de fait dans les comportements de requêtage et de navigation des usagers (pour voir dans quelle mesure ils "intègrent" ou "rejettent" cet habitus).
Rédigé le 03 fév 2010 à 22:32 dans Document numérique, Folksonomies, Social Bookmarking, Glocalisation, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Sérendipité, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
La LRU avec la mise en place des comités de sélection en lieu et place des anciennes "commissions de spécialistes", était censée abolir le localisme et le mandarinat. Nombre d'universitaires se sont indignés du risque sans précédent de voir le président et son CA disposer d'un droit de véto sur les résultats de la procédure de recrutement effectuée par des spécialistes de la discipline, du risque de renforcer et de légitimer toutes les tentations d'abus de pouvoir et autres effets de cour. Idem pour le lancement de "Galaxie", nouveau portail de parution des postes ouverts au recrutement, et sa possibllité de faire paraître les postes "au fil de l'eau", c'est à dire n'importe quand dans l'année (en lieu et places des 2 sessions habituelles) : l'effet d'annonce ministériel nous promettait ainsi d'assouplir un calendrier trop rigide, et surtout, de donner plus de transparence au processus de parution des postes. Résultat des courses : j'ai recensé, rien que pour l'année dernière, et uniquement dans mon réseau proche, au moins 5 postes qui sitôt publiés ont ensuite tout simplement "disparus" des tuyaux de Galaxie. Et je ne vous narre même pas les différents bugs qui affectent le système. Résultat des courses : une opacité plus grande que jamais dans le processus de recrutement.
Et puis il y a les faits. Qui sont souvent têtus. Dans la myriade des témoignages qui circulent sur différents listes et groupes de discussion, les auteurs du témoignage ci-dessous ont souhaité qu'il soit rendu public. On aurait effectivement tort de ne pas lui accorder toute la publicité qu'il mérite.
À M. Luc JOHANN
Président de l'Université de Metz Paul Verlaine
Ile du Saulcy
BP 80794
57012 METZ cedex
Rédigé le 03 fév 2010 à 13:19 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Donc voilà la tablette d'Apple. Quelques millénaires après les premières traces d'écriture gravées dans la pierre. Ce qui donne lieu a quelques jolies infographies :-)
Difficile de ne pas en parler quand on est un adepte du mac et que l'on se pique un peu de tenter d'expliciter les bouleversements à l'oeuvre dans nos supports et nos pratiques de lecture numérique. Difficile également d'en parler en racontant encore quelque chose d'original sur le sujet tant toute la presse (professionnelle ou non) et tous les blogs (y compris les plus fameux) nous ont déjà abreuvés jusqu'à l'écoeurement d'articles sur le sujet.
Or donc, nonobstant, quelques impressions décousues.
Il y a tout d'abord ce match. Bezos/Amazon/Kindle (BAK) contre Jobs/Apple/Ipad (JAI). Deux outils ou plus précisément deux conceptions de l'outil. Deux marchands qui ont, chacun à leur manière, compris la nécessaire dépendance d'une industrie culturelle devant à la fois se trouver dans les nuages et bien ancrée sur terre ; ainsi la boutique en ligne d'Amazon et ses gigantesques magazins sur le terrain, ainsi l'offre en ligne de contenus d'Apple et son industrie du software et du design, là encore parfaitement territorialisée. Mais je m'éloigne de mon sujet.
D'un côté donc, le Kindle comme "emblématique" de l'ensemble des autres tablettes dédiées, c'est à dire se focalisant sur une pratique, celle de la lecture. De l'autre l'Ipad comme représentatif de l'ensemble des tablettes non-dédiées (smartphones compris), c'est à dire visant à englober un ensemble de pratiques (de la lecture ou visionnage de films, en passant par la musique et les jeux ou la bureautique).
Sur la question de le lecture, l'Ipad est disruptif. Voici pourquoi. Contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, le positionnement de l'Ipad sur le marché de la lecture numérique me semble bien "disruptif". Ainsi, aucun dispositif d'encre électronique n'est utilisé et l'on se retrouve donc avec une machine à lire qui fait l'impasse totale de ce qui a pourtant été présenté depuis 10 ans comme LA raison de l'échec des premières machines à lire, à savoir la fatigabilité qu'entraîne la lecture sur écran sans encre électronique. Oui. On va lire sur un écran LCD. Comme nous le faisons d'ailleurs tous quotidiennement et plusieurs heures durant sans que cela ne nous pose de réels problèmes. Là où Steve Jobs est probablement le plus disruptif c'est qu'il (semble) avoir compris avant les autres que les dispositifs de lecture dédiés ne supplanteraient ni ne remplaceraient jamais l'ensemble des affordances potentielles d'un bon vieux livre papier.
RIP les "e-readers". Et tant mieux. Comme l'écrivait je ne sais plus qui dans un de ses billets sur le sujet, il y a de fortes chances pour que d'ici quelques temps les liseuses ou autres e-readers soient relégués à des offres promotionnelles ou directement offertes avec les magazines ou titres de presse, un peu comme le sont aujourd'hui l'ensemble des lecteurs MP3 (la sortie de l'Ipod n'étant pas totalement étrangère à ce phénomène). Soit dit en passant, cette relégation est à mon avis éminemment souhaitable, en ce qu'elle ramènerait ces outils à ce qu'ils doivent être : non pas des dispositifs d'achat ou de location-vente pour CSP++, mais des agrégats bon marché de lectures interchangeables ; des clés USB avec écran.
"Tout l’univers de nos industries culturelles, dans un format confortable." C'est sans conteste à l'auteur de cette phrase que j'attribue la palme d'or du meilleur billet sur la sortie de l'Ipad : pour sa sobriété, sa concision et plus précisément pour le passage suivant :
Tout est dit. Mais bon comme je suis un peu bavard je vais quand même me permettre d'abonder :-)
(Source de l'image : les si nécessaires carnets de la Grange)
Du "statim invenire" au "statim accedere". Statim invenire. En latin : trouver vite. Ou comment, dans l'histoire du livre et de la lecture, le document trouve sa forme en fonction de son utilité : l'adoption de l'ordre alphabétique, l'établissement systématique d'index permettront de manipuler plus rapidement les contenus, donc de trouver plus vite. Et le livre d'entrer dans sa modernité. Dans l'ère du numérique, l'ordre alphabétique est l'interface. L'index, plus exactement l'un des index essentiels de l'ère numérique, c'est l'ergonomie. Tous deux, interface et ergonomie obéissent à cette nouvelle règle d'or du statim accedere : accéder vite. Or dans ces deux domaines, Apple avec l'Ipod (pour l'ergonomie aujourd'hui si "naturelle" de ses menus arborescents déroulants accessibles en un seul bouton-tournant), avec l'Iphone (pour la nouvelle grammatisation dont il est porteur), et désormais avec l'iPad (pour ce nouvel alphabétisme d'une interface non pas simplement "de consultation" mais bien d'une interface pour toutes les consultations), dans ces deux domaines donc, Apple est certainement celui qui aura le plus significativement contribué à l'entrée dans la modernité de l'ensemble de nos pratiques culturelles.
Lecture intensive et lecture extensive dans les (charades à) tiroirs du numérique. A priori, on pourrait être tenté de lire dans l'antagonisme entre les tablettes fermées (archétype : Kindle) et les tablettes ouvertes (archétype : iPad), la bonne vieille évolution qui mena de la lecture intensive à la lecture extensive :
On pourrait donc filer ainsi l'analogie : aux tablettes fermées la "rumination" (au sens premier du terme) de textes, aux tablettes ouvertes, "extensives", la rage d'accéder (sinon de lire). Sauf que. Sauf que naturellement cette impression initiale ne tient pas complètement. Pour tout un tas de raisons dont le fait qu'il n'est pas (encore) acquis que la diversité de l'offre pour les secondes sera supérieure à celle pour les premières. Et que même dans les tablettes ouvertes, de nombreux points de fermeture subsistent (dont les DRM ou la non-interopérabilité). Mais il est un point pour lequel cette analogie semble opérer si l'on remplace, dans le texte de Chartier, les mots "textes" et "imprimés" par "biens culturels" et "lecteur, lecture" par "utilisation, utilisateur, usage, usager". Résultat (en gras, les passages transformés) :
Vous aurez noté que je n'ai rien changé à la fin de la citation. C'est probablement dû à mon côté prof, mais je croie fermement à la multiplicité et à la diversité comme moteurs premiers de l'activité critique, n'en déplaise aux nouveaux culs-bénits que sont l'ensemble des contempteurs d'internet vécu comme "tout à l'égoût" de la démocratie et autres "far-west culturel".
