"Ce qui sera beaucoup plus difficile avec le livre numérique". A savourer ici.
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Rédigé le 20 nov 2009 à 23:22 dans Document numérique | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Monde du flux ou du superflu(x) ?
Perdu (mais pas complètement) entre mon agrégateur RSS, les innombrables signalements qui circulent sur mon compte Twitter, l'archive des signets delicious ... Besoin de clarification dans un monde ou tout est "flux" pour éviter qu'à terme tout ne nous semble "superflu(x)".
Des flux et des médias. Dans l'immédiat, des im-médias.
Côté flux (liste naturellement non-exhaustive). Besoin de distinguer entre :
Une cybernétique observable. Cette articulation entre médias d'agrégation et fonctions de dissémination me semble essentielle. Elle illustre l'extraordinaire force centrifuge des premiers, qui mettent "sous nos yeux" un ensemble de flux, et la non moins extraordinaire force centripète des seconds qui redistribuent en permanence les mêmes flux, parfois légèrement altérés ou recombinés (méta-flux de Yahoo-pipes, Rss personnalisés et autres méta-flux générés ou attachés à des services particuliers). Bref, des usagers à la barre, une cybernétique à l'oeuvre, avec son feedback.
Voilà aujourd'hui, à mon sens, les deux grandes logiques du web contributif. Naturellement et comme dans les "anciens" systèmes médiatiques (moins "contributifs", moins "distribués" et sans l'échelle fractale qui est un marqueur spécifique du web 2.0), les deux sont liées. C'est à dire que le média ou la fonction de dissémination sera d'autant plus efficace et amplifiée qu'elle s'appuiera ou sera supportée par un média à forte capacité d'agrégation. Inversement, on agrègera toujours davantage les items les plus "disséminés".
Le troisième âge de la navigation. Ces phénomènes illustrent ce que je décrivais ainsi dans un ancien billet :
Keep control. Pour que nous puissions nous y retrouver dans l'ensemble de ces médias de flux, pour que nous puissions en garder le contrôle ou tout au moins avoir l'impression que nous en gardons le contrôle, il faut - et c'est déjà le cas - que les principales fonctionalités et innovations portent sur 3 points :
A regarder aujourd'hui le déploiement, l'essor et les configurations chaque fois nouvelles et dans le même temps si peu souvent inattendues des sites emblématiques du web contributif, à regarder aujourd'hui tout cela sous l'angle des trois notions sus-citées, il me semble que l'on doit pouvoir comprendre un peu mieux à la fois les raisons de l'engouement qu'ils suscitent et le devenir dont ils sont porteurs.
L'indexation du temps réel. Naturellement, il reste encore des grands médias d'agrégation dont ce billet n'a pas traité : je pense bien sûr aux moteurs de recherche. Ces moteurs qui sont déjà capables de remonter le temps de diverses manières (ici ou là), capables également d'inférences (moteurs de divination et web implicite), et qui ont intégré progressivement (avec les news, puis les blogs) la question aujourd'hui si cruciale de l'indexation en temps réel pour en arriver finalement et plus précisément à l'ambition d'indexation du temps réel. <Parenthèse> Hallucinant vertige linguistique c'est désormais la traduction automatique qui se fait également en temps réel. </Parenthèse>
MMM. Moteurs méta-médias. Du point de vue de l'angle choisi pour ce billet, ces moteurs peuvent être décrits comme des "méta-médias d'agrégation". Ils ne se contentent en effet pas seulement d'agréger de manière cumulative des contenus et des flux mais ils permettent également d'isoler, de choisir, de discriminer, de capter (l'attention) et de retenir (l'attention et les contenus). A ce titre ils disposent d'une triple caractérisation, à la fois :
Les petits flux font les grandes rivières. Et les grandes rivières intéressent les grands moteurs (cf l'effet de digue détaillé plus haut dans ce billet). Les moteurs, tous les moteurs regardent donc d'un oeil plein de convoitise le nouveau champion du temps réel : Twitter et sa périphérie de services. Après les rumeurs et les tentatives de rachat, les deux géants (Microsoft et Google) se contenteront finalement de l'indexation des tweets (sur le sujet, voir notamment le billet de Didier Durand et tous ceux signalés en lien ci-après)
Ne pas mélanger indexation et intégration.
<Parenthèse> On retrouve au passage ici une problématique que je crois être absolument cruciale sur la pertinence des profils humains, et que je décrivais ici en ces termes : "De plus en plus de sites de réseaux sociaux « ouvrent » l’immense catalogue des individualités humaines qui les composent à l’indexation par les moteurs de recherche. Ce qui pose nécessairement la question de la pertinence des profils humains.", si Nathalie Kosciusko-Morizet me lit, elle pourra toujours intégrer cela à son atelier sur la question du droit à l'oubli numérique ... </Parenthèse>
Le sens du social. Indexation et intégration de la statusphère, du micro-net, c'est encore chez Danah Boyd qu'il faut chercher des éléments de réponse aux enjeux que cela peut représenter pour l'évolution de l'ensemble des outils incriminés, et conséquemment pour l'ensemble de nos pratiques connectées.
Liens directionnels et conversations cardinales. Ce que visent ainsi les grands acteurs que sont Google, Yahoo et Microsoft (GYM) est de tenter de retrouver, dans les phénomène conversationnels qui occupent une part de plus en plus importante des contenus du web, le même type de directionnalité (adressage) qui caractérisait et caractérise encore l'instanciation de ces primo-conversations du web, à savoir les liens hypertextes.
En d'autres termes, l'indexation permet de "faire sens", elle re-sémantise, elle donne "du" sens ; l'intégration (de ces flux conversationnels) vise à orienter, à retrouver un sens, une direction, une intention. Précisément parce que la sémantique sans intentionnalité, serait condamnée à demeurer un sémantique apauvrie (l'autre moyen de l'enrichir concerne la sémantisation des données elles-mêmes - web sémantique). C'est là une notion à laquelle j'avais consacré une grande partie de ma thèse, sous l'angle du problème de la cardinalité des liens hypertextes. Il s'agissait, dans ce cadre de "la possibilité d’établir des liens hypertextuels non plus mono-directionnels mais multi-directionnels (depuis un ou plusieurs documents, vers un ou plusieurs autres), leurs ancres faisant alors office de pivot, de point central."
Moralité. L'indexation en temps-réel des flux conversationnels (on est ici dans le registre de la "fonction"), l'intégration dans les résultats de recherche du temps-réel de ces mêmes flux conversationnels (on est cette fois dans le registre de la "valeur"), l'indexation et l'intégration de ces flux sont l'occasion pour les moteurs d'instaurer - et donc de contrôler au sens cybernétique du terme - les nouvelles cardinalités du web contributif, cardinalités sans lesquelles il ne peut y avoir d'ordonnancement. Voilà donc très probablement les nouvelles et impérieuses commodités de la conversation du web contributif, du web ... tout simplement.
Rédigé le 20 nov 2009 à 11:12 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Sérendipité, Veille & Recherche d'info, Web 2.0, Weblogs, Wikis & RSS | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
21 Avril 2005. Le journal Le Monde publie à sa une l'article "Le jour où notre disque dur aura disparu"**.
18 Novembre 2009. Google publie sur YouTube la vidéo décrivant le premier OS reposant entièrement sur un navigateur, l'ensemble des données étant stockées, "dans les nuages" (cloud computing). Lancement officiel de Google Chrome OS.
Notre disque dur a disparu.