Kindle intensif contre iPad extensif. Pour être binaire et légèrement capillo-tractée (à vous de juger), l'analyse la perspective d'analyse ne m'en semble pas moins être fondée (dans le cas contraire, les commentaires sont ouverts). Elle (me) permet en tout cas de caractériser une bifurcation, de celles dont on ne revient en général pas. Le livre (numérique s'entend) ne peut isolément poursuivre un chemin abrité, à l'abri des autres biens culturels de consommation courante. L'autre voie de cette bifurcation, exemplifiée plus qu'inaugurée par le lancement de l'iPad, est faite de convergence. Plus précisément de convergences.
Convergence numéro 1 : celle des écosystèmes et des stratégies marchandes des big 4 :
(Source : http://bits.blogs.nytimes.com/2010/01/22/a-big-picture-look-at-google-microsoft-apple-and-yahoo/)
Convergence numéro 2 : ATTENTION !!!
En tout cas attention aux profonds risques de ruptre, de digergences que pourraient, à terme, occasionner certaines convergences de l'attention :
Convergence numéro 3 : celle des dispositifs naturellement. Avec quelques charmants à-côtés cosmétiques.
Convergence numéro 4 : celle des dispositifs disais-je. Mais de TOUS les dispositifs. Puisque la prochaine console Nintendo DSi XL permettra, (pour la france en partenariat avec Gallimard) de lire des livres. Troublant ? Innovant ? Divergent ? Confondant ? Que nenni. Convergent. A l'heure de la convergence des l'ensemble de nos autres pratiques connectées, en quoi la lecture devrait être la seule pratique technologique divergente ?? C'est là encore le message que semble nous adresser Steve Jobs avec son iPad : ne pas mettre la lecture au centre, à l'isoloir, mais la laisser là où elle s'épanouit (et se vend aussi le mieux ...), c'est à dire dans la périphérie de l'ensemble de nos pratiques culturelles connectées.
Convergence de tous les dipositifs au nom de nouvelles et nécessaires affordances. Dont celle-ci est un exemple parfait, où l'Ipod se fait souris.
Bref ça converge dur. Et l'on aurait bien tort d'y voir une quelconque trivialité ;-)
Et pour finir, la sainte-trilogie blogosphérique à lire impérativement sur le sujet (de l'iPad) :
Rédigé le 29 jan 2010 à 16:18 dans Biblio"Tech", Document numérique, Outils chauds, tièdes et froids., Technologies (P2P, Grid ...) | Lien permanent | Commentaires (10) | TrackBack (0)
Rédigé le 25 jan 2010 à 22:24 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
La théorie des biens communs.
Petite explication par l'un de ses hérauts et principal vulgarisateur francophone (alias Hervé Le Crosnier):
L'occasion de vous procurer le dernier numéro de la revue Vacarme.
L'occasion également de signaler votre intérêt et votre soutien à cette cause en passant par le site manifeste qui lui est dédié, et en lui donnant toute la publicité qu'il mérite.
Et dans le même ordre d'esprit, je vous recommande la lecture attentive du "Manifeste du domaine public" : http://publicdomainmanifesto.org/
Il va sans dire que l'émergence concomittante de ces différentes "causes" (dans lesquelles on pourrait ajouter les licences creative commons) n'est pas sans lien direct avec l'industrialisation massive des biens culturels et les effets de rente de quelques-uns le plus souvent exercés au détriment du plus grand nombre et de la diversité des modèles et de l'offre.
Bref, à l'heure des recapitalisations massives de (certaines) industries culturelles ou de leurs bras armés, cet effort et cette prise de conscience du besoin d'une remutualisation massive est, à bien des égards, salutaire.
Rédigé le 25 jan 2010 à 17:27 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Au mois de Janvier 2008, il y a donc déjà 2 ans de cela, la LoC (bibliothèque du Congrès), était la première institution à décider de "déporter" dans les nuages, une partie de ses collections iconographiques. (Pour rappel : mes commentaires de l'époque). Depuis cette date, ce qui était une initiative isolée est devenu une partie extrêmement importante du site FlickR, puisque pas moins de 31 institutions (bibliothèques, musées, archives, centres de recherche) ont rejoint le volet baptisé : FlickR : The Commons.
Or dans un très récent communiqué, on peut lire que le site FlickR n'accueillera pas de nouvelle institution durant l'année 2010. Dans l'un des groupes de discussion liés à ce sujet, un membre du staff de FlickR assure que le projet "Commons" n'est pas du tout remis en question et reste une priorité de FlickR (qui - rappelons-le est propriété de Yahoo!), et que la raison de cet arrêt momentanné est celle d'une trop grande file d'attente dans les demandes, demandes que FlickR dit ne plus être en mesure de traiter. Il arrête donc les nouvelles demandes d'inscription pour traiter celles qui sont déjà en cours.
Soit ce qui ressemble au premier embouteillage connu - ou en tout cas déclaré comme tel - de l'ère de l'informatique en nuages.
Que le projet FlickR Commons soit victime de son succès n'est guère étonnant. C'est l'archétype même du projet "gagnant-gagnant". Gagnant pour les institutions qui viennent y glaner visibilité, ergonomie, nouveaux usages et donc nouveaux publics (le tout à coût zéro me semble-t-il), et gagnant pour FlickR qui trouve dans cette manne de quoi conforter sa position de "leader" des banques de photos numériques en ligne, et de quoi également conquérir une légitimité "académique" apte à faire oublier les quelques - rares - critiques sur le tout-venant des autres contenus du site.
Par ailleurs, ce projet est intéressant "sémantiquement" parce qu'il s'inscrit dans une problématique de plus en plus pregnante et médiatique (bien que finalement très ancienne), celle des "biens communs". Il y aurait une bien belle thèse à rédiger sur l'essor parallèle et davantage complémentaire que contradictoire de ces logiques de réseau, d'éclatement d'une part, et, d'autre part, de ces logiques de l'agrégation, du rassemblement, de la dissémination librement consentie et le plus souvent altruiste ; en bref, de ces logiques du don, du partage et de la contribution, telles qu'elles se donnent à lire au travers de l'informatique "libre", des licences "creative commons" et dernièrement donc, de ces biens communs patrimoniaux.
Denrier point à porter au crédit de l'initiative des Commons de FLickR, sa "clarté contractuelle", autrement dit le fait que l'exposition des oeuvres ainsi numérisées se fait dans une "simple" perspective de service, de plus grande exposition, bref, de plus grande valeur ajoutée. L'ensemble des institutions partenaires ont numérisées elles-mêmes les collections qu'elles viennent exposer sur FlickR, et on est donc bien loin de tout l'embrouillaminis que suscite depuis déjà plus de 6 ans, un autre projet de numérisation et d'exposition d'oeuvres patrimoniales ...
A terme, et quand FlickR réouvrira les vannes d'inscription après avoir intégré celles en attente, lorsque la masse critique des documents iconographiques ainsi déportés en fera, et de loin, le premier site iconographique du patrimoine mondial, lorsqu'il aura donc définitivement enterré l'ensemble des projets de portail européens de numérisation, du fait de la clarté conceptuelle précédemment évoquée, du fait que pour tout document ainsi déposé les métadonnées restent définies par les institutions déposantes et que les mêmes institutions soient à chaque consultation d'un document provenant de leur fonds, facilement et directement identifiables, cet ensemble de conditions fait que le seul risque, à terme, est celui de voir légèrement baisser la fréquentation des sites hôtes des différents partenaires. Encore que ce risque ne résiste pas longtemps à l'analyse puisque ce n'est pas la totalité d'une collection donnée qui est déportée sur FlickR, mais, dans la majorité des cas, une partie soigneusement sélectionnée d'un fonds particulier, invitant donc les curieux à consulter le site d'origine pour avoir accès au-dit fonds dans son intégralité.