**l'article original, est intégralement et gratuitement consultable ici.
Mise à jour du soir : sur le sujet, au milieu de la mêlée, voir l'article de ReadWriteWeb.
Rédigé le 19 nov 2009 à 20:22 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
En quelques jours, alors même que presque partout en Europe les universités s'engagent les unes après les autres dans une crise et un bras de fer qui ressemble à s'y méprendre à celui qui embrasa l'année dernière l'université française, ici même en France ...
En résumant, on a donc là à peu près exactement les mêmes ingrédients qui ont causé la crise de l'année dernière. A la seule exception (notable) du dossier sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs mais avec en plus, dans les labos (du moins ceux que je connais et/ou fréquente en SHS) le grand n'importe quoi qui fait suite à la tentative d'appliquer les nouveaux critères de l'AERES (= "je suis un gentil publiant" VS "je suis un méchant non-publiant").
Bref, le gouvernement a gagné en ce qu'il a réussi à opposer et à fractionner l'ensemble des revendications pour revenir au status quo de l'année dernière : présidents d'universités CONTRE directeurs d'IUT, Enseignants-Chercheurs CONTRE personnels techniques et administratifs, professeurs rapetous CONTRE maîtres de conférences aspirants rapetous, etc ... Une victoire gouvernementale qui pourrait ne pas s'éterniser. Il paraît que le corps social a la mémoire des formes. L'année dernière à la même époque, il n'avait pas fallu longtemps à ce corps social là pour se retrouver au-delà des divisions sciemment entretenues.
Rédigé le 16 nov 2009 à 21:49 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le petit lien du week-end date un peu mais se veut un vibrant hommage à la loi Hadopi.
Rédigé le 13 nov 2009 à 19:19 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Web n'est pas Net. J'ai coutume de raconter à mes étudiants que l'époque "contemporaine" du web (= les contenus - et non pas du Net = les tuyaux), commence à partir du moment où l'on dispose d'un protocole de communication entre machines (http), d'un langage de formattage des données (html) et d'un navigateur pour accéder à ces dernières par l'intermédiaire de liens hypertextes.
Il est aujourd'hui assez complexe de décrire ce qu'est réellement le net. Des protocoles de plus en plus nombreux, correspondant à l'essor des applications, lesquelles peuvent être mixées (mash-ups) à l'aide de différents langages de programmation (APIs). Et toujours un des langages (html, xhtml, xml) de plus en plus sémantisés (microformats).
Le Net comme média, le Web comme immédiat. Dernier avatar en date du web ayant eu depuis déjà quelques temps la faveur des utilisateurs et depuis plus récemment celle des médias, le real-time web, le web en temps réel, celui de l'immédiasphère. Ce temps réel est aujourd'hui celui de la diffusion, des accès et des services. On podcaste des émissions de radio en streaming, l'information - toute l'information - est immédiatement disponible sur Twitter avant même de l'être dans les médias "classiques", on considère comme bonne à mettre au rebut une interface qui ne nous donne pas la réponse escomptée en moins de quelques centièmes de seconde. On travaille de plus en plus avec des outils et des services en permanence pré ou post-synchronisés. La synchronie des nos outils illustrant régulièrement l'asynchronie de nos pratiques ... et réciproquement.
L'appeau de chagrin. Si au commencement de son époque moderne le Net eut besoin d'espace au sens littéral du terme (notamment pour permettre l'allocation, l'adressage des ressources présentes sur le réseau), le Web a désormais un besoin chronophage de temps, de gagner du temps. L'enjeux pour les quelques sociétés qui se partagent le réseau est de maintenir en adéquation la vitesse nécessaire à l'affichage de contenus de plus en plus "denses" et celle des outils, langages, protocoles et services les supportant. Le déploiement massif d'architectures de type "cloud computing" hébergeant du "Saas" (Software as a Service) est l'un des moyens de maintenir cette adéquation. L'autre est de trouver de nouveaux langages, de nouveaux protocoles.
Or voici qu'en quelques jours, Google :
Contrairement à Fred Cavazza je ne croie pas que Google "se disperse" ou cherche à "faire diversion" pour "masquer un plan plus ambitieux". Bien au contraire, je croie que Google a une approche cénesthésique du Web ET du Net. Il prépare, il se prépare, il nous prépare à l'évènement du Web et du Net de demain. Les mêmes Web et Net qui doivent faire face à des entreprises de plus en plus régulatrices (et castratrices) en provenance des états. Il nous offre également les outils et les technologies qui rendent notre claustration, notre dépendance à ses services, les plus confortables possible.
Internet : Net (Réseaux + protocoles + langages) + Web (navigateurs + applications + serveurs)
Nonobstant l'énormité actuelle de la firme et son poids "culturel" dans chacun de nos usages connectés, lui manquaient encore quelques pièces maîtresses de ce puzzle momentanément achevé en reconfiguration constante qu'est le réseau. C'est ce soir deux pièces pas encore maîtresses mais au fort potentiel de développement qui viennent parachever un ensemble dont la cohérence tient lieu d'évidence.
Puissance métonymique de frappe. La puissance métonymique de Google vient encore de frapper. La partie pour le tout. Hier : faire une recherche sur Google signifiant faire une recherche sur le web. Fin de partie. Demain : aller sur Google signifiant aller sur internet ?
Rédigé le 12 nov 2009 à 22:22 dans Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
« L’université brûle ! » C’est le cri d’alarme des étudiants autrichiens qui, depuis fin octobre, occupent de nombreuses universités en réclamant un accès moins restrictif à l’enseignement supérieur, l’amélioration des conditions matérielles et la fin de l’« économisation » du savoir. Leur mouvement s’est étendu à des universités allemandes occupées à leur tour. La recherche et l’université asservies. C’est le constat de la vague de contestation (position des syndicats et associations, manifestations, sit-in, occupation du Ministère…), qui reprend en Italie contre la réforme Gelmini. Les raisons de la colère : conseils d’administration des universités composés à 40% d’extérieurs, présidents nommés, chercheurs uniquement sous contrat, diminution des bourses sur critères sociaux, financement insuffisant. Processus de Bologne/stratégie de Lisbonne : c’est le nom de la politique européenne qui, sous des aspects divers, enflamme depuis deux ans tour à tour l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, le Danemark, la Finlande, la France. [1] Par delà les variantes nationales, les effets de cette orientation européenne sont les mêmes : (...)
La suite est à lire sur le site de Sauvons la recherche.
Rédigé le 12 nov 2009 à 13:14 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Il y a de cela très exactement un an, naissait au sein des IUT un mouvement de contestation qui, rejoint quelques mois mois plus tard par celui des universités, allait donner naissance à la crise la plus longue, la plus dure mais également la plus profonde de l'université française.
Un an après, les prédictions les plus alarmistes se confirment. Valérie Pécresse avait fini par nous jeter en pâture une "circulaire" en lieu et place d'un décret qui aurait permis de limiter la casse du financement des formations professionnelles proposées par les IUT. Il s'agissait également de mettre en place, entre les IUT et leurs universités de rattachement des "COM", "Contrats d'Objectifs et de Moyens". Aujourd'hui, soit lesdits contrats ne sont toujours pas rédigés (ou ils ne font que copier-coller le COM type distribué par le ministère), soit ils ne sont pas appliqués. Comme nombre d'entre nous le craignaient, la "circulaire" n'offre aucune des garanties qu'elle était censée préserver.
Le 23 Octobre, l'ADIUT (assemblé des directeurs d'IUT) a publié un énième communiqué alarmant sur la manière dont les "mauvais traitements se propagent". Comprendre la manière dont nombre d'universités ne respectent en rien les engagements envers les IUT que leur avait très vaguement et mollement imposé la ministre. Soit dit en passant, les universités n'ont de toute façon plus les moyens de respecter leurs engagements "imposés" puisqu'elles doivent elle-même faire face au chaotique passage à l'autonomie. Nous l'avions très clairement indiqué, nous en avons aujourd'hui la confirmation.
Précédant et annonçant le communiqué de l'ADIUT, depuis la mi-octobre, soit un mois à peine après leur rentrée universitaire, la colère s'amplifie dans les IUT.
Demain, Mardi 10 Novembre, une délégation de l'ADIUT sera reçue au ministère.
Voilà pour le programme. Pour ce qui est de la situation qu'il s'agit de dénoncer, c'est celle que décrit très clairement la carte de France ci-dessous, réalisée par l'assemblée des directeurs d'IUT :
(source : communiqué ADIUT.pdf)
Concrètement, les points rouges se traduisent de différentes manières :
La journée de demain ne sera pas décisive. Rien en tout cas à cette heure ne le laisse supposer. Juste l'occasion de "faire entendre", dans les velours feutrés du ministère, que les bases de l'incendie sont intactes, comme est intact l'écoeurement d'une majorité de personnels.
Pour le reste, il faudra voir. La LRU est une remarquable machine à décerveler et à diviser. Il est très probable que demain, Valérie Pécresse partique le sport qu'elle maîtrise le mieux, celui de l'atermoiement et du diviser pour mieux régner. Très probable qu'elle renvoie directeurs et chefs de département à leurs chères études, arguant des 57 IUT dans lesquels, contrairement aux 59 pointés sur la carte de l'ADIUT, tout se passerait bien, demandant encore du temps, le temps que la LRU se mette vraiment en place partout, se défendant de pouvoir intervenir dans les finances des universités (autonomie oblige), promettant de rappeler à l'ordre les présidents d'université n'appliquant pas la circulaire IUT par ailleurs parfaitement inapplicable.
Il est plus que regrettable que l'ADIUT ait attendu la rentrée universitaire pour demander "une mesure d'urgence pour 2010, le retour momentané au fléchage de leurs moyens (financiers et humains).", la même mesure qu'étudiants et personnels ont unaniment demandé durant les plusieurs mois du conflit de l'année précédente. L'ADIUT avait à cette époque là préféré rester à la table des négociations au lieu de la quitter quand le rapport de force était très largement en notre faveur (rappelons que les représentants du patronnat - MEDEF en tête - soutenaient à l'éoque très fortement le mouvement de contestation engagé dans les IUT). Auprès d'un nombre très significatif de personnels mobilisés l'année dernière, l'ADIUT s'est ainsi très clairement disqualifiée. Dans le même temps, nombre de ces mêmes personnels savent que, sans mot d'ordre clair de l'ADIUT, le mouvement n'a que très peu de chances de reprendre, parce que nombre d'enseignants-chercheurs ne font à l'IUT qu'un court passage chaque semaine, parce que l'on compte dans les IUT de plus en plus de personnels contractuels et vacataires diffcilement mobilisables (non qu'ils ne souhaitent pas se mobiliser, mais en le faisant ils prennent des risques certains sur la reconduite de leurs contrats), et parce que la dispersion géographique nationale du réseau des IUT est, de ce point de vue là, une faiblesse certaine. La position que prendra l'ADIUT à la sortie de son rendez-vous avec la ministre sera donc observée de près, mais elle ne sera en rien déterminante ou décisive (d'autant que la délégation ADIUT ira au rendez-vous ministériel accompagnée - accompagnant ? - des représentants de l'UNPIUT, partenaire très unanimement discrédité auprès de l'ensemble des personnels ...).
Le plus grand danger pour le ministère vient de ce que l'on appelle les ACD, les "assemblées des chefs de département", plusieurs fois par an, ces ACD disciplinaires se réunissent, et c'est d'abord par leur biais que circulent les remontées terrains, là encore très souvent alarmantes. Les retours dont je dispose en provenance de plusieurs ACD sont unanimes et peuvent se résumer en une formule : "on n'y arrive plus". Il ne faudrait qu'une petite étincelle pour qu'un nombre significatifs d'ACD se fédèrent et relancent un mouvement de contestation d'ampleur nationale. Peut-être également qu'un jour les étudiants en auront marre qu'on leur supprime ici un cours de seconde langue vivante faute de possibilité de recruter un vacataire, là que l'on rogne sur le volume d'enseignement de l'une de leurs matières fondamentales pour cause de non-remplacement de départs à la retraite ou de baisse des crédits, peut-être comprendront-ils l'importance d'une reconnaissance nationale de leurs diplômes aujourd'hui très clairement remise à cause à cour terme. Peut-être.
Les IUT sont, aujourd'hui plus qu'hier (et bien moins que demain ...) en danger. C'est d'autant plus dommage qu'ils disposaient de tout le potentiel pour que l'on tente de transférer leur modèle de réussite à certaines parties et filières de l'université française.
Demain, je ne serai pas à Paris. Je serai en cours. Je vais ressortir le petit badge qui ne m'a pas quitté depuis l'année dernière. Je vais prendre 10 à 15 minutes au début de chacun de mes cours pour tenter d'informer les étudiants de la situation actuelle. Les deuxièmes années auront déjà le contexte, les premières années (ceux-là même dont on nous disaient qu'ils risquaient de déserter nos filières si on ne reprenait pas immédiatement les cours et qui ont pourtant répondu massivement présents) le découvriront d el'intérieur. J'ai pas que ça à faire mais, oui, je vais parler politique. Il paraît d'ailleurs que cela est interdit. Peut-être se trouvera-t-il un député UMP lisant ce billet pour me rappeler à mon devoir de réserve. On trouve bien un député UMP pour demander au Ministre de la Culture de rappeler la lauréate du prix goncourt à son devoir de réserve.
Aillleurs et d'ailleurs, comme un nouveau signe, la ronde des obstinés repart. Elle tournera tous les lundis de 18 à 20h et vous invite à les retrouver nombreux, lundi 16 Novembre à 18h, place de l'Hôtel de ville.
Le calendrier du mois de Novembre est déjà passablement chargé.
Rédigé le 09 nov 2009 à 23:00 dans Métier | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Le petit lien du week-end est la très belle mise en image et en perspective de deux chefs d'oeuvre de la littérature d'anticipation. 1984 d'Orwell et Brave New World d'Huxley. Une mise en parallèle dont la conclusion n'est pas totalement déconnectée de ce que pourraient nous préparer les industries culturelles de l'infotainment. Là.
Rédigé le 06 nov 2009 à 19:05 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
«Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent.»
– Paul Valéry, Tel Quel, dans Œuvres II, éd. La Pléiade, p. 781
L'ambition, le "motto" de marck Zuckerberg, créateur de Facebook, était (et est encore probablement) de créer le "graphe social" de l'humanité connectée. Le même type de graphe que celui que Google avait, quelques années plus tôt, réussi à créer pour l'ensemble des pages web connectées. Le graphe fait partie de ces notions mathématiques au fort pouvoir métaphorique et illustratif. Excellent pour un plan marketing donc.
Dans quel état j'ère et dans quel para-graphe. Il n'en reste pas moins que le web - et le Net - sont tous deux des graphes mathématiques. Un Giant Global Graph. Comme est un graphe la modélisation des relations entre l'ensemble des utilisateurs de chaque réseau social. Graphe "social" parce qu'il repose sur des noms (réels ou pseudos, là n'est pour l'instant pas le problème) et non sur des visages. Mais comme tout autre réseau social, le livre des visages (Face-book est littéralement le "trombinoscope") ne saurait éternellement rester ... sans visages. D'où la possibilité offerte aux utilisateurs de "tagguer" n'importe quelle photo avec le nom de tel ou tel autre utilisateur.