Bref, plus je tourne et retourne cela dans tous les sens, et plus je me dis que l'on serait bien inspiré de trouver dans ce type de nuage là, la solution ayant valeur de paradigme pour tout un ensemble de problématiques de numérisations sur d'autres types de fonds qu'iconographiques. (sans pour autant affirmer que tout est rose au royaume de FlickR/Yahoo, lequel royaume n'est pas exempt de querelles et de sombres rivalités)
Petit scenario de prospective à deux sous : imaginons qu'une grosse société (par exemple un moteur de recherche) rachète un site parmi ceux souvent présentés comme les "YouTube du livre" (exemple : Calaméo, Scribd ou tant d'autres encore). Et qu'il ait ensuite l'intelligence de faire ce que Yahoo! fit avec FlickR, c'est à dire ne rien toucher à l'identité du site racheté, ne pas tenter à toute force d'y imposer sa "marque". Gageons alors que nombre d'institutions pourraient ainsi déporter sur ces sites "de grands publics" tout ou partie de leurs numérisations, sans se poser d'insolubles cas de conscience. Il me semble alors que tout le monde y gagnerait en visibilité, en lisibilité, en ergonomie (l'interface de tourne-page et de visionnage étant la même pour tous les documents), en référencement. Bref, que l'on ne serait pas très loin du cahier des charges idéal autour duquel on tourne bien malhabilement depuis des lustres.
Inversons la vapeur. Nombre de projets de numérisation ont d'abord eu comme ambition (légitime) de travailler et de garder la maîtrise de leurs contenus. Ces "process" en sont malheureusement souvent venus à occuper tout le devant de la scène, au détriment d'autres logiques qui n'ont pourtant rien d'accessoires : non pas celles des usages stricto sensu (qui sont toujours plus ou moins vaguement pris en compte dans les différents dispositifs techniques de numérisation), mais celle plus essentielle de la médiation, c'est à dire de la manière d'aller à la rencontre des usagers en créant les conditions nécessaires à une envie de retour. Alors donc, essayons d'inverser la vapeur. Posons nous la question de la médiation comme un préalable nécessaire, mais nécessairement distinct de la numérisation elle-même. Maintenant que l'on sait à qui iront les financements dédiés du grand emprunt, numérisons, produisons et partageons les métadonnées associées, revendiquons nos identités et nos compétences "institutionnelles" grâce à un affichage choisi, et peut-être, peut-être qu'une fois que les usagers seront convaincus de "l'efficience" de nos institutions (mot très à la mode ces derniers temps dans différents cénacles ministériels) et ce que les sites mêmes qu'ils fréquentent tous les jours, peut-être alors aurons-nous réussi à leur faire comprendre tout l'intérêt que présentent des structures comme les bibliothèques. Sur ce dernier point - convaincre les usagers de l'efficience des structures publiques documentaires - il me semble que jusqu'à maintenant, ils n'ont eu le choix qu'entre un discours à l'élitisme surranné (l'ordre contre le chaos, le choix raisonné et éclairé de quelques-uns contre le fourre-tout anarchique de tous les autres) et un autre, dramatico-financier (on a pas le sous, on pourra pas rivaliser, donnez-nous 1000 colombes les moyens).
(Initialement via : Du bruit au signal)
Rédigé le 24 jan 2010 à 21:38 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Folksonomies, Social Bookmarking, Glocalisation, Google Print/Books, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Appel à se réunir en Coordination Nationale des Universités le lundi 25 janvier 2010 (Paris, 10h-17h)
Mise à jour du 21 Janvier : la première Coordination Nationale des Universités de l'année 2010 se tiendra à Paris le lundi 25 janvier de 10h à 17h au Centre Saint-Charles
Université Paris 1
47-53 rue des Bergers. 75015 Paris
Métro : Lourmel, Charles-Michels ; tramway : Balard ; bus : 62
Nous vous prions d’envoyer dans les meilleurs délais les noms des délégués, et les propositions de motions et d’actions à l’adresse suivante : courriercnu@gmail.com
Bien cordialement,
Les organisateurs de la CNU,
Sauvons L’Université (SLU) & Sauvons La Recherche (SLR)
Rédigé le 20 jan 2010 à 09:46 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Rédigé le 20 jan 2010 à 09:15 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Dans le domaine de la communication de crise, on peut aisément distinguer deux catégories d'analyses : lorsqu'il s'agit d'une entreprise - devant faire face ou mettre en place une communication de crise - la littérature sur le sujet pointe surtout les "dangers" des nouveaux médias en terme de vitesse de propagation des rumeurs et l'importance - pour l'entreprise - de réagir en temps réel, et en utilisant les mêmes canaux d'information/désinformation, soit les sites de micro-blogging, de réseaux sociaux, etc ... Lorsqu'il s'agit en revanche de communication de crise dans un contexte humanitaire, et tout particulièrement depuis l'avènement de Twitter, le traitement de ces nouveaux outils de communication en temps réel est largement salué et plébiscité, quand il ne vire pas franchement au panégyrique.
De fait, l'instantanéité de la transmission, la faculté de tisser des réseaux transcontinentaux temporaires mais exceptionnellement denses, la capacité d'entonnoir financier de ces services capables de drainer des fonds plus naturellement que ne le ferait n'importe quelle ONG, de fait cet ensemble de propriétés des sites communautaires contributifs ou simplement participatifs est une opportunité remarquable dans un contexte de catastrophe naturelle.
Le drame qui touche Haïti nous en offre quelques exemples.
CHAPITRE PREMIER : TREMBLEMENTS MOTORISÉS
Google et Haïti : tremblements motorisés. Le premier exemple est celui de la société Google qui met en place un site dédié : http://www.google.com/intl/fr/relief/haitiearthquake/, site dédié accessible grâce à un lien présent sur la page d'accueil du moteur, dont la légendaire sobriété n'est que très exceptionnellement dérangée. Les stratégies d'aide de Google se déclinent en trois points :
Et puis il y a le widget "Person Finder", aisément téléportable sur n'importe quel site, et qui permet de nourrir en temps réel une base de donnée publique des personnes disparues ou recherchées. Un Widget qui fonctionne avec deux entrées : "I'm looking for someone" ou "I have information about someone".
L'offre est là. Demande. Au-delà des offres de téléphonie gratuites pour Haïti, proposées par Google Voice comme par un très grand nombre d'autres opérateurs (SFR, mais aussi les autres), au-delà des dons pas SMS proposés là encore par la quasi-unanimité des opérateurs télécom en partenariat avec nombre d'associations caritatives, au-delà des donations des entreprises elles-mêmes (Google donnera 1 million de dollars), c'est la mise en place de ce widget "Person Finder" qui me semble peut-être la plus "signifiante", la plus caractéristique.
Du panoptique au pancatalogue. En pareil cas de mobilisation planétaire, qu'elle soit liée à des actes de terrorisme ou à des catastrophes naturelles, les médias (anciens ou modernes) se sont fait une spécialité de l'organisation de panoptiques 24h/24h, panoptiques dans lesquels défilent - parfois jusqu'à la nausée - les mêmes images, les mêmes vidéos amateur, les mêmes montages. Les "nouveaux" médias, dont Google, ne sont naturellement pas exempts de cet habitus. Mais là où les médias "traditionnels" n'ont, pour sortir de leur propre panoptique, que les ressources de l'infographie et du commentaire journalistique (ressources rapidement épuisées), Google (et d'autres, mais Google surtout ...) a la possibilité de cartographier en temps réel, a la possibilité de construire ce pan-catalogue des victimes, si nécessaire même s'il ne concerne "que" ceux qui sont "étrangers" à la territorialité de ce séisme et le regardent de loin en y cherchant un proche, un ami, un membre de leur famille.
Clair-obscur technologique. Clair obscur ou plus exactement mise en abyme. D'un côté la coupure télécommunicationnelle. Plus rien ne fonctionne à Haïti. Ni internet, ni téléphone, ni radio, ni télévision. Le black-out. De l'autre, la surenchère télécommunicationnelle : SMS qui explosent (pour la bonne cause ...), espaces de téléphonie "vers haïti" bradés et offerts (pour la bonne cause encore), mobilisation technologique exceptionnelle de l'ensemble des acteurs et industries technologiques. Là-bas soudain plus de télévision. Mais là-bas, presque tout de suite toutes les télévisions d'ici. La technologie, l'industrie médiatique au secours d'elle-même. Ou peut-être aussi au chevet d'elle-même.
De la réponse à l'échelle à la réponse à la carte. En pareil cas de catastrophe, seul des états avaient capacité à fournir des réponses "à l'échelle". A l'échelle par la mobilisation des moyens humains (civils et militaires) et financiers directement mobilisables. Cette proportionnalité reste naturellement valable à la différence près qu'aujourd'hui et notamment grâce à l'un de leurs principaux hérauts (les moteurs de recherche), à la différence près qu'aujourd'hui les industries lourdes de la technologie (télécommunications au sens large) ont elles aussi la capacité de fournir une réponse à l'échelle. Mais - et la nuance me semble de taille - elles peuvent surtout fournir une réponse "à la carte". A l'évocation de la difficulté des secours pour localiser les victimes, sous les décombres ou bien dans l'état de chaos qui suivit la catastrophe, on songe naturellement aux immenses potentialités de la géolocalisation systématisée. Et l'on s'efforce tout aussitôt de penser à l'immensité de ses dangers au regard des libertés publiques.
CHAPITRE SECOND : SECOUSSES SYNTAXIQUES.
Twitter et Haïti : secousses syntaxiques. Vétéran du cataclysme participatif, le site Twitter n'est naturellement pas en reste pour ce qui est de la situation en Haïti, même si les médias traditionnels semblent - je dis bien "semblent", je n'ai toujours pas la télé - semblent donc y faire moins systématiquement référence (en même temps c'est vrai que CNN est sur place et ... twitte en direct). J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer assez longuement sur l'intérêt et les spécificités de Twitter, dont l'une des clé de voûte est sa cohorte de Hashtags et la syntaxe afférente. Car en pareille situation de crise, on touche du doigt la double limite imposée à la fois par la briéveté des messages (140 caractères max.) et le caractère profondément hétérogène (et hétérarchique ...) desdits hashtags. Si l'on veut pouvoir aller "ensemble" à l'essentiel, c'est à dire en l'occurrence porter assistance de manière coordonnée, est-il possible de se reposer entièrement sur une hypothétique sagesse des foules concernant la mise en oeuvre de Hashtags dédiés ? Certains semblent penser que non. D'où l'initiative du projet EPIC (derrière lequel on trouve deux universités et la NSF), de lancer et de propager une syntaxe spécifique à la catastrophe en Haïti. Cette syntaxe comporte trois catégories de tags :
Signalons enfin qu'un Wiki permet d'enrichir la base de (hash)tags.
Ou comment le fait de tenter de porter secours de manière coordonnée repose la question fondamentale de l'indexation libre ou contrôlée (coordonnée). Sans pousser trop avant la métaphore on remarquera cependant que face à des logiques d'effondrement, l'indexation se réaffirme comme marqueur, comme signal, à la fois comme vestige et comme balise topologique.
Facebook et Haïti : Un grand absent ?
Après Google et Twitter, sites différemment emblématiques, après Wikipédia (dont la page dédiée s'enrichit considérablement sur le modèle établi du palimpseste), le grand absent du paysage reste Facebook dont la page d'accueil reste désespérement sans signe de solidarité apparente. De fait, et mis à part quelques publicités sponsorisées, très peu de signes de mobilisation apparente. Faut-il y voir l'illustration du modèle "fermé" que véhicule Facebook, diamétralement opposé aux logiques ouvertes de Twitter, Wikipédia ou - dans une moindre mesure - Google ?
A lire aussi sur le même sujet :
Rédigé le 18 jan 2010 à 23:22 dans Ecologie de l'info, Folksonomies, Social Bookmarking, Glocalisation, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Technologies (P2P, Grid ...), Web 2.0, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
J'ai donc lu en intégralité le rapport Tessier sur la numérisation du patrimoine écrit (en version pdf). Rappelons-le, ledit rapport était censé apporter des éléments circonstanciés de réponse à la question : la BnF doit-elle signer avec Google ? La réponse est un "Oui mais".
En guise de préalable je voudrais adresser les plus chaleureuses félicitations à mes étudiants de deuxième année Métiers du livre de l'IUT de la Roche sur Yon, lesquels, deux jours avant la remise du rapport, avaient dans leurs copies d'examen, listés au moins deux des préconisations essentielles de la commission Tessier : le troc "un livre pour un livre" (p.31) et l'affichage de la provenance du fichier sur le site consulté (p.32). Bravo à eux. Si Frédéric Mitterand cherche à recruter pour sa prochaine commission, qu'il n'hésite pas à les contacter :-)
Allons-y donc pour mes remarques et notes de lectures.
Les 4 pistes principales suggérées par le rapport sont les suivantes (p.3) :
La première partie (Etat des lieux - p.4 à 14) est - très - bien faite. Elle n'apprendra rien à ceux qui suivent l'affaire, mais elle constitue une très bonne synthèse du sujet et des acteurs qui gravitent autour. J'ai notamment apprécié à sa juste mesure la petite touche d'humour de la page 10, à propos de la clôture du projet d'accord transactionnel de classe (class action settlement) :
En outre j'ai - quand même - appris - ou eu confirmation - d'un certain nombre de choses importantes pour la suite de l'affaire :
La seconde partie ("Les accords actuels avec Google : une réponse inadaptée" p.15 à 20) démarre mal.
Le rapport relève qu'en matière de patrimoine numérisé les missions des bibliothèques publiques sont de deux ordres : "assurer la pérennité (...) et favoriser l'accès le plus large possible". Il en oublie une troisième à mon avis essentielle : la représentativité du patrimoine numérisé.
L'accord Google-BnF était déjà dans les tuyaux à l'été 2009. A la page 15, on apprend l'existence d'un projet d'accord (baptisé "memorandum of understanding") entre Google et la BnF. Confirmation donc même si l'on pouvait naturellement en subodorer l'existence. Demi-surprise page 18 en apprenant "l'intérêt de Google pour ces métadonnées d'autorité (la base RAMEAU de la BnF) dans le projet de protocole d'accord envisagé avec la BnF à l'été 2009." J'avoue que l'efficace embrouillaminis de RAMEAU cadre assez mal avec l'approche minimaliste des métadonnées chez Google. A mon avis ils (Google) ont surtout dit ça pour flatter l'ego-métier de la BnF ;-)) Plus sérieusement (et toujours p.18), dans cette première version non-aboutie préparatoire de l'accord "une clause spécifique prévoyait que la société Google reverse à la bibliothèque les fichiers d'oeuvres francophones du domaine public numérisées à partir des fonds d'autres signataires". Je ne peux que réaffirmer tout l'intérêt de cette idée, surtout si d'autres bibliothèques - nationales ou non - pouvaient bénéficier à leur tour d'une telle réciprocité.
Page 15 toujours, le rapport rappelle bien que dans les accords actuels passés entre Google et des bibliothèques, outre la clause d'exclusivité commerciale, c'est la question de la stérilisation de la copie remise aux bibliothèques (et la durée excessive et léonine de l'embargo sur icelle) qui pose problème : les accords (dont celui de Lyon) "indiquent seulement la transmission du fichier texte brut (texte non-structuré), sans aucun engagement sur la nature de l'océrisation et les traitements effectués ; il n'est donc pas évident que la bibliothèque puisse ensuite faire les liens nécessaires entre image et texte." Ben oui. D'aucun s'alarmaient il y a longtemps déjà (Août 2006) d'un risque d'eugénisme documentaire. Rappelons que la bibliothèque ne peut ensuite, pendant la durée de l'embargo, que proposer les fichiers images et non les fichiers textes à son propre public. Autres points importants déjà connus et débattus mais bien relevés par le rapport (p.16) :
Et page 19, une surprise de taille. On sait que Google (y compris en l'occurence Google Books) prête aisément le flanc à des attaques pour abus de position dominante. Et là le rapport Tessier nous sort ce qui ressemble à première vue à une "botte de Nevers" mais qui me semble surtout être un gigantesque coup d'épée dans l'eau : il s'agit de la notion de "facilité essentielle".