Du graphe social au graphe facial. Chacun se retrouvant ainsi possiblement taggué (sur des photos dont il n'est pas toujours l'auteur et dont il ne soupçonne d'ailleurs parfois même pas l'existence ...), chacun reste libre de se "dé-tagguer", d'effacer la marque de son nom associée à son visage (ou à toute autre partie de son anatomie ...). A condition bien sûr de surveiller un peu son e-reputation, c'est à dire de vérifier périodiquement ces - insidieux - marquages.
C'est un truisme que de l'indiquer, mais toute fonctionnalité, si minime soit-elle, proposée par les moteurs de recherche et/ou réseaux sociaux, étant donné qu'elle touche instantanément des millions d'utilisateurs, a des effets collatéraux qui peuvent, dans certains cas, s'avérer immédiatement désastreux, ou en tout cas immédiatement poser question sur le devenir et la préservation de toute part d'intime dans ces macro-systèmes. La possibilité offerte à des millions d'utilisateurs d'étiquetter des visages, à la volée, sur des milliards de photos disponibles, n'échappe pas à cette règle. D'autant que, à l'horizon, l'avènement d'une société de contrôle (effet little sisters VS big brother) est chaque jour plus manifeste.
Pour le droit à l'image, prenez à gauche. Dans un ancien billet, j'écrivais que le média-web amorçait sa "troisième transformation", celle du "web texte-image", dans laquelle "le web est aujourd'hui au moins autant un média d'images (fixes et animées) qu'un média de texte." Et j'expliquais également que l'indexation image était un défi technologique restant à relever pour l'ensemble des opérateurs de la recherche et de la mise en relation sur le Net, un défi pour lequel le travail des petites mains qui chaque jour étiquettent les visages de leurs amis sur Facebook consitituait un apport de service aussi précieux que gratuit.
Or à y regarder de près (ou même de loin d'ailleurs), quelle est aujourd'hui le premier site d'images sur le net ? La première banque de contenus photographiques du web contributif ? C'est naturellement le site FLickr. Flickr. Des milliards de photos qui depuis le 21 Octobre 2009 deviennent également, "des milliards de visages", grâce à une fonctionnalité qui "permet d’ajouter un membre sur une photo, trouver des photos de personnes que vous connaissez et de gérer les photos où vous êtes déjà présent(e). Pas mal, non?" Pas mal en effet.
Délit de face ? Yes. Naturellement, ni Flickr ni Facebook ne sont étrangers aux débats qui concernent la protection de la vie privée sur le net. Et Flickr de rappeler en même temps que son annonce, qu'il est possible de supprimer d'un coup toutes les photos sur lesquelles notre nom apparaît (les Jean Dupont, John Smith et autres homonymes vont à mon avis avoir quelques surprises ...), ou de choisir qui a le droit de vous tagguer ("amis", "famille", "contacts" ou "tout le monde", cette dernière option étant naturellement proposée ... par défaut).
Les yeux étaient sans visage chez Franju, mais le graphe social aura donc un visage. La recherche sociale disposera d'options de recherches "faciales". Du texte à l'image et retour. Entrez un nom et vous aurez un visage. Cliquez sur n'importe quel visage et vous aurez son nom. On pourra chercher des visages similaires ou, pourquoi pas, de même couleur de peau, on en prendra rapidement l'habitude, et l'on saluera cela comme il se doit, c'est à dire comme une formidable avancée technologique permettant de fouiller dans les images avec la même granularité que celle nous permettant de fouiller dans les textes. Au mot près. Au faciès près. Mais ...
La reconnaissance faciale est une étape de la conquête du graphe social, comme les backlinks (et la reconnaissance sociale qu'ils présupposent) furent une étape de la conquête du graphe paginal (PaginalRank). Demeure par contre entière la question de savoir de quel type de reconnaissance sociale nous pourrons encore jouir lorsque sera entièrement constitué, par devers nous, par jeu, par le ludisme d'apprentis luddistes en devenir, lorsque sera entièrement constitué le graphe facial de l'humanité connectée. Demeure également entière la question de savoir de quels codes et de quels paravents nous disposerons encore pour pouvoir, aussi souvent que nécessaire, continuer d'avancer masqué ou à tout le moins un tant soit peu dissimulé dans chacune de ces contrées numériques déjà surexposées.
"Tes yeux sont si profonds, que j'y perds la mémoire." Ne doutons pas que d'autres mémoires substitutives et parfaitement externalisées sauront trouver la parade à l'amnésie temporaire du poète. Ne doutons pas davantage qu'en la matière toute hypermnésie sera, à moyen terme, littéralement suffocante.
<Bonus track> réjouissons nous pour l'instant de ce que toute recherche par similarité faciale fasse preuve d'une asymétrie de résultats assimilant tout et son contraire. Preuve par l'image disaient-ils. </Bonus track>
Rédigé le 04 nov 2009 à 22:47 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Folksonomies, Social Bookmarking, Glocalisation, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Sérendipité, Veille & Recherche d'info | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Rédigé le 03 nov 2009 à 22:45 dans Archives Ouvertes, Francoblogsciences, Métier, Open Access, Réseaux sociaux, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Google Books Library est en fait un éditeur.
Google Edition sera en fait un libraire.
Ou comment un projet initialement pour les bibliothèques et à partir de leurs fonds, devient éditeur et libraire. En 5 ans. Le plus gros éditeur et le plus grand libraire du monde. En 5 ans. Le plus riche aussi.
Ou comment la bibliothèque est éditeur. L'éditeur libraire. Et le libraire ? La circularité du raisonnement précédent le verrait bien bibliothécaire.
Ce que questionne Google dans le paradigme de l'ancienne (antienne ?) chaîne du livre, c'est précisément la question du lieu. Le tropisme de l'endroit. Et de son revers. La bibliothèque est d'abord le lieu d'une éditorialisation. Tous les bons bibliothécaires vous le diront. L'éditeur est logiquement (dématérialisation + désintermédiation oblige) en situation de "faire librairie". La librairie doit réinventer son lieu, son espace de médiation dématérialisé.
Dans un - vieil - article rédigé en novembre 2006 pour les Cahiers du Syndicat de la Librairie Française j'écrivais ceci :
Rédigé le 02 nov 2009 à 21:32 dans Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Alors que l'on ne cesse de parler de livre, de numérique, de liseuses, de smartphones ... n'oublions pas que la nature de tout dispositif de lecture est de représenter la possibilité d'une hybridation, latente ou évidente. Une affordance.
(Source)
Rédigé le 30 oct 2009 à 18:59 dans Biblio"Tech", Document numérique, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
... nous vient du compte Twitter de Clay Shirky
Que l'on complètera à loisir :
Et que l'on prolongera comme on le souhaite :
Médias de l'immédiat, médiations éphémères, qui n'interdisent heureusement pas, bien au contraire, l'exercice de la méditation sur leur génèse, leur histoire contemporaine et leur devenir proche, pour autant que ce dernier définisse également et grandement le nôtre, le collectivement nôtre.
Rédigé le 18 oct 2009 à 22:46 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
A écouter et/ou podcaster demain mardi 13 octobre aujourd'hui vendredi 16 Octobre, l'émission Médialogues de la Radio Suisse Romande s'intéresse au projet Europeana et à Google Books. Avec une interview de votre serviteur.