J'arrête là. Vous avez compris l'idée : si la numérisation d'oeuvres du domaine public est une "facilité essentielle", alors Google pourrait être sommé (droit de la concurrence) de partager le gâteau avec tous ceux (opérateurs publics ou privés) qui le souhaitent. Voilà qui est à mon avis bien excessivement capillo-tracté mais bon en même temps je ne suis pas juriste, j'attendrai donc de lire des critiques plus qualifiées que la mienne sur ce point.
Et voici donc la troisième partie du rapport ("Les solutions possibles", p.21 à 37). Et soudain, c'est le drame.
Voici ce que l'on peut lire page 21 :
Tout ceci est d'autant plus étonnant que c'est en contradiction flagrante avec ce qui est raconté à la page suivante du rapport (p.22) :
Et puis il y a l'erreur. Lourde. Massive. Tellement française. Tellement jacobine. Celle que l'on nous ressert à chaque nouvelle commission, à chaque dîner en ville, à chaque nouvel "état général" ou autre "table-ronde prospective". L'erreur de vouloir transformer Gallica en une sorte d'agence de moyens chargée de tout numériser pour tout le monde (éventuellement en la retirant de la tutelle de la BnF (p.27 il propose de la transformer en GIP) - ce que F. Mitterand a pour l'instant refusé), numériser les oeuvres libres de droit, orphelines, sous droits, numériser pour les bibliothèques mais aussi, allons-y donc, pour les éditeurs, et tant qu'à faire lui permettre - si les éditeurs le souhaitent - d'y vendre directement les ouvrages ou de renvoyer vers des sites tiers. Bref, l'erreur - fatale - du portail interprofessionnel, le syndrôme de l'usine à gaz.
Et alors là je dis STOP !! Il n'est qu'à se rappeler tout la difficulté qu'un syndicat (celui des libraires) a eu pour monter un portail professionnel (et pas inter-professionnel), le temps que cela a pris pour finalement n'aboutir à rien, il n'est qu'à voir la position de rentiers sur la défensive qu'adoptent les éditeurs (notamment par la voix de leur syndicat représentatif - SNE) dès qu'on leur parle de mutualisation ou de capitalistion répartie, il n'est qu'à observer l'état plus qu'embryonnaire du marché et du modèle économique du livre numérique pour se rendre compte, non seulement du caractère irréalisable de cette proposition, mais pour également mesurer le temps (l'argent et l'énergie) que le simple déclenchement de sa mise en oeuvre ferait perdre à l'ensemble des acteurs du secteur (libraires, éditeurs et bibliothécaires). D'autre part, affranchir Gallica de la BnF c'est la couper, sine die, de toute sa légitimité et surtout de tout son intérêt. Il faut arrêter de tout mélanger, sauf à vouloir continuer à ne rien faire que de s'interroger sur les degrés de solubilités respectifs des métiers de l'édition, de la librairie et des bibliothèques. Sauf à vivre au pays de Oui-Oui et à occulter (ou à méconnaître) délibéremment les spécificités de chaque métier, et le lobbying qui y est attaché. Et ce n'est certainement pas la maigre carotte non-chiffrée proposée par le rapport Tessier (p. 25 : "l'accès au financement public pour la numérisation des livres devrait être subordonné à l'adhésion à Gallica") qui permettra de changer cet état de fait.
Erreur suivante. Celle commise à propos des oeuvres orphelines. Le rapport préconise que :
Nouvelle erreur parce que nouvelle usine à gaz en perspective et nouveaux blocages économiques et culturels assurés. Le seul moyen d'en sortir, la seule solution (à mon avis naturellement), c'est de légiférer au niveau national (et si possible international) sur une procédure d'opt-out généralisée concernant les oeuvres orphelines. Tout le reste n'est qu'atermoiement contre-productif et allant à rebours des usages du web tout autant que de l'évolution des métiers du livre.
Heureusement il y a quand même LA bonne idée. C'est à lire page 31 et s'intitule "Un livre pour un livre : une proposition de partenariat fondée sur l'échange de fichiers numérisés". Du troc. C'est le premier point que j'évoquais au tout début de ce billet donc je n'y reviens pas. Sauf pour signaler qu'il existe quand même un blocage majeur : cela obligerait Google à revoir l'ensemble des contrats déjà établis avec d'autres bibliothèques, pour pouvoir reverser à la BnF leurs - ceux de Google ou des bibliothèques - exemplaires numérisés ("de qualité équivalente et de formats compatibles"). Je signale également à Marc Tessier l'existence d'un groupement de doux dingues, baptisé Hathi Trust, qui pourrait probablement être assez séduit par cette idée, puisqu'ils ont eu à peu près exactement la même, mais ont décidé de l'exercer sur des modalités différentes ;-).
Auussitôt contre-balancée par une "proposition alternative" stupéfiante de naïveté (p.32) : Comme emporté par son précédent élan de jacobinisme de bon aloi (mais de mauvaise augure), le rapport Tessier se met à carrément envisager (p.32) la création "d'une filière de numérisation partagée - une sorte de joint-venture - qui permettrait à Google et à la bibliothèque de réaliser leurs opérations de numérisation au même moment, chacun selon leur procédé, mais en partageant les équipes et en ne mobilisant qu'une seule fois les ouvrages à numériser." Euuuuuuh ... Soit le rédacteur de ce passage avait abusé de substances psychotropes, soit il méconnaît à la fois les règles des brevets d'innovation détenus par Google (sur la numérisation et l'océrisation), ainsi que celles du simple secret industriel. Sinon, il peut aussi proposer à deux constructeurs automobiles d'installer leur chaîne de conception et d'assemblage dans une seule et même usine et de faire tourner leurs équipes ... Enfin il peut essayer ...
Et puis il y a l'Europe et la "mutualisation". Passages obligés de ce genre d'exercice. Tout rapport à destination ministérielle se doit d'évoquer une ambition européenne en faisant référence à une nécessaire mais encore insuffisante mutualisation des compétences. Le rapport Tessier ne déroge pas à cette règle. C'est à lire en pages 43 à 36. Mais cela aurait tout aussi bien pu figurer en Annexe ... on compte sur les doigts de la main d'un pingouin les ardents défenseurs d'Europeana comme portail sinon durable du moins simplement crédible.
Mais aussi ...
Le raport Tessier veut faire du social. Plus exactement il veut ajouter des fonctionnalités sociales dans Gallica. P.28 : "de nouvelles fonctionnalités, davantage orientées vers les aspects participatifs et communautaires." C'est dans le vent, et ça ne coûte pas beaucoup d'argent. C'eût donc été dommage de se priver d'une telle recommandation. Avec une erreur de jugement cependant puisqu'on peut lire page 29 : "Si les tentatives d'organisation des communautés de la Toile par des institutions sont souvent vouées à l'échec". Cette dernière phrase est vraie. L'erreur provient de l'angle de l'analyse. Quand des institutions utilisent les réseaux communautaires pour y déporter tout ou partie de leurs collections, c'est le buzz assuré (cf la LoC sur Flickr et plus globalement l'initiative FlickR Commons, d'ailleurs - et c'est dommage - absente du rapport Tessier).
Le grand perdant du rapport Tessier se nomme Patrick Bazin, allègrement dézingué à la fois par le rapport Tessier (p. 18 : "l'autonomie de Lyon ne sera acquise qu'à l'issue de la période d'exclusivité de 25 ans préue par l'accord") et par le ministre de la culture ("C'est une erreur, on ne peut rien y faire, ce n'est pas du ressort du ministère de la culture et de la communication.")