Pour archivage personnel, l'émission restera accessible ici.
Rédigé le 16 oct 2009 à 15:02 dans Agenda, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Bon bien sûr c'est un avis qui n'engage que moi, mais comme j'en suis à ma 6ème interview téléphonique en 6 jours sur le sujet ... peut-être que l'inventaire à la prévert ci-dessous permettra d'y voir un peu plus clair ... Voilà donc la les solutions (enfin les miennes) au "problème" Google Books.
Et puis aussi tant qu'on y est :
Rédigé le 15 oct 2009 à 22:20 dans Document numérique, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (18) | TrackBack (1)
Rédigé le 14 oct 2009 à 23:31 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Google Print/Books | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
Préambule.
C'était il y a de cela au moins 9 ans (je n'ai plus la date exacte ni le temps de la retrouver). Du jour au lendemain, un moteur de recherche qui n'était encore "qu'un" moteur de recherche se mit à indexer non plus seulement les fichiers rédigés dans les langages standards du web (HTML), mais également les documents word, les pdf, les fichiers excel et progressivement l'ensemble des documents autrefois invisibles ou rassemblés sous le nom programmatique de "web invisible". Dans la semaine qui suivit cette bascule historique de l'histoire de l'indexation sur le net, de petits malins firent de réjouissantes trouvailles : les arborescences de serveurs regorgeaient alors de documents étiquettés "diffusion restreinte" ou même "confidentiel défense - sécurité nationale", sans que nul ne se soucie du jour où ceux-ci deviendraient banalement accessibles, tant cela paraissait aussi improbable que de voir un jour le ministère de l'intérieur se transformer en ministère de l'identité nationale (pardon ... mauvais exemple) un moteur de recherche fonctionner par télépathie. Or donc, durant cette belle semaine, des requêtes du type "note confidentielle site:.gouv.fr filetype:doc" ramenaient des documents disons ... inhabituels. J'avais moi-même à l'époque (je n'ai hélas pas tout gardé) récupéré quelques notes "confidentielles" du ministère de la santé, ainsi que de magnifiques documents estampillés "défense nationale" "diffusion interdite" dont un document word de 40 pages sur l'armement militaire de notre beau pays, avec de jolis plans de montage du genre "construisez vous même votre AMX-30 lance-flamme". En guise de bonne foi et pour que vous (et mes étudiants qui me lisent) n'aient pas l'impression qu'il s'agit là de racontars fantasmés de pseudo agent-secret de pacotille, je vous joins un extrait du plus insignifiant des documents que j'avais récupérés à l'époque (Téléchargement 01-176-cdc - copie) sur lequel vous noterez la croix "diffusion restreinte" figurant dans les premières pages (les autres, si on vous le demande, et ben je ne les ai plus, je ne les ai jamais eu, d'ailleurs je ne vous connais même pas ... pas envie d'avoir des ennuis avec la police l'Hadopi).
Info ou Intox ? Or donc on apprennait (ici, là, et aussi là) le 23 septembre que Google se mettrait bientôt (dans 15 jours, c'est à dire de manière imminente ...) à indexer les documents GoogleDocs. C'est à dire que des documents de travail, de la documentation personnelle se retrouveraient subitement possiblement mélangés au milieu des résultats de recherche du moteur. Vous pouvez relire les 3 liens sus-mentionnés (C-Net, Zdnet et Journal du Net), vous verrez que l'annonce semble officielle : c'est "Google qui annonce", "le groupe qui indique que", "Google qui écrit dans un billet de blog". Sauf que. Sauf que sur le blog officiel de Google ou dans sa page consacrée aux communiqués de presse : rien. C'est en fait Marie, une employée de Google, qui sur un forum d'aide aux utilisateurs de GoogleDocs, a posté l'information. Mais à cette heure, aucune confirmation de la firme. Alors Info ou Intox ? Si c'est une info, c'est une nouvelle étape (hélas depuis longtemps prévisible) de la lente dérive des continents documentaires. Mais quand bien même cela serait de l'intox, cela renforce l'imaginaire courant prêtant - par ailleurs à raison - un appétit de Danaïde à l'ogre de Mountain View.
L'indexation comme monstrueuse monstration. Depuis déjà longtemps j'ai expliqué et décrit le phénomène de dérive des continents documentaires. Autour d'une idée simple : les trois sphères jadis distinctes du public, du privé et de l'intime, des documents relevant de nos sphères publiques, privées et intimes, sont aujourd'hui rassemblés en une même sphère d'indexabilité, et ce d'une manière de plus en plus synchrone et - c'est nouveau - transparente aux autres avec - c'est également nouveau - notre plein assentiment. Les nouvelles traçabilités et les nouvelles transparences documentaires dont atteste l'épisode narré ci-dessus pourraient aller jusqu'à abolir une nouvelle frontière, celle de l'intentionnalité de publication. L'indexation n'est plus - comme aux temps jadis - l'occasion d'une mise à l'index de textes jugés subversifs ou non-conformes aux dogmes édictés, l'indexation n'est plus - comme dans le cadre des systèmes informatiques du 20ème siècle - l'occasion d'articuler le couple repérage-extraction (= "je cherche => je trouve"), l'indexation telle que pratiquée par Google et les autres acteurs de nos lectures industrielles, est une monstration qui confine à la monstruosité au sens premier du terme, c'est à dire un processus "dont l'apparence, voire le comportement surprennent par son écart avec les normes d'une société." La quête de Google en même temps que l'aboutissement de la dérive des continents documentaires c'est la constitution d'une nouvelle Pangée dont il serait le seul support. L'écriture. la Trace. Toutes les écritures. Toutes les traces.
Et le web se retourna. Le dernier joujou de la firme de Mountain View est baptisé SideWiki :
Comme souvent avec Google, les fonctionalités en apparence les plus anodines (sous réserve qu'elles soient ensuite effectivement adoptées par les internautes, mais elles le sont généralement ...), les fonctionalités en apparence les plus anodines sont porteuses de profonds bouleversements qui ne font longtemps qu'affleurer la surface des choses avant de la remodeller à leur image. En l'occurence, grâce à SideWiki, grâce à la possibilité offerte à "tout le monde" de commenter "n'importe quoi", le web change de nature "sémiotique". Plus précisément nous sommes conviés à assister à un nouvel effondrement sémiotique : l'espace des signifiants directement liés à une énonciation affirmée ou revendiquée comme telle (c'est à dire les contenus produits par "un" auteur identifié comme tel et "s'engageant" éditorialement en son nom propre ou en celui de la collectivité au sein de laquelle il s'exprime), cet espace des signifiants se densifie, se déplace, change de nature. L'exception (qui était jusqu'alors celle de Wikipédia et des Wikis en général) deviendrait possiblement la règle. Non pas que ces nouvelles "marginalia" ne soient amenés à écraser quantitativement les contenus "centraux", mais elles instituent un déplacement significatif du positionnement de toute énonciation située.
La vérité est ailleurs et le cauchemar est dans les marges. Dans le meilleur des cas on assistera à une évolution semblable à celle qui, pour le livre imprimé, ramena progressivement l'explosion de la glose dans l'espace calibré et normalisé des notes infra-paginales (cela prit quand même quelques siècles ...). Dans l'autre cas ... dans l'autre cas le bouleversement pour certains sites institutionnels ou marchands pourrait bien rapidement virer au cauchemar. La légitimation d'une telle pratique, par Google, via son outil SideWiki, peut-être rapprochée de celle d'un bâtiment institutionnel qui serait en permanence taggué sans avoir même la possibilité d'effacer lesdits tags. Ou bien encore de cet individu qui n'aurait d'autre choix que d'entendre et de voir en permanence ce qui se dit de lui. Le refus une nouvelle fois réaffirmé de toute intimité, de toute fermeture au monde, de toute fermeture à l'autre ; l'ouverture, permanente, rémanente, non pas de l'écriture, mais de toutes "les" écritures. La préemption de toute part d'intime au nom de l'accomplissement en tous temps et en tous lieux assouvi de nos désirs d'extimités numériques. Une logique qui est celle de l'épuisement énonciatif à moyen (court ?) terme :
Imaginons que le web n'ait pas été bâti sur son modèle actuel mais qu'il soit né d'un Wiki et nous aurons une idée des possibles engendrés par SideWiki.
Imaginons encore que le web n'existe pas sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui, celle d'un agencement collectif et complexes d'énonciations "situées", mais qu'il ait été conçu et se soit développé dans un seul et unique palimpseste éditorial éternellement mouvant et "in-situable" ...
La modernité du "lecteur" de Barthes est d'autant plus frappante si on lui substitue la figure des lectures industrielles. Celui qui tient alors "rassemblées dans un même champ toutes les traces dont est constitué l'écrit", n'est autre que le grand scriptuaire, Google lui-même. Tel semble être l'enjeu de cette nouvelle Pangée que Google façonne en interaction permanente avec chacun de nos comportemetns connectés. Redéfinir l'acte même d'écriture en faisant de son indexation la condition première de son existence, c'est à dire, in fine, la condition première de son énonciation. L'existence précède l'essence affirmait Sartre ; l'indexation précède l'énonciation semble vouloir démontrer Google. C'est une nouvelle mythologie de l'écriture qui nous attend comme horizon d'attente de cette nouvelle Pangée. Barthes toujours.
S'essayer à ses désirs, décomplexer l'écriture comme d'autres décomplexent le libéralisme ou moralisent le capitalisme. Redéfinir l'acte d'écriture et, ce faisant, redéfinir également l'acte de lecture : lectures industrielles certes, mais industries également "structurelles" à défaut d'être simplement structurées, régulées :
Sémiologie à la petite semaine. De cette nouvelle Pangée, Google a d'ailleurs la forme : les sémiologues vous le diront, le nom de Google est doublement programmatique. Par la quantité mathématique qu'il désigne (le Gogol) mais également par la rotondité de sa graphie même. Le G de Gaïa-Google dispose de toute la rondeur de la terre, rondeur amplifiée d'abord horizontalement par le redoublement du "oo" puis ensuite verticalement par la graphie du "g" qui s'amuse également à singer l'infini en son symbole mathématique. Nouvelle profondeur de l'écho du doublement des voyelles initiales. Le "l", est la seule trace de verticalité qui tranche avec cette rondeur et s'en distingue également en étant - avec le "o" jaune central - la seule couleur non redoublée, une verticalité qui, davantage qu'une direction, est l'empreinte d'un axe. Celui autour duquel tourne la planète Google.
L'indexation comme bras armé d'une nouvelle sous-veillance ? Sous-veillance. Le panoptique inversé. Les indices sont légion. Au moins autant que les entrées d'index de Google. Derniers en date, une application pour Iphone permettant de fouiller une gigantesque base de donnée regorgeant d'informations personnelles et intimes (si tant est qu'un casier judiciaire relève de l'intime). Cette base de donnée c'est celle d'Intelius, un site dont je vous avais parlé il y a très longtemps sur UrfistInfos (là et là). Sur Intelius on trouve ce genre d'informations pour un individu lambda :
Autre application pour Iphone et autre sous-veillance alarmante, le site Everyblock.com qui liste un nombre impressionnant d'informations "de proximité" sur votre quartier ("block") : taux de criminalité, derniers permis de construire déposés, dernières visites des services de l'hygiène dans tel ou tel restaurant ou telle ou telle piscine municipale, mais également le nombre et le type des appels en direction des services de police (tant d'appels pour agression, tant d'appels pour braquage, etc ...), j'en passe et des plus gratinés. De l'annonce des prochains travaux de voirie aux informations sur le taux de criminalité de tel quartier ou de telle rue, toutes ces données "publiques" sont allègrement remixées, l'ensemble formant un angoissant panopticon personnalisable, géolocalisable, bref, un panopticon sur-mesure. "Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule" disait l'autre. Qui inventera l'application "Panoptique" pour I-Phone ?
De la divulgation au contrôle. Et réciproquement. Naturellement, la mise à disposition de ces informations dans le cadre d'applications aussi grand public que quotidiennes est effrayante, effarante. Elle institue le risque du contrôle en même temps qu'elle le légitime. Double contrainte. Le risque incarné par des sociétés comme Intelius et autres Everyblock.com est celui de la divulgation. Or sans contrôle la divulgation n'est rien. Ou si peu. Les sociétés comme Intelius sont des agrégateurs. Elles vont puiser à des sources différentes et elles agrègent selon un angle choisi (une personne, un quartier, un type de crime sexuel). Elles vont chercher ailleurs des données existantes. La vraie valeur de contrôle, de gouvernance (au sens cybernétique du terme) réside dans la traçabilité de l'ensemble de nos écrits (numériques compris). Elle consiste à avoir la possibilité de passer d'un stade observation extérieure, externe, à la possibilité de l'injonction, à un stade d'observance. Avec Google les données sont chez lui et non ailleurs. Avec Google les informations et les données ne préexistent pas, elles se construisent en permanence, sur ses serveurs, sous ses yeux. Google ne va pas chercher les données, nous les lui envoyons. C'est cette traçabilité hébergée et acceptée (ou seulement "tolérée" mais la nuance n'est hélas plus réellement significative), qui offre des possibilités de recoupement. <Parenthèse> Assez paradoxalement, l'information personnelle que les gens sont les plus réticents à divulguer est ... leur photo. Alors qu'une photo (sauf il est vrai dans le cas du délit de faciès) est, de loin, ce qui donne de nous le moins à voir. Mais nous vivons encore dans une société de l'image qui n'a pas achevée sa mue. Les principaux prédateurs de notre sphère privée et intime sont quasiment impuissants devant une photographie. Elle ne leur apprend rien de nous ou si peu. Elle n'entre pas (pour l'instant ... mais ils y travaillent) dans leur compétence d'indexabilité. Elle se contente de l'illustrer. </Parenthèse>. Elle seule (la traçabilité) permet de donner du sens. De passer de l'observation distante à l'observance pregnante. Intelius divulgue des données et des informations sans possibilité de contrôler ce qui sera fait de ces dernières (c'est d'ailleurs en ce sens que la démarche est a-morale et exempte d'un minimum d'éthique). Google contrôle la divulgation des données et des informations. A tout le moins est-il dès aujourd'hui en situation de pouvoir le faire. Voilà pourquoi il me semble que l'on peut parler à son encontre d'un risque de totalitarisme informationnel sans être taxé d'anti-modernisme chronique ou - pire - de Finkelkrautisme aggravé.