Voilà. Le rapport Tessier n'a rien changé à ma position initiale.
Son principal intérêt ? Celui de l'idée d'un troc (compliqué mais possible) permettant d'atteindre très rapidement une masse critique considérable d'ouvrages numérisés francophones du domaine public.
Ses principaux défauts ? Trois.
Mais bon, je dois pas être le seul à l'avoir lu ce rapport hein ? Ni à avoir un avis dessus ? :-)
<Update du lendemain> Le réseau des bibliothèques publiques n'est pas le seul oublié du rapport Tessier. Comme l'atteste le communiqué ci-dessous :-)
Rédigé le 13 jan 2010 à 16:19 dans Document numérique, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Ce type est décidément formidable. Il m'a fallu relire et revoir à plusieurs reprises le discours des voeux du président de la république au monde de l'éducation et de la recherche pour être bien sûr de n'avoir pas absorbé à l'insu de mon plein gré des substances hallucinogènes altérant mon niveau de compréhension.
Dans le dit discours, on peut lire (ou entendre) la chose suivante (p.5) :
Et oui. Sauf que, ce que le président oublie de préciser c'est que, dans le cadre de la loi LRU, c'est le même président qui nomme les personnalités extérieures ... Alors effectivement, d'un strict point de vue démocratique, le fait que les gens que l'on a nommés ne puissent pas ensuite prendre part au vote qui permettra de réélire celui qui les a nommés (ou son plus proche collaborateur), ce fait là est, pour le président de la république, "anormal".
Il est vrai que les choses seraient tellement plus faciles ainsi : je te nomme, tu m'élis. Et une fois élu, je te renomme, pour que tu puisses me réélire. Singulière vision du fonctionnement démocratique mais qui éclaire parfaitement la logique de népotisme et de clientélisme qui est la marque de la présidence Sarkozyenne.
Alors je voulais simplement dédier ce billet à tous les gens "nommés" par Nicolas Sarkozy : Jean-luc Hees, Philippe Val (nommé au second degré puisqu'installé par le susmentionné premier nommé), et tous les autres, préfets de la république, réceptionnaires d'honneurs ou de distinctions en tous genres, messieurs les nommés, souvenez-vous bien qu'il serait parfaitement anormal que vous ne puissiez pas participer à la réélection de celui qui vous a nommés. C'est en tout cas ainsi qu'il semble le concevoir.
Quant au clientélisme que le LRU était censée abolir, l'expérience concrète et quotidienne dans de nombreuses universités atteste qu'elle n'a fait que le légitimer davantage en lui donnant les moyens de s'afficher de manière parfaitement décomplexée. Et ce n'est pas la participation des personnalités extérieures nommées à l'élection du président (de l'université) qui va permettre de corriger le tir. Bien au contraire.
En vérité je vous le dis, pour être capable d'affirmer sans broncher de telles énormités, pour être capable d'asséner les mêmes énormités devant un public de fins connaisseurs sans que personne ne bronche dans la salle, ce type là est vraiment formidable. Et rien que pour cela, il mérite que l'on jette aux oubliettes de l'histoire le système si archaïque de l'élection du président de la république au suffrage universel, pour en venir enfin à un système ô combien plus "normal", celui de la nomination du président de la république par un aréopage de personnalités qu'il aura lui-même nommées.
Rédigé le 12 jan 2010 à 17:53 dans Métier, Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Rédigé le 11 jan 2010 à 18:31 dans Rubrique à brac, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Vendredi dernier, se tenait à la BnF une journée de débat autour du futur-très-probable accord entre Google et ladite BnF, débat intitulé "Numérisation du patrimoine et moteurs de recherche", débat réunissant notamment Patrick Bazin, Roger Chartier et Robert Darnton, soit quelques analystes et acteurs les plus passionnants sur le sujet. Le programme complet de cette journée était initialement disponible sur le site de la BnF (ici) mais, étrangement, il a été "soit déplacé soit supprimé". :-(
En ligne, très peu de traces de cette journée : merci à l'ADBS et à Livres Hebdo d'avoir assuré de rapides compte-rendu (si vous en avez repéré d'autres, les commentaires sont ouverts). Très peu de traces ... et pour cause : les personnes présentes sur place n'ont même pas pu twitter étant donné l'absence de connexion Wikfi ou 3G. Plus globalement, et alors même que depuis les plus hautes sphères de l'état jusqu'à la presse grand public, chacun se passionne pour ce sujet (ce qui n'est pas toujours le cas lorsque l'on parle de l'avenir et du modèle des bibliothèques), plus globalement donc, le fait que les organisateurs de cette journée n'aient pas envisagé de la webcaster ou d'en diffuser des extraits est atterrant. Et à peu près aussi improbable que TF1 décidant d'organiser la soirée de l'élection de Miss France à huis-clos. C'est vrai quoi, on a un sujet passionnant, les meilleurs spécialistes (pro ou anti) de la question sur le plateau, une demande très forte d'information de la part du public, et on la joue "black-out", on l'organise sur le mode "et ben vous aviez qu'à être présents". Dommage. Dommage. Dommage (et après on s'étonnera et on n'en finira pas de gloser sur l'incapacité des bibliothèques françaises à communiquer ... question de culture ?). Bon, on va espérer que dans un sursaut de lucidité la BnF ait finalement filmé l'intégralité de la journée et qu'elle se prépare à la mettre en ligne sur son site :-)
De mon côté, vendredi dernier, j'étais en train de corriger un paquet de copies. Petite contribution au débat donc, mais, pour une fois sur ce blog, cette contribution ne sera pas la mienne :-) Plutôt celle de mes étudiant(e)s en deuxième année métiers du livre à l'IUT de La Roche sur Yon. Après une petite vingtaine d'heures de cours passées sur le sujet de la numérisation, ils et elles ont eu les vacances de Noël pour plancher sur le sujet suivant :
Résultat des courses : sur 26 étudiant(e)s, 16 copies pour un accord avec Google, et 10 contre. Naturellement, l'honnêteté m'oblige à indiquer que si leur professeur avait été différent, la proportion de leurs réponses aurait sensiblement pu varier ;-)
Du côté des "contre", les arguments les plus massivement retenus sont les suivants :
Du côté des pour, voici les raisons et les exigences retenues comme "non-négociables" pour finaliser l'accord :
Les raisons tout d'abord :
Les exigences ensuite (venant de copies différentes, certaines des exigences listées ci-dessous sont contradictoires) :
Et puis comme les étudiants ont de l'humour et du second degré, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager 2 petites pépites :
Rédigé le 11 jan 2010 à 15:43 dans Biblio"Tech", Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (9) | TrackBack (0)
Est évidemment à chercher du côté de Brave Patrie suite aux récentes déclarations de Nicolas Sarkozy. "Google France va fermer."
Rédigé le 08 jan 2010 à 22:07 dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Rédigé le 08 jan 2010 à 10:04 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
L'un de mes anciens étudiants de DUT poursuit actuellement ses études en licence professionnelle dans la belle ville de Montauban, et m'envoie, pour un prochain numéro d'un journal papier consacré au livre numérique, une petite demande d'interview. Comme je suis entièrement dévoué à mes anciens étudiant(e)s, comme les questions sont intéressantes et bien formulées, comme cela fait bien longtemps que je n'ai rien écrit sur ce blog, et comme les réponses fournies pourront peut-être intéresser quelques autres étudiant(e)s ou lecteurs d'Affordance, voici donc l'ensemble reproduit ci-dessous.
Amical salut à Vivien B. :-)
=> Le livre numérique débarque et il est difficile de déterminer tout ce que ce nouveau support va impliquer. On sent une certaine peur chez les professionnels du livre. Pourquoi ? Menace réelle ou simple crainte d'une évolution ?
Probablement les deux. mais il ne faut pas résumer les positions des professionnels uniquement à cela. Il y a aussi heureusement beaucoup d'enthousiastes. Ceci étant, il est vrai que l'offre est encore inconsistante, que le modèle économique n'est pas défini, que les dispositifs sont en perpétuelle évolution. Il est donc, pour les professionnels toujours, délicat d'accompagner des usages en manque de réel amorçage.