Féodalisme statistique et inféodation algorithmique. Toutes les données collectées par Google le sont à des fins statistiques et algorithmiques. Tel est un tout cas le motto de la firme. La statistique, c'est l'orthographe des écritures industrielles. L'algorithmie est leur grammaire. Comme l'orthographe, la statistique est prévisible. Mais Google et l'échelle statistique à laquelle il culmine (loi des grands nombres) entend bien transmuer cette prévisibilité en prédictibilité. Comme l'orthographe qui a vocation d'être un marqueur de fautes, cette nouvelle soupe primitive de la statistique algorithmique entend être un marqueur de prétendues déviances. L'algorithmie conjuguée à la statistique donne naissance à une étrange grammaire désincarnée, à une nouvelle martingale, propice à tous les fantasmes, et porte-ouverte à toutes les déviances. Récemment à la une du Boston Globe et de quelques autres grands médias, le projet Gaydar est capable de déterminer si vous êtes "gay" uniquement en analysant statistiquement vos réseaux affinitaires (= qui sont vos amis) sur tel site de réseau social. Voilà la martingale. La vérité est ailleurs : le projet Gaydar est capable de déterminer un pourcentage statistique des probabilités pour qu'un individu soit Gay en analysant les réseaux d'amitiés dans lesquels il s'inscrit (et les affinités sexuelles explicitement déclarées desdits réseaux d'amitiés). Ce qui n'est pas tout à fait la même chose que la martingale suscitée. Dit de manière plus abrupte : plus vous avez d'amis gays et plus la probabilité statistique pour que vous le soyez vous-même est élevée. Ce qu'entend mesurer et démontrer le projet Gaydar, c'est précisément les dangers de ce type d'extrapolation, extrapolations staitstiquement "vérifiables" à l'échelle des macro-collectifs humains (milliers de personnes disposant elles mêmes de milliers d'amis), mais extrapolations intimement infondées dès que l'on tente de les ramener à l'échelle d'un individu. La prédictibilité statistique est l'arme de tous les totalitarismes : elle escamote l'existence pour prédire (ou réécrire) l'essence. Elle réinstaure un arbitraire d'autant plus insupportable qu'il se pare des atours de la vérifiabilité. Le comportement d'une foule est modélisable. Celui d'un banc de poisson est "prédictible". Mais rapportées à un individu ou à un petit groupe d'individus, ces analyses cessent naturellement de fonctionner. Le fait social ou culturel en tant que tel n'est heureusement pas transposable à l'ensemble des individualités qui le composent.
A moitié vide. Ou à moitié pleine. Deux éternelles manières d'aborder les choses. Soit l'on observe les technologies ou plus précisément les environnements numériques avec une relative "empathie" et il est pour cela nécessaire de se placer à une échelle macro, soit on mesure les mêmes environnements en se plaçant au niveau de l'individu et en y appliquant une sorte de principe de précaution numérique. Ce qui, dans le premier cas, relève, par exemple, des tentatives de redocumentarisation déviantes (guerres d'édition dans Wikipédia) devient dans le second cas ce que Joël de Rosnay appelle "le danger du révisionnisme numérique". Les écritures roboratives et collaboratives peuvent à tout moment basculer dans l'ombre des écritures robotisées (les mêmes qui inaugurent les lectures industrielles), dans l'ombre des écritures de la collaboration, basculer des indispensables prothèses mémorielles qu'elles constituent, à de bien plus sombres et (de) sinistres mémoires.
Moralité. "L'idée lui vint que la vraie caractéristique de la vie moderne était, non pas sa cruauté, son insécurité, mais simplement son aspect nu, terne, soumis." Georges Orwell, 1984.
Réfvérences :
Rédigé le 13 oct 2009 à 00:03 dans Document numérique, Ecologie de l'info, Moteurs et autres engins, Réseaux sociaux, Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (1)
Texte d'Hervé Le Crosnier originellement publié le 12 Octobre 2009 sur Vecam : http://vecam.org/article1122.html
Le prix Nobel d’économie a été décerné ce matin à Elinor Orstrom, qui
travaille sur les Communs, cette forme spécifique de propriété et de
gouvernance qui place les décisions collectives des « communautés » au
centre du jeu socio-économique. Cette question des Biens communs a
longtemps été ignorée par la science économique, par la politique et
par les mouvements sociaux, mais elle est en passe de redevenir un
« outil pour penser » majeur.
Le prix Nobel d’économie a été décerné ce matin à Elinor Orstrom et Oliver Williamson. Leurs travaux, quoique très différents, portent non plus sur la modélisation économique, mais sur le « retour au réel ». Ils prennent en compte des interactions humaines en s’échappant du modèle de la « rationalité économique » qui prévaut dans les constructions mathématiques à la mode au cours de la décennie précédente. Après la reconnaissance du travail de Paul Krugman l’an passé et de Mohamed Yunus l’année précédente, c’est à une ré-orientation globale de la recherche en économie que nous assistons. L’économie n’est plus cette théorie univoque qui servirait de hochet aux politiciens en mal d’instruments de pression sur les peuples (le « There is no alternative » de Margaret Tatcher, repris sous toutes ses formes par nos dirigeants néo-libéraux de tous bords depuis presque trente ans). Les décisions des humains de construire ensemble leur mode de production et de trouver des règles qui ne ressemblent pas à l’imagerie du marché afin d’autogérer leur actions communes pourraient revenir au centre de la réflexion.
En soi, ce simple fait serait une bonne nouvelle. Ajoutons que Elinor Orstrom est aussi la première femme récompensée par un Prix Nobel d’économie... pour des travaux sur l’organisation collective de la vie. Mais c’est pour d’autres raisons encore qu’il faut se féliciter aujourd’hui de la décision de Stockholm.
Elinor Orstrom travaille sur les Communs, cette forme spécifique de propriété et de gouvernance qui place les décisions collectives des « communautés » au centre du jeu socio-économique. Or cette question des Biens communs, qui a longtemps été ignorée par la science économique, par la politique et par les mouvements sociaux, est en passe de redevenir un « outil pour penser » majeur, qui ouvre de nouvelles portes, et qui est en adéquation avec les questions du siècle qui débute (crise écologique, irruption des réseaux numériques, économie de la connaissance, modification profonde des régimes de production, redéfinition des droits de propriété immatérielle...). L’extension du travail immatériel et du numérique à l’échelle du monde et dans toutes les activités humaines souligne l’émergence centrale d’un nouveau type de bien commun, articulé autour de la connaissance et de l’information, et des règles collectives de fonctionnement en réseau.
La question des « Communs » est au coeur de l’histoire du capitalisme. La première grande révolte populaire fondatrice de nos conceptions actuelles du droit, dans l’Angleterre du XIIIème siècle, avait pour cause l’expropriation des Communs. En mettant la main sur les forêts et les terres communales, le Roi Jean et les Barons jetaient dans le dénuement le plus total ceux dont la survie même dépendaient de ces terres ouvertes aux récoltes de tous : veuves ayant le droit de ramasser le bois de chauffage, paysans laissant paître les moutons, ramasseurs de champignons et de miel,... L’enclosure des Communs allait susciter de grands mouvements populaires, et des figures fortes marquant l’imagination comme « Robin des Bois ». Une armistice fut trouvée dans l’élaboration de deux traités en 1215 : la Grande Charte et la Charte des Forêts. Le premier consacrait ce que nous appelerions aujourd’hui les Droits politiques et sociaux et offrait la garantie de procès équitables et la nécessité de placer l’autorité royale sous le régime collectif de respect du droit. Et le second se consacrait aux « droits économiques et sociaux » en définissant les droits des usagers des forêts, les communs de l’époque. Dès lors cette question des communs a traversé toutes les révoltes populaires, tout comme elle a traversé toutes les tentatives d’élaborer un droit et des lois qui équilibrent les sociétés en respectant les humains qui la composent. En sens inverse, à la suite de Peter Linebaugh, on peut relire l’histoire de la colonisation, de l’esclavage et de la prolétarisation comme une volonté perpétuelle du capital de réduire les communs et d’imposer le règne de la marchandise, à la fois pour dégager de nouveaux espaces au profit, mais aussi pour limiter les capacités d’auto-organisation des populations.