=> On fait parfois le parallèle entre la catastrophe financière qui a touché les producteurs de disques et la situation qui attendrait les marchands du livre, est-ce pertinent ?
Non. D'autant qu'aucune catastrophe financière n'a touché l'industrie de la musique :-) L'effondrement réel d'une partie de leurs marges a été largement compensé par d'autres marges entretenues sur de nouveaux produits. L'une des leçons à tirer de tout cela est que l'industrie de la musique a su "inventer" de nouveaux formats (singles), de nouveaux "produits" (artistes jetables à la durée de vie limitée ... le temps d'une star academy par exemple), pour reconquérir là-dessus ce qu'elle avait perdu ailleurs. Il n'est pas sûr que la "littérature" puisse effectuer une telle mue à son entier avantage. Il faut donc inventer autre chose.
=> La loi Lang est-elle outillée pour s'appliquer sans soucis sur le livre numérique ?
Difficile à dire. La loi Lang n'a pas vraiment été conçue pour le livre numérique :-) En revanche, si telle est votre question, une loi lang pour le livre numérique est plus que souhaitable. Et il y a urgence. Sans cela ce seront les grands distributeurs de type Amazon ou Google qui fixeront le prix (et les marges) du marché, comme Apple le fit en son temps pour la vente de morceaux de musique à l'unité.
=> Quels sont les dispositifs engagés par les libraires, les éditeurs et les bibliothécaires pour répondre à l'introduction du livre numérique ?
Chacun entre sur ce marché avec ses propres armes. Les éditeurs tentent d'innover en proposant de nouveaux "produits", de nouvelles scénarisations de lecture, de nouveaux systèmes de fragmentation d'une oeuvre. Les bibliothécaires se positionnent sur le terrain de l'accompagnement et de la formation des usagers, tout en essayant de bâtir une offre publique suffisamment consistante. Les libraires quant à eux sont encore très largement "prisonniers" et tentent de ne pas devenir de simples "services après-vente" (voir notamment l'analyse du directeur de la librairie Dialogues à Brest : http://audeladecettelimite.blogspot.com/2009/11/contrats-diboukes.html). Et puis il y a également les inventeurs, les défricheurs, comme l'est par exemple Publie.net (http://www.publie.net/) pour la littérature contemporaine, et qui travaille aussi bien avec les libraires qu'avec les bibliothèques.
=> Nous avons effectué un micro-trottoir sur la question de livre numérique, et nous avons relevé un paradoxe : les médias parlent énormément de lui mais le "grand public" ignore ce qu'est réellement le livre numérique. Qu'est ce que cela signifie ?
Cela atteste d'une confusion (longtemps entretenue) entre le dispositif de lecture "l'ebook" et les contenus, les livres numériques eux-mêmes. Ensuite cela prouve qu'il s'agit encore d'un marché de niche. Le prix d'achat des liseuses (plus de 250 euros) conjugué à l'extrême pauvreté de l'offre de contenus sont à mon avis les deux grandes raisons de cette difficulté à rencontrer le grand public. Il y a peut-être aussi une raison "historique" due au "flop" des premiers livres numériques il y a de cela 5 ou 6 ans.
=> On parle beaucoup du livre numérique, peut être trop. Certains clament qu'il s'agit là d'une prophétie autoréalisatrice : à force de dire "le livre numérique va tout bouleverser", le livre numérique va effectivement tout bouleverser. Etes-vous d'accord avec ce point de vue ?
Je ne croie pas aux prophéties. Comme pour toute évolution des supports de lecture et d'accès à l'information et à la connaissance, nous sommes inscrits dans un temps long. Très long. La révolution numérique a démarré il y a déjà très longtemps, avec l'informatique. Il y a déjà 30 ans de cela on commençait à voir apparaître les premiers "romans hypertextuels", les premières pierres de la littérature "du" numérique. Aujourd'hui nous sommes à un chemin cardinal de l'évolution du marché du livre numérique : d'un côté il y a les dispositifs, les "terminaux", de l'autre, les contenus. Côté terminaux, on peut supposer que demain, nos téléviseurs, téléphones cellulaires, ordinateurs, netbooks et autres liseuses (ebooks) convergeront en un objet qui ressemblera (peut-être) à une tablette tactile. L'autre cardinalité dont je parlais est celle des contenus. Pour eux la perspective est double : il faut d'un côté simplement "reproduire" les contenus imprimés dans une version numérique (avec tout ce que cela impose et comporte de choix de formats, d'indexation, de partage de métadonnées, de risques de monopole - cf les épisodes autour de Google Books), et de l'autre inventer des contenus non pas seulement nativement numériques (c'est à dire produits directement à l'aide d'outils informatiques de traitement de texte et de PAO) mais plutôt réellement numériques, c'est à dire exploitant toutes les possibilités offertes par ce support (qu'il s'agisse d'hypertextualité, d'enrichissement du texte à l'aide de multimédia, de scénarisation interactive, etc.). Donc pour répondre à votre question initiale : non, le livre numérique ne va pas tout bouleverser. Mais en revanche oui, le numérique va complètement bouleverser la traditionnelle chaîne du livre, et au-delà, toutes les pratiques de réception et de diffusion des contenus culturels, notamment littéraires.
=> Le livre numérique implique un nouveau mode de lecture. Encore plus qu'auparavant, les nouvelles générations vont pouvoir apprendre dés leur plus jeune âge à lire sur écran. Les contenus vont forcément évoluer en même temps que les supports. Est-il possible de deviner dés aujourd'hui vers quoi se tournera cette évolution ?
Je ne crois pas que le livre numérique implique un nouveau mode de lecture. Le support change mais "l'habitus" de lecture reste le même, à la fois dans la posture et dans l'interaction (les interfaces les plus avancées ne font rien d'autre que singer le mouvement du "tourne-page"). La plupart des ebooks et des contenus ne sont encore qu'une pâle copie du livre papier, sans liens hypertextes, sans possibilité d'annotation. Les progrès ont pour l'instant eu lieu du côté du "confort" de la lecture sur support numérique. Côté interactivité ou hypertextualité, comme je le soulignais en répondant à la question précédente, tout reste encore à inventer. Seule vague certitude, on ira très probablement vers une intégration, vers une interpénétration de plus en plus grande de différents médias à l'intérieur d'un seul et même "produit" numérique. L'autre certitude, réelle et angoissante cette fois, c'est qu'il va falloir se battre pour ne pas être totalement "dépossédés" de nos biens culturels numériques. Aujourd'hui en effet le modèle dominant (celui des DRM, protection supposément anti-copies mais essentiellement destinées à faire prospérer les grands marchands du temple de la culture grand public), le modèle dominant est celui d'un acte d'achat qui n'est en fait qu'une location déguisée. On fait l'acquisition d'une oeuvre (un livre numérique par exemple) mais soit on ne peut le consulter que sur un seul appareil ou sur un seul service en ligne, soit celui-ci se vérouille après un certain nombre d'utilisation ou après tant de mois d'utilisation, soit l'obsolescence de son format de production le condamne à moyen terme, etc. L'industrie des contenus culturels (musique, cinéma) entretient constamment cette déposséssion programmée de l'usager, le condamnant à racheter éternellement des lambeaux de culture formatés pour l'obsolescence, tel un pathétique Tantale. Le grand risque qui pèse actuellement sur le livre numérique, et plus globalement sur la littérature numérique est exactement celui-ci.
Rédigé le 06 jan 2010 à 14:34 dans Biblio"Tech", Document numérique, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (11) | TrackBack (0)
Interpellé récemment par André Gunthert, et ayant passé ces dernières semaines pas mal de temps au téléphone à répondre à différentes questions de différents journalistes au sujet de Google Books, et en attendant un billet de rentrée sur la question, je reproduis ici le commentaire de réponse à la susdite interpellation qui me semble résumer "ma" position sur les récents événements et développements de Google Books :
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Salut André mon poteau,
1. Je n’ai jamais dit que les éditeurs étaient des angelots. J’ai même
souvent écrit que leur frilosité à courte vue les condamnait à (très)
moyen terme et qu’ils ne songeaient – dans leur immense majorité – qu’à
préserver leur situation de rente.