Du côté scientifique, la notion de Communs reçu une attaque particulièrement pernicieuse en 1968, quand le socio-biologiste Garrett Hardin publia son article « la tragédie des communs ». Dans ce modèle abstrait, Hardin considérait l’usage abusif de paturages communs par des bergers, chacun cherchant à y nourrir le plus grand nombre d’animaux... au point de réduire la quantité d’herbe disponible. Ce modèle du « passager clandestin », qui profite d’un bien disponible sans s’acquiter de devoirs envers la communauté, reste le modèle abstrait de référence ; un modèle simpliste qui colle parfaitement avec l’idéologie libérale. Avec de telles prémisse, la conclusion de Hardin s’imposait : « le libre usage des communs conduit à la ruine de tous ». Or Elinor Ostrom et Charlotte Hess, dans leur ouvrage majeur « Understanding knowledge as a commons » réduisent en poudre ce modèle qui a pourtant fait couler tant d’encre. Pour elles, le modèle de Hardin ne ressemble aucunement aux communs réels, tels qu’ils sont gérés collectivement depuis des millénaires, à l’image des réseaux d’irrigation ou des pêcheries. Pour Hardin, les communs sont uniquement des ressources disponibles, alors qu’en réalité ils sont avant tout des lieux de négociations (il n’y a pas de communs sans communauté), gérés par des individus qui communiquent, et parmi lesquels une partie au moins n’est pas guidée par un intérêt immédiat, mais par un sens collectif.
Le grand apport d’Elinor Orstrom est dans cette distinction entre les « Communs considérés comme des ressources » et les « Communs considérés comme une forme spécifique de propriété ». Cette conception prend de plus en plus d’importance avec l’intégration des préoccupations écologiques dans l’économie. La notion de Communs devient attachée à une forme de « gouvernance » particulière : il s’agit pour la communauté concernée de les créer, de les maintenir, les préserver, assurer leur renouvellement, non dans un musée de la nature, mais bien comme des ressources qui doivent rester disponible, qu’il faut éviter d’épuiser. Il n’y a de Communs qu’avec les communautés qui les gèrent, qu’elles soient locales, auto-organisées ou ayant des règles collectives fortes, y compris des Lois et des décisions de justice. Les Communs sont des lieux d’expression de la société, et à ce titre des lieux de résolution de conflits.
La théorie des Communs connaît un nouveau regain depuis la fin des années 1990, quand on a commencé à considérer les connaissances, les informations et le réseau numérique internet lui-même comme un nouveau Commun, partagé par tous les usagers, et auprès duquel chaque usager a des droits (libre accès au savoir, neutralité de l’internet, production coopérative, à l’image de Wikipedia,...) comme des devoirs. Il existe une différence majeure entre ces Communs de la connaissance et les Communs naturels, qui a été pointée par Elinor Orstrom : les biens numériques ne sont plus soustractibles. L’usage par l’un ne remet nullement en cause l’usage par l’autre, car la reproduction d’un bien numérique (un fichier de musique, un document sur le réseau, une page web,...) a un coût marginal qui tend vers zéro. On pourrait en déduire que ces Communs sont « inépuisables », et qu’une abondance numérique est venue. Or si l’on considère les Communs comme un espace de gouvernance, on remarque au contraire que ces nouveaux Communs de la connaissance sont fragiles. Il peuvent être victimes de ce que James Boyle appelle « les nouvelles enclosures ». Les DRM sur les fichiers, l’appropriation du réseau par les acteurs de la communication, la diffusion différenciée des services selon la richesse du producteur, l’appropriation privée des savoirs (brevets sur la connaissance) ou des idées et des méthodes (brevets de logiciels), le silence imposé aux chercheurs sur leurs travaux menés en liaison avec des entreprises,... sont autant de dangers qui menacent ces nouveaux Communs au moment même où leurs effets positifs sur toute la société commencent à être mis en valeur.
Ces Communs de la connaissance ont donné lieu à l’émergence de nombreux mouvements sociaux du numérique, à des pratiques communautaires dépassant les cercles restreints pour peser sur toute l’organisation de la société en limitant l’emprise du marché et des monopoles dominants sur cette nouvelle construction collective du savoir. On peut citer ainsi le mouvement des logiciels libres ; celui des scientifiques défendant l’accès libre aux publications de recherche ; les paysans opposés à la mainmise sur les semences ; les associations de malades oeuvrant pour la pré-éminence du droit à la santé sur les brevets de médicaments ; les bibliothécaires partisans du mouvement pour l’accès libre à la connaissance ; les auteurs et interprètes qui décident de placer leurs travaux sous le régime des « creative commons » ; les rédacteurs de projets collectifs qui construisent des documents partagés sous un régime de propriété ouvert, garantissant la non-appropriation privée, à l’image de Wikipédia ou de Music Brainz ; ce sont même des organismes publics qui partagent leurs données pour des usages libres, commela BBC pour la musique et les vidéos, ou PBS le grand réseau de radio public des Etats-Unis. Avec l’internet, cette notion des Communs de la connaissance connaît à la fois un profond intérêt scientifique et pratique, mais voit aussi un nouveau terrain d’expérimentation. Le réseau numérique est à la fois un outil pour la production de ces communs numériques, et une source de règlement des conflits ou de partage des méthodes d’organisation garantissant la maintenance des communs ainsi construits.
En rapportant la question des Communs à cette double dimension, de la gouvernance d’architectures humaines et de biens collectifs d’une part et de la mise à disposition pour tous et le partage des outils et des connaissances d’autre part, les travaux scientifiques sur les biens communs, dont Elinor Orstrom est une figure majeure, ouvrent des portes nouvelles aux mouvements sociaux du monde entier. En témoigne le récent appel « Pour la récupération des biens communs » issu du Forum Social Mondial de Belèm de janvier 2009.
L’attribution du Prix Nobel d’économie à Elinor Orstrom est donc une excellente nouvelle pour le développement d’une réflexion politique et sociale adaptée aux défis et aux enjeux du 21ème siècle.
Caen, le 12 octobre 2009
Hervé Le Crosnier
(Texte diffusé sous licence Creative commons v3 – attribution.)
Pour approfondir la réflexion, quelques pointeurs sur la question des Communs, notamment des communs de la connaissance :
Rédigé le 12 oct 2009 à 20:00 dans Ecologie de l'info | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (1)
Voilà (quelques-unes) des questions et problématiques auxquelles un étudiant de DUT Infocom à La Roche sur Yon est capable de répondre après 8 heures de cours (magistraux) sur la question de l'écriture multimédia :
Les étudiants profitent également en ce moment même des deux heures généreusement allouées pour rédiger un "guide de bonnes pratiques" comprenant une dizaine de règles simples à destination de rédacteurs web novices.
Au cours de leur formation, nombre d'entre eux, qu'ils aient choisi l'option "métiers du livre" ou "communication des organisations" sont également amenés à réaliser de vrais sites web sous SPIP ou Wordpress. N'hésitez donc pas pour les embaucher sur des projets web comprenant du rédactionnel. Ils sont (seront) au top :-)
Rédigé le 08 oct 2009 à 10:37 dans Document numérique, Métier | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
| Le blog d'un maître de conférences en sciences de l'information. Réflexions, analyses, signalements, opinions.
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