2. Je n’ai jamais dit non plus qu’avec GoogleBooks, Google n’en voulait
qu’à notre porte-feuille. J’ai juste écrit que comme les autres
services, Google « monétiserait » Google Books avec de la publicité
ciblée (ce qui est déjà fait sur les pages d’affichage des résultats).
EN REVANCHE
J’ai dit et je maintiens :
1. que la législation sur le droit d’auteur est, aujourd’hui
(deterritorialisation massive oblige) un anachronisme contre-productif pour les premiers concernés (les auteurs)
2. qu’il fallait en urgence OUVRIR l’accès aux oeuvres « orphelines »
(dont l’exemple que tu cites), et que cela impliquait une décision
législative (et donc politique)
3. que derrière GoogleBooks, les intérêts de Google sont doubles :
primo enterrer l’édition (et la librairie) "traditionnelle" en permettant
aux auteurs de traiter directement avec lui (désintermédiation
classique), et en permettant à ces mêmes auteurs de renégocier
entièrement leurs droits sur le modèle adwords (= l’auteur touche un
micro-paiement à chaque consultation et/ou accès de l’une de ses
oeuvres). A mon avis, ce modèle sera lancé avant la fin de l'année 2010
dans le cadre de Google Edition. Deuxio (et je pense avoir été l’un des
seuls – le seul ?- en France et à l’étranger, à souligner ce point),
que la numérisation massive permet également et peut-être avant tout à
Google d’affiner ses algos linguistiques et donc de perfectionner son
coeur de métier (= la recherche elle-même, notamment multilingue), et ce faisant son modèle économique (qui repose lui-même sur la qualité de son coeur de métier)
Et pour finir, j’ai récemment dit et écrit :
1. que les bibliothèques, y compris la BnF DEVAIENT signer avec
GoogleBooks A CONDITION d’éviter toute exclusivité sur l’indexation et
l’accès de la copie qui leur serait remise. Et que ces mêmes
bibliothèques devaient se concentrer sur la préservation, les
métadonnées et l’accès à long terme de leur copie numérique.
2. que les pouvoirs publics (l’état) devaient financer non pas
uniquement la numérisation des ouvrages (on ne rattrapera jamais Google)
mais les documents à numériser non-prioritaires pour Google (journaux
notamment mais aussi iconographie, films ...) ET SURTOUT SURTOUT SURTOUT SURTOUT l’infrastructure de mise
en accès du résultat de ladite numérisation (pour ne plus voir des
aberrations du type de celle obligeant les mêmes bibliothèques à louer
des serveurs à Google pour héberger et donner accès à LEUR copie
numérique, ou pour ne plus se trouver dans la situation pathétique du
lancement d’Europeana avec un serveur calibré pour à peine quelques
milliers de connexions). Sur ce dernier point on serait par exemple assez malin de s'inspirer de l'initiative du Hathi Trust.
Voila.
Donc je crois pouvoir affirmer, André, que nous sommes presque parfaitement
d’accord et que tu as une lecture un peu trop rapide d’Affordance. En
conséquence de quoi tu me réciteras 2 pater et 3 ave maria pour ta
pénitence et tu me céderas gracieusement ta place dans le classement
Wikio du mois de Janvier :-)
Rédigé le 19 déc 2009 à 14:16 dans Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
J'étais donc invité l'autre jour aux assises de la SFSIC, pour y parler de l'évaluation des enseignants-chercheurs. A la tribune ce jour là :
Oui mais en arrivant à la tribune, Christian Le Moënne (modérateur du débat) nous annonce qu'Arnaud Mercier (AERES) a préféré annuler (le veille ou l'avant-veille) sa venue, invoquant "une trop grande charge de travail."
Dommage. Dommage car je m'étais moi-même interrogé sur l'opportunité de ma présence à ce débat. Dommage car forcément les annulations de dernière minute dans ce genre de "débat" laissent otujours planer l'ombre d'un soupçon, la possibilité d'une dérobade. Dommage car les débats que nous avions déjà eu (sur ce blog) avec ledit Arnaud Mercier avaient été (de mon point de vue en tout cas) assez éclairants et avaient permis de préciser des points de grande importance. Dommage car j'avais passé du temps à préparer un powerpoint assez ... offensif et polémique ... et que j'aurai vraiment bien aimé pouvoir entendre les arguments et réponses d'Arnaud Mercier.
Alors je vous laisse juge. Mon diaporama est disponible et téléchargeable ci-dessous. Si Arnaud Mercier me lit, il est naturellement invité à y répondre.
Sur le reste du débat, il fut dommage que celui-ci ait eu lieu un samedi matin - à peine une vingtaine de personnes présentes - dommage qu'il ait eu lieu en toute fin de matinée, dommage qu'il ait du être raccourci d'une bonne demi-heure suite à un problème de disponibilité de salle, dommage que Jean Davallon ait été un peu trop concensuel - même si cela fait certainement partie des attributs d'un président de CNU - dommage que la salle n'ait compté que des personnes déjà apparemment convaincues de l'inanité du classement des revues à la sauce AERES. Mais ce débat eut au moins le mérite d'exister et d'être ostensiblement affiché. A chacun de prendre ensuite ses responsabilités et de se faire sa propre opinion. Dommage enfin que la réponse à la question :
Rédigé le 15 déc 2009 à 22:14 dans Congrès, colloques et conférences, Métier | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
Un texte important d'Hervé Le Crosnier sur (notamment) "le contexte des nouvelles « luttes de classe » dans le cadre de l'économie de la connaissance."
Sciences et histoire.
Les médias, la rue, l'éducation nationale bruissent aujourd'hui de la colère des historiens. La contraction du programme d'histoire des filières scientifiques sur l'année de première provoque débats et colère. A juste titre. L'histoire est, ces derniers temps, manipulée à des fins propagandistes, de la lecture hors-contexte de la « Lettre de Guy Môquet » à la décision prise par Nicolas Sarkozy en janvier 2009 d'ouvrir un « Musée de l'Histoire de France », prélude au grand débat national sur « l'identité » que l'on sait. La condensation en une année de lycée d'une matière qui demande au contraire recul et méthode ne peut que modifier l'enseignement, et finalement la compréhension de l'histoire et plus encore son impact sur le présent. Elle annonce aussi une vision « rationelle » des lycéens, désireux de capter des points dans la grande chevauchée du baccalauréat et pondérant leurs efforts en fonction des coefficients, comme les caricature Richard Descoing, chargé de mission sur la réforme des lycées, dans Le Monde du 9 décembre. Une vision utilitariste qui cible particulièrement les lycéens scientifiques.
laboratoires. Des manipulations génétiques incontrôlées et lâchées dans l'environnement, de la biologie synthétique, aux modèles thérapeutiques ou aux produits chimiques diffusés (vendus !) sans réelle prise en compte des effets adverses et des risques à long terme, la liste est longue des sciences prométhéennes. La caricature étant atteinte par la géo-enginierie, qui veut réparer la « machine-terre » elle-même, et fait fort de se présenter comme garante du « plan B » pour empêcher le changement climatique global.
Cette transformation de l'emploi scientifique d'une part, du projet de la science de l'autre, cette conception de la recherche comme un cumul d'innovations qui passe par la parcellisation nécessaire de la réflexion des acteurs de la production scientifique, est le pendant exact de la suppression de l'histoire en terminale scientifique... qui n'est vraisemblablement que le prélude à d'autres changements, notammentRédigé le 13 déc 2009 à 20:04 dans Ecologie de l'info, Métier | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
| Le blog d'un maître de conférences en sciences de l'information. Réflexions, analyses, signalements, opinions.
"Where is the Life we have lost in living? Where is the information we have lost in Google ? |
| Enseignant-chercheur en colère contre la LRU : les présidents d'université ne parlent pas en notre nom ! Pour une université collégiale et indépendante des pouvoirs, agissons : Sauvons la recherche ! et Sauvons l'université ! |




